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L’héritière d’un millionnaire/17

J.A. David, éditeur,  (p. 46-48).


VIII.


1603-1613. — L’établissement permanent de la Nouvelle-France date de l’époque où nous en sommes actuellement arrivé.

L’Espagne faisant tout en son pouvoir pour donner de l’extension à sa marine, l’Angleterre persistant à se consolider dans la Floride, la France ne crut pas devoir rester inactive dans ce mouvement. Plus que jamais, elle songea à avoir un pied à terre en Amérique. Elle s’était retrempé, du reste, par l’ascension de Henri IV sur le trône. Il est néanmoins digne de remarque que la Nouvelle-France ne fut encore pendant plusieurs années qu’une proie offerte à la spéculation de compagnies puissantes.

Pontgravé, un des marchands les plus considérables de St. Malo, et homme d’action par dessus tout, conçut le plan gigantesque de s’accaparer tout le commerce de fourrure sur les nouvelles terres du roi. Il lui fut facile de succéder dans tous les pouvoirs de M. de la Roche ; et pour mettre son idée plus effectivement à exécution, il jeta les yeux sur un monsieur Chauvin, très-puissant à la cour. Mais ce dernier mourut après avoir débarqué, à Tadoussac, une douzaine de colons qui, eux-mêmes seraient mort d’inanition, sans le secours des sauvages.

En 1603, le commandeur de Chaste, accompagné de Samuel de Champlain, fit un nouveau voyage au Canada, et remonta le fleuve St. Laurent jusqu’au Sault St. Louis. Il prépara une relation exacte de son expédition, plus, une carte géographique des lieux qu’il avait visités.

Monsieur le commandeur de Chaste étant mort, monsieur de Monts lui succéda avec privilège exclusif de faire la traite depuis Terreneuve jusqu’au 50e degré de latitude Nord.

Les Huguenots eurent aussi le droit de se fixer dans la Nouvelle-France ; mais il fut arrêté que les sauvages seraient instruits dans la religion romaine. Champlain et Jean de Poutrincourt s’embarquèrent, en mars 1604, sur quatre vaisseaux chargés d’émigrants des deux religions, en destination pour l’Acadie, dont le climat était préféré à celui du Canada.

L’on jeta l’ancre dans un endroit que l’on appela Port-Royal. Ce fut le chef-lieu de l’Acadie pendant tout le temps de la domination française.

L’hiver suivant, trente-six personnes moururent du scorbut. Au printemps, Pontgravé arriva d’Europe avec quarante nouveaux colons.

L’homme qui contribua le plus puissamment à donner l’élan aux premiers établissements acadiens fut le célèbre Lescarbot. Il fit construire un moulin, ouvrit des chemins, et dirigea l’œuvre du défrichement d’une manière aussi intelligente que productive de bons résultats. Les travaux de Lescarbot furent secondés par de nouveaux renforts qui lui arrivèrent avec Poutrincourt, lequel avait eu l’habileté et la bonne fortune de s’adjoindre deux riches marchands de Dieppe, nommés Desjardins et Duquêne.

Ce fut dans cette même année que Henri IV fut assassiné.

Marie de Médicis, conjointement avec son ministre Consini, ne tarda pas à forcer Poutrincourt à recevoir les Jésuites dans sa petite colonie, ce qui amena pour résultat que tous les associés huguenots de ce dernier se retirèrent de l’entreprise. Ce fut une période de conflits dont le récit serait ici fastidieux, mais qui parut néanmoins réagir sur tous les établissements acadiens d’une manière très-défavorable.

Enfin, ces jésuites, étant la cause probablement involontaire de toutes ces perturbations consentirent, en définitive, à aller se fixer sur les bords de la rivière Pénobscot (Pentagoët), et commencèrent un établissement qu’ils nommèrent St. Sauveur.

Un nouvel orage devait bientôt fondre sur la petite colonie et la disperser.

Voici ce qui donna lieu à cette catastrophe.

L’Angleterre réclamait comme sien une grande étendue du sol de l’Acadie ; la France, au contraire, prétendait être chez elle, en descendant vers le Sud jusqu’au 40e degré. Avec ces prétentions de l’Angleterre, l’établissement des jésuites sur la rivière Pénobscot devenait donc un empiétement.

Bientôt après un certain capitaine anglais, nommé Argall venant de la Virginie, marcha sur l’établissement dont nous venons de parler, et le détruisit de fond en comble. Un jésuite, le Rév. père Gilbert fut tué dans cette affaire. Les anglais se dirigèrent ensuite vers Port-Royal qu’ils trouvèrent inhabité, presque tous les habitants de la place étant occupés à leurs travaux de champs. Argall rasa Port-Royal par l’incendie. Ce désastre, d’autant plus accablant qu’il était plus inopiné, jeta le découragement et la consternation parmi les colons. Privés de tout secours, et ravagés par la guerre, ils se réfugièrent, les uns parmi les sauvages, d’autres dans les bois, d’autres enfin se dirigèrent du côté de l’établissement que Champlain avait fondé sur le St. Laurent.

Poutrincourt, ruiné et désespéré, abandonna pour jamais l’Amérique.



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