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Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre/Deuxième Partie/Section 1

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Je suppose que le pays qu’occupe notre peuplade, est grand comme l’Angleterre, la France, l’Espagne, ou comme ces trois royaumes ensemble. Il faut qu’il ait une certaine étendue, et que le commerce trouve un fonds considérable dans la variété des productions que les provinces auront besoin d’échanger. Ce pays est rempli de hameaux,de villages, de bourgs, de villes. C’est une multitude de cités libres, qui se gouvernent à-peu-près par les mêmes loix ; et qui se souvenant de leur origine, se regardent comme une seule et même famille, quoiqu’elles forment déja plusieurs peuples.

Tous ces peuples, occupés de l’agriculture et des arts qui s’y rapportent, ou qui tendent à la faire fleurir, menent une vie simple, et vivent en paix. Les magistratures sont, pour les citoyens, le dernier terme de l’ambition, et aucun d’eux n’a encore imaginé d’aspirer à la tyrannie. Ces peuples ne connoissent ni les péages, ni les douanes, ni les impôts arbitraires, ni les privileges, ni les polices qui gênent la liberté. Chez eux, chacun fait ce qu’il veut, et jouit librement des fruits de son travail. Enfin ils n’ont point d’ennemis, puisque nous les avons placés dans un pays inaccessible à toute nation étrangère.

Voilà les suppositions d’après lesquelles on peut se faire une idée de ce que j’entends par un commerce qui jouit d’une liberté entiere. Il s’agissoit uniquement de bien déterminer cette idée ; et il importe peu que quelqu’unes de ces suppositions ne paroissent pas vraisemblables. Pour faire fleurir le commerce dans toutes les provinces où je répands des cités, il faut que, réciproquement de l’une dans l’autre, le surabondant se verse sans obstacle, et qu’il supplée à ce qui manque dans les lieux où il se répand. C’est une espèce de flux et de reflux, où les choses se balancent par un mouvement alternatif, et tendent à se mettre au niveau.

[p6] Chez les peuples que nous observons, la nature seule peut opposer des obstacles au commerce, et on les lève, ou du moins on les diminue. On facilite la navigation sur les rivières, on creuse des canaux, on fait des chemins. Ces ouvrages qui nous étonnent, parce que nous qui ne faisons rien qu’à force d’argent, nous sommes rarement assez riches pour les entreprendre, coûtent peu à une nation sobre qui a des bras. Elle y voit son intérêt ; elle sent qu’elle travaille pour elle ; et elle exécute les plus grandes choses. Elle n’est pas dans la nécessité d’imposer des taxes, parce que tous contribuent volontairement, l’un de son travail, l’autre de ses denrées, pour fournir à la subsistance des travailleurs.

Le transport des marchandises se fait donc avec le moins de frais possibles. Par-tout on a des débouchés pour faire sortir les choses surabondantes : par-tout ces débouchés sont autant de portes pour faire arriver les choses nécessaires ; et, par conséquent, les échanges, entre toutes les provinces, se font toujours avec une facilité égale, autant du moins que la nature du sol le permet. S’il y a quelque différence, elle vient uniquement des obstacles que la nature a mis, et qu’il n’a pas été possible d’applanir également par-tout. Mais où il y a plus d’obstacles, il y a aussi plus d’industrie ; et l’art semble réparer les torts de la nature. Voyons comment, dans un pays tel que celui que je viens de supposer, les richesses se répandent naturellement par-tout. Les campagnes, abondantes chacune en divers genres de productions, sont proprement la première source des richesses.

Dans les bourgs, dans les villages, dans les hameaux, dans les fermes même, on travaille les matières premières pour les rendre propres aux usages du colon qui cultive son champ, ou du fermier qui cultive le champ d’un autre. On y fait des charrues, des jougs, des charriots, des tombereaux, des pioches, des bêches ; de grosses toiles, de gros draps, et autres ouvrages qui demandent peu d’art, et qui se consomment aux environs des lieux où ils se fabriquent.

Ces manufactures, quelque grossières qu’elles soient, donnent une nouvelle valeur aux matieres premieres. Elles sont donc autant de canaux, par où la source des richesses se distribue, pour se répandre de côté et d’autre à une certaine distance. Je dis à une certaine distance, parce que les ouvrages qui sortent de ces manufactures, ne sont un fonds de commerce, que pour le canton où elles sont établies. De peu de valeur en eux-mêmes, et devenus chers par les frais de transport, ils ne feroient pas de débit dans les lieux éloignés où on en fait de semblables.

Les richesses des villes consistent dans les revenus des propriétaires et dans l’industrie des habitans, industrie dont le revenu est en argent. Ainsi c’est l’argent qui fait la principale richesse des villes, comme les productions font la principale richesse des campagnes.

C’est dans les villes que se font les plus grandes consommations. C’est le lieu où les artisans, les plus habiles en tous genres, érigent des manufactures de prix. Ce sont des marchés toujours subsistants, où l’on vient des campagnes acheter les ouvrages qui ne se font pas dans les villages, ou qui ne s’y font pas aussi bien. Voilà les canaux où les richesses en argent circulent en plus grande abondance.

Si l’industrie, dans une ville, n’étoit payée que par les propriétaires qui l’habitent, elle n’augmenteroit pas la quantité d’argent qui y circule. Cependant elle le feroit circuler avec plus de vitesse, et cette vîtesse rendroit la même quantité d’argent équivalente à une plus grande.
Mais si, comme nous venons de le remarquer, les ouvrages qui se font dans les campagnes, ne sont pas de nature à être vendus au loin, il n’en est pas de même de ceux qui sortent des manufactures, établies dans les villes. Comme ils sont d’un plus grand prix, l’augmentation, occasionnée par les frais de transport, est peu de chose par comparaison à ce prix. Les artisans ne sont donc pas réduits à n’être payés que par les propriétaires des villes qu’ils habitent. L’argent leur arrive de tous les lieux où leurs ouvrages sont recherchés. Ce sont eux proprement qui creusent les canaux, par où les richesses concourent dans les villes ; canaux qui forment plus de branches et des branches plus étendues, à mesure que l’industrie fait des progrès. Telle est donc en général la répartition des richesses entre les campagnes et les villes : c’est que les campagnes sont riches en productions par le travail du laboureur ; et que les villes sont riches en argent par les revenus des propriétaires et par l’industrie des artisans. Mais de campagne en campagne, et de ville en ville, cette répartition ne se fait pas, et ne peut pas se faire d’une manière égale. Le laboureur observe les denrées qui sont de débit. Plus on lui en demande, plus il en demande lui-même aux champs qu’il cultive, et il applique toute son industrie à mettre en valeur chaque espèce de terrein. Les campagnes, voisines des principales villes, où l’on consomme davantage, sont donc les plus riches en productions.

Dans les campagnes éloignées, cette richesse sera en raison du plus ou moins de facilité à transporter les denrées dans les principales villes. Quelque soin qu’on ait donné à faire des chemins, à creuser des canaux, à rendre les rivières navigables, il n’a pas été possible d’ouvrir par-tout des débouchés également commodes. La nature opposoit souvent des obstacles, qui, même après avoir été applanis, occasionnoient encore de grands frais pour le transport des marchandises.
Il n’est pas de l’intérêt du laboureur d’avoir des denrées au-delà de ce qui s’en consomme. Les provinces où l’exportation est moins facile, seront donc moins riches en productions. Moins riches, dis-je, par comparaison avec les autres ; mais assez riches pour elles-mêmes, parce qu’elles en auront autant qu’il en faut à leur consommation. Dans les provinces dont le sol sera le plus ingrat, les habitants seront plus laborieux, et auront plus d’industrie. Ils mettront en valeur jusqu’aux rochers, qu’ils couvriront de productions. Dans les saisons, où ils n’auront pas assez d’ouvrages chez eux, ils en iront chercher dans les provinces voisines. Ils reviendront dans leurs villages, avec des profits qui les mettront en état de former quelques petites entreprises. Ils augmenteront le nombre de leurs bestiaux ; ils défricheront quelques morceaux de terre ; et ils érigeront des manufactures communes, pour mettre euxmêmes en œuvre les matières premières de leur sol. C’est ainsi que les provinces les moins fertiles pourront, à proportion de leur étendue, être presqu’aussi peuplées que les autres.

Les villes ne sont pas toutes dans une situation également favorable au commerce, parce que toutes n’ont pas les mêmes moyens pour communiquer au loin. Il ne peut pas y avoir par-tout de grandes rivières, des canaux de communication et des chemins praticables. Il y aura donc des villes d’un plus grand abord, plus marchandes, par conséquent, et plus peuplées. Ce sont les principales.
Si une cité conquéroit toutes les autres, sa ville, siège alors de la souveraineté, seroit la capitale, et pourroit se peupler au point qu’elle renfermeroit la vingtième partie des citoyens. Nous verrons ailleurs ce qu’une pareille capitale doit produire dans un état. Mais il n’y en a point encore chez les peuples sortis de notre peuplade. Jusqu’à présent ils n’ont été occupés qu’à se gouverner chacun séparément, et aucun d’eux n’a eu occasion de découvrir qu’il pourroit faire des conquêtes. Il faut bien des circonstances pour préparer à un peuple les moyens de conquérir ; et quand toutes ces circonstances se sont réunies, il n’ambitionne de dominer au loin, que lorsqu’ayant fait des conquêtes sans dessein, il juge qu’il en peut faire : cette ambition n’est donc pas la première idée qui s’offre à lui.

Toutes les cités, par conséquent, sont libres et indépendantes ; et si nous les considérons dans un temps où les dissentions ne les ont pas encore armées les unes contre les autres, nous jugerons que leurs villes communiquent entr’elles sans obstacles.

Dans cette supposition, les richesses se répartissent entre les villes, en raison de la consommation qui s’y fait.

Dans les principales, qui renferment une grande population, et qui comptent parmi les citoyens beaucoup de riches propriétaires, il y aura un grand concours d’artisans et de marchands de toutes espèces, et l’argent y circulera avec plus de vitesse et en plus grande quantité.

Dans les moindres villes, il y aura moins de richesses, ou moins d’argent dans la circulation ; parce qu’étant moins peuplées, elles consommeront moins, et que consommant moins, elles n’auront ni autant d’artisans, ni autant de marchands.

Mais quoique plus ou moins riches en argent, toutes les villes sont dans l’abondance des choses dont elles se sont fait des besoins ; parce que dans toutes, la population est en proportion avec les subsistances qu’elles peuvent se procurer. Les moins riches ne se sont formées, que parce qu’elles ont trouvé de quoi subsister dans les lieux où elles se sont établies. Or elles y trouvent tous les jours d’autant plus de quoi subsister, que leurs citoyens ont tous les jours plus d’industrie, et que cette industrie n’est arrêtée par aucun obstacle. Concluons que la répartition des richesses entre les villes n’en condamne aucune à marquer des choses qui lui sont nécessaires. Comparées les unes aux autres, elles sont plus ou moins riches en argent, comme elles sont plus ou moins peuplées, mais l’abondance est dans toutes.

Après avoir vu quelles sont les richesses des provinces, des campagnes, et des villes, il nous reste à observer la répartition qui doit s’en faire entre les citoyens. Ils n’ont qu’un moyen de s’enrichir, le commerce.

Or nous avons distingué le commerce de productions, qui est celui du colon et du fermier, le commerce de manufactures qui est celui de l’artisan, et le commerce de commission qui est celui du marchand. Dans toutes ces espèces de commerce, on ne gagne qu’à proportion du haut prix qu’on peut mettre aux choses qu’on vend. Ce sera donc d’après ces prix que se fera la répartition des richesses entre les commerçants. Si, sous prétexte d’approvisionner les villes, des compagnies privilégiées avoient seules la permission d’y apporter des bleds, on conçoit qu’elles s’enrichiroient promptement et prodigieusement. Dans les campagnes où les récoltes auroient été abondantes, elles acheteroient les bleds au plus bas prix, parce qu’on ne les pourroit livrer qu’à elles ; et bientôt après elles les vendroient au plus haut, parce qu’en les retenant dans leurs magasins pour n’en mettre jamais en vente qu’une quantité au-dessous de la consommation, elles occasionneroient la disette, dans les lieux mêmes où étoit l’abondance. Ce monopole n’est pas connu dans nos cités.
Comme chacun a la liberté de vendre à qui il veut, et quand il veut, ce sont les vendeurs et les acheteurs qui décident uniquement et librement du prix de chaque chose.

Ce prix, comme nous l’avons vu, haussera ou baissera d’un marché à l’autre. Cependant si on excepte les cas de grande abondance ou de grande disette, les prix varieront en général peu sensiblement, parce que la concurrence sera toujours à-peu-près la même. Encore est-il rare, quand le commerce est libre, que le passage de l’abondance à la disette cause une variation considérable dans les prix. Cela arriveroit, si toutes les provinces éprouvoient à la fois dans une année la même abondance, et la même disette dans une autre. C’est ce qui ne peut pas avoir lieu dans un pays d’une certaine étendue, dont les parties sont à des expositions différentes. D’ordinaire quand une province est dans la disette, une autre est dans l’abondance.

Or l’abondance dans une province y fait baisser fort peu le prix des denrées, lorsque le commerce a la liberté d’exporter le surabondant.


De même la disette en fait peu hausser le prix dans une autre, où le commerce ne tarde pas d’apporter l’abondance.

Ce n’est donc pas à proportion d’une abondance ou d’une disette locale que les prix varient plus sensiblement : c’est plutôt à proportion que le commerce a moins de liberté. Aussi avons-nous fait voir que, lorsque la liberté est entière et permanente, les choses tendent à se rendre également communes par-tout, et qu’en conséquence elles se mettent par-tout au même prix, ou à peu-près. Quelle que soit donc cette variation, les richesses, entre ceux qui font le commerce de productions, ne pourront pas se répartir bien inégalement, chez des peuples où ce commerce jouit d’une liberté entière, et où, par conséquent, la concurrence des vendeurs et des acheteurs est la seule règle des prix.

Il ne sera donc pas au pouvoir de quelques colons ou fermiers de vendre leurs denrées autant qu’ils voudront. Le prix du marché sera nécessairement le prix de tous ; et ils se forceront mutuellement à se contenter des mêmes profits.

Dans cet état des choses, le commerce de productions n’enrichira pas les uns aux dépens des autres, parce qu’aucun ne gagnera trop, et que tous gagneront. Tous participeront aux jouissances auxquelles l’usage leur donne des droits ; et si quelques-uns, plus industrieux, vivent dans une plus grande aisance, les autres ne tomberont pas dans la misère ; parce que, pour subsister, il suffira de travailler comme on travaille communément. Il ne faut pas craindre que les prix du marché en privent aucun des profits qu’il doit faire. Pour que cela arrivât, il faudroit que tous les cultivateurs consentissent à vendre à perte, ce qui ne peut pas être.

Le commerce de manufactures répartira les richesses de la même manière. La concurrence règlera le salaire des artisans, suivant le genre des ouvrages. Les uns gagneront plus, les autres moins. Mais tous subsisteront, et chacun, dans son métier, se contentera de jouir des choses dont jouissent en général ceux qui le font concurremment avec lui.

Il en sera du commerce de commission, comme des deux autres, puisque la concurrence règlera le salaire des marchands.

Si les marchandises venoient d’un pays étranger et éloigné, on ignoreroit, dans nos cités, ce qu’elles ont coûté sur les lieux ; et les marchands, qui se prévaudroient de cette ignorance, pourroient faire de grands profits, sur-tout lorsqu’ils auroient peu de concurrens. Mais d’après nos suppositions, cet inconvénient n’est pas à craindre. Puisque nos cités ne commercent qu’entr’elles, les marchandises qu’on met en vente, sont des productions de leur sol, ou des ouvrages de leurs manufactures ; c’est-à-dire, des choses dont les prix, connus de tout le monde, sont toujours réglés par la concurrence.

En prouvant dans la premiere partie de cet ouvrage que le vrai prix est le même au marché commun où toutes les nations viennent librement vendre et acheter, j’ai remarqué que ce prix est plus haut ou plus bas pour elles, suivant qu’elles sont éloignées ou voisines du marché commun.
Les prix ne seront donc pas les mêmes par-tout où nos cités se sont établies. Premièrement ils seront plus haut dans les villes que dans les campagnes. C’est qu’outre le salaire dû aux marchands, on leur doit encore les frais de voiture, et un dédommagement pour les risques qu’ils ont courus.
En second lieu, les prix seront plus haut dans les principales villes, parce qu’on y fait de plus grandes consommations. On y est mieux nourri, mieux vêtu, mieux logé, mieux meublé. Or plus on consomme, plus on demande ; et plus on demande, plus, toutes choses d’ailleurs égales, on achète à haut prix. D’ailleurs il faudra aller chercher les productions dans une plus grande étendue de pays, à proportion que les consommations seront plus grandes. Il y aura donc plus de risques et plus de frais de voiture à payer.

Mais enfin, quoique les prix ne soient pas les mêmes par-tout, ils seront par-tout réglés par la concurrence : par-tout ils seront ce qu’ils doivent être, et les richesses se répartiront avec peu d’inégalité parmi ceux qui concourront dans le même genre de commerce. Chacun aura de quoi subsister suivant sa condition, et personne ne pourra s’enrichir beaucoup plus que ses concurrens. Celui qui n’aura pas assez de revenu en argent pour vivre dans une ville, en aura assez en productions pour vivre dans une campagne : l’ouvrier, qui n’aura aucune espèce de revenu, trouvera sa subsistance dans un salaire proportionné au prix des denrées ; et parce que personne ne pourra s’enrichir exclusivement, personne aussi ne pourra tomber dans la misère. Je conçois qu’aujourd’hui un négociant qui gagne quarante ou cinquante pour cent, accumulera de grandes richesses, si, continuant de vivre avec la sobriété dont il s’est fait une habitude, il remet, chaque année dans le commerce, la plus grande partie de ses profits. Ce n’est donc pas parce qu’il dépense peu, qu’il s’enrichit : c’est parce qu’il gagne beaucoup ; et s’il gagnoit peu, il ne s’enrichiroit pas, quelle que fût d’ailleurs son économie. Mais chez les peuples que nous observons, les gains se borneront à procurer aux marchands l’usage des choses nécessaires à leur état. Il n’y a qu’une classe de citoyens que l’économie pourroit enrichir, ce sont les propriétaires. En économisant sur leurs revenus, ils mettroient leurs terres en plus grande valeur, et il est à désirer qu’ils le fassent. Cette manière de s’enrichir feroit subsister, avec plus d’aisance, les journaliers auxquels ils donneroient du travail ; et elle seroit avantageuse à l’état, auquel elle fourniroit des productions en plus grande abondance. Mais ce ne peut être que très-lentement qu’on acquiert des richesses par cette voie, et elles sont nécessairement bornées.
Tout concourt donc chez les peuples que nous avons supposés, à mettre des bornes à la fortune des particuliers ; il semble qu’ils ne doivent pas connoître la passion de l’argent. Chez eux chacun a le nécessaire : un grand nombre vit dans l’aisance : peu sont riches ; personne n’est opulent. C’est ce que doit naturellement produire la liberté du commerce, lorsqu’elle met chaque chose à son vrai prix, et qu’elle proportionne les salaires au prix des subsistances.