L’héritière d’un millionnaire/27
LIVRE QUATRIÈME
I.
1689-1696. — Le prince d’Orange que l’on considère comme le principal organisateur de la fameuse ligne d’Augsburg, après avoir précipité du trône de l’Angleterre Jacques II, déclara la guerre à la France.
Allumée sur le sol de l’Europe, cette calamité fut bientôt transportée au milieu des forêts de l’Amérique. Les colonies anglaises américaines avaient déjà acquis à cette époque un très-haut degré de prospérité. Une population dense, un système municipal propre à façonner le citoyen aux fonctionnement des affaires, de bonnes écoles faisaient de ces colonies une contrée puissante. Le Canada, lui, n’avait à apposer à ses ennemis qu’une population de onze mille âmes. Les Canadiens ne se laissèrent point effrayer, et loin même de se préparer à une guerre défensive, ils prirent la résolution d’aller attaquer l’ennemi dans ses propres foyers et dans ses propres possessions.
M. de Frontenac organisa un plan qui consistait à attaquer les anglais en même temps à la Baie d’Hudson, dans la Nouvelle York et sur différents points de la frontière canadienne.
M. Manneval, gouverneur de l’Acadie, devait lui prêter main forte. De son côté M. de la Caffinière devait raser, à l’aide de deux gros vaisseaux, tous les établissement de l’ennemi sur le littoral de la mer depuis le Golfe St. Laurent jusqu’à New-York.
La guerre débuta à la Baie d’Hudson où M. de la Ferté s’empara du fort New-Severn. Le brave capitaine canadien d’Iberville y battit aussi les Anglais dans un combat naval. La partie du plan de guerre de M. de Frontenac qui consistait à balayer le littoral de l’océan dut être ajournée à raison de certaines lenteurs et de l’imprévoyance de M. Denonville. Enfin la dernière partie de ce hardi plan de campagne fut couronnée d’une exécution victorieuse. Les Canadiens sans attendre la saison du printemps fondirent tout-à-coup au milieu de la neige et des frimas de l’hiver, sur Shenectady situé à quelque distance d’Albany. Comme les Anglais ne s’attendaient pas à une attaque aussi imprévue et surtout à cette époque de l’année, la ville fut en conséquence prise d’assaut, pillée et ensuite livrée aux flammes. L’établissement de Salmon Falls fut détruit. Casco, bourg situé sur le bord de la mer fut aussi rasé par nos bandes intrépides.
On comprend facilement que le gouvernement des colonies britanniques se hâta de tenter un dernier effort pour tirer justice de leurs derniers revers.
Une nombreuse armée de terre placée sous le commandement du général Winthrop, et une flotte de trente-cinq vaisseaux sous celui du chevalier Phipps furent organisées avec instruction de raser impitoyablement tous les établissements canadiens.
La France qui avait à combattre à la fois la Hollande, l’Allemagne, la Savoie, l’Italie, l’Espagne et l’Angleterre, était forcément obligée de concentrer ses forces chez elle pour la défense de ses propres foyers.
Le Canada dut donc se subvenir à lui-même par ses propres moyens. Un auxiliaire vint à notre secours.
L’armée du général Winthrop qui était campée sur les bords du lac George en attendant la flotte de Phipps se vit bientôt décimée par une maladie épidémique et fut obligée de se débander.
Enfin la flotte anglaise parut devant Québec.
Le bombardement dura trois jours. Nos batteries ripostèrent avec la plus grande précision. Elles abattirent du premier coup le pavillon de l’amiral.
Ce trophée a été suspendu à la voûte de la Cathédrale de Québec jusqu’en 1759, date de la destruction de cet édifice par un incendie.
Enfin criblée par nos projectiles, cette flotte dont on attendait une victoire éclatante et la prise de Québec, fut obligée de lever le siége.
M. de Varennes, M. de la Touche, fils du gouverneur de Champlain, M. Juchereau, de St. Denis, se couvrirent de gloire dans cette affaire par leur héroïque intrépidité.
On commençait à peine à respirer, lorsque les cantons iroquois reprirent leurs hostilités contre nous. Frontenac résolut de les châtier exemplairement. Six cents Canadiens commandés par M. de Souvigny tombèrent sur le canton des Agniers, nos plus féroces ennemis. Leurs bourgades furent rasées, un grand nombre de ces barbares furent massacrés, et plus de trois cents furent faits prisonniers.