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La Vie nouvelle/Commentaires/Chapitre I

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La Vita Nuova (La Vie nouvelle) (1292)
Traduction par Maxime Durand-Fardel.
Fasquelle (p. 125-128).


COMMENTAIRES


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CHAPITRE PREMIER


On a généralement interprété ce titre : La Vita nuova, dans le sens d’une période de la vie succédant à une autre période.

Fraticelli, l’un des éditeurs et des commentateurs les plus autorisés de la Vita nuova (comme de la Divina Commedia), pense que le mot nuova peut être pris dans le sens où le Poète l’emploie souvent, nuova età, jeune âge, enfance ou jeunesse. La Vita nuova signifierait ainsi ma jeunesse, histoire de ma jeunesse[1].

Une telle interprétation m’avait paru d’abord très acceptable : mais il me semble que le texte : incipit vita nuova (ici commence une vie nouvelle) ne saurait laisser de doute sur le sens que l’auteur a entendu donner au titre de son livre.

Quoi qu’il en soit, il s’explique lui-même très nettement sur la genèse de ce livre, comme aussi sur les époques respectives auxquelles on peut en rapporter les diverses parties, c’est-à-dire soit la prose soit les vers.




Il y a dans toutes les langues certains mots qui n’ont pas dans telle autre leur correspondant exact. Il en est ainsi du mot gentile que l’on rencontre à chaque page dans la Vita nuova.

Si l’on ouvre un dictionnaire italien-français, on trouve que gentile s’emploie dans le sens de agréable, noble, gracieux, gentil, qui a bon air ou bonne mine.

Aujourd’hui, dans le langage courant, le sens le plus habituel de gentile (auquel répond gentilezza) est : aimable, avec une idée de distinction qui y ajoute un caractère particulier de courtoisie.

Dans la Vita nuova, cette qualification accompagne habituellement le mot donna (femme), soit parce qu’il répondait à l’attrait que la femme exerçait sur le Poète, soit parce que les femmes qu’il introduisait dans son poème appartenaient toutes à une certaine classe de la Société. Il accompagne à chaque instant le nom de Béatrice, et celle-ci est souvent désignée simplement par questa gentile, ou la gentilissima. Et la donna gentile est devenue la désignation typique de Béatrice.

Il m’a donc fallu remplacer le mot gentile par les différentes épithètes que m’offrait le vocabulaire français, sauf le mot gentil qui n’aurait guère rencontré ici d’application.

Quelques explications sont encore nécessaires au sujet du mot donna. Le mot donna répond exactement au mot français femme, et s’applique comme celui-ci au sexe féminin en général. Mais nous ne trouvons pas en italien de mot correspondant exactement au mot dame, qui, en France ne s’applique qu’à certaines conditions sociales.

Le mot signora accompagne en général un nom propre, et ailleurs correspond au mot épouse, que nous n’employons guère dans le langage courant.

Madonna, dont nous avons fait Madone, n’est qu’une abréviation de mia donna. Il ne s’emploie que pour les femmes mariées, et madonna Bice, madonna Vanna semblerait signifier (on l’a du moins supposé), que Bice (Béatrice) et Vanna (Giovanna) étaient mariées.

Mademoiselle se dit madamigella ou signorina ; ce dernier mot, plus usité, accompagne habituellement le nom de la personne.

Dante applique le mot donna aux demoiselles comme aux femmes. Dans la Vita nuova, Béatrice est toujours désignée sous le nom de donna, donna Beatrice, ou la donna gentile.

Il n’emploie que deux fois un nom correspondant à celui de demoiselle : donne e donzelle, dans les sonnets du chapitre XIX et du chapitre XXXII.



  1. Donna pietosa e di novella etate (di giovanile età). — Jo son pargoletta (jeune fille), Bella e nuova.