Le Carnaval des revues
| MARDI-GRAS | M. | Désiré. |
| LES BOUFFES-PARISIENS | Mmes | Tautin. |
| LA REVUE DES VARIÉTÉS | Cico. | |
| LA REVUE DU PALAIS-ROYAL | Fréval. | |
| LA REVUE DES FOLIES-DRAMATIQUES | Chabert. | |
| LA REVUE DES DÉLASSEMENTS COMIQUES | Ourmet. | |
| LA REVUE DU THÉATRE-DÉJAZET | Deschamps. | |
| PREMIER GARÇON | MM. | Jean-Paul. |
| DEUXIÈME GARÇON | Tautin. |
Un cabinet de restaurant.
Scène PREMIÈRE
Allons, chaud ! dépêchons-nous de mettre le couvert ! Le particulier qui a retenu ce cabinet a droit aux plus grands égards.
Est-ce que ce serait un prince polonais, ou un banquier hollandais ?
Eh ! non, imbécile ! c’est un gaillard qui nous envoie pas mal de pratiques.
Et qui donc ?
M. Mardi-Gras.
M. Mardi-Gras !
Il doit souper ici avec sa société. Et, tiens, justement c’est lui que j’entends.
Scène II.
Eh bien ! est-ce prêt ?
Oui, monsieur Mardi-Gras.
Le couvert ?
Le souper ?
Est sur le feu.
Soignez les écrevisses, il y aura des dames.
Ah ! ah !… des petites dames ?
Parbleu !
Combien faudra-t-il mettre de petits coussins sous la table pour les petits pieds de ces petites dames ?
Cinq.
Cinq !… (Criant.) Cinq femmes pour un ! … Baoum !…
Prévenez-moi dès qu’elles arriveront.
Oui, monsieur Mardi-Gras !
Allons, du zèle, de l’activité !… et que la gaieté préside à cet ambigu ! (Les Garçons sortent.)
Scène III.
De la gaieté !… j’en ai besoin, j’en ai soif !… C’est dans le but de me distraire que j’ai invité à souper les Revues de mil huit cent cinquante-neuf… Elles sont très-gaies… à ce que dit l’Entr’acte, un journal connu pour l’impartialité de sa rédaction, et qui ne fait jamais de réclames… Je passerai avec elles un quart d’heure de bon temps… et ce ne sera pas du superflu… car, depuis quelques années, je tourne au lugubre… je m’amoindris, je me crétinise… je suis triste comme un coulissier dégommé… Enfin, pauvre Mardi-Gras, j’ai perdu mes grelots !…
Autrefois le carnaval
Était le plus gai des drilles,
Menant son char triomphal
En répétant : Bacchanal !
Il parcourait les courtilles
En jetant à pleines mains
Des gros sous et des pastilles
A la tête des gamins.
(Avec gaieté.)
Tra la la la.
Mais les temps sont bien changés,
Et je pense avec tristesse
Au pierrots déménagés,
Aux beignets qui sont mangés !
Je portais, plein d’allégresse,
Mes crêpes sur un plateau,
Et maintenant, ô détresse !
Je les porte à mon chapeau !
(Avec accablement.)
Tra la lala.
Scène IV.
Monsieur mardi-Gras !… Monsieur Mardi-Gras !
Eh bien ! qu’est-ce ?… qu’y a-t-il ?
Ce sont elles !… les petites dames !
Ah ! bravo !… faites-les entrer.
Entrez, entrez, Mesdemoiselles. (Il introduit les Revues et sort.)
Scène V.
D’ mil huit cent cinquant’ neuf
Vous voyez en nous les revues,
Toujours très-peu vêtue
Et n’offrant jamais que du neuf.
Je possèd’ vingt tableaux,
Précédés d’un prologue.
De notre dialogue.
Les mots sont tous nouveaux.
J’ai de fort beaux décors.
J’ai des acteurs très-forts.
J’ai de jolis couplets…
Et surtout des mollets.
D’ mil huit cent cinquante-neuf, etc., etc.
Diable !… elles ne me paraissent pas de la première fraîcheur ! (Haut.) Bonsoir, mes jolies Revues.
Bonsoir, Mardi-Gras !… bonsoir !
Je vois que vous êtes exactes.
Oh ! nous arrivons toujours exactement.
Au jour et à l’heure ! c’est notre devise.
Très-bien ! mais, d’abord, faisons un peu connaissance. Veuillez m’apprendre vos noms, titres et qualités.
Volontiers !
Permettez, je commence. (Chantant faux.)
Par droit de date et de conquête,
Tout ici m’appelle à régner ;
Car le public, qui me fait fête,
Chaque soir vient me couronner.
Je me nomme Sans queu’ ni tête…
Assez !… Pas besoin de me dire ton nom… Tu es la Revue des Variétés.
Pardine !… c’est facile à deviner… elle chante assez faux pour ça.
Faux !
C’est juste !
Avec ça que vous vous en privez, vous autres !
Le fait est que, sous ce rapport, elles n’ont rien à s’envier. (Haut, aux autres revues) Et vous, les petites mères ?
Je suis la Revue du Palais-Royal, l’Omelette du Niagara.
Fichtre !… le Niagara !… Ça frise un peu la chute.
Je suis un succès, mon cher, un grand succès.
Oui, à ce qu’elle dit !
Moi, je m’appelle Vive la joie et les pommes de terre !
Un joli nom… gai et nourrissant ! Et vous venez ?…
Des Folies-Dramatiques.
Ah bah !… Mais vous me semblez bien décolletée… Je croyais qu’on ne jouait à ce théâtre que des vaudevilles honnêtes et vertueux… Il y en avait un surtout que j’ai vu autrefois… et qui était d’un moral, mais d’un moral…
Oui, je sais ce que tu veux dire… Écoutez, voilà ce que c’est.
Un pauvre ouvrier honnête,
Amoureux,
Aime une ouvrière honnête,
Aux doux yeux ;
Un grand seigneur malhonnête
L’aime aussi :
Mais ell’ veut rester honnête
Jusqu’ici.
Qui ne voudrait accorder une larme
A ce tableau rempli de charme,
Vraiment touchant
Et très-piquant ?
C’est ça même !
Oui, c’était comme ça jadis ; mais aujourd’hui ce n’est plus mon genre… Il faut bien faire comme ses voisins.
Oh ! ses voisins !…
Cela vous plaît à dire !…
Est-ce une pierre que vous jetez dans mon jardin ?
Gare là-d’ssous !…
Gare là-d’ssous !… J’y suis !… Vous êtes la revue des Folies-Nouvelles ?
Théâtre-Déjazet, s’il vous plaît. (Imitation de Déjazet dans les Premières Armes de Richelieu.) Maraud !… faquin !… coiffe-moi !…
Ah ! oui, vous avez changé de nom.
Et elle aurait bien dû changer de répertoire.
Le fait est que Gare là-d’ssous n’est pas trop œil-de-bœuf.
C’est du dernier commun !
Par exemple !
Parlez-moi de mon titre… à la bonne heure !…
El c’est ?…
La Toile ou mes quat’ sous !
Oui, c’est du distingué !…
Ah ! vous êtes donc…
La Revue des Délassements-Comiques.
Un boui-boui ?… Ah ! fi !… ah ! l’horreur !… vous invitez ces gens-là ?…
Hein ?… Qu’est-ce qu’elle dit ?
Des Toile ou mes quat’ sous !… Des revues des Délas.-Com. !
Tiens !… cette duchesse des Panoramas ! Il lui sied bien de faire sa tête… à elle, mam’selle Sans queue ni tête !
Pour une revue des Variétés, vous en manquez joliment.
De revue ?
Eh ! non… de variété.
Ah ! ah ! ah !
Oh ! que le mot est vieux !
Pas plus que les vôtres !…
Harengère !…
Chipie !…
Ah çà ! je ne m’amuse pas du tout !… (Haut.) Voyons, mes petites chattes, ne nous griffons pas !… Nous sommes ici pour nous divertir… et franchement vous n’êtes guère amusantes.
Ah ! c’est comme ça que vous nous recevez !
Ma foi ! si j’avais su, je ne me serais pas dérangée.
Ni moi ! ni moi !
Ma foi, vous auriez aussi bien fait !…
Malhonnête !…
Oh ! j’étouffe !… je suffoque ! Partons, Mesdemoiselles !…
Oui, oui, partons !… (Elles vont pour sortir, et s’arrêtent à la vue des Bouffes-Parisiens qui entre.)
Scène VI.
Un instant !…
Hein ?
Que voulez-vous ?… qui êtes-vous ?
Les Bouffes-Parisiens.
Les Bouffes-Parisiens !…
Je possède un’ salle petite,
De petites partitions,
Des chanteurs d’un petit mérite,
De petites prétentions.
Modestement je ne fabrique,
Pour égayer mon petit nid,
Que de la petite musique…
Enfin, chez moi tout est petit,
Bien petit ;
Mais on dit
Que c’ qu’est petit
Est gentil.
Bon public, chez moi tu t’étouffes :
Quand je chante, à ma voix tu viens ;
Car je suis, oui, je suis les Bouffes,
Les Bouff’, les Bouffes-Parisiens !
Franc gamin, je n’ai pas de morgue ;
Ma devise est : légèreté.
Et je remplace les points d’orgue
Par une pointe de gaîté.
Aimant la part que Dieu m’a faite,
Je ne suis pas, sans contredit,
Un rossignol, une fauvette,
Mais un pinson leste et petit,
Tout petit ;
Mais on dit
Que c’ qu’est petit
Est gentil.
Bon public, chez nous où tu pouffes,
Point de grands airs Italiens ;
Car je suis, oui, je suis les Bouffes,
Les Bouff’, les Bouffes-Parisiens !
Eh bien ! franchement, il me plaît, ce petit-là !… et il arrive à propos, car je commençais à m’ennuyer.
Tu as pourtant joyeuse compagnie.
De l’ironie !… Monsieur se moque !… Une boîte à musique !…
Voulez-vous bien vous taire !… Hou ! hou ! la vilaine !
Me taire, moi !… la Revue des Variétés !… Mais vous ne me connaissez donc pas ?
Au contraire… je t’ai vue dans la pièce de ton directeur.
Comment ! de mon directeur ?
Mais sans doute !… il me semble avoir lu sur ton affiche…
Le nom de mon directeur ?
C’est vrai, au fait !…
Comment !… Si ce n’est lui, c’est donc ?…
C’est son frère.
Ah ! c’est son frère ?…
« Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ?… » Connu !
Ah çà ! et chez toi, au Palais-Royal ; ma petite Omelette ?
Chez moi, c’est son père.
Le père !… le père !…
Comme chez moi, Théâtre-Déjazet, c’est le fils.
Le père, le fils… le frère…
Reste encore l’oncle, le neveu, le cousin…
Mais toi, qui viens nous chercher noise, il me semble, petit Bouffe, que sous ce rapport tu as plus d’un reproche à te faire.
D’abord, on ne dit pas ces choses-là à soi-même… et puis, moi, j’ai une permission.
Une permission ?
Et de qui donc ?
De M. le maire.
Ah ! ah ! ah !
Allons, je vois que vous faites votre petite pot-bouille en famille.
Ce qui ne nous fait pas toujours faire meilleure cuisine.
Monsieur, vous êtes servi.
Bravo !… à table :
A table ! (On se place.)
Tiens : ils ont deviné mes goûts !… un jambon !
De Bayonne !… je connais ça… c’est de mon répertoire.
Un jambon de Bayonne,
De Bayonne en Bayonnnais,
Bayonnais et Bayonnette,
Ah ! turlurette !
Eh ! bon, bon, bon, bon,
Que le vin est bon
Avec le jambon,
Avec le jambon de Bayonne !
Ah ! vive le jam, jam,
Le bon, bon, de Ba, Ba,
Vive le jam, jam, le jambon
De Bayonne !
Le rillou, la rillette,
Le saucisson de Lyon,
Le boudin, l’andouillette,
Ah ! turlurette !
Eh ! non, non, non,
Ce n’est pas si bon
Que le vrai jambon,
Que le vrai jambon de Bayonne.
Ah ! vive le jam, jam, etc., etc.
Ah ! ma foi petit Bouffe, tu as eu une bonne idée de venir. J’allais faire un drôle de souper… Elles ne disent rien !… Si encore elles avaient un peu de verve, de gaieté…
Eh ! comment veux-tu qu’elles en aient ? Elles viennent au monde chaque année du 15 au 20 décembre… avec les glaces… Elles se traînent grelottantes dans des chemins battus… en chantant pendant un mois ou deux, plus faux les unes que les autres, de vieux ponts-neufs que tout le monde sait par cœur, et qui sont toujours les mêmes… Elles se chipent les unes aux autres leurs calembours, leurs couplets, leurs personnages, si bien que qui en a vu une…
Les a vues toutes.
De sorte que, au commencement de février, comme ce soir, elles sont fatiguées, essoufflés, fanées… et n’amusent plus personne.
Vraiment !… tu crois çà ?… Eh bien, fais-en donc une revue, toi, monsieur le malin !
Pourquoi pas ?
Une revue aux-Bouffes !…
Et à cette époque ?
Elle aura du moins le mérite de la nouveauté. Ce sera une revue de carnaval.
Une revue de carnaval !… Adopté ! Je serai ton compère !…
J’accepte… Et maintenant, finissons notre souper !… (Appelant.) Garçon !
Voilà, Monsieur, voilà !…
Est-ce qu’il n’y a pas d’autres Revues en bas ?
Pardon, Monsieur, il y en a encore une… mais elle est en main.
Comment en main ?
C’est la Revue des Deux-Mondes.
Imbécile !… Allons, du champagne !
De suite, Monsieur.
Et maintenant, buvons au succès de notre Revue !
A son succès !…
Il nous reste à savoir
Si nous aurons le pouvoir
De divertir le public,
Voilà le hic !
Dépêchez-vous de nous applaudir
Avant de finir ;
Ça pourrait être au dénoûment
S’ passer autrement.
Ah ! risquez quelques bravos,
Un bravo, deux bravos !
Car, Messieurs,
Il vaut mieux,
Dit-on, tenir que d’attendre ;
Veuillez donc maintenant vous y prendre.
Un bravo, deux bravos
Sans attendre.
(On trinque, on boit. – Le rideau baisse.)
ACTE PREMIER
| MARDI-GRAS | M. | Désiré. |
| LES BOUFFES | Mlles | Tautin. |
| UNE MARCHANDE | Maréchal. | |
| UN GAMIN, marchand de serins | Tostée. | |
| PREMIER MARCHAND | MM. | Tautin. |
| DEUXIÈME MARCHAND | Antonini. | |
| TROISIÈME MARCHAND | Caillat. | |
| PREMIÈRE CRIEUSE | Mlles | ……… |
| DEUXIÈME CRIEUSE | Lasserre. | |
| TROISIÈME CRIEUSE | Tafanel. |
Scène PREMIÈRE.
Venez, passants des boul’vards,
Acheter nos marchandises.
Honorez de vos regards
Nos jouets, nos friandises !
Voyez, voyez,
Choisissez !
L’agrément des enfants et la tranquillité des parents !
Pour vingt-cinq centimes la montre et la chaîne !
Prodige de la chimie !… Cosmétique admirable conservant en même temps la blancheur du teint et le brillant de la chaussure !
Achetez mes belles oranges !
La boutique à vingt-neuf sous !
Le Guide des portiers et des gens du monde !
Voyez ! voyez !…
Scène II.
Par ici donc !… par ici !…
Ah ! sapristi !… quelle foule ! quelle cohue !… J’en suis abruti !
Comment, toi, Mardi-Gras, tu as peur de la foule ? Ce n’est pas comme moi, les Bouffes-Parisiens… je ne la crains pas… au contraire.
Parbleu ! en ta qualité de théâtre, tu ne demandes que ça. Mais, voyons, pourquoi m’as-tu conduit de ce côté ?
Pour commencer notre revue en visitant les petites boutiques des boulevards.
A propos de ces petites boutiques, on avait annoncé que cette année elles seraient décorées.
Elles le sont… des affiches de la Porte-Saint-Martin.
Elles devaient toutes être uniformes.
Eh bien ?
Eh bien, je les trouve assez laides.
Justement !… elles sont d’une laideur uniforme.
A vingt-cinq centimes la montre et la chaîne !
Ballons géographiques à l’usage des lycées !…
Mais non ! mais non !… je n’ai besoin de rien.
Prodige de la chimie !… nouveau savon pour enlever toutes sortes de taches. (Le nettoyant.) Vous allez voir ce sera bientôt fait…
Ah çà ! que faites-vous donc ? Il y a un trou à présent !…
Il n’y a plus de tache.
Va-t’en au diable avec ton savon !
Scène III.
Approchez tous, Messieurs, Mesdames,
Voyez mes joujoux, mes bijoux !
Ach’tez, ach’tez, ach’tez-nous !
Ach’tez, ach’tez, ach’tez-nous !
Biblots d’enfants, d’hommes, de femmes,
Nous en avons pour tous les goûts.
Pour tous, tous, tous, tous les goûts.
Pour tous, tous, tous, tous les goûts.
Inventions, modes nouvelles,
Objets de prix ou bagatelles,
On peut me croire, à mon bazar
Tout est neuf et rien n’est d’hasard.
Tout ce qu’on souhaitera
Chez nous on le trouvera.
Ah ! ah !
Ah ! voyez, voyez nos boutiques !
Pour satisfaire les pratiques
Viv’ du boul’vard les petit’ boutiques !
Ah ! voyez, voyez nos boutiques ! etc., etc.
J’ai des pince-nez, des lorgnettes,
Pour tous les gandins de Paris.
Les gan, gan, gan, gan, gan, gan…
Les gan, gandins de Paris.
Pour les femmes j’ai des cornettes,
Et des calott’s pour les maris.
Des cal, cal, cal, cal, cal, cal…
Des calott’s pour les maris.
J’ai des broch’s pour les cuisinières,
Des jeux d’oi’ pour les actionnaires,
Des cache-nez pour les huissiers,
Et des blagues pour les boursiers.
Enfin, tout ce qu’on voudra
Chez nous on le trouvera.
Ah ! ah !
Ah ! voyez, voyez nos boutiques !
Pour satisfaire les pratiques,
Viv’ du boul’vard les petit’s boutiques !
Ah ! voyez, voyez nos boutiques ! etc., etc.
Tiens ! elle me plaît, cette grosse boulotte !
Demandez, Messieurs, faites-vous servir !… Paméla Caprice, créatrice, inventrice et conservatrice de divers objets à votre service, dépositaire d’un grand nombre d’inventions, de perfections et d’innovations généralement estimées et brevetées s. g. d. g.
Elle cherche à nous jeter de la poudre aux yeux.
Oui, de la poudre à la maréchale.
Que puis-je vous offrir ?… (Prenant dans son panier un parapluie.) Ah !… le parapluie Gibus.
Tiens ! je croyais que M. Gibus ne confectionnait que des chapeaux.
Aussi n’a-t-il donné que son nom à mon parapluie pour lequel j’ai pris un brevet d’invention.
Toujours !
Et quel avantage possède ce riflard ?
Un avantage immense : celui de se raccourcir et de pouvoir se mettre dans la poche comme une simple lorgnette… Voyez plutôt. (Elle fait jouer un ressort, le parapluie devient très-court.)
Un parapluie de poche ?… C’est charmant !
Et comment fait-on pour l’ouvrir ?
Il ne s’ouvre pas.
Diable ! mais quand il pleut ?
Quand il pleut, on prend une voiture.
Et le parapluie ?
On le met dans sa poche.
Et l’on met la poche dans la voiture.
Le Secret de la jeunesse ou l’Art de se teindre les cheveux en reniflant.
Comment, en reniflant !
Oui, Messieurs, l’emploi des teintures connues jusqu’à présent avait des inconvénients, dont le moindre était de vous rendre idiot.
Fichtre !… c’était déjà bien gentil.
J’ai trouvé le moyen d’éviter ce désagrément, en remplaçant l’application par la respiration. Il vous suffit, si vous êtes affligé de cheveux gris, de respirer pendant deux minutes mon précieux élixir, et vous êtes aussitôt teint.
Tôt teint !… Je saisis ! Et toi ?
Parfaitement ! On prend ce flacon, on le respire, et on a les cheveux désirés.
Je tiens également des portraits à un franc pour cartes de visite.
Des portraits ?
Sans doute… c’est l’usage à présent : au lieu de sa carte, on envoie sa photographie.
Avec ou sans retouche.
De la routine l’on s’écarte,
Et c’est un grand bonheur
Pour plus d’un visiteur.
On mettait son nom sur sa carte,
Puis, comme un vrai benêt,
Souvent on la cornait.
D’puis qu’on met son portrait d’ssus,
On n’ se corne, corne, corne, corne, corne,
D’puis qu’on met son portrait d’ssus,
On n’ se corne, corne, corne plus.
Ah ! on ne se corne plus ?
C’est clair ! du moment que vous mettez la tête, la corne est inutile.
Passons maintenant à mon chef-d’œuvre, la ceinture Buckingham !
La ceinture Buckingham ?
Ainsi nommée, parce que, à l’exemple de ce seigneur anglais, elle préserve la toilette des dames du macadam.
Ah ! voyons… voyons !…
Regardez !
Si l’on vent monter en voiture,
Ou bien traverser un ruisseau ;
On press’ le r’ssort de sa ceinture
Et l’on ménage son fourreau.
(Elle fait jouer le ressort et la robe se relève.)
Ah ! ah ! ah !
Non, rien n’était jusque-là
Aussi commode que cela !
Ah ! ah ! ah !
De cette ceinture-là
Chaque femme se servira.
Sans embarras le tour s’achève,
Découvrant un gentil mollet.
Et votre robe se relève
Aussi haut que cela vous plaît.
(Elle appuie sur le ressort, la robe s’envole par-dessus sa tête. Poussant un cri.)
(Parlé.) Ciel !… (Elle se sauve, tout le monde rit.)
Ah ! ah ! ah !
Non, rien n’était jusque-là
Aussi commode que cela !
Ah ! ah ! ah !
Cette ceinture fera.
Son chemin au quartier Breda !
(On entend du bruit dans la coulisse.)
Qui vient là ?
Ce sont les Barrières de Paris.
Les Barrières !… merci !… je les ai avalées dans toutes les revues. Passons les Barrières !
Soit !… je te l’octroie… et je leur retire le droit d’entrée.
Je préfère quelque chose de plus nouveau.
Scène IV.
Du nouveau ? voilà !…
Des serins !
Tu appelles ça du nouveau ?
Les serins sont toujours de mode, ça ne se passe jamais.
Farceur !
Du reste, j’ai trouvé à mes canaris une utilité nouvelle.
Vraiment ?
Oui, bourgeois, vous voyez en eux le bonheur des époux et la tranquillité des familles.
Comment ça ? Explique-toi.
Voici l’anecdote, mon général. Dernièrement, une femme mariée, que j’appellerai madame X…, a l’instar des petits journaux, était dans sa chambre avec M. K., un jeune gandin qu’elle avait connu aux eaux… Le mari frappe à la porte. Effroi de la dame, qui n’a que le temps de pousser le verrou… L’othello frappe derechef. – Ouvre donc, bobonne, c’est moi, qu’il dit. – Mon ami, on n’entre pas, qu’elle dit. – Et pourquoi donc ? qu’il dit. – La volière s’est ouverte, qu’elle répond, mon oiseau s’est échappé… et j’attrape mon serin.
Son serin ?
Ah ! ah ! ah !
Jaune !
Le mari coupe dedans, et s’en va rassuré.
Et le serin a-t-il été attrapé ?
Naturellement… Pour lors, ça m’a donné une idée. D’après c’tte aventure-là, il doit y avoir de la hausse sur les serins, que je m’ai dit, faut spéculer… Et voilà !… je propose ma marchandise à toutes les femmes qui ont besoin d’attraper leur serin.
Bien, bien, je comprends…
Le commerce doit bien aller, hein ?
Mais oui, ça marche, ça boulotte !
Bientôt de ma marchandise
Le cours encor doit monter.
Bientôt de sa marchandise
Le cours encor doit monter.
Et sur toute autre entreprise
La mienne va l’emporter.
Et sur toute autre entreprise
La sienne va l’emporter.
Ah ! ah ! l’excellente affaire !
Ah ! ah ! de bon cœur j’en ris !
Ah ! ah ! nouvelle manière,
Ah ! ah ! d’ tromper les maris !
Un serin va devenir
Indispensable en ménage.
Entr’ époux plus de tapage ;
Mon moyen va m’enrichir.
Ah ! ah ! (bis.)
Sitôt qu’on le connaîtra,
Que d’ serins on achèt’ra !
Bientôt de ma marchandise, etc., etc.
(Il sort en criant : Achetez des serins ! achetez !… – Aussitôt on voit tomber de la neige.)
Ah ! bigre !
Ah ! fichtre !
Ça pique !
Ça pince !
Je m’enrhume du cerveau ! (Il éternue.)
Ça n’est pas étonnant !… Il doit y avoir à Paris au moins douze degrés de froid.
Douze degrés !
Tout est gelé !… jusqu’au lac du bois de Boulogne…
Tiens !… une idée ! Si nous y allions ?
C’est le rendez-vous des patineurs élégants ; ça pourra servir à notre revue.
Et ça nous dégourdira…
Partons !
Partons !…
Saperlotte ! Je grelotte !…
(Tout le monde sort en battant la semelle.)
| MARDI-GRAS | MM. | Désiré. |
| UN MONSIEUR | Léonce. | |
| LA MÈRE RIQUIQUI | Mme | Baudoin. |
| GLISSARD | MM. | Jean-Paul. |
| MONSIEUR K | Bonnet. | |
| MADAME X | Mlle | Deschamps. |
| UN PATINEUR | M. | Antonini. |
Le lac du bois de Boulogne par un temps de glace.
Scène PREMIÈRE.
Glisser,
Passer,
Tourner, s’élancer,
Quel plaisir charmant !
Quel amusement !
Vraiment, (bis.)
Bien n’est plus charmant
Que cet amusement !
Louez patins !
Gâteaux bien fins !
Buvez la goutte !
Cassez la croûte !
Mèr’ Riquiqui,
On gèle ici ;
Si je pouvais,
Je m’en irais…
J’irais revoir ma Normandie.
Est-il agaçant avec sa Normandie.
Glisser, etc.
(L’air continue à l’orchestre.)
Patins à louer !… patins à louer !
Allons, Messieurs, des gâteaux tout chauds ! d’excellent cassis !
Vite, ma brave femme, un petit verre en deux temps.
Avalez-moi ça !… un vrai sirop ! ça fond comme la neige.
Ah ! ah !… toujours le mot pour rire. (Il boit, paye et s’éloigne en patinant. On voit arriver un traîneau dans lequel est une jeune dame élégamment mise, escortée par un jeune homme en cache-nez écossais et en paletot gris.)
Dites donc, voilà des tourtereaux qui n’ont pas l’air d’avoir l’onglée.
Pardine ! l’amour, c’est comme le cognac, ça entretient la chaleur. (Ils s’éloignent chacun de son côté en criant leurs gâteaux et leurs patins, Pendant ces derniers mots, le traîneau s’est avancé jusque sur l’avant-scène.)
Scène II.
Alfred, il faut rentrer, prenons une régie.
Nous séparer déjà !…
Je crains quelque gabgie.
Si mon mari savait, qu’au lieu d’aller au bain,
Je suis à patiner avec mon chérubin !…
Eh ! que m’importe à moi sa jalouse furie ?
Il a des droits de par le Code et la mairie.
C’est possible ! Je sais qu’un jour de cet été
Vous avez célébré cette stupidité.
J’étais si jeune alors !… Et puis, il était riche.
Ah ! voilà le grand mot !… L’or est votre fétiche.
Qu’il soit vieux, bête et laid, qu’il prenne du tabac,
Un homme est adoré pourvu qu’il ait le sac !
Calmez-vous !
Oh ! songer qu’un autre vous possède !
Enfant !
(Changeant de ton.)
Que voulez-vous ! C’est un mal sans remède.
Sans remède, non pas ! Quitte ton Croquefer,
Exilons-nous, partons par le chemin de fer.
Allons recommencer dans une colonie
Le roman illustré de Paul et Virginie.
O ciel !… partir !
Oui, viens ! jetons dès aujourd’hui
L’univers et Montmartre entre nous deux et lui !
Que diraient les journaux ?… Figaro ?… la Silhouette ?…
Qu’importe à l’amour vrai que l’on l’entre-filette ?
Mais les mœurs ?
Préjugé !
Mon serment !… cet anneau ?
Bah !
Tu le veux ? eh bien !… je me laisse entraîneau.
Charmant voyage,
Doux équipage !
Pour nous l’amour
Fit ce beau jour !
(Le traîneau s’éloigne et disparaît.)
Tiens !… qu’est-ce que c’est donc que ce particulier-là ? Il a une bonne tête avec sa lorgnette. (Il sort.)
Scène III.
Iphigénie, ma femme, m’a dit, il y a trois jours qu’elle s’était enfermée pour attraper son serin… Son serin ?… Il n’y a que moi dans la maison… Ça m’a semblé louche… et pour éclaircir la chose j’ai fait emplette de cet accessoire… (Il montre l’énorme lorgnette qu’il tient à la main.) Une lorgnette rayée… à l’instar des nouveaux canons, dont elle a la précision et la portée. Avec ça on distingue facilement les objets à une distance de dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf kilomètres et neuf centimes. Or, ce matin même, j’ai voulu faire une expérience… Iphigénie, ma femme, était sortie pour aller au bain… (elle va très-souvent au bain, ma femme, depuis quelque temps)… je braque mon télescope… et qu’est-ce que j’aperçois ?… Horreur ! stupéfaction ! abomination !… ma femme, en plein lac du bois de Boulogne… assise dans un traîneau, et se faisant remorquer par une machine à vapeur vêtue d’un paletot gris et d’un cache-nez écossais. Ça m’a semblé de plus en plus louche… Sans perdre une minute, j’ai sauté en omnibus… et me voici… S’ils sont au lac, malheur aux coupables !… Grâce à ma longue-vue rayée… à l’instar des nouveaux canons… je tombe au milieu d’eux comme un bombe… et j’éclate comme ce projectile de guerre ! Voyons, cherchons… et essayons de les découvrir. (Il braque sa lorgnette. En ce moment le lac se couvre de patineurs.)
Scène IV.
Saperlotte ! parmi tout ce monde, il ne me sera pas facile… (Poussant un cri.) Ah ! ciel !… il me semble que je les aperçois… (Il va pour sortir ; mais, au même instant, Mardi-Gras arrive en patinant ; il se heurte avec le monsieur, et tous deux sont renversés par le choc.)
Ah ! j’ai cassé la glace !… Je n’ose pas me relever… on me la ferait payer. (A Mardi-Gras.) Imbécile !
Maladroit !
Voici ma carte avec mon portrait.
Voici mon portrait avec ma carte.
Votre heure ?
L’épée.
Vos armes !
Deux heures et demie du matin.
Le lieu ?
Vincennes.
Très-bien ! j’irai à Marly.
Mardi ou mercredi, ça m’est égal.
Mardi-Gras !… je le ferai avec vous mercredi des cendres ! (Se relevant et regardant dans sa lorgnette.) Ah ! grand Dieu ! ma femme qui s’embarque au Havre sur le Léviathan !… Ah ! je me suis levé à temps !… (On sort en courant. – Rire général. – Changement à vue.)
| BATAKLAN | MM. | Caillat. |
| KÉKIKAKO, son confident | Desmonts. | |
| LE MONSIEUR A LA LORGNETTE | Léonce. | |
| SIDI-MOUFFETARD | Désiré. | |
| SIDI-BATIGNOLLES | Jean-Paul. | |
| BEN-AMOUR | Tautin. | |
| BEN-CHAMPION | Guyot. | |
| CONSTANTINE, vivandière | Mmes | Tautin. |
| BALAKLAVA, id. | Maréchal. | |
| BAIONNETTE, id. | Cico. | |
| CARABINE, id. | Deschamps. | |
| MOUSQUETON, id. | Baudoin. | |
| TROMPETTE, id. | Grandet. | |
| GRENADINE, id. | Tafanel. | |
| PREMIÈRE CHINOISE | Chabert. | |
| DEUXIÈME CHINOISE | Lucie Freval. | |
| TROISIÈME CHINOISE | Tostée. | |
| QUATRIÈME CHINOISE | Lecuyer. |
Un intérieur chinois.
Scène PREMIÈRE.
Kékikako ?
Seigneur Bataklan ?
Sais-tu comment ces gredins de Français appellent ceci ?
Non, grande lumière.
lis appellent ça des chinois.
Horreur !
Et comment ?
Tu vois ces cornichons ?
Eh bien ?
J’appelle ça des Français.
Ah ! ah ! ah !
Assez !… tu es affreux quand tu ris !… Ces Français n’ont-ils pas osé nous déclarer la guerre ! Me forcer, moi le cousin germain du soleil, le commandant en chef du Céleste-Empire, à m’occuper des invasions de la France !… comme si je n’avais pas assez de ma Chine !…
Rassurez-vous, seigneur… Dès que vous paraîtrez aux yeux de ces sauvages étrangers, ils se disperseront comme de timides lapins… ou comme les sables du désert… (Bruit en dehors.)
Qui vient là ?
Ce sont de jeunes Chinoises qui réclament l’honneur de contempler votre sublime face.
Allons !… qu’est-ce qu’elles me veulent ?
Scène II.
Soleil immortel,
Fais que ta lumière
Ici nous éclaire,
En ce jour cruel !
En cette occurrence,
Montre la clémence,
Soleil immortel ! etc., etc.
Jeunes Chinoises, développez devant moi l’objet de votre visite.
Grande lumière, nous venons vous adresser une réclamation.
Encore des réclamations !… et contre qui ?
Contre les hommes.
Auriez-vous à vous en plaindre ?
Au contraire, seigneur.
Si nous avions à nous en plaindre…
Nous ne serions pas venues vous importuner.
Je ne comprends pas.
Voici l’explication : nous avons remarqué avec douleur…
Ah ! oui !
Que depuis quelque temps les hommes perdaient la louable habitude de se marier.
Est-ce possible, Kékikako ?
Ça l’est, seigneur, ça l’est.
Nous venons donc supplier très-humblement Votre Grandeur de frapper d’un impôt les célibataires de quarante ans…
Comme inutiles…
Et comme gênant la circulation.
Est-ce possible, Kékikako ?
Ça l’est, seigneur, ça l’est.
En France, on impose bien les chiens.
Pourquoi n’imposerait-on pas les Chinois non mariés ?
Qui naturellement deviennent des objets de luxe.
Vous voulez que je traite mes sujets comme des caniches ?
Oui, oui ! elle a raison !
Guerre aux célibataires !
Guerre aux célibataires !
Au fait, c’est une idée ! Donc, je taxe les chiens… c’est-à-dire les Chinois de quarante ans qui ne sont pas mariés… et, de plus, j’impose les célibataires du sexe féminin au-dessous de trente ans qui voudront se marier.
Mais… seigneur Bataklan…
J’ai dit ! Que l’on se réjouisse, et que l’on débarrasse mon palais.
(Les Chinoises sortent.)
Ouf !… je respire !… Pourtant, je ne puis m’empêcher de penser à cette maudite guerre… (En ce moment paraît à l’une des portes latérales l’extrémité de la grande lorgnette du tableau précédent.)
Ciel !
Quoi ?
Voyez !
Un canon braqué sur nous !… L’invasion commence… dissimulons ! (Ils se posent en potiches en remuant la tête à la manière des magots.)
Scène III.
Ah ! quelqu’un !… (S’approchant.) Pardon… je cherche ma femme… n’auriez-vous pas vu ma femme ? (Bataklan remue la tête de gauche à droite.) Non ?… (Allant à Kékikako.) Et vous ?… Tiens ! ce sont des potiches !… Je cherche ma femme et je tombe en des faïences !… (Il retourne à Bataklan qui sort en sautant.) Il s’en va ! (Revenant à Kékikako.) Chapeau couleur solferino… manchon de fausse martre que je lui ai donné pour sa fête… (Kékikako sort de l’autre côté en dansant.) Lui aussi !… Avec tout ça, ils ne m’ont pas répondu !… Oh ! je comprends… ils ignorent mon idiome… ils ne parlent que le chinois, les imbéciles !… (S’adressant au public.) Il n’y aurait pas ici quelque mandarin lettré… ou illettré, qui entendrait le français ? Figurez-vous que j’arrive du Havre, à bord de la Constance (amère dérision !), pour suivre l’infidèle qui a trahi ses serments et sa foi. Des serments contractés à la mairie du treizième… après l’annexion !… Et me voici en Chine, où je la demande à tous les échos de Pékin. Ah ! la malheureuse ! c’est la littérature nouvelle qui l’a perdue… la lecture des romans du jour… Madame Bovary, de M. chose… Lui et Elle, de M. machin… Elle et Lui, de M. chose… Eux deux, d’eux deux… La Pénélope normande, de M. chose… Ah ! ce M. chose ! ce M. machin !… quels corrupteurs ! Si jamais je les rencontre… Du moins, ici, dans ce pays de potiches, elle est à l’abri de ce poison… la vue des magots lui rappellera peut-être son mari, et la ramènera dans le sentier de la pudeur… (Regardant dans sa lorgnette.) Ah ! là-bas… j’aperçois ma femme qui prend le thé avec un monsieur qui lui fait des tartines !… O ma lorgnette, je te remercie !… (Il sort vivement par la droite. Aussitôt, par l’autre porte, un zouave paraît et avance la tête.)
Scène IV.
As-tu vu…
La casquette…
As-tu vu…
La casquette au père Bugeaud ?
Si tu n’ l’as pas vu’, voltigeur,
As-tu vu…Tu n’auras pas d’ galette ;
As-tu vu…Si tu n’ l’as pas vu’, voltigeur,
As-tu vu…Tu n’auras pas mon cœur !
C’est moi, Mardi-Gras… je me suis mis en zouave pour pousser notre revue jusqu’en Chine, tout en passant des Revues.
Eh bien, personne ?… Visage de bois dans l’établissement !
A la boutique, s. v. p. !
A la boutique !
On demande des potiches !
Et on ne répond pas de la casse.
Quant à moi, Ben-Champion, me faut une odalisque du Japon.
Une odalisque !… Il en faut une douzaine par physionomie.
Une douzaine !… comme il y va, Sidi-Mouffetard !
C’est mon idée ! je me déguise en pacha.
Le soldat français est porté dessus l’amour… Pas vrai, Ben-Amour ?
C’est un fait ! surtout après un mois de planton sur un bâtiment à hélice… et qui en manque d’ délices.
Ah ! ah ! ah !
La main pour le mot.
Mais, avec tout ça, je meurs de faim, moi !
Je propose d’aller à la chasse des comestibles.
Aux comestibles !
Et surtout, mes enfants, de la discipline ; celui qui ne se conduira pas comme un vrai zouzou, sera mis à l’ordre du jour.
C’est dit !
Partons !… (Ils sortent par la gauche. – Aussitôt, par la droite et sur la ritournelle de l’air suivant, arrivent les vivandières.)
Scène V.
Halte ! front !
(Bruit charmant.)
Lorsqu’éclate la fusillade,
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan !
Quand !’ tambour commenc’ sa roulade,
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan !
Pour guérir une estafilade,
L’ meilleur calmant
C’est alors un’ bonne rasade
D’un vin fumant,
Qui fait pan, pan !
En s’échappant.
Pan, pan, pan !…
Accourez à nous, grognards et conscrits !
La santé du corps est dans nos barils.
C’est jour de bataille, on donne gratis
Bourgogne et Bordeaux, cognac et cassis !
Accourez à nous, etc., etc.
Que personne ne quitte les rangs !… je vais passer l’inspection !
Encore !…
Elle a la manie de l’inspection, celle-là !…
C’est assommant !…
Fixe !… (Passant l’inspection.) Levez la tête, numéro trois… Vivandière Mousqueton, rentrez l’estomac !… vous n’êtes pas dans l’alignement…
Mais, commandante, ce n’est pas ma faute si…
Silence !… C’est bien !… la tenue est satisfaisante… vivandières, je suis contente de vous !…
C’est encore heureux !…
Rompez les rangs !…
Ah !…
Et causons…
Oui, oui… causons… causons !…
Depuis que nous sommes en Chine, je le sais, vous avez respecté la discipline.
Je m’en flatte.
Je m’en contre-flatte.
Vous avez donné à ces peuplades, plongées dans l’abrutissement et étrangères à toute crinoline, une haute idée de notre civilisation…
Fichtre !… je le crois.
On sait se tenir en société.
Cependant…
Ah ! il y a un cependant ?…
Je l’aurais parié…
Cependant j’ai des reproches à adresser à l’une de vous.
Des reproches ?…
Et à cause ?…
Oui… oui… à cause ?…
Il m’est revenu qu’en traversant une rue de Pékin, une vivandière, oubliant les égards qu’on doit au vilain sexe, s’était permis, vis-à-vis d’un jeune magot, des familiarités intempestives…
Ah ! diable !…
Le dit magot était pur, naïf, candide… et mineur !… Il y a subornement de mandarin. Le voilà compromis.
Oh !… compromis !…
Pour si peu de chose !…
Il ne trouvera plus à se marier. C’est grave… très-grave !…
Ah çà ! mais ces Chinois sont donc des rosières ?…
Silence !… Je veux que le nom de la délinquante soit mis sur le rapport… et, pour cela, je l’invite à se déclarer. Que la coupable lève la main !… (Toutes lèvent la main.) Comment !… toutes !… est-ce possible !…
Pardon, pardon, commandante !…
Soit !… le délit étant général, je ne sévirai pas pour cette fois… mais que cela ne vous arrive plus, ou je serais inflexible. Je vous fais toutes fusiller.
Vive Constantine !… vive la commandante !…
Scène VI.
Par ici !… suivez-nous !…
Ah ! voici les camarades. !… (Tous les zouaves entrent, tenant chacun un Chinois prisonnier.)
Avancez donc, magots !…
Et plus vite que ça !…
Comment ! des prisonniers !
Un peu, femme respectable !
Je tiens le gouverneur !… je tiens le gouverneur !…
Le gouverneur !…
Eh bien, amène-le !
J’ peux pas !… il ne veut pas me lâcher !…
Ah ! ah ! ah !… (Michel entre, tirant à lui Bataklan.)
Grâce !… grâce !…
Rassurez-vous !… Le soldat français est magnanime et ne frappe jamais du sabre un ennemi désarmé. (Il lui donne un coup de pied au derrière.)
Ah !… je suis frappé dans mon honneur !
Comme ça doit l’ennuyer de poser en théière !
Allons, gros poussah, faites une risette à maman !… (Batalkan rit bêtement.) A-t-il l’air bête, ce gaillard-là !
Dites donc, camarades, si nous l’emmenions avec nous ?
M’emmener, moi, Bataklan ! le propre cousin du soleil !…
Oui, oui, emmenons-le !…
Vous verrez notre pays… cette belle France, berceau de la Polka des baisers !
Vous ferez connaissance avec les chinois de la mère Moreau.
Vous passerez des jours filés par la joie et la bamboche.
Eh bien, oui, ça me va !… nous danserons, nous souperons, nous follichonnerons. (Dansant.) Follichons et follichonnettes !…
Il sait la chanson !…
Je n’hésite plus !… je pars avec vous après la fête.
Hein !… il y a une fête ?
Que je m’étais payée et que je ne veux pas perdre… (Tous remontent et sortent.) J’avais donné des ordres à Kékikako, et… (S’apercevant qu’il est seul.) Que la fête commence ! (Changement à vue.)
Un jardin chinois brillamment illuminé.
Scène PREMIÈRE
(Polka chinoise, exécutée par les Chinois, les Chinoises, les zouaves et les vivandières.)
Je me suis mis en Chinois… pour n’être pas reconnu !… (Il continue de danser. – A la fin de la polka on entend un coup de canon.)
C’est le signal du départ.
Assez de danses comme ça.
Maintenant, en route !
En route !
Et sur une marche chinoise.
J’ai le Bataklan, mon chant de guerre !
En avant, le Bataklan ! (Chinois, zouaves, vivandières et le monsieur se munissent de grosses caisses, de cymbales, de chapeaux chinois. Tout le monde se met en ligne, et la marche commence.)
Pour célébrer ce beau voyage,
Chantons, hurlons à pleine voix !
Chantons avec force, avec rage,
Le refrain chéri des Chinois.
Bataklan !
Bourakan !
Astrakan !
Fichtonkan !
Oubliant les lois de la Chine,
Nous avalerons à la fois
Les Chinois et la mandarine,
La mandarine et les Chinois.
Bataklan !
Bourakan !
Astrakan !
Fichtonkan !
(Tintamarre. – Tableau,)
ACTE DEUXIÈME.
| LA PARODIE | Mlle | Chabert. |
| LA DUCHESSE DE CHAMELLINI | MM. | Léonce. |
| GÉMÉA | Désiré. | |
| LE DUC JOB | Caillat. | |
| LE VOLONTAIRE DU CIRQUE | Tautin. | |
| LE MARCHAND DE COCO | Desmonts. | |
| UN DOMESTIQUE | Jean-Paul. | |
| PREMIÈRE GENEVIÈVE | Mmes | Maréchal. |
| DEUXIÈME GENEVIEVE | R. Deschamps. | |
| TROISIÈME GENEVIÈVE | L. Tautin. | |
| PAULA | Tostée. | |
| LA PÉNÉLOPE NORMANDE | Cico. | |
| LA FILLE DE TRENTE ANS | Lasserre. |
Le salon de la Parodie.
Scène PREMIÈRE.
C’est bien ! c’est bien !… Attendez !… je vais m’informer si ma maîtresse peut vous recevoir… (Venant en scène.) Sont-ils agaçants, ces gens de théâtre !… On dirait que la Parodie ne doit songer qu’à eux.
Eh bien ! qu’est-ce donc ? qu’y a-t-il ?
Pardon, madame la Parodie, ce sont les Pièces nouvelles qui se prétendent toutes de grands succès et qui viennent…
Probablement.
C’est bien ! nous verrons ça… Qu’elles attendent un moment. (Le domestique sort.) Les parodier !… ne suis-je pas née pour cela ?… La Parodie n’est-elle pas partout aujourd’hui ?
Tout au monde est comédie ;
On ne voit dans l’univers
Que sujets de parodie,
Que médailles et revers.
Cette femme si jolie,
Grâce à la poudre de riz,
Ce n’est que la parodie
Et de la rose et du lis.
Ce financier qui se pique
De parler tableaux, couleur,
D’encourager la musique,
Parodie un connaisseur.
C’est parodie aussi, la prude
Qui marche dévotement,
Et regarde d’habitude
Lorsque défile un régiment.
Qu’est-ce enfin que la crinoline ?
Qu’est-ce aussi que les corsets ?
La parodie anodine
Des plus séduisants attraits.
Tout au monde est comédie ;
On ne voit dans l’univers
Que sujets de parodie,
Que médailles et revers.
Les quatre grands succès du jour !
Faites entrer !
Scène II.
Nous sommes les succès de Paris,
Et nous venons en votre logis,
Afin de vous prier
De nous parodier.
Daignez nous parodier,
Oui, nous parodier !
Les parodier !… Mais c’est donc une rage, une fureur !… (Au Duc Job.) Ah ! je vous reconnais !… vous êtes le Jeune Homme pauvre.
Pardon ! j’ai quelques points de ressemblance avec lui, mais je m’appelle le Duc Job.
Le Duc Job !… Enchanté de faire votre-connaissance. On dit que votre succès…
A été tout de go !… Quoique gentilhomme, je suis très-industrieux. D’abord, je me fais soldat… puis je fabrique du papier à cigarettes, pour que vous en fumiez… de Job.
Fumier de Job !… Ah ! ah ! pour un grand seigneur, voilà un jeu de mots…
Ah ! je ne suis pas du tout collet-monté. Ma comédie trahit parfois le ton du vaudeville.
Qu’est-ce que c’est donc que cette personne-là ?
Vous ne le devinez pas ?… un costume antique et un bonnet de Cauchoise… C’est la Pénélope normande.
Je voudrais bien connaître son histoire.
Elle ne demande qu’à la chanter.
Quand fut parti l’époux fidèle,
Je m’ennuyais horriblement ;
L’attente est chose si cruelle,
Je pris un tout petit amant.
C’est si bon quelqu’un qui vous aime !
Ma foi, j’eus bientôt deux galants.
J’en aurais bien pris un troisième,
Mais je n’en ai pas eu le temps,
C’est pour continuer cette vie
Que j’ai quitté la Normandie.
Et ce troupier ?
Moi, mille tonnerres !… je suis le jeune Volontaire de l’Histoire d’un drapeau… un succès de poudre, et qui fait de l’or.
Ah ! le Cirque a donc renoncé à la monnaie de billon ?
Et il a bien fait, mille carabines !
Et cette pauvre jeune fille qui reste tristement à l’écart et semble délaissée ?
Bien délaissée, en effet, Madame ; vous voyez en moi la Fille de trente ans… et même davantage… Je cherche un mari… mais j’ai beau déployer mes séductions, tout le monde me fuit, m’abandonne.
Peut-être avez-vous quelques défauts ?
C’est la faute de mon auteur, qui me les a donnés.
Le fait est que, depuis quelque temps, l’auteur de la Camaraderie et de Bertrand et Raton n’a plus que des…
Halte-là !… vous oubliez ses succès.
Envers lui moins de rudesse !
De chez nom le violoneux
Redisait à la jeunesse
En montrant un arbre vieux :
« S’il n’a plus son vrai feuillage,
S’il n’a plus d’aussi beaux fruits,
Eh ! lon, lon, la, jeunes gens du village,
Souvenez-vous de ceux qu’il a produits. »
Eh ! lon, lon, la, jeunes gens du village, etc.
Allez !… je songerai à vous.
Et n’oubliez pas surtout, Madame, que…
Nous sommes les succès de Paris,
Et nous venons en votre logis, etc.
(Ils sortent. – Le domestique rentre.)
Scène III.
Entrez, entrez, Mesdemoiselles.
Que vois-je !… Trois sœurs jumelles !…
Les trois Genevièves de Brabant.
C’est moi qui suis l’aînée.
L’ainée… Ah ! oui… à cause du costume.
J’ai vu le jour il y a trois mois, aux Bouffes-Parisiens.
Vous paraissez bien souffrante.
Ce n’est pourtant pas l’air qui m’a manqué.
Qu’est-ce donc alors ?
O ma, ma, maman !
J’ai bobo, j’ai de la peine.
O ma, ma, maman !
C’est mon poëm’ qui me gêne.
Je chantais assez bien,
Mais ça n’y faisait rien ;
Le public, pas content,
Le méchant !
O ma, ma, maman !
A fait du mal à l’enfant !
Oh ! oh ! oh ! oh !
J’ai bobo !
Je comprends ! (Montrant la deuxième Geneviève.) Et celle-ci ?
La Geneviève des Variétés.
Une variété de Geneviève.
Une copie, une imitation qui m’a pris mes défauts sans me prendre mes qualités…
Enfin, et cette autre, la troisième ?
Je suis la Geneviève du Palais-Royal, mon petit.
Tiens, elle a l’air d’une gaillarde. Elle doit avoir de l’esprit.
De l’esprit ?… voilà ! (Elle lève la jambe.)
Du talent.
Du talent ?… voilà ! (Elle lève l’autre jambe.)
Il paraît que tout son talent, tout son esprit.
Consiste à lever la jambe.
Ce qui fait qu’elle a eu bientôt levé le pied.
O ma, ma, maman !
J’ai bobo, j’ai de la peine.
O ma, ma, maman !
V’la ç’ qu’arrive quand on s’ démène.
Dans mon pas très-risqué,
Crac ! le pied m’a manqué !
Enfin, c’est le cancan,
Le méchant !
O ma, ma, maman !
Qu’a fait du mal à l’enfant.
Oh ! oh ! oh ! oh !
J’ai bobo !
Le Marchand de coco, du théâtre de l’Ambigu.
Comment, on nous congédie ?
Entrez là… vous avez droit à une place chez moi. (Elles sortent en reprenant ensemble :)
O ma, ma, maman ! etc.
Scène IV.
A la fraîche ! qui veut boire ?… Voilà le coco ! (Il fait aller sa sonnette.)
Mais taisez-vous donc, vous faites un bruit…
C’est pour chauffer mon succès. A la fraîche ! qui veut boire ?…
Enfin, êtes-vous amusant ? Vous paraissez assez gai.
Il y a dans ma pièce du gai… et du triste. Je m’appelle Gaspard… pas Gaspard l’Avisé… Gaspard, le marchand de coco.
Je comprends.
J’ai mis dans ses meubles une jeunesse.
Diable ! c’est peu moral.
Cette jeunesse, c’est la fille d’un proscrit… et je l’ai recueillie pour la sauver.
Ah ! fort bien !… et comme une bonne action trouve toujours sa récompense…
On arrête ma femme, on arrête ma fille, on arrête toute la boutique.
Et vous ?
Moi, je reçois un coup de baïonnette et je tombe en agitant ma sonnette.
Voilà une sonnette qui joue un grand rôle dans votre drame.
Oui, quand la voix me manque, je remplace le dialogue par une sonnette vive et animée… A la fraîche ! qui veut boire ?… Voilà le coco ! (Il sort.)
Madame !… Madame !… c’est une Tireuse de cartes qui vous demande. Elle arrive de la Porte-Saint-Martin, par l’omnibus.
La Tireuse de cartes ? qu’elle entre ! Je serai charmée de la voir.
Scène V.
Je m’appelle Géméa… Je tire les cartes et va-t-en ville… Je suis la mère numéro un de la petite. (Elle sort par la gauche.)
Je suis la duchesse de Chamellini, une femme de la haute… Italie, et la mère numéro deux de la petite. (Elle sort par la droite.)
Moi, je suis la petite. V’lan ! (Elle sort par le fond en sautillant.)
Pendant que j’étais allée faire une réussite de trente-cinq sous, on m’a filouté mon enfant, et on lui a fait renier la chanson de sa mère.
J’ai agi comme une drôlesse en chipant le bébé… et si c’était à recommencer… j’agirais exactement de même.
Voilà une exposition extrêmement claire.
Cette femme !…
Cette bohémienne !…
La duchesse !
Géméa !
Ma fille ! Rends-moi ma fille ! Je veux ma fille !
Que l’enfant prononce !
Soit ! En avant la grande scène du quatrième acte. Remontons !… (Elles remontent.)
Redescendons !… (Elles redescendent la scène. – Musique.)
Me revoici.
Je suis Géméa, la tireuse de cartes.
Dis une tireuse de carottes !
Taisez-vous ! (A Paula.) Je t’ai engendrée et mise au monde. Tes frères, tes malheureux frères, sont tous millionnaires. Auras-tu le cœur de laisser tes frères sur le carreau ? (Paula porte la main à ses yeux. Mouvement de la duchesse.) Ah ! taisez-vous ! vous voyez bien qu’elle y va de sa larme !
O mon Dieu !
O mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu !
C’est très-pathétique !
T’avoir engendrée, belle fichaise ! Moi, je t’ai mise en nourrice… douze francs par mois, le savon compris. Je t’ai fait éduquer aux oiseaux ; je t’ai fait apprendre les Lanciers et un peu de violon… enfin j’ai fait de toi une demoiselle du monde. Veux-tu renier les principes de la bonne société pour retourner avec cette cartomancienne ?
O mon Dieu !
O mon Dieu ! mon Dieu !
O mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu !
Le style est beau, mais peu varié.
Viens !…
Viens !…
Quelle situation !… placée entre deux mères, comme l’isthme de Suez !
Rachel, quand du Seigneur la grâce tutélaire
A mes tremblantes mains confia ton berceau…
Pourquoi parler en cette affaire
De la Juive et de son berceau ?
C’est la même situation,
Et c’est le cri de la passion.
(A Paula,)
Tiens, voici cet écrit redoutable.
Ne prends pas cet écrit redoutable.
Cet écrit redou…
Cet écrit redou…
Cet écrit redou… table !
Eh ! quoi ! mais c’est Robert le Diable
Que vous me chantez à présent.
C’est la même situation.
Et c’est le cri de la passion !
Tu n’auras pas mon enfant !
Tu n’auras pas mon enfant !
Comment ! vous poussez le scandale
Jusques aux dames de la halle !
LA DUCHESSE.
C’est la même situation.
Et c’est le cri de la passion.
(A Paula.)
Opte !
Opte !
Que j’opte ?
Je t’adopte.
Elle radopte !
Ah !
(Tenue.)
Dites donc, duchesse, mais il y a longtemps que l’orchestre a fini.
Ah !… (Au chef d’orchestre.) Pardon, monsieur Varney !… mais c’est le cri du cœur.
O mon Dieu !
O mon Dieu ! mon Dieu !
O mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu !… (D’une voix naturelle.) Allons-nous-en !…
Allons-nous-en !… (Elles vont pour sortir.)
Dites donc, il me semble que ça mérite bien un petit bout de parodie ?
Une parodie !… mais vous venez de la faire vous-mêmes… Je ne trouverais jamais mieux que ça.
Vous refusez ?…
Sans doute.
O mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu ! (Toutes sortent par le fond. – La Parodie entre à gauche. – Changement à vue.)
| GRÉTRY | MM. | Désiré. |
| GLUCK | Desmonts. | |
| MOZART | Treillet. | |
| WEBER | Duvernoy. | |
| UN AGENT DRAMATIQUE | Tautin. | |
| LE COMPOSITEUR DE L’AVENIR | Bonnet. | |
| UN MAITRE DE CÉRÉMONIES | Jean-Paul. | |
| UN JEUNE HOMME | Marchand. | |
| LE DIAPASON | Mlle | Tautin. |
Les Champs-Élysées. – Au fond, un poteau avec ces mots écrits en gros caractères : Champs-Élysées. Côté de la musique. – Nota. – Il est défendu, sous peine d’amende, de laisser entrer les pianos et les albums.
Scène PREMIÈRE.
Et zig et zog, et tic et toc,
Quand les bœufs
Vont deux à deux…
J’ai perdu mon Eurydice,
Rien n’égale…
(Apercevant Grétry.) Eh ! c’est le papa Grétry !… Bonjour, Grétry !
Bonjour mon cher Gluck !… Vous avez l’air bien joyeux ce matin.
Oui ; vous ne savez pas la nouvelle ? on vient de reprendre à Paris mon Orphée.
Bravo !
Et il est aussi question de la reprise d’Armide.
Vos deux chefs-d’œuvre… Je vous en félicite. Vous allez gagner de l’argent.
J’y compte bien.
La fameuse querelle des Gluckistes et des Piccinistes va recommencer.
Ah ! ne me parlez pas de ce petit Piccini ! un Italien !… un cuistre !
Et votre Orphée est-il bien exécuté ? Avez-vous un bon contralto ?
Admirable !… du moins à ce que disent les gazettes… car, moi, je ne connais pas cette chanteuse… Elle ne vivait pas de mon temps.
Heureusement pour elle !… Ah çà ! que faisons-nous ? Je vous propose une partie de dominos.
Volontiers.
Un domino à trois, Messieurs !
Mon cœur soupire…
Bonjour, bonjour, Mozart.
(Ils se donnent la main.)
Eh bien, qu’en dites-vous ?
J’accepte !… quoique la partie à trois n’ait pas mes sympathies. Va pour le domino à trois !
A quatre, si vous le permettez !
Chasseur diligent…
Bonjour, bonjour, Weber…
(Nouvelles poignées de main.)
J’aime mieux ça !
Asseyons-nous… (Ils approchent une table et remuent les dominos.)
A qui la pose ?
Deux-quatre !
Ah ! vous êtes pour le deux-quatre !
Six-huit !
Comment ! six-huit ?
Ah ! non, pardon, je me trompais de mesure… c’est-à-dire de dé ; c’est six-quatre.
A vous l’honneur ! (La partie commence.)
Combien jouons-nous ?
Un double louis.
Peste !…
On voit que vous êtes un richard.
Ce n’est pas comme quand vous étiez sur terre.
Mais oui, on me joue… Je louche d’assez jolies sommes, à présent que je n’ai plus besoin de rien…
Scène II.
Illustres maestri…
Tiens !
Ce sont vos droits d’auteur du mois dernier que je vous apporte.
Ah ! très-bien !
Avons-nous fait de belles recettes ?
Avons-nous eu beaucoup de représentations ?
Voici vos bulletins… Voyez !
Diable !… je n’ai été joué que douze fois ce mois-ci.
Moi, seize.
Et nous, trois…
Enfin, c’est égal, le sac est respectable.
Partageons !…
Scène III.
Pardon, Messieurs.
Hein ?… qu’est-ce ?…
Que veut cet intrus ?
Qui êtes-vous, jeune homme ?
Un jeune compositeur… lauréat du Conservatoire de musique.
Le Conservatoire ?… je ne connais pas…
Ça n’existait pas encore de mon temps, ça !
J’ai composé plusieurs opéras…
Qui ont été représentés ?
Bien des fois… à tous les directeurs de théâtre… mais sans pouvoir être admis.
Ah ! ils n’ont pas été reçus ?
Hélas ! non… faute de place.
Comment ? mais on dit qu’il ne manque pas de places à Paris.
Les compositeurs morts n’en laissent plus aux vivants.
Et vous veniez ?
Vous prier de me laisser représenter de temps en temps, moi et mes jeunes confrères.
Diable !… Permettez… c’est que…
J’ai perdu hier au soir quarante francs aux dominos.
Certainement il est bon, il est louable de rendre à la scène vos inimitables chefs-d’œuvre…
Jeune homme… couvrez-vous donc !
Vous êtes ici entre plusieurs airs…
Mais enfin, il ne faudrait pas ne donner que des reprises.
Sans doute, sans doute, mais…
On a repris Richard Cœur de lion.
Mon enfant bien-aimé !
On a repris Robin des Bois et Oberon…
Les deux plus belles perles de mon écrin !
On a repris le Mariage de Figaro…
Un diamant !…
On a repris Orphée, on va reprendre Don Juan…
Où est le mal ?…
Je suis joué les lundis, mercredis et vendredis…
Moi, les mardis, jeudis et samedis…
Grétry et moi, nous sommes joués les dimanches…
On vous jouera… dame !… on vous jouera…
Dans les années bissextiles.
Cependant… permettez…
Tenez, jeune homme, vous m’intéressez et je veux vous donner un conseil. Vous voulez être joué, n’est-ce pas ?… eh bien, cherchez un bailleur… de fonds… A Paris, pour les entreprises dramatiques, on trouve toujours de l’argent… sept ou huit cent mille francs… une bagatelle !… Vous achetez un terrain, vous vous faites construire une jolie petite salle, et vous faites représenter vos ouvrages… Ah ! seulement, pour l’ouverture, je vous conseille de reprendre Zémire et Azor… Il y a là cent bonnes recettes !… (Il remonte.)
Pensez donc à Iphigénie…
N’oubliez pas la Flûte enchantée…
Reprenez Euryante… ça a été bien mal exécuté… et avec des décors…
Et moi, je me jouerai dans les entr’actes. (Il sort par la droite. On entend jouer la Marche du Prophète.)
Qu’est-ce que cela ?
Scène IV.
Verzeisen sie, mein herr ? Guten morgen !… wie befinden sie sich ? Haben sie wohl geschlafen ? Es ist heûte eime schœne Weter. Ich bin sehr glücklich heûte. Welcher pfoener Festtage ! wie gehst ? ganz güt. Desto besser !
Ah çà ! qu’est-ce qu’il dit ?… Pourquoi s’adresse-t-il à moi plutôt qu’à un autre ?…
Fête de Schiller.
Ia, mein herr. Schiller ! Meyerbeer ! Schiller ist ein grosser dichter. Meyerbeer ist ein grosser müsiker. Ich bin sehr glücklich zü haben erstimal die gelegen heit zü sprechen laüt von Meyerber… Welcher grosser dichter Schiller… Welcher grosser tonsitzer Meyerbeer !…
Je ne comprends pas un mot à ce qu’il dit.
Il s’agit de la cérémonie qui a eu lieu dernièrement à l’occasion de la fête de Schiller, et pour laquelle on a composé tout exprès la marche que vous venez d’entendre.
Cette marche ?… mais il y a dix ans que je l’ai sur mon clavecin. C’est la Marche du Prophète.
Oh ! c’est toujours la même marche.
Après ça, pourvu que ça marche !…
Was sagen sie. Sie irren Sich. Was ist das ?…
Qu’est-ce qu’il dit ?… qu’on ouvre le vasistas ?…
Oh ! Meyerbeer !… Meyerbeer !… Robert le Diable !… siblime !
Oui !…
Les Huguenots… siblime !…
Oui !
Le Prophète… siblime !…
Oui.
L’Étoile du Nord… siblime !…
Oui.
Le Pardon de Ploërmel… siblime !… (Les quatre compositeurs étendent le bras et ouvrent la bouche sans rien articuler. – Le maître de cérémonies insistant.) Le Pardon de Ploërmel… siblime !… (Même silence des quatre compositeurs.) Je vous demande pardon de Ploërmel !… (La marche reprend. Il sort suivi par le porte-bannière.)
En Meyerbeer j’ai confiance ;
L’Africaine enfin paraîtra,
Et le succès lui reviendra !…
Oui !…
Scène V.
La !…
Hein ?… qui vient là ?
C’est moi. (Filant un son.) La…
Mais enfin, qui êtes-vous ?
La victime des révolutions musicales… un pauvre petit instrument mis au rancart…
J’y suis !… c’est le Diapason.
Hélas !… oui, le Diapason supprimé.
En effet, j’ai entendu parler de vos infortunes.
Ah ! elles sont bien tristes, allez !… Après avoir été à la mode… après avoir donné le ton… (Fièrement.) car j’ai donné le ton, Messieurs… se voir baisser tout à coup !… quel abaissement !
Pauvre enfant !… son chagrin m’intéresse.
Comment cela est-il arrivé ?
Contez-nous donc ça.
Voilà !… Comme Lindor, ma naissance est commune : je dois le jour à un simple ouvrier. Les premiers temps de ma vie s’écoulèrent chez un luthier… Quoique d’assez petite taille, j’avais une constitution de fer ; j’étais doué d’une intelligence précoce. Dès l’âge le plus tendre, je résonnais à ravir.
Voyez-vous ça !
Un musicien me vit, je lui plus, et après m’avoir essayé… comme on essaye un diapason, en me frappant…
Ciel !
Légèrement… sans me faire de mal… (Reprenant le récit.) il m’emmena chez lui. Un jour il fut nommé professeur, et j’entrai avec lui dans une classe de chant.
De jeunes gens ?
Non… de demoiselles… et il y en avait de fort gentilles… une surtout, qui me tapait toujours sur le dos pour prendre le la… C’était sur mon dos qu’elle prenait le la… Comme sa voix était charmante, et comme elle tapait gentiment !… C’est à elle que je dois mes plus douces vibrations.
Je comprends, c’était l’amie…
C’était l’amie, l’adorée…
La mi la do ré… je connais ça.
Nous nous entendions à merveille… Mêmes sons, mêmes intonations… Hélas ! ce fut ce qui me perdit.
Les notes aiguës devenaient à la mode ; je me mis à monter d’un quart de ton, elle me suivit… puis d’un demi-ton, elle me suivit encore… Alors, toutes ses rivales voulurent en faire autant ; on prétendit que je leur cassais la voix.
Ah ! diable !
Enfin, un beau matin, on m’a donné mon congé.
Vous voyez en moi la victime
De l’ut dièze italien.
Je porte le poids d’un crime
Qui pourtant n’est pas le mien.
Élevant le diapason,
Les grands chanteurs m’ont, sans raison,
D’un demi-ton fait monter ;
Aussi, dès qu’ils voulaient chanter,
Miaoux ! miaoux !
Les chais étaient au rendez-vous.
Allons, consolez-vous, vous rentrerez en grâce.
On reviendra à vous.
Espérons-le !… (Soupirant.) C’est si ennuyeux de ne plus être tapé !… (Il sort par la droite en reprenant : Miaoux ! miaoux ! Aussitôt après sa sortie, on entend un grand bruit en dehors.)
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Scène VI.
Me voilà ! me voilà !… Je suis le compositeur de l’avenir, et je vous écrase tous, vous le Passé, vous la Routine !… Je suis toute une révolution. Plus de notes, plus d’harmonie, plus de diapason ! plus de gamme ! Plus de bémols ! plus de dièzes ! plus de bécarres ! plus de forté ! plus de pianos !
Plus de musique alors ?
Si ! mais une musique étrange, inouïe, indéfinissable, indescriptible !
Pourriez-vous nous faire entendre un morceau de votre composition ?
J’en ai toujours sur moi. (Il tire une partition de sa poche, s’approche du chef d’orchestre et le salue.) Auriez-vous l’obligeance de distribuer ceci à vos musiciens ?… (Après un moment.) Vous y êtes ?… très-bien !… commençons !… c’est la Marche des Fiançailles. Écoutez et admirez !… (L’orchestre exécute une symphonie barroque. – Le compositeur, un bâton à la main, conduit les musiciens en annonçant les divers motifs.) La demande en mariage… Départ pour la mairie… Adieux de la mère… (Rentrée de trompette.) A cheval ! Messieurs… à cheval !…
Ah çà ! mais, on dirait l’enterrement de Bastien… c’est l’air des Bottes de Bastien !… (Mozart, Grétry, Weber et Gluck se bouchent les oreilles.)
Ah ! le monstre !…
Ah ! le gueux !…
Ah ! le brigand !…
Qu’est-ce qui a laissé entrer cet homme-là ici ?… (La symphonie s’achève. Le compositeur, au comble de l’émotion et de l’enthousiasme, tombe par-dessus le trou du souffleur dans les bras du chef d’orchestre, qu’il embrasse. Grétry, Weber, Mozart et Gluck l’aident à se relever.)
Je n’ai pas fini.
Miséricorde !… est-ce qu’il va recommencer ?…
Je vais maintenant vous chanter quelque chose !…
Ça sera joli !…
La Tyrolienne de l’Avenir !… (Il chante une tyrolienne. Les quatre compositeurs l’accompagnent en imitant les accents du canard. Puis, la tyrolienne finie, ils tombent sur le compositeur de l’Avenir à coups de poings et le chassent.)
Chassez-moi !… injuriez-moi !… je n’en suis pas moins le compositeur de l’avenir !… (On baisse un rideau qui représente la charge de différents tableaux de la dernière exposition de peinture.)
| PREMIER BOURGEOIS | MM. | Desmonts. | |
| DEUXIÈME BOURGEOIS | Caillat. | ||
| LE MONSIEUR A LA LORGNETTE | Léonce. | ||
| MONSIEUR K | Bonnet. | ||
| UN INVALIDE | Désiré. | ||
| UN INSPECTEUR | Tautin. | ||
| MADAME X | Mlle | Rose-Deschamps. |
Scène PREMIÈRE.
Ah ! les beaux tableaux !… et quels superbes cadres !… Je suis seulement fâché de n’avoir pas le catalogue…
J’en ai un, Monsieur, et si vous désirez savoir quelque chose…
Ah ! Monsieur, que de remerciements !… Auriez-vous l’obligeance de me dire quel est ce grand tableau, dans le coin, à droite ?
Quel numéro ?
Numéro vingt-trois… N’est-ce pas un Raphaël ?
Non, Monsieur, il n’y a à cette exposition que des ouvrages d’artistes contemporains, conséquemment rien de Raphaël.
J’en suis fâché… J’ai vu dernièrement au musée de Versailles des batailles de lui qui n’étaient pas mal.
Numéro vingt-trois… Mort de César.
César Girodot ?
Eh ! non… César, vous savez bien, qui a été assassiné à Rome, il y a quelques années…
Ah ! César !… un Grec ?… Ah ! c’est sa mort qu’on a voulu représenter !… Mais je ne vois là qu’un paquet de linge…
Probablement c’était le jour de la blanchisseuse.
Et ce portrait de femme ?
Où ça ?
Là-haut, numéro trente-quatre… Ça doit être mademoiselle Alphonsine, des Variétés… ou madame Laurent, de la Porte-Saint-Martin.
Portrait de madame X., par M. Bénédict Masson.
C’est bien gâché, pour un maçon !… Madame X. !… je ne connais pas !… C’est égal, c’est une jolie blonde… Si j’étais le mari de cette femme-là, je ne serais pas tranquille.
Quand on se met à l’exposition avec un petit nez comme celui-là, ce n’est pas la femme qui est le plus exposée…
C’est le mari !
Ah ! c’est madame votre épouse ? Monsieur, je vous en fais mon compliment.
Vous êtes bien bon !… Il n’y a pas de quoi. Ah ! Monsieur, cette créature-là me donne bien du tintoin. Vous ne l’auriez pas aperçue ? Elle ne serait pas ici, par hasard ?
Non.
Elle m’avait demandé la permission d’aller au bain, peut-être est-elle dans une baignoire.
Ou au paradis.
Au paradis ! c’est impossible ! Elle ne va jamais dans ces endroits-là !… Voyons donc !… voyons donc !… (Il regarde avec sa lorgnette.) Ah ! mon Dieu !
Quoi donc ?
Ce portrait… mais c’est celui du jeune homme qui la suivait en voyage… Il a eu l’audace de se faire pendre auprès de ma femme !… C’est une infamie !… une indignité !… je proteste !
Silence dans les rangs !… Si vous criez ainsi, l’inspecteur vous fera sortir.
Tiens !… le portrait d’invalide qui parle !…
Dites donc, inspecteur, sans vous commander, donnez-moi une prise.
Voilà !… (Il monte sur un tabouret et donne une prise à l’invalide.)
Grattez-moi l’occiput ! (L’inspecteur lui gratte la tête.) Insistez !… A propos, j’en grillerais bien une… Est-ce que vous n’auriez pas une cigale à me donner ?
Si vraiment, mon brave.
Avec un peu de feu, sans vous commander.
Voilà ! (Il lui donne du feu, l’invalide se met à fumer.)
Eh ! l’ami !… l’inspecteur !
Hein ? qui m’appelle ?
Moi ? par ici… numéro cinquante-sept !
Comment, lui aussi !…
Passez-moi donc un prinçados, s’il vous plaît.
Est-ce qu’ils croyent que j’ai dans ma poche un bureau de tabac ?
Ah !… et à moi, monsieur l’inspecteur, une petite cigarette de maryland.
Ma femme !… ma femme qui fume des cigarettes !… Iphigénie, au nom des lois, je vous défends…
Vous m’ennuyez !…
Je l’ennuie !… elle ose l’avouer !
Mais taisez-vous donc, Monsieur !
Que je me taise !… Je ferai du scandale, au contraire !… La Gazette des Tribunaux retentira de nos débats… Il y aura du charivari… Pour briser notre union, j’invoquerai l’Indépendance belge… et nous verrons si une femme a le droit de scandaliser le pays en foulant aux pieds un acte constitutionnel et l’opinion nationale du siècle. Venez, Messieurs, fendons la presse… Je cours invoquer les lois de ma patrie. (Il sort, ainsi que les deux bourgeois.)
Bon voyage, monsieur Dumollet !…
Ah ! Madame, vous dites ça, parce que vous savez que je n’en ai pas. (Il disparaît. – L’orchestre joue l’air : Bon voyage, monsieur Dumollet.)
Décoration de palais antique.
Exécuté par mesdames Maréchal, Cico, Rose-Deschamps, Fréval, Grandet et Leclerc.
Dansé par mademoiselle Tautin et M. Désiré.
Galop final, dansé par toute la troupe.
L’AMOUR : M. Léonce.