La Veillée du nègre

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Œuvres complètesA. BoullandTome 2 (p. 181-182).

LA VEILLÉE DU NÈGRE.




Le soleil de la nuit éclaire la montagne[1],
Sur le sable désert faut-il encor rester ?
Doucement dans mes bras laisse-moi t’emporter ;
Bon maître, éveille-toi ! marchons vers la campagne.
Tes yeux sont clos depuis trois jours :
Maître ! dormiras-tu toujours ?

L’orage dans son vol a brisé les platanes ;
Le navire sans voile a disparu dans l’eau :

De ton front tout sanglant, j’ai lavé le bandeau ;
Marchons, les pauvres noirs t’ouvriront leurs cabanes.
Tes yeux sont clos depuis trois jours :
Maître ! dormiras-tu toujours ?

Je voudrais deviner ton rêve que j’ignore.
Oh ! que ce rêve est long ! finira-t-il demain ?
Demain, en t’éveillant, presseras-tu ma main ?
Oui, je t’appellerai quand j’aurai vu l’aurore.
Tes yeux sont clos depuis trois jours :
Maître ! dormiras-tu toujours ?

Mais la lueur du jour s’étend sur le rivage,
Le flot porte sans bruit la barque du pêcheur ;
Viens ! … Que ton front est froid ! quelle triste blancheur !
Oh ! maître ! que ta voix me rendrait de courage !
Tes yeux sont clos depuis trois jours :
Maître ! dormiras-tu toujours ?

  1. Soleil de la nuit, expression des nègres