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L’héritière d’un millionnaire/20

J.A. David, éditeur,  (p. 51-52).


XI.


1613-1632. — Cette Compagnie fut investie d’un pouvoir presqu’illimité. Elle avait le droit de faire la guerre et la paix, et le contrôle absolu du commerce lui était départi, moins, toutefois, la pêche de la baleine et de la morue. De plus, le gouvernement lui fit présent de deux gros vaisseaux. De son côté, elle s’engageait à pourvoir la colonie d’ouvriers, dans les différentes branches d’industrie élémentaire. L’émigration catholique romaine devait, seule, composer ce chiffre.

La nouvelle Compagnie fut placée sous la direction de Roquemont, l’un des associés.

La guerre s’étant, sur ces entrefaites, allumée entre l’Angleterre et la France, c’est-à-dire entre Richelieu et Buckingham, on ne tarda pas à porter le théâtre des hostilités jusque sur le sol de l’Amérique même.

Un certain Chevalier Alexander, secondé par un calviniste français, natif de Dieppe, David Kirtk, sortirent des ports de l’Angleterre avec une flotte de 18 vaisseaux, ayant instruction de fondre, simultanément, sur tous les établissements français, en Amérique. Kirtk détruisit dans le Golfe St. Laurent, et à Tadoussac, tous les petits bâtiments français qu’il rencontra, mais n’osa pas faire le siège de Québec, bien qu’il eût sommé Champlain de se rendre. Si Kirtk se fut même présenté devant la place, la capitulation devenait inévitable, car il n’y avait pas 50 livres de poudre dans nos magasins. Il rencontra Roquemont dans le Golfe, qui, loin de vouloir éviter le combat, sembla même le chercher. Les vaisseaux de ce dernier pesamment chargés, et manœuvrant difficilement, furent saisis, ainsi que tous les colons et les provisions qu’ils contenaient. La faute grossière de Roquemont transforma ce qui devait être un secours puissant et une cause de triomphe pour la Colonie, en un désastre sans honneur et sans gloire pour la France.

La nouvelle de cette défaite parvint bientôt jusqu’à Québec, et elle y répandit le plus grand deuil. L’on y passa l’hiver dans la plus affreuse disette. Au printemps suivant parurent, derrière la Pointe-Lévis, quelques vaisseaux ; mais le pavillon qui flottait à leurs mâts était le pavillon ennemi. Cette fois, cet ennemi fut reçu en libérateur.

La ville capitula le 29 juillet 1629. Cependant, l’occupation étrangère ne fut pas de longue durée. Les difficultés, entre la France et l’Angleterre s’étant aplanies en Europe, il fut résolu en vertu du traité de St. Germain en Laye, signé en mars 1632, que l’Angleterre abandonnait toutes ses prétentions sur le territoire de la Nouvelle-France,

L’extrême habileté de Richelieu avait amené l’Angleterre à cet acte d’abnégation relative.