Labrador et Anticosti/Chapitre XX

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C. O. Beauchemin & Fils (p. 411-420).


Huard - Labrador et Anticosti, 1897 (page 17 crop).jpg

CHAPITRE VINGTIÈME

Coup d’œil sur l’avenir


La Côte Nord ne sera jamais un pays agricole. — Témoignage du R. P. Arnaud. — L’élevage des animaux n’est guère praticable. — Culture des légumes. — Les grandes Compagnies qui exploitent les pêcheries. — Il est difficile aux pêcheurs d’acquérir de la fortune. — Les petits « négoces. » — Quand le chemin de fer du Labrador existera… — Marine marchande et marine de guerre. — Gesta Dei per Francos.


Par ce qu’on a lu précédemment sur les diverses colonies établies le long de la côte du golfe, on sait déjà dans une bonne mesure ce qu’il faut penser du Labrador comme pays agricole. Cependant il n’est pas hors de propos de présenter ici, en résumé, quelques considérations générales sur ce sujet.

Ordinairement, un pays est exclusivement ou agricole ou industriel. Quand une région est à la fois l’un et l’autre, il semble que rien ne lui manque pour qu’elle atteigne un haut degré de prospérité.

Une situation si favorable se réalise dans la Gaspésie. Les pêcheries qu’il y a là sont très riches ; le climat y est avantageux, et l’on vante à bon droit la fertilité de cette terre. Jusqu’à présent, la population gaspésienne s’est livrée principalement à l’industrie de la pêche. Mais un jour viendra, et prochainement suivant les probabilités, où l’on donnera beaucoup d’attention à ce sol plein de promesses ; et alors ce territoire sera l’un des plus riches joyaux de la province de Québec.

Il n’y a pas malheureusement des perspectives aussi belles pour le Labrador ; quoi que l’on fasse pour soulever le voile de l’avenir, et avec quelque succès que l’on puisse distinguer ce qu’il y a dans ses obscurs replis, on ne peut prévoir de ce pays qu’il sera jamais un pays agricole, en même temps qu’industriel, si ce n’est peut-être dans sa partie extrême, du côté de l’ouest.

Il y a, de Tadoussac à la Pointe-de-Monts, une lisière de terrain cultivable, large d’une dizaine de milles, située entre les montagnes et le fleuve. Le sol est encore très propre à la culture dans les vallées des rivières Manicouagan, Godbout, Trinité et Pentecôte[1]. Et l’on a écrit que jusqu’à la rivière à la Truite, un peu à l’est de Moisie, il est possible de faire de la colonisation. S’il n’y avait à considérer en cette affaire que la qualité du sol, cette assertion pourrait être prise au sérieux. Mais, sans contredit, la question du climat est d’aussi grande importance, pour l’agriculture, que la composition des terrains. Et l’on a vu, par ce que j’en ai dit en traitant des endroits situés depuis Godbout jusqu’à Moisie, d’abord que le sol n’y est pas beaucoup riche, et ensuite que le climat n’y est pas favorable à la culture des céréales. Même l’avoine n’y arrivera à maturité ni partout, ni tous les ans.

Betsiamis est situé à 150 milles en deçà de la rivière à la Truite, et à 100 milles plus au sud. Eh bien, qu’on lise ce que m’écrivait le R. P. Arnaud, le 7 décembre 1896, sur Betsiamis et le reste de la Côte, comme pays agricole. Quand on achève, ainsi que ce vieux missionnaire, son demi-siècle de séjour en cette région, on peut en parler avec connaissance de cause. Et que l’on n’oublie pas que Betsiamis est le point le plus à l’ouest et le plus au sud de ce qu’on appelle communément la Côte Nord.

« Nos sauvages, dit le P. Arnaud, occupent un pays impropre à la culture, pays froid, humide, montagneux (c’est de là que nos sauvages tirent leur nom). La belle saison est très courte ; nous n’avons pour ainsi dire pas de printemps. A N.-D. de Betshiamits, comme partout plus bas sur la côte, les arbres ne commencent à bourgeonner que dans le mois de juin ; la terre est froide, il faut attendre bien tard pour semer les patates, qui viennent rarement à maturité, même les patates d’avance. »

Il me semble que ce témoignage d’un homme qui réside en cette région depuis si longtemps, règle définitivement la question de la colonisation sur la Côte Nord, au moins sur le littoral. Il est sans doute possible qu’à l’intérieur des terres, le climat soit plus favorable ; mais cela est peu probable, à cause de la proximité de l’océan Glacial. Et puis, Betsiamis est déjà sur le 49e degré de latitude, qui passe plus au nord que tous les établissements du lac Saint-Jean. Il est vrai que le lac Mistassini est au 51e, et cependant on y récolte, paraît-il, de l’orge et de l’avoine. On a même vu mûrir du blé à Moose Factory, au fond de la baie James. Ces faits, s’ils sont authentiques, doivent être bien exceptionnels. D’autre part, le Manitoba et les riches plaines du Nord-Ouest canadien sont situés au-dessus du 49e. Mais on sait bien que le climat devient de plus en plus favorable à mesure qu’on s’éloigne de l’Atlantique.

On a parlé aussi de l’élevage des animaux, comme d’une exploitation praticable non seulement dans la partie ouest de la Côte Nord, mais même jusqu’à Natashquan. Je ne crois pas davantage qu’il y ait là une ressource sérieuse pour le Labrador. La belle saison est si courte en ce territoire, qu’il faudrait y garder les animaux à l’étable durant la plus grande partie de l’année, système peu compatible avec la production économique du lait, de la viande, etc. En outre, il est permis de douter fortement que le sol de cette partie de la côte puisse fournir des herbages en variété et en quantité suffisantes, que cela soit dû à la nature désavantageuse des terrains eux-mêmes, ou à la rigueur du climat. En outre, quand ces obstacles naturels n’existeraient pas, l’éloignement des marchés et la difficulté des communications, presque impossibles durant la moitié de l’année, empêcheraient cette industrie de l’élevage d’être assez rémunératrice.

Tout ce qui est possible et pratique, sur la Côte Nord, en fait d’agriculture, le voici. C’est la culture des pommes de terre et des divers légumes. Ces plantes réussissent bien partout, avec des soins convenables, et augmentent heureusement, pour l’alimentation de la famille, les ressources provenant de la chasse et de la pêche. De plus, elles permettent aux gens de nourrir et d’engraisser quelques animaux de ferme, dont la viande complétera les autres provisions de la famille, et y suppléera même, en cas de besoin.

Sans doute, la population de la Côte n’a pas été la dernière à s’apercevoir que les plantes sarclées croissent parfaitement même dans un sol aussi sablonneux que l’est presque tout ce pays ; les varechs et les déchets de poisson font un engrais excellent pour cette terre naturellement paresseuse, et sont partout en grande abondance. La population sait bien aussi qu’il y a pour elle, dans cette culture, toutes sortes d’avantages, et elle s’y livre déjà d’une manière assez générale. Mais il y a encore du progrès à faire ; du côté de l’est surtout, les pêcheurs pourraient compter moins exclusivement sur les ressources si incertaines de la pêche, et mettre plus de zèle à demander à la terre les produits qu’elle peut leur donner.

Le gouvernement de la province de Québec a fait, dans ces dernières années, de louables efforts pour convaincre les Labradoriens qu’il est plus sage d’avoir, quand on le peut, deux cordes à son arc, et qu’ils ont tout à gagner en cultivant les pommes de terre et les légumes en même temps qu’ils se livrent à la pêche. Les conférences agricoles que l’on a fait donner en divers endroits de la Côte, ont eu déjà à cet égard, paraît-il, d’heureux résultats.

* * *

Je crois avoir démontré qu’il ne faut pas s’attendre à voir jamais sur la Côte Nord de belles campagnes couvertes de riches moissons. La nature du sol et surtout le climat de ce territoire sont des obstacles qu’aucun effort humain ne peut vaincre. La culture n’y donnera jamais autre chose qu’un secours plus ou moins important pour aider, avec la pêche et la chasse, à l’alimentation quotidienne, pour suppléer quelquefois aux ressources insuffisantes de l’une et de l’autre.

C’est donc l’industrie qui toujours sera à peu près l’unique ressource des habitants de la Côte. Au premier rang, viendra toujours la pêche comme moyen de subsistance pour cette population. J’ai parlé assez au long de la pêche, dans le cours de ce volume, pour que je n’aie pas à y revenir ici avec étendue.

Je rappellerai, pourtant, que si les pêcheurs du Golfe vivent de la pêche, il n’en est à peu près aucun qui s’y enrichisse. Tout le long de la Côte, l’exploitation des pêcheries est presque exclusivement aux mains de puissantes Compagnies, qui retirent le plus gros des bénéfices. Il n’y a pas, évidemment, à en faire reproche à ces associations commerciales qui ne sont pas plus coupables que les autres sociétés de même genre, dont l’objet est de cultiver les capitaux qu’on leur confie. Dans le commerce et l’industrie, il est rare que l’on travaille principalement pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ! Et puis, les Compagnies qui opèrent sur la Côte Nord n’y exercent aucun monopole. Vous, cher lecteur, et moi, et n’importe qui, pourrions parfaitement aller aussi semer par là nos dollars pour y faire plus ou moins ample récolte d’écus, et même pour ne rien récolter du tout.

Il est bien facile d’écrire de très belles phrases sur le pauvre travailleur indignement exploité par le capital. Il faudrait, pour satisfaire ces bons écrivains, que le riche combinât les plus beaux desseins, et les exécutât en risquant d’y perdre tout ce qu’il possède, sans qu’il en retirât aucun profit ! Ils seront toujours rares, les désintéressements de cette sorte. — Cela n’empêche pas, sans doute, que s’il a des droits parfaitement légitimes, le capital a aussi des devoirs à remplir. Les lois de la justice et de la charité lui imposent des obligations auxquelles il ne peut se dérober sans manquer à ce qu’il doit.

Aussi bien, s’il n’y avait pas au Labrador ces puissantes Compagnies ou ces grands propriétaires pour exploiter les pêcheries, nos braves pêcheurs de là-bas en seraient-ils mieux ? Ils seraient dans une condition encore plus défavorable, puisque beaucoup manquent des ressources nécessaires pour posséder eux-mêmes une barque et des agrès de pêche. Rien ne les empêcherait sans doute de se réunir et de constituer ainsi plusieurs compagnies qui exploiteraient, elles aussi, les diverses industries de la pêche ; non, rien ne les en empêcherait, s’ils avaient des capitaux à mettre en commun. Or, ils n’en ont pas !

Par exemple, si nos chasseurs de phoques pouvaient se syndiquer et faire l’acquisition d’un ou de quelques steamers, ils soutiendraient facilement la concurrence des armateurs de l’étranger, et feraient comme eux de grands bénéfices. Mais ces pauvres gens n’ont toujours que leur bonne volonté et leurs qualités de marin à mettre en commun, et cela n’est pas une monnaie qui a cours dans les banques. Aussi, tout ce qu’ils peuvent faire quelquefois, c’est d’atteindre à la possession d’humides goélettes. Il en résulte que leurs expéditions si dangereuses et si pénibles ne leur procurent que des profits légers ou nuls, tandis que les étrangers amassent des fortunes sous leurs yeux.

Je ne vois pas de raisons pour que cette situation de nos pêcheurs s’améliore d’ici à longtemps. Ils continueront de faire individuellement la petite pêche, ou de louer, pour de maigres salaires, leurs services aux grands établissements de pêche. Et ils vivront au jour le jour, avec plus ou moins d’aisance ; mais ils ne s’enrichiront pas. Heureusement, l’acquisition de la fortune n’est pas une chose essentielle au bonheur d’ici-bas, ni surtout à celui de la vie future ; souvent même elle est un obstacle à la félicité présente et à celle de l’avenir.

* * *

C’est la pêche, la grande pêche de mer, qui restera la principale industrie de la côte du golfe Saint-Laurent, puisqu’il n’y a pas, comme on l’a vu, à compter sur la culture de la terre dans cette région, qui ne sera jamais un pays agricole.

Mais, à part cette grande industrie de la pêche, il n’est pas impossible que, dans un avenir plus ou moins prochain, on utilise en ce pays quelques autres ressources, aujourd’hui à peu près inexploitées.

Par exemple, les duvets et les plumes des oiseaux de mer pourraient donner lieu à un commerce de quelque importance.

Les plantes marines pourraient servir à la fabrication de précieux engrais végétaux ; il serait facile aussi d’en extraire divers produits très employés dans l’industrie et dans les arts. Les forêts de ce territoire étant composées d’arbres résineux, on y exploitera quelque jour l’industrie des gommes, des résines, et même des goudrons.

Enfin, les déchets de poissons et de phoques pourraient fort bien servir à la fabrication d’une sorte de guano artificiel, comme cela se pratique dans les provinces de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick.

Quant à la chasse des animaux à fourrures, elle n’a plus sans doute l’importance qu’elle eut jadis. C’est toutefois une ressource qui ne s’épuisera jamais entièrement. Et comme, avec le temps, les territoires de chasse diminuent toujours d’étendue, et que, d’autre part, l’utilisation des fourrures s’accroît constamment, la valeur de la pelleterie ne fera qu’augmenter. Il y a donc là, pour la Côte Nord, une source de revenus dont l’on n’a peut-être pas encore vu le plus haut degré de développement.

Ainsi donc, il ne manquerait pas de petits « négoces » qui pourraient s’exercer sur la Côte Nord, et qui amèneraient décidément l’aisance en beaucoup de foyers. Mais, suivant les probabilités, bien des années se passeront avant que l’on se livre à ces industries, surtout si l’initiative en est laissée aux habitants de ce pays, qui ne peuvent guère commencer eux-mêmes ce nouveau genre d’affaires, pour lequel il faudrait avoir d’abord quelques connaissances spéciales et un peu d’argent à risquer. Un jour, peut-être, quelque capitaliste ou quelque compagnie viendra de l’étranger donner le branle ; l’attention s’éveillera, et, dès que l’on sera sûr de gagner de l’argent dans ces entreprises nouvelles, les choses marcheront ensuite toutes seules.

* * *

Et si jamais le « Chemin de fer du Labrador » devient une réalité, c’est alors que l’on verra se produire le véritable développement de toute la côte du golfe. À l’époque où nous vivons, cela ne vaut rien pour un pays d’être entièrement isolé du reste du monde pendant six mois de l’année, surtout lorsque pendant les six autres mois il ne jouit que de communications difficiles. Sans communications aisées, pas de commerce ; sans commerce, pas d’industrie ; et quand il n’y a pas d’industrie dans un pays qui ne peut être agricole, la prospérité y sera toujours fort médiocre. — On ne peut imaginer la transformation qui s’opérerait au Labrador, si un chemin de fer le traversait dans toute sa longueur, et le mettait en relations faciles avec le continent américain comme avec les pays d’outre-mer. Il est sûr que l’exploitation des pêcheries et le commerce des fourrures y prendraient une extension nouvelle, tandis que cent industries annexes y seraient créées. L’immense contrée de l’intérieur, encore inconnue, livrerait en ce temps-là d’importants secrets qu’il nous serait aujourd’hui inutile de pénétrer. Qui sait ce que cette région recèle, par exemple, de ressources minières ? Qui sait ce que nos arrière-neveux en tireront de richesses ?

Il se fera, un jour, ce chemin de fer du Labrador. On cherche trop à aller vite, aujourd’hui, pour ne pas recourir enfin à ce moyen facile de rapprocher encore l’Europe de l’Amérique. La voie du Saint-Laurent l’emporte déjà de beaucoup sur les autres chemins du commerce. La ligne du Labrador vaudra encore mieux, et fixera définitivement notre prépondérance en fait de communications rapides durant les douze mois de l’année.

Seulement, mon cher lecteur, quelque jeune que vous soyez, je ne vous promets pas que vous aurez jamais vous-même l’avantage d’atteindre l’Atlantique par cette voie ferrée ! Bien des fois le doux printemps succédera au triste hiver, bien des fois… la morue — il faut bien sacrifier un peu à la couleur locale — quittant les sombres profondeurs de l’immense Océan, reviendra en bandes innombrables côtoyer nos rivages du golfe, avant que, dans la gare du Q.-L.-A. (personne n’ignorera alors que cela veut dire Québec-Labrador-Atlantique), au pied de la chute Montmorency, les voyageurs partant pour l’Europe entendent le solennel avis : « En voiture, messieurs ! » — En ce temps-là les chefs de train ne sauront pas un mot d’anglais. Vous voyez si nous avons encore à attendre ! Après tout, si l’on juge que je n’y mets pas assez de mesure, et que j’ai tort de renvoyer à une date si reculée la construction de notre voie ferrée, je ne demande pas mieux que de renoncer à mes calculs désespérants…

* * *

En attendant ce bel avenir industriel et commercial, nos pêcheurs de la Côte continueront à vivre modestement du produit de leur chasse et de leur pêche ; ils vivront et mourront fort chrétiennement, et s’en iront tous au ciel… Par exemple, ils n’auront guère laissé de matière à la plume des historiens. Qui sait, pourtant ?

Personne n’a jamais regardé comme la meilleure préparation à la carrière du marin le fait d’avoir, alors qu’on était enfant, dirigé la navigation de quelque éclat de bois dans une cuve remplie d’eau, ni même celui d’avoir barboté plus ou moins souvent dans quelque ruisseau, au lieu d’aller à l’école. Mais, par contre, chez toutes les nations on a toujours considéré comme une excellente pépinière de marins le peuple des pêcheurs et en général la population qui habite le long des côtes maritimes. On comprend tout de suite que, si les enfants du cultivateur s’initient sans s’en apercevoir à tous les secrets de l’exploitation agricole, de même les enfants du pêcheur se familiarisent de bonne heure avec la mer et prennent insensiblement le goût de la navigation.

Le Canada possède déjà une marine de commerce qui le place non loin des sommets dans la série des nations maritimes. Et certes, baigné comme il l’est par une si grande étendue de mers, il a une population côtière très considérable. Les bons marins ne lui font pas défaut. Comme on le sait, les Canadiens-Français et les Acadiens entrent pour une forte proportion dans le nombre total de nos navigateurs, et, dans cette carrière comme dans bien d’autres, ils ne sont inférieurs à personne ni par la science ni par l’adresse, ni pour la vigueur dans le travail, ni pour le courage dans les périls.

Un jour, assurément, le Canada devra se pourvoir aussi d’une marine de guerre ; cela deviendra particulièrement nécessaire le jour où, par la rupture du lien colonial, il prendra place au nombre des États indépendants. Nous pouvons être certains que s’il y a jamais, dans cette carrière de la guerre maritime, des lauriers à conquérir pour les marins du Canada, nos compatriotes d’origine française sauront en prendre leur part !

D’ailleurs, si les prévisions patriotiques d’un grand nombre d’entre nous se réalisent quelque jour ; si, à la faveur de transformations politiques dont la Providence a le secret, notre province française devient elle-même un pays autonome, ah ! alors notre bien-aimée patrie aura son rôle à jouer non seulement sur le continent américain, mais encore sur les mers, à raison de la position exceptionnellement avantageuse qu’elle occupera à l’un des meilleurs endroits de l’Atlantique. Et si l’occasion s’en présente jamais, non seulement les troupiers de l’infanterie française d’Amérique, mais aussi nos robustes soldats de marine — les gars de la Côte Nord — ajouteront de belles pages au chef-d’œuvre qui a pour titre : Gesta Dei per Francos

  1. Étude intitulée Le Nord. (publiée dans L’Électeur, de Québec, août 1881).