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La Grève (Pottier)

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 97-99).


LA GRÈVE



Au citoyen Basly, ouvrier mineur, député de la Seine.


Au secours ! vaincre est nécessaire.
Les mineurs sonnent le tocsin,
Saignons à blanc notre misère,
On fait grève au bassin d’Anzin.

Faire triompher cette grève,
Compagnons, c’est le grand devoir !
Partout où l’exploité se lève,
À ses côtés il doit nous voir.
Aux combattants il faut des vivres :
Nous, leurs copains, nous, ventres creux,
Sur chaque pain de quatre livres
Tirons une miche pour eux !

Ces hommes arrachant la houille,
Forçats dont le bagne fait peur,
Sans eux, croyez-vous qu’elle bouille,
La grande industrie à vapeur ?
S’ils croisent, noirs sur leur poitrine,
Leurs bras musculeux et poilus,
Nous voyons stopper la machine,
Le cœur du travail ne bat plus !


Les familles sont dans les larmes,
Duel social bien avisé ;
Ce tocsin de feu crie : Aux armes !
Tout le bassin est soulevé.
Sous les attaques féodales,
Le serf aura-t-il le dessous ?
Compagnons, nous fondons des balles,
Quand nous leur portons nos gros sous !

Des balles pour la haute pègre,
Qui, n’ayant nul droit au sous-sol
Ose traiter en race nègre
Ceux-là qu’a dépouillés son vol ;
Plomb pour la race massacrante
Qui, sans vergogne du total,
Tous les ans touche comme rente,
Quinze ou vingt fois son capital.

Oh ! ces mangeurs de chair humaine,
Leur avarice est un défi.
Mais la Terre est donc leur domaine ?
Ils n’ont qu’un Dieu, le dieu Profit !
L’homme fond dans leur main rapace :
Tous les épuisés, les vieillards,
Chassés, réduits à la besace,
Leur ont sué des milliards !

Grands seigneurs de la banqueroute,
Porteurs d’actions, hobereaux,
Voleurs ! vous vous croyez sans doute
Le droit de devenir bourreaux ?
Malheur ! voir au siècle où nous sommes,
Le capitaliste aigrefin

Dresser ainsi, pour dix mille hommes,
La guillotine de la faim !

Tant d’horreurs ne seront pas vaines ;
La souffrance enfante toujours !
Nous sentons courir dans nos veines
Le frisson brûlant des grands jours ;
Aux faubourgs, la pâle famine
Soulève un vivant ouragan ;
Et du ventre noir de la mine
Il sort des laves de volcan !

Au secours ! vaincre est nécessaire.
Les mineurs sonnent le tocsin,
Saignons à blanc nôtre misère,
On fait grève au bassin d’Anzin !


Mars 1884.