La Jeunesse blanche (1913)/La Ville du Passé

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La Jeunesse blancheEugène Fasquelle - Bibliothèque Charpentier (p. 9-10).


LA VILLE DU PASSÉ


 
Quand on va s’accouder au balcon de la vie
Pour contempler la fin pensive du printemps,
On se sent envahir par l’impossible envie
D’étreindre dans ses bras les horizons flottants.

Là-bas comme une ville aux vitres allumées,
Tout le Passé s’étend sous le grand ciel blafard
Et la tristesse bleue et lente des fumées
Ressemble à des ruisseaux coulant dans le brouillard.


Soleil de la Jeunesse aux blessures saignantes,
Tu meurs ou tu t’endors aux bras noirs de la nuit !
Et dans le navrement de ces heures poignantes
Le vol effarouché des Rêves blancs s’enfuit.

La ville du Passé s’efface ainsi qu’un rêve
Sous la brume qui tremble en d’invisibles doigts,
Mais un faisceau confus de Souvenirs s’élève
Par delà le sommeil des pignons et des toits :

Campaniles ! clochers des choses de l’enfance,
Dômes de la jeunesse où l’idéal s’endort,
Beffrois, triomphateurs de la nuit qui s’avance
Avec les boucliers de leurs grands cadrans d’or,

Tourelles de granit dominant les rafales,
Toujours debout, chantant le Passé souverain
Et déléguant vers nous leurs cloches triomphales
Qui traversent le ciel dans leurs robes d’airain !