La Harpe de Rumengol/Le cimetière de ma paroisse
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel,
et que la lumière éternelle les éclaire !
Cimetière de ma paroisse, quand je te vois,
Je soupire de tristesse ;
Les larmes jaillissent de mes yeux.
Et je m’agenouille à chaque pas.
Ici reposent en paix
Mon père, ma mère, mes aïeux,
Mes parents et mes amis,
Tous ceux qui m’ont tendrement aimé.
Ici, frappés par la main de Dieu,
Dorment des vieillards et des enfants,
Des hommes savants, des riches,
Des heureux et des infortunés.
Gisant les uns près des autres,
Étendus dans leur lit,
Étendus dans leur lit de terre ;
Quelle douleur ! quel deuil !
L’homme puissant, le prolétaire.
N’ont qu’une planche, un linceul,
Avec cinq pieds de terre ;
Au cimetière, telle est la richesse de l’homme !
Voici béante, la tombe de Marie-Yvonne,
La plus belle fille de l’Armorique ;
Au chevet de la fosse, voilà sa tête
Auprès d’un monceau d’ossements.
Ici, est le tombeau de mon vieux curé.
Homme de foi, homme de cœur ;
Chaque jour les pauvres gens
Viennent y répandre des pleurs.
Pauvre enfant chéri, ne verse plus de larmes,
ton père, ta mère ne sont pas perdus ;
Tous deux sont allés au Paradis,
Ils sont là-haut à t’attendre.
Sois sage et bon chrétien.
Et tu reverras ton père et ta mère.
Souviens-toi des paroles
Que ta mère t’adressa le Jour de sa mort.
« Mon joli petit garçon, mon fils chéri ; mon ange de Dieu,
» Quelle douleur pour moi
» De te laisser seul,
» Au milieu des écueils de la vie !
» Si tu es Breton et bon chrétien
» Ta pauvre mère mourra sans angoisses ;
» Un baiser, mon fils, encore un tendre baiser ;
» Viens, que je te presse sur mon cœur !
» Le dimanche, après la grand’messe,
» Viens verser de l’eau bénite
» Sur la tombe de ta tendre mère ;
» Prie pour les âmes des pauvres trépassés !
» Quand tu viendras te prosterner sur ma tombe,
» Prie bien le bon Dieu pour ta mère,
» Encore un baiser avant de mourir,
» Le dernier baiser, ô mon enfant !
» Un dernier baiser baigné de mes larmes,
» Mon fils adieu, adieu !
» Garde bien la foi des vieux pères,
» Et adieu, adieu, dans le paradis ! »
Pauvres orphelins, ne pleurez pas ;
Dieu, qui nourrit les petits oiseaux,
Dieu vous donnera du pain ;
N’êtes-vous pas ses petits enfants ?
Pauvre époux, séchez vos larmes,
La mère de votre enfant n’est pas morte ;
Devant le trône de la Vierge Marie,
Agenouillée, elle prie pour vous !
Et vous, pauvres sur la terre, vous
Toujours dans la peine, dans l’affliction ;
Dans le Paradis, véritable Bretagne,
Vous aurez des joies éternelles.
Ici, je vois la croix de mon Jésus,
Comme une tendre mère,
Elle veille, nuit et jour,
Sur les tombes de ses enfants chéris.
Morts, dormez tous en paix ;
Un jour vous sortirez de vos tombeaux ;
Par l’ordre du Tout-Puissant,
Vous en sortirez resplendissants de corps et d’âme.
Les saints qui sont au Paradis,
Les saints de Bretagne vous attendent ;
La Vierge et les anges blancs
Vous accueilleront avec allégresse.
C’est ici que reposera mon corps,
À l’ombre de l’église de ma paroisse ;
Vous prierez, Vierge de Rumengol,
À l’heure de la mort, pour votre pauvre Barde.
Au dernier jour du monde,
Quand je sortirai de ma tombe.
Vierge, étendez encore votre main sacrée
Pour soutenir votre enfant.
Heureux celui qui est mort
Dans la crainte de Dieu, notre Seigneur ;
Heureux celui qui repose
À l’ombre de l’église de sa paroisse !
Un jour il se lèvera du repos de son sépulcre,
Avec ses ancêtres et les saints de Bretagne,
Pour aller au jugement dernier
Entre les bras de Notre-Dame Marie.
