L’héritière d’un millionnaire/30
IV.
1744-1748. — Détruire autant que possible la prépondérance autrichienne en Europe fut, comme on le sait, l’idée dominante de Richelieu.
À peine Charles VI fut-il mort que la reine Marie-Thérèse qui lui succéda se vit en lutte à une terrible coalition dans laquelle entrèrent la Saxe, la Bavière, l’Espagne, la Prusse et la Sardaigne. Le but de cette coalition était le démembrement de l’Autriche, chacune de ces puissances devant avoir une part dans les dépouilles.
Malgré l’opposition de son premier ministre, le Cardinal de Fleury, la France fut entraînée par le maréchal de Belle-Isle, et entra dans ce mouvement hostile. La Hongrie, de son côté, et l’Angleterre prirent fait et cause contre les alliés. La position respective de la France et de l’Angleterre dans ce nouveau conflit européen devait produire, comme on le présume, les plus déplorables résultats. M. de Beauharnais s’occupa dès lors de la manière la plus active à renforcer nos ouvrages militaires. Il jeta les yeux particulièrement sur Louisbourg qui était par sa position, la clef de notre commerce et de notre navigation. Ce boulevard situé entre le golfe St. Laurent, l’Île de Terreneuve et l’Acadie, et ayant vue sur toute les mers environnantes, nous était d’une puissante protection.
Il y plaça une garnison de sept à huit cents hommes protégés par un rempart de trente à trente-six pieds de hauteur.
Le Commodore Warren commandant quatre vaisseaux de guerre anglais fit voile vers le Canada, et après s’être concentré au Cap-Breton avec quatre mille hommes de milices coloniales, alla opérer son débarquement à Chapeau-Rouge. Il se dirigea de suite sur Louisbourg. Les officiers commandants de la place, loin d’ordonner à leurs hommes de tomber sur l’ennemi, permirent, au contraire, à ce dernier de se fortifier. Aucun doute qu’une attaque subite et vigoureuse de la part des nôtres, eût dispersé facilement et placé dans un état complet de déroute, ces recrues composées en grande partie de marchands, d’ouvriers et d’hommes en général ignorant complètement le maniement des armes et la discipline militaire. Warren se fortifia donc à loisir et nous cerna tant avec ses vaisseaux qu’avec son armée.
Le résultat de cette tactique absurde de la part de nos officiers fut que la ville capitula après avoir perdu deux cents hommes. L’Île ne put échapper au sort de Louisbourg. Warren chargea ses vaisseaux de tous les habitants de l’Île, et l’on fut surpris de voir débarquer à Brest, un jour, toute une colonie française ayant pris forcément passage à bord de vaisseaux anglais.
Là ne se bornèrent pas tous les désastres qu’eut à éprouver la France.
Les Américains laissèrent flotter au vent, pendant plusieurs jours, le pavillon blanc sur les murs de Louisbourg. Les vaisseaux français qui venaient d’outre-mer, trompés par cet artifice, tombèrent dans les embuscades qui leur furent tendues et devinrent conséquemment la proie de nos ennemis.
La France, parfaitement résolue de compenser ces désastres par des victoires éclatantes commença bientôt les préparatifs d’une expédition navale telle que l’on en avait encore jamais vue en Amérique. Le duc de d’Anville, homme d’habileté et de courage fut chargé du soin de la diriger. La flotte se composait de onze vaisseaux de ligne et de trente autres plus petits bâtiments portant en tout trois mille hommes. Les instructions de d’Anville étaient de reprendre Louisbourg et Annapolis, de ravager et détruire tous les établissements anglais sur les bords de la mer, y compris Boston, et d’aller inquiéter le commerce de l’Angleterre jusque dans les Antilles. Rien évidemment dans l’opinion du ministère français ne pouvait tenir tête à un semblable déploiement de force. La flotte devait jeter l’ancre à Chibouctou, (Halifax), et opérer une partie de son débarquement dans cet endroit. La traversée dura cent jours. Enfin l’on était en vue du port lorsqu’une furieuse tempête assaillit la flotte. Une partie des vaisseaux périrent sur l’Île de Sable, tandis que les autres furent chassés, partie dans les Antilles, partie jusque sur les côtes de France. Quelques transports purent néanmoins atteindre le rivage de l’Amérique, après avoir été battus par la tempête pendant dix jours. Mais à peine les troupes furent-elles débarquées qu’elles se virent décimées par une épidémie du caractère le plus dangereux. Deux mille quatre cents hommes périrent victimes des fureurs de l’océan et des ravages de la peste.
La France ne se laissa pas abattre néanmoins par ces revers.
Elle organisa une nouvelle flotte composée de six vaisseaux qu’elle confia à M. de la Jonquière.
De son côté, l’Angleterre lança contre cette flottille une escadre de dix-sept vaisseaux. Les Français forcés d’accepter le combat près du Cap-Finistère, sur les côtes de l’Espagne, furent défaits tout en illustrant leur défaite de prodiges de valeur dans cette lutte inégale.
Une autre flotte française fut également défaite, près de Belle Isle.
Malheureuse sur l’océan, la mère-patrie n’en rapportait pas moins de brillantes victoires sur terre. La victoire du maréchal de Saxe à la fameuse bataille de Lauffeld amena le traité de paix de Aix-la-Chapelle signé en 1748. Par ce traité toutes les choses concernant l’Amérique furent remises dans le même état qu’elles étaient avant la guerre. Seulement la France de Louis XV n’avait plus de marine pour protéger ses possessions lointaines en Asie et en Amérique.