La Musique et la Danse au Sénégal
La musique et la danse au Sénégal
La musique est peu en honneur au Sénégal, et les Yolofs semblent n’être pas organisés pour la comprendre au même degré que nous.
Cet art est là-bas confié à une caste d’hommes spéciaux, appelés Griotes, qui sont de père en fils musiciens ambulants et compositeurs de chants héroïques. — C’est aux griotes que revient le soin de battre le tam-tam pour les bamboulas, et de chanter pendant les fêtes les louanges des personnages de qualité ; ils vont de village en village, seuls ou à la suite des grands chefs, traités partout en parias, comme chez nous les gitanos, exclus pendant leur vie des cérémonies religieuses et, après leur mort, des lieux de sépulture.
Comme cela a lieu chez tous les peuples, quand la musique est restée parmi eux à l’état rudimentaire, les airs sénégalais sont formés de phrases courtes et tristes, qui partent des notes les plus hautes de la voix humaine, et descendent brusquement jusqu’aux extrêmes basses, en se traînant ensuite comme des plaintes.
Les négresses chantent beaucoup en travaillant, ou pendant ce demi-sommeil nonchalant qui compose leur sieste.
Les chœurs d’hyménées ont un rhythme spécial fort étrange, et la marche des cortéges de noces a toujours lieu le soir, avec beaucoup de solennité et de musique. — Souvent, pendant ces nuits énervantes d’Afrique, on rencontre de ces longs cortéges, défiant en ordre sur le sable ; tout ce monde chante, et ce concert de voix grêles est accompagné à contre-temps par des battements de mains et des coups de tam-tam.
Ce contre-temps perpétuel des accompagnateurs, et ces syncopes inattendues, si bien comprises et observées par tous les exécutants, sont les traits les plus caractéristiques de cet art, inférieur et différent du nôtre, que sans doute nos organisations européennes ne nous permettent pas de parfaitement comprendre.
Un instrument très-simple, et réservé aux femmes, remplit dans cet ensemble un rôle important ; c’est simplement une gourde allongée, ouverte à l’une de ses extrémités — objet qu’on frappe de la main, tantôt à l’ouverture, tantôt sur le flanc, et qui rend ainsi deux sons différents, l’un sec et l’autre sourd. On n’en peut tirer rien de plus, et le résultat ainsi obtenu est cependant original ; il est difficile de se rendre compte de l’effet que peut produire le concert lointain des voix nègres, à demi couvert par des centaines de semblables instruments.
Les bamboulas, pour lesquelles les noirs sont très-passionnés, s’organisent avec beaucoup de pompe les jours de grandes fêtes ; les femmes mettent pour de telles circonstances de riches pagnes et des draperies éclatantes ; elles se couvrent de bijoux d’or, d’argent, de verre, d’ambre et de corail.
Mais souvent aussi ces danses s’improvisent : un griote qui passe frappe quelques coups sur son tamtam ; c’est le rappel et on se rassemble autour de lui.
Des femmes accourent, qui se rangent en cercle serré, et entonnent un de ces chants qui les passionnent ; l’une d’elles, la première venue, se détache de la foule et s’élance au milieu du groupe ; elle danse avec un bruit de grigris et de verroterie ; son pas, lent au début, s’accélère bientôt jusqu’à la frénésie ; elle se retire enfin épuisée. Une autre prend sa place, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la fatigue et la nuit, aient mis fin à la danse.
Dans toutes les contrées du Sénégal, les levers de pleine lune sont des moments particulièrement consacrés à la danse, et il semble que la lune se lève là-bas, sur ce grand pays de sable, plus rouge et plus énorme que partout ailleurs.
À la tombée de la nuit, les groupes se forment, et quand le disque apparaît, agrandi et déformé par le mirage, des teintes sanglantes illuminent tout ce monde ; le vacarme précédemment décrit augmente jusqu’à la fureur, et, ainsi éclairée, la fête sauvage présente son plus fantastique aspect.


