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La Harpe de Rumengol/La pauvre tourterelle et l’épervier cajoleur

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LA PAUVRE TOURTERELLE


ET L’ÉPERVIER CAJOLEUR


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Qui est vicieux dans sa jeunesse
Ne devient pas plus sage dans sa vieillesse,


Un oiseau joli, une tourterelle,
Née dans les bois de la Bretagne,
Trouva bon de quitter son nid,
Pour aller loin, loin de son pays.

Au Ponthou il y avait un épervier,
Vieux, sot, sans pudeur, bouffon ;
Dans sa vieillesse, il ne devenait pas plus sage ;
Il était plus vicieux que jamais.

Cet épervier-là, séducteur et traître,
Faisait bec de velours à la tourterelle ;
Et la pauvre tourterelle croyait
Que l’épervier était son Dieu,


Son compagnon lui dit :
« Ici tu vis tranquille ;
» Ici, avec ton ami fidèle,
» Il fait beau vivre, il sera doux de mourir.

» Loin de ton nid, la froidure,
» La faim, la soif, la douleur,
» La pluie, la neige et les angoisses
» Seront ton partage sur la terre.

» Ton traître ami l’épervier
» Te laissera mourir dans le dénûment ;
» Mourir est chose amère,
» Quand on meurt loin, loin de son pays.

» Ici reste toujours avec moi,
» Ma petite aile t’abritera ;
» Ton petit nid sera toujours chaud,
» Et de ton compagnon tu seras chérie.

» Pareil au rossignol des bois,
» Je te chanterai mes chansons ;
» Et des quatre coins de la Bretagne,
» Tu seras la plus belle tourterelle. »


— Et la tourterelle sans cœur
Se sépara de son ami,
Pour suivre l’épervier,
Loin de son nid et de la Bretagne.

Prenez garde à vous, petite tourterelle,
L’épervier est un cajoleur ;
Dans les autres pays vous ne trouverez pas
Un nid, un ami pour vous aimer.

La tourterelle a oublié
Son nid et son compagnon désolé,
Et à l’épervier, par folie,
Elle a donné son cœur.

Hélas ! il n’était pas nécessaire d’aller loin
Pour bien connaître l’épervier ;
L’épervier a été sans pitié
Envers la pauvre tourterelle.

Lorsqu’ils furent arrivés à Koat-ar-Skour [1],
L’épervier ne faisait plus bec de velours ;
Dans son corps au lieu de tendresse,
Il n’y avait que perversité.


Arrivés au pied de la montagne d’Aré,
Elle eut le premier coup de patte ;
Et, avant d’être sortie de la Bretagne,
Elle se ressouvient de son nid.

Elle a eu bien des coups de bec,
Hélas ! pour avoir trop aimé.
Au lieu des chants de son joli petit compagnon.
Elle a maintenant des coups par centaines.

L’épervier l’a maltraitée ;
Dans la boue il l’a salie ;
En se moquant d’elle, il lui dit :
« Va maintenant avec qui tu voudras ! »

Son corps couvert de plaies,
Son cœur rempli de chagrins
Et noyé dans sa douleur,
Elle songe alors à son compagnon.

« Mon petit compagnon, ami plein de tendresse,
» Toi que j’ai tant affligé,
» Si tu voyais comme l’épervier
» A maltraité ta tourterelle ! »


— La tourterelle, couverte de honte,
Refait son voyage avec peine,
Pour aller jusqu’à son doux nid,
Afin de revoir encore son ami.

En arrivant près de son nid,
Son pauvre cœur se brisa,
Lorsqu’elle vit son ami mort,
Mort, hélas ! de douleur.

MORALE.

Jeunes filles de la Bretagne,
Prenez garde à l’épervier !
Priez Dieu qu’il vous accorde la grâce de ne pas vous perdre ;
Et priez la Vierge de Rumengol !


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  1. Ancienne seigneurie en ruines, entre le bourg du Cloître et Plourin-Morlaix.