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La Sorcière d’Ecbatane/Deuxième partie/09

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CHAPITRE IX

« Les Perses avaient la passion du jeu. Ils jouaient, parfois, leurs femmes et leurs filles. »

(Hérodote.)

Arynès dormait auprès de Nysista, lorsqu’un souffle glacé passa sur son visage.

Il ouvrit les yeux, l’âme, soudain, emplie d’angoisse. Le cauchemar allait-il donc recommencer, morbide, cruel, tenace, invincible ? Le fantôme allait-il prendre ses forces, boire à la source même de sa vie, accomplissant son œuvre maudite avec la perversité de tous les esprits voués au mal ?… Ensorceleuse implacable, la forme spectrale allait-elle lui prodiguer, avec un dilettantisme de félin et de succube, les magnétismes qui brûlent et dévorent, pour le laisser à jamais névrosé, sans énergie, les moelles et le cerveau fondus comme du plomb au creuset d’un alchimiste ?…

Le fantôme, le double, le fravashi, était entré, comme il l’avait fait, déjà, sans soulever la lourde tenture de la porte, et il se tenait devant la couche des amants, éclairé par une mystérieuse lueur.

— Toi ! encore toi ! murmura Arynès.

— Moi, que tu as voulu frapper, même au delà de la mort !… Mais les prédictions des esprits s’accompliront, quand même, quoi que tu fasses.

— Quelles prédictions ?

— Tu seras à moi, Arynès, puisque librement tu t’es donné.

— Ah ! dit-il, l’on ne se donne pas à ce qui n’a qu’une vague apparence humaine… Si je voulais t’étreindre, mes bras se refermeraient sur le vide, puisque tu n’es qu’une forme impalpable.

— Je me réincarnerai pour ton amour, quand le moment sera venu !

Arynès s’efforçait de rire, malgré le frisson glacé qui parcourait ses membres.

— Pourquoi veux-tu que je tienne mes promesses, quand tu n’as pas tenu les tiennes ?…

— Parle, dit le spectre.

— Ne devais-tu pas m’enrichir par tes formules magiques ?… Ne devais-tu pas me donner la puissance surhumaine qui triomphe de tous des obstacles ?… Or, j’ai joué, j’ai perdu…

— Je le sais.

— Nysista m’a remis tous ses joyaux, j’ai engagé mes biens à venir, je ne possède plus rien.

— Tu peux gagner encore.

— Ah ! dit l’officier, dans un élan irraisonné, si tu me donnais cette suprême joie, je serais à toi de corps et d’âme !…

— Tu as déjà juré de m’appartenir, et tu reposes auprès d’une autre.

— Celle-ci est mon esclave, mon amante ; toi, tu serais ma femme.

Dans son désir éperdu de richesse, Arynès ne savait plus ce qu’il disait.

— Je ne supporte point de partage, murmura le fantôme avec dédain.

— Je ferai ce que tu voudras, Zaroccha, mais apprends-moi le moyen de gagner encore…

— Écoute, Arynès, demain, tu joueras et tu t’endormiras heureux.

— Oh ! fit-il, avec extase, les yeux brillants de convoitise. Puis, il reprit tristement :

— Quel sera mon enjeu, puisque je suis ruiné ?…

— Tu joueras ta maîtresse !

Mais, il eut un cri de révolte.

— Non, cela, jamais !… Livrer Nysista que j’adore ! la femme chérie qui m’a soutenu et consolé dans mes peines, et dont le sourire est plus doux qu’un rayon de lune !… N’exige point cela, Zaroccha, car je ne saurais t’obéir !…

Il tendait les bras vers le spectre qui reculait, peu à peu, s’effaçait dans les ténèbres… Et ces mots encore passèrent comme dans un souffle :

— Tu joueras ta maîtresse.