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La Harpe de Rumengol/L’étoile de la mer

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(p. 39-51).


L’ÉTOILE DE LA MER


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À M. BALDINI, Chanoine, Curé de Rostrenen



Salut, étoile de la mer !


Salut ! étoile de la mer, patronne de la Bretagne,
Salut ! Vierge de Rumengol, Vierge trois fois sainte.
Salut ! Vierge de tout Remède, bonne mère des Bretons !
Au ciel, sur la mer, sur la terre, à vous toujours honneur et gloire !

Oui, salut à vous, Vierge, salut avec amour,
Grande reine d’Armor, reine des anges.
Vous qui régnez au Paradis avec la Trinité ;
Vous n’avez au-dessus de votre trône, que le trône de Dieu.

O Vierge la plus aimée, fille du Père éternel,
Choisie, avant votre naissance, pour être mère de notre Sauveur ;
Malgré le péché d’Adam, vous avez été conçue
Sans péché dans le chaste sein de sainte Anne.


Pour essuyer les larmes de ceux qui gémissaient,
Sous le poids de leurs chaînes depuis quatre mille ans,
Vous avez porté neuf mois Jésus, le roi de gloire,
Pour qui le ciel et la terre étaient trop étroits.

Émerveillés d’un rang si haut et si puissant.
Tous les humains nés et à naître,
Depuis le heu où le soleil se lève jusqu’au lieu où il se couche.
Vous proclameront bienheureuse, avant de descendre dans la tombe.

O Vierge, tous vos enfants, jusqu’à l’heure de leur mort,
Aimeront, béniront et loueront votre nom :
Chaque jour, à Rumengol, vous faites connaître
Que votre bonté égale votre puissance.

Qui pourrait dénombrer tous les bienfaits
Que vous avez répandus sur la Bretagne et sur tant d’autres pays ?
Qui pourrait dire qu’il vous a adressé une prière
Sans la voir à l’instant exaucée ?

Vous protégez l’Église et le nom chrétien ;
Vous êtes le soutien des pauvres nus et affligés ;
Vous daignez, par amour, rester dans l’église de Rumengol
Depuis quinze cents ans, pour soulager toutes les misères.


Que de malades et d’estropiés ont recouvré
L’usage de leurs membres ! Que de pauvres enfants languissants ont été rendus à la santé !
Que de mères affligées, que d’époux accablés de douleur
Sont devenus joyeux et satisfaits, grâce à votre bonté
infinie !

Le deuxième jour de juin, le samedi avant le grand pardon,
Une grande foule se rendit à l’église sacrée de Rumengol ;
Malgré la pluie, le vent et la plus terrible tempête,
Les pèlerins accourent en chantant joyeusement.

Monseigneur l’Évêque, de même que les pèlerins.
Se rendit ce même jour à Rumengol,
Et constata avec bonheur qu’en dépit du mauvais temps
L’église de la Mère de notre Sauveur était, comme chaque année, remplie de fidèles.

« Au revoir ! Vierge sainte, l’année prochaine nous
» Viendrons encore, comme aujourd’hui, vous visiter le jour de votre grand pardon ;
» Au revoir ! quand nos chers parents reviendront au pays,
» Nous retournerons, un cierge à la main, dans votre église vénérée.

» Prosternons-nous à genoux, nous tous hommes affligés,
» Devant la plus GRANDE SAINTE de la terre,
» Afin qu’elle daigne nous accorder, en don,
» Une vie heureuse et longue, une foi robuste et une bonne mort.


» Retournons maintenant dans nos foyers, munis de la sainte médaille,
» Destinée à nos enfants et à nos proches ;
» Cette médaille, indulgenciée par notre St-Père le Pape,
» Doit briller sur le cœur de tout bon chrétien. »

Ainsi faisaient leurs adieux, trois pauvres femmes nu-pieds.
Venues au pardon de Rumengol, portant à la main une
Baguette blanche. Elles étaient parties de chez elles, à
L’aurore, le samedi avant la Trinité, en compagnie d’un grand nombre de voyageurs et de pèlerins.

Après avoir fait trois fois le tour de l’église de la mère des
Bretons, après avoir baisé l’autel et l’image sainte, elles ont
Repris la route de leur village, en chantant gaiement
Les belles poésies faites en l’honneur de la vierge Marie.

Sur le point de franchir le sommet d’une colline élevée.
Dans la paroisse de Landévennec, vis-à-vis la tour de Plougastel,
L’une de ces trois femmes s’arrêta brusquement,
Et dit à ses deux compagnes :

« Voyez le temps ! le ciel devient sombre.
» Dieu ! quel coup de tonnerre ! Ecoutez comme il retentit
» Avec fracas à travers les voûtes célestes, sillonnées
» De sinistres éclairs. Il appelle à lui l’orage qui s’avance là-bas. »


La pluie tombe à torrents, le vent en mugissant
Fait ployer la cime des arbres et soulève les vagues en furie ;
Dieu veuille qu’il n’y ait aucun navire en mer !
Il périrait infailliblement sous l’effort de la tempête.

J’aperçois, hélas ! devant Brest, au milieu de la rade.
Un pauvre petit navire, ballotté et tournoyant ;
Battu par les vents déchaînés et les flots en courroux,
L’abîme s’ouvre pour l’engloutir dans ses profondeurs !

Les voiles sont en lambeaux, le grand mât est brisé,
La barre du gouvernail est rompue. Sur cet esquif, hélas !
Il y a des hommes, des femmes, des enfants, en danger de périr.
Vierge sainte, venez-leur en aide ! ils vous invoquent à genoux.

Dans le ciel, au milieu de l’ouragan, on voit poindre
Une lueur éclatante qui augmente rapidement.
« À genoux, chers amis, nous ne périrons pas,
» Voyez, devant nos yeux, la Vierge sainte de Rumengol !

» Je vois sa superbe robe de drap d’argent,
» Son manteau d’or, son voile d’azur parsemé d’étoiles ;
» Sa couronne d’or est ornée de perles,
» Un cercle brillant, comme le soleil, resplendit autour de sa tête. »


Les nuages se dissipent, la pluie cesse ;
Devant la Vierge de Rumengol le vent s’est apaisé.
Maintenant la mer est calme, le tonnerre ne gronde plus,
Sur leur navire, les pauvres navigateurs chantent en action de grâces :

« Soyez bénie, bénie, bonne mère des fils d’Armorique !
» Vous êtes véritablement l’étoile de la mer ;
» Daignez toujours exaucer nos prières ;
» Après Dieu, tout notre espoir est en vous. »

Le navire sauvé des flots aborde au rivage ;
Son nom, Marie-Anne, est écrit à la poupe ;
Il contient des marins, des passagers.
Des enfants : en tout, soixante-dix personnes.

Dès qu’ils eurent touché la terre d’une façon si miraculeuse,
Ils se mirent nu-pieds et en corps de chemise ;
Et s’acheminèrent aussitôt vers Rumengol,
En chantant Ave, maris Stella ! en l’honneur de Marie.

Au moment où, pleins de ferveur, ils entraient dans l’église.
Les cloches sonnaient pour la procession ;
Après s’être prosternés, les yeux pleins de larmes.
Ils se sont rangés parmi les pèlerins.


Chacun d’eux porte un cierge à la main,
Et la médaille de Rumengol brille sur leur poitrine,
Pour témoigner, aux yeux des habitants de tous les pays,
Que tous ceux qui la portent sont miraculeusement préservés.

Ce n’est pas le seul miracle que la Vierge bénie
A opéré le jour du pardon de Rumengol ;
Je ne pourrais ni écrire, ni énumérer
Ceux qu’elle a faits, ce jour-là, en Bretagne.

Nous nous mettons tous sous votre protection,
Bonne mère des affligés, Vierge sacrée de Rumengol ;
Sauvegardez vos enfants et le jour, et la nuit ;
Daignez, à l’heure de la mort, nous envoyer au Paradis.

Quand la tempête retentit, quand le vent siffle,
Que la pluie tombe, et que grondent les vagues,
Descendez sur la nue pour éloigner l’orage,
Et pour préserver de tout mal notre beau pays de Bretagne.

Pères, mères, enfants, accourez avec dévotion,
Venez prier pour vos parents exposés sur la mer profonde ;
Venez à l’église de Rumengol, l’église de tout Remède,
Et vos parents, si chers, vous seront encore rendus.