La Force mystérieuse (Rosny aîné)/1/II

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Plon-Nourrit et Cie (p. 29-49).

II

LA NUIT ROUGE


L’auto roulait en grande vitesse. Des gens l’injuriaient au passage ; les carrefours vomissaient des créatures furibondes ; le chauffeur faisait des gestes superflus, remuait la tête d’une façon maniaque ou répondait aux vitupérations par des cris rauques et des coups de trompe.

— Le malheureux s’exalte ! murmura Meyral, tandis qu’on atteignait le pont de l’Alma.

Lui-même subissait une griserie ; les yeux de Langre luisaient sauvagement sous les gros sourcils blancs. Cette hyperesthésie inquiétait d’autant plus le jeune homme qu’elle semblait s’accroître… Il ne s’étonna pas, avenue Marceau, de voir quatre passants bien vêtus se précipiter les uns sur les autres à grands coups de canne. Une femme se rua devant l’auto avec une clameur lugubre, et le chauffeur, qui ne l’évita que par miracle, ricanait comme une hyène. Auprès de l’Arc, débutait une vaste bagarre ; plusieurs centaines d’individus traquaient, en hurlant et en brandissant des armes, des agents aux allures de molosses. Soudain les cris se firent épouvantables : une auto, après avoir écrasé plusieurs hommes, projetait son chauffeur parmi la foule.

Ce ne fut qu’une vision. L’avenue du Bois-de-Boulogne ouvrait sa large perspective ; la voiture filait comme une auto de course, d’autres bolides trépidaient dans la pénombre et presque toutes les vitres ruisselaient de lumière.

— La fièvre s’étend, grommela Meyral avec une « mélancolie exaspérée ». La démence sabre l’humanité ainsi qu’une charge de cavalerie.

L’auto s’arrêta dans la rue Marceau, devant un petit hôtel bâti en pierres meulières, entrecoupées de briques rouges. Un frêle jardin le précédait où l’on entr’apercevait un peuplier, quelques ifs et des passe-roses :

— Nous vous gardons ! dit Gérard au chauffeur.

Le chauffeur fit une moue farouche :

— Comme vous voudrez ! rauqua-t-il. Seulement, faudrait pas que ça soye pour longtemps, vu que j’ai besoin de mon repos : y a quinze heures que je roule.

Il avait, en somme, une bonne gueule de dogue, aux yeux sanguinolents et candides, mais il était copieusement exalté. Meyral le considérait avec une attention anxieuse :

« Il est normal ! »

Et à voix haute :

— Nous tâcherons de ne pas trop vous faire attendre, dit-il avec douceur.

L’homme prit une physionomie à peu près cordiale.

Au moment où Langre étendait la main vers le bouton de la sonnerie, la porte du petit hôtel s’ouvrit avec brusquerie ; tête nue, les cheveux défaits, un homme bondit dans le jardinet et se rua vers la grille :

— Mon beau-père ! s’exclama-t-il avec une stupeur hagarde.

Et d’une voix tonnante :

— Où est Sabine ? Où sont les enfants ?

— Comment le saurais-je ? répondit fougueusement Gérard.

Ils se regardaient à travers les barreaux, comme des fauves. Leurs yeux brasillaient pareillement, le même défi contractait leurs mâchoires. Dans cette première seconde, enfiévrés par l’influence mystérieuse, ils parurent prêts à bondir l’un sur l’autre. Mais la colère céda à l’inquiétude.

— Oui, comment le saurais-je ? reprit plaintivement Langre. Il y a vingt-cinq minutes, j’étais chez moi et Sabine…

— … était encore ici, acquiesça fiévreusement Pierre.

— Elle ne peut donc être loin, intervint Meyral qui se tenait à quelque distance de la grille.

Vérannes tourna vers lui une bouche hargneuse, mais l’observation avait porté.

— Avez-vous bien fouillé la maison et le jardin d’arrière ? demanda le vieil homme.

— Tout ! J’ai tout fouillé.

— Elle est partie seule ?

— Elle a emmené les deux enfants et une femme de chambre.

— Alors, fit impérativement Langre, il n’y a qu’à se partager le champ des recherches. Vous, Vérannes, fouillerez les rues avoisinantes. Meyral, le chauffeur et moi explorerons une aire plus large.

— Je ne veux pas que des étrangers se mêlent de ma vie intime ! cria farouchement le mari.

— Vous ne voulez pas ? fit Langre exaspéré. Vous ne voulez pas ! Ah ! n’est-ce pas, il est temps que ça finisse. Pour le moment, vous n’êtes pas le compagnon de Sabine, vous êtes un malfaiteur ! Vous ne devriez même pas participer à nos recherches. Si je consens à vous y mêler, c’est que, dans la circonstance vous allez vous conduire comme un brave homme. Oui, vous avez beau être un maniaque, vous vous rendez compte de votre iniquité.

La haine, l’angoisse et la révolte convulsaient Vérannes. Tout de même, il était dominé. Taciturne, il se borna à faire un geste bref et dur, puis il rentra rapidement dans l’hôtel.

— Il va chercher la domestique, grommela Langre. Inutile de l’attendre. Commençons nos recherches.

— Par où ? demanda Georges.

— Par l’avenue du Bois.

— Ce n’est pas mon avis. Votre fille s’est sauvée au hasard, pendant que son mari, pour une raison ou pour une autre, était à l’étage. Elle a dû n’avoir qu’une seule idée : chercher un refuge chez vous.

— Elle savait que j’allais venir.

— Elle le savait, elle y comptait, et sûrement elle a hésité avant de sortir. Puis, la peur l’a emportée ; une peur née des allures de Vérannes, qui a inévitablement prononcé des paroles insensées, mais aussi de la surexcitation qu’elle partage avec nous tous. Elle s’est donc sauvée et je pense qu’elle se cache – non loin d’ici. Un de nous deux devrait attendre… l’autre irait soit au Métropolitain de l’avenue du Bois, soit à celui de l’avenue de la Grande-Armée, soit encore aux prochaines stations de fiacres.

— Vous avez raison ! La femme de chambre qui accompagne Sabine repassera par ici pour m’avertir. Je m’étonne même qu’elle ne soit pas encore venue…

Cette nuit est si difficile ! bougonna Meyral. Qui attendra ?

— Il vaut mieux que ce soit moi. Prenez l’auto.

Georges ne s’attarda point. Il donna un ordre et monta dans la voiture au moment où Vérannes ressortait du petit hôtel. Le chauffeur avait repris la grande vitesse. En deux minutes la voiture atteignait l’avenue de la Grande-Armée où Meyral inspecta la station des fiacres. Ensuite il descendit dans la station du Métropolitain. Il prit un ticket et alla jusqu’au quai d’embarquement. Quelques hommes et quelques femmes y attendaient qui donnaient des signes d’impatience.

Au moment où le physicien ressortait l’employé l’interpella d’un air furibond :

— Quèque vous faites ?

— Ça ne vous regarde pas ! répliqua Meyral.

— Faudrait voir pourquoi vous entrez ici sans motif.

L’homme n’insista point ; Georges regagna l’avenue. On y menait grand tapage. Dans un restaurant éclaboussé de lumières, des hommes et des femmes chantaient, hurlaient ou glapissaient ; deux rôdeurs, au seuil d’un bar, menaçaient de « zigouiller » le patron ; les passants avaient des allures insolites.

— Ça continue ! songeait Meyral.

Il allait donner un ordre au chauffeur, lorsqu’il avisa la petite gare de Ceinture, qu’il n’avait jamais utilisée et dont il ignorait à peu près l’existence : elle constituait un lieu d’attente excellent. Après avoir évité un groupe où retentissaient d’incohérentes palabres, Georges gagna la salle d’entrée. Elle était vide, ce qui le désappointa. Il examina fiévreusement le sol poudreux, un vieil homme penché devant le guichet, un cadran pneumatique qui marquait onze heures et demie, et, de morne, l’endroit devint lugubre.

Une formidable impatience secoua le jeune homme.

— Un billet pour Saint-Lazare, demanda-t-il à la buraliste.

Cette femme eut un long tressaillement et timbra le billet d’une main saccadée.

— Comment tout cela va-t-il finir ? se demandait Meyral en descendant l’escalier. Mon exaltation s’aggrave. Celle des autres doit s’aggraver aussi. Ne deviendrons-nous pas tous fous ou enragés avant la fin de la nuit ?

Un spasme le secoua, sans entraver sa marche ; les quais et les rails se décelèrent plus sinistres encore que la salle d’attente. L’éclairage était piteux, deux ombres erraient misérablement, et le cœur de Georges sursauta : il venait d’apercevoir là-bas, cachée par une colonne, une femme assise. Un enfant était auprès d’elle, elle en tenait un autre sur ses genoux.

— Sabine, chuchota-t-il.

Des souvenirs s’élevaient, si doux, si frais et si tristes qu’il en était secoué jusqu’au fond de l’être. Il les refoula et se présenta devant Mme Vérannes avec un visage calme. Eût-elle vu un loup, elle n’aurait pas paru plus saisie. On voyait trembler sa petite main ; elle étreignait convulsivement son enfant ; le feu de ses prunelles scintillait comme le feu des étoiles ; tout à la fois, elle révélait un étonnement exagéré et une terreur inexplicable.

— Est-ce le hasard qui… balbutia-t-elle.

Elle demeura court.

— Ce n’est pas le hasard, dit-il, je vous cherchais.

— Vous me cherchiez ?

Elle eut un vague sourire ; elle parut plus calme et presque joyeuse. C’était une créature étincelante par l’éclat des cheveux couleur moisson, par le teint de liseron et d’églantine, pathétique par les grands yeux variables et timides.

— Quand vous avez appelé votre père, j’étais chez lui, poursuivit Meyral. Nous sommes venus ensemble. Il vous attend près de votre hôtel, car nous avons supposé que vous lui enverriez la femme de chambre.

— Elle doit l’avoir rejoint, chuchota-t-elle.

— Vous ne voulez pas que nous allions le retrouver ?

Elle jeta une faible plainte :

— Oh ! non… oh ! non, je ne veux pas revoir l’hôtel cette nuit, je ne veux pas être exposée à rencontrer…

Elle n’acheva pas ; l’épouvante était sur elle ; ses lèvres s’agitaient à vide.

— Nous attendrons donc, fit-il, troublé par le trouble de l’émouvante créature. La distance est courte.

Par une saute de sentiment analogue à celle de naguère, elle se rassura d’un bloc.

— Oh ! que je suis nerveuse ! avoua-t-elle.

Il répondit machinalement :

— Nous sommes tous nerveux cette nuit.

Son accent marquait la tristesse et le malaise. Les souvenirs affluaient, foule cruelle, dissolvante et magique.

— Peut-être vaudrait-il mieux attendre là-haut ? reprit-il pour faire diversion.

Elle approuva d’un signe de tête ; Meyral souleva doucement la fillette qui était assise à côté de sa mère, tandis que Sabine emportait le baby.

Ils n’attendirent guère. Cinq minutes à peine s’étaient dissipées lorsqu’on vit paraître Langre avec la femme de chambre. Gérard montra une joie excessive ; ses mains tremblaient ; il avait ce sourire crispé des vieillards où le bonheur même mêle quelque chose d’instable et de tragique. Et ses yeux vifs ne cessaient de couver les deux petits, la race incertaine qui devait s’étendre sur le profond avenir.

— Que désires-tu, ma chérie ? murmura-t-il enfin. Veux-tu que nous rejoignions ton mari ?

Elle jeta la même plainte qu’elle avait fait entendre à Georges :

— Oh ! non… pas maintenant… plus jamais peut-être.

Elle ajouta, d’une voix basse et impressionnante :

— J’ai lutté, père, j’ai lutté avec ferveur ; je crois que j’ai été résignée, peut-être courageuse – mais je ne peux plus, je ne peux plus !

— Ce n’est pas moi qui te contraindrai à le revoir, répondit sombrement le père.

Quand le groupe se retrouva avenue de la Grande-Armée, une querelle sans cause convulsait deux hordes d’individus frénétiques ; le hourvari s’enflait ; des créatures louches rôdaient près de la barrière.

Il fut impossible de découvrir un véhicule de renfort : on convint que la femme de chambre prendrait le Métropolitain.

D’abord, le chauffeur poussa un aboiement de colère :

— Je suis pas un omnibus !

— Non, mais vous êtes un brave homme, riposta vivement Meyral, et vous rendrez service à de braves gens.

Il montrait la jeune femme et les petits. Le cocher, saisi d’un attendrissement brusque, se tapa sur le sternum, en criant d’une voix généreuse :

— On a du cœur ! Et puis du bon !

La voiture fila par des rues désertes ; on apercevait de-ci de-là, des silhouettes agitées ; presque toutes les fenêtres étaient lumineuses. Rien ne troubla les voyageurs jusqu’à l’église Saint-François-Xavier. Là, des bandes erratiques surgirent, composées d’artisans qui venaient de Grenelle ou du Gros-Caillou. Elles évoluaient rapidement, dans une même direction. Parfois, un cri, se répercutant de bouche en bouche finissait par des clameurs unanimes. L’automobile fut saluée de vitupérations et d’injures. Un individu plâtreux, aux bras de gorille, croassa :

— La reprise !… La reprise !…

D’un élan, sur l’air des lampions, les groupes scandèrent :

— La re-pris’ ! La re-pris’ !

À chaque tour de roue, la foule s’accusait plus dense ; des hommes débouchaient sans relâche des voies latérales, et le chauffeur, après quelques embardées, dut ralentir l’allure.

— Est-ce que tu veux écrabouiller les travailleurs ? ricana un homme noir, au nez plat et aux yeux circulaires.

— J’suis un travailleur plus conscient que toi ! hurla le chauffeur, et puis syndiqué !

— Alors, f… tes bourgeois su’le pavé de bois.

— C’est pas des bourgeois… c’est des chic types… et une femme et puis deux gosses !

Il aboyait, terrible et rauque, comme un grand molosse dans la nuit.

L’homme aux yeux ronds était déjà à trente mètres à l’arrière ; un grondement formidable émanait de la gare Montparnasse :

— La mort ! La mort !

Presque tout de suite un chant s’enfla, par vagues successives, comme une marée :

 
C’est le grand soir, c’est le grand soir,
C’est le grand soir des exploiteurs !

— N… de D… ! grogna le chauffeur… ça y est ! V’là la Nuit Rouge !

L’auto avançait en douceur, sans éveiller de protestations, car le chauffeur s’était mis à chanter avec les autres, et le refrain sortait de sa poitrine comme un rugissement :

 
Les bourreaux mordront la poussière,
Lève-toi, peuple aux mille bras,
Nous allons tuer la misère ;
La nuit rouge monte là-bas !

Des masses sans nombre galopaient vers la gare. Six grands aéroplanes dardaient la lueur de leurs phares parmi les étoiles.

Dans la voiture, Langre et Meyral s’entre-regardaient tout pâles :

— Est-ce la révolution ? fit le vieil homme.

— C’en est un épisode, murmura Meyral. Un même ordre a dû atteindre les faubourgs ; des centaines de mille hommes sont en marche.

Soudain le chant vacilla et se fragmenta ; une onde courut de tête en tête : la multitude ralentit sa course et des détonations retentirent, d’abord isolées, puis par salves incohérentes…

— Les flics ! Les flics ! Mort aux flics ! Assassins… Leur peau !

Une force arrivait, qui faisait refluer le peuple : avec des rugissements et des plaintes, il se disloquait, il se heurtait aux masses qui débouchaient par la rue de Vaugirard, la rue du Cherche-Midi, la rue de Sèvres ; les faces insanes, les yeux forcenés évoquaient les écumes et les phosphorescences de la mer.

À l’arrière, les agents formaient un radeau noir, compact et pesant, qui oscillait sans rompre. Tout fuyait devant eux. De nouvelles détonations crépitèrent, et ce fut la charge : sur les tronçons hagards de l’émeute, les dogues fondaient à l’aventure, fracassant les visages, foulant les corps terrassés à coups de bottes, enfonçant vertigineusement les ventres. Une fureur sans bornes exaltait les assaillants ; aux clameurs et aux blasphèmes des victimes répondaient des rauquements et des halètements de carnivores… Mais une rumeur immense emplit l’avenue du Maine. Incohérente comme une rafale, elle exhalait des huées, des menaces, des exhortations ; puis le rythme y pénétra et, canalisant l’enthousiasme, le cri de guerre lui donna une âme :

 
Nous allons tuer la misère :
La nuit rouge monte là-bas !

Un homme au torse de squelette, haut de six pieds, brandissait une loque écarlate, une horde de terrassiers le suivait, bras entremêlés, barbes au vent ; le radeau des sergents de ville fut tronçonné et fracassé. De toutes parts les fugitifs revenaient en marée. On entendait la chute molle des corps, le choc des crânes contre le pavé, les cris des blessés et des agonisants.

— En avant ! hurlait une voix de colosse. Aux ministères, à l’Élysée, au télégraphe !

L’ouragan de clameur déferla, et la multitude se rua frénétiquement vers la gare Montparnasse. Pendant dix minutes, le courant parut inépuisable. Puis il s’éclaircit : il n’y eut plus que des bandes éparses, des solitaires éperdus, des femmes aux chevelures croulantes, des badauds et des curieux penchés sur les allèges des fenêtres.

Alors, on vit les cadavres allongés sur les trottoirs ou dans le ruisseau ; des blessés se traînaient vers les portes, d’autres pantelaient, hurlaient, ou râlaient… Les aéroplanes avaient disparu.

— C’est immonde ! criait Langre.

— Ils ne savent pas ce qu’ils font ! soupirait Meyral, tandis que Sabine, les yeux grands d’épouvante, et plus blême que les nuages, étreignait les petits dans ses bras grelottants.

L’auto était rangée contre le trottoir ; le chauffeur l’avait abandonnée pour charger la police.

— Peut-être vaudra-t-il mieux retourner à pied, remarqua Georges.

Au même moment le chauffeur reparut, la barbe pleine de sang et les prunelles furibondes.

— La misère est morte ! hurla-t-il en montrant sa face de molosse à la portière. Le règne des exploiteurs est fini. Celui des pauvres bougres commence !… Ah ! Ah !… c’est fini de souffrir… c’est fini de crever.

Une détonation lointaine et grave l’interrompit :

— Le canon !

Il bondit au hasard et tourna sur lui-même.

— Voilà, gronda-t-il… je vas vous conduire tout de même, avant de rejoindre nos frères. C’est trois minutes à perdre… et puis… et puis !… ah ! et puis…

Les mots ne venaient plus : il avait les tempes enflées, les yeux phosphorescents et la bouche béante ; une fureur béate ébranlait sa structure.

— Plus de prolos ! bégaya-t-il… oh ! oh ! plus de vampires !

Ayant violemment tripoté sa machine, il monta sur le siège et démarra. Les voies étaient libres ; de-ci de-là, un groupe retardataire proférait des injures ou levait des poings rudes – mais le chauffeur bramait :

— Vive la nuit rouge !

Quand ils arrivèrent au faubourg Saint-Jacques, une cloche s’était mise à sonner, par coupetées funèbres ; des lueurs cramoisies tremblotaient parmi les astres ; la voix du canon, retentissant par intervalles, semblait le verbe obscur des éléments mêlé à la frénésie incohérente des hommes.