La Harpe de Rumengol/Notes et éclaircissements
(1, 1 et b, pages 8, 16 et 66.) Ann Eskop gwenn : Monseigneur Joseph-Marie Graveran, évêque de Quimper et de Léon, décédé en odeur de sainteté, le 1er février 1855. Ce grand prélat, aimé et vénéré de tous, repose aujourd’hui sous les voûtes de la magnifique cathédrale de Quimper, où l’on va prier à son tombeau, comme au tombeau d’un saint.
Saint, il l’est en effet : toute la ville de Brest l’a connu pendant plus de 14 ans ; Quimper, le diocèse, tout le monde, qui n’a apprécié, de 1840 à 1855, et l’aménité de son noble caractère et les ressources ingénieuses de son ardente charité. Tour à tour modèle des pasteurs et prélat éminent par sa sainteté, partout et toujours il a su conquérir toutes les sympathies. Ainsi a fait Mgr Le Mée, Evêque de Saint-Brieuc, ainsi Mgr l’Archevêque Saint-Marc, tous deux Bretons et élevés à l’épiscopat à la même époque que Mgr Graveran. L’illustre Archevêque de Rennes survit seul aujourd’hui, confondant dans un égal amour Dieu, l’Eglise et la Bretagne. Le peuple breton, ce grand cœur qui n’oublie jamais, lui rend amour pour amour. — Ce peuple, toujours si vrai et si pittoresque dans son langage, a appelé Mgr Graveran ann Eskop gwenn (l’Evêque blanc), sans doute à cause de la blancheur de son âme qui se manifestait extérieurement sur toute sa personne. C’est aussi pour le même motif que nos pères, il y a quatorze cents ans, donnèrent, au Patriarche des moines de la Bretagne et à son successeur les noms de Gwen-oll-e, il est tout blanc, et de Gwen-Eal, ange blanc : saint Guénolé, saint Guénéal, l’un premier, l’autre second abbé de l’antique abbaye de Landévennec, aujourd’hui, hélas ! en ruines. Comme Monseigneur Graveran, ils ont illustré par leurs vertus et leur profond savoir, la belle presqu’île de Crozon, où naquit, le 16 mars 1793, le saint évêque dont nous parlons.
Si la figure est l’image et le reflet de l’âme, l’âme de Monseigneur Graveran devait être assurément belle et pure. Les qualités, qui formaient le fond de sa nature excellente, étaient rehaussées encore par un esprit supérieur, par une intelligence précoce et vive ne laissant, où elle passait, que peu de place à la critique. D’un coup-d’œil, il pénétrait le fond d’une question et l’envisageait, sous toutes ses faces, dans son ensemble et dans ses détails ; il avait comme le don de saisir le bien et de se l’incorporer, si on peut le dire. Cette pénétration, secondée par sa charité, lui servait à diriger tous ses actes vers l’accomplissement de ses devoirs, c’est-à-dire, vers l’accroissement de la Foi, l’honneur de son pays et la gloire de Dieu ; c’est elle aussi qui lui fit reconnaître, dès son apparition, l’immense avantage qui devait résulter, pour la religion, du système de Le Gonidec. La pureté du langage unie à une orthographe méthodique et raisonnée prouva immédiatement à ses yeux, son incontestable supériorité sur les systèmes multiples des auteurs Gallo-Bretons, précipitant par leur coupable inertie notre langue celtique vers une ruine complète. Il importait qu’il n’en fut pas ainsi ; car, disait l’illustre Evèque, de la conservation du langage breton dépend celle de la Foi dans notre pays.
Convaincu de cette vérité, Mgr Graveran mit donc tout en œuvre pour favoriser le système de Le Gonidec ; il fit rédiger, sur cette méthode alors nouvelle, la traduction des Annales de la Propagation de la Foi, traduction qui déplut, parce qu’elle annonçait qu’il faudrait bientôt rompre avec un doux passé.
Une opposition systématique s’éleva contre Mgr Graveran, mais l’école Le Gonidec ne continua pas moins à poursuivre sa noble tâche et depuis cette époque, elle seule, ses œuvres le prouvent, a fait d’immenses progrès. — Cependant, aujourd’hui encore, une critique ignorante et passionnée, asservie à un système sans goût, mais trouvant son compte à appuyer sa paresse sur la faveur accordée dans certain diocèse à l’élément français et à tout système graphique qui se présente, armée de raisonnements puisés dans l’absurde ; oui, cette critique ingrate encensant le Dieu du jour, ne rappelle le passé que pour chercher à jeter la défaveur sur lesactes honorables de l’illustre prélat défunt. — Vipères écloses au nid de la colombe, sifflez, aiguisez vos dards ! vous aurez beau faire, vous n’étoufferez jamais, ni la vérité qui brille comme le soleil, ni la reconnaissance qui vit et vivra, immortelle, aux cœurs des vrais Bretons. Différente de la vôtre, leur reconnaissance ne se scelle pas à la pierre tumulaire ; ils gardent la mémoire de leur évêque, de même qu’ils ont gardé celle des vieux saints de leur pays et des hommes apostoliques qui les ont évangélisés, tels que le P. Maunoir et Michel Le Nobletz, rappelés et chantés dans des Gwers encore populaires en Bretagne.
Pour tout ce qui concerne la vie et les actes de Mgr Graveran nous renvoyons le lecteur à la relation qu’en a faite et publiée M. Maupied, chanoine honoraire de Reims, docteur en théologie et en droit canonique, docteur ès-sciences, etc.
Ce livre édifiant et intéressant à la fois, devrait se trouver entre les mains de tous ceux qui ont connu, aimé et admiré le saint Evêque Breton, l’une des plus pures gloires de la Bretagne.
(3, page 42.) Er bloaves 1860, eunn niver braz a listri a zo en em gollet, tud ha madou, epad ar gwall-amzer a rene er bloavez-se. Evelato, kalz a dud ho deuz gallet savetei ho huez hag ho listri, enn eur hedi a galon ann Itron Varia Remengol.
Pendant l’année 1860, un grand nombre de navires se perdirent corps et biens dans les tempêtes terribles qui se déchaînèrent successivement cette année. Néanmoins, plusieurs personnes ont pu se sauver avec leurs navires, en invoquant Notre-Dame de Rumengol.
(3 bis, page 53.) L’amitié, ce trésor des saintes âmes, a sur la lerre sa grande part de douleur et de regrets. C’est elle qui en montrant l’immortalité dans un monde meilleur, m’inspira l’hommage funèbre que je rendis, il y a quelques années, à la mémoire d’un bon prêtre et du meilleur des amis ; mémoire chérie, à laquelle je me plais à rendre un nouvel hommage, en reproduisant ici ce que j’écrivais quelques jours après la mort de M. l’abbé Kerloc’h, curé de Hanvec.
Le 17 janvier 1860, vers 11 heures 1/2 du soir, le vénérable recteur de Hanvec, M. l’abbé Pierre Kerloc’h, a succombé à l’âge de 55 ans, à une longue et douloureuse maladie. Né dans la ville de Pont-Croix, il eut pour père un homme aussi savant que modeste, et pour mère une de ces femmes bretonnes à la foi robuste qui savent inspirer à leurs enfants, dès le berceau, les vertus les plus solides. M. l’abbé. Kerloc’h fit, avec la plus grande distinction, ses études classiques au petit séminaire de Pont Croix et au collège de Quimper, à l’époque de sa splendeur. Il entra ensuite au grand séminaire où il fut bientôt promu au sacerdoce.
Dès ce moment, toute sa vie fut consacrée au salut des âmes. Il avait un talent particulier pour les gagner à Dieu ; homme d’esprit, homme de cœur, il tendait la main à toutes les faiblesses comme à toutes les misères. À l’exemple de son divin Maître, le cœur riche et débordant de mansuétude, de miséricorde, de compassion, de charité et de pardon, il ne repoussait jamais le pauvre pécheur, il ne voyait dans les hommes que des frères en misères et en espérances. Sa modestie égalait la simplicité et la pureté de ses mœurs ; sa porte était ouverte à tout le monde ; sa charité, inépuisable ; sa franchise, proverbiale ; son respect pour la foi donnée inviolable ; son zèle et son dévouement pour ses ouailles, sans bornes ; son attachement à ses amis, inébranlable. Tant de qualités et de vertus réunies, résumées dans l’amour de Dieu et de ses semblables, le rendaient le modèle des prêtres, le modèle des amis, le plus aimable des hommes. Ses connaissances étaient grandes en théologie, en histoire, en littérature et en droit civil ; aussi prêtres et laïques, pauvres et riches, aimaient à le consulter ; la droiture de son cœur et la rectitude de son jugement lui rendaient familières les questions les plus difficiles, et ses conseils étaient toujours frappés au coin de la sagesse, de la prudence et de la vérité.
Après avoir exercé le saint ministère sur différents points du diocèse de Quimper, l’abbé Kerloc’h fut nommé recteur de Hanvec, qu’il a gouverné pendant 14 ans. Il trouva dans cette importante paroisse beaucoup à faire, beaucoup à réformer. Il se mit courageusement à l’œuvre. Mais le bien ne se fait pas sans peine, sans obstacles. Hélas ! quel bienfaiteur, ici bas, n’a rencontré la persécution sur le chemin de ses bienfaits ? On excuse le mal, on ne pardonne pas le bien. L’abbé Kerloc’h ne fit pas exception à cette règle, qui pour être générale n’en est pas moins triste, moins désespérante, si l’on ne savait, en même temps, que la vertu s’épure dans la persécution ; que pour le chrétien, le chemin du Calvaire est aussi celui des élus. Ce dernier trait de ressemblance avec le Bon-Pasteur ne fut pas épargné à l’abbé Kerloc’h ; il eut donc à lutter contre le génie du mal ; il le fit avec persévérance, sachant que la persévérance seule couronne. Que de fois dans le cours de ces persécutions sans nombre, ces tracasseries sans fin, n’a-t-il pas vu ses actes les plus louables méconnus, ses intentions les plus pures odieusement calomniées !… Que de fois alors, dans l’amertume de sa douleur, ne s’est-il pas écrié avec le Roi-Prophète : Amici mei steterunt contra me !… C’est dans ces moments d’angoisse et de découragement qu’il aimait à faire ce qu’il appelait son pélerinage de Rumengol. Là, au pied de Notre-Dame de Tout-Remède, il puisait de nouvelles forces pour de nouvelles épreuves. « À quoi sert-il, écrivait-il, un jour, à l’un de ses vieux amis dont le dévouement ne lui fit jamais défaut, « à quoi sert-il de résister contre la force ? Cependant toi et moi nous croyons avoir fait de notre mieux pour rénssir. Notre conscience ne nous reproctie rien : c’est beaucoup, c’est tout selon moi. Toutes ces injustices, toutes ces persécutions serviront à me détacher des choses et des hommes de ce monde. J’en bénis le bon Dieu, mon cher Lescour, il agit avec moi, comme le jardinier avec l’arbre auquel il veut changer de place ; il ne l’arrache pas violemment, mais il dégage toutes les racines les unes après les autres, et le pauvre arbre tombe de lui-même, comme s’il était content… » (Lettre du 10 octobre 1859.)
La patience du saint prêtre triompha enfin de tous les mauvais vouloirs que l’esprit du mal avait semés sur sa route, et le digne Pasteur put réaliser ce que son cœur avait désiré pour le bien de ses paroissiens. Aimé et vénéré de tous, rien ne semblait alors manquer à son bonheur. Mais le bonheur est-il durable dans cette vallée de larmes ? Une croix plus lourde encore était réservée à l’homme de Dieu : il allait être frappé dans ses plus chères affections de famille. Son frère M. Théophile Kerloc’h, prêtre, aussi distingué par sa piété que par sa science, qui depuis plusieurs années exerçait à Paris le saint ministère, vint en Bretagne mourir dans ses bras. Cette mort fit à son cœur si aimant une blessure qui ne se ferma jamais. Ni l’amitié d’un autre frère, le docteur Henri Kerloc’h, ni la tendresse d’une sœur. Mlle Marie Kerloc’h, ni l’attachement de ses nombreux amis, ni l’affection de ses vicaires et de ses paroissiens, rien ne put adoucir la douleur de cette cruelle séparation. Ce fut même cette douleur concentrée qui fut, au dire du médecin, la cause première de la maladie à laquelle il devait succomber. Comme le sage, il se prépara à la mort sans la craindre ni la désirer, s’en remettant entièrement à la volonté de Dieu.
Le 18 juillet 1859, il écrivait à son vieil ami :
« Comme Monseigneur Graveran, j’ai un cancer bien prononcé à l’estomac ; tu sais qu’avec un tel nourrisson on est bientôt épuisé. Que veux-tu, mon cher Lescour, je me résigne avec une sorte de plaisir, je t’assure, j’ai vu mourir mes meilleurs amis, je les ai pleures, je les pleure encore presque tous les jours. Quel mal d’aller les rejoindre ? Je ne demande qu’une grâce au bon Dieu, celle de pouvoir souffrir et de mourir, comme a souffert et comme est mort notre saint évêque de Quimper ; puis, d’être enterré dans le cimetière de Hanvec, dans une tombe que j’ai choisie depuis 5 à 6 ans et qui renferme encore les restes de M. Guennou, un de mes prédécesseurs. »
Depuis quelques mois, la vie de M. l’abbé Kerloc’h n’était plus qu’un long martyre. Dieu lui donna la grâce qu’il avait demandée de souffrir et de mourir comme Monseigneur Graveran, ce saint François de Salles de notre Bretagne. Pas une plainte, pas même un gémissement ; en un mot, sa patience, durant ces atroces souffrances qui arrachaient des larmes aux assistants, ne saurait être mieux comparée qu’à celle dont notre défunt évêque donna le sublime exemple. L’exemple du saint prélat ne pouvait manquer d’être suivi par l’un de ses plus sincères et zélés admirateurs. Toujours pénétré jusqu’au dernier moment des devoirs de sa charge pastorale, l’abbé Kerloc’h s’entretenait avec ses vicaires des intérêts de ses chers paroissiens ; toujours sensible aux visites de ses fidèles amis, il les voyait avec plaisir, leur parlait de sa fin prochaine avec une sérénité que la religion seule peut donner. Après une de ces crises qui devenaient plus fréquentes de jour en jour, à mesure que le moment suprême approchait, celui qui écrit ces lignes voulant le distraire de sa douleur, lui demanda : « À quoi penses-tu, Pierre ? Au bon Dieu et à toi, répondit-il… » Pendant la dernière heure de sa longue agonie, son regard mourant se voilait de tristesse, quand il parlait de l’Eglise de Dieu ! Il l’aimait, comme un fils aime sa mère, et n’a cessé de prier pour elle qu’en cessant de vivre. C’est dans ces sentiments pleins de foi, d’espérance et d’amour qu’il rendit sa belle âme à Dieu. — Quarante-huit prêtres suivis d’une foule immense de fidèles, assistaient au convoi, tous attendris, les larmes aux yeux, voulaient contempler encore une fois les traits de ce visage si doux, que l’ange de la mort avait glacé, et sur lequel cependant on remarquait comme un rayon d’immortelles espérances.
Il y aura bientôt huit ans (beaucoup plus qu’il n’en faut pour faire oublier les plus grands potentats) que M. l’abbé Kerloc’h est descendu dans la tombe et sa mémoire est bénie et le sera longtemps encore dans le diocèse de Quimper. Tous les jours et surtout le dimanche, pauvres et riches vont prier et verser des larmes sur la tombe de ce bon prêtre, le modèle des pasteurs.
Et maintenant, prêtre du Dieu vivant, je te dirai encore une fois,
avant de descendre moi-même dans la tombe, repose en paix sous
l’œil de Dieu et sous la garde de notre mère, la Vierge de Rumengol ; repose en paix, ami fidèle, ta mémoire vivra éternellement :
in memoria æterna erit justus… Mais dans le ciel souviens-toi de
ton vieil ami et de tous ceux que tu as aimés sur la terre.
(4, page 64.) Depuis quelques années, un grand nombre d’hommes de talent et de cœur se sont appliqués à étudier et à apprendre la langue de la vieille Armorique. Parmi eux se distinguent l’abbé Le Joucour, professeur au collège de Plouguernevel ; l’abbé Guitterel, précepteur à Lamballe ; l’abbé Le Mercier, vicaire de Maël-Carhaix ; l’abbé Hingant, auteur d’une grammaire bretonne, chef-d’œuvre de clarté, de précision, de raison et destinée, à notre avis, à faire progresser la langue bretonne par les principes nouveaux qu’elle élucide.
Ces jeunes savants portent haut la bannière de la Bretagne, bannière antique de la foi et de l’honneur, car à l’exemple de leur illustre évêque, ils se sont dit : Le jour où la langue bretonne périra en Bretagne, ce jour-là la foi périra avec elle.
Quand le bon exemple vient de haut, il opère des miracles.
Monseigneur David, dès son entrée dans son diocèse de Saint-Brieuc, s’inspira des paroles de saint Paul et se fit un devoir d’apprendre la langue de ses diocésains. Qu’y a-t-il de plus triste, en effet, qu’un pasteur qui ne connaît pas la langue de ses ouailles ? Mgr Godefroy Saint-Marc, devenu Métropolitain de la Bretagne, voulut aussi étudier la vieille langue de nos pères et, dans ce dessein, il appela près de lui un érudit celtologue, l’abbé Herpain, qui, lui aussi, avait appris le breton par amour pour cette belle langue. Notre illustre Métropolitain, par une heureuse inspiration, tenait à honneur d’être trouvé à même de juger avec connaissance de cause les écrits que des auteurs bretons auraient portés en appel devant son tribunal, et c’est en effet ce qui a eu lieu : la traduction bretonne de l’Imitation de Jésus-Christ a obtenu cet honneur. Honneur donc au généreux Archevêque de Rennes, au savant Évêque de St-Brieuc, honneur aux jeunes bardes de Breiz-Izel, et aussi à leurs aînés qui, depuis plus de trente ans, travaillent à la défense de la foi et au maintien de la langue nationale. Ils ne seront pas oubliés des Bretons les hommes qui s’appellent Le Joubiou, de la Villemarqué, Henry, Troude, Milin, Le Jean, Luzel, Proux ; Daniel, le savant archéologue et recteur de Bulat ; Ch. de Gaulle, le docte linguiste de Vaugirard ; Kémar, le pieux barde et recteur de St-Laurent ; Chatton, curé-doyen de Guingamp ; Vannier, recteur et barde de St-Henvel ; Cabek, recteur de Kavan et auteur des Burzudou ; Le Gall, le satirique recteur de Tressignaux et tant d’autres qui composent le brillant cortège qui marche sur les traces de Le Gonidec, le restaurateur de notre belle langue. Parmi ceux que la mort a moissonnés trop tôt nous ne saurions passer sous silence les disciples les plus fervents du maître ; leur douce mémoire vivra autant que leurs œuvres, chères à tous ceux qui aiment la Bretagne, la langue bretonne et la foi catholique.
Qui ne garde pieusement le souvenir de Mgr Graveran, le saint Évêque breton, le fondateur du Breuriez ar Feiz, œuvre de foi et de philanthropie religieuse qui faisait tant de bien dans toute l’étendue de son vaste diocèse ? Qui n’a chanté les beaux vers de l’abbé Kariz, le barde de Menez-Brez qui aimait tendrement la bonne Vierge de Rumengol ? Et le patriote Le Gonidec, l’abbé Le Skour, l’abbé Le Moal, l’abbé Durand, l’abbé Guillome, le Virgile breton qui chanta les travaux des champs et les saisons de l’année, et Brizeux lui-même, le barde aux cheveux d’or, n’ont-ils pas été d’un commun accord les admirateurs du traducteur de la Bible en Breton, ses zélés disciples et ses continuateurs infatigables ? Ils ne sont plus, hélas ! mais ils ont laissé des modèles aux bardes de nos jours et à ceux qui les suivront, car en Bretagne il sera toujours vrai de dire : Nascuntur poetæ.
Malgré les nombreuses couronnes décernées par les Muses à rassemblée des bardes du Parnasse breton, on voit, de temps en temps, un ou deux points noirs qui surgissent à l’horizon ; ils montent peu à peu et déversent sur notre pays et sur sa langue une pluie d’injures qui n’obscurcissent nullement le beau soleil de la Bretagne. Oui, il reste encore aujourd’hui des Pygmées, peu nombreux, il est vrai, un ou deux, pauvres retardataires, à l’esprit borné, écloppés, vieux et démodés, qui se sont toujours gardés de faire des grammaires et qui plus est, n’ont jamais eu le courage d’en ouvrir une ; véritables polyglottes et grammaires vivantes, ils disent et publient que chacun peut écrire le breton comme il lui plaît, comme il le parle, à sa guise, sans principes, sans règles, sans orthographe, comme si jamais il avait existé une langue sans grammaire ! Pauvre Le Gonidec, où es-tu ? Ces bons vétérans de la vieillerie, ces conservateurs des bribes du passé, ces ennemis jurés de tout progrès (laudatores temporis acti) se font auteurs, et, comme s’ils travaillaient au clair de la lune, ils écrivent dans la même page, le même mot de quatre ou cinq manières différentes. Néanmoins, écoutez-les : ils se croient passés maîtres et veulent que leurs billevesées fassent loi à l’Académie.
Non, mille fois non, la langue bretonne n’est pas un ramassis d’incohérences, un chaos, un désordre, comme voudraient nous le faire croire ceux qui ne veulent pas se donner la peine de l’étudier pour enseigner les autres. Si dame bouteille, les cartes, la pipe bien culottée, si les commérages des Fantik et surtout la paresse bien entretenue, si tout cela, messieurs, vous crée un genre de vie agréable, trop agréable peut-être pour vous ôter dans votre vieillesse le courage de rompre avec lui, que ne le dites-vous par un silence éloquent ? Alors, seulement alors, messieurs les critiques ignorantins, il sera permis de vous croire.
(6, page 77.) Au pardon de Rumengol, un peuple de pèlerins se presse dans le cimetière et dans l’église ; les uns, faisant à genoux le tour du maître autel ; les autres, plus fervents encore, décrivant le même cercle et dans la même attitude à l’extérieur de l’église, dont les murs sont décorés dans toute leur circonférence d’un triple cordon de cire, pour justifier cette offrande à la sainte Vierge dont parle l’antique légende de Lez-Breiz :
« Un cordon de cire épais de trois doigts,
» Autour de vos murs tournera trois fois. »
Mar d-ann-me c’hoaz war va c’hiz d’ar vro,
Mamm santen Anna, me ho kopro ;
Me a roio d’hoc’h eur c’houriz koer
A rai teir zro endro d’ho moger.
Si je retourne encore au pays, mère sainte Anne,
Je vous ferai un présent ;
Je vous ferai présent d’un cordon de cire.
Qui fera trois fois le tour de vos murs.
Dans un livre que nous nous proposons de livrer à la publicité et qui aura pour titre : Notre-Dame de Rumengol et son pèlerinage, nous parlerons en détail de ces usages pieux et touchants, que des novateurs, étrangers à la Bretagne et ne comprenant rien à nos mœurs ni à nos pratiques religieuses, consacrées par les siècles, voudraient faire disparaître de nos lieux de pèlerinage. Ils ne réussiront pas.
(7 et 8, pages 93 et 97.) Voir à la note 1, l’étymologie des deux noms Guen-eal et Guen-ol-e, saint Guénéal et saint Guénolé, les deux premiers abbés de Landévennec. Cette antique abbaye, au dire de la légende, fut fondée par le roi Grallon en faveur de saint Guénolé, qui le sauva de l’immersion de la ville d’Is, la même que Occismor prétend un conte breton inédit. — Pépinière de saints et de savants, l’abbaye de Landévennec possédait, avant sa dévastation par le vandalisme de 93, une bibliothèque immense renfermant les documents les plus précieux surl’origine de la nation bretonne et beaucoup de manuscrits de poésies bretonnes et cambriennes, mentionnés par le P, Grégoire de Rostrenen et par dom Le Pelletier, l’un et l’autre auteurs de dictionnaires bretons précieux à plus d’un titre. Dom Le Pelletier, ainsi qu’il le dit en maint endroit de son dictionnaire in-folio, s’est fait aider dans son travail par un savant breton, Roussel, de Roscoff. Ce dernier a laissé aussi un fragment manuscrit d’un dictionnaire breton sauvé comme par miracle de ce naufrage de nos antiquités.
Le cantique que cette note rappelle (Bennoz ann Eskop) a été chanté par un immense concours de peuple et de pèlerins dans la ville de Rostrenen, le dimanche 28 mai 1865, ce beau jour où Mgr Augustin David, Évêque de Saint-Brieuc et de Tréguier, y est venu présider la solennité de la translation du corps de saint Valentin et des reliques de plusieurs autres saints, donnés à l’église de Notre-Dame de Rostrenen par notre Saint-Père le Pape Pie IX.


Plusieurs auteurs ont donné des étymologies du mot Rumengol. Les uns y ont vu trois mots celtiques : Ru, men, gol, ou Goulou, rouge pierre de la lumière, parce que, disent ces auteurs, il y avait là un édifice, un monument druidique, consacré au soleil, le dieu du jour ou de la lumière.
Cette opinion est, en tout point, conforme aux récits et aux traditions populaires ; de plus, il y a, à Rumengol même, des terres appelées encore Douarou ann heol, les terres du soleil ; elles appartenaient autrefois à l’église. (Voyez dans les archives de Rumengol, les comptes du Gouverneur depuis le xive siècle jusqu’à l’année 1789.)
Selon d’autres, Rumengol, que les Bretons prononcent toujours Remengol, vient aussi de deux mots celtiques, Remed-oll, tout Remède, et c’est sous cette dernière énonciation, que la Vierge a été, de temps immémorial, honorée dans ce saint lieu. Cette étymologie pourrait être appelée l’étymologie chrétienne et la première l’étymologie druidique ou payenne.
Il est hors de doute que le lieu où est aujourd’hui Rumengol, a été autrefois consacré au culte druidique, culte dont on trouve encore des restes dans les environs, notamment sur le territoire de la commune de Quimerc’h [1] et dans la forêt du Rannou [2], qui devait s’étendre alors jusqu’à la petite ville du Faou et comprendre le bourg actuel de Rumengol, lequel aujourd’hui n’est distant de cette belle forêt, que d’un kilomètre environ.
Aussi, bien que l’église de Rumengol soit sous l’invocation de la sainte Vierge, la grande fête patronale se célèbre à Rumengol, comme à Notre-Dame du Mur, à Morlaix, à Notre-Dame de Kernitron, à Lanmeur, etc., le jour de la Trinité, et la consécration à la Trinité a toujours été faite pour les lieux et l’époque où s’exerçait le culte druidique. — Dans tout ce qui n’était pas en opposition directe avec le dogme catholique, les premiers apôtres des Bretons s’efforçaient plutôt de transformer que de détruire, fidèles aux instructions d’un grand Pape dont voici les judicieuses paroles :
« Retrancher tout à la fois dans ces esprits incultes, est une entreprise impossible, car, qui veut atteindre le faîte doit s’élever par degrés et non par élans… Gardez-vous donc de détruire les temples ; détruisez seulement les idoles et remplacez-les par des reliques [3]. »
Il est également hors de doute, et les archives [4] de l’église
l’attestent, à chaque page, que la sainte Vierge a été de tout temps
honorée à Rumengol, sous le vocable de Notre-Dame de tout
Remède, Itron Varia Remed-oll, Domina Maria omnis remedii. Sur
les fonts baptismaux on lit : Raoul à Nostre-Dame de tovt Remède,
1660. Sous les pieds de la statue de la Vierge se trouve une double
inscription, ainsi conçue : Itron Varia Remed-oll : Notre-Dame de
tout Remède. De Remed-oll à Remengol la différence est peu sensible,
et évidemment ce dernier mot ne serait qu’une légère corruption
du mot Remed-oll. — Quelles que soient à cet égard les
subtilités des savants, il faut reconnaître que, si cette seconde
étymologie n’est pas la véritable, elle est du moins la plus touchante, et surtout la plus pieuse. Ce n’est pas, d’ailleurs, sans
raison que nos pères, toujours si expressifs dans leur langage,
toujours si vrais jusque dans les moindres expressions, ont appelé
leur auguste Patronne, Notre-Dame de tout Remède. Nom bien touchant, l’un des plus beaux que la piété des siècles ait donné à la
Sainte Vierge, et qui exprime si bien la confiance sans borne des
Bretons en la toute puissante intercession de la mère de Dieu[5].
Bardes, poëtes. — Chaque année se réunissaient aussi dans le Bois des Séries, et à Rumengoulou, aujourd’hui Rumengol, tous les bardes d’Armorique. C’étaient des hommes savants, qui chantaient les vers qu’ils avaient composés sur les événements remarquables du pays, ils chantaient aussi les louanges en l’honneur du faux dieu Teutâtes, adoré aux lieux où s’élève maintenant l’église de Rumengol.
À celui qui obtenait le titre de barde, on donnait une couronne de chêne et une harpe d’or, avec laquelle le barde s’accompagnait en chantant ses poésies.
Gwenc’hlan, Merlin, Taliésin, étaient bardes en Bretagne avant
l’introduction du Christianisme. — Aujourd’hui il existe encore,
dans notre pays, beaucoup de bardes qui emploient, leur talent et
leurs loisirs à la glorification de la foi et de notre vieille langue.
En tête des bardes modernes, on remarque messieurs de la Villemarqué, barde de Bretagne ; — l’abbé Henry, barde de l’Evangile ; — Troude, barde des petits enfants ; — Quémar, recteur et barde de Saint-Laurent ; — Le Jean, barde de Koad-an-Noz ; — Milin, barde Laouenan-Breiz ; — Rannou, barde de Roc’h-Allaz ; — Joubioux, évêque en Italie, barde de Saint-Guénéal ; — l’abbé Clec’h, barde de Rungolven ; — Corentin Thomas, barde de Tour-Tan ; — Prosper Proux, barde de Kerne ; — Hegarad, barde de Plouek ; — J.-P.-M. Lescour, barde de Notre-Dame de Rumengol ; — F.-M. Luzel, barde de Ker-ar-Born ; — Olivier Souvestre, barde de Méné-Hom ; — frère Polycarpe, barde de Ploujean ; — Poullaouec, curé de Landévennec, barde de Saint-Guénolé ; — Karis, recteur de Plougras, barde de Mené-Bré ; — l’abbé Guiterel, barde du Blavet ; — l’abbé Hingant, barde de Saint-Efflam ; — l’abbé Le Joncour, barde de Plougonver, — Guernisson, barde de Keravel, et une foule d’autres qui ont composé un grand nombre de vers et de chants remarquables.
« Chantez-les, Bretons, car ce sont des chants
» Pleins de cœur et de poésie,
» Écrits en pur idiome breton,
» Et non en langage corrompu, en breton francisé. »
Grallon, après la submersion d’Is.
Selon une ancienne tradition bretonne, au lieu qu’occupe aujourd’hui
la baie de Douarnenez, s’élevait, au cinquième siècle,
la célèbre ville d’Is.
Une épaisse et haute muraille, garnie d’écluses en fer, la protégeait contre les envahissements et les fureurs de l’Océan. La classé opulente de cette cité s’abandonnait à un libertinage effréné, se plongeait dans toutes sortes de dissolutions.
Grallon, roi de Bretagne, avait fixé à Is sa résidence. Dans sa jeunesse, il manifesta une humeur fort belliqueuse et traita durement ses sujets ; mais, sur le déclin de l’âge, la foi chrétienne ayant illuminé son esprit et changé son cœur, on admira en lui toute la douceur de l’agneau, toute la bonté d’un père. Il gémissait amèrement sur la corruption de sa capitale et aussi sur la vie étrangement déréglée de sa fille. Cette autre Messaline se nommait Ahès. On lui attribue la fondation du château de Ker-Ahès, qui est devenu la ville de Garhaix. C’était un second théâtre de ses désordres.
À cette époque florissaient en Bretagne deux Apôtres courageux et zélés, deux amis du Seigneur : saint Corentin, premier évêque de Quimper, et saint Guénolé [6], premier abbé de Landévennec, Ils avaient souvent annoncé la bonne nouvelle aux idolâtres d’Is ; on s’était ri de leurs prédications et de leurs remontrances. Ils avaient également supplié Grallon d’user de l’autorité souveraine et de l’autorité paternelle pour mettre un terme aux scandales de sa fille ; mais le vieux roi, affaibli par les années, était dépourvu de la fermeté et de l’énergie nécessaires.
L’endurcissement d’Is lassa enfin la patience divine et le Seigneur révéla à l’ange de la Bretagne, à son ami si dévoué, à Guénolé, que la clameur des crimes de cette ville infâme était montée jusqu’à lui ; que la voluptueuse Is avait comblé la mesure de ses iniquités et qu’il était conséquemment résolu de la détruire, de la submerger.
Aussitôt Guénolé monte à cheval et court à Is, ne désespérant pas encore de réussir à calmer la colère du Tout-Puissant : mais le temps de la miséricorde était passé. À l’arrivée du saint abbé, vers le minuit, il trouve les écluses d’Is ouvertes et voit la mer furieuse engloutissant, avec une effroyable avidité, les habitants, les maisons et les palais de cette malheureuse ville. Guénolé ne put soustraire à ce désastre que Grallon, lui seul. On montre encore, dit-on, les vestiges des pieds de son cheval imprimés sur le monticule où, depuis, les abbés de Landévennec, avant d’être in. vestis de leur dignité, venaient faire leur prière et reconnaitre le roi Grallon pour fondateur de leur abbaye.
Is a disparu, ainsi que Sodome, Gomorrhe et Babylone, et aujourd’hui l’Océan roule silencieusement ses flots sur les ruines de cette superbe cité [7].
Au lever du soleil, Grallon, ayant gravi avec saint Guénolé la montagne de Méné-Hom, regarda avec anxiété derrière lui ; mais, hélas ! au lieu de la grande et belle ville d’Is, ses yeux n’aperçurent que la baie de Douarnenez. Tombant alors à genoux, il rendit grâces à Dieu et à l’auguste Vierge du bonheur qu’il avait eu d’échapper à cette horrible catastrophe.
En se relevant, il vit briller, sous les premiers feux du soleil, un autel druidique empourpré du sang des sacrifices et désigné vulgairement sous le nom de Ru-men-goulou ou Men-ru-ar-goulou, c’est-à-dire, Pierre rouge de la lumière. Là on immolait fréquemment des victimes humaines, et tous les mois, un enfant à la mamelle. Alors, ayant levé vers le ciel ses yeux baignés de larmes, le vieux roi dit à son saint ami : « Sur cette pierre consacrée à une divinité barbare, j’édifierai un temple à la Vierge Marie ; et dans ce même lieu où l’on a versé le sang des victimes de Tentâtes, la mère du vrai Dieu versera sur la Bretagne l’abondance des grâces célestes dont elle est la dispensatrice. »
Grallon tint sa promesse. À la démolition du dolmen de Teutâtès, les druides ayant provoqué une révolte des idolâtres, les Bretons qui avaient embrassé le christianisme se joignirent à leur roi et défirent les rebelles près d’Argol.
En quittant Méné-Hom, Grallon suivit Guénolé à l’abbaye de Landévennec, fondée depuis peu par ce prince. Il avait cédé antérieurement son palais de Quimper à saint Corentin, à la suite de la multiplication miraculeuse d’un reste de petit poisson, au moyen duquel le saint évêque avait apaisé la faim du roi et celle de ses compagnons. Sur l’emplacement de ce palais, s’élève aujourd’hui la magnifique cathédrale de Quimper.
Grallon passa à Landévennec le reste de ses jours dans les pratiques d’une austère pénitence. Il accompagnait fréquemment Guénolé à Rumengol, où il conjurait Notre-Dame de tout Remède (Itron Varia Remed-oll), de bénir, de protéger son peuple. Il eut la joie de voir son culte répandu sur tous les points de la Bretagne, et, rendant le dernier soupir entre les bras de saint Guénolé, à Landévennec, il recommanda son âme à Dieu, en disant avec une filiale confiance :
« Notre-Dame de Rumengol,
» Sauvez-moi !
» Priez Jésus, votre Fils,
» De me donner la vie éternelle ! »
Quatorze cents ans se sont écoulés depuis la mort de Grallon, et les Bretons, qui furent toujours des hommes de foi, des hommes de noble cœur, se souviennent encore de leur vieux roi et de son pieux et intime ami, saint Guénolé. S’ils connaissaient mieux l’intéressante histoire de leur beau pays, lorsqu’ils accourent le dimanche de la Sainte-Trinité, au grand pardon de Rumengol, à la vue de la baie de Douarnenez, de Méné-Hom, de Landévennec, de la tour élancée de l’église miraculeuse de Notre-Dame de tout Remède, ils s’écrieraient, les larmes aux yeux, en foulant, avec respect, la terre des saints et des rois :
« Grands furent les prodiges
» Accomplis dans les temps passés ! »
Grandes sont aussi les merveilles qu’opère encore aujourd’hui Notre-Dame de Rumengol en faveur de ses chers Bretons et, spécialement, des nombreux pèlerins qui viennent, souvent de bien loin, et plusieurs nu-pieds, visiter son sanctuaire, lui offrir leurs hommages et lui exposer leurs besoins !
L’orphelin abandonné, la pauvre veuve, l’indigent sans asile, le guerrier breton en face des balles ennemies, le nautonnier luttant contre la tempête et devenu le jouet du trépas, tous les affligés de corps, d’esprit ou de cœur ; ceux-ci, dans leurs angoisses ; ceux-là, dans un danger imminent ; d’autres, dans les sombres agitations du désespoir ; tous sur leur lit de douleur, sur le seuil de l’éternité ; tous, invoquent, avec ferveur, leur bonne et douce Mère et ressentent bientôt les effets de sa miséricordieuse protection. Souvent, lui adressant leurs vœux dans l’énergique langue des vieux Celtes, ils lui disent avec amour, avec une confiance sans bornes dans sa toute-puissante bonté :
« Vierge de Rumengol, sainte Patronne de la Bretagne,
» Priez pour nous aujourd’hui et à l’heure de notre mort ;
» Priez pour la Bretagne, priez pour les Bretons
» Qui vous ont aimée, tous aiment et vous aimeront toujours. »
- ↑ Dictionnaire d’Ogée, t. ii, p. 394.
- ↑ Rann, chant ou série, plur. Rannou, les chants, les séries (voyez le Barzaz-Breiz par M. de la Villemarqué, t. ier, page 1re et suivantes). C’est dans cette forêt, presque toute de chênes, appelée encore aujourd’hui, Koat ar Rannou en breton, que se célébraient, au solstice d’été, les cérémonies druidiques et que le gui sacré était cueilli, au solstice d hiver. — La forêt du Rannou appartenait autrefois aux seigneurs du Faou. La dernière héritière de cette seigneurie épousa un Richelieu, père du célèbre cardinal-ministre. Celui-ci fit don au roi Louis XIII de la forêt du Rannou, laquelle depuis a appartenu à l’État. — Les Richelieu s’honoraient titre de Protecteurs de l’église de Notre-Dame de Rumengol.
- ↑ Gregorii opéra. Lib. xi, épist. 76. Ibid. ix, épist. 71.
- ↑ Ces archives contenaient encore, il y a quelques années, des documents nombreux et précieux pour l’église et l’histoire de notre pays. Il doit s’y trouver aujourd’hui des vides, car on s’en est servi, par économie, pour allumer la pipe.
- ↑ Voyez Dictionnaire d’Ogée, nouv. éd., t, ii, p. 692. — Galerie bretonne, t. ii, p. 150. — Voyage dans le Finistère, t. ii, p. 98 et 99. — Le Foyer-Breton, p. 127. — Antiquités du Finistère, t. ier, p. 280, 281 et 282. — Dom Le Pelletier, Dictionnaire, — P. Clérec, Impressions de voyage, etc., etc.
- ↑ Guen-oll-e, oll-e-Guen (il est tout blanc), ainsi appelé par sa mère, à cause de la blancheur de son teint. Saint Guénolé a mérité par ses vertus le beau nom d’Ange de la Bretagne.
- ↑ Plusieurs auteurs ont prétendu que le mot Paris veut dire pareil à Is, et, selon un adage breton :
« Aboue e beuzet Ker-Is
» Ne deuz ket kavet par da Baris. »