Le Christianisme dévoilé/Chapitre IX

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CHAPITRE IX.

Des rites, des cérémonies myſtérieuſes, ou de la Théurgie des Chrétiens[1].

Si les dogmes, enſeignés par la religion Chrétienne, ſont des myſtères inacceſſibles à la raiſon ; ſi le Dieu, qu’elle annonce, eſt un Dieu inconcevable, nous ne devons pas être ſurpris de voir, que, dans ſes rites & ſes cérémonies, cette religion conſerve un ton inintelligible & myſtérieux. Sous un Dieu, qui ne s’eſt révélé que pour confondre la raiſon humaine, tout doit être incompréhenſible, tout doit mettre le bon ſens en défaut.

La cérémonie la plus importante du chriſtianisme, et sans laquelle nul homme ne peut être sauvé, s’appelle le baptême  ; elle consiste à verser de l’eau sur la tête d’un enfant, ou d’un adulte, en invoquant la trinité. Par la vertu mystérieuse de cette eau, et des paroles qui l’accompagnent, l’homme est spirituellement régénéré  ; il est lavé des souillures, transmises de race en race, depuis le premier pere du genre humain ; en un mot, il devient enfant de Dieu, et susceptible d’entrer dans sa gloire, lorsqu’il sortira de ce monde. Cependant, suivant les chrétiens, l’homme ne meurt qu’en conséquence du péché d’Adam ; et si, par le baptême, ce péché est effacé, comment arrive-t-il que les chrétiens soient sujets à la mort ? On nous dira peut-être, que c’est de la mort spirituelle, et non de la mort du corps, que J C a délivré les hommes ; mais cette mort spirituelle n’est autre chose que le péché ; et dans ce cas, comment peut-il se faire que les chrétiens continuent à pécher, comme s’ils n’avoient point été rachetés et délivrés du péché ? D’où l’on voit que le baptême est un mystère impénétrable à la raison, dont l’expérience dément l’efficacité[2].

Dans quelques sectes chrétiennes, un évêque, ou un pontife, en prononçant des paroles, et en appliquant un peu d’huile sur le front, fait descendre l’esprit saint sur un jeune homme, ou un enfant ; par cette cérémonie, le chrétien est confirmé dans sa foi, et reçoit invisiblement une foule de graces du très-haut.

Ceux de tous les chrétiens, qui, par le renoncement le plus parfait à leur raison, entrent le plus dans l’esprit de leur religion inconcevable, non contens des mystères qui leur sont communs avec les autres sectes, en admettent un sur-tout, qui est propre à causer la plus étrange surprise, c’est celui de la transubstantiation. à la voix redoutable d’un prêtre, le dieu de l’univers est forcé de descendre du séjour de sa gloire, pour se changer en pain ; et ce pain, devenu Dieu, est l’objet des adorations d’un peuple qui se vante de détester l’idolâtrie[3].

Dans les cérémonies puériles, auxquelles l’enthousiasme des chrétiens attache le plus grand prix, l’on ne peut s’empêcher de voir des vestiges très-marqués de la Théurgie pratiquée chez les peuples orientaux. La divinité, forcée par le pouvoir magique de quelques paroles, accompagnées de cérémonies, obéit à la voix de ses prêtres, ou de ceux qui savent le secret de la faire agir, et, sur leurs ordres, elle opére des merveilles. Cette sorte de magie est perpétuellement exercée par les prêtres du christianisme : ils persuadent à leurs disciples, que des formules, reçues par tradition, que des actes arbitraires, que des mouvemens du corps, sont capables d’obliger ce Dieu de la nature à suspendre ses loix, à se rendre à leurs vœux, à répandre ses graces. Ainsi, dans cette religion, le prêtre acquiert le droit de commander à Dieu lui-même : c’est sur cet empire qu’il exerce sur son Dieu ; c’est sur cette théurgie véritable, ou sur ce commerce mystérieux de la terre avec le ciel, que sont fondées les cérémonies puériles et ridicules, que les Chrétiens appellent Sacremens. Nous avons déja vu cette théurgie dans le baptême, dans la confirmation, dans l’eucharistie ; nous la retrouvons encore dans la pénitence, c’est-à-dire, dans le pouvoir que s’arrogent les prêtres de quelques sectes, de remettre, au nom du ciel, les péchés qu’on leur a confessés. Même théurgie dans l’ordre, c’est-à-dire, dans ces cérémonies qui impriment à quelques hommes un caractere sacré, qui les distingue des prophanes mortels. Même théurgie dans ces fonctions et dans ces rites, qui fatiguent les derniers instans d’un mourant. Même théurgie dans le mariage, où le chrétien suppose que cette union naturelle ne pourroit être approuvée du ciel, si les cérémonies d’un prêtre ne la rendoient valide, et ne lui procuroient la sanction du Tout-puissant[4].

En un mot, nous voyons cette magie blanche, ou théurgie, dans les prieres, les formules, la lithurgie, et dans toutes les cérémonies des chrétiens ; nous la trouvons dans l’opinion qu’ils ont, que des paroles, disposées de certaine maniere, peuvent altérer les volontés de leur dieu, et l’obliger à changer ses décrets immuables. Elle montre son efficacité dans ses exorcismes, c’est-à-dire, dans les cérémonies, par lesquelles, à l’aide d’une eau magique, et de quelques paroles, on croit expulser les esprits malins qui infestent le genre humain. L’ eau bénite, qui, chez les chrétiens, a pris la place de l’ eau lustrale des romains, posséde, selon eux, les vertus les plus étonnantes ; elle rend sacrés les lieux et les choses, qui étoient auparavant prophanes. Enfin, la Théurgie Chrétienne employée par un pontife, dans le sacre des rois, contribue à rendre les chefs des nations plus respectables aux yeux des peuples, et leur imprime un caractere tout divin.

Ainsi, tout est mystére, tout est magie, tout est incompréhensible dans les dogmes, ainsi que dans le culte d’une religion révélée par la divinité, qui vouloit tirer le genre humain de son aveuglement.

    Hommes, pour prendre de l’empire ſur eux “Ceux, dit-il dans l’Alcoran, qui ne croyent point, ſeront revêtus d’un habit de feu ; on verſera de l’eau bouillante ſur leurs têtes ; leurs entrailles & leurs peaux ſeront miſes en diſſolution, & ils ſeront frappés avec des maſſues de fer. Toutes les fois qu’ils s’efforceront de ſortit de l’enfer, pour ſe ſoustraire à leurs tourmens, on les y entraînera de nouveau, & les démons leur diront : Goûtez la douleur d'être brûlés”. Voyez l’Alcoran, ch. 8.

  1. La Théurgie eſt cette force de magie, qui ſe faiſoit, à l’aide des eſprits bienfaiſans.
  2. La cérémonie du Baptême se pratiquoit dans les mystères de Mythras ; les initiés étoient par-là régénérés. Ce Mythras étoit aussi un médiateur. Quoique les docteurs Chrétiens regardent le Baptême comme nécessaire au salut, nous voyons cependant que S. Paul ne voulut point faire baptiser les Corinthiens. On voit aussi qu’il circoncit Timothée.
  3. Les Brames de l’Indostan distribuent du ris dans leurs pagodes : cette distribution se nomme Prajadam ou Eucharistie. Les Méxiquains croyoient une sorte de transsubstantiation. Le P. Acosta en fait mention, I. V. chap. 24. de ses voyages. Ainsi, les Catholiques Romains ne sont pas les seuls, qui aient donné dans cette extravagance. Cicéron croyoit l’esprit humain incapable de pousser le délire jusqu’à manger son Dieu. V. de Divinatione, lib. II. Les Protestans ont eu assez de courage pour rejetter ce mystère, quoiqu’il soit peut-être le plus formellement établi par Jésus-Christ, qui dit positivement : Prenez, & manger ; car ceci est mon corps. Averroës disoit : Anima mea fit cum Philosophis, non verò cum Christianis, gente Itolidifinâ, qui Deum faciunt & comedunt. Les Péruviens avoient une pâque, dans laquelle on immoloit un agneau, dont on mêloit le sang avec de la farine, pour le distribuer au peuple. V. Alnectana quaest. lib. II. cap. 20. §.5.
  4. Chez les Catholiques Romains, les Sacremens font au nombre de sept, nombre cabalistique, magique, & mystérieux.