100%.png

La Partie de Dames

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


LA


PARTIE DE DAMES




PERSONNAGES


MADAME D’ERMEL (soixante-deux ans).

MONSIEUR JACOBUS, médecin (soixante-dix ans).

VICTOIRE, femme de chambre.



(La scène se passe au fond d’une campagne de Normandie.)

----

Chez Mme d’Ermel. — Un petit boudoir attenant à une chambre à coucher. — Devant la cheminée, une table avec un damier. — Près de la table un guéridon sur lequel est posé un plateau contenant deux tasses et un sucrier. — Une cafetière murmure devant le feu.

Mme D’ERMEL, seule, consultant la pendule.

Sept heures et quart, ou peu s’en faut… C’est un fait avéré désormais pour moi que Jacobus retarde en moyenne de cinq minutes sur l’an passé… Jusqu’à la Saint-Michel derrnière, dix minutes lui suffisaient pour toucher barres à ma porte. Son pas s’est ralenti… je n’aime pas cela… Qu’il continue du moins à ne pas s’en douter… (Elle fait rétrograder de quelques minutes l’aiguille de la pendule.)


VICTOIRE, ouvrant la porte.

Monsieur Jacobus !

(Victoire se retire quand Jacobus est entré.)

Mme D’ERMEL

Bonjour, mon ami.


JACOBUS, lui baisant la main.

La main fraîche, j’en suis sur… le cœur brûlant, je l’espère !… Bonjour, belle dame.


Mme D’ERMEL.

Vous êtes gelé, mon brave homme. Quel temps fait-il donc ce soir ?


JACOBUS.

Un vrai temps de printemps… vent, pluie et grêle. — Avec votre permission. je déposerai ma canne dans cet angle.


Mme D’ERMEL.

Faites. Ne vous refusez donc rien, je vous en prie.


JACOBUS.

Et mon chapeau sur cette console. (En ôtant ses gants.) Étrange empire, ma vieille amie, que celui des habitudes ! Si, durant le cours d’une seule soirée, ma canne reposait autre part que dans cet angle, et mon chapeau ailleurs que sur cette console, je n’aurais plus la liberté de ma pensée.


Mme D’ERMEL.

Tous les astres, docteur, ont des évolutions fixes.


JACOBUS.

Vous en savez quelque chose, ma déesse !… Pardon ! (Il regarde la pendule.) C’est extraordinaire !


Mme D’ERMEL.

Quoi donc ?


JACOBUS.

Votre pendule va bien ?


Mme D’ERMEL.

Comme un ange.


JACOBUS.

Il faut avouer que j’étais construit carrément ! Croiriez-vous que je suis parti de chez moi à sept heures trois, de sorte qu’à soixante-dix ans je me permet de faire en sept minutes un trajet d’un kilomètre ?


Mme D’ERMEL.

Vous êtes un être mystérieux. Les années vous caressent plutôt qu’elle ni tous touchent… Donnez-moi votre tasse, mon jeune ami.


JACOBUS, présentant sa tasse.

Breuvage digne des dieux, — tant par son arôme que par la main qui le verse !…


Mme D’ERMEL.

Sucrez-vous, Jupiter.


JACOBUS, s’accommodant dans un fauteuil et agitant doucement sa cuillère dans sa tasse.

Que le rocher au cœur trois fois bronzé affronte sur son frêle esquif la vague adriatique !… Je suis bien ici quant à moi, et j’y reste. — À propos, ma chère dame, je vais fort vous surprendre. Il y a du nouveau dans Landernau. Vous rappelez-vous ces deux orphelins maladifs, ces deux arbustes désespérés que vous daignâtes confier, il y a deux mois, à ma science et à mon amitié ?


Mme D’ERMEL.

Mon camélia et mon cactus ? Ils sont morts, je parie ?


JACOBUS, triomphant.

Ils sont si peu morts, qu’ils sont en fleurs, comme vous-même.


Mme D’ERMEL.

Bah !… Voilà de ces choses qui vous bouleversent… Et quand pourrai-je voir ce miracle de mes yeux ?


JACOBUS.

Dès demain matin, si vous le voulez : je viendrai vous prendre, et en passant nous entrerons chez Jeanne Nicot, qui est au lit avec une fièvre de la nature la plus dangereuse… Quand je ne puis promettre la guérison de mes malades, vous savez que je leur promets votre présence. On raconte d’Hippocrate qu’arrivé à la fin de sa longue carrière, il n’avait plus qu’un seul médicament auquel il eût confiance ; par malheur le secret s’en était perdu, mais je l’ai retrouvé : c’est la bonté d’une femme.


Mme D’ERMEL.

Vous êtes un cajoleur ! N’importe : j’irai chez Jeanne Nicot. Mais buvez, et dites-moi si ma petite cuisine a réussi ce soir.

(Comme le docteur porte la tasse à ses lèvres, la porte s’ouvre.)

VICTOIRE.

M. le curé demande s’il peut parler à madame ?

(Le docteur se lève d’un air sombre, et pose sa tasse sur la cheminée.)

Mme D’ERMEL.

Certainement. Priez-le de monter.

(Victoire sert)

JACOBUS.

Encore ce curé !


Mme D’ERMEL, riant.

Encore ce curé ! est charmant. Depuis huit mois qu’il est dans la paroisse, il est venu passer ici une soirée, une seule, il a vu qu’il vous gênait… car. Dieu merci, il n’y avait pas moyen de se méprendre à la belle mine que vous lui fîtes… Depuis ce temps, il a la discrétion de ne pas franchir mon seuil après sept heures du soir, quand il dîne chez moi, il se retire en sortant de table, et le prix de toutes ses délicatesses, le voilà en trois mots : Encore ce curé !


JACOBUS.

Bah ! bah ! vous voyez qu’il se ravise. Je vous prédis qu’il va s’établir ici pour la soirée, le dos au feu, la soutane en éventail…


VICTOIRE, rentrant.

M. le curé n’a que deux mots à dire à madame ; il ne veut pas monter.


Mme D’ERMEL.

Je descends. Entendez cela, docteur, entendez cela et mourez de honte.

(Elle sort.)

JACOBUS, seul.

(Il se promène quelques instans en silence, puis il laisse échapper de vagues murmures qui se formulent plus distinctement à mesure que son impatience s’accroît :)

Hem ! hem !… peuh !… oui-dà ! deux mots ! il va la retenir une heure dans le vestibule, entre quatre vents ! Oh ! que je reconnais bien là l’esprit égoïste et accapareur de la robe noire !… Ah ! ah ! bravo ! l’entretien se prolonge ! Langue de prêtre, langue de femme, autant en vaut l’aune ! Bonne besogne pour le diable ! Est-il séant, est-il convenable, je le demande, qu’un prêtre coure les champs à l’heure qu’il est, pour venir commérer dans une antichambre ? Je suppose qu’un malheureux à l’agonie réclame soudain le ministère sacré de cet homme, il faudra donc courir du presbytère ici, et recourir d’ici au presbytère, tandis que l’infortuné, dans les angoisses d’une conscience tourmentée… Mais quoi ! il a pris son café, lui ! et qu’importe le reste ?


Mme D’ERMEL, rentrant.

Brrr ! ce vestibule est une glacière… C’était pour mon banc de l’église ; j’avais exprimé le désir de le faire rembourrer, et, comme on est en train de réparer la nef, ce bon curé a eu la complaisance… (Elle remarque la tasse du docteur sur la cheminée.) Tiens ! vous n’avez pas pris votre café ?


JACOBUS.

Non, madame, je n’ai pas pris mon café. Vous savez que nous avons coutume de le prendre en même temps l’un et l’autre, et ce n’est pas à mon âge qu’on change ses habitudes.


Mme D’ERMEL.

Mais il va être froid ?


JACOBUS.

Cela est fort probable, madame. Il a eu le temps de refroidir du moins, et au-delà.


Mme D’ERMEL.

Eh bien ! vous le boirez bouillant demain ! Qu’est-ce que cela signifie donc à la fin ? (Jacobus boit en silence ; après un moment, Mme d’Ermel reprend :) Ah ! votre front s’éclaircit, docteur… Il est donc encore potable, ce café ?


JACOBUS, souriant.

Il est vrai. Je ne l’aurais pas cru. Où en est la cause ? C’est qu’en votre absence le temps se traîne comme un podagre… il semble que vous emportiez ses ailes !


Mme D’ERMEL.

Ciel ! qu’il devient tendre !… Appellerai-je ma femme de chambre ? Non, car il se rasseoit… c’est heureux ! (Elle est assise en face de Jacobus ; la table les sépare : ils rangent les pions sur le damier et commencent à Jouer, causant par intervalles.) J’ai plus d’une revanche à prendre, je crois, docteur ?


JACOBUS.

Eh ! mon Dieu ! ne les prenez-vous pas suffisamment à des jeux plus inhumains, madame ?


Mme D’ERMEL.

Qu’est-ce qu’il me chante là ?… Ah ! vous débutez par les coins aujourd’hui ? Gare à vous ! — Mais écoutez donc quelle méchante vie fait le vent là-dehors. Et mon pauvre curé qui est par les chemins ! Quand j’y songe !…


JACOBUS.

Oui. oui, Je pourrais lui dire en cet instant :

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.

Mme D’ERMEL.

Ce mot ne serait pas charitable. — Mettez-vous donc dans cette lunette, vous l’osez.


JACOBUS, après une longue méditation.

Est-ce que c’est un piège, cette lunette ? Je ne vois pas.


Mme D’ERMEL.

Allez toujours. Ah ! Jacobus, je vous en prépare de cruelles, mon ami !


JACOBUS.

Piège ou non, m’y voilà.


Mme D’ERMEL.

C’est joué ?


JACOBUS.

Oui.


Mme D’ERMEL.

Vous vous y tenez ?


JACOBUS.

Attendez donc… (Il médite.) Oui, je m’y tiens.


Mme D’ERMEL.

Le malheureux !… Prenez par là, s’il vous plaît, et puis par ici. À moi maintenant… une, deux, trois, quatre ; que dites-vous de cette rafle ?


JACOBUS.

C’est inconcevable ! où avais-je l’esprit ? je n’en sais rien.


Mme D’ERMEL.

Ni moi… Entendez-vous le bruit de la grêle sur le vitrage de ma serre ? C’est une chose, docteur, dont on ne remercie pas assez Dieu, que d’être en un lieu clos, dans un vêtement ouaté, et en bonne compagnie, par un temps pareil. Généralement, on est très ingrat envers Dieu.


JACOBUS.

Hon ! bon !


Mme D’ERMEL.

Est-ce que vous niez cela, monsieur ?


JACOBUS.

Eh non, madame, je ne le nie pas… je n’y songe même pas… je suis à mon jeu.


Mme D’ERMEL.

À la bonne heure ; mais, puisque vous êtes à votre jeu, tâchez donc de me débusquer de là, vous ne ferez pas mal. — Quand vous avec la tête appuyée comme cela sur vos deux mains, la pression de vos doigts relevant les extrémités de vos sourcils vous prête un faux air du diable.


JACOBUS, redressant brusquement la tête.

L’avez-vous vu ?


Mme D’ERMEL.

Non, Dieu merci.


JACOBUS, reprenant sa pose méditative.

Eh bien ! alors, pourquoi en parlez-vous ?


Mme D’ERMEL.

J’ai eu tort. Remettez-vous.


JACOBUS.

Je n’ai pas besoin de me remettre, madame… je suis tout remis : seulement je ne conçois pas que l’on puisse causer comme un moulin, quand on joue un jeu sérieux. C’est à vous, madame.


Mme D’ERMEL.

Vous le faites exprès, hein ?… une, deux, trois, et à dame !


JACOBUS.

C’est inoui !… Au surplus, quand on se fait une affaire de conscience de distraire, de troubler l’esprit de son partner !…


Mme D’ERMEL.

Attrape, mon infante !… (Elle chantonne, en étudiant le damier :)

Petits oiseaux, troupe amoureuse,
Ah ! par pitié, ne chantez pas !
Celui qui me rendait heureuse
Est parti pour d’autres climats !

Voyons, qu’est-ce que je vais faire de ma dame à présent ? Ce n’est pas le tout que d’avoir une dame… le difficile est de la garder… N’est-il pas vrai, monsieur Jacobus ?.. Je la mets là… — À propos, pourquoi vous appelez-vous Jacobus ? voilà un temps infini que je veux vous demander cela… Jacobus ! ce n’est pas du français, hein ?


JACOBUS.

Je vous ai dit, plutôt vingt fois qu’une, que ma famille était d’origine hollandaise.


Mme D’ERMEL.

Ah ! c’est donc du hollandais, Jacobus ?


JACOBUS.

Non, madame : c’est du latin.


Mme D’ERMEL.

Eh bien ! mais alors… ça ne me satisfait pas du tout, votre explication.. il y a plus : ça m’embrouille… Voulez-vous jouer néanmoins ?


JACOBUS.

À quoi bon ? Je suis perdu.


Mme D’ERMEL.

Qui sait ? la fortune est femme, docteur… elle me traite trop bien pour n’être pas tout près de me trahir.


JACOBUS.

Non, non ! je suis perdu ! (Il joue.)


Mme D’ERMEL.

Pour cette fois, oui, vous êtes perdu… Tenez ! je vous en laisse deux pour graine.


JACOBUS.

Vous avez gagné… attendez cependant… ne pourrais-je pas, en mettant là ?… Non, non, vous avez gagné ; — j’ai perdu…


Mme D’ERMEL.

Par conséquent, Voulez-vous votre revanche ?


JACOBUS.

Non, je vous remercie. Vous voyez que je joue ce soir comme une carpe. Je suis en disposition malheureuse. (Il tousse.) J’aurai eu froid en venant.


Mme D’ERMEL.

Prenez mon chauffe-pied.


JACOBUS.

Le feu me suffît. Je vous suis obligé ! Hem ! (Un silence.)


Mme D’ERMEL.

Est-ce qu’elle est gravement malade, Jeanne Nicot ?


JACOBUS.

Elle va mourir un de ces matins. Bah ! c’est ce que les pauvres ont de mieux à faire… Hem ! hem ! (Mme d’Ermel se répond pas, et se met à tisonner. Jacobus reprend un moment après :) Et qu’est-ce que vous avez décidé pour votre banc, madame ?


Mme D’ERMEL.

J’ai ! décidé que je ne le ferais pas rembourrer, pour ne point causer de scandale. — C’est le conseil de mon curé.


JACOBUS, d’une voix lente et saccadée.

Votre curé, que le scandale effarouche si fort quand il s’agit des aises d’autrui, réserve, pour sauvegarder les siennes, des maximes plus accommodantes. Ce serait sans doute une terrible pierre d’achoppement qu’un siège rembourré dans une église ! Mais que l’on voie, durant tout le cours de la sainte journée, M. l’abbé méditer sous les ombrages d’un parc, en tête à tête avec sa paroissienne, comme un berger antique, cela n’est rien ; on jasera, on en causera, c’est vrai… mais, après tout, l’église a ses privilèges, et honni soit qui mal y pense !


Mme D’ERMEL, riant.

Ah ! voilà du nouveau, cela ! Et quand je passerais la nuit dans mon parc avec mon curé, au lieu du jour, quel mal me feriez-vous la grâce d’y voir ?


JACOBUS.

Eh ! madame, un curé est un homme après tout, et celui-ci est un jeune homme, qui pis est.


Mme D’ERMEL.

Il est vrai qu’il n’a pas encore la soixantaine, quoiqu’il en approche beaucoup, mais, par compensation, je l’ai dépassée, moi, et entre deux personnes de cette expérience, si incomplète qu’elle soit, un tête à tête prend je ne sais quel air vénérable qui me paraissait de nature à satisfaire la morale et à décourager l’envie. Je me suis trompée ; j’aviserai.


JACOBUS.

Pour cesser de plaisanter, madame, le genre d’agrément que peut vous offrir l’entretien soutenu de cet ecclésiastique est pour moi un problème que je me déclare incapable de résoudre sans le secours de votre obligeance.


Mme D’ERMEL.

Cet ecclésiastique n’est pas un puits de science, docteur, je le confesse ; mais une femme, — je ne parle pas des hommes, qui sans doute ont de plus hautes destinées, — une femme, dis-je, à tout âge et surtout au mien, a besoin de foi plus que de science. Or, dans l’âme simple et sincère de ce vieillard, je vois Dieu aussi clairement que je vois le ciel dans une source vierge. Voilà l’agrément que j’y trouve. Il à la naïveté d’un enfant et les lumières d’un prophète ; c’est un bonhomme, et c’est un saint ; il me divertit, et il me fortifie. Il vous parle de l’autre monde comme s’il en revenait, et de celui-ci avec une moue si plaisante qu’on en rit… Hier, il me parlait de sainte Cécile avec des détails tels, que je crois fermement qu’il l’a connue… Tel est mon curé, et je dis qu’il est aimable… Mais vous ne l’aimez pas : il faut le tuer.


JACOBUS.

Je ne l’aime pas, non, car je n’aime pas les cagots.


Mme D’ERMEL.

Dites tout de suite que vous êtes socialiste, et n’en parlons plus.


JACOBUS.

Eh bien ! madame, si cet extrême est le seul refuge qui soit ouvert aux esprits d’un certain ordre contre l’empire imbécile de la cléricature,… oui,… mille fois oui,… je suis socialiste.


Mme D’ERMEL.

Vous avez donc, à votre avis, monsieur Jacobus, un esprit d’un certain ordre ? Et de quel ordre, s’il vous plaît ? car, quant à moi, qui ne me crois pas une bête non plus, j’en suis à me demander quels sont les esprits supérieurs et réellement forts,… ceux qui doutent ou ceux qui croient. La foi de ce cagot, par exemple, cette vue si nette et si ferme du but mystérieux où chaque instant de la vie nous entraîne, est-ce simplicité ou génie ? En vérité, je l’ignore ; mais je sais que j’aime, que je recherche la compagnie de ce vieillard, comme dans les ténèbres d’une catacombe on se serre contre celui qui porte le flambeau.


JACOBUS.

Parbleu ! voilà un homme canonisé à peu de frais, et, sur ce pied-là, nous ne manquerons pas de saints dans la commune ! Mais comme il m’est impossible de voir plus long-temps l’obscurité d’intelligence…


Mme D’ERMEL.

L’obscurantisme, s’il vous plaît.


JACOBUS.

L’obscurité d’intelligence et la brute ignorance se pavaner sous des titres respectables, je veux sans retard, pour l’éducation de la paroisse, tâter le pouls à cette foi solide et à ce beau génie. Dès demain, j’invite à ma table ce nouveau père de l’église, je l’entreprends sur le dogme entre la poire et le fromage, et je vous le renvoie à son presbytère chantant des hymnes bachiques et prenant le menton des jeunes villageoises.


Mme D’ERMEL.

Savez-vous ce qu’il vous faut pour le quart d’heure ? C’est votre bonnet de nuit.


JACOBUS.

Oh ! oh ! madame, si j’eusse pu me figurer que ce jeune prêtre vous tint si fortement au cœur…


Mme D’ERMEL, avec émotion.

Ce jeune prêtre de cinquante-neuf ans perdrait vingt parties de dames, monsieur, sans en prendre prétexte pour outrager un absent, affliger une vieille amie et désoler le bon Dieu enfin.


JACOBUS, ricanant.

Eh ! en ! le bon Dieu !


Mme D’ERMEL, sévèrement.

J’ai dit le bon Dieu. N’allez-vous pas lui chercher noise à celui-là, par-dessus le marché ?


JACOBUS, se levant et marchant à travers le boudoir, les bras croisés sur la poitrine.

Le bon Dieu ! il est plaisant qu’on s’obstine à l’appeler ainsi !


Mme D’ERMEL.

Jacobus, prenez garde, je vous prie !


JACOBUS.

Eh ! madame, puisqu’il est décidé qu’un ami de vingt ans doit céder la place à un fanatique échappé du séminaire…


Mme D’ERMEL.

Hélas !


JACOBUS.

Le dernier mot que prononcera cet ami dans votre maison sera du moins une protestation contre les sottes idoles qui l’en viennent chasser. Le bon Dieu ! parbleu, pourquoi pas ? Les anciens, sous la terreur d’une superstition semblable, ne caressaient-ils point du nom de bonnes déesses les mégères infernales ?… Le bon Dieu ! certes, je comprend que, dans l’épanouissement de l’adolescence, en présence des rians fantômes qui gardent le seuil de la vie, quand l’avenir nous présente l’image d’un océan sans bornes semé d’îles fortunées, quand surtout le contact rapide d’une main jeune comme la nôtre fait passer dans nos veines je ne sais quels frissons magiques, — alors, oui, le cœur enflé d’espoirs infinis, le regard perdu dans les yeux d’une femme triomphante et captive, — alors je comprends qu’on rêve une divinité bienveillante et protectrice, qu’on répande sur son autel la coupe d’or de la jeunesse !


Mme D’ERMEL.

La peste ! Il parle bien !


JACOBUS.

Mais, par le ciel ! madame, à notre âge, et faits comme nous le sommes…


Mme D’ERMEL.

Vous êtes trop aimable, vraiment !


JACOBUS.

Je ne parle que pour moi, madame… Voyons, de quelle bonté providentielle ce vieillard que vous avez sous les yeux est-il le vivant témoignage ? Regardez-moi, et répondez.


Mme D’ERMEL.

Regardez-vous vous-même : voilà une glace.


JACOBUS, très exalté.

J’y consens… je me regarde… Que vois-je ? une image dont chaque trait déplorable atteste une victime et dénonce un bourreau !… Je vois la vieillesse, la vieillesse hideuse à elle-même et aux autres, caricature douloureuse, trouble-fête ridicule et sinistre, spectre tremblant que la vie importune et que la mort épouvante ! Mais ce que je ne puis voir dans votre glace, madame, c’est le sombre cortège de chagrins et de misères qui se cache au fond de ces rides, comme une troupe d’oiseaux funèbres dans une ruine. Ce sont les infirmités sans remède, sans espoir, unique distraction du vieillard dans sa veille sans trêve ! Parlez donc, madame ! dans lequel des attributs de son âge ce paria bénira-t-il le doigt d’une Providence ? Il est seul ; la terre qu’il foule est pleine des dépouilles de tout ce qui lui fut cher ; il traîne son fardeau à travers des tombes, cherchant la sienne et frémissant de la trouver ! La nature pour lui n’a plus que des aspects flétris, des soleils sans chaleur, des printemps meurtriers. Encore une fois, madame, de quoi remercierons-nous Dieu dans l’état où nous voilà, grâce à sa bonté ? Est-ce de nous avoir épargné des enfans ? Soit ! nous ne verrons pas du moins des fils bien-aimés épier à notre chevet le travail de la mort et presser du regard sa main trop tardive… dernière couronne réservée à ce long martyre, coup de grâce habituel qui termine ce châtiment révoltant d’un crime inconnu… la vie humaine !


Mme D’ERMEL.

Et après ? est-ce tout ? Mais non, vous ne laisserez pas à moitié une œuvre si généreuse ; n’êtes-vous pas mon ami ? en bien ! prouvez-le donc tout-à-fait ! Achevez de démontrer à une femme qu’elle a égaré ses pas dans les sentiers étroits, qu’elle a perdu toutes ses larmes dans ce laborieux pèlerinage dont son pied touche le terme ! Croyez-vous qu’il suffise de si peu de paroles pour décourager cinquante ans de lutte, de douleur, d’espérance ? Non ! non ! achevez… ou plutôt, tenez, Jacobus, faites mieux, demandez-moi pardon, et prenez ma main.


JACOBUS, sèchement.

Quand vous m’aurez mieux fait comprendre, madame, mon crime ou mon erreur…


Mme D’ERMEL, se levant.

Ah ! ce mouvement de fierté vient à point pour me rappeler que jamais faiblesse de femme ne fut payée d’autre monnaie que d’ingratitude. Maintenant je vous donne ma parole que vous ne repasserez jamais, moi vivante, le seuil de cette maison, si avant d’en sortir vous ne me demandez pardon, et j’ajoute à genoux.


JACOBUS.

C’est me pousser dehors par les épaules, madame. (Il prend son chapeau et sa canne. — Mme d’Ermel tire le cordon d’une sonnette. Victoire entre.)


Mme D’ERMEL.

Le domestique du docteur est-il arrivé ?


VICTOIRE.

Ah ! grand Dieu ! nenni, madame.


Mme D’ERMEL.

Eh bien ! dites à Jean d’allumer sa lanterne et de reconduire monsieur.


VICTOIRE.

Eh ! Seigneur, madame !


Mme D’ERMEL.

Qu’est-ce qui vous prend, vous ?


VICTOIRE.

Mais madame n’entend donc pas le temps qu’il fait dehors ? C’est le déluge universel.


Mme D’ERMEL.

Et à quoi servent les parapluies, selon vous ?


VICTOIRE.

Ce n’est pas un parapluie, madame, c’est un bateau qu’il faudrait à monsieur. Le ruisseau du moulin est débordé ; Jean, qui en arrive, a vu passer le chien du meunier avec sa niche, et un tas de bûches derrière ; tout ça s’en allant à la mer, sans doute, car on n’a jamais vu chose pareille.


JACOBUS.

Il n’importe, il n’importe. Je traverserai de manière ou d’autre.


Mme D’ERMEL.

C’est une folie. Il est inutile de vous noyer, surtout dans les belles dispositions où vous êtes. (À Victoire.) — C’est bien : je vous rappellerai. (Victoire sort. À Jacobus.) — Quand la pluie aura cessé, vous sonnerez Victoire ; Jean vous accompagnera. Je vous laisse. Je suis fatiguée, je vais me mettre au lit. (Elle sort par la petite porte qui communique avec sa chambre à coucher.)


Dans la chambre à coucher. — La chambre est petite, fraîche, élégante. Une veilleuse l’éclaire à demi. Le pied du lit est voisin de la porte du boudoir.

Mme D’ERMEL, la tête appuyée contre une des colonnettes du lit.

Les hommes sont mauvais… qu’ils sont mauvais !… J’ai peut-être aussi trop exigé… mais ce n’était pas mon seul pardon que je voulais faire acheter !… s’il n’eût offensé que moi !… (Elle fait quelques pas dans la chambre.) Mon Dieu !… qu’est-ce que j’ai donc ? Ces choses-là sont étranges à mon âge… mais la vérité est que tant que le cœur bat, il peut souffir… qu’il a de façons de s’y prendre pour cela ! — Il m’est arrivé, quand j’étais jeune femme, d’aspirer à la saison de la vie où l’on suppose toutes les passions éteintes dans les veines glacées… je me figurais qu’alors je n’aurais plus rien à combattre… mais sans qu’on s’en doute, on n’a jamais à vingt-cinq ans l’imagination suffisamment honnête… et spirituelle : hélas ! on prête malgré soi aux anges eux-mêmes de beaux yeux et de charmans visages, pour avoir plus de commodité à les aimer et plus de plaisir à être aimé d’eux ; on ne peut s’élever au-dessus des séductions visibles de la jeunesse, et il semble qu’une fois qu’elles seront dissipées, le devoir ira tout seul… Eh bien ! on se juge trop mal ! la nature humaine est moins terrestre qu’on ne croit… Les âmes toutes seules, dégagées du reste, ont aussi leurs penchans, leurs attraits… elles ont, comme les fleurs, leurs sexes différens et sympathiques, et la vieillesse nous fait mieux comprendre les attachemens du ciel. — Pourtant, là, voyons, est-ce que j’aimais ce vieux médecin ? Je n’en sais rien… cela est si ridicule… que véritablement je n’en sais rien… (Elle porte son mouchoir à ses yeux.) Je devais ce sacrifice à ma foi outragée, à ma piété : je le fais ; ce sera le dernier qui me coûtera avant celui de la vie… (Elle s’agenouille sur un prie-Dieu et reste un instant prosternée. — Se relevant :) Je n’entends plus aucun bruit de l’autre côté… il est parti… tant mieux ! (Elle essaie de détacher les agrafes de sa robe.) Je ne peux pas… je n’ai pas le courage de me défaire… je vais me jeter sur mon lit comme je suis… (Elle se couche.) Ah ! que le matin sera le bienvenu !… La nuit est un surcroît à toutes les douleurs… elle met du noir sur du noir… (La porte du boudoir s’entrouvre doucement.)


JACOBUS, du dehors.

Madame, je m’en vais.


Mme D’ERMEL, vivement à part.

Il est encore là ! (Haut.) Vous dites ?


JACOBUS.

Je n’entre pas, madame. Vous êtes couchée sans doute ?


Mme D’ERMEL.

J’ai tout lieu de le croire. N’entrez pas ; mais vous pouvez ouvrir la porte tout-à-fait. Que me disiez-vous ?


JACOBUS

Que la pluie a cessé, madame, et que je m’en vais.


Mme D’ERMEL.

Est-ce que nous ne nous reverrons pas, mon ami ?


JACOBUS.

Il ne tient qu’à vous, madame.


Mme D’ERMEL.

Bon ! Mettez-vous un peut à genoux en ce cas-là ; je vous verrai fort bien d’ici.


JACOBUS.

Madame, c’est impossible.


Mme D’ERMEL.

Pourquoi ?


JACOBUS.

C’est une chose que je ne ferai pas.


Mme D’ERMEL.

Il faut donc nous dire adieu, car je tiendrai ma parole.


JACOBUS.

Adieu, madame (il fait deux pas et revient dans son coin.) Vous seriez la première à en rire.


Mme D’ERMEL.

Il se peut. Essayez.


JACOBUS, frappant le parquet de sa canne.

Jamais, madame, jamais !


Mme D’ERMEL.

Eh bien ! fermez ma porte. Je me demande même pourquoi vous l’avez ouverte, à moins que ce ne fût pour m’offenser de nouveau.


JACOBUS.

Quant à vous offenser, c’est un trait dont je suis incapable, même en rêve, vous le savez bien.


Mme D’ERMEL.

Bah ! Quand vous me donniez à entendre, il n’y a qu’un instant, que Dieu était le diable et que j’étais hideuse, pensiez-vous faire votre cour à une femme et à une chrétienne ?


JACOBUS.

J’ai prétendu dire simplement que la vieillesse était un âge maudit et que j’étais laid, et je m’y tiens.


Mme D’ERMEL.

Moi, je dis que la vieillesse est un âge qui en vaut un autre, et que vous êtes beau.


JACOBUS.

Si vous ne me retenez, madame, que pour m’accabler sous le feu de vos railleries…


Mme D’ERMEL.

D’abord, je ne vous retiens pas ; ensuite, je ne raille point : je vous trouve beau. Je sens bien qu’il n’est pas dans la bienséance ordinaire qu’une personne le mon sexe avantage aussi directement un individu du vôtre ; mais la considération que cet entretien doit être le dernier entre nous fait taire des scrupules que j’eusse tenus autrement pour obligatoires… Je vous trouve beau, dis-je, malgré ma glace, qui, en vous montrant tout à l’heure vos traits défigurés par des mouvemens indignes de votre âge, vous a calomnié votre vieillesse… J’aime à croire, sur votre parole, que vous avez été charmant autrefois… mais je doute qu’aucune des grâces de votre adolescence ait valu ce caractère qu’impriment aujourd’hui sur votre front les cicatrices du combat de la vie et le reflet de l’immortalité prochaine. Si vous n’avez pas conscience de cette beauté, pourquoi, je vous prie, portez-vous si haut votre tête blanche ? Osez donc me dire que vous ne trouvez pas plaisir et gloire à exercer ce patronage incontesté d’une vieillesse honorée, cette dignité naturelle qui récompense la vie d’un homme de bien ? Osez me dire que votre âme est faite de telle façon qu’il vous plait d’échanger à cette heure le murmure du respect public, l’estime, la confiance, la vénération qui vous entourent contre le chuchotement de boudoir et des succès d’alcôve !


JACOBUS.

Je ne sais en vérité, madame, de quel côté je dois prendre un propos si particulièrement flatteur.


Mme D’ERMEL.

Il n’y a pas deux côtés… c’est une déclaration que j’ai l’honneur de vous faire. Comme elle n’aura pas de lendemain, je n’y vois pas d’inconvénient. En même temps, puisqu’en tirant vos principaux griefs contre la Providence des inconvéniens de la vieillesse, vous aviez paru touché plus sensiblement de sa laideur, il m’a convenu de vous rétorquer votre argument sur le visage. Je me sens en état de briser avec autant de facilité toutes les armes que vous avez ramassées dans le même arsenal. Quoiqu’on n’ait jamais fait tant de théologie à propos d’une partie de dames perdue ou gagnée, je me donnerais pourtant le travers de pousser à bout ma tentative de conversion, s’il ne vous manquait la plus indispensable vertu du néophyte, — la sincérité.


JACOBUS.

Pour ce qui est de la sincérité, madame, je vous atteste…


Mme D’ERMEL.

Souffrez que je vous rappelle à la pudeur… Est-ce être sincère, voyons, que de juger absolument les choses par leur revers et la vie par sa face douloureuse ? J’ai senti, comme vous, monsieur, le fardeau de vivre… comme vous, plus que vous peut-être, j’ai senti l’épreuve ; mais que d’allégemens m’ont révélé la main paternelle qui nous l’imposa ! Hélas ! si j’osais élever un reproche contre Dieu, je l’accuserais plutôt d’avoir mis trop de grâces à côté de ses rigueurs et d’avoir trop enchanté cette prison, puisqu’en fin il nous la faut quitter.


JACOBUS.

Encore une fois, madame, j’aurais compris, j’aurais partagé ces regrets, lorsque, dans la fleur de ma jeunesse…


Mme D’ERMEL.

Vous me feriez rire avec la fleur de votre jeunesse, si ce pouvait être un moment plaisant que celui où l’on perd sa dernière illusion et son dernier ami… Eh bien ! j’ai eu, comme vous, monsieur Jacobus, une jeunesse plus ou moins fleurie… mais il y a des fleurs de toutes sortes, voyez-vous… Celles qui croissent au penchant des tombes ont leur charme aussi, dont je ne me suis pas peut-être assez défendue…


JACOBUS.

Madame…


Mme D’ERMEL.

Je suis si lasse que je parle en dormant, je crois… Oui, je voudrais avoir été plus insensible aux derniers parfums de cette soirée qui s’achève. Dieu ne l’a pas voulu : ce cœur, tel qu’il l’avait fait, ne devait rester étranger à aucun de ses dons… Les joies charmantes des premières années, les enivremens de la jeunesse l’avaient rempli tour à tour, et ne l’avaient point usé ; il lui fallait encore ressentir la sérénité d’une vie qui se repose à l’ombre des jours passés, l’émotion douce et profonde des vieilles amitiés, la magie des longues habitudes… Vous-même, qui n’êtes pas tendre, ne laisserez-vous rien ici qui vous fut cher ?… Je ne parle pas de moi, mais de ce fauteuil qui est au coin de ma cheminée, et d’où vous avez écouté passer vos hivers adoucis ; je parle de cette pendule, de cette console, de cette tenture familière, de ce malheureux damier lui-même, de tout ce petit monde habituel qui vous connaissait, qui vous aimait, qui vous choyait… de tous ces riens enfin qui simplement, parce qu’ils se renouvellent chaque jour, prennent sur le cœur une puissance infinie… Allez, demain ne nous vengera que trop, le bon Dieu et moi ; demain, vous sentirez qu’il vous restait encore du bonheur à perdre. (Elle s’arrête comme épuisée.) Ah ! que je suis lasse !… que je suis brisée, mon Dieu ! (Elle baille.)


JACOBUS.

Vous ne souffrez pas, madame ?


Mme D’ERMEL, d’une voix de plus en plus faible.

Hein ?… Non,… c’est la fatigue… le sommeil. (Elle laisse retomber sa tête sur l’oreiller.) Dieu merci, je vais dormir… Vous savez, vous, ce qui vous reste à faire… Que je ne vous retrouve plus,… puisque… je suis bien aise… cela m’épargnera… enfin…

(Elle murmure encore quelques mots que le docteur essaie en vain d’entendre. Après qu’elle s’est tue, Jacobus reste immobile pendant quelques minutes, la tête dans sa main ; puis il s’avance sans bruit dans le cadre de la porte, prêtant l’oreille à la respiration calme et régulière de Mme d’Ermel.)

JACOBUS.

Elle s’est endormie. (Il fait deux pas vers le lit et reprend d’une voix basse et émue :) Ses derniers sommeils sont des sommeils d’enfant !… Son lit de vieillesse a retenu la paix de son berceau !… Honnête et douce créature ! âme toute prête pour le ciel !… Le Dieu de justice et de bonté a déjà fermé la blessure dont je l’avais frappée ; mais celle que j’ai ouverte du même coup dans mon cœur saignera jusqu’à ce que la mort l’ait cicatrisée… Ainsi je paierai bien cher la victoire de mon orgueil… Adieu, adieu, madame ! Que le bon ange de vos nuits vous répéte les vœux de l’ami que vous n’entendrez plus !

(Il fléchit le genou et pose ses lèvres sur la frange des rideaux.)

Mme D’ERMEL, se soulevant un peu et lui mettant la main sur la tête.

Courbe toi vieux Sicambre, et adore ce que tu as brûlé !


JACOBUS, éperdu.

Eh quoi ! vous ne dormiez pas, madame !


Mme D’ERMEL.

Je n’avais garde. M’en voulez-vous ? (Après un peu d’hésitation, Jacobus baise la main de Mme d’Ermel. Elle reprend.) Bien répondu… Ah çà maintenant songeons qu’il est fort tard, que je suis quasiment au lit, et que, de même que mon curé, êtes un homme après tout… Nigaud !… Demain à neuf heures, je serai chez vous ; vous me mènerez chez votre malade.


JACOBUS.

Et s’il vous plaît, madame, vous me mènerez ensuite au presbytère.

(Mme d’Ermel le remercie d’un signe de tête ; il sort en fredonnant.)


Octave Feuillet.