La Religion du Capital/4A

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

3. Le sermon de la courtisane La Religion du Capital
4. L’Écclésiaste ou le livre du capitaliste
A. Nature du Dieu-Capital
B. Élu du Capital


1. - Médite les paroles du Capital, ton Dieu.


2. - Je suis le Dieu mangeur d’hommes; je m’attable dans les ateliers et je consomme les salariés. Je transsubstantie en capital divin la vie chétive du travailleur. je suis l’infini mystère : ma substance éternelle n’est que périssable chair; ma toute-puissance que faiblesse humaine. La force inerte du Capital est la force du salarié.


3. - Principe des principes : par moi débute toute production, à moi aboutit tout échange.


4. - Je suis le Dieu vivant, présent en tous lieux : les chemins de fer, les hauts fourneaux, les grains de blé, les navires, les vignobles, les pièces d’or et d’argent sont les membres épars du Capital universel.


5. - Je suis l’âme incommensurable du monde civilisé, au corps varié et multiple à l’infini. Je vis dans ce qui s’achète et se vend ; j’agis dans chaque marchandise et pas une n’existe en dehors de mon unité vivante.


6. - Je resplendis dans l’or et je pue dans le fumier ; je réjouis dans le vin et je corrode dans le vitriol.


7. - Ma substance qui s’accroît continuellement coule, fleuve invisible, à travers la matière; divisée et subdivisée au-delà de toute imagination, elle s’emprisonne dans les formes spéciales revêtues par chaque marchandise et, sans me lasser, je me transvase d’une marchandise dans une autre : pain et viande aujourd’hui, demain force travail du producteur, après-demain, lingot de fer, pièce de calicot, œuvre dramatique, quintal de suif, sac de poudrette. La transmigration du Capital jamais ne s’arrête. Ma substance ne meurt pas ; mais ses formes sont périssables, - elles finissent et passent.


8. - L’homme voit, touche, sent et goûte mon corps, mais mon esprit plus subtil que l’éther est insaisissable aux sens. Mon esprit est le Crédit ; pour se manifester, il n’a pas besoin de corps.


9. - Chimiste plus savant que Berzélius, que Gherardt, mon esprit trans­mute les vastes champs, les colossales machines, les métaux pesants et les troupeaux mugissants en actions de papier; et plus légers que des balles de sureau, animées par l’électricité, les canaux et les hauts fourneaux, les mines et les usines bondissent et rebondissent de main en main dans la Bourse, mon temple sacré.


10. - Sans moi, rien ne se commence, ni ne s’achève dans les pays que gou­verne la Banque. je féconde le travail ; je domestique au service de l’hom­me les forces irrésistibles de la nature et je mets en sa main la puissant levier de la science accumulée.


11. - J’enlace les sociétés dans le réseau d’or du commerce et de l’industrie.


12. - L’homme qui ne me possède pas, qui n’a pas de Capital, marche nu dans la vie, environné d’ennemis féroces et armés de tous les instruments de torture et de mort.


13. - L’homme qui n’a pas de Capital, s’il est fort comme le taureau, on charge ses épaules d’un plus lourd fardeau ; s’il est laborieux, comme la four­mi, on double sa tâche; s’il est sobre comme l’âne, on réduit sa pitance.


14. - Que sont la science, la vertu et le travail sans le Capital ? - Vanité et rongement d’esprit,


15. - Sans la grâce du Capital, la science égare l’homme dans les sentiers de la folie; le travail et la vertu le précipitent dans l’abîme de la misère.


16. - Ni la science, ni la vertu, ni le travail ne satisfont l’esprit de l’homme; c’est moi, le Capital, qui nourris la meute affamée de ses appétits et de ses passions.


17. - Je me donne et je me reprends selon mon bon plaisir et je ne rends pas de compte. Je suis l’Omnipotent qui commande aux choses qui vivent et aux choses qui sont mortes.