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La Sorcière d’Ecbatane/Première partie/09

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CHAPITRE IX

« Viens à moi, Bien-Aimée, dans la tristesse des ténèbres… Et tes baisers me réchaufferont jusqu’au cœur. »

(Vieil hymne persan.)

Quand l’officier se réveilla, il faisait nuit encore ; et, pourtant, il lui sembla qu’il avait dormi durant de longues heures.

À ce moment, quelqu’un souleva l’étoffe épaisse qui voilait l’entrée de la tente, comme pour regarder à l’intérieur, mais la portière retomba aussitôt.

— Est-ce toi, Nysista ?… demanda le jeune homme. Entre sans crainte, je t’attendais.

Un long murmure lui répondit, mais il ne comprit rien aux mots vagues, prononcés sans doute dans une langue étrangère, qui frappèrent son oreille.

Puis, au bout de quelques instants, une main décharnée souleva de nouveau le rideau rouge qui servait de portière, et un long fantôme glissa jusqu’à la couche.

— Est-ce toi, Nysista ? demanda encore Arynès avec épouvante.

Le spectre s’inclina vers lui, et il reconnut Zaroccha.

— Que viens-tu faire, ici ? dit-il avec colère, rentre dans ta tombe et ne trouble pas le sommeil des vivants.

La vieille se pencha encore, et mit un doigt glacé sur le front du jeune homme.

— Je suis ici par la volonté des esprits de l’ombre qui m’ordonnent d’exaucer ton désir. Je puis t’indiquer la formule magique qui te fera riche et maître du monde.

Arynès joyeusement se dressa sur son lit.

— Parle, parle vite !

— Mais, quoi qu’il arrive, tu m’obéiras ?…

— Oui, dit-il, puisque tu m’assures le bonheur et la fortune.

— Ma volonté sera la tienne ?

— Je le jure.

— Tu m’aimeras, même, si je le désire ?…

Arynès, avec un sourire, contempla le masque décharné du spectre où les yeux fixes et ronds luisaient étrangement.

— Il faudrait pour cela que tu fusses un être de chair et d’os. Je ne puis chérir un fantôme… d’ailleurs, n’es-tu point morte ?…

— Je suis morte, en effet, dit-elle, avec un effrayant sourire, mais les morts reviennent, parfois.

— Eh bien, reviens sous les traits d’une jeune et belle fille, et je t’aimerai, foi d’officier !

— Maintenant, dit-elle, tu gagneras sûrement. Il te suffira de prononcer trois fois mon nom, lorsque tu tenteras la fortune.

Le spectre de Zaroccha glissa lentement vers la porte, et disparut sans le moindre bruit.

L’officier demeura quelque temps immobile, pensant qu’il avait été le jouet d’une hallucination. Puis, il sortit de la tente et, de nouveau, interrogea la nuit. Les soldats dormaient pesamment auprès des chevaux et des mulets enchaînés. Mais une mystérieuse lueur dansait sur le camp. Il semblait qu’un astre eût déversé comme une poussière de soleil ; qu’un atome de la voie lactée fût tombé de là-haut, insaisissable papillon cherchant à regagner les cieux.