La nuit, pendant que les pêcheurs sont en mer

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Les visions se répandent
Dans le firmament terni ;
De hideux nuages pendent
Au noir plafond infini ;
L’étoile y vient disparaître ;
Il semble qu’une main traître,
Guettant les astres vermeils,
Au fond de l’ombre indignée,
Tend ses toiles d’araignée
Pour ces mouches, les soleils.

L’arbre se tord sur la côte ;
Le flot s’acharne au récif ;
Une clameur triste et haute
Avertit l’homme pensif ;
L’écume roule, avalanche ;
La lame féroce et blanche
Luit comme l’yatagan ;
La terre sanglote et souffre,
Livrée aux baisers du gouffre,
Au viol de l’ouragan.

La mer n’est plus qu’épouvante ;
Le ciel s’effare ; on dirait
Que la nature vivante
Devient songe et disparaît ;
Tout prend l’aspect et la forme
D’une horrible ébauche énorme
Ou d’un grand rêve détruit ;
Les ténèbres en décombres

Emplissent de leurs blocs sombres
L’antre immense de la nuit.

Ah ! N’est-ce pas, Dieu sublime,
Dieu qui fis l’arche et le pont,
Que tout naufrage est un crime
Et que quelqu’un en répond ?
S’il manque une seule tête,
Tu puniras la tempête ;
Tu sais, toi qui nous défends
Et qui fouilles les repaires,
Le compte de tous les pères,
Le nom de tous les enfants !