Leçons de géologie (Delamétherie)/Tome II/Section dixième

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DES DÉBRIS FOSSILES DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX.


Un des problèmes les plus difficiles, et en même tems un des plus intéressans de la Géologie, pour la connaissance des terrains secondaires, est de déterminer la nature, et de rechercher l’origine de cette quantité immense de débris d’animaux et de végétaux que nous avons vu enfouis dans toutes les couches secondaires, qu’elles soient calcaires, gypseuses, argileuses, bitumineuses, métalliques, grézeuses, ou d’alluvion [1].

Cependant on doit observer que la quantité de ces fossiles, quelque considérable qu’elle paraisse, est très-petite relativement aux animaux et aux végétaux qui ont existé.

Je ne jeterai ici qu’un coup-d’œil général sur ces fossiles : car nous ne saurions entrer dans les détails immenses que leur histoire exige ; d’ailleurs elle demande des connaissances que je n’ai pas.

Cette partie de l’histoire naturelle n’avait pas été négligée par les anciens. Homère, Pythagore, Hérodote, Ovide…, ont parlé des fossiles. Mais de leur tems on n’avait pas les connaissances nécessaires pour en donner des notions exactes… La science, à cet égard, est beaucoup plus avancée aujourd’hui. Les progrès de la connaissance et de l’anatomie des animaux, ainsi que les notions étendues qu’on a sur les végétaux, font reconnaître la nature d’un assez grand nombre de fossiles, qui ne pouvaient être connus des anciens.

Pour avoir des notions justes sur les fossiles, il faut considérer l’ensemble des phénomènes qu’ils présentent. Ce n’est que par cette méthode, qui m’a toujours conduit dans mes recherches, qu’on peut faire des progrès dans la philosophie natutelle.

Les fossiles se présentent sous six différens états, ainsi que je l’ai dit dans mes Leçons de Minéralogie, tome 2, page 559.

1°. Quelquefois ils sont entiers, comme les insectes qu’on observe dans le succin… plusieurs végétaux…

2°. Il en est qui sont terrefiés, c’est-à-dire, réduits en une espèce de poussière terreuse, tels que les poissons fossiles du mont Bolca…

4°. D’autres sont bitumineux, ou convertis en bitumes, tels que des poissons, des plantes… des couches bitumineuses.

4°. Quelques-uns sont métallisés, tels que la turquoise osseuse, des coquilles, des poissons…

5°. Un grand nombre est pétrifié, c’est-à-dire, convertis en pierres, ou calcaires, ou siliceuses…

6°. D’autres n’ont laissé que leur empreinte.

Les fossiles se trouvent dans différens terrains secondaires.

a. Dans des pierres calcaires, marneuses, gypseuses, argileuses, grézeuses, siliceuses…

b. Dans des brèches.

c. Dans des houillières.

d. Dans des tourbières.

e. Dans des terrains d’alluvion.

f. Dans des cavernes.

Il faut observer que les débris des animaux et des végétaux ne se conservent fossiles que lorsqu’ils sont à l’abri des impressions extérieures de l’air, des pluies, des frimats… car, dans d’autres circonstances, ils se décomposent promptement. Les plus gros arbres, qui périssent dans les forêts, sont promptement pourris et décomposés. Les os des plus gros animaux, qui meurent dans nos forêts, tels que les ours, les bœufs sauvages, les loups, les cerfs… ceux des plus gros mammaux, les éléphans, les hippopotames, les rhinocéros, les tapirs, les lions, les tigres… qui périssent dans les vastes plaines des contrées équinoxiales… sont bientôt décomposés, et ne laissent aucuns vestiges.

Tous les fossiles qu’on observe n’ont donc été conservés que parce qu’ils se sont trouvés dans quelques-unes des circonstances dont nous venons de parler, enveloppés dans les terres, les pierres, les bitumes, les tourbes… ou pétrifiés…

Une des plus grandes questions que présente l’histoire fossiles, était de savoir s’ils étaient analogues aux êtres organisés vivans. Des savans avaient soutenu qu’il n’y en avait point d’analogues ; parce que tous les êtres organisés existans avaient été détruits, disaient-ils, par une grande catastrophe, et que les fossiles actuels sont les débris de ces êtres qui ne subsistent plus… » Je prouvai (Théorie de la Terre, tome 5, page 216) que cette opinion était erronée ; et aujourd’hui cette vérité est généralement avouée, comme nous le verrons.

J’ai également prouvé que les mêmes espèces de végétaux et d’animaux avaient pu être produits en différentes contrées ;

Et que les mêmes espèces de végétaux et d’animaux avaient pu être produites à différentes époques.

De nouveaux faits ont confirmé mon opinion sur l’existence des analogues aux fossiles qu’on connaît.

On croyait, par exemple, que le mégalonix fossile, décrit par Jefferson, était une espèce perdue ; mais Clinton vient de décrire une grande espèce de quadrupède vivant aujourd’hui dans le nord de l’Amérique, et qui paraît exister également en Tartarie, qu’il croit une espèce particulière d’ours. Ses os paraissent analogues à ceux du mégalonix, suivant Blainville (Journal de Physique, tome 81, page 416) : le mégalonix décrit par Jefferson, et qu’on croyait une espèce perdue, existerait donc encore.

J’en ai conclu, (Journal de Physique, tome 82, page 35), que les mêmes phénomènes pouvaient avoir lieu pour plusieurs autres fossiles. Par exemple, le megatherium pourrait également se trouver vivant dans le Paraguai…

Plusieurs autres mammaux qu’on trouve fossiles, et qu’on croit perdus, pourront également se trouver vivans dans quelques continens peu connus…

On a trouvé également des coquilles vivantes analogues à des coquilles fossiles.

Les lieux où se trouvent les fossiles sont en général les moins élevés des terrains secondaires. Les terrains des plaines, des vallées et des collines des différentes contrées connues en Normandie, en Tourraine, en Bourgogne, en Champagne, aux environs de Paris, sont remplis de fossiles. Les mêmes phénomènes s’observent en Angleterre, en Allemagne… et sur toute la surface du globe.

Il y a cependant quelques exceptions à cette loi générale. J’ai des pierres calcaires du sommet du pic du Midi, aux Pyrénées, qui contiennent des nummulites. On trouve également dans les à Alpes, fdans les cordilières…, quelques fossiles à de grandes hauteurs.

Humboldt a vu au camp du Géant, campo di Gigante, proche la ville d’Ibara, province de Quito, à onze cent dix-sept toises de hauteur, des fossiles, particulièrement des os qui paraissent avoir appartenu à des Eléphans. Ces contrées, à la vérité, ont tellement été bouleversées par l’action des volcans, qu’il est prudent de suspendre son jugement sur ces faits.

Mais une observation importante sur les lieux où se trouvent les fossiles, est que ceux des contrées septentrionales de notre hémisphère, paraissent en général avoir appartenu a des végétaux et des animaux, dont les analogues ne vivent aujourd’hui que dans les contrées équinoxiales, et souvent dans les contrées australes, ainsi que nous le dirons.

Il y a cependant quelques exemples contraires. Le lagomys, par exemple, animal qui vit en Sibérie, paraît être fossile en Corse…

On trouve même des fossiles dans les lieux où vivent leurs analogues.

On a trouvé, dans les mers d’Italie, des coquilles vivantes, qui paraissent analogues à celles qu’on croyait ne subsister que dans les mers des Indes…

Reinier a vu, dans la mer Adriatique, plusieurs coquillages vivans, dont les coquilles sont analogues à des coquilles fossiles dont on supposait que les analogues ne vivaient que dans les mers équinoxiales.

Brochi, Marotti, Polli… ont fait des observations analogues.

Ils ont vu vivans, dans les mers de Naples, des coquilles, des madrepores… analogues à des fossiles qu’on croyait ne subsister que dans des mers éloignées…

Ces nouveaux faits ont engagé quelques savans à soupçonner qu’on trouvera peut-être vivans les analogues de tous les fossiles ; et qu’aucune espèce d’êtres organisés, végétaux ou animaux, n’était perdue…

Cette assertion me paraît trop générale. Mais nous examinerons cette opinion après avoir rapporté les faits que nous possédons actuellement sur les fossiles.


Y A-T-IL DES DÉBRIS FOSSILES DE L’HOMME ?


Plusieurs géologues ont parlé de débris fossiles de l’espèce humaine. Mais les faits, sur lesquels ils fondaient cette assertion, examinés avec soin, ont prouvé qu’ils s’étaient trompés.

Scheuzer a décrit un fossile sous le nom de homo diluvii testis, (homme témoin du déluge…) Mais Jean Gesner regarda ce fossile comme le squelette d’un silure.

Kielmeyer pensa qu’il appartenait à la famille des salamandres.

Cuvier a adopté la même opinion. Il croit que ce fossile a appartenu à un protée, proteus, espèce de salamandre. (Discours préliminaire sur les Fossiles, tome 1, page 85, et Annales du Muséum, cahier 78, page 411.)

On avait aussi cru reconnaître, parmi les os fossiles du rocher de Gilbraltar, des os qui avaient appartenu à l’espèce humaine.

Mais John Hunter a prouvé qu’on s’était trompé.

Fortis avait aussi cru reconnaître, dans des brèches de Dalmatie, des ossemens humains… Mais John Hunter prouva qu’ils appartiennent à des ruminans.

Spalanzani regardait des os fossiles, qui se trouvent dans l’île de Cerigo (Cythère), comme des fossiles de l’espèce humaine… Mais Cuvier, qui les a examinés avec soin, a reconnu qu’ils n’avaient point appartenu à l’espèce humaine. (Discours préliminaire de son grand ouvrage intitulé Recherches sur les Fossiles des Quadrupèdes.)

Il paraît donc qu’il n’y a aucun fait qui constate l’existence de débris fossiles qui aient appartenu à l’espèce humaine.

Cependant on vient de découvrir, à la Guadeloupe (Journal de Physique, tom. 79, page 196), le squelette presque entier d’un corps humain fossile. Il ne lui manque que la tête et les pieds. Il est dans une pierre calcaire contenant des madrepores et des coquilles marines… Mais il n’est point prouvé que ce squelette soit un vrai fossile. On soupçonne que le lieu où il a été trouvé, avait été un cimetière.


DES OUVRAGES FOSSILES TRAVAILLÉS PAR MAINS D’HOMMES.


Néanmoins on trouve enfouis dans le sein de la terre, comme vraiment fossiles, des objets qui paraissent avoir été travaillés ou par les hommes, ou par d’autres êtres analogues, parvenus à un assez haut degré de civilisation.


Des haches fossiles.


J’ai reçu de Doué, en Poitou, une hache fossile composée de l’hémanite et de smaragdite… Elle a été trouvée dans des couches coquillières, à la profondeur de quelques pieds. Elle ressemble entièrement à celles dont se servent les sauvages de l’Amérique. Elle m’a été envoyée par le professeur Renou.

Burtin, dans son Orictographie de Bruxelles, page 66, parle d’une pareille hache qu’il a fait graver. « Elle a été trouvée, dit-il, dans la carrière du Moulin-au-Loo. Cette carrière est formée de trois couches de pierre calcaire, dont la plus profonde est à dix-neuf pieds. On trouve entre ces couches des pétrifications d’une conservation parfaite, dont plusieurs sont des plus intéressantes, telles sont une tortue, des huitres, des cocos, des nautiles… Notre hache de pierre y a été trouvée encastrée dans la partie inférieure d’un moellon de la troisième couche. »

Ces haches paraissent l’ouvrage des hommes, et sont de vrais fossiles.


Des morceaux métalliques travaillés par les hommes.


Lamanon a cité un morceau de fer travaillé par la main des hommes, trouvé dans un bloc de plâtre, à Clignancourt, partie de la montagne de Montmartre [2].

Sage a également, dans son cabinet, un morceau de fer qui paraît avoir fait partie d’un fer de cheval, adhérent à un bloc de plâtre des environs de Paris.

On a élevé des doutes sur ces fers comme fossiles. Fortis a dit qu’ils pouvaient avoir été déposés accidentellement, ou avoir coulé dans des fentes de la carrière… La chose est sans doute possible. Il faut donc suspendre son jugement jusqu’à ce qu’on ait de nouveaux faits.

On a aussi trouvé des fers de cheval dans des fouilles faites en Suisse, dans le pays d’Argovie. Mais j’ai fait voir qu’ils avaient pu y être enfuis par des ébranlemens de montagnes semblables à celui qui a eu lieu à Zug, en 1806 [3].

Il faut dire la même chose du clou de cuivre trouvé auprès de Nice, dans des pierres calcaire". (Journal de Physique.)

Ovide a parlé d’une ancre trouvée dans les montagnes. (Métamorphose, livre 15).

Et vetus inventa est in montibus Ancora sommis.

Ce fait est fondé sur un passage de Pausanias, livre 1, chapitre 4, page 12, édition in-4°.

Il prétend que cette ancre se voyait encore du tems des Antonins, dans le temple de Jupiter, à Ancyre, ville de Phrygée, fondée par Mydas (Ancyre, en grec, signifie ancre ἄγκυρα. On trouva cette ancre dans les fouilles qu’on fit pour construire cette ville d’Ancyre…

Le philosophe Straton disait que toutes ces contrées avaient été couvertes par les eaux des mers.

Tous ces faits ne permettent pas de douter que dans des couches assez profondes de la surface du globe, il n’y ait des objets travaillés par la main des hommes, ou d’autres êtres analogues.

Des os fossiles de singes.


Des os fossiles de singes intéresseraient fort le géologue. Swedenborg a fait graver, dans son traité de Cupro, planch. II, une empreinte d’animal fossile trouvée dans les mines de Glucksbronn, près d’Altenstein, dans le pays de Meimengen, en 1733 ; il regardait cette empreinte comme celle d’une guenon, ou d’un sapajou ; cercopithecus.

Mais Cuvier pense que c’est celle d’un monitor ou tupinambis [4]. On y voit les côtes, presque toute la queue, les deux extrémités de derrière bien complètes, et plusieurs parties de celles de devant.

Aucun fait ne prouve donc qu’on ait trouvé des débris fossiles de singe.

Cependant cette famille est extrêmement nombreuse. Il en existe plusieurs centaines d’espèces, dit Humboldt.


L’HOMME A-T-IL ÉTÉ PRODUIT POSTÉRIEUREMENT AUX AUTRES ANIMAUX ?


Plusieurs géologues ont dit que puisqu’on ne trouve point de fossiles qui aient appartenu à l’espèce humaine, cette espèce n’existe que depuis un petit nombre de siècles, et bien postérieurement aux autres espèces.

Deluc a soutenu cette opinion.

Dolomieu l’a adoptée et a dit qu’il n’y avait peut-être pas dix mille ans que l’homme existait, et que la terre était devenue habitable pour lui.

« La race des hommes était surement bien récente, dit-il, il y a six mille ans, à moins qu’elle ne se fût alors renouvelée, après une destruction presque totale », (Journal de Physique, tom. 39, pag. 404, lig. 20).

Et tome 40, même, journal, page 43, il dit, dans la note :

« En admettant dix mille ans d’ancienneté pour le moment où la terre est devenue, ou redevenue habitable, on exagère peut-être encore ».

Et, même note, page 42, il ajoute : « Je dirai donc avec M. Deluc, que l’état de nos continens n’est pas ancien. Je penserai, avec lui, qu’il n’y a pas long-tems qu’ils ont été donnés, ou rendus, ainsi modifiés, à l’empire de l’homme… »

Je suis bien éloigné d’adopter l’opinion de Deluc et de Dolomieu. Je fis plusieurs objections à ce dernier, lorsqu’il voulut que je fisse insérer son opinion dans le Journal de Physique. Voici ce que j’en dis, à cet égard, dans mon ouvrage de la nature des êtres existans, pages 163 et 169.

« Les continens ont dû être découverts à différentes époques : car les eaux, qui ont couvert tout le globe, ont d’abord abandonné, les hautes sommités, où vivent aujourd’hui les bouquetins, les chamois, les marmottes, les tapirs, les condors… avant les plaines chaudes, où subsistent les lions, les tigres, les éléphans, les rhinocéros, les singes, les sapajous, les perroquets…

« Il est donc possible que l’homme, qui, comme les singes, habitait primitivement les pays chauds, n’ait été produit qu’à des époques postérieures, ainsi que les espèces qui ne peuvent subsister qu’à des températures élevées.

« Mais l’homme a-t-il été formé le dernier de ces animaux, comme on le prétend ? La chose est sans doute possible, mais je ne trouve aucun fait qui la prouve. On ne trouve pas, dit-on, des débris fossiles de l’homme, tandis que, vu sa grande multiplication, on en devrait trouver partout. Mais on ne trouve pas non plus des débris fossiles d’une multitude d’autres animaux, également très-multipliés, tels que les singes… Il faudrait donc aussi en conclure que la formation de ceux-ci est d’une date très-récente. Les faits qu’on rapporte sont bien éloignés de pouopir prouver cette hypothèse ».


J’ai fait voir que les débris de tous les animaux qui périssent dans nos forêts, tels que les loups, les cerfs, les daims… s’y décomposent promptement.

La même chose a lieu pour les débris des plus grands animaux tels que l’éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame… qui périssent dans les plaines immenses de l’Afrique, de l’Asie… Les défenses mêmes de l’éléphant, quoique très solides, s’y décomposent assez promptement.

Les ossemens des hommes des grandes sociétés éprouvent, à plus forte raison, la même décomposition ; car, sur des champs de bataille, où des milliers d’hommes se sont entr’égorgés, leurs os sont promptement décomposés, quoique, le plus souvent, on les couvre d’un peu de terre.

Nous voyons journellement cette décomposition s’opérer dans nos cimetières rapidement. La même chose a eu lieu dans tous les tems.

On en doit dire autant des végétaux. Les plus gros arbres, qui périssent dans les antiques forêts de l’Amérique, dans celles du nord, ainsi que dans celles des contrées équinoxiales, les gayacs, les bois de fer… se décomposent dans un petit nombre d’années…

Les conséquences qu’on prétend tirer de ce qu’on ne trouve point d’ossemens humains fossiles, ne sont donc point fondées.

Tous les débris des animaux et des végétaux, privés de la vie, ne se conservent donc que lorsqu’ils sont à l’abri de l’action de l’air, de l’eau… et autres agens analogues ; ainsi, on les trouve conservés,

a. Dans des couches pierreuses, soit calcaires, soit gypseuses, soit schisteuses…

b. Dans des couches argileuses, bitumineuses, comme dans le toît des houillières, dans les schistes d’Œttingen…

c. Dans les attérissemens des fleuves, des mers, comme les bois fossiles de la Prusse et autres endroits…

Les débris fossiles d’un grand nombre d’animaux se trouvent aussi dans des attérissemens.

d. Des fossiles se conserveront également dans des houillières.

e. Ils se trouvent dans les tourbières.

f. Ils se conservent encore dans des cavernes, à l’abri des intempéries des saisons.

Cette discussion fait voir qu’on a eu tort de prétendre, que les hommes ont été produits à une époque postérieure à celle où ont été produits les autres animaux, et que les faits ne le prouvent nullement. On ne doit surtout pas oublier qu’on ne trouve fossiles aucuns os de singes.

On pourrait même plutôt dire que les hommes et tous les animaux, qui ne vivent aujourd’hui que dans les pays chauds, ont été produits avant ceux qui ne subsistent que dans les pays froids. Car, ainsi que nous venons de le prouver, les portions des continens, qui ont été découvertes les premières par les eaux, jouissaient dans ce moment d’une température très-douce. Ces contrées ont ensuite formé les montagnes, à mesure que les eaux se retiraient : elles n’ont été couvertes de neiges et de glaces que postérieurement à ces époques, où lorsqu’elles se sont trouvées isolées dans les airs par un abaissement considérable du niveau des eaux. D’ailleurs la température de la surface du globe diminue journellement, surtout dans les zones tempérées et glaciales, comme nous l’avons prouvé.

On pourrait donc plutôt dire que dans ces premiers momens, que les continens sont sortis des eaux, il n’y avait donc peut-être pas de contrées assez froides pour faire subsister les animaux et les végétaux, qui ne vivent aujourd’hui que dans les contrées boréales et dans les montagnes couvertes de neige, tels que l’ours blanc, le condor… Ainsi on serait plutôt fondé à dire que ces espèces n’ont été produites que postérieurement aux autres, savoir lorsque par l’abaissement des eaux, et les autres causes dont nous avons parlé, il y aurait eu des contrées assez froides pour que ces espèces pussent y vivre ; tels que les ours blancs, les condors, les vigognes…

Si on persistait à dire qu’à ces époques il n’existait que les animaux et les végétaux terrestres, dont on trouve les dépouilles fossiles, le nombre en aurait été très-limité : car les os fossiles, ainsi que les plantes qu’on a trouvées jusques ici, n’appartiennent qu’à un petit nombre d’espèces. Cuvier n’a encore reconnu que 78 espèces fossiles de quadrupèdes, soit vivipares, soit ovipares, dont seulement douze analogues aux espèces vivantes… et cependant on connaît déjà plus de deux mille espèces de quadrupèdes vivans.

Il faut dire la même chose des végétaux… Or, cette conséquence ne peut guère s’admettre : dès lors il faudrait supposer que toutes les autres espèces existantes, au nombre peut-être de mille ou deux mille, ont été produites postérieurement.

Si on convient que la plus grande partie des débris des êtres organisés existans alors, a été détruite, pourquoi ne conviendrait-on pas que ceux des hommes de ce tems ont été détruits également.

Mais, objecte-t-on, l’homme est si multiplié aujourd’hui, qu’il serait bien étonnant qu’on ne trouva pas parmi les fossiles un seul de ses ossemens. Je réponds qu’il est non seulement possible, mais qu’il est très-vraisemblable que l’homme n’était pas aussi multiplié à cette époque qu’il l’est aujourd’hui. C’est son état social qui a favorisé cette multiplication au point où nous la voyons, et cet état social aussi perfectionné qu’il était nécessaire pour cette grande multiplication, n’est pas très-ancien. C’est ce qu’on peut conclure de l’état où se trouvent les Américains, les habitans de la Nouvelle-Hollande… et de plusieurs îles isolées, comme je l’ai prouvé dans mon ouvrage de la Nature des Êtres existans, page 166.

On doit conclure de tous ces faits, qu’il n’en est aucun qui prouve que l’homme ait été produit postérieurement aux autres animaux.

Nous allons maintenant rapporter les faits que nous connaissons sur les fossiles des autres animaux. Nous avons vu qu’ils se trouvent :

Dans des pierres.

Dans des brèches.

Dans des houillières.

Dans des tourbières.

Dans des terrains d’alluvion.

Dans des cavernes.


DES DÉBRIS FOSSILES DES MAMMAUX, TROUVÉS DANS LES PIERRES.


Il est un grand nombre de fossiles de mammaux, qui se trouvent dans les pierres, soit calcaires, soit gypseuses, soit argileuses, soit bitumineuses.

Plusieurs fossiles de mammaux se trouvent dans des terrains calcaires. On a trouvé des fossiles de lagomys dans des calcaires de Corse.

Les calcaires de Maestricbt contiennent des bois de cerfs fossiles, dont j’ai différens morceaux.

Des terrains schisteux contiennent des fossiles de mammaux. On a trouvé des rats dans les schistes d’Oningen…

Des terrains bitumineux, tourbeux, contiennent des fossiles de mammaux, ainsi que nous le verrons.

Les gypses renferment beaucoup de fossiles de mammaux.

Les carrières de plâtre des environs de Paris, contiennent de grandes quantités d’ossemens fossiles des diverses espèces de mammaux, d’oiseaux, de poissons, de tortues. Plusieurs savans tels que Mery, Guettard, Cotte, Lamanon… s’en étaient occupés. Lamanon avait parlé des tortues fossiles des plâtres des environs de Paris, (Journal de Physique, en 1780, tome 16, page 460), il a aussi décrit et fait graver dans le même journal, mars 1782 (tome 19, page 173), une belle machoire fossile trouvée dans les plâtres de Montmartre, qui a ensuite été gravée par Cuvier, et nommée palœotherium medium.

Cuvier a réuni dans son bel ouvrage sur les os fossiles de quadrupèdes, tout ce qu’on savait sur ces os fossiles de Montmartre.


Du palœotherium medium.


Cet animal, qui se trouve fossile, dans les plâtres des environs de Paris, paraissait avoir la taille d’un cochon de moyenne grandeur. Il avait, suivant Cuvier [5],

Vingt-huit dents molaires,

Douze incisives,

Quatre canines.

Les molaires inférieures sont formées de deux ou trois croissans simples.

Les supérieures sont carrées, et ont plusieurs linéamens sur leurs couronnes.

Enfin, les canines ne sortent pas de la bouche.

Cet animal, dit Cuvier, devait être herbivore. Il formait un genre très-voisin du tapir, par le nombre de ses dents, et une espèce de trompe ; mais il se rapprochait du rhinocéros, par ses dents molaires.


Du palœotherium magnum.


Cuvier a trouvé, dans les mêmes carrières de plâtre des environs de Paris, des ossemens absolument semblables aux précédens, mais beaucoup plus grands, d’où il conclut qu’ils ont appartenu à des animaux du même genre, qui devaient avoir la taille d’un cheval ordinaire.


Du palœotherium minus.


D’autres os fossiles, trouvés dans les mêmes carrières, ont indiqué à Cuvier l’existence d’une troisième espèce du même genre, laquelle ne devait avoir que la taille d’un mouton médiocre.

Les palœotherium fossiles se trouvent dans plusieurs endroits.

1°. Dans les carrières à plâtre des environs de Paris.

2°. Defay, professeur à Orléans, a trouvé plusieurs os fossiles, à Montabuzard, à une lieue à l’ouest de cette ville. Ils étaient de 15 à 18 pieds de profondeur, dans un banc continu de pierres calcaires, de cinq à six pieds d’épaisseur, sans aucune couche apparente.

Cuvier, qui a examiné ces os, a cru qu’ils appartenaient au t genre palœotherlum. Un astrogalée de ces couches lui paraît avoir appartenu à un palœotherium, qui devait avoir environ huit pieds de longueur, sur cinq de hauteur.

3°. Hermann a aussi trouvé des ossemens, qui ont appartenu à des palœotherium, à Buchsweller, dans le département du Bas-Rhin, proche Strasbourg.

4°. On en a encore trouvé à Issel, au pied de la Montagne-Noire, en Languedoc.

5°. J’ai une portion d’os fossiles, contenant deux dents mâchelières, fortement teintes en bleu, et semblables à celles de Buchsweller ; mais j’ignore d’où elles viennent.

Cuvier a reconnu d’autres fossiles du palœotherium, en tout dix espèces.


Des débris fossiles des anoplotherium.


On trouve, dans les carrières à plâtre des environs de Paris, un grand nombre d’autres ossemens fossiles, qui ont appartenu à des animaux différens du palœotherium.

Ces animaux avaient, de chaque côté, neuf dents, soit molaires, soit incisives, et point de canines. Cuvier leur a donné le nom d’anoplotherium. Il en distingue quatre espèces

L’anoplotherium commun,

L’anoplotherium medium,

L’anoplotherium minus,

L’anoplotherium minimum.


De L’anoplotherium commun.


Cuvier a donné la description d’un anoplotherium commun, trouvé dans la couche des Hauts-Piliers, à Montmartre. Ce squelette, presqu’entier, avait la grandeur d’un petit cheval.

1°. Il avait, dit-il, quarante-quatre dents, et point de canines saillantes.

2°. Il avait les grands pieds de derrière didactiles, c’est-à-dire, tels que je les avais établis dans mon troisième mémoire, dit-il.

3°. Ses fémurs étaient à deux trochanters.

4°. Ses côtes étaient au nombre de douze, comme dans le chameau.

5°. Sa queue était d’une grandeur énorme, semblable à celle des grands kanguroos. Il n’y avait que dix vertèbres, mais sans doute il en manquait.

6°. La longueur totale de l’animal devait être environ de sept pieds et demi, dont la queue prend trois pieds et demi.

Il devait être plus grand que nos sangliers.

On a trouvé, à Anthony, un autre squelette du même animal, lequel était dans des couches schisto-marneuses, situées au-dessus de la couche de plâtre, qui n’a ici que huit à dix pieds.

J’ai vu, dans la même couche, des os d’anoplotherium, qui étaient dans un schiste d’un brun bleuâtre.

Cet animal, dit Cuvier, a un rapport frappant avec le cochon et les ruminans.


De l’anoplotherium medium.


L’anoplotherium medium, dit Cuvier, devait avoir à peu près la taille d’un mouton ordinaire.


De l’anoplotherium minus.


L’anoplotherium minus avait à peu près la taille d’un lièvre. Cuvier en cite un pied qui avait la grandeur de celui d’un fièvre.


De l’anoplotherium minimum.


Cette espèce, dit Cuvier, devait être un peu plus petite qu’un lapin.


DES DÉBRIS FOSSILES DE DEUX ANIMAUX, QUI APPROCHENT DU RENARD ET DE LA MANGOUSTE, TROUVÉS À MONTMARTRE.


Cuvier a eu des ossemens fossiles trouvés dans les carrières à plâtre des environs de Paris, lesquels se rapprochent beaucoup de ceux d’un chien ou d’un renard. Néanmoins il y trouve d’assez grandes différences pour qu’il pense que cet animal était une espèce particulière qui n’existe plus. I

D’autres, os, trouvés également à Montmartre, sont très-analogues à ceux de la mangouste : cependant ils en diffèrent assez pour que Cuvier pense qu’ils appartenaient également à un animal inconnu (Ibidem, page 217).


Des débris fossiles des marmoses.


J’avais trouvé, dans les carrières à plâtre de Montmartre, enclos de l’ancienne abbaye, une petite mâchoire d’un carnassier, que j’avais cru être celle d’une chauve-souris [6].

Dans les courses minéralogiques que je fis avec mes élèves, au collége de France, en 1807, nous en trouvâmes une seconde absolument semblable : M. Monhein, d’Aix-la-Chapelle, qui suivait mon cours, la possède.

Cuvier eut quelque tems après une partie considérable du corps du même animal, qu’il crut être du genre des sarigues. On y voit les os marsupiaux.

Il lui a paru ressembler beaucoup au didelphis murina, yapock, ou didelphe cerclé de la Guyane.

Néanmoins Cuvier pense que cet animal différait des sarigues connues, et que par conséquent son analogue n’existe plus.


Des lagomys fossiles.


Rampasse a trouvé, en Corse, du côté de Bastia ; des pierres calcaires contenant les os de petits quadrupèdes, que Cuvier croit être du genre des lagomys [7], petite espèce de quadrupèdes que Pallas a trouvé vivans en Sibérie, et dont il a décrit trois espèces.

Ces os fossiles de lagomys, trouvés en Corse, présentent une exception très-remarquable à l’observation générale, que les dépouilles fossiles des animaux et des végétaux qui sont dans nos contrées, ont appartenu à des espèces qui subsistent aujourd’hui dans des climats plus ou moins tempérés, et assez souvent chauds.

Mais ces os de Bastia étaient en un si petit nombre, qu’on ne saurait assurer qu’ils appartiennent réellement au lagomys. Il est plus vraisemblable qu’ils avaient appartenu à une espèce qui vivait dans les contrées tempérées, ou équinoxiales. Le plus grand nombre de ces ossemens fossiles des pierres n’est pas pétrifié.

Cependant quelques fossiles contenus dans les pierres sont à l’état de pétrification.

J’ai des dents d’éléphant pétrifiées.

L’étude approfondie qu’on fait aujourd’hui des fossiles, nous présentera sans doute les dépouilles de plusieurs autres espèces de mammaux dans les pierres.

L’époque où ces os fossiles ont été déposés dans ces pierres date de celle de la formation de ces pierres ; car ces os n’auraient pu y être introduits à des époques postérieures.


DES DÉBRIS FOSSILES DES MAMMAUX TROUVÉS DANS LES BRÈCHES.


On connaît des brèches qui contiennent des quantités plus ou moins considérables d’os fossiles de mammaux, comme à Gilbraltar, Cette, à Antibes, à Cerigo…


Des brèches osseuses de Gilbratar qui contiennent des fossiles.


La roche de Gilbraltar, dont la hauteur moyenne est d’environ douze cents pieds, est composée d’une pierre calcaire remplie de fentes plus ou moins considérables. Dans ces fentes se trouvent des espèces de brèches, contenant de grandes quantités d’ossemens fossiles.

On avait cru que quelques-uns de ces os avaient appartenu à des hommes. Mais John Hunter reconnut que ces os fossiles des brèches de Gilbraltar étaient des os d’animaux de la famille des ruminans, du genre des lièvres, et de la classe des oiseaux. Il y en a quelques-uns qui paraissent avoir appartenu à quelque petit chien ou renard…

Tous les os fossiles de Gilbraltar, dit Cuvier [8], que j’ai pu me procurer, confirment ces rapports. Il pense que les uns ont appartenu au genre des fièvres, quelques autres à celui des antilopes.

Des brèches osseuses de cette, qui contiennent des fossiles.


Le rocher de Cette, en Provence, a beaucoup de rapports avec celui de Gilbraltar. Il est également calcaire, et rempli de fentes, dans lesquelles on trouve aussi des brèches osseuses.

cuvier a cru y reconnaître les ossemens de cinq espèces d’animaux.

1°. Les ossemens de lapins de la taille et de la forme de ceux d’aujourd’hui.

2°. Les ossemens d’autres lapins d’un tiers plus petits.

3°. Des ossemens de rongeurs fort semblables au campagnol, mus arvallis de Linneus.

4°. Des ossemens d’oiseaux du genre de la bergeronette, et s d’autres passeres.

5°. Des débris de serpens semblables à notre couleuvre à collier (coluber natrix Linneus).

6°. Trois espèces de coquilles terrestres, savoir deux hélixes. et un puppa.


Des brèches osseuses de Nice et d’Antibes.


Le rocher de Nice approche de ceux de Gilbraltar et de Cette. On y observe des fentes également remplies de brèches osseuses. Provencal, qui l’a observé, dit Cuvier, n’y a aperçu que des ossemens d’animaux herbivores, et quelques coquilles terrestres.

Cuvier a cru y reconnaître :

a. Des os d’un cheval de la grandeur d’un cheval de carosse.

b Des dents d’un ruminant de la grandeur d’un veau,

c. Des dents d’un ruminant de la grandeur d’un cerf.

Il y a aussi observé des coquilles terrestres analogues à celles du pupa et à celles des hélix, surtout de l’hélix algira.

On dit encore qu’on a trouvé des clous de cuivre dans les fentes du rocher de Nice. Faujas en a donné l’histoire (Annales du Muséum, cahier 59, page 413) ; mais on pense aujourd’hui qu’ils sont tombés postérieurement dans des fentes de ce rocher.

Les rochers d’Antibes, dit Cuvier, ont des fentes dont les brèches paraissent contenir les mêmes ossemens que ceux de Nice.


Des brèches osseuses de corse.


Nous avons déjà parlé de ces brèches découvertes par Rampasse, au nord de Bastia.

Cuvier y a observé des ossemens d’une espèce qu’il croit être le lagomys, animal que Pallas a trouvé en Sibérie.

Cuvier y a aussi reconnu des ossemens d’une espèce de rat à peu près semblable au campagnol fossile des brèches de Cette.


Des brèches ossseuse de Dalmatie.


Ces brèches sont fameuses, parce que des naturalistes instruits, tels que Fortis, avaient cru y reconnaître des ossemens humains. Mais John Hunter fit voir qu’ils appartenaient à la famille des ruminans.

Cuvier a cru y reconnaître des ossemens fossiles du genre des antilopes et des daims.


Des brèches osseuses de l’île de Cerigo.


Spallanzani avait cru y reconnaître des ossemens humains ; mais il n’a pas donné des preuves suffisantes de son opinion, qui est aujourd’hui abandonnée…


Des os fossiles de Concud près Terruel en Arragon.


Cuvier a observé parmi ces fossiles, des os qu’il croit avoir appartenu à des bœufs et à des ânes, semblables à ceux qui vivent aujourd’hui.

Il y a aussi trouvé l’ostragale d’un mouton de fort petite taille.


Des concrétions osseuses du Vicentin et du Véronois.


Bosc a remis de ces os à Cuvier, qui a cru y reconnaître des mâchoires, et des fémurs de cerfs, des fémurs, des humérus, et des os du métacarpe du bœuf.

On retrouve des fossiles de mammaux dans plusieurs lieux analogues.


Résumé général sur les fossiles des brèches.


Ces os fossiles des brèches ne présentent que des débris d’animaux herbivores, dont la plupart vivent dans les mêmes contrées.

On n’y trouve aucuns fossiles des grandes espèces équinoxiales, les éléphans, les rhinocéros, les hippopotames, les lions…

L’époque où ces os fossiles ont été déposés date de celle de la formation de ces brèches.


DES DÉBRIS FOSSILES DES MAMMAUX, TROUVÉS DANS LES TERRAINS D’ALLUVION.


Les terrains d’alluvion contiennent de grandes quantités des fossiles de mammaux. On en observe particulièrement plusieurs, qui ont appartenu à des éléphans.


Des fossiles d’éléphans.


Les éléphans sont peut-être, de tous les mammaux, ceux dont on trouve un plus grand nombre d’ossemens fossiles. Il est peu de contrées dans notre hémisphère boréal, où on n’en ait observé.

En Afrique. Peiresc rapporte qu’en 1630, on trouva, près de Tunis, de grands os fossiles, qu’il reconnut avoir appartenu à des éléphans. [9] Ceci a fait supposer que des ossemens fossiles découverts en 1559, près du même endroit, par des esclaves espagnols, et qu’on avait regardes comme le squelette d’un géant, étaient des os d’éléphans.

En Grèce, près de Thessalonique, on trouva en 1691 des os fossiles d’éléphans.

Dans l’île de Cerigo on a trouvé, dit Fortis, une dent molaire d’éléphant.

L’Italie contient, en plusieurs endroits, des os fossiles d’éléphans. Brocchi en cite 46 endroits ; il y en a plusieurs dans la vallée de l’Arno.

Larochefoucauld et Desmarets rapportent qu’on a trouvé dans des tufs volcaniques auprès de Rome, une défense d’éléphant de 10 pieds de longueur. Ils l’ont apportée et déposée au cabinet d’histoire naturelle à Paris.

En rance on a trouvé des os fossiles d’éléphans en plusieurs endroits.

Buffon parle d’os d’éléphans trouvés à Mary proche Meaux. On en a trouvé en Provence, en Languedoc, en Dauphiné, proche Valence, près de Pont-à-Mousson, près de Metz.

A Argenteuil, proche Paris.

En creusant le canal de l’Ourcq, à Sevran, à trois lieues de Paris, dans un espèce de tuf, que Cuvier croit avoir été formé dans l’eau douce, on a trouvé des os fossiles d’éléphans. Ils étaient avec des bois d’Élan d’Irlande, et des centaines de dents de cheval [10].

En Angleterre des os fossiles d’éléphans se trouvent en plusieurs endroits.

L’Irlande contient également plusieurs os fossiles d’éléphans.

En Scandinavie, on en a trouvé des dents machelières.

En Norwège, Bartholin et Pontoppidan en citent.

En Islande, Torfeus en rapporte.

L’Allemagne en contient en plusieurs endroits.

La Russie, et principalement la Russie Asiatique, sont les contrées où on trouve une plus grande quantité de ces fossiles… Les relations de Pallas, Gmelin… en sont pleines. Patrin m’a dit avoir vu, sur les bords de l’Ob, retirer d’une falaise élevée de cent cinquante toises au-dessus du niveau du fleuve, un fémur d’éléphant, qui avait plus de quatre pieds et demi de hauteur, et était parfaitement conservé.

Isles de la mer Glacial. Pallas cite une de ces îles par les 80 degrés de latitude, dans laquelle on voyait une quantité prodigieuse d’os fossiles d’éléphant, avec des cornes de rhinocéros, des os de buffle.

Mer Aral. On a aussi trouvé des os d’éléphant proche la mer Aral et le fleuve jaxartes.

Amérique septentrionale. On a trouvé, dans le Kentucky, dans la-Caroline… des os fossiles de véritable éléphant. Le docteur Barton en cite trouvés sur les bords de la Susquaanna.

Parmi les os fossiles que Jefferson a envoyés à l’institut de France, sont trois dents machelières que Cuvier croit avoir appartenu à un éléphant.

Humboldt en a aussi trouvé à Hue-Huctoca, près Mexico.

Amérique Méridionale. Humboldt a encore trouvé de ces os à la ville de Ibarra, province de Quito, au Pérou, à 117 toises de hauteur, dans un lieu appelé Champ de Géant, Campo di Gigante.

Humboldt les a donné à Cuvier, qui dit, tome 2 de son ouvrage, page 57, « J’ai tout lieu de croire, que cet os vient d’un éléphant. »

On a ensuite comparé les os fossiles avec ceux des éléphans vivans.

Camper a prouvé qu’il y avait au moins deux espèces d’éléphans vivans.

L’éléphant d’Afrique, dont les molaires n’ont que neuf à dix lames.

L’éléphant d’Asie, dont les machelières ont jusqu’à vingt-cinq lames.

Les molaires fossiles d’éléphans paraissent être de cette dernière espèce ; car elles ont jusqu’à vingt-cinq lames.

Cuvier convient que par les dents et les défenses, l’éléphant fossile ne peut être distingué de celui d’Asie. Mais il a cru apercevoir quelques différences dans l’alvéole de ces dents. La longueur des alvéoles des défenses de l’éléphant fossile paraît triple de celle de l’éléphant d’Asie. D’où il persiste à croire que l’éléphant fossile est différent de l’éléphant d’Asie.

Tout se réunit donc, dit-il, pour faire penser que l’éléphant fossile est d’une espèce éteinte, qui n’existe plus.


D’un éléphant trouvé dans les glaces de la mer glaciale.


Adams rapporte avoir vu sur les bords de la mer Glaciale, en Sibérie, le reste du squelette d’un éléphant observé dans une masse de glace. Cuvier et Lacépède ont fait un rapport à l’Institut sur cette observation.

Un Tonguse, disent-ils [11], découvrit de loin, en 1799, une masse singulière sur un morceau de glace, mais sans pouvoir en approcher.

En 1800, il vit encore de loin que cette masse se détachait un peu des glaçons, et montrait des parties saillantes.

En 1801, il aperçut dans cette masse une des défenses tout-à-fait dégagée.

En 1802, l’été ayant été mauvais, les glaces recouvrirent ce corps inconnu.

Ce n’est qu’en 1803 que, les glaces s’étant fondues, la masse tomba par son propre poids sur un banc de sable, et on y reconnu un éléphant.

En 1804, on coupa ses défenses pour les vendre, et on les fit dessiner.

Adams ne vit cet éléphant qu’en 1807 ; les animaux de toute espèce en avaient dévoré la chair. Il a promis d’envoyer la figure de ce squelette, ce qui servira à déterminer l’espèce de cet animal.

Un fait précieux est, que cet animal était couvert de poils de deux espèces ; les uns roux, fins et courts, et les autres noirs dépassant les autres : ces derniers formaient même une crinière sur la nuque.

Adams dit qu’on trouva trente-cinq livres de ces poils abandonnés, et enfouis par les animaux qui avaient dévoré les chairs.

Cette circonstance, dit le rapporteur, prouve deux choses

1°. Que cette espèce d’éléphant est différente de celle des Indes.

2°. Qu’il était assez bien couvert pour être garanti du froid.

On sait que le rhinocéros fossile, observé sur les bords du Wilhui, avait aussi des poils. Ce rhinocéros est, suivant Cuvier, diffèrent de celui des Indes.

Les commissaires croient que c’est une révolution subite a saisi ses animaux, en a détruit l’espèce, et en a conservé quelques individus dans les glaces. Effectivement il n’y a pas de raison pour qu’ils ne se conservent pas éternellement dans ces glaces, jusqu’à ce que des circonstances particulières ne les en dégagent, comme il est arrivé pour celui-ci.

Mais les poils, dont cet animal était couvert, indiquent qu’il était différent des éléphans connus.

On doit donc le regarder comme une espèce particulière, et attendre de nouveaux faits.


Des mastodontes fossiles.


On trouve, sur les bords de l’Ohio, des dents énormes, que les sauvages disent avoir appartenu à un grand animal qu’ils appellent père aux bœufs. Ces dents, examinées par les naturalistes ont paru appartenir à une espèce d’éléphant, qu’on appelait mammouth.

Mais Cuvier ayant comparé ces dents avec celles des éléphans fossiles, a vu qu’elles en différaient absolument. En conséquence, il a donné un nouveau nom à l’animal inconnu auquel elles appartenaient. Il l’a appelé mastodonte, c’est-à-dire, animal à dents aigües.

Il a trouvé beaucoup de rapports entre ces dents, et plusieurs autres dents trouvées en divers endroits. Il a cru reconnaître cinq espèces particulières de ces dents ; et que, par conséquent ; il a dû exister au moins cinq espèces distinctes de ces animaux [12], qui forment un genre à part, inconnu, mais très-voisin de celui de l’éléphant.


Mastodonte de l’Ohio, ou le grand mastodonte.


L’animal, auquel ont appartenu les ossemens fossiles qu’on trouve sur les bords de l’Ohio, forme la première espèce de mastodonte, le grand mastodonte [13].

Cet animal avait des défenses comme l’éléphant. Péale en a trouvé une mâchoire, dans laquelle était implantée une défense.

Il est probable qu’il avait également une trompe.

L’animal, dont Péale a recueilli le squelette, devait avoir environ dix pieds de hauteur ; mais il devait avoir le corps plus allongé qu’un éléphant de même taille.

Les dents machelières du mastodonte sont différentes de celles de l’éléphant. Elles ont huit à dix grosses pointes, au lieu que celles de l’éléphant sont composées de lames.

Il paraît que cet animal se nourrissait, comme l’hippopotame et le sanglier, principalement de racines, ce qui devait l’attirer vers les terrains marécageux.

Néanmoins, il ne paraissait pas fait pour nager et vivre dans l’eau, comme l’hippopotame.

On a trouvé des dents analogues à celles du grand mastodonte, dans la petite Tartarie. Vergennes en avait apporté une de Constantinople, qui pesait onze livres, quatre onces.

L’abbé Chappe en avait apporté une autre de Sibérie.

Pallas en a aussi trouvé en Sibérie.

Ces faits prouvent que des animaux analogues au grand mastodonte ont existé dans l’ancien continent, comme en Amérique.


Mastodonte de Simores.


On trouve, à Simores, dans le Bas-Languedoc, sur la rivière du Gers, des dents qui ont beaucoup de rapports avec celles de l’animal de l’Ohio. Elles sont seulement plus étroites.

Des dents semblables ont été trouvées à Trévoux, proche Lyon, à Sienne, par Baldassori ; à Dax et au Pérou par Dombey.

Leur volume est beaucoup moins considérable que celui des dents de l’Ohio.

Il a donc existé, dans l’ancien, comme dans le nouveau continent, une seconde espèce de mastodonte, à dents étroites, mais plus petites que celles de l’Ohio.


Mastodonte de Saxe et d’Orléans.


On a trouvé, en Saxe, et à Montabussard, près Orléans, des dents analogues à celles de Simores, mais d’un tiers plus petites.

Ainsi, ce mastodonte était beaucoup plus petit que celui de Simores.


Grand mastodonte des Cordilières.


On a trouvé, dans les Cordilières du Pérou, d’autres dents, analogues à celles de l’Ohio, et presqu’aussi grosses. Humboldt en a trouvé auprès du volcan d’Imboburra, dans le royaume de Quito, à douze à treize cents toises de hauteur.

Humboldt et Alonzo en ont trouvé de semblables dans la cordilière de Chiquites, proche Santa-Crux de la Siera.

Ces dents sont carrées et ont des pointes.


Petit mastodonte du Chili.


Humboldt a rapporté, de la conception du Chili, des dents analogues à celles des cordilières, mais d’un tiers plus petites.

Elles ont appartenu à une cinquième espèce de mastodonte, que Cuvier appelle Humboldien.

Brocchi dit qu’en Italie, on a trouvé en quatorze endroits, des os fossiles de mastodonte.


Des rhinocéros fossiles.


On trouve dans un grand nombre d’endroits des ossemens fossiles, qui ont appartenu à une espèce de rhinocéros. Il y en a en Angleterre, proche Cantorbery ; à Herzberg proche le Hartz ; dans plusieurs endroits de l’Allemagne ; en France, près Châlons sur Saone ; dans le Val d’Arno… Mais le fait le plus extraordinaire à cet égard est un rhinocéros trouvé avec sa peau enfoui sur les bords du Vilhoui, proche la Lena, en Sibérie, par les 66 de latitude Nord. Pallas en a donné la description. Il avait beaucoup de poil.

On a ensuite agité la question. Si ces os fossiles de rhinocéros sont semblables à ceux des rhinocéros existans : c’est l’opinion de plusieurs naturalistes.


Cuvier pense le contraire [14] : il a comparé les os fossiles de rhinocéros avec ceux de rhinocéros unicorne d’Asie, et ceux de rhinocéros bicorne d’Afrique, et il a vu qu’il n’y avait aucune ressemblance entre eux : d’où il conclut que les os fossiles de rhinocéros ont appartenu à une espèce qui n’existe plus.

Le crane du rhinocéros fossile est beaucoup plus allongé que celui du rhinocéros d’Afrique, que l’on lui prétend analogue.

Le rhinocéros trouvé sur les bords du Vilhoui, avait beaucoup de poil, comme l’éléphant observé par Adams.

On peut donc conclure que ce rhinocéros était une espèce particulière.


Des hippopotames fossiles.


On connait aujourd’hui deux espèces d’hippopotames fossiles très-distinctes, l’une grande et l’autre petite.


Du grand hippopotame fossile.


On avait trouvé en 1725, dans les environs de la Masson, proche Montpellier, des dents fossiles, qu’on avait envoyées à Antoine de Jussieu. Cuvier a reconnu qu’elles avaient appartenu à un hyppopotame.

Meot a apporté du Val d’Arno, en Italie, des os fossiles qui sont également des os d’hippopotame. Fabroni en a envoyé du même endroit à Cuvier.

Une mâchoire supérieure, contenant deux dents, qui était dans le cabinet de Joubert, et aujourd’hui dans celui de Drée, à également appartenu à un hippopotame.

Cuvïer à comparé tous ces os fossiles avec ceux des hippopotames vivans, et y a trouvé une très-grande ressemblance. « J’avoue, ajoute-t-il, que les molaires et l’astragal que j’ai examinés ne m’ont offert aucune différence suffisante : et il est assez singulier que l’animal dont l’existence, parmi les fossiles, avait paru douteuse aux géologistes, soit précisément celui dont les dépouilles sont le plus évidemment semblables aux ossemens du vivant. »


Du petit hippopotame fossile.


Cuvier à trouvé dans un bloc de pierre, déposé, au Muséum de Paris, plusieurs ossemens qu’il croit avoir appartenu à une petite espèce d’hippopotame [15].

Il a retrouvé dans le cabinet de Journu Aubert, à Bordeaux, des ossemens semblables. Un astragal de celui-ci est près de deux tiers de fois plus petit que celui du grand hippopotame fossile.

« Voilà donc, conclut Cuvier, encore une espèce fossile bien distincte de toutes celles que l’on connaît à la surface du globe. »

Brochi dit qu’on a trouvé des os fossiles des hippopotames en trois endroits de l’Italie.

Menard a vu retirer, en creusant dans le val de l’Arno, deux têtes d’hippopotame admirablement conservées [16].


Des tapirs fossiles.


On connaît deux espèces de tapirs fossiles. Elles se trouvent dans les provinces méridionales de la France. Cuvier a donné la description de quelques os qui leur ont appartenu [17].


Le tapir gigantesque.


Joubert, trésorier des états du Languedoc, avait deux mâchoires de cet animal, lesquelles appartiennent aujourd’hui à Drée. Elles ont été trouvées près de la rivière de Louza, à Saint-Lary en Cousorans.

On a trouvé aussi, près de Vienne, en Dauphiné, une dent N qui fut gravée dans le Journal de Physique (février 1773, page 135). Cuvier dit qu’elle appartient au grand tapir. (Annales du Muséum, cahier 44 et 45, page 118).

Du tapir ordinaire fossile.


Dodim, en 1784, trouva dans les pentes de la montagne Noire, aux environs de Castelnaudari, la mâchoire supérieure et inférieure d’un animal particulier, qu’il ne connût point. Il la donna à Joubert, d’où elle a passé dans le cabinet de Drée [18].

Cuvier pense que ces ossemens avaient appartenu à un animal très-voisin du tapir ordinaire, qui se trouve au Pérou, quoique ce soit un animal différent.

Les deux espèces de tapirs fossiles, dit-il, ont donc cessé d’exister.


Du megatherium fossile.


On possède, au cabinet d’histoire naturelle de Madrid, des portions considérables de trois squelettes de cet animal, envoyés en 1789, par Loretto, vice-roi de Buenos-Ayres. Il mandait qu’on les avait trouvés dans des excavations faites sur les bords de la rivière de Luxaro, à une lieue de la vallée de Luxan, et à trois lieues de Buenos-Ayres, à trente pieds au-dessus du niveau de l’eau.

Cuvier a comparé les dessins de ces os avec ceux du paresseux il y a trouvé assez de ressemblance pour croire que cet animal est du même genre.

Cependant il a les os du nez très-courts, ce qui ; d’après l’ostéologie de l’éléphant et du tapir, a fait croire au professeur Lichtensten, que cet animal avait une trompe, et qu’on pouvait le regarder comme une cinquième espèce d’éléphant, qui

aurait appartenu à l’Amérique méridionale. Mais Cuvier n’est pas de cet avis, il le croit du genre du paresseux.

Le megatherium a plusieurs rapports avec les mégalonix, mais il devait être d’un tiers plus grand.

Des chevaux fossiles.


Les os fossiles de chevaux sont très-communs. On en trouve dans plusieurs terrains d’alluvion, un assez grand nombre. Traullé en a observé dans les tourbières de la vallée de la Somme. Cuvier en a vu retirer des fondations du pont qu’on a construit vis-a-vis l’École Militaire, à Paris [19].

Mais, ce qu’il y a de plus surprenant, c’est qu’on en trouve beaucoup avec les os fossiles d’éléphans, de rhinocéros…

Il y avait des milliers de dents de cheval, dit Cuvier [20], dans le célèbre dépôt d’ossemens d’éléphans, de rhinocéros, de tigres, d’hyeunes, découverts en 1700, près de Canstadt, en Wurtemberg. Leur association avec les éléphans, paraît générale.

Nous avons vu retirer, de nos propres yeux, ajoute-t-il, des centaines d’os et de dents de cheval, dans le lieu même du canal de l’Ourcq, près Paris, d’où l’on retirait en même tems des os d’éléphans, et parmi ceux de cheval, il y en avait quelques-uns de véritablement pétrifiés.

Dans le dépôt de Fouvent le Prieuré, département de la Haute-Saône, d’où l’on a extrait des os d’éléphans et des os d’hyennes, on a trouvé en même tems plusieurs dents de cheval.

« On peut donc assurer, ajoute Cuvier, qu’une espèce du genre du cheval, servait de compagnons fidèles aux éléphans, au mammouth, et autres animaux de la même espèce, dont les débris remplissent nos grandes couches. Mais il est impossible de dire jusqu’à quel point elle ressemblait à l’une ou à l’autre des espèces aujourd’hui vivantes.

« Les os fossiles des chevaux ne peuvent se distinguer des os des chevaux vivans ; et cependant on les trouve dans les mêmes couches, qui recèlent des animaux inconnus (page 34). »


DES DÉBRIS FOSSILES DES CÉTACÉS.


Les observateurs ont trouvé plusieurs débris fossiles de cétacés. Nous allons rapporter quelques-unes de leurs descriptions.

On trouve dans l’Anjou, ou département de Maine-et-Loire, du côté du Doué, une grande quantité d’os fossiles, dans des couches évidemment marines. Le professeur Renou en a envoyé plusieurs au Muséum d’histoire naturelle, à Paris. Cuvier a reconnu [21] qu’ils appartiennent tous des animaux marins, savoir à des phoques, à des lamantins et à des cétacés. La plupart étaient mutilés, quelques-uns même un peu roulés. Ils paraissent donc avoir appartenu à la même mer que les coquilles dont l’amas les enveloppe, et avoir subi la même action qu’elles.

Leur substance entière est changée en un calcaire ferrugineux, assez dur, d’un brun rougeâtre.

Il se trouve parmi ces os, une portion de crâne qui a appartenu à un lamantin, mais différent de ceux que nous connaissons.

On y trouve des portions de côtes qui sont rondes ; c’est le caractère des côtes du lamantin.

J’en ai des morceaux que Renou m’a envoyés.

Dargelas, naturaliste de Bordeaux, a trouvé à Capiaus, à dix lieues de Bordeaux, trois de ces côtes arrondies, qui ont également appartenu à des lamantins.

On trouve encore parmi ces os fossiles des environs d’Angers, des os qui ont appartenu à des phoques. Cuvier en a reçu deux de Renou ; l’un a appartenu à un phoque à peu près deux fois et demie plus grand que notre phoque commun des côtes de. France (phoca vitulina Lin.), et l’autre, à un phoque un peu plus petit que le premier.

Cartezi a trouvé dans le terrain de Plaisance, en Italie, des fossiles de grands animaux terrestres et marins, dit Ménars [22], d’autres fossiles beaucoup plus grands, et bien plus intéressans, que les coquilles fossiles extrêmement abondantes dans des contrées, doivent étonner sur cette contrée déjà si riche. Ce sont, dit Cortezi, qui les a actuellement dans sa collection, les restes énormes d’un éléphant, d’un rhinocéros, d’un dauphin, presque tout entier, d’une haleine, etc.

Brocchi parle de nombreux os fossiles de divers mammaux trouvés dans différens endroits d’Italie [23].

Os d’éléphans, dans quarante-six endroits.

Os du mastodonte, dans quatorze endroits.

Os de rhinocéros, dans trois endroits.

Os d’hippopotames, dans trois endroits.

Os d’urus, dans douze endroits.

Os d’élans d’Irlande, dans trois endroits.

Os de cerf, dans sept endroits.


Des débris fossiles de rats.


Cuvier [24] rapporte des faits cités par divers auteurs, qui pourront faire croire que des os fossiles trouvés à Œningen et ailleurs, ont appartenu à des animaux de la famille des rats, ou peut-être à celle de nos cochons d’Inde (Cabiai). Mais, ajoute-t-il, ces observations ne sont pas assez détaillées pour qu’on puisse reconnaître les espèces d’animaux auxquels ils ont appartenu.


Résumé sur les fossiles des terrains d’alluvions.


Tous les fossiles des terrains d’alluvion, ne se trouvent donc que dans les bassins des terrains des grands fleuves, ou dans des attérissemens…

Les époques où ces fossiles ont été déposés dans les terrains d’alluvion, ont varié comme celle de la formation de ces divers attérissemens


DES DÉBRIS FOSSILES DES MAMMAUX QUI SE TROUVENT DANS LES TOURBIÈRES.


Le plus grand nombre des fossiles de tourbières paraît avoir. appartenu à deux genres.

Les cerfs ;

Les bœufs.


Des débris fossiles des cerfs dans les tourbères.


Les débris fossiles du genre des cerfs, qui se trouvent dans les tourbières, sont très-nombreux. Cuvier en distingue six espèces.

1. Le cerf ordinaire ;

2. Le daim ;

3. Le chevreuil ;

4. Le cerf d’Irlande ;

5. Le cerf d’Etampes ;

6. Le Cerf de Scanie.


Du cerf ordinaire.


J’ai le bois d’un animal qui ressemble entièrement à notre cerf ordinaire. Il a été trouvé dans les tourbières de Flandre, et m’a été envoyé par Nelis.

On en a trouvé de semblables dans les tourbières de la vallée de la Somme.

Des analogues ont été trouvés en Angleterre, en Suisse, en Italie.


Du daim.


On a trouvé, en Scanie, des bois fossiles d’un animal qui paraît avoir quelques rapports avec le daim. Néanmoins, Cuvier pense que c’est une espèce inconnue.


Du chevreuil.


Des bois semblables à ceux de notre chevreuil ont été trouvés dans les tourbières de la vallée de la somme.

Defay a trouvé des bois semblables à Montabuzard, près d’Orléans. Ils étaient avec des os Palœtherium, de mastodonte.


De l’élan d’Irlande, ou élan.


Molyneux a fait représenter, dans les Transactions philosophiques de Londres, n. 227, un crâne de cerf avec ses cornes, dont l’envergure était de dix pieds anglais. Il avait été retiré de terre à Dordistown, dans le comté de Méath, en Irlande. On en avait trouvé plus de trente dans le même verger.

On en a trouvé de semblables dans d’autres parties de l’Irlande, de l’Angleterre… Quelques-uns étaient avec des coquilles d’eau douce.

A Sèvran, proche Paris, dans l’endroit où on a trouvé des os d’éléphans, on a trouvé une portion de crâne, et de bois d’un animal, qui avait beaucoup de rapports avec celui-ci.

Cuvier pense que cet animal fossile était une espèce d’élan, mais différent de celui que nous connaissons.


Du cerf d’Étampes.


Guettard a trouvé, près d’Etampes, des bois grèles d’une espèce particulière de cerf.

Cuvier croit que cet animal est une espèce inconnue ; mais qu’elle a des rapports avec le renne.


Du cerf de Scanie.


Parmi les animaux fossiles analogues au genre cerf, qu’on trouve en Scanie, il y en à une espèce qui paraît différer des espèces connues.

Tous ces fossiles d’animaux analogues au genre cerf, présentent de si grandes variétés, que l’on doit les examiner de nouveau.

Des bois analogues à ceux du cerf se trouvent dans les carrières de Maëstrich. J’en ai des morceaux.


Des débris fossiles des bœufs et genres analogues dans les tourbières.


Parmi les ossemens fossiles qu’on rencontre dans les tourbières, il y en a un grand nombre qui ont appartenu à des bœufs, ou autres animaux de ce genre [25].

Cuvier en distingue quatre espèces.

1. Le taureau, ou bœuf ordinaire ;

2. L’aurochs ;

3. Le bœuf musqué ;

4. L’arni, ou grand buffle de Sibérie.


Du taureau commun.


On a trouvé, dans les tourbières de la vallée de la Somme, des crânes d’animaux qui paraissent être de la même espèce que notre taureau ou bœuf ordinaire.

Les mêmes fossiles ont été trouvés ailleurs.


De l’aurochs.



On a également trouvé dans les tourbières de la Somme les crânes fossiles d’un autre animal du même genre. Il paraît être l’aurochs ; son front est bombé, au lieu que celui du bœuf est applati… Mais peut-être l’aurochs est-il l’urus des anciens, une variété du bœuf.

J’ai de ces crânes trouvés dans les tourbières du côté de Chantilly, qui m’ont été donnés par Fougerai de Launai.


Du bœuf musqué.


Pallas a trouvé en Sibérie, sur les bords de l’Ob, la tête fossile d’une espèce du genre du bœuf Les cornes en sont rapprochées comme celles du bœuf musqué du Canada.

Il a retrouvé une tête semblable du côté de Tandra.


De l’arni.


Pallas a trouvé, en Sibérie, des crânes fossiles d’une grande dimension, qui ont appartenu à des animaux du genre des bœufs. Il croyait qu’ils provenaient de l’espèce de bulle appelé arni, qui vit aux Indes.

Cuvier pense que cet animal est inconnu, et qu’il n’existe plus

La Sibérie, et toutes les contrées boréales, sont remplies de débris fossiles d’animaux analogues au genre des bœufs. Une île des mers glaciales, à quatre-vingts degrés de latitude nord, en est encombrée. Tous ces fossiles méritent un nouvel examen.

Cuvier remarque que les bœufs analogues aux fossiles qu’on trouve, vivent dans les mêmes contrées, pour la température, que les lieux où se rencontrent leurs fossiles.

Au lieu que les animaux fossiles de ce genre, dont on ne trouve point les analogues, paraissent appartenir à ceux qui vivent aujourd’hui dans les contrées chaudes, comme l’arni des Indes, qui paraît avoir quelque analogie avec le grand bufle fossile de Sibérie.

Tous ces os fossiles du genre des bœufs se trouvent dans des terrains meubles le long des grands fleuves, ou dans les tourbières

Les naturalistes sont assez embarrassés pour prononcer sur ces espèces de bœufs. On n’a point de caractères certains.

D’ailleurs, on sait que tous nos animaux domestiques, tels que les bœufs, les chiens, les moutons, les chats, les cochons… éprouvent des changemens si considérables, qu’on ne peut dire si tels animaux, tels que le bœuf ordinaire, l’aurochs, l’urus, le bison, le zébu, et même le bufle… sont des espèces distinctes, ou seulement des variétés d’une même espèce…

Nous avons maintenant une espèce de bœuf domestique, qui n’a point de cornes…


Des débris fossiles des sangliers dans les tourbières.


On a trouvé, dans les tourbières, des dents qui paraissent, avoir appartenu à des sangliers. Cuvier en cite quelques-unes (Annales du Muséum, cahier 79, page 39) ; mais on manque encore de détails suffisans à cet égard.


DES DÉBRIS FOSSILES DES CASTORS.


Traullé a trouvé, dans les tourbières de la vallée de la Somme, une tête fossile qui contenait une dent que l’on a cru reconnaître pour une dent incisive de castor [26].


Des débris fossiles des chevaux dans les tourbières.


Des débris fossiles de chevaux ont été trouvés par Traullé, dans les tourbières de la Somme.

Nous avons dejà vu qu’on a trouvé des fossiles de chevaux dans plusieurs endroits.


Résumé sur les fossiles trouvés dans les tourbières.


Ces fossiles, trouvés dans les tourbières, paraissent y avoir été déposés à différentes époques.


DES DÉBRIS FOSSILES DES MAMMAUX TROUVÉS DANS DES CAVERNES.


Différentes cavernes contiennent des débris fossiles de divers mammaux. Leibnitz, et plusieurs autres savans, en ont donné des descriptions plus ou moins exactes. Ces cavernes sont très-nombreuses en Allemagne et en Hongrie.

La Franconie offre la caverne de Gaylenreuth, dans le pays de Bareuth. On y trouve plusieurs chambres jonchées d’ossemens fossiles.

Au Hartz, on trouve la caverne de Bauman.

Proche le château de Scharzfels, est la caverne de la Licorne.

Proche Goslar, est la caverne de Hartzbourg.

La Westphalie contient plusieurs cavernes également jonchées d’ossemens fossiles.

En Hongrie, il y a pareillement différentes cavernes, connues sous le nom de Grottes de Voleurs, parce qu’elles sont remplis d’ossemens.

Toutes ces cavernes sont dans des pierres calcaires, et se ressemblent beaucoup.

Les os fossiles qui y sont contenus ne sont jamais roulés, quoique quelquefois brisés. Ils contiennent encore de la gélatine.

Une terre durcie, mais facile à briser, et contenant aussi des parties animales, les enveloppe, et même quelquefois les attache au fond de la caverne.

On n’y trouve point d’ossemens d’animaux marins, ni de coquilles.

L’Amérique septentrionale a aussi des cavernes du même genre, telle que celle où on trouve le mégalonix, en Virginie…


Des fossiles de l’hyenne.


Des os fossiles de l’hyenne ont été trouvés en plusieurs endroits dans des cavernes.

La caverne de Gaylenreuth renferme plusieurs dents, que Cuvier [27] croit avoir appartenu à des hyennes.

On trouve des dents semblables dans la caverne de Mugyemdorf.

La caverne de Baumani contient également des dents de cet animal.

Collini a trouvé, dans les environs de Eischtadt, une tête fossile qui paraît être une tête de hyenne.

Sur les bords du Necker, près de Canstad, on a trouvé un crâne et plusieurs dents de hyenne. On doit observer que, près de cet endroit, il y a une forêt entière d’arbres fossiles, qu’on croit être des palmiers.

À Fouvent-le-Prieuré, proche Gray, en Franche-Comté, on a trouvé une grande quantité d’os fossiles, qui paraissent avoir y appartenu à des hyennes. Ils étaient mélangés avec des machelières d’éléphans, avec des dents de chevaux…

Cuvier a comparé tous ces os fossiles avec ceux des hyennes vivantes. Il y a, dit-il, deux espèces de hyennes vivantes, une au cap de Bonne-Espérance, et l’autre dans une partie de l’Asie mineure.

Parmi ces fossiles, ajoute-t-il, il y a un astragal pas plus grand que celui de l’hyenne ordinaire. Mais les autres os fossiles sont un peu plus grands que les analogues des hyennes ordinaires.


Des tigres et lions fossiles.


Un très-grand animal du genre des felis, a laissé de nombreuses dépouilles dans les cavernes de Hongrie et d’Allemagne. Ces dépouilles ont été examinés par un grand nombre de naturalistes.

Lebnitz a fait graver dans sa Protogée une portion de crâne trouvée dans la caverne de Schartzsels. Soemering l’a examiné de nouveau, et il assure qu’il ressemble à celui d’un lion de moyenne taille, et il assure qu’il diffère de celui de l’ours des cavernes par trente-six points différens.

Esper a parlé d’ossemens fossiles, et surtout de dents trouvées à Gaylenreuth, qui sont semblables à celles d’un grand felis.

Camper à une demi-mâchoire fossile de Gaylenreuth, qui est bien celle d’un felis.

Cuvier [28] qui a examiné plusieurs de ces os, convient bien qu’ils ont appartenu à une grande espèce de felis ; « mais les moyens de comparaison, dit-il, que j’ai employés, m’ont démontré, et démontreront de même à quiconque voudra les employer, que ce morceau ne vient ni du lion, ni de la lionne, ni du tigre, encore moins du léopard et de la petite panthère des montreurs d’animaux : mais que si l’on voulait la rapporter à une espèce vivante, ce serait au seul jaguar, ou grande panthère œillée de l’Amérique méridionale, qu’il ressemblerait le plus, surtout par la courbure de son bord inférieur. »


Des ours fossiles.


On trouve dans les cavernes de Gaylenreuth et des autres contrées d’Allemagne, une grande quantité d’ossemens fossiles, dont les trois-quarts et davantage, ont appartenu à des ours.

De savans anatomistes, tels que Blumenhach, Rosenmuller, ont examiné ces os, et les ont comparé, à ceux des ours vivans.

Cuvier, a fait un grand travail sur ces ours. Il en conclut que ces os ont appartenu à deux espèces d’ours particulières qu’il croit ne plus exister. « Le tems et des recherches assidues complèteront les lacunes de ce travail, dit-il ; mais le résultat général n’en est pas moins constant, en ce qui concerne l’existence dans les cavernes des os de deux espèces, jusqu’ici inconnues parmi les ours vivans.

« Nous laisserons à la première, celle à front bombé, le nom de ursus spelœus, que lui ont donné MM. Blumenbach et Rosenmuller.

« Et à la seconde celui d’ursus actoïdeus, que M. Blumenbach avait employé pour la jeune tête indéterminée que j’ai décrite ci-dessus, mais qui peut très-bien s’appliquer à l’espèce à front plat. »

Annales du Muséum, cahiers 40 et 41, page 301.

Mais il faut observer que le nombre des espèces d’ours vivans n’est point connue, comme le prouve le travail de Cuvier lui-même. Ainsi on en pourra trouver, dont les os rapprocheront plus ou moins de ceux des ours fossiles.

Il y a en Afrique des ours qu’on connaît peu.

On doit donc entreprendre un nouveau travail sur ces ours fossiles.


Des loups et des chiens fossiles.


L’existence des os fossiles de loup, dans les cavernes de Gaylenreuth, avait été annoncée par Esper. Il dit qu’on y a trouvé des crânes de loup de grandeur ordinaire, presque autant que ceux d’ours, mêlés avec des crânes de chiens de même grandeur, et avec d’autres plus petits.

Rosenmuller, Fisché, ont également trouvé dans ces cavernes des os fossiles, qu’ils disent avoir appartenu à des loups. Esper dit aussi qu’il y avait des têtes de loups à Kohldorf, dans le pays d’Aichstœdt, dans les fossiles où fut prise, la tête d’hyenne décrite par Collini.

Cuvier [29] a examiné des mâchoires fossiles trouvées dans les cavernes de Gaylenreuth. « Tous ces morceaux, dit-il, ressemblent tellement à leurs analogues dans les loups et les grands chiens, que l’œil a peine à y trouver des différences même individuelles. » C’est, ajoute-t-il, la première fois que je trouve, parmi des fossiles, des ossemens qui ne se distinguent en rien de ceux d’animaux encore aujourd’hui habitant la surface du même pays.

Ces ossemens se trouvent avec ceux d’ours, de félis et d’hyenne. Ils ont la même couleur, la même consistance, la même enveloppe. Tous annonce qu’ils sont de la même époque et qu’ils ont été ensevelis ensemble.

Camper à une dent fossile de loup trouvée à Romagnano, dans le lieu où se sont trouvés les os d’éléphans décrits par Fortis.

D’autres ossemens fossiles de loup ont été trouvés également avec ceux d’éléphant.

Nous observerons que les loups se trouvent en Afrique souvent avec les lions, suivant Adanson. Mais, ajoute-t-il, ces loups d’Afrique sont plus grands que ceux d’Europe. (Voyage au Sénégal, page 116).

On trouve aussi des loups vivans aux Indes orientales [30], disent les Voyageurs.


Des renards et chacals fossiles.


On a trouvé, dans les cavernes de Gaylenreuth, des os fossiles d’un animal qui à la plus grande ressemblance avec ceux du renard ; et tous ceux qui les ont examinés sont de cet avis.

Cuvier en a retiré lui-même plusieurs, d’un bloc tufacé, qui était rempli de ces os, ainsi que de ceux d’ours et d’hyenne [31]. Ils étaient dans le même état que ceux-ci, également altérés. Ainsi, on ne peut douter qu’ils n’eussent été ensevelis à la même époque. Tous ces os comparés à leurs analogues, dans un squelette de renard adulte, se sont trouvés un peu plus grands. Mais ces différences ne sont pas assez fortes pour établir une différence d’espèce. Car il y a différentes espèces de renard, comme. celui du cap, le chacal, le corsac, dont la grandeur varie.

D’après ce que je puis juger, ajoute Cuvier ; sur un squelette incomplet du chacal, que j’ai à ma disposition, je ne serais nullement étonné que ces os fossiles ressemblassent plus à cet animal qu’à notre renard commun.


Du putois d’Europe, et de celui du cap, fossiles.


Les cavernes de Gaylenreuth contiennent, avec les ossemens fossiles des grands animaux dont nous venons de parler, ceux d’une plus petite espèce, qui paraît appartenir au putois. Cuvier a trouvé des os de ce petit animal, dans le même bloc de pierre de ces cavernes, qui contenait des os d’ours, d’hyenne, et de renard [32]. Ces os étaient :

1°..Une portion du bassin.

2°. Une vertèbre dorsale.

3°. Deux vertèbres de la queue.

4°. Deux os du métatarses.

5°. Une phalange.

Ce sont bien certainement, dit-il, des os de martres, et parmi les martres, dont j’ai les squelettes à ma disposition, il n’y a que le putois d’Europe et le putois du cap de Bonne-Espérance, ou Zorille, auxquels on puisse les rapporter… Ils sont, dans le zorille et dans le putois, entièrement semblables aux ëchantillons fossiles.


Du mégalonix fossile.


Dans le comté de Green-Briar, à l’ouest de la Virginie, il y a plusieurs cavernes dont le sol est calcaire, et qui, par conséquent, ressemblent beaucoup à celles d’Allemagne. On trouve, dans une de ces cavernes, beaucoup d’ossemens fossiles. Jefferson en fut averti par Washingwn. Il s’y transporta, et il fit la description de ces ossemens dans un mémoire qu’il fut à la société de Philadelphie, le 10 mars 1797. Il crut que l’animal auquel ils avaient appartenu, était de la famille des lions ; et il l’appela, en conséquence mégalonix. Il devait avoir plus de cinq pieds de hauteur, et peser près de neuf cents livres [33].

Cuvier ayant reçu, de Palissot de Beauvais, une dent de cet animal, et de Péale, des modèles de plusieurs os du même animal, croit qu’il est du genre des paresseux, par la comparaison qu’il a faite de ces os fossiles, avec ceux de ces animaux. Mais il pense que cet animal avait une très-grande taille, il égalait celle des plus grands bœufs de la Suisse et de la Hongrie.

Mais de nouveaux faits donnent d’autres idées sur cet animal.

Clinton vient de décrire une espèce particulière de grands ours trouvés dans ces contrées, et qui paraît également exister en Tartarie. Ces os paraissent avoir beaucoup de rapports avec ceux du mégalonix, suivant Blainville. Journal de Physique, tom. 81, pag. 416.


Sur les os fossiles trouvés dans les cavernes.


Les époques où ont été déposés ces fossiles des mammaux qui se trouvent dans les cavernes, ont du beaucoup varier.

La connaissance des ossemens fossiles des mammaux s’enrichit tous les jours de nouveaux faits. Des naturalistes instruits visitent les nouvelles fouilles que l’on fait, et décrivent les débris fossiles qu’ils y trouvent.

Mais une des choses qui intéressent le plus le géologue, est de pouvoir rapporter ces fossiles aux ossemens des mammaux existans.

Or on acquiert chaque jour de nouvelles notions sur les mammaux existans. Cette branche de l’histoire naturelle fait donc des progrès considérables.


FIN DU SECOND VOLUME.


  1. Voir mes Considérations sur les fossiles (Journal de Physique, tom. 77, pag. 109, aoüt 1813.)
  2. Journal de Physique, tom. 16, pag. 468.
  3. Journal de Physique, tom. 63, pag. 235.
  4. Tome 4 de son ouvrage sur les animaux fossiles, page 7 de l’article crocodile.
  5. Des fossiles des quadrupèdes.
  6. Journal de Physique, tom. 55, pag. 404.
  7. Journal de Physique, tom. 63, pag. 430.
  8. Annales du Muséum, cahier 74, pag. 169.
  9. Gassendi, cie de Peirèsc.
  10. Annales du Muséum, cahiers 71 et 72, pag. 356, cahier 79, pag. 35.
  11. Journal de Physique, tom. 66, pag. 50
  12. Annales du Muséum d’Histoire naturelle, cahier 48, pa. 401.
  13. Annales du Muséum, cahiers 46 et 47.
  14. Annales du Muséum, cahier 37, pag. 19.
  15. Annales du Muséum.
  16. Journal de Physique, tom. 80.
  17. Annales du Muséum, cahiers 44 et 45, pag. 118.
  18. Annales du Muséum. cahiers 44 et 45.
  19. Cuvier, Annales du Muséum, cahier 79, pag. 36.
  20. Ibid. pag. 35.
  21. Annales du Muséum, cahier 76, pag. 305.
  22. Journal de Physique, tom. 65, pag. 104.
  23. Brocchi, Conchyologie fosssile sub Appenium, Journal de Phys, tom. 80, pag. 42.
  24. Annales du Muséum, cahier 79. pag. 50.
  25. Cuvier, Annales du Muséum, cahiers 71 et 72, pag. 333.
  26. Annales du Muséum, cahier 79, pag. 47.
  27. Annales du Muséum, cahier 40, pag. 301, et cahier 54, pag. 438.
  28. Annales du Muséum, cahier 54. pag. 429.
  29. Annales du Muséum, cahier 54, pag. 434.
  30. Bibliothèque britannique.
  31. Annales du Muséum, cahier 54, pag. 435.
  32. Annales du Muséum, cahier 54, pag. 437.
  33. Annales du Muséum.