La Maison maudite (George Garnir)

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Parnasse de la Jeune BelgiqueLéon Vanier, éditeur (p. 63-64).


La Maison maudite


Au cœur de la cité bruyante et magnifique,
Altière, dominant les flèches et les tours,
Se dresse la maison parmi les carrefours,
Énigmatique et belle en un décor magique.

Ainsi qu’une coquette impudique et sans cœur,
Elle étale avec des nonchalances charmeuses
L’enchantement doré des salles ténébreuses,
Où dort en la pénombre un parfum de langueur.
 
Tous ceux qu’elle a séduits lui laissèrent leur âme,
Ils la parèrent comme une idole d’airain
Pour attendrir son calme étrange et souverain
Et lasser sa froideur égoïste de femme.

Ils se sont enquis des secrets de l’Orient,
Des trésors ignorés de Carthage et d’Athène,
Mais ces splendeurs n’ont pas captivé la hautaine
Qui s’en fit un trophée épique, en souriant.


Lors ses pâles amants s’épuisèrent pour elle,
Consumant au fond d’eux leur amour impuissant,
Et s’en furent brisés, plaintifs et maudissant
Ses sourires sereins et sa beauté cruelle.

Et ceux du lendemain la reprirent charmés,
Mais la Maison maudite est restée étrangère,
Impénétrable à tous, troublante et mensongère,
Et la rage, au départ, crispa leurs poings fermés.

Au cœur de la cité bruyante et magnifique,
Altière, dominant les flèches et les tours,
Se dresse la Maison parmi les carrefours,
Énigmatique et belle en un décor magique.