La Religion du Capital/4B

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A. Nature du Dieu-Capital La Religion du Capital
4. L’Écclésiaste ou le livre du capitaliste
B. Élu du Capital
C. Devoirs du capitaliste


1. - L’homme, cet infecte amas de matière, vient au monde nu comme un ver, et, enfermé dans une boîte, comme un pantin, il va pourrir sous terre et sa pourriture engraisse l’herbe des champs.


2. - Et pourtant, c’est ce sac d’ordures et de puanteur que je choisis pour me représenter, moi le Capital, moi la chose la plus sublime qui existe sous le soleil.


3. - Les huîtres et les escargots ont une valeur par les qualités de leur nature brute ; le capitaliste ne compte que parce que je le choisis pour mon élu ; il ne vaut que par le Capital qu’il représente.


4. - J’enrichis le scélérat nonobstant sa scélératesse ; j’appauvris le juste nonobstant sa justice. J’élis qui me plaît.


5. - Je choisis le capitaliste, ni pour son intelligence, ni pour sa probité, ni pour sa beauté, ni pour sa jeunesse. Son imbécillité, ses vices, sa laideur et sa décrépitude sont autant de témoins de mon incalculable puissance.


6. - Parce que j’en fais mon élu, le capitaliste incarne la vertu, la beauté, le génie. Les hommes trouvent sa sottise spirituelle, ils affirment que son génie n’a que faire de la science des pédants ; les poètes lui demandent l’inspiration, et les artistes reçoivent à genoux ses critiques comme les arrêts du goût ; les femmes jurent qu’il est le Don Juan idéal ; les philosophes érigent ses vices en vertus ; les économistes découvrent que son oisiveté est la force motrice du monde social.


7. - Un troupeau de salariés travaille pour le capitaliste qui boit, mange, paillarde et se repose de son travail du ventre et du bas-ventre.


8. - Le capitaliste ne travaille ni avec la main, ni avec le cerveau.


9. - Il a un bétail mâle et femelle pour labourer la terre, forger les métaux et tisser les étoffes ; il a des directeurs et des contremaîtres pour diriger les ateliers, et des savants pour penser. Le capitaliste se consacre au travail des latrines ; il boit et mange pour produire du fumier.


10. - J’engraisse l’élu d’un bien-être perpétuel ; car qu’y a-t-il de meilleur et de plus réel sur terre que boire, manger, paillarder et se réjouir ? - Le reste n’est que vanité et rongement d’esprit,


11. - J’adoucis les amertumes et j’enlève les peines de toutes choses pour que la vie soit aimable et agréable à l’élu.


12. - La vue a son organe ; l’odorat, le toucher, le goût, l’ouïe, l’amour ont aussi leurs organes. je ne refuse rien de ce que désirent les yeux, la bouche et les autres organes de J’élu.


13. - La vertu est à double face la vertu du capitaliste est de se contenter la vertu du salarié de se priver.


14. - Le capitaliste prend sur terre ce qui lui plaît ; il est le maître. S’il est blasé des femmes, il réveillera ses sens avec des vierges-enfants.


15. - Le capitaliste est la loi. Les législateurs rédigent les Codes selon sa convenance, et les philosophes accommodent la morale selon ses mœurs. Ses actions sont justes et bonnes. Tout acte qui lèse ses intérêts est crime et sera puni.


16. - Je garde pour les élus un bonheur unique, ignoré des salariés. - Faire des profits est la joie suprême. - Si l’élu qui encaisse des bénéfices perd sa femme, sa mère, ses enfants, son chien et son honneur, il se résigne. Ne plus réaliser des profits est le malheur irréparable, dont jamais le capitaliste ne se console.