Aller au contenu

L’héritière d’un millionnaire/23

J.A. David, éditeur,  (p. 55-58).


XIV.


1663-1682. — En 1664 fut fondé la Compagnie des Indes Occidentales.

À sa demande, le roi nomma le marquis de Tracy vice-roi du Canada. En 1665, ce dernier arrivait à Québec, précédé du régiment de Carignan qui s’était couvert de gloire en Hongrie, en combattant contre les Turcs. Le vaisseau qui portait ce régiment avait aussi à son bord, le célèbre Talon et M. de Courcelles.

Le vice-roi se hâta de faire exécuter des travaux de fortifications sur différents point du pays, ce qui contribua pour beaucoup à amener une conclusion pacifique avec la confédération iroquoise. Il demanda le licenciement du régiment de Carignan, ce qui lui fut accordé.

Les Canadiens sont les descendants, en grande partie, de ces vieux soldats de Turenne. Ces hommes qui avait contribué à élever si haut l’honneur des armes françaises allaient, à la manière des citoyens de la grande république romaine, diriger le soc de la charrue, à cette différence près, qu’ils n’allaient pas cultiver la terre sous le ciel bleu de l’Italie, mais à l’ombre de la forêt du Nouveau-Monde.

Cette population de soldats s’alimentait du sang le plus pur qui coulait dans les veines de la France.

Frontenac succéda à M. de Courcelles.

Mais avant d’aller plus loin, c’est peut-être ici le lieu de rendre hommage au nom de Talon. Ses capacités hors ligne en font une grande figure historique de nos annales. II n’eut été déplacé sur aucun théâtre. Il avait la science intuitive et diplomatique du philosophe qui démêle, d’avance, les embarras de l’avenir. Il était, pardessus tout, génie pratique, demandant à l’application immédiate, la solution ou l’épreuve de ses théories. Son activité entreprenante, jointe à ses efforts dans la suppression des mal-entendus qui existaient entre les pouvoirs séculier et religieux ont été une des causes déterminantes du salut et du développement de la colonie.

L’année 1670 fut témoin d’une mortalité épouvantable qui sévit contre les populations indiennes et qui résultait de la petite vérole. Ces races disparurent presque complètement du Nord du Canada.

C’est vers cette époque que le Père Chaumonot fonda le village de Lorette à deux lieues de Québec, avec les débris de la race huronne.

Le Comte de Frontenac trouva la colonie dans un état de paix avec toutes les tribus indiennes. Il profita, en homme habile, de cette tranquillité pour promouvoir autant que possible les intérêts que l’on avait confiés à ses soins.

Quoique l’Intendant Talon eut demandé son rappel, il n’en continua pas moins à demeurer encore plusieurs années en Canada.

On comprend facilement que ces deux grands fonctionnaires, entre lesquels il existait, du reste, une parfaite entente, combinèrent entr’eux les moyens les plus propres à pousser vigoureusement la colonie dans une voie de progrès et de développement inouïs jusques-là.

En 1674, le roi se rendant enfin aux désirs des Canadiens supprima la Compagnie des Indes Occidentales. Cette Compagnie, comme celle qui l’avait précédée, n’était mue que par des motifs mesquins de lucre, et loin de favoriser le mouvement de la colonisation le paralysait même.

En 1668 fut introduit en Canada la fameuse Ordonnance de 1667.

Sauf l’introduction du Code Criminel anglais, après la conquête, ce fut le plus grand bienfait dont nous ayons été favorisés en matière judiciaire, sous la domination française.

M. de Frontenac laissa le poste de gouverneur de la Nouvelle-France en 1662.

M. de la Barre lui succéda au timon des affaires.

La dernière période historique que nous venons d’esquisser à la hâte est particulièrement remarquable par des démêlés incessants entre l’Évêque de Pétrée, d’une part, l’Intendant et le gouverneur de Frontenac, d’autre part. Ce dernier eut aussi longuement maille à partir avec M. Perrot, gouverneur de Montréal et le sulpicien de Salignac Fénelon qui étaient intervenus dans ces conflits déplorables.

Il paraît que le clergé avait le droit de son côté, du moins si l’on juge du mérite de la cause par les décisions de la cour royale.

Ce fut aussi l’époque des grandes découvertes, par les français, dans l’intérieur de l’Amérique.

Le Père Le Quen découvre le Saguenay, et ouvre par là une voie à Desprès Couture qui pénètre jusqu’à la Baie d’Hudson, Le P. Druillettes atteint les bords de l’Océan par la rivière Chaudière et Kénébec. On découvre aussi successivement les lacs Érié, Huron et Michigan. Le P. Marquette fait la découverte du Mississipi, le 17 juin 1673. Plus tard, le Français La Salle, après avoir surmonté des obstacles, dont il est presqu’impossible de se faire une idée précise, franchit le Mississipi dans toute son étendue, et donne le nom de Louisiane à une partie des contrées que traverse ce fleuve.

Il n’est que juste de reconnaître ici les immenses services qu’ont rendus les Jésuites à la France, dans ses découvertes en Amérique.

Vous les voyez ces conquérants de la parole évangélique animés d’un zèle réellement surhumain s’aventurer dans la direction des quatre points cardinaux.

Tandis que Marquette pénétrera jusque dans les vallées du Mississippi, Druillettes apparaîtra sur les rivages de l’Océan, après avoir parcouru le lit de plusieurs rivières jusqu’alors inconnues.

Tandis que Le Quen ouvre la route vers la Baie d’Hudson, d’autres arrivent sur les bords de la Rivière Rouge.

L’immensité du désert satisfait à peine leur soif ardente de répandre la civilisation chrétienne en Amérique.