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La Harpe de Rumengol/Salut et adieux à Rumengol

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(p. 145-147).


SALUT ET ADIEUX À RUMENGOL


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SALUT À RUMENGOL

À MONSIEUR F.M. LUZEL


Le dimanche du grand pardon de Rumengol qui dure quinze jours, depuis le dimanche de la Pentecôte jusqu’au dimanche du Saint-Sacrement, les chemins sont couverts de pèlerins dont les uns ont été guéris de maladies dangereuses, les autres sont revenus de la guerre ou de longs voyages sur l’Océan. Ils marchent pieds-nus et en corps de chemise, et tous s’agenouillent sur la route aussitôt qu’ils aperçoivent la tour de l’église sainte. Dans le nombre, se trouvent parfois aussi quelques jeunes clercs : ils y viennent pour la première fois et s’écrient, en pleurant de tendresse :

Salut, terre des prodiges, sur laquelle, à chaque pas,
Des larmes de joie coulent de mes yeux !
Salut, église de Rumengol, la plus belle de l’univers !
Salut, ma bonne Patronne, tendre mère des Bretons !


ADIEUX À RUMENGOL

À MONSIEUR Gme HENRI, PRÊTRE


Près de ces clercs aussi, un Barde, vieux pèlerin qui a été souvent au pardon de Rumengol, y est venu une dernière fois, appuyé sur un bâton, demander une bonne mort ; il retourne heureux à la maison en chantant les louanges de sa patronne. Sa prière a été écoutée et Notre-Dame de Rumengol lui a assuré le salut de son âme dans le Paradis et un repos pour son corps, jusqu’au jour du jugement, dans la terre bénite du cimetière de sa paroisse. Cependant il s’éloigne à regret, il s’appuie souvent sur son bâton et jette un dernier regard de reconnaissance sur l’église de sa mère bien-aimée. Quand il ne voit plus que l’extrémité de la tour, il tombe à genoux et dit les yeux pleins de larmes :

Adieu donc, Rumengol, adieu pour jamais !
Adieu, Vierge Marie, ô vous, mère que j’aimais !
Adieu, pèlerins, adieu mes chers compatriotes !
Adieu au Paradis, adieu ! adieu !