La Sorcière d’Ecbatane/Troisième partie/03
CHAPITRE III
« L’homme ne connaît que les choses de ce monde où le fini se combine avec l’infini. »
— Je saurai dévorer ta conscience et j’assouvirai mes lents désirs sur ton être soumis ! Tu seras ivre de mon ivresse, et tu m’obéiras dans mes plus étranges fantaisies ! En échange, je te donnerai la richesse, car j’apporte mes parures, mes bracelets, mes chaînes massives, mes grappes de pierres monstrueuses qui lancent des rayons d’étoiles. Pour toi, je serai plus somptueuse que la reine des contes magiques et tu me trouveras sans cesse vêtue d’or et de pierreries. Enfin, j’aurai la merveilleuse beauté des princesses de légende et tu resteras à mes genoux avec des cris d’adoration et de prière !
— Si tu n’es point Zaroccha ressuscitée, qui donc es-tu ?…
— Donne-moi le nom que tu voudras, celui qui chantera le plus doucement à tes oreilles et sera sur tes lèvres comme une coulée de miel. Viens te réjouir sur mes seins dressés, viens te reposer sur mon cœur clément. Par tes luttes passées, par l’effort du bien et du mal, que tu as soutenu, tu mérites mon amour, et, si tu crois à mes prophéties, tu as déjà vaincu. Après le long circuit de mes existences ténébreuses, je sors enfin du cercle douloureux des générations maudites pour retrouver la joie et la confiance.
— Qui donc es-tu ? demanda encore Arynès.
— Que t’importe ! Écoute les vérités qu’il faut taire à la foule et qui font la force des êtres invisibles. Les esprits sont innombrables et divers, car l’existence de l’âme est éternelle, infinie. Mais, tu es entré dans le sein des mystères et les chances humaines te seront propices.
L’inconnue était merveilleusement belle. Elle apparaissait à l’officier comme une magicienne des légendes babyloniennes, une créature de songe et de chimère. Déjà, il oubliait Nysista et se grisait de ce nouvel amour plus brûlant que le sable du désert, plus lumineux que les pures aurores. Et tout lui réussissait, sans qu’il eût même à exprimer un désir.
Auprès de cette nouvelle amante les jours passèrent rapidement. Puis, Arynès, réconcilié avec son père, se battit sur les côtes de la Thrace et de la Macédoine.
Ariaramnès, satrape de Cappadoce, ramena des prisonniers qui fournirent aux généraux perses les informations dont ils avaient besoin. Enrichi par le jeu, qui, toujours depuis le départ de Nysista, lui fut favorable, Arynès eut un train considérable et mena une existence fastueuse.
Darius, de son côté, franchit le Bosphore avec huit cent mille hommes, soumit la côte orientale de la Thrace et passa le Danube sur un pont de bateaux construit par les Grecs. Deux mois durant il parcourut les steppes de l’Ister au Tanaïs, puis il pénétra au cœur même de la Russie, brûla les villages et emporta tout le butin qu’il put trouver. Ce monarque se dressait audacieusement contre l’ennemi, quel qu’il fût ; il soutenait la lutte prodigieuse contre les puissances réunies, et son règne s’illuminait d’une gloire d’épopée.
Chaque jour était marqué par quelque victoire : villes prises, capitulation, retraite de l’ennemi, bataille gagnée ; son invasion, comme un fleuve débordant, inondait, noyait, emportait tout.