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L’héritière d’un millionnaire/24

J.A. David, éditeur,  (p. 58-59).


XV.


1682-1689. — Les habitants de la Nouvelle-York commencèrent à soulever, à cette époque, la confédération iroquoise contre nous, et à faire tout en leur pouvoir pour s’accaparer le commerce des pelleteries.

La Barre demanda des secours à Louis XIV.

Le monarque français qui chassait alors, hors de la France, environ 500,000 Huguenots n’eut que 200 hommes à envoyer au secours de la colonie. Ces Huguenots demandaient comme une faveur d’aller s’établir sur les terres du roi, en Amérique. On était si soucieux d’opérer leur conversion qu’on ne leur répondit que par les galères, les confiscations et le supplice. Ces hommes se répandirent en Hollande, en Allemagne et en Angleterre. Ils allèrent porter à l’étranger le secret de l’industrie française.

Les fanatismes ont cela de particulier qu’ils sont destructeurs de leur nature.

Avec l’immigration des Huguenots nous n’aurions pas une patrie que nous sommes obligés de disputer, pouce par pouce, à l’étranger. Nous n’aurions pas eu les brigandages de la conquête. Nous n’aurions pas devant nous la catastrophe pour perspective. Notre pays serait français, et nulle race, en Amérique, ne porterait plus haut son pavillon.

Nous serions la France américaine, c’est-à-dire une suprême puissance !

L’idée de ce que nous sommes et de ce que nous aurions pu être abreuve notre cœur de deuil !

M. de La Barre était un caractère pusillanime.

Une expédition qu’il entreprit contre les sauvages, à la tête de sept cents Canadiens et alliés, ayant complètement manqué, et ayant failli mourir de faim lui et son armée dans le voisinage d’Oswégo, il fut rappelé, et un M. Denonville prit sa place comme gouverneur.

Au printemps de 1687, le Chevalier de Vaudreuil arriva en Canada avec 800 hommes de nouvelles recrues. On organisa, de suite, une forte expédition contre les Iroquois qui s’étaient révoltés à la suggestion du Colonel Dongan, de la Nouvelle-York. Ces barbares furent complètement défaits sur les bords de la rivière aux Sables, près du lac Ontario. Cette campagne était commandée par Dugué, Berthier, Verchères et Longueuil.

Ce Colonel Dongan imitait la conduite de Pitt en Angleterre qui, se sentant incapable de faire face seul à la France, mettait tout en jeu pour lui susciter des ennemis.

Cependant, les Iroquois, ayant repris vigueur, reparurent au nombre de 1400, environ, et ayant traversé le lac St. Louis, pendant la nuit, et au milieu d’une tempête de grêle, tombèrent inopinément sur la partie supérieure de l’Île de Montréal. Quatre cents Canadiens, ainsi pris à l’improviste, furent impitoyablement massacrés. Les supplices que l’on fit souffrir à ces victimes, soulèvent le cœur d’indignation et d’horreur. Des enfants furent rôtis à la broche, et des femmes enceintes, éventrées. Les hommes faits prisonniers furent brûlés vifs.

Sur ces entrefaites, Frontenac succéda, de nouveau, au gouvernement du Canada.