L’héritière d’un millionnaire/31
V.
1748-1763. — Malgré le traité que l’on venait de signer, la paix nouvellement inaugurée ne parut pas être solidement assise.
Elle n’eut qu’une existence précaire. La question de délimitation de leurs territoires fut pour la France et l’Angleterre, pendant plusieurs années, l’objet de diverses préoccupations diplomatiques. L’on nomma de part et d’autre des commissions qui ne purent s’entendre. L’Angleterre réclamait toute la rive méridionale du fleuve depuis le golfe jusqu’à Québec. La France, elle, maintenait que l’Acadie n’était bornée que par le territoire qui est à l’est d’une ligne courant dans la péninsule de l’entrée de la baie de Fundy au Cap Canseau. Chacune des deux puissances prétendant avoir raison, les choses loin d’en arriver à une solution s’enchevêtrèrent chaque jour de plus en plus. Les Anglais ne jetaient pas seulement un œil jaloux sur nos possessions situées sur le littoral de l’océan. Les vallées de l’Ohio étaient aussi l’objet de leur convoitise. Les deux nations s’y fortifièrent bientôt, et leur attitude ne tarda pas à devenir menaçante.
Mauvais présage pour l’avenir !
Vers l’année 1752, l’on voit le colonel Washington marcher sur le fort Duquesne et défaire Jumonville ; mais, M. de Villiers défit à son tour l’officier américain, l’année suivante, au fort de la Nécessité.
Voilà à peu près les débuts du père de la république américaine dans la carrière des armes. Ils ne sont guère éblouissants, et rien à cette époque de sacré ne laisse présager qu’il sera le fondateur d’un peuple qui compte aujourd’hui près de 30,000,000 d’habitants, et qui vraisemblablement doit atteindre les plus hautes destinées.
La guerre était donc de nouveau déclarée.
Le prélude des désastres qui devaient fondre sur nous et sur la France s’annoncèrent par la prise du Lys et de l’Alcide, près des bancs de Terreneuve, par l’Amiral Boscawen. Ces deux navires de guerre contenaient trois mille hommes et plusieurs officiers du génie.
La patrie qui s’était tant de fois illustrée sur les champs de bataille de l’Europe allait-elle crouler dans la décadence et l’abaissement ? La grande génération du siècle de Louis XIV avait-elle fait place, en s’effaçant, au régime de l’humiliation ? Les événements qui se dérouleront bientôt vont se charger du soin de répondre à ces deux graves questions.