La province de Québec/Chapitre III

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Département de l’Agriculture de la province de Québec (p. 55-76).

CHAPITRE III




EXPLOITATION FORESTIÈRE




I



AU commencement de ce siècle, le commerce du bois qui servait à la construction et à l’alimentation de la marine marchande britannique étant devenu très difficile, par suite du blocus continental imposé par Napoléon dans tous les ports du nord de l’Europe, les Anglais durent chercher ailleurs de nouvelles sources d’approvisionnement et tournèrent les yeux vers leurs colonies d’Amérique que la France leur avait cédées en 1763. et qui comprenaient une immense étendue toute ombragée de forêts épaisses, où nul bûcheron n’avait encore porté la main.

* * *

La nouvelle industrie qui allait s’ouvrir, grâce à la nécessité où se trouvait l’Angleterre, ne fut d’abord, comme toutes les industries naissantes, que d’une importance peu appréciable. En effet, l’Angleterre ne retirait encore, en 1800, que 26,000 tonnes de bois des forêts d’Amérique ; mais en 1810, cette quantité était portée à 125,300 tonnes, et en 1820, à plus de 300,000 tonnes. Dès lors, cette industrie continua de suivre une progression croissante. Elle donnait à l’exportation, en 1850, 1,052,817 tonnes et, en 1881, 1,301,301 tonnes.

En présence de ces résultats magnifiques, l’homme fit aux arbres une guerre acharnée. Les troncs aux dimensions marchandes ne tardèrent pas à disparaître du cours inférieur des rivières navigables ou flottables, que l’exploitant remonta jusque vers la source des cours d’eau qui avaient été les premières voies de transport. C’est ainsi que le pin blanc ou jaune, le meilleur bois de construction du pays, a été presque entièrement rasé sur d’immenses surfaces et que l’épinette blanche, et surtout l’épinette rouge ont pris sa place et constituent aujourd’hui la principale ressource des forêts canadiennes. Mais ces forêts sont restées si vastes et si touffues, malgré les ravages des feux et ceux qu’a perpétrés la main de l’homme, qu’on ne voit pas encore le jour où elles cesseront d’offrir à l’industrie, sous une foule de formes, soit anciennes, comme celle de la construction, soit nouvelles, comme celle de la pulpe qui en dérive, des ressources à vrai dire illimitées.


II


La valeur des produits des forêts canadiennes, calculée d’après le recensement de 1891, était de 80,000,000 de dollars, soit 400,000.000 de francs.



Parlement de Québec 19ème siècle.png
Parlement de Québec

Les quatre provinces d’Ontario, de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, seules, contribuaient à cette production pour une valeur de $67,265,000, ou près de 340,000,000 de francs.

* * *

Il est absolument impossible d’établir exactement la superficie des terres forestières ou boisées du Canada ; on a pu, il est vrai, déterminer dernièrement l’étendue exacte de la province de Québec, après des calculs antérieurs dont l’inexactitude a été finalement démontrée. Ainsi on ne lui donnait généralement, dans les livres officiels et ceux qui s’en inspiraient, qu’une superficie d’environ 227,000 milles carrés, tandis qu’elle en comprenait réellement 241,460.

Ajoutons à ce chiffre 105,468 milles, qui représentent l’étendue de la nouvelle accession de territoire apportée au nord de la province par un décret du parlement fédéral, en date du 8 juillet 1896. et nous aurons le grand total de 346,928 milles carrés, à peu près autant que la superficie entière de la France et de la Prusse réunies. Portons approximativement, et en chiffres ronds, à 225,000 milles carrés l’étendue des terrains boisés, et nous verrons sur quel champ pour ainsi dire infini pourra encore s’exercer l’industrie forestière, durant une longue suite d’années.

* * *

On a calculé que, jusqu’à présent, environ trente-cinq genres d’industries ou de métiers tiraient des forêts leur matière première. À l’époque du dernier recensement, c’est-à-dire en 1891, la valeur de ces produits réunis atteignait, pour tout le Canada, près de six cents millions de francs. La province de Québec, seule, fournissait à l’exportation plus des deux-cinquièmes des produits dont ce chiffre représentait la valeur.

Presque toute la production qui, chaque année, est offerte sur les marchés, provient des terres de la Couronne, dont les forêts subdivisées par lots dits « limites » sont affermées au plus haut enchérisseur. Outre le prix d’adjudication, celui-ci doit payer un loyer minime par unité de surface, plus une taxe, variable suivant l’essence de l’arbre abattu, et que l’on appelle « droit de coupe ».


III


L’aire des forêts concédées pour la coupe, en 1898, comprenait 46,864 milles carrés environ. En l’année 1868, trente ans auparavant, on ne comptait que 17997 milles carrés livrés à l’exploitation des marchands de bois ; d’où l’on peut voir que cette exploitation est devenue, en trente années, deux fois et demie plus considérable.

À la vente des « limites » dans la province de Québec, en 1898, le montant total des adjudications s’élevait à $911,090, soit 4,560,000 francs environ. De ce chef seul la province de Québec retire le plus clair et le plus gros de ses revenus.

Dans les districts desservis par un chemin de fer s’établissent souvent des scieries à vapeur, d’où les bois faits aux alentours sont expédiés sous forme de madriers, de planches et de produits secondaires. C’est là un genre relativement moderne d’exploitation qui permet de tirer économiquement parti des « limites » éloignées des cours d’eau. Les demandes progressives de bois manufacturé ont donné aux « limites » une énorme valeur, partout où le transport du bois est aisé.

Le bail de ces limites est adjugé par encan, à raison d’une somme déterminée pour un mille carré. Les licences doivent être renouvelées chaque année et, outre le loyer, on paye annuellement une rente foncière fixée à deux dollars, (environ 10 francs) par mille. De plus, toute espèce de bois coupé est sujette au paiement de droits qui varient avec les provinces.


IV.


Chaque hiver, trente à trente-cinq mille bûcherons se répandent dans la forêt pour le compte des grands commerçants de bois. Ceux-ci exploitent, presque sans conditions d’aménagement et de repeuplement, les sections de forêt mises aux enchères par le gouvernement provincial.

Grâce à la facilité de transport qu’offre la neige durcie sur le sol et les rivières gelées, les bois équarris sont réunis sur différents points pour former au printemps, lors de la débâcle, des radeaux de bois flottés qui descendent les nombreux affluents des grandes rivières pour gagner les immenses chantiers de Québec, d’où a lieu l’exportation en Europe. Plusieurs centaines de navires, montés par quinze à vingt mille matelots, sont employés régulièrement chaque année au transport des bois du Canada de l’autre côté de l’Atlantique.

Des précautions sévères ont été prises par le gouvernement de la province de Québec pour prévenir le gaspillage de la coupe, et les dimensions au-dessous desquelles on ne peut pas couper les arbres sont fixées par des règlements.

* * *

Malheureusement, la science forestière faisait jadis défaut, dans la plupart des cas, à ceux qui se livraient à l’exploitation des forêts. Pendant bon nombre d’années, il y a eu un gaspillage irréfléchi. L’ignorance de la plupart des colons en matière d’économie forestière, l’incompétence de ceux qui les dirigeaient ont laissé commettre bien des fautes, et, enfin, les ravages des incendies qui se portent sur d’immenses étendues à la fois, auraient pu entraîner des désastres irréparables ; mais il n’en a rien été et la prodigalité de la nature a été victorieuse de toutes les causes apparentes de destruction. Sur des étendues comme celle que renferme la province de Québec en terrains boisés, l’homme ne peut détruire aussi rapidement que la nature crée. Il est certain que la limite des bois exploitables recule peu à peu vers le nord, mais ce mouvement est d’une lenteur qui ne cause pas encore d’alarmes sérieuses. Suivant un rapport officiel de 1856, la seule vallée de l’Outaouais contenait alors une réserve suffisante pour alimenter, pendant un siècle, une exportation de cinquante millions de francs par année, et cela sans tenir compte du bois qui pourrait repousser dans l’intervalle.

* * *

Quoique le marchand de bois s’avance de plus en plus, d’année en année, dans les forêts, il n’a pas encore atteint cependant la source des rivières Saint-Maurice, Saguenay et de leurs tributaires, ni celles des rivières de la vaste péninsule gaspésienne.

Au reste, si l’exploitation change la valeur de la forêt, elle n’en modifie guère l’aspect. Les spéculateurs ne la saccagent pas autant qu’on serait porté à le croire ; les frais de transport étant énormes, ils n’abattent que des arbres choisis sur de grands espaces ; tout le reste demeure intact, et l’œil n’aperçoit d’abord aucune différence entre les portions exploitées et celles où le bûcheron n’a pas encore promené sa hache.


V


La vallée de l’Outaouais, dans son cours supérieur, est la plus riche de toutes les régions forestières canadiennes. À elle seule, elle fournit les trois cinquièmes des bois de toute la province ; tous les ans elle occupe près de dix mille ouvriers forestiers, sur une armée d’environ trente-cinq mille bûcherons répandus dans les chantiers.

« Le spectacle de la ville basse d’Ottawa et de la ville de Hull, qui lui fait face, de l’autre côté de la rivière, est édifiant à cet égard. Ce ne sont, sur les rives, que chantiers immenses de bois façonné ; dans l’eau, que troncs d’arbres attendant leur tour de passer à la scierie. Ces scieries, appelées dans le pays « moulins à bois », fonctionnent jour et nuit, splendidement éclairées pendant la nuit par la lumière électrique. Ces troncs d’arbres, flottés jusqu’à l’usine, sont agrippés par des crochets en fer qui les introduisent dans un engrenage dont ils ne sortent que complètement débités ». (George Kaiser)


VI


Malgré l’immensité du domaine forestier de la province de Québec, on conçoit néanmoins qu’après un régime d’exploitation sans méthode et sans règle, qui dure depuis près d’un siècle, certaines essences de bois ont dû considérablement diminuer. Il en est ainsi pour le pin, qui n’a échappé à une destruction complète que grâce à sa prodigieuse abondance et à l’impossibilité, jusqu’aujourd’hui, de l’attaquer dans ses dernières retraites. On estime à 50, 000 kilomètres carrés l’aire actuelle du pin dans la province de Québec.

Quelques années à peine se sont écoulées depuis l’époque où le pin blanc ou jaune, le meilleur bois de construction du pays, se trouvait abondamment dans les districts relativement rapprochés des eaux navigables. Les exploitants en ces localités dédaignaient alors l’épinette blanche qui constitue maintenant leur principale ressource. Mais de même que la nature ne se lasse pas de produire, l’industrie humaine, pour ainsi dire mise en demeure de trouver de nouvelles ressources ou de périr, découvre précisèment des éléments nouveaux d’exploitation et de richesse qu’elle avait dédaignés jusque-là, jusque dans un sol en apparence appauvri et stérilisé. Ainsi apparaît aujourd’hui l’industrie de la pulpe, qui se nourrit principalement des rebuts même des forêts et qui trouve à glaner prodigieusement sur un sol dépouillé des plus belles essences forestières. L’industrie de la pulpe de bois est appelée à des développements prodigieux, grâce à la matière première qui est en quelque sorte inépuisable. Nos vastes forêts d’arbres conifères sont d’une qualité supérieure et très recherchée sur les marchés anglais et américains. En effet, dès 1893, la pulpe canadienne se vendait en Angleterre au prix moyen de $24.80 la tonne, contre $20.77 pour les produits Scandinaves.


VII


Avant que nous puissions entrer dans les développements que suggère l’apparition de cette industrie devenue déjà d’une importance capitale en quelques années seulement, disons dès maintenant, pour l’édification du lecteur, qu’une seule région de la province de Québec peut fournir au delà de 500, 000 tonnes de papier par année, et cela pendant un temps indéfini.

* * *

Jusqu’en 1893, le gouvernement provincial n’avait pris aucune mesure pour protéger les forêts contre une exploitation désordonnée ou contre les dilapidations de toute nature auxquelles elles étaient journellemcnt en butte. 5

Pour les statistiques mêmes de l’industrie forestière, le gouvernement devait s’en rapporter uniquement à la bonne foi de l’exploitant et au contrôle indirect qu’offrait le comptage des billots, opéré lors du passage de ces derniers dans les glissoires, estacades et autres travaux de flottage, construits par le gouvernement fédéral sur la plupart des grandes rivières. Mais, depuis 1893, il existe une organisation de gardes-forestiers au service de l’administration publique. Cette institution n’a pas donné d’abord des résultats bien satisfaisants, à cause des nombreuses imperfections dont elle était entachée ; mais le commissaire actuel des Terres, Forêts et Pêcheries, l’honorable M. Parent a apporté de sérieuses modifications à ce système, et l’a, en quelque sorte, entièrement remodelé. Il en est résulté qu’il est devenu possible aujourd’hui de faire entrer au trésor public des sommes considérables qui, autrement, eussent été infailliblement perdues.

De même, par une loi de la législature provinciale, sanctionnée en 1883, il a été pourvu à un système de protection devant sauvegarder notre domaine forestier des ravages des incendies. Jusque-là rien n’avait été fait dans ce sens, malgré les pertes énormes que le pays subissait par suite de ces conflagrations qui prenaient parfois les proportions de véritables calamités. Allumé par l’imprévoyance du passant, l’étincelle de la locomotive, l’imprudence ou l’impatience de quelque bûcheron, l’incendie se propageait sans obstacle sur des centaines de lieues. Toute la région du Saguenay, qui renferme près de 20,000,000 d’acres en superficie, a été ainsi dévastée, il y a près d’un quart de siècle. Ce fléau, néanmoins, est impuissant lui-même à diminuer, d’une façon sensible, l’immense domaine forestier de la province : dans les brûlés, tel est le nom donné par les Canadiens aux espaces dévorés par le feu, le bois reprend peu à peu le dessus, et, en moins d’une vingtaine d’années, une nouvelle pousse verdoyante et abondante recouvre le sinistre cimetière où, quelques années auparavant, se dressaient les noirs squelettes des arbres calcinés.


VIII


La province de Québec est à vrai dire la patrie du sapin et de l’épinette grise, rouge ou noire, trois variétés également profitables à l’industrie moderne. L’épinette excède de beaucoup le pin, tant au point de vue de la quantité que des étendues qu’elle recouvre. En outre, les forêts de conifères ont sur la pinière l’immense avantage de repousser rapidement, après avoir été abattues. Vingt ans leur suffisent pour cela, tandis qu’une forêt de pins est définitivement sacrifiée, lorsqu’elle a passé sous la main du bûcheron.

La province de Québec ne possède pas seulement des forêts plus considérables que celles de tout autre pays au monde, la Russie comprise, comme on le verra plus loin par quelques comparaisons faites entre cette province et les pays les plus producteurs de bois de l’Europe ; mais ses forêts sont encore remarquables par la grande variété de leurs essences. D’après une liste préparée avec soin par le ministère de l’Agriculture on en compte plus d’une centaine dans les différentes provinces du Dominion. Entre autres, pour sa valeur et son importance commerciale, citons le pin blanc, principal article sur le marché de bois dans Ontario et dans Québec, où il forme à lui seul des forêts entières, principalement dans la vallée de l’Outaouais. Après le pin, les différentes sortes d’épinettes, répandues à profusion sur toute la surface de la province de Québec, forment le principal article d’exportation forestière.

* * *

La superficie des forêts, dans la province de Québec, approximativement évaluée, comprend 150,000 000 d’acres. On se fera par la comparaison une idée exacte de ce que représente, en richesse pour un pays, une pareille étendue de bois propres au commerce et à l’industrie, sous des formes multiples. Aux États-Unis, quoique depuis nombre d’années l’attention publique soit dirigée vers la sylviculture, la superficie boisée est de moins de 500,000,000 d’acres. La Russie d’Europe en renferme également à peu près 500 millions, l’empire allemand 50,000,000, la Suède 45,000,000, l’Autriche 25,000,000, la Hongrie 19,000,000, la Norvège 20,000,000, la France 24,000,000. Tous ces pays réunis, qui sont les plus grands producteurs de bois de l’Europe, ne possèdent pas en forêts une moyenne de plus de 55% de leur étendue totale, tandis que les huit dixièmes peut-être de la province de Québec sont encore couverts de forêts épaisses, quoique moins pourvues des essences les plus recherchées qu’elles ne l’étaient au commencement de ce siècle.

IX


Dès les premiers temps de l’occupation française, au 17e siècle, la richesse forestière des régions arrosées par le Saint-Laurent attirait l’attention du gouvernement de la France qui ne fut pas long à apprécier les avantages qu’il pourrait retirer de ces ressources considérables, pour ses chantiers de construction de navires. On fabriquait alors nombre d’espars et de mâts du bois de ces forêts, et le gouvernement avait mis en vigueur des règlements sévères pour la conservation des arbres, entre autres du chêne. Lorsque le Canada passa à la Grande-Bretagne, cette puissance prêta d’abord peu d’attention à l’approvisionnement considérable de bois qu’elle pourrait tirer des forêts canadiennes, parce que tout le commerce de la mer Baltique se faisait dans les eaux britanniques, et le bois du nord de l’Europe suffisait à la consommation de cette époque.

* * *

Sur un chiffre total de 156, 000, 000 de francs environ qu’a atteint l’exportation du bois pour tout le Dominion canadien, en 1897, l’Angleterre a pris les trois quarts, et le reste, à peu de chose près, est allé aux États-Unis. Ce que le Canada exporte surtout aux États-Unis, c’est le bois manufacturé, sous forme de madriers, de planches, de bardeaux, etc.

Un fait à noter est la diminution constante dans la quantité du bois équarri qui est exporté en Angleterre, et la quantité croissante du bois scié et manufacturé ; les forêts y trouveront leur compte, car l’équarrissement sur place du bois abattu, laissant beaucoup de déchets, était une cause permanente de danger par l’incendie.


X


Le lecteur trouvera dans le tableau ci-dessous les principales essences de bois canadiennes, qui servent tant à l’exportation qu’à la consommation domestique.

Le « pin blanc » (Weymouth Pine, Pinus strobus) s’exporte à l’état de planches et madriers ou par troncs équarris. C’était autrefois le principal bois de commerce, mais il a beaucoup diminué, quoiqu’il soit encore très abondant vers le haut des cours d’eau. Le Pin jaune, que l’on confond souvent avec le pin blanc, est plus robuste que ce dernier.

Tous les pins, surtout le pin blanc, sont assez difficiles à traiter par les procédés chimiques, mais fournissent une pulpe dont la fibre est très fine et très forte. À raison de leur prix élevé, on n’emploie ces bois que pour la préparation des pâtes chimiques, qui se vendent bien plus cher que les pâtes mécaniques.

Le Pin rouge, pinus resinosa, est moins exploité que les précédents ; il contient plus de résine et dure davantage.

L’Épinette blanche, picea alba, moins grande que le pin, n’en est pas moins un arbre de belle taille dont le bois s’exporte en madriers, voliges, lattes, chevrons, etc. C’est le meilleur de tous les bois et le plus recherché pour faire de la pulpe. Il produit une fibre fine, forte, des plus faciles à blanchir, dans la fabrication par les procédés chimiques. Dans le procédé mécanique il se moud avec facilité et ne fait pas de grumeaux.

L’Épinette noire ou grise, picea nigra, se réduit facilement par le procédé au bisulfite en une pulpe forte, à longues fibres. Dans le procédé mécanique elle se travaille aussi facilement que l’épinette blanche et produit une fibre de qualité supérieure, surtout à raison de sa finesse.

L,’Épinette rouge (tamarac), larix americana, est le mélèze d’Amérique ; on l’utilise notamment pour la construction des navires. Elle est difficile à traiter par le procédé chimique ou mécanique ; elle empâte les meules et donne une fibre gommeuse qu’il est presque impossible de blanchir.

La Pruche, abies canadensis, dont l’écorce pesante est riche en tanin ; son bois a le mérite de se conserver longtemps sous terre ou immergé. Il fournit quantité de dormants de chemins de fer à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, et donne une pulpe à peu près semblable à celle de l’épinette ; mais il est plus difficile à traiter par les procédés chimiques, sans compter que la pâte fait des grumeaux, quand on la mêle avec de l’épinette.

Le Sapin baumier, abies balsamea, fournit une gomme bienfaisante en cas de blessure ; le bois de ce sapin étant fort tendre ne convient pas pour la construction, mais la boissellerie en fait grand usage.

Le Sapin rouge ou sapin d’Amérique, abies america, qui correspond à peu près â l’épinette de la Scandinavie, ou abies putinata des Européens, et qui pousse dans les terrains siluriens de la partie sud-est de la province, est une essence de première qualité pour la fabrication de la pulpe. Ce bois a la même couleur que l’épinette blanche et n’est pas plus gommeux.

Le Cèdre blanc, thuja occidentalis, est un arbre très répandu et de belle grandeur ; il est surtout merveilleusement durable. On l’emploie pour pilotis, ponceaux, clôtures, poteaux télégraphiques, embarcations légères, etc.

L’Érable, dont la feuille est l’emblème national du Canada, est le meilleur bois de chauffage qui existe.

La variété connue sous le nom d’érable à sucre, est très exploitée pour la production d’un sucre excellent, mais dont on n’a pas su tirer jusqu’à présent tout le parti qu’elle offre. Néanmoins, toute la production sucrière de la région canadienne, appelée La Beauce, a été vendue, l’année dernière, aux États-Unis.

Une autre variété au grain bouclé, est très recherchée par les ébénistes.

L’Érable à Giguère, « plane », est très en faveur pour ombrager les routes et les jardins.

Le Chêne blanc et le Chêne rouge, quercus alba, quercus rubra, grands et robustes arbres.

Le Frêne blanc et le Frêne noir sont également de grands arbres atteignant jusqu’à quinze mètres de haut.

Aussi longtemps qu’il conserve un peu de sève, le frêne est le plus flexible des bois du pays ; en séchant, il devient léger sans cesser d’être résistant. Le frêne est particulièrement utile pour les ouvrages en bois courbé, meubles, pièces de charronnerie, cercles de tonneaux et de cuves, certains manches d’outils, etc. On en fait des avirons excellents, des instruments aratoires, des boiseries, etc.

Le Noyer blanc, dont le bois compacte, tenace et flexible est surtout employé dans la carrosserie, la fabrication des manches d’outils, des instruments aratoires, etc.

Le Noyer à noix douce ressemble beaucoup au précédent.

Le Noyer tendre ou à noix longue donne un beau bois d’ébénisterie.

L’Orme blanc, ulmus americana, est un grand arbre dont les branches en se recourbant forment comme un gigantesque bouquet aux longues tiges flexibles. Son bois fait de bonnes charpentes, des moyeux, jantes de roues, carènes de navires et roues de moulins.

Le Bouleau blanc, dont le tronc blanc, lisse, élancé, atteint jusqu’à vingt pieds de hauteur : l’écorce est composée d’enveloppes superposées, très minces, se déroulant comme le ferait du papier. On utilise son bois surtout pour fabriquer des fuseaux et des bobines pour les filatures. Avec l’écorce les Indiens font des canots, résistants et légers, propres aux transports sur des rivières au cours impétueux, où il serait presque impossible de faire manœuvrer d’autres embarcations.

Le bouleau blanc donne une pulpe aussi facile à blanchir que celle fournie par le peuplier. Dans le procédé mécanique c’est un bois trop dur à moudre pour être d’un emploi profitable.

Le « peuplier » est le bois le plus généralement employé dans les usines où l’on pratique le procédé à la soude. Ce bois se travaille admirablement par le procédé mécanique.

Tremble, Aspen, Populus trimuloides. Mêmes finalités que le peuplier, mais moins employé, à raison des veines et des nœuds noirs qu’il renferme souvent et qui entachent la couleur de la pâte, surtout dans le procédé mécanique. Ces inconvénients sont peu sentis quand on traite le tremble par le procédé à la soude, qui a pour effet de décomposer les matières colorantes.

Bois blanc (Bass wood, Tilia americana). Ce bois, devenu rare, se travaille facilement et rend une pulpe semblable à celle du peuplier.

Cyprès, (Pinus banksiana). Il est plus difficile à traiter que l’épinette par les procédés chimiques, mais il donne une fibre aussi longue. Dans le procédé mécanique, il équivaut au bon sapin.

Le « merisier blanc » se transforme assez facilement en une pâte qui ressemble beaucoup à celle du peuplier. Il est plus lourd que le bouleau et s’emploie dans la menuiserie et l’ébénisterie.

Le « merisier rouge » fait un excellent bois de chauffage. On l’emploie dans l’ébénisterie.

Hêtre (birch, fagus ferrugina). Dans les procédés chimiques, il est plus difficile à travailler que les autres bois, mais il donne une fibre courte, souple et facile à blanchir. À cause de sa dureté, il est impraticable dans le procédé mécanique.

Pratiquement parlant, il n’y a que l’épinette, le sapin, le peuplier et le tremble qui soient employés dans l’industrie de la pulpe, et l’on peut dire que l’avenir de cette industrie appartient aux contrées où ces essences ligneuses se trouvent en abondance et de facile accès.

Mentionnons encore le tilleul, la plaine ondée, le noyer noir piqué, le frêne moiré, le cèdre rouge, et nous aurons donné une liste suffisamment complète des essences les plus connues et les plus utiles des forêts canadiennes.

* * *

En cette année, 1899, l’activité est extraordinaire dans les chantiers où l’on abat le bois et dans les scieries où on le débite. La main-d’œuvre est devenue difficile à recruter, quoique les prix offerts pour chaque homme soient de cent à cent cinquante francs par mois.

La saison prochaine promet d’être exceptionnelle ment productive.

Jusqu’à présent les propriétaires de « limites » n’ont guère exploité que le pin et l’épinette ; mais, pendant l’hiver de 1899 à 1900, ils devront manufacturer plusieurs autres espèces, et notamment du bois franc, pour fournir aux besoins du marché anglais.

La pruche, qui était pour ainsi dire considérée comme bois de rebut jusqu’à ces dernières années, est maintenant en grande demande, surtout pour les grosses charpentes. Les travaux du havre de Montréal en absorbent des quantités considérables, et il y a un fort mouvement d’exportation aux États-Unis.

Quant au bois à pulpe, l’augmentation de la production est tout simplement immense. Dans l’Outaouais inférieur, on compte sur une production, l’hiver prochain, de deux millions de billots d’épinette, c’est-à-dire deux fois plus que l’année précédente ; la plus grande partie de cette épinette est destinée à la fabrication de la pulpe et du papier, au Canada et aux États-Unis.

Si nous réussissions à obtenir du gouvernement américain l’entrée en franchise de notre pulpe sur les marchés des États-Unis, avant deux ans des millions de dollars américains viendraient se placer dans l’exploitation de la pulpe et du papier canadiens. Les nombreux pouvoirs hydrauliques de la province seraient presque tous utilisés, et les forêts d’épinette donneraient des revenus qui étonneraient les plus voraces appétits. Le mouvement industriel et la richesse se répandraient jusque dans les endroits actuellement déserts ; on verrait surgir en maint endroit des villages industriels, et la province de Québec occuperait en peu de temps le premier rang dans le monde pour la fabrication de la pulpe et du papier.

Note de l’auteur. — Nous devons à l’excellent livre sur le Canada de M. Ferdinand Van Bruyssel beaucoup des renseignements que contient le présent chapitre sur l’exploitation forestière.