La Harpe de Rumengol/La Harpe de Rumengol

Je n’étais encore qu’un enfant,
Et j’aimais mon pays de Bretagne ;
J’aimais mon pays de Bretagne,
Le pays de la foi et des saints.
Avec ma mère, un jour, au lever du soleil,
Je me rendis au pardon de Rumengol ;
Je me rendis au pardon de Rumengol,
Pour prier la Vierge de tout Remède.
Nous passions par la forêt des Rannou,
Quand j’entendis des sons plaintifs ;
J’entendis, dans le creux d’un vieux chêne.
Les sons plaintifs d’une harpe ;
Et, pendant que soupirait la harpe,
Se leva devant moi une ombre,
L’ombre toute blanche de saint Guénolé ;
Et l’ombre me parla ainsi :
« Voici la harpe d’or de Rumengol,
» Ici oubliée de tous ;
» Sur cette harpe, Korentin,
» Grallon, Hervé, Efflam, Triffine,
» Guénolé, Primel et Gwénéal,
» Les Bardes de la Bretagne, dans les temps écoulés,
» Chantaient des gwerz à la Vierge,
» Et des louanges aux saints de Breiz-Izel.
» Barde, prends la harpe de Rumengol,
» Fais-en vibrer les cordes et redis à tous,
» Redis les merveilles qui ont eu lieu
» En Bretagne dans les siècles passés. »
Aussitôt l’ombre s’envola,
Et moi je me mis à faire résonner la harpe.
J’ai chanté Landévennek,
La terre des saints et des rois.
Mene-Hom, la mer de Douarnenez,
La ville d’Is, la princesse Ahez,
La cathédrale de Quimper, Krozon,
L’Évêque blanc, l’homme de cœur ; (1)
Et les larmes aux yeux,
J’ai chanté Rostrenen et Bulat ;
J’ai chanté avec foi
Notre-Dame-d’Espérance de Saint-Brieuc ;
J’ai loué tout dernièrement
Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp ;
Et, agenouillé dans son église,
Je l’ai priée pour la Bretagne.
J’ai aimé ardemment
La foi de Breiz-Izel, la vieille foi de Grallon,
Les saints et les hommes de cœur de mon pays,
Et fustigé les gens éhontés.
Je vous ai aimée, louée par-dessus tout
Vierge sacrée, Notre-Dame de Rumengol ;
A vos pieds, avec ma prière.
Je dépose aujourd’hui ma harpe.
Après moi, viendront encore des hommes de cœur
Qui feront vibrer sur ses cordes les airs de la Bretagne ;
Ils feront vibrer sur ses cordes des airs pieux,
En l’honneur de la patronne de la Bretagne.
Mes cheveux blancs me disent à présent
Que ma dernière heure approche ;
Sainte Vierge, vous veillerez
Sur la tombe de votre Barde, votre pauvre enfant.
Que votre nom soit loué
Par toute la terre, Vierge de Rumengol !
Bonne Vierge, Dame de Rumengol,
Empêchez la Bretagne de se perdre !
Mère des pauvres gens, des malades, des affligés.
Mère des Bardes et des Bretons,
Conduisez-nous au ciel
Pour louer Jésus, notre Seigneur.
Jésus, le maître des cieux et de la terre.
Mort sur la montagne du Calvaire ;
Jésus, le Dieu des Bretons,
Vous serez toujours le Dieu de la Bretagne.