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La Guerre des Ashantis. Les Fantis

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LA GUERRE DES ASHANTIS
les fantis.

Nous croyons devoir donner à nos lecteurs une idée des peuplades singulières dont le nom était presque inconnu en Europe avant les événements de la côte d’Or. Nous parlerons aujourd’hui des Fantis, ces ennemis traditionnels des Ashantis, qui ont donné aux Anglais un concours plus utile peut-être que volontaire. Les Fantis, moins braves et plus dociles que les Ashantis, sont gouvernés par une multitude de petits roitelets qui forment une sorte de confédération grossière, placée sous le protectorat, c’est-à-dire sous la domination de l’Angleterre.

La coiffure d’une femme fantis
La coiffure d’une femme fantis
La coiffure d’une femme fantis.

Notre première gravure, exécutée comme les autres d’après les croquis d’un membre de l’expédition anglaise, représente une scène très-commune dans le château du cap Corse, capitale des établissements anglais. Une négresse se fait arranger, en pleine rue, son chignon par une sorte de coiffeuse, pendant qu’une femme du commun admire l’édifice capillaire dressé avec tant d’art. Celle-ci porte sur sa tête, ce qui est la coutume du pays, une lourde caisse destinée à l’armée, mais dont le poids ne l’empêche pas de prendre intérêt à ce qui se passe. L’attention du groupe féminin est tellement absorbée qu’aucune de ces trois grâces nègres ne s’aperçoit que deux canards cherchent à s’emparer d’une couleuvre. L’élégante du château du cap Corse tient sur ses genoux un négrillon, et dans sa bouche une pipe culottée, dont elle ne consentirait point à cesser de faire usage. Les plumes qui sont placées au sommet de la tête sont très-élégantes, très-soyeuses et teintes par la nature des couleurs les plus vives. Elles ne seraient déplacées sur la tête d’aucune de nos élégantes.

Danse sacrée des femmes fantis
Danse sacrée des femmes fantis
Danse sacrée des femmes fantis.

Nous montrons aussi les femmes fantis exécutant une sorte de danse sacrée, en l’honneur des mânes des soldats blancs que les Ashantis ont tués dans la guerre. Ces contorsions, dont nous devons renoncer à donner une idée, ont pour but d’ouvrir à ces héros le paradis des braves. Ces quatre femmes tiennent à la main des palmes et portent sur le corps des fétiches.

Le principal rôle des Fantis, pendant la guerre, a été de servir de domestiques et de guides aux blancs. Mais ils ont rendu de la sorte plus de services que s’ils s’étaient distingués par leur valeur militaire.

Ablution des Anglais au cap Corse
Ablution des Anglais au cap Corse
Ablution des Anglais au cap Corse.

Nous montrons un Fantis servant de baigneur à un blanc qui arrive à la dernière étape, pour se rendre aux bords du Prab, où commence le pays des Ashantis. Ce blanc est un officier qui écoute avec attention ce qu’un soldat raconte à un de ses collègues. Le soldat fait le salut militaire. Il porte le casque léger qui garantit merveilleusement le crâne contre les ardeurs du soleil. On voit sur le premier plan une négresse qui prépare les denrées que les soldats vont consommer dans leur dernière grande halte. La pratique des ablutions est une des plus indispensables conditions de l’hygiène dans tout le pays de la Guinée. Les Anglais se sont astreints à l’usage quotidien de l’eau froide qui, au dire des médecins, a été un des saluts de l’armée dans ces pays brûlants.

Un tisserand fantis
Un tisserand fantis
Un tisserand fantis.

Nous montrons enfin un tisserand fantis faisant mouvoir, avec une activité inouïe, un métier d’une simplicité tout à fait rudimentaire. Le Fantis est si habile et si rapide dans ses mouvements, qu’il utilise ses doigts de pied pour guider les fils pendant que sa main lance la navette. L’étoffe fabriquée de la sorte est d’une finesse extrême et d’une qualité excellente. Les couleurs sont très-vives et très-belles. Aussi presque tous les produits de ces manufactures primitives sont-ils achetés par des Européens. Les indigènes sont obligés de se contenter de mauvaises cotonnades anglaises.

Le sic vos non vobis de Virgile reçoit ainsi une application inattendue dans un pays où l’argent est inconnu : presque toutes les transactions se font indistinctement avec de la poudre d’or.