Les Gaietés/Le Chien de Saint Roch

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Les Gaietés Aux dépens de la Compagnie (pp. 103-105).

CHANSONS POLITIQUES ET SATIRIQUES



LE CHIEN DE SAINT-ROCH,
OU ÉLOGE DE L’ABBÉ CERBÈRE [1].

Air : Monsieur l’abbé, où courez-vous ?


Saint Roch un jour dit dans les cieux :
Collègues, foin des envieux !
Il faut qu’on ne se fie,
En rien,
À la philosophie…
Vous m’entendez bien.


Vous êtes des jean !… c’est le mot.
Pour moi, je transforme aussitôt,
Par un secret magique,
Mon chien,
En roquet satirique…
Vous m’entendez bien.

Sur son cul le chien se mettant,
Un coup de pied ! zeste… à l’instant
À Paris nous l’envoie,
Eh bien !
Aussitôt il aboie…
Vous m’entendez bien.

Voltaire attaque aux sombres bords [2]
De Fréron [3], du diable et des morts
Les préjugés sans nombre ;
Le chien
Aboie après son ombre…
Vous m’entendez bien.

Nous philosophons aux Français,
Mais de peur qu’un jour de succès
Satan ne nous emporte,
Le chien
Doit en garder la porte…
Vous m’entendez bien.


Gueule ouverte à ses ennemis,
Gueule ouverte à ses bons amis,
Il avale sans tordre,
Eh bien !
Et ne vit que de mordre…
Vous m’entendez bien.

Pour une actrice ayant sauté,
Aux amateurs il a vanté
Ses attraits et sa grâce,
Eh bien !
Il est son chien de chasse [4]
Vous m’entendez bien.

Auteurs qui voulez l’assommer,
Tout Paris peut vous affirmer
Qu’il court à son breuvage
Trop bien
Pour qu’on craigne sa rage…
Vous m’entendez bien.

Ô grand Saint-Roch ! du haut des cieux,
Voyez comme on l’aime en tous lieux !
Sur un coffre il renifle,
Le chien,
Et partout on le siffle…
Vous m’entendez bien.



  1. Cette chanson, faite contre un journaliste trop fameux, a été publiée en 1809. (Note du Supplément à l’édition de 1834 ; Perrotin, éditeur.)

    Il s’agit de l’abbé Geoffroy, du Journal des Débats.


  2. … Dans les royaumes sombres,
    S’il est des préjugés, j’en guérirai les ombres.
    Voltaire. Épit. à Boileau.
  3. L’abbé Geoffroy avait rédigé l’Année littéraire après la mort de Fréron (1776).
  4. Mademoiselle Duchesnois, avec qui l’abbé Geoffroy vivait. — Il la divinisait à la scène et la protégeait à la ville.