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L’héritière d’un millionnaire/29

J.A. David, éditeur,  (p. 82-84).


III.


De 1715 à 1725 M. de Vaudreuil s’occupa à régulariser un système financier, à promouvoir les intérêts du commerce, à établir un certain nombre d’écoles élémentaires et à diviser le pays en sections paroissiales. Le pays jouissant des bienfaits de la paix s’accrut rapidement en richesse et en population.

Voici ce qu’était le Canada en 1721 : population : 25,000 habitants ; sol cultivé : 74,000 arpents ; rendement 282,700 minots de blé ; 7,400 de maïs ; 57,400 de pois ; 64,000 d’avoine ; 4,500 d’orge ; 48,000 livres de tabac ; 54,000 de lin et 2,000 livres de chanvre. Nous avions 59,000 têtes de bétail dont 5,000 chevaux.

Malgré cette progression de richesse et de population, il n’est pas hors de remarque de dire que l’immigration de France était nulle, et que nous ne puisions ces éléments d’extension et de progrès que dans notre propre vitalité nationale. Les guerres, les maladies, les massacres des hommes de la barbarie, tout cela n’avait certes pas tari cette exubérante sève de vigueur qui caractérisait si noblement les héroïques défricheurs de ce pays.

Telle était la situation du Canada, lorsque M. de Vaudreuil mourut (10 octobre 1725). Ce lugubre événement remplit le cœur des Canadiens de deuil. M. de Vaudreuil était ferme, froid et calculé. Esprit habile, entreprenant et énergique, il poursuivait ses entreprises, comme l’on poursuit une solution géométrique. Il y avait du géomètre sous l’habit du commandant. Il y avait du cœur dans la poitrine du soldat.

Le marquis de Beauharnais prit les rênes du gouvernement de la colonie. Le nouveau gouverneur reprenant l’idée de plusieurs de ses prédécesseurs voulut tenter un dernier effort pour frayer une route au commerce à travers l’Amérique jusqu’à l’Océan Pacifique. Un certain M. de la Vérandrye fut choisi pour diriger cette expédition aventureuse. Il traversa dans toute son étendue le lac Supérieur, puis le lac Winnipeg et la rivière des Assiniboils. Il poursuivit ensuite sa route jusqu’aux Montagnes Rocheuses mais il ne put pousser sa marche plus loin. Assailli par les Sauvages, il perdit une partie de ses hommes, et ce ne fut que miraculeusement qu’il put échapper à la fureur de ces bandits du désert

Il raconta avoir trouvé dans un endroit de ces contrées lointaines de grosses colonnes de pierre qui n’avaient pu être évidemment, élevées que par la main de l’homme. L’une d’elle était surmontée d’un petit bloc de pierre sur lequel étaient écrits des lettres qu’il prit pour des hiéroglyphes. La science découvrit plus tard que ces lettres étaient empruntées à l’alphabet tartare.

Cette découverte ne donnerait-elle pas raison à ceux qui prétendent que les races indiennes sont originaires du Nord de l’Asie ?