La Religion du Capital/5D

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C. Salutations (Ave Miseria) La Religion du Capital
5. Prières capitalistes
D. Adoration de l’or
6. Lamentations de Job Rothschild, le capitaliste


Or, marchandise miraculeuse, qui porte en toi les autres marchandises ;


Or, marchandise primigène, en qui se convertit toute marchandise;


Dieu qui sait tout mesurer,


Toi, la très parfaite, la très idéale matérialisation du Dieu capital,


Toi, le plus noble, le plus magnifique élément de la nature,


Toi, qui ne connais ni la moisissure, ni les charançons, ni la rouille ;


Or, inaltérable marchandise, fleur flamboyante, rayon radieux, soleil res­plen­dissant ; métal toujours vierge, qui, arraché des entrailles de la terre, la mère antique des choses, retourne t’enfouir, loin de la lumière, dans les coffres-forts des usuriers et les caves de la Banque et qui, du fond des cachet­tes où tu te tasses, transmets au papier vil et misérable ta force qu’il double et qu’il décuple ;


Or inerte, qui remues l’univers, devant ton éclatante majesté les siècles vivants s’agenouillent et t’adorent humblement ;


Accorde ta grâce divine aux fidèles qui t’implorent et qui, pour te possé­der, sacrifient l’honneur et la vertu, l’estime des hommes et l’amour de la fem­me de leur cœur et des enfants de leur chair, et qui bravent le mépris d’eux-mêmes.


*


Or, maître souverain, toujours invincible, toi l’éternel victorieux, écoute nos prières ;


Bâtisseur de villes et destructeur d’Empires ;


Étoile polaire de la morale


Toi, qui pèses les consciences


Toi, qui dictes la loi aux nations et qui courbes sous ton joug les papes et les empereurs, écoute nos prières ;


Toi, qui enseignes au savant à falsifier la science, qui persuades la mère de vendre la virginité de son enfant et qui contrains l’homme libre à accepter l’es­clavage de l’atelier, écoute nos prières Toi, qui achètes les arrêts du juge et les votes du député, écoute nos prières ;


Toi, qui produis des fleurs et des fruits inconnus à la nature ;


Qui sèmes les vices et les vertus


Qui engendres les arts et le luxe, écoute nos prières ;


Toi, qui prolonges les ans inutiles de l’oisif et qui abrèges les jours du travailleur, écoute nos prières ;


Toi, qui souris au capitaliste en son berceau et qui frappes le prolétaire dans le sein de sa mère, écoute nos prières.


*


Or, voyageur infatigable, qui te plais aux fourberies et aux chicanes, exauce nos vœux ;


Interprète de toutes les langues,


Entremetteur subtil,


Séducteur irrésistible,


Étalon des hommes et des choses, exauce nos vœux ;


Messager de paix et fauteur de discordes


Distributeur du loisir et du surtravail ;


Auxiliaire de la vertu et de la corruption, exauce nos vœux ;


Dieu de la persuasion, qui fais entendre les sourds et délies la langue des muets, exauce nos vœux ;


Or maudit et invoqué par d’innombrables prières, vénéré des capitalistes et aimé des courtisanes, exauce nos vœux


Dispensateur des biens et des maux


Malheur et joie des hommes ;


Guérison des malades et baume des douleurs, exauce nos vœux ;


Toi, qui ensorcelles le monde et pervertis la raison humaine ;


Toi, qui embellis les laideurs et pares les disgrâces ;


Porte-respect universel, qui rends honorables la honte et le déshonneur, et qui fais respectables le vol et la prostitution, exauce nos vœux ;


Toi, qui combles la lâcheté des gloires dues au courage ;


Qui accordes à la laideur les hommages dus à la beauté;


Qui fais don à la décrépitude des. amours dues à la jeunesse ;


Magicien malfaisant, exauce nos vœux


Démon qui déchaîne le meurtre et souffle la folie, exauce nos vœux ;


Flambeau qui éclaire les routes de la vie ;


Guide et protecteur, et salut des capitalistes, exauce nos vœux.


*


Or, roi de gloire, soleil de justice


Or, force et joie de la vie. Or, illustre, viens à nous ;


Or, aimable au capitaliste et redoutable au producteur, viens à nous


Miroir des jouissances ;


Toi, qui donnes au fainéant les fruits du travail, viens à nous :


Toi, qui emplis les celliers et les greniers de ceux qui ne bêchent, ni ne taillent les vignes ; de ceux qui ne labourent, ni ne moissonnent, viens à nous ;


Toi, qui nourris de viande et de poisson ceux qui ne mènent paître les troupeaux, ni ne bravent les tempêtes de la mer, viens à nous ;


Toi, la force et la science et l’intelligence du capitaliste, viens à nous ;


Toi, la vertu et la gloire, la beauté et l’honneur du capitaliste, viens à nous ;


Oh ! viens à nous, Or séduisant, espérance suprême, commencement et fin de toute action, de toute pensée, de tout sentiment capitaliste.


Amen.