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Le Bhâgavata Purâna/Livre II/Chapitre 4

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Traduction par Eugène Burnouf.
Imprimerie royale (tome 1p. 116-118).
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CHAPITRE IV.

DESCRIPTION DE MAHÂPURUCHA.


SÛTA dit :

1. Le fils d’Uttarâ comprenant le discours de Vâiyâsaki (Çuka), qui lui avait fait reconnaître la nature de l’esprit, appliqua sa pensée pure à Krǐchṇa.

2. Il renonça aux sentiments d’orgueil que lui avaient inspirés son corps, sa femme, ses enfants, sa maison, ses troupeaux, ses richesses, ses parents, et un royaume qui n’avait jamais été diminué.

3. Il interrogea Çuka sur le sujet même qui fait, hommes excellents, l’objet de vos questions, magnanime et plein de foi dans le récit de la puissance de Krǐchṇa.

4. Reconnaissant que sa mort était prochaine, ayant renoncé à l’action dont le but est triple, fermement uni à l’essence même de Bhagavat, fils de Vasudêva,

5. Le roi dit : Elle est vraie ta parole, ô Brâhmane, qui sais tout et qui es sans péché ; car je sens mon ignorance disparaître pendant que tu me racontes l’histoire de Hari.

6. Je désire encore connaître ce que ceux qui n’admettent pas d’Être suprême ont tant de peine à comprendre : comment Bhagavat, avec la Mâyâ dont il dispose, crée cet univers, comment il le conserve, et comment ensuite il le ramène à lui ;

7. Comment pénétrant chacune des forces créatrices, l’Esprit suprême, doué lui-même de forces nombreuses, se crée d’abord en se jouant, puis se multiplie en faisant jouer [ses créatures].

8. Certes, les actions du divin Hari aux exploits merveilleux paraissent difficiles à comprendre, même aux chantres inspirés.

9. Comment s’enveloppe-t-il, soit en une seule fois, soit successivement, des qualités de la Nature ? Comment, multiple, quoique toujours un, accomplit-il des actions par ses naissances ?

10. Expose-moi, bienheureux Çuka ; ce qui est pour moi un sujet de doutes ; car tu connais également bien et les écritures sacrées et le suprême Brahma.

SÛTA dit :

11. Ainsi sollicité par le roi à raconter les qualités de Hari, le sage, se rappelant Hrǐchîkêça, commença en ces mots :

12. Çuka dit : Adoration à l’Esprit suprême, immense, qui revêt la triple énergie des qualités pour se livrer au jeu de la création, de la conservation et de la destruction des choses ; à celui qui est le modérateur interne des âmes, et dont la voie est invisible !

13. Adoration, et encore adoration à celui qui dissipe le chagrin des justes, qui anéantit les méchants ; à celui dont la forme est tout ce qui est bon ! adoration à celui qui accorde libéralement aux hommes qui suivent la condition des sages contemplatifs, l’objet de leurs constantes recherches !

14. Adoration, adoration au héros des Sâtvats, à celui dont la demeure est bien loin pour les mauvais Yôgins ! adoration à celui qui, avec une puissance qui n’est ni surpassée ni même égalée, se plaît au sein de Brahma, sa propre demeure !

15. Celui que le monde n’a qu’à célébrer, se rappeler, voir, adorer, entendre, vénérer, pour que ses péchés disparaissent à l’instant même, à celui-là, dont la gloire est prospère, adoration, adoration !

16. Ceux qui savent discerner le vrai, doivent au culte de ses pieds de pouvoir, affranchis ici-bas et dans l’autre monde des liens du cœur, obtenir, sans fatigue, la béatitude de Brahma : à celui-là, dont la gloire est prospère, adoration, adoration !

17. Les pénitents qui se mortifient, les hommes qui exercent l’aumône, ceux qui ont de la gloire, ceux qui ont de l’intelligence, ceux qui connaissent les Mantras, ceux qui ont une conduite vertueuse, n’obtiennent le bonheur qu’en s’unissant à lui : à celui-là, dont la gloire est prospère, adoration, adoration !

18. Les Kirâtas, les Hûṇas, les Andhras, les Pulindas, les Pukkasas, les Âbhîras, les Kag̃kas, les Yavanas, les Khasas et les autres classes livrées au péché, deviennent pures en se réfugiant auprès de ceux dont il est le refuge : à celui-là, à l’Être suprême, adoration !

19. Qu’il me soit favorable Bhagavat, le Seigneur, l’âme même des sages maîtres de leur âme, dont la forme est le triple Vêda, la Loi et la Pénitence, lui dont Adja (Brahmâ), Çam̃kara (Çiva) et les autres Dieux doivent chercher sans détour à connaître les attributs !

20. Que le maître de la prospérité, du sacrifice, des créatures, le maître des intelligences, des mondes, de la terre, le maître et le salut des Andhakas, des Vrǐchṇis, des Sâtvats, que Bhagavat enfin, le maître des hommes vertueux, me soit favorable !

21. Celui que les chantres inspirés, avec leur intelligence purifiée par la méditation de la pensée de ses pieds, reconnaissent, selon leur désir, comme l’essence de l’esprit et qu’ils appellent de ce nom ; que ce bienheureux Mukunda me soit favorable !

22. Celui qui jadis replaçant la mémoire au cœur d’Adja, donna le mouvement à Sarasvatî, lorsque, revêtue de ses attributs, elle sortit de sa bouche, que ce chef des Rǐchis me soit favorable !

23. Que le Dieu, âme de l’univers, qui avec les grands éléments créa ces villes (les corps) où il repose sous le nom de Purucha, et où il jouit des seize attributs [de la sensibilité] dont il est lui-même l’essence, que Bhagavat enfin daigne embellir mes paroles !

24. Adoration à Bhagavat, fils de Vasudêva, à Vêdhas, dont les disciples bien-aimés burent le nectar de la science qui découlait du lotus de sa bouche !

25. C’est cette science même, ô roi, que le Dieu né de lui-même et matrice des Vêdas apprit de Hari, et qu’il transmit à Nârada qui la lui demandait.


FIN DU QUATRIÈME CHAPITRE, AYANT POUR TITRE :
DESCRIPTION DU CORPS DE MAHÂPURUCHA,
DANS LE DEUXIÈME LIVRE DU GRAND PURÂṆA,
LE BIENHEUREUX BHÂGAVATA,
RECUEIL INSPIRÉ PAR BRAHMÂ ET COMPOSÉ PAR VYÂSA.