L’héritière d’un millionnaire/21
XII.
1632-1663. — L’année 1635 est une époque mémorable de notre histoire. Le Jésuite de Rohant fonde le Collège de Québec.
Ce fut aussi dans cette même année que mourut Champlain.
Cet intrépide navigateur peut-être considéré, ou plutôt doit être considéré comme le véritable fondateur de la Nouvelle-France, Pendant près de 30 ans, on le voit employer toute son énergie, à l’œuvre de la colonisation de notre pays. Il traverse l’océan plus de vingt fois, tantôt pour plaider la cause de nos intérêts, à Paris, tantôt pour protéger la colonie naissante contre l’invasion des barbares.
Champlain était un homme d’action, de jugement et d’une intrépidité chevaleresque. Attaché à son œuvre, son nom devient immortel.
M. de Montmagny lui succéda.
C’est de l’année 1641 que date la fondation de Québec.
Les commencements de l’administration de M. d’Aillebout furent marqués par les massacres de la bourgade St. Joseph par les Iroquois, sur les bords du lac Huron. Le père Daniel, missionnaire de ces barbares, trouve aussi la mort dans cet horrible carnage. Quelques mois après, les P. P. Brébœuf et Lallemant furent tués sous des circonstances analogues, au sac de la bourgade St. Louis.
M. d’Aillebout ne put presque rien faire pour la malheureuse nation Huronne, et il lui fallut assister, impuissant, à son massacre et à son expulsion par les féroces Iroquois.
M. de Lauzon prit les reines du gouvernement de la colonie. Ce qui distingua particulièrement l’existence de son administration fut le traité de paix qu’il conclut avec les Iroquois, en 1654.
L’histoire de la colonie nous dépeint ce gouverneur sous les couleurs les moins enviables. On lui reproche, surtout, un caractère manquant de ressort et d’énergie.
Après lui vint M. le vicomte d’Argenson qui arriva en Canada en 1658.
Dans l’année 1660, dix-sept colons, et une cinquantaine de sauvages Algonquins, à la tête desquels se trouvait un certain Daulac, furent attaqués par les Iroquois, au nombre de 600, au Long-Sault. Les nôtres s’étaient retranchés dans un mauvais fort en palissades. Daulac tint ferme pendant dix jours. Enfin, écrasé par le nombre, il fut massacré lui et les siens. Les Iroquois perdirent un grand nombre de combattants, et ils furent tellement épouvantés d’une résistance si vigoureuse, qu’ils abandonnèrent le dessein d’aller attaquer Québec, ce qui était le but principal de leur expédition.
Nous sommes heureux de signaler, de nouveau, à l’admiration du pays ce trait de bravoure héroïque de Daulac et de ses compagnons d’armes. Certains faits accomplis dans le passé deviennent imprescriptibles dans les pages reconnaissantes de l’histoire.
M. d’Avaugour arriva en Canada en 1661.
Sur ses représentations à la cour concernant la fertilité du sol en Canada, et sur la possibilité d’en faire un beau pays, on lui envoya 400 soldats.
Ce fut à peu près vers cette époque que surgirent les premiers conflits entre l’autorité cléricale et le pouvoir civil. L’Évêque de Pétrée était une nature hautaine et inflexible. D’Avaugour, de son côté, qui était un militaire et un brave qui s’était distingué sur les champs de bataille de la Hongrie, entendait commander, et non obéir. La cause vraie ou supposée de ces conflits, fut la vente de l’eau de vie aux sauvages. Les choses, dans tous les cas, s’enchevêtrèrent de telle façon que d’Avaugour et son parti furent excommuniés. Le tout fut porté devant le tribunal du roi qui donna gain de cause à l’Évêque.
D’Avaugour fut remplacé par M. de Mésy.
Le premier de ces deux gouverneurs a incontestablement rendu de grands services à la colonisation de la Nouvelle-France. Il fut un de ceux qui firent comprendre le mieux l’importance qu’il y avait pour le gouvernement français de seconder énergiquement l’œuvre de Jacques Cartier et de Champlain. Les querelles qu’il eut à soutenir avec l’évêque de Pétrée eurent aussi leur avantage, en ce qu’elles firent reconnaître la nécessité de statuer d’une manière définitive sur la sphère de pouvoirs et d’attributions du gouvernement clérical et du gouvernement civil, respectivement.
Avec lui disparaît la « Compagnie des Cent-Associés » formé par Richelieu.