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La Harpe de Rumengol/L’église de ma paroisse

La bibliothèque libre.
(p. 65-75).


L’ÉGLISE DE MA PAROISSE


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À trois jeunes bardes de cœur, messieurs

J.-V. JONCOUR. prêtre, GUITTEREL et HINGANT

diacres.

J’ai conservé ma foi.
(Saint Paul à Timothée. Épître 11, chap. 4, verset 7.)


Salut à vous, église de ma paroisse !
Salut à vous, église de mes ancêtres !
Quand je vous vois, église sainte,
Mon cœur est plein d’émotions.

Mon cœur est plein d’émotions
Et mes yeux se remplissent de larmes,
Quand je vous vois, église bénie ; c’est
Dans votre enceinte que j’ai été baptisé.

Salut à toi, clocher étoile.
Clocher de l’église de la mère des Bretons ;
Quand j’entends le son de tes cloches,
Mon cœur tressaille d’allégresse.


Pour moi, le jour de mon baptême,
Cloches, vous sonniez gaiement ;
Et, quand viendra le jour de ma mort,
Pour moi, vous gémirez encore un glas funèbre.

C’est ici, dans cette église, que ma pauvre mère,
Avant de me mettre au monde, me consacra
À Dieu ; c’est ici que, priant à genoux nus,
Elle me voua à la sainte Vierge ;

Agenouillée, priant avec foi
La sainte Vierge et les saints de Bretagne,
La Vierge de Rumengol, notre Patronne,
Et saint Guénolé, l’ami de Grallon.

Ici, le jour de mon baptême,
J’étais un petit ange blanc au bon Dieu ;
Ici, je fis ma première communion,
Jour heureux, jour d’allégresse.

Sur moi descendit le Saint-Esprit
Par les mains de Monseigneur Graveran,
L’Évêque blanc ; sa bénédiction est demeurée sur moi,
Et lui, maintenant, est un grand saint dans le Paradis.


Je vois ici la chaire
Où prêchait mon vieux curé,
Un bon prêtre, un homme de Dieu,
Aimé, chéri de tous ses enfants.

Je vois ici les reliques
Des saints de Bretagne, les vieux saints de mon pays ;
Je les ai souvent baisées
Avec foi, espérance et amour.

Que de fois, devant le maître autel,
Ma mère pria-t-elle pour moi ?
Et, sa prière finie, elle me regardait
Avec tendresse et me parlait ainsi :

— « Mon fils, regarde l’enfant Jésus
» Souriant sur les bras de son aimable mère ;
» C’est lui le Créateur, le Maître de l’Univers,
» Et elle, c’est la bonne Vierge de Rumengol.

» C’est lui qui fait gronder la mer
» Et éclater le tonnerre ; elle, c’est
» Une mère aimable,
» Et, pour nous, elle adresse des prières à Dieu.


» Mon fils, tu es encore jeune,
» Tu ne sais pas encore ce que c’est que la peine ;
» Un jour viendra, hélas !
» Où il te faudra porter ta croix.

» Quand tu seras abandonné de tous,
» Quand ton pauvre cœur sera brisé de douleur,
» Regarde, mon fils, regarde
» Jésus baigné dans son sang.

» Garde toujours, oh ! garde toujours ta foi !
» Prie la Vierge et les vieux saints de la Bretagne ;
» Aime surtout l’église de ta paroisse,
» Et Dieu te bénira. »

— J’étais alors un enfant,
Une créature innocente et pure ;
À présent je suis vieux, et mes cheveux blancs
M’avertissent que ma fin approche.

Ma pauvre mère est allée devant Dieu,
Et bientôt j’irai aussi moi-même ;
À ses côtés, je reposerai à l’ombre,
Dans la terre sacrée du cimetière de Rumengol.


J’ai prié la Vierge, les saints de Bretagne,
J’ai gardé inébranlablement ma foi ;
J’ai aimé l’église de ma paroisse,
Mon Dieu, bénissez-moi !

Heureux l’homme qui trouve, en mourant,
Sa tombe auprès de son berceau ;
Heureux celui qui repose
Dans le cimetière de l’église de sa paroisse.

Bardes, mes frères, vous érigerez
Sur ma tombe une croix de chêne,
Pour que les passants disent :
« Ici repose un chrétien ;

» Ici repose, à l’ombre,
» Le Scour, Barde de Notre-Dame de Rumengol,
» Homme de cœur et homme de foi,
» Qui aimait la Bretagne d’un amour sans borne. »


À mes bien-aimés et très-honorés confrères,
les jeunes Bardes de la Bretagne.


Jeunes Bardes, portez toujours bien haut
La vieille bannière de la Bretagne,
La bannière de la foi et de l’honneur ;
Celle-là est la bannière de l’Arvor.


Aux Saints de la Bretagne.

Saints de la Bretagne, vieux saints de mon pays,
J’ai chanté vos louanges ;
Je chanterai encore, en mourant.
Vos louanges, saints de la Bretagne.



À Notre-Dame de Rumengol.

Vierge de Rumengol, ma bonne mère,
Vous me fermerez les yeux ; quand
Je serai mort, jetez sur mon âme
Un regard de miséricorde !