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La Harpe de Rumengol/À la mémoire de l’évêque blanc, Mgr Joseph-Marie Graveran

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À LA MÉMOIRE DE L’ÉVÊQUE BLANC


MONSEIGNEUR JOSEPH-MARIE GRAVERAN


MORT À QUIMPER, EN ODEUR DE SAINTETÉ,


Le 1er Février 1855, à l’âge de 61 ans


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À MONSEIGNEUR SAINT MARC, ARCHEVÊQUE DE RENNES




Grande Reine de Bretagne, bonne Vierge de Rumengol,
Votre nom est aimé et béni par tout l’univers ;
Etendez sur moi votre main, inspirez mon esprit
Et je célébrerai dans mes chants les vertus d’un homme
Vraiment saint, Joseph-Marie Graveran.

Saint Corentin, saint Pol, saint Brieuc, saint Tugdual,
Saint Paterne, saint Guénolé, saint Hervé, saint Guénéal,
Descendez sur les nues et répandezsur moi vos lumières,
Et je raconterai aux Bretons la vie de l’Evêque blanc.


C’est à Crozon que naquit Joseph-Marie Graveran ;
Quand il vint sur la terre Dieu était avec lui ;
Avant sa naissance, un vœu de sa mère
Le consacra à Notre-Dame de tout Remède, dans l’église de Rumengol.

À mesure qu’il croissait en âge, croissait aussi sa sagesse ;
Devant Dieu et les hommes, sa sainteté était grande ;
Les vieillards disaient en le voyant passer :
« Qui vivra verra, celui-ci fera un homme ! »

Encore très-jeune, il aimait à étudier, seul,
Sur le rivage de la mer de Douarnenez ;
Là, son imagination lui représentait
La ville d’Is, le roi Grallon, les merveilles des temps passés.

Il lisait à trois ans, écrivait à quatre ;
À sept ans, il éclipsait en latin tous ses camarades ;
À Saint-Pol-de-Léon, à Paris il obtint les louanges
Des savants qu’il rencontra dans le cours de ses études.

Un jour, à genoux sur le Méné-Hom, il entendit cette voix de Dieu :
« Mon enfant, tu seras apôtre, semblable a Guénolé ;
» Dans ton beau pays d’Arvor tu prêcheras la Foi,
» Comme le firent autrefois les saints, nés dans son sein. »


Quel prodige que celui-ci, ô enfants d’Arvor !
Livrons-nous à l’allégresse, il est l’honneur du pays ;
Chantons avec des larmes de joie, chantons à haute voix,
À l’Evêque blanc, chantons dans ce pays, des louanges immortelles.

Comme au pied du mont Oreb, Moïse tout tremblant
Au bruit du tonnerre écoutait la voix de Dieu,
De même notre Joseph balbutie au Roi des cieux :
« Oui, je serai prêtre, grâces à vous, Seigneur ! »

Debout sur la montagne, il voit dans la vallée
Se dessiner Landévennec avec son abbaye ;
Là, sous les décombres, sous les ronces et le lierre
Reposent maintenant les moines couchés dans leurs tombeaux.

Et le jeune homme va droit à l’abbaye ;
Il s’agenouille sur une tombe séculaire, et dans
Sa prière à saint Guénolé, premier abbé du saint lieu,
Il demande la grâce de devenir un bon prêtre.

À l’aurore, lorsqu’il voit briller à l’horizon
La gracieuse tour de l’église de Rumengol,
Il songe au jour où sa mère le voua à la Vierge de ce sanctuaire
Qu’il visite incontinent en passant le bras de mer du Faou.


Prosterné sur les dalles de l’église miraculeuse,
Comme tous les visiteurs du temple vénéré,
Il laisse couler des larmes et le cœur tout ému, il dit à la Vierge :
« Vous voulez que je sois prêtre, soyez ma patronne ! »

« Sainte est la mission du prêtre, mais lourde est sa charge,
» Soyez donc ma protectrice, ô Vierge toute-puissante,
» Dirigez chaque jour mes pas, je serai votre fils ;
» Donnez-moi la grâce d’être toujours un bon prêtre. »

Sa prière fut entendue : il alla aux écoles
Et à quinze ans ayant achevé ses études à St-Pol-de-Léon
Il prit l’habit ecclésiastique.
Abbé au front marqué pour être évêque de Quimper.

Là, comme par enchantement, se développent ses talents, son génie.
À cette époque, l’évêque de Quimper, savant prélat,
Remarque l’abbé Graveran et l’envoie à Paris
Au collège Stanislas où, l’esprit du jeune abbé brille de plus en plus.

En 1817, dès qu’il eut reçu les ordres sacrés,
Il fut mis à la tête du séminaire de Quimper
Et y passa neuf années entières, formant, autant par
Son exemple que par ses paroles, de jeunes prêtres pour le diocèse.


La renommée de sa science le fit nommer alors
A la cure de Brest, charge difficile entre toutes ;
Il s’y montra néanmoins à la hauteur de son ministère,
Et l’évêque disait : « Il fait mieux les affaires que moi-même. »

À son arrivée à Brest, il y donna une mission,
Qui attira sur lui les plus grands orages :
Le succès n’en fut que plus éclatant : il ferma la bouche aux perturbateurs ;
Et de ses ennemis, il sut même faire des chrétiens en peu de temps.

Miséricordieux, débonnaire pour les pécheurs,
Il leur pardonnait, comme pardonnait Jésus.
Combien d’âmes égarées, perdues sans espoir,
N’a-t-il pas doucement ramenées par sa bonté ?

Que de lois on a vu le bon pasteur accourir au bagne.
Essuyer les larmes des plus grands criminels !
Il leur apprit à louer le nom de Dieu,
À devenir chrétiens et à sauver leur âme.

L’argent qu’il gagnait était tout aux malheureux ;
Pour lui, une pauvre soutane était un vêtement magnifique.
Rien n’est plus vrai : lors de sa promotion à l’épiscopat.
Il était dépourvu d’argent pour son voyage de Brest à Quimper.


En 1810, monseigneur de Poulpiquet
Mourut à Quimper, à l’âge de 81 ans.
Pour remplacer ce prélat, on promut M. Graveran à l’épiscopat,
En faisant violence à sa modestie.

Il fait le voyage de Paris où il reçoit la consécration
Des mains de l’archevêque, monseigneur Affre ;
Et se hâte de retourner à Quimper,
Pour montrer à ses prêtres combien il les aimait.

Quelle joie universelle en revoyant l’apôtre ! Les paroles
De Dieu sont vraies, nous le savons en Bretagne !
L’enfant de Crozon est devenu un grand évêque :
Dieu même le lui avait révélé sur le Méné-Hom.

Maintenant, mille relâche à ses travaux apostoliques :
Pour le bien de son diocèse, il parcourt souvent
Les plus petites localités, prêchant toujours en breton :
Si bien que les anciens disaient : Qu’il aurait fait un parfait recteur.

Quant vint la république, il fut député à Paris,
Pour défendre les droits du peuple et les droits de l’Eglise :
En le voyant les Parisiens disaient : « l’Evêque de Quimper est un maître homme,
Jamais son pareil n’a été vu ici. »


À Paris, en effet, il déploya ses beaux talents
Dans la promulgation de bonnes et sages lois.
En France, à l’étranger, partout on parlait de lui ;
L’éloge de Joseph-Marie Graveran était dans toutes les bouches.

Le général Cavaignac, homme d’énergie et de foi,
Lui offrit l’archevêché de Paris.
Il refusa cette offre pour revoir sa Bretagne,
Pour y vivre et mourir au milieu de ses enfants.

De retour dans son diocèse, il prenait un nouveau plaisir
À prêcher la loi de Dieu aux habitants des villes et des campagnes ;
Il savait bien d’ailleurs guider le riche et le pauvre,
Tous étaient ses enfants ; pour tous, il avait un cœur d’or.

Jamais on ne l’entendit dire un mot qui fit peine à personne,
Il aimait son prochain comme lui-même.
Doux, compatissant, charitable pour tous.
Tel fut durant sa vie notre père, notre cher évêque.

Depuis quatre cents ans, les tours inachevées
De la Cathédrale de Quimper affligeaient la vue,
Lorsqu’un jour il nous dit en souriant :
« Allons, mes enfants, il faut élever les tours de Saint-Corentin. »


Ce qui fut dit, fut fait : Cornouaille, Léon et Tréguier
Donnent à l’envi leur obole au saint évêque ;
Et les tours s’élèvent majestueuses dans l’air
Pour témoigner de la foi Armoricaine.

La vie de l’homme ici-bas est pleine de déboires ;
C’est à travers une vallée de larmes qu’il faut aller à la patrie ;
Chacun a sa Croix à porter sur le Calvaire,
À travers les douleurs et les tribulations de ce monde.

Les tours de la cathédrale n’étaient pas achevées.
Qu’il plut à Dieu d’envoyer au saint évêque un mal terrible,
Aussi long que douloureux, afin sans doute
D’achever de purifier son âme, avant de l’appeler à lui.

Dès qu’il se sentit atteint de la terrible maladie,
Il prit la détermination soudaine d’aller encore une fois à Crozon,
Prier sur le tombeau de son père et de sa mère.
Et ensuite à Rumengol pour demander une bonne mort et le Paradis à son âme.

Durant trois mois, ce mal effrayant que l’on appelle cancer
Lui fait endurer les peines les plus cuisantes ;
Il souffre sans proférer une plainte.
Comme les martyrs de la Foi dans l’Église primitive.


Comme Jésus sur la croix, il recommande avant
De mourir ses diocésains à la toute-puissante Vierge,
Patronne de l’Armorique ; et, rempli de foi,
De calme et d’espérance, sa belle âme prend son vol d’ange vers le ciel.

Quand la nouvelle arriva aux quatre coins de l’Armorique,
Tout le monde fut consterné, tout le monde fondit
En larmes, en s’écriant, le cœur navré !
« Hélas ! notre père est mort, l’Évêque blanc est mort. »

Prêtres et laïques, et vous, pauvres du Christ,
Veuves, orphelins, vous tous tombés
Dans le malheur, vous avez perdu votre ami, votre pasteur, votre père.
Bretons mes compatriotes, quel malheur pour nous tous !

Joseph-Marie Graveran a vécu comme un saint,
Est mort comme un saint ; Dieu était avec lui.
Tout le monde le dit saint : vox populi, vox Dei
Gloire au Seigneur ! la voix du peuple est aussi la voix de Dieu.

Le jour où il fut descendu dans son lit de terre.
Les habitants de Quimper en deuil et abîmés de douleur
Portèrent son corps par toutes les rues de leur ville,
Et les pauvres suivaient en versant des larmes !…


Quimper possède son corps, Crozon ses entrailles ;
Son cœur appartient à l’église St-Louis de Brest,
Dans l’église cathédrale de Quimper
On voit le mausolée que lui a érigé l’amour de son peuple d’Armorique.

Allons, ô mes compatriotes, allons
À la cathédrale de Quimper, allons y
Prier sur le tombeau de notre évêque bien-aimé :
Là, tous les jours, agenouillés, Les enfants d’Arvor vont demander les grâces de Dieu.

À l’imitation de Joseph-Marie Graveran,
Soyons vrais chrétiens, dignes enfants de Dieu,
Bons pour les pauvres, charitables pour tous ;
À la vie à la mort, soyons courageux, inébranlables dans la foi, comme étaient nos pères.

Sur les tours de Saint-Corentin, descendez des cieux,
bon pasteur, bénissez le pays que vous avez tant
Aimé ! Bénissez les flots de pèlerins qui vont
Chaque année prier à l’église de Rumengol !

Bénissez les pauvres affligés, nos marins,
Nos soldats, et tous les Bretons ! Bénissez
Aussi nos cimetières où reposent en paix,
À l’ombre de la croix, nos pères et nos mères !


Demandez à Dieu pour nous la conservation de la Foi ;
Cette vieille foi des Grallon, des Guénolé, des Saints de
Bretagne, afin qu’au jour du Jugement dernier,
On voie encore des Bretons agenouillés dans le sanctuaire de Rumengol.

Et maintenant, ô mon pays, chantons à l’unisson,
Chantons avec allégresse : gloire à notre évêque !
Un nouveau saint s’est levé dans notre Armorique,
Il a nom Joseph-Marie ; gloire à lui, gloire éternelle ! !


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