La Maçonnerie Disséquée

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Samuel Prichard
Traduction par Guy Chassagnard.
(p. 1-17).
LA MAÇONNERIE DISSÉQUÉE (1730)


LA MAÇONNERIE DISSÉQUÉE :
Relation universelle et authentique
de toutes ses branches, des origines
jusqu’au temps présent.


Ainsi qu’elle est présentée
dans les Loges régulières constituées.


A la très Respectable et Honorable Fraternité des Maçons libres et acceptés.


Chers Frères et Compagnons,
Si les pages qui suivent, écrites sans aucune partialité, reçoivent le soutien d’une si estimable Société, je ne doute pas que leur caractère général sera diffusé et reçu parmi les gens éclairés de l’Humanité : ce qui, j’espère, donnera entière satisfaction à tous les amoureux de la Vérité ; et je demeurerai l’humble Serviteur de la Fraternité.


LA MAÇONNERIE DISSÉQUÉE


L’institution originelle de la maçonnerie constitue le fondement des Arts libéraux et des Sciences, mais plus spécialement du cinquième c’est-à-dire de la Géométrie. Ainsi lors de la construction de la tour de Babel l’Art et le Mystère de la Maçonnerie ont été mis en œuvre pour la première fois, puis transmis par Euclide, un digne et excellent mathématicien égyptien, qui les communiqua à Hiram, le Maître Maçon attaché à la construction du Temple de Salomon à Jérusalem, qui se trouvait être un excellent et singulier Maçon, travaillant sous les ordres du Grand Maître Hiram, dont le nom était Mannon Grecus [Naymus Grecus], qui enseigna la Maçonnerie à Carolos Marcil [Charles Martel] en France.


Celui-ci devait être par la suite élu roi de France et de là, la Maçonnerie fut apportée en Angleterre, au temps du roi Athe Stone [Athelstan] qui ordonna qu’une assemblée se tint chaque année à York. Ainsi eut lieu l’introduction de la Maçonnerie en Angleterre et les Maçons y furent reçus de la façon suivante :


Tunc unus ex Senioribus teneat Librum, ut illi vel ille ponant vel ponat Manus supra Librum ; tum Praecepta debeant Legi. C’est-à-dire :


« Alors qu’un des anciens tient le livre, celui ou ceux [qui sont reçus] posent la main dessus, tandis que le Maître donne lecture des Lois ou des Devoirs ».


Ces devoirs étaient que les Maçons devaient être loyaux les uns envers les autres sans exception, et étaient obligés de soulager les misères de leurs Frères et Compagnons, ou de leur procurer du travail et de les rémunérer en conséquence. Mais ces derniers temps, la Maçonnerie n’est plus composée d’artisans, comme c’était le cas dans son état primitif, quand quelques questions de catéchisme étaient nécessaires pour déclarer un homme suffisamment qualifié pour être un Maçon opératif.
Les termes (actuels) de la Maçonnerie libre et acceptée n’ont jamais été entendus jusqu’à ces dernières années.


Jusqu’en 1691 on n’avait pas entendu parler de Loge constituée ni de Communication trimestrielle, quand des lords et des ducs, des juristes et des commerçants, et d’autres marchands de classe inférieure, sans oublier des portiers, furent admis à ce Mystère ou non-Mystère ; les uns étant admis à un coût élevé, les autres à un coût modéré, et d’autres encore pour le prix de six ou sept shillings ; leur permettant de recevoir la Marque d’Honneur qui est (selon eux) plus ancienne et plus honorable que l’Ordre de l’Étoile et de la Jarretière, et dont l’ancienneté est attestée, selon les Règles de la Maçonnerie, comme étant traditionnellement délivrée depuis Adam – ce que je laisse au lecteur candide à déterminer.


Des Maçons acceptés descendent les Vrais Maçons, des deux viennent les Gormogons2, dont le Grand Maître, Le Volgi, affirme une origine chinoise et dont les écrits, si l’on y accorde quelque crédit, soutiennent les théories des Pré-Adamites, par conséquent plus anciennes que la Maçonnerie. La Société la plus libre et la plus ouverte est celle du Grand Kaihebar, qui consiste en une Compagnie choisie de gens responsables dont le discours concerne surtout le commerce et les affaires, ainsi que la promotion de l’entraide mutuelle, ceci sans contrainte ni restriction. Mais si après son accès aux secrets de la Maçonnerie, un nouveau Frère s’en venait à éprouver de l’aversion pour ses procédés, à réfléchir sur son cas et sur le fait d’avoir été si facilement délesté de son argent, et rejetait la Confrérie ou s’en éloignait de lui-même à cause des dépenses de la Loge et des Communications trimestrielles, bien qu’ayant été normalement reçu dans une Loge régulière, il se verrait refuser le privilège (en tant que Frère visiteur) de participer aux Mystères pour lesquels il aurait déjà payé.


Ce qui constitue une contradiction manifeste étant donné ce qu’est la Maçonnerie même ; ce qui paraîtra évident dans le traité suivant.


LE GRADE D’APPRENTI ENTRÉ


Question. - D’où venez-vous ?
Réponse. - De la sainte Loge de saint Jean.


Q. - Quelles recommandations en apportez-vous ?
R. - Les recommandations que j’apporte sont celles de très respectables Frères et Compagnons de la très respectable et sainte Loge de saint Jean, d’où je viens, et qui vous saluent par trois fois de bon cœur.


Q. - Que venez-vous faire ici ?
R. - Je ne viens pas faire ma propre volonté, mais soumettre mes passions, mettre en pratique les règles de la Maçonnerie, et ce faisant progresser de jour en jour.


Q. - Êtes-vous Maçon ?
R. - Mes Frères et mes Compagnons m’ont accepté comme tel.


Q. - Comment saurai-je que vous êtes Maçon ?
R. - Par les signes, attouchements et points parfaits de mon entrée.


Q. - Quel sont les signes ?
R. - Équerres, angles et perpendiculaires.


Q. - Quels sont les attouchements ?
R. - Certaines griffes régulières et fraternelles.


Q. - Donnez-moi les points de votre entrée. R. - Donnez-moi le premier et je vous donnerai le second.


Q. - Je le cèle.
R. - Je le cache.


Q. - Que cachez-vous ?
R. - Tous les secrets et mystères des Maçons et de la Maçonnerie, sauf à un frère véritable et régulier après un examen rigoureux, ou à une Loge juste et respectable [composée] de Frères et de Compagnons régulièrement assemblés.


Q. - Où avez-vous été reçu Maçon ?
R. - Dans une Loge juste et parfaite.


Q. - Qu’est-ce qui rend une Loge juste et parfaite ? R. - Sept [Frères] ou davantage.


Q. - Qui sont-ils ? R. - Un maître, deux Surveillants, deux Compagnons du Métier et deux Apprentis entrés.


Q. - Qu’est-ce qui forme une Loge ?
R. - Cinq [Frères].


Q. - Qui sont-ils ?
R. - Un Maître, deux Surveillants, un Compagnon du Métier, un Apprenti entré.


Q. - Qui vous a amené dans la Loge ?
R. - Un Apprenti entré.


Q. - Comment vous a-t-il amené ?
R. - Ni nu ni vêtu, ni pied nu ni chaussé, dépourvu de tous métaux et dans une posture adéquate.


Q. - Comment avez-vous été admis ?
R. - Par trois grands coups.


Q. - Qui vous a reçu ?
R. - Le Second Surveillant.


Q. - Qu’a-t-il fait de vous ?
R. - Il m’a conduit dans la partie nord-est de la Loge, puis m’a ramené à l’ouest et m’a confié au Premier Surveillant.


Q. - Qu’a fait de vous le Premier Surveillant ?
R. - Il m’a présenté au Maître et m’a montré comment aller (par trois pas) vers lui.


Q. - Qu’a fait de vous le Maître ?
R. - Il m’a reçu Maçon.


Q. - Comment vous a-t-il reçu Maçon ? R. - Avec mon genou dénudé, fléchi, le corps en équerre, le compas ouvert sur le sein gauche dénudé, la main droite nue sur la sainte Bible ; ainsi j’ai pris l’obligation (ou prononcé le serment) du Maçon.


Q. - Pouvez-vous répéter cette obligation ?
R. - Je vais faire mon possible (L’obligation est comme suit) :
« Moi..., je promets et je jure, en présence du Dieu tout-puissant et de cette juste et respectable Assemblée, de celer et de cacher, et de ne jamais révéler les secrets et mystères des Maçons et de la Maçonnerie qui me seront révélés. Sauf à un Frère véritable et régulier, après un examen rigoureux, ou dans une juste et respectable Loge de Frères et Compagnons régulièrement assemblés.


« En outre je promets et jure de ne pas les écrire, imprimer, marquer, ciseler ou graver, ni de les faire écrire, imprimer, marquer, ciseler ou graver sur le bois ou la pierre, de sorte que l’empreinte d’un caractère ou l’impression d’une lettre ne puisse apparaître, par quoi ils pourraient être obtenus irrégulièrement.


« Tout cela sous peine d’avoir la gorge tranchée, la langue arrachée du fond de la bouche, le cœur arraché du sein gauche, pour qu’ils soient enfouis dans les sables de la mer, à une encablure de la plage, là où la marée descend et monte deux fois en vingt-quatre heures ; mon corps devant être réduit en cendres, mes cendres dispersées à la surface de la terre, de sorte qu’il n’y ait plus souvenance de moi parmi les Maçons. Que Dieu me vienne en aide ».


Q. - Quelle est la forme de la Loge ?
R. - Un carré long.


Q. - Quelle est sa longueur ?
R. - D’est en ouest.


Q. - Quelle est sa largeur ?
R. - Du nord au sud.



Q. - Quelle est sa hauteur ?
R. - Des pouces, des pieds et des yards innombrables qui vont jusqu’aux cieux.


Q. - Quelle est sa profondeur ?
R. - Jusqu’au centre de la terre.


Q. - Où se tient la Loge ?
R. - Sur une terre sacrée, ou sur la plus haute colline, ou dans la plus profonde vallée, ou dans la vallée de Jebosaphat [Josaphat], ou encore dans tout autre endroit secret.


Q. - Comment est-elle disposée ?
R. - Exactement d’est en ouest.


Q. - Pourquoi cela ?
R. - Parce que toutes les églises et chapelles sont ou devraient être ainsi disposées.


Q. - Qu’est-ce qui soutient une Loge ?
R. - Trois grandes colonnes.


Q. - Comment s’appellent-elles ?
R. - Sagesse, Force et Beauté.


Q. - Pourquoi cela ?
R. - La Sagesse pour inventer, la Force pour soutenir et la Beauté pour orner.


Q. - Comment votre Loge est-elle couverte ?
R. - Par un dais de nuages de diverses couleurs (ou bien les nuages).


Q. - Avez-vous des meubles dans votre loge ?
R. - Oui.


Q. - Lesquels ?
R. - Le pavé mosaïque, l’étoile flamboyante et la bordure dentelée.


Q. - Que sont-ils ?
R. - Le pavé mosaïque est le sol de la Loge, l’étoile flamboyante en est le centre, et la bordure dentelée, l’ornement qui l’entoure.



Q. - Que sont les autres meubles de la Loge ?
R. - La Bible, le Compas et l’Équerre.


Q. - A qui appartiennent-ils en propre ?
R. - La Bible à Dieu, le compas au Maître et l’équerre au Compagnon du métier.


Q. - Y a-t-il des bijoux dans votre Loge ?
R. - Oui.


Q. - Combien ?
R. - Six : trois mobiles, et trois immobiles.


Q. - Quels sont les bijoux mobiles ?
R. - L’équerre, le niveau et le fil à plomb.


Q. - Quels sont leurs usages ?
R. - L’équerre pour poser [les pierres] selon des lignes justes et d’équerre, le niveau pour vérifier toutes les horizontales, et le fil à plomb pour déterminer toutes les verticales.


Q. - Quels sont les bijoux immobiles ?
R. - La planche à tracer, la pierre brute et la pierre cubique à pointe.


Q. - Quels sont leurs usages ?
R. - La planche à tracer pour que le Maître y trace ses plans, la pierre brute pour que les Compagnons du métier éprouvent leurs outils dessus et la pierre dégrossie pour que les apprentis entrés apprennent à travailler dessus.


Q. - Y a-t-il des lumières dans votre loge ?
R. - Oui, trois.


Q. - Que représentent-elles ?
R. - Le soleil, la lune et le Maître Maçon.
N.B . : Ces lumières sont trois chandelles posées sur de grands chandeliers.


Q. - Pourquoi cela ?
R. - Le soleil pour présider le jour, la lune la nuit, et le Maître Maçon sa Loge.


Q. - Avez-vous des lumières immobiles dans votre Loge ?
R. - Oui.


Q. - Combien ?
R. - Trois.
N.B . : Ces lumières immobiles sont trois fenêtres censées (bien qu’inutilement) exister dans tout local où se tient une Loge, mais ce sont plutôt les quatre points cardinaux, selon les anciennes règles de la Maçonnerie.


Q. - Où sont-elles situées ?
R. - A l’est, au sud et à l’ouest.


Q. - A quoi servent-elles ?
R. - A éclairer les hommes avant, pendant, et après leurs travaux.


Q. - Pourquoi n’y a-t-il pas de lumière au nord ?
R. - Parce que le soleil n’envoie pas de rayons de cette direction.


Q. - Où se tient le Maître ?
R. - A l’est.


Q. - Pourquoi cela ?
R. - Comme le soleil se lève à l’est et ouvre le jour, le Maître se tient à l’est (avec sa main droite sur le sein gauche formant un signe, et l’équerre pendue à son cou) pour ouvrir la Loge et mettre ses ouvriers au travail.


Q. - Où se tiennent les Surveillants ?
R. - A l’ouest.


Q. - Quel est leur travail ?
R. - Comme le soleil se couche à l’ouest pour clore le jour, les Surveillants se tiennent à l’ouest (avec leur main droite sur le sein gauche formant un signe, et le niveau et le fil à plomb pendus à leur cou) pour fermer la Loge, renvoyer les ouvriers du travail et leur verser leur salaire.


Q. - Où se tient le plus ancien Apprenti entré ?
R. - Au sud.


Q. - Quel est son travail ?
R. - Écouter et recevoir les instructions, et accueillir les Frères étrangers.


Q. - Où se tient le plus jeune Apprenti entré ?
R. - Au nord.


Q. - Quel est son travail ?
R. - Tenir à l’écart les Cowans [profanes] et les indiscrets.


Q. - Si un Cowan (ou un indiscret) est surpris, comment doit-il être punie ?
R. - Il doit être placé sous les gouttières de la maison (par temps de pluie) jusqu’à ce que l’eau coule sur ses épaules et de là jusqu’à ses souliers.


Q. - Quels sont les secrets du Maçon ?
R. - Des signes, des attouchements et de nombreux mots.


Q. - Où gardez-vous ces secrets ?
R. - Sous mon sein gauche.


Q. - Avez-vous une clef pour ces secrets ?
R. - Oui.


Q. - Où la gardez-vous ?
R. - Dans une boîte d’os, qui ne s’ouvre ni ne se ferme jamais sans une clef d’ivoire.


Q. - Est-elle pendue ou posée ?
R. - Elle est pendue.


Q. - Par quoi est-elle pendue ?
R. - Par un câble de 9 pouces ou un empan.


Q. - De quel métal est-elle faite ?
R. - Il n’y entre aucun métal ; mais une langue de bonne réputation est aussi bonne derrière le dos d’un Frère qu’en face de lui. N.B . : La clef est la langue, la boîte d’os les dents et le câble le palais.


Q. - Combien de principes y a-t-il en Maçonnerie ?
R. - Quatre.


Q. - Quels sont-ils ?
R. - Le point, la ligne, la surface et le volume.


Q. - Expliquez-les ?
R. - Le point est le centre (autour duquel le Maître ne peut errer), la ligne est la longueur sans largeur, la surface est la longueur et la largeur, et le volume les comprend tous à la fois.



Q. - Combien y a-t-il de signes fondamentaux ?
R. - Quatre.


Q. - Quels sont-ils ?
R. - Le guttural, le pectoral, le manuel et le pédestre.


Q. - Expliquez-les. R. - Le guttural est sur la gorge, le pectoral sur la poitrine, le manuel à la main, le pédestre aux pieds.


Q. - Qu’avez-vous appris comme Maçon gentilhomme ?
R. - Le secret, la moralité et la fraternité.


Q. - Qu’avez-vous appris comme Maçon opératif ?
R. - La couleur, l’équerre, façonner la pierre, poser un niveau et élever une perpendiculaire.


Q. - Avez-vous vu votre Maître aujourd’hui ?
R. - Oui.


Q. - Comment était-il vêtu ?
R. - D’une veste jaune et d’une culotte bleue. N.B . : La veste jaune est le compas et la culotte bleue les pointes d’acier du compas.


Q. - Quand servez-vous votre Maître ?
R. - Du lundi matin au samedi soir.


Q. - Comment le servez-vous ?
R. - Avec de la craie, du charbon et un plat de terre cuite.


Q. - Que signifient ces termes ?
R. - La liberté, la ferveur et le zèle.


Q. - Donnez-moi le signe d’Apprenti entré.
En réponse, étendre les quatre doigts de la main droite et les retirer en travers de la gorge ; c’est le signe qui constitue une demande d’attouchement. N.B . : L’attouchement se fait en joignant le bout du pouce de la main droite sur la première phalange de l’index de la main droite du Frère qui demande le mot


Q. - Donnez-moi le Mot.
R. - Je l’épellerai avec vous.



Le questionneur dit B.
Le répondant O.


Le questionneur dit A.
Le répondant Z. C’est-à-dire BOAZ.


Q. - Donnez-moi un autre Mot. R. - JACHIN. N.B . : Boaz et Jachin étaient deux colonnes du porche du Temple de Salomon (I Roi, VII. 21).


Q. - Quel âge avez-vous ?
R. - Moins de sept ans (montrant par là qu’il n’a pas encore été fait Maître).


Q. - A quoi sert le jour ?
R. - A voir.


Q. - A quoi sert la nuit ?
R. - A entendre.


Q. - Comment souffle le vent ? R. - D’est en ouest.


Q. - Quelle heure est-il ? R. - Minuit plein.
N.B . : Fin de la partie concernant l’Apprenti entré.


LE GRADE DE COMPAGNON DU METIER


Q. - Êtes-vous Compagnon du métier ?
R. - Je le suis.


Q. - Pourquoi avez-vous été fait Compagnon ?
R. - Pour connaître la lettre G.


Q. - Que signifie cette lettre G ? R. - Géométrie, ou la cinquième Science.


Q. - Avez-vous déjà voyagé ?
R. - Oui, d’est en ouest.
Q. - Avez-vous déjà travaillé ?
R. - Oui, à la construction du Temple.


Q. - Où avez-vous reçu votre salaire ?
R. - Dans la Chambre du Milieu.


Q. - Comment êtes-vous parvenu à la Chambre du milieu ?
R. - Par le porche.


Q. - Qu’avez-vous vu en passant sous le porche ?
R. - Deux grandes colonnes.


Q. - Comment s’appellent-ils ?
R. - J . B, c’est-à-dire Jachin et Boaz (Voir I Rois chap. 7).


Q. - Quelle est leur hauteur ?
R. - Dix-huit coudées.


Q. - Quelle est leur circonférence ?
R. - Douze coudées.


Q. - Comment sont-elles décorées ?
R. - Avec deux chapiteaux.


Q. - De quelle hauteur sont les chapiteaux ?
R. - Cinq coudées.


Q. - Comment sont-ils décorés ?
R. - De réseaux et de grenades.


Q. - Comment êtes-vous parvenu à la Chambre du Milieu ?
R. - Par un escalier tournant.


Q. - De combien [de marches] ?
R. - Sept ou plus.


Q. - Pourquoi sept ou plus ?
R. - Parce que sept ou plus font une Loge juste et parfaite.
Q. - Qu’avez-vous vu lors de votre arrivée à la porte de la Chambre du Milieu ?
R. - Un Surveillant.


Q. - Que vous a-t-il demandé ?
R. - Trois choses : un signe, un attouchement et un mot.
N.B . : Le signe se fait en mettant la main droite sur le sein gauche, l’attouchement en prenant la main droite de la personne qui fait la demande et en pressant avec l’extrémité du pouce sur la première phalange de son médius ; et le mot est Jachin.


Q. - Quelle était hauteur était la porte de la Chambre du Milieu ?
R. - Si haute qu’un Cowan ne pourrait planter une épingle à son sommet.


Q. - Qu’avez-vous vu en arrivant au centre ?
R. - L’image de la lettre G.


Q. - Que signifie cette Lettre G ? R. - Le nom de quelqu’un qui est plus grand que vous.


Q. - Qui est plus grand que moi, qui suis un Maçon libre et accepté, le Maître d’une Loge ? R. - Le Grand Architecte et Créateur de l’Univers, ou celui qui fut élevé jusqu’ au pinacle du Temple sacré.


Q. - Pouvez-vous expliquer la lettre G ?
R. - Je ferai de mon mieux.


LA TRANSMISSION DE LA LETTRE G


Tuilé. - Au milieu du temple, là se trouve un G, une lettre pouvant être vue et lue par tous ; mais bien peu sont à même de concevoir et de comprendre ce que cette lettre signifie.


Questionneur. - Mon Ami, si vous prétendez faire partie de cette Fraternité, vous devez pouvoir nous dire avec précision ce que signifie cette lettre G. Tu. - Par les Sciences sont mis en pleine lumière des corps de toutes sortes que l’on peut voir parfaitement ; mais personnes hormis certains hommes ne pourront découvrir mon esprit.
Qu. - Un homme respectable le pourra.


Tu. - S’il est Vénérable.
Qu. - Je suis à la fois Respectable et Vénérable, aussi puis-je vous commander de me dire à l’instant ce que vous comprenez.
Tu. - Par les quatre Lettres et la cinquième Science, ce G est placé là selon les règles de l’Art et des proportions. Vous avez votre réponse, mon Ami.
N.B . : Quatre lettres font Boaz, et la Géométrie est la cinquième Science.


Qu. - Mon Ami, votre réponse est correcte. Si vous découvrez des principes réguliers et libres, je changerai votre nom d’Ami, et vous appellerai dès lors Frère.
Tu. - Les Sciences sont évoquées avec des vers, un point, une ligne et un côté ; mais un solide englobe le tout.


Qu. - Que la grâce de Dieu soit sur cette assemblée.
Tu. - Et sur tous les très vénérables Frères et Compagnons.


Qu. - De la très respectable Loge de saint Jean.
Tu. - D’où je viens



Qu. - Je vous salue, Je vous salue, Je vous salue, du fond du cœur, et je vous demande instamment votre nom.
Tu. - Timothy Ridicule.


Qu. - Bienvenue, mon Frère, par la grâce de Dieu.


NB : La raison pour laquelle on se réclame d’une « Loge de saint Jean » est que Jean était celui qui marchait avant notre Sauveur, et qu’il traça la première ligne de l’Évangile. D’autres disent que notre Sauveur fut lui-même reçu comme Maçon libre lorsqu’il vivait sa vie d’homme. Mais comme cela peut sembler ridicule, je laisse, au lecteur intelligent, le soin d’y réfléchir.
N.B . : Fin de la partie concernant le Compagnon du Métier.


LE GRADE DE MAÎTRE


Question. - Êtes-vous Maître Maçon ?
Réponse. - Je le suis ; vérifiez le, éprouvez-moi, ou faites la preuve du contraire si vous le pouvez.


Q. - Où avez-vous été reçu Maître ?
R. - Dans une Loge parfaite de Maîtres.


Q. - Qu’est qui fait une Loge parfaite de Maîtres ?
R. - Trois [Maîtres].


Q. - Comment êtes-vous devenu Maître ?

R. - Par l’aide de Dieu, l’équerre et mon propre travail ; Q. - Comment avez-vous été fait Maître ?

R. - En passant de l’équerre au compas.

Q. - Je suppose que vous avez été Apprenti entré. R. - J’ai vu Jachin et Boaz. J’ai été fait Maître Maçon, ce qui est plus rare, par le parpaing [diamond], la pierre cubique [ashler] et l’équerre.

Q. - Si vous êtes vraiment Maître Maçon, vous devez pleinement comprendre la Règle de trois. Et M. B . [Machbenah] vous rendra libre, et ce que vous recherchez en Maçonnerie, sera trouvé dans cette Loge. R. - Je connais la vraie Maçonnerie ; les clefs des Loges sont à ma disposition. Q. - Vous êtes un bon Compagnon ; d’où venez-vous ? R. - De l’est.

Q.- Où allez-vous ?

R. - Vers l’ouest.

Q. - Qu’allez-vous y faire ?

R. - Y chercher ce qui avait été perdu et qui est maintenant retrouvé. Q. - Qu’est-ce qui avait été perdu et qui a été retrouvé ? R. - Le Mot de Maître Maçon.

Q. - Comment fut-il perdu ?

R. - Par trois grands coups, ou la mort de Maître Hiram. Q. - Comment trouva-il la mort ?

R. - Il était Maître Maçon lors de la construction du Temple de Salomon, et à midi plein, quand les ouvriers étaient partis se restaurer, comme il était de coutume, il s’en vint inspecter les travaux ; quand il fut entré dans le Temple, il y trouva trois scélérats, supposés être trois Compagnons du Métier, qui s’étaient embusqués aux trois entrées du Temple ; et quand il arriva, le premier lui demanda le Mot de Maître, il lui répondit qu’il ne l’avait pas reçu de cette manière, mais qu’un peu de temps et de patience lui ferait l’obtenir ; insatisfait de cette réponse, il [le Compagnon] lui donna un coup qui le fit vaciller ; il [Hiram] alla à une autre porte, où il fut interpellé de la même manière, et il fit la même réponse, recevant un plus grand coup ; au troisième [coup] il perdit la vie. Q. - Avec quoi les scélérats le tuèrent-ils ? R. - Un maillet, un ciseau et un levier.

Q. - Que firent-ils de son corps ?

R. - Ils le transportèrent à la porte de l’ouest du Temple, et le dissimulèrent sous des gravats jusqu’à minuit.

Q. - Quelle heure était-il exactement ?

R. - Minuit plein, alors que les ouvriers étaient au repos. Q. - Que firent-ils ensuite du corps ?

R. - Ils le portèrent jusqu’au sommet d’une colline, où ils creusèrent une tombe décente dans laquelle ils l’enterrèrent.

Q. - Quand s’aperçut-on de son absence ?

R. - Le jour même.

Q. - Quand fut-il retrouvé ?

R. - Quinze jours plus tard.

Q. - Quiletrouva ?

R. - Quinze Frères attentionnés, sur ordre du roi Salomon, sortirent du Temple par la porte de l’ouest, et se séparèrent en deux groupes, l’un allant vers la droite, l’autre vers la gauche, à portée de voix ; et ils se mirent d’accord que s’ils ne retrouvaient le Mot sur lui ou près de lui, le premier mot [prononcé] serait le Mot de Maître.

Un des Frères, plus fatigué que les autres, s’assit pour se reposer, et se saisit d’une brindille qui s’arracha aisément ; observant que la terre avait été retournée, il appela ses Frères qui poursuivant leurs recherches découvrirent son corps, enterré décemment dans une tombe de six pieds d’est en ouest et de six pieds de profondeur ; son linceul était fait de mousse verte et d’herbe, ce qui ne manqua pas de les étonner.

Ils s’écrièrent alors : « Muscus Domus Dei Gratia », ce qui en Maçonnerie veut dire : « Grâce à Dieu, notre Maître a une demeure de mousse » ; alors ils recouvrirent minutieusement le corps, placèrent un rameau d’acacia comme repère à la tête de la tombe et allèrent informer le roi Salomon [de leur découverte].

Q. - Que dit alors le roi Salomon ?

R. - Il ordonna qu’on récupérât le corps et qu’on l’enterrât décemment, et que quinze Compagnons, portant gants et tabliers blancs, assistassent aux funérailles (une pratique qui a perduré chez les Maçons jusqu’à nos jours).

Q. - Comment Hiram fut-il relevé ?

R. - Comme tous les autres Maçons, quand ils reçoivent le Mot de Maître. Q. - C’estàdire ?

R. - Par les cinq points du Compagnonnage.

Q. - Quels sont-ils ?

R. - Main dans la main, pied contre pied, joue contre joue, genou contre genou, et main dans le dos. N.B . - Quand Hiram fut relevé, ils le prirent par l’index et la peau se sépara, c’est ce qu’on appelle l’arrachement ; prendre la main droite et placer le médius au poignet, placer l’index et l’annulaire sur les côtés du poignet, c’est ce qu’on appelle la griffe ; et le signe consiste à placer le pouce de la main droite sur le sein gauche, en étendant les doigts.

Q. - Comment nomme-t-on un Maître Maçon ?

R. - Cassia [Acacia] est mon nom, et je viens d’une Loge juste et parfaite. Q. - Où Hiram a-t-il été enterré ?

R. - Dans le Saint des Saints.

Q. - Comment y a-t-il été porté ?

R. - Par la porte ouest du Temple.

Q. - Quels sont les bijoux du Maître ?

R. - Le porche, les fenêtres, et le pavé mosaïque. Q. - Que signifient-ils ?

R. - Le porche est l’entrée du sanctuaire, les fenêtres les lumières qui en émanent, le pavé mosaïque le sol du Temple.

Q. - Donnez-moi le Mot de Maître.

R. - On le chuchote à l’oreille, et on l’accompagne des cinq points du Compagnonnage déjà mentionnés ; on ajoute « Machbenah », ce qui signifie : le bâtisseur est abattu [par coups violents]. N.B . - Si des Maçons sont à l’ouvrage, et que vous ayez à distinguer un Maçon accepté [Accepted Mason] des autres ouvriers, alors prenez un morceau de pierre et demandez lui ce que cela sent, il répondra immédiatement, non pas le cuivre, le fer ou l’acier, mais l’odeur d’un Maçon. Alors demandez-lui son âge, et il répondra « sept ans et plus », ce qui prouvera qu’il est bien devenu Maître.

N.B . : Fin de la partie concernant le Maître.

JUSTIFICATIONS DE L’AUTEUR

De toutes les impostures qui sont apparues au cours de l’histoire humaine, aucune n’est aussi ridicule que le secret de la Maçonnerie, qui a amusé le monde, et provoqué toutes sortes d’interprétations. Ces semblants de secret, qui n’ont aucun fondement, ont fait l’objet de révélations, même si ce n’est que d’une manière imparfaite.

Le fait essentiel, c’est-à-dire le serment, a été publié à plusieurs reprises dans les journaux, mais il n’est vraiment authentique que rapporté dans le « Daily Journal » du samedi 22 août 1730, qui correspond en véracité avec celui qui est rapporté dans le présent écrit. Par conséquent, quand l’obligation de secret est supprimée, ledit secret devient sans effet et ne doit plus avoir d’existence propre.

Quelques Maçons opératifs (en fait des Maçons acceptés), comme on dit poliment, membres de la première et la plus vieille Loge constituée (selon la liste des Loges de Londres), avaient rendu visite à une Loge célèbre de cette ville, et on leur refusa l’entrée parce que leur Loge avait changé de lieu de réunion.

Bien que ce soit en contradiction avec le grand secret, ceci exige une nouvelle installation, pour un coût qui ne serait pas inférieur à deux guinées, avec une charmante réception, sous prétexte de consacrer l’argent à des usages charitables.

Si cela était effectivement appliqué, on pourrait faire de grands éloges pour une entreprise si estimable, mais on peut vraiment en douter et il est plus raisonnable de penser que l’argent sera dépensé à fonder un nouveau système maçonnique.

Le vieil édifice est si délabré qu’à moins d’être restauré au moyen de quelque secret caché, il sera bientôt anéanti.

J’ai été amené à publier ce grand Secret pour le bien public, à la requête de plusieurs Maçons ; j’espère qu’il donnera entière satisfaction et qu’il aura l’effet désiré en empêchant nombre de personnes crédules d’être attirées dans une Société si pernicieuse. Finis. Samuel Prichard jure que la copie du document est en tous points authentique. En ma présence, R. Hopkins.

13 octobre 1730