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Le Congrès pour le rétablissement de jeux olympiques

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Le Congrès pour le rétablissement de jeux olympiques
Revue pédagogique, second semestre 1894 (p. 49-51).
LE CONGRÈS POUR LE RÉTABLISSEMENT
DES JEUX OLYMPIQUES

Le Congrès pour le rétablissement des Jeux olympiques a inauguré ses travaux, le 16 juin, avec une solennité qui semblait jusqu’ici l’apanage exclusif des fêtes de l’intelligence. Pour la première fois, le vaste amphithéâtre de la Sorbonne a entendu proclamer en termes éloquents et convaincus la grandeur et la dignité des exercices physiques. Le discours magistral par lequel M. de Courcel, sénateur et ancien ambassadeur de la République française, a ouvert la séance, et la brillante harangue du poète Jean Aicard, ont affirmé la nécessité d’un retour aux saines traditions antiques et célébré l’harmonie des qualités du corps et de celles de l’esprit dont un préjugé séculaire semblait avoir consacré définitivement le divorce. Cette affirmation, qui eût paru il y a vingt-cinq ans une dangereuse utopie, et qui depuis quelque temps est du domaine public, était rendue particulièrement significative par la composition du public devant lequel elle s’est produite. M. le recteur de l’académie de Paris, MM, les directeurs de l’enseignement secondaire et de l’enseignement primaire, les proviseurs des lycées, les délégués des diverses nations étrangères, une foule de notabilités du monde des lettres et des arts remplissaient l’hémicycle, et les applaudissements qu’ils n’ont pas ménagés aux orateurs sont du meilleur augure pour le triomphe des idées qui nous sont chères. M. de Coubertin, qui a été l’initiateur du Congrès, peut s’applaudir de son œuvre : le succès a dépassé les espérances. La cause de l’athlétisme n’est plus discutée : le principe en est entré dans les esprits, sinon déjà dans les mœurs.

Des travaux du Congrès nous dirons peu de chose. La place nous manque pour les rapporter en détail. Voici pourtant les principales résolutions qui ont été adoptées :

1° Est considéré comme professionnel quiconque tire d’un sport quelconque ses moyens d’existence, ou reçoit des prix en espèces.

2o Toute infraction aux règles de l’amateurisme entraîne la disqualification d’amateur.

3o Un concurrent pourra être requalifié, s’il peut invoquer pour sa justification la bonne foi et l’ignorance des règlements.

4o La valeur des objets d’art donnés comme prix n’est pas limitée.

5o Celui qui se procure de l’argent au moyen d’un prix gagné par lui perd sa qualité d’amateur.

6o L’argent provenant des admissions sur le terrain peut être partagé entre les Sociétés, mais non jamais entre les concurrents. Les équipiers peuvent être indemnisés de leurs frais de déplacement par la Société dont ils font partie.

7o Le pari est incompatible avec l’amateurisme : les Sociétés devront empêcher le pari par tous les moyens possibles.

8o On ne peut être professionnel dans un sport et amateur dans l’autre.

9o En ce qui concerne les courses de chevaux, le tir et le yachting, la définition générale de l’amateur n’est pas applicable.

La Commission a écarté le principe des concours scolaires, et fixé comme il suit la liste des sports qui seront représentés aux Jeux olympiques : gymnastique, tir, jeux athlétiques, aviron, yachting, natation, vélocipède, escrime.

Deux choses nous paraissent surtout dignes de remarque dans les décisions du Congrès. La première, c’est qu’il s’est appliqué soigneusement à écarter le principe de l’intérêt personnel et de l’appât du lucre.

L’honneur seul doit toucher un esprit généreux.

L’autre, c’est l’esprit de conciliation qui a présidé à la formation de la liste des sports représentés aux Jeux olympiques. M. de Coubertin a compris, et nous ne saurions trop l’en féliciter, que le meilleur moyen de développer l’athlétisme naissant, c’est, non pas de préconiser un sport préféré au détriment des autres, mais de les encourager tous. Nous sommes heureux de voir figurer la gymnastique, pour laquelle nous ne cachons pas notre prédilection personnelle, à côté des jeux athlétiques dans lesquels nous voyons non des concurrents fâcheux, mais d’utiles auxiliaires. Nous estimons donc que les Sociétés de gymnastique ne pourront que gagner à envoyer une délégation de leurs meilleurs sujets pour représenter dans ces tournois internationaux la gymnastique française. L’Allemagne n’ayant pas pris part au Congrès, elles n’ont pas à craindre un contact qui pourrait froisser leurs justes susceptibilités patriotiques.

Le samedi 23 juin, le Congrès clôturait sa session par un banquet au Palmarium du Jardin d’acclimatation. M. de Courcel présidait, ayant à ses côtés M. Bikélas, ministre de Grèce à Paris, et M. le directeur de l’enseignement secondaire. M. Rabier, dans un langage qui a fortement impressionné l’assistance, a fait ressortir le caractère moral et désintéressé de ces luttes pacifiques au milieu des difficultés toujours plus âpres du combat pour l’existence. Puis il a remis les palmes académiques à trois délégués, dont un étranger, M. Sloane, professeur distingué d’une université américaine, chez qui la largeur de l’intelligence n’exclut pas celle des épaules. M. Bréal, du Collège de France, a développé la devise du Congrès : « Citius, altius, fortius ». M. de Coubertin a remercié ses hôtes et collaborateurs, et on s’est donné rendez-vous à la prochaine célébration de la première Olympiade moderne, qui aura lieu en 1896 à Athènes, l’antique berceau de la gymnastique, et pour laquelle M. Bikélas, ministre de Grèce, a promis le bienveillant patronage du roi des Hellènes.