La Religion du Capital/4E

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D. Maximes de la sagesse divine La Religion du Capital
4. L’Écclésiaste ou le livre du capitaliste
E. Ultima Verba
5. Prières capitalistes


1. - Je suis le Capital, le roi du monde.


2. - Je marche escorté du mensonge, de l’envie, de l’avarice, de la chicane et du meurtre. J’apporte la division dans la famille et la guerre dans la cité. Je sème, partout où je passe, la haine, le désespoir, la misère et les maladies.


3. - Je suis le Dieu implacable. Je me plais au milieu des discordes et des souffrances. je torture les salariés et je n’épargne pas les capitalistes mes élus.


4. - Le salarié ne peut m’échapper : si pour me fuir, il franchit les monta­gnes, il me trouve par-delà les monts ; s’il traverse les mers, je l’attends sur le rivage où il débarque. Le salarié est mon prisonnier et la terre est sa prison.


5. - Je gorge les capitalistes d’un bien-être lourd, bête et riche en maladies. J’émascule corporellement et intellectuellement mes élus : leur race s’éteint dans l’imbécillité et l’impuissance.


6. - Je comble les capitalistes de tout ce qui est désirable et je les châtre de tout désir. je charge leurs tables de mets appétissants et je supprime l’appétit. je garnis leurs lits de femmes jeunes et expertes en caresses et j’engourdis leurs sens. Tout l’univers leur est fade, fastidieux et fatigant : ils bâillent leur vie ; il invoquent le néant et l’idée de la mort les transit de peur.


7. - Quand c’est mon plaisir et sans que la raison des hommes sonde mes raisons, je frappe mes élus, je les précipite dans la misère, la géhenne des salariés.


8. - Les capitalistes sont mes instruments. Je me sers d’eux comme d’un fouet aux mille lanières pour flageller le stupide troupeau des salariés. J’élève mes élus au premier rang de la société et je les méprise.


9. - Je suis le Dieu qui conduit les hommes et confond leur raison.


10. - Le poète des temps antiques a prédit l’ère du Capitalisme ; il a dit : « Maintenant les maux sont mêlés de bien; mais un jour, il n’y aura plus ni liens de famille, ni justice, ni vertu. Aïdos et Némésis remonteront au ciel et le mal sera sans remède » [1]. Les temps annoncés sont arrivés : ainsi que les monstres voraces des mers et les bêtes féroces des bois, les hommes s’entre-dévorent sauvagement.


11. - Je ris de la sagesse humaine.


« Travaille, et la disette te fuira ; travaille, et tes greniers s’empliront de provisions », disait la sagesse antique.


J’ai dit :


« Travaille, et la gêne et la misère seront tes fidèles compagnes ; travaille, et tu videras ta maison au Mont-de-piété. »


12. - Je suis le Dieu qui bouleverse les Empires : je courbe sous mon joug égalitaire les superbes ; je broie l’insolente et égoïste individualité humaine ; je façonne l’imbécile humanité pour l’égalité. J’accouple et j’attelle les salariés et les capitalistes à l’élaboration du moule communiste de la future société.


13. - Les hommes ont chassé des cieux Brahma, Jupiter, Jéhovah, jésus, Allah, je me suicide.


14. - Lorsque le Communisme sera la loi de la société, le règne du Capital, le Dieu qui incarne les générations du passé et du présent, sera fini. Le Capital ne dominera plus le monde: il obéira au travailleur, qu’il hait. L’homme ne s’agenouillera plus devant l’œuvre de ses mains et de son cerveau ; il se re­dres­sera sur ses pieds et debout il regardera la nature, en maître.


15. - Le Capital sera le dernier des Dieux.


  1. Cette prédiction des temps capitalistes, plus véridique que celle des prophètes annonçant la venue de jésus, se trouve dans les Travaux et les Jours d’Hésiode.