Le Ballet de la raillerie/Trio : La Raillerie, la Sagesse et la Folie

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche



LE Recit achevé la Perſpective commence à ſe deſcouvrir tout à fait, & laiſſe voir une grande court d’un beau Palais, avec une Fontaine au milieu, aupres de laquelle ſont aſſiſes en converſation la Raillerie, la Sageſſe, & la Folie qui chantent les vers Italiens qui ſuivent, dont la verſion a eſté faite par un autre que par celuy qui a fait les vers du Ballet.


La Raillerie, repreſentée par Mademoiſelle de la Barre
La Sageſſe, par Mademoiſelle Hilaire.
La Folie, par La Signora Anna Bergerotti.


La Beffa, la Saviezza, la Pazzia.


Tutte tre.


Lun dell’altro ogn’un ſi burla
Si tal’hor ſono i viventi
Nella ſorte contraria al par contenti,
Quel che canta, è quel che urla
L’un del’altro ogn’un ſi burla.


La Beffa.

Coſi à me ſola è dato,
A me, che ſon di Corte Hoſpite eterna,
E’à gli infimi, e ſupremi
Diſpenſatrice egual d’armi da ſcherzo,
Dato è (dico) à me ſola
Farui concordi ò Qualitadi òppoſte
Sempre à beffarui à gara ambo diſpoſte


La Saviezza, e la Pazzia.

E di non ridere
Com’è poſſibile ?
Di per tua fè
Laſciarmi uccidere
Meno inſoffribile
Sarobbe a mè
E di non ridere. &c.


La Piazzia.

Che colei ſolo col pondo
De leggieri
Suoi penſieri
Voglia ogn’hor peſare il Mondo


La Saviezza.

Che torcendo eſſa il timone
Di ſua Prora
Fede ogn’hora
Nieghi al polo di Ragione


Tutte Tre.

E di non ridere. &c.


Tutte Tre.

Ma voi Dee di beltà,
Che de piu veri amanti
Con ſuperba impietà
Prendet’à giuoco il duolo, à rifo i pianti.
Sapete che fia ?
Amor, che nulla oblia
Di tal Sorte anche un di voi punirà
Si vuol giuſto Fato
Chi beffa, è beffato.

La Raillerie, la Sageſſe, & la Folie.


Toutes ensemble.


PAr tout l’un ſe moque de l’autre ;
Le ſimple artiſan rit autant
Que le Riche & que l’important :
Mortelz, quel eſprit eſt le voſtre ?
Chacun de ſon ſort eſt content,
Soit en heurlant ſoit en chantant
Par tout l’un ſe moque de l’autre.


La Raillerie, à la Sageſſe, & à la Folie.

C’eſt en moy que toutes les Cours
Ont de tout temps trouvé des charmes ;
C’est moy que l’on void tous les jours
Aux petits comme aux grands fournir d’égales armes :
Armes pourtant de qui les coups
Ne ſont qu’agreables & doux
Et ne couſtent ny ſang ny larmes ;
Enfin, c’eſt moy qui dans mes plaiſans jeux
(Quoy que par tout vous ſoyez oppoſées)
Semble vous avoir diſpoſées
A vous reünir toutes deux.


La Sagesse, et la Folie.

Qui de nous en bonne foy
Pourroit s’empeſcher de rire ?
Je confeſſe que pour moy
Ce ſeroit un grand martyre
Que de ne rire pas voyant ce que je voy.


La Folie, à la Sagesse.

Quoy ? par ces caprices divers
Celle-cy de tout l’Univers
Voudra regler le ſort & la conduite ?


La Sagesse, à la Folie.

Quoy ? par tout mal-reglée & de tout mal-inſtruite
On verra celle-là mettre tout à l’envers
Et devant la raiſon prendre toujours la fuite ?


La Sagesse et la Folie.

Qui de nous, en bonne foy,
Pourroit s’empeſcher de rire ?
Je confeſſe que pour moy
Ce ſeroit un grand martyre
Que de ne rire pas voyant ce que je voy.


La Sagesse, la Folie, la Raillerie.
Aux Dames.

Vous, auſſi fieres que belles,
Qui voyez d’un œil mocqueur
Les peines les plus cruelles
Que cauſe voſtre rigueur ;
Amour a bonne memoire,
Et lors que l’on l’a choqué
Il ſçait bien vanger ſa gloire ;
Le fort le veut ainſi, qui ſe mocque eſt mocqué.