Le Grand voyage du pays des Hurons/Texte entier
douce, ès derniers confins
Encouragé par un public d’élite, nous poursuivons ardemment la collection des travaux historiques concernant l’Amérique septentrionale, et nous réimprimons aujourd’hui les très-remarquables ouvrages de Sagard sur la Nouvelle France.
Son Grand Voyage du Pays des Hurons est devenu une de ces précieuses curiosités littéraires que les bibliographes recherchent avec une avidité extrême, mais se procurent difficilement, même à grand prix.
On nous saura donc gré sans doute de refaire une édition d’un livre aussi rare, et qui, quoique généralement peu connu, mérite tant de l’être.
En tête du quatrième et dernier volume de l’Histoire du Canada, par le même auteur, histoire dont la réimpression a dès l’apparition du tome premier reçu un accueil des plus flatteurs dans le monde savant, — nous placerons une notice critique sur Sagard et son œuvre.
Cet accueil bienveillant, on nous permettra de penser qu’il est dû aux soins tout particuliers que nous apportons à la réimpression des ouvrages singuliers publiés durant les siècles derniers.
Pour ce qui regarde le vieux et naïf Sagard, notre édition actuelle de ses livres est, — on a déjà pu le remarquer, et pour l’Histoire du Canada et pour le Grand Voyage au pays des Hurons, — une copie complète, exacte, matériellement aussi fidèle que possible.

douce, és derniers confins
de la nouuelle France,
dite Canada.
de ceux qui ont à voyager dans le pays, & n’ont
l’intelligence d’icelle langue.
S. François, de la Prouince de S. Denys en France
la Salamandre d’Argent.

AV ROY DES ROYS
’est à vous ô puissance et
bonté infinie ! à qui ie m’adresse,
et devant qui ie me
prosterne la face contre
terre, et les ioües baignées
d’vn ruisseau de larmes
qui affluent sans cesse de
mes deux yeux par les ressentimens et amertumes
de mon cœur vrayement navré et à
iuste titre affligé, de voir tant de pauures âmes Infideles et Barbares touiours
gisantes dans les espaisses tenebres de
leur infidelité. Vous sçauez (ô mon Seigneur
et mon Dieu), que nous auons porté
nos vœux depuis tant d’années dans la Nouuelle
France, et fait nostre possible pour
retirer les âmes de cet esprit tenebreux ; mais
le secours nécessaire de l’Ancienne nous a
manqué. Seigneur, nos prieres et nos remonstrances
ont de peu servy. Peut-estre, ô
mon tres-doux Jesvs, que l’Ange tutelaire
que vous luy auez donné, a empesché le
secours que nous en espérions pour la
nouuelle, coulant doucement dans le cœur
et la pensée de ceux qui auoient quelque affection
pour le bien du pays, que les tracas,
les distractions et les diuers perils qui suyuent
et sont annexez à la poursuitte d’vn si grand
bien, estoient souuent cause (aux âmes foibles
dans la vertu) d’en remporter des fruicts
contraires à la vertu. Si cela est, faites, ô mon
Dieu, s’il vous plaist, que l’Ange de la Nouuelle
France remporte la victoire contre
celuy de l’Ancienne ; car, bien que quelques
vns en fassent mal leur profit, beaucoup en
pourront tirer de l’aduantage, assisté de ce
grand Ange tutelaire, et principalement de vous, ô mon Dieu, qui pouuez tout, et de
qui nous esperons tout le bien qui en peut
reüssir ; il y va de vostre gloire et de vostre
seruice. Ayez donc pitié et compassion de
ces pauures âmes, rachetées au prix de
vostre sang tres-precieux, ô mon Seigneur et
mon Dieu, afin que retirées des tenebres de
l’infidelité, elles se conuertissent à vous, et
qu’apres auoir vescu iusques à la mort, dans
l’obseruance de vos diuins preceptes, elles
puissent aller iouyr de vous dans l’eternité,
auec les Anges bien-heureux en Paradis, où
ie prie vostre diuine Majesté me faire aussi la
grâce d’aller, apres auoir vescu icy bas par
le moyen de vos grâces, dans la mesme grâce,
en l’obseruance de mon Institut, et de vos
diuins commandemens.

’est vn sujet puissant, et vn object
rauissant, que l’œil et la presence
d’vn Prince qui n’a d’affection que
pour la vertu. Si ie prends la hardiesse
de m’adresser à vostre grandeur, pour
luy faire offre (comme ie fais en toute
humilité) de mon petit Voyage du pays
des Hurons. La faute, si i’en commets, gaigné et doucement charmé par vostre
vertu, en doit estre attribuée à l’esclat brillant
de vostre mesme vertu. A quel Autel
pouuois-je porter mes vœux plus meritoirement
qu’au vostre ? En qui pouuois-ie trouuer
plus d’appuy contre les enuieux et malveillans
de mon Histoire, qu’en vn Prince
genereux et victorieux comme vous, dont les
vertus sont tellement admirées entre les
Grands, qu’elles semblent donner loix aux
Princes les plus accomplis. Sous l’aisle de vostre
protection (si vous l’en daignez honorer),
MONSEIGNEVR, ce mien petit traité
peut, sans crainte des enuieux, fauorablement
parcourir tout l’Vniuers. Vostre naissance
et extraction de la très-ancienne,
auguste et royale maison de Lorraine, qui a
autre-fois passé les mers, subiugué les Infideles,
et possedé, comme Roy, vn si grand
nombre d’années, tous les lieux saincts de
la Palestine, vous donne du credit, et faict
voler vostre nom parmy toutes les Nations
de la terre : de sorte que l’on dict d’elle,
qu’elle a tousiours esté saincte, et n’a iamais
nourry de monstre dans son sein. C’est vne
remarque et vn honneur éternel, que ie prie
Dieu vous conseruer.
Acceptez donc, MONSEIGNEVR, les bonnes volontez que i’ay pour vostre Grandeur en ce petit present, en attendant que le Ciel me fasse naistre d’autres moyens plus propres, pour recognoistre les obligations que vous auez acquises sur nostre Religieuse Maison, et sur moy particulierement, qui seray toute ma vie,


AU LECTEVR
’est vne verité cogneuë de tous, et des
Infideles mesmes (disoit un sage des Garamantes
au grand Roy Alexandre) que
la perfection des hommes ne consiste point
à voir beaucoup, ny à sçauoir beaucoup ; mais en accomplissant
le vouloir et bon plaisir de Dieu. Cette
pensée a tenu longtemps mon esprit en suspens, sçauoir
si ie deuois demeurer dans le silence, ou agreer
à tant d’âmes religieuses et seculieres, qui me sollicitoient de mettre au iour, et faire voir au public, le
narré du voyage que i’ay fait dans le pays des Hurons ;
pource que de moi-mesme ie ne m’y pouuois resoudre.
Mais enfin, apres auoir consideré de plus prés le bien
qui en pouuoit reüssir à la gloire de Dieu, et au salut
du prochain, auec la licence de mes Superieurs i’ay
mis la main à la plume, et decrit dans cette Histoire
et ce Voyage des Hurons, tout ce qui se peut dire du
pays et de ses habitans. La lecture duquel sera d’autant
plus agreable à toutes conditions de personnes, que ce
liure est parsemé de diuersité de choses : les vnes belles
et remarquables en vn peuple Barbare et Sauuage, et
les autres brutales et inhumaines à des creatures qui
doiuent auoir de la raison, et recognoistre vn Dieu
qui les a mis en ce monde, peut iouyr apres d’un Paradis.
Quelqu’vn me pourra dire que ie deuois me
seruir du style du temps, ou d’vne bonne plume,
pour polir et enrichir mes mémoires, et leur donner
iour au trauers de toutes les difficultez que les esprits
enuieux (auiourd’huy trop frequens) me pourroient
obiecter : et en effet, i’en ay eu la pensée, non pour
m’attribuer le merite et la science d’autruy ; mais
pour contenter les plus curieux et difficiles dans
les entretiens du temps. Au contraire, i’ay esté conseillé
de suiure plustost la naïfueté et simplicité de
mon style ordinaire (lequel agreera tousiours dauantage
aux personnes vertueuses et de merite), que de
m’amuser à la recherche d’vn discours poli et fardé,
qui aurait voilé ma face, et obscurci la candeur et
sincerité de mon Histoire, qui ne doit auoir rien de
vain ny de superflu.
Ie m’arreste icy tout court, ie demeure icy en silence, et preste mon oreille patiente aux aduertissemens salutaires de quelques zelans, qui me diront que i’ay employé et ma plume et mon temps, dans vn sujet qui ne rauist pas les âmes comme vn autre sainct Paul, iusqu’au troisiesme Ciel. Il est vray, i’avouë mon manquement et mon demerite ; mais ie diray pourtant, et auec verité, que les bonnes âmes y trouueront de quoy s’edifier, et louer Dieu qui nous a fait naistre dans vn pays Chrestien, où son sainct nom est recogneu et adoré, au prix de tant d’Infideles qui viuent et meurent priuez de sa cognoissance et de son Paradis. Les plus curieux aussi, et les moins deuots, qui n’ont autre sentiment que de se diuertir et d’apprendre dans l’Histoire l’humeur, le gouuernement, et les diuerses actions et ceremonies d’vn peuple barbare, y trouueront aussi de quoy se contenter et satisfaire, et peut-estre leur salut, par la reflexion qu’ils feront sur eux-mesmes.
De mesme, ceux qui poussez d’vn sainct mouuement desireront aller dans le pays pour la conuersion des Sauuages, ou pour s’y habituer et viure chrestiennement, y apprendront aussi quels seront les pays où ils auront à demeurer, et les peuples auec lesquels ils auront à traicter, et ce qui leur sera besoin dans le pays, pour s’en munir auant que de se mettre en chemin. Puis nostre Dictionnaire leur apprendra d’abord toutes les choses principales et necessaires qu’ils auront à dire aux Hurons, et aux autres Prouinces et Nations, chez lesquels cette langue est en vsage, comme aux Petuneux, à la Nation Neutre, à la Prouince de Feu, à celle des Puants, à la Nation des Bois, à celle de la Mine de Cuyvre, aux Yroquois, à la Prouince des Cheueux-Releuez, et à plusieurs autres. Puis en celle des Sorciers, de ceux de l’Isle, de la petite Nation et des Algoumequins, qui la sçauent en partie, pour la necessité qu’ils en ont lorsqu’ils voyagent, ou qu’ils ont à traicter auec quelques personnes de nos Prouinces Huronnes et Sedentaires.
Ie responds à vostre pensée, que le Christianisme est bien peu aduancé dans le pays, nonobstant nos trauaux, le soin et la diligence que les Recollets y ont apportés, bien loin des dix millions d’âmes que nos Religieux ont baptizé à succession de temps dans les Indes Orientales et Occidentales, depuis que le bien-heureux Frère Martin de Valence, et ses compagnons Recollets y eurent mis le pied, et fait les premiers la planche à tous nos autres Freres, qui y ont à present un grand nombre de Prouinces, remplies de Couuents, et en suite à tous les Religieux des autres Ordres, qui y ont esté depuis.
C’est nostre regret et nostre desplaisir de n’y auoir pas esté secondez, et que les choses n’y ont pas si heureusement aduancé, comme nos esperances nous promettoient, foiblement fondées sur des Colonies de bons et vertueux François qu’on y deuoit establir, sans lesquelles on n’y aduancera iamais gueres la gloire de Dieu et le Christianisme n’y sera iamais bien fondé. C’est mon sentiment et celuy de tous les gens de bien non seulement ; mais de tous ceux qui se gouuernent tant soit peu auec la lumiere de la raison.
Excuse, si le peu de temps que i’ay eu de composer et dresser mes Memoires et mon Dictionnaire (apres la resolution prise de les mettre en lumiere) y a fait escouler quelques legeres fautes ou redites : car y trauaillant auec vn esprit preoccupé de plusieurs autres charges et commissions, il ne me souuenoit pas souvent en vn temps, ce que i’auois composé et escrit en vn autre. Ce sont fautes qui portent le pardon qu’elles esperent de vostre charité, de laquelle i’implore aussi les prieres, à ce que Dieu m’exempte icy du peché, et me donne son Paradis en l’autre.


TABLE DES CHAPITRES

PRIVILEGE DV ROY.
ovs par la grâce de Dieu, Roy de
France et de Nauarre,
A nos amez et feaux conseillers, les gens tenans nos Cours de Parlemens, Maistres des Requestes ordinaires de nostre Hostel, Preuost de Paris, Baillifs, Seneschaux, et autres nos Iusticiers et Officiers qu’il appartiendra, salut. Nostre bien amé Fr. Gabriel Sagard, Recollet, nous a faict remonstrer qu’il a composé vn liure intitulé : Le grand Voyage du pays des Hurons, situé en l’Amerique, vers la mer douce, és derniers confins de la Nouuelle France, auec vn Dictionnaire de la langue Huronne. Lequel il desireroit mettre en lumiere, s’il auoit sur ce nos lettres. A ces causes, desirant bien et fauorablement traicter ledit suppliant, et qu’il ne soit frustré des fruicts de son labeur, luy auons permis, permettons et octroyons par ces presentes ; de nos grâces spéciales, d’imprimer ou faire imprimer en telle marge et caractere que bon luy semblera ledit liure, iceluy mettre et exposer en vente et distribuer durant le temps de dix ans, deffendant à tous Imprimeurs et autres personnes, de quelque qualité et condition qu’elle soient, d’imprimer ou faire imprimer, mettre ny exposer en vente ledit liure, sans le congé et permission dudit exposant, ou de celuy ayant charge de luy, sur peine de confiscation d’iceux liures, d’amende arbitraire, et à tous despens, dommages et interests enuers lui ; à la charge d’en mettre deux exemplaires en nostre Bibliotheque publique. Si vous mandons que du contenu en ces presentes vous fassiez, souffriez et laissiez iouyr et vser ledit exposant pleinement et paisiblement, et à ce faire souffrir et obeyr tous ceux qu’il appartiendra, en mettant au commencement ou à la fin dudit liure ces presentes, ou bref extraict d’icelles, voulons qu’elles soient pour deuëment signifiées : Car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le 21. iour de Iuillet, l’an de grace 1632, et de nostre regne le 23.
Par le Conseil.
I’ay sous-signé, consens que le sieur Denys Moreau, lequel i’ay choysi pour mon Imprimeur et Libraire, puisse imprimer mon liure, intitulé le Grand Voyage du pays des Hurons, à la charge de receuoir de moy, vn nouueau consentement, toutes les fois qu’il voudra le reimprimer. Et à ces conditions ie luy remets mon Priuilege que i’ay obtenu du Roy, pour imprimer mondit liure.
Fait à Paris ce 29. Iuillet I632.
d’Aoust I632.
APPROBATION DES PERES DE L’ORDRE.
Nous soussignez, Professeurs en la saincte Theologie, Predicateurs et Confesseurs des Peres Recollets de la Prouince de S. Denys en France,
Certifions auoir leu vn liure intitulé, Voyage du pays des Hurons, situé en l’Amerique, vers la mer douce, és derniers confins de la Nouuelle France, dite Canada : où il est traité de tout ce qui est du pays, et du gouuernement des Sauuages, auec vn Dictionnaire de la langue Huronne ; composé par Fr. Gabriel Sagard Theodat, Religieux de nostre mesme Ordre et Institut ; auquel nous n’auons rien trouué contraire à la Religion Catholique, Apostolique et Romaine : ains tres vtile et necessaire au public.
En foy de quoy nous auons signé de nostre main.
Fait en nostre Couuent de Paris le cinquiesme iour de Iuillet I632.
Couuent des Recollets de Paris.


Chapitre Premier.
llez par tout le monde, et preschez
l’Euangile à toute creature,
dit nostre Seigneur. C’est le commandement
que Dieu donna à ses
Apostres, et en suite aux personnes
Apostoliques, de porter
l’Euangile par tout le monde,
pour en chasser l’Idolatrie, et polir les mœurs barbares
des Gentils, et eriger les trophées des victoires
de sa Croix par son Euangile et la predication de
son sainct nom. La vanité de sçauoir et apprendre
les choses curieuses, et les mœurs et 1|| diuerses façons
de philosopher, ont poussé ce grand Thianeus
Appollonius de ne pardonner à aucun trauail, pour
se remplir et rendre illustre par la cognoissance
des choses les plus belles et magnifiques de l’Vniuers ;
c’est ce qui le fit courir de l’Egypte toute l’Afrique,
passer les colomnes d’Hercules, traicter auec les grands hommes et sages d’Espagne,
Druides és Gaules, couler dans les delices de l’Italie,
pour y voir la politesse, grandeur et gentillesse de
l’Empire Romain, de là se couler dans la Grèce, puis
passer l’Elespont, pour voir les richesses d’Asie ; et
enfin penetrant les Perses, surmontant le Caucase,
passant par les Albaniens, Scythes, Massagettes :
bref, après auoir couru les puissans Royaumes de
l’Inde, trauersé le grand fleuue Phison, arriua enfin
vers les Brachmanes, pour ouyr ce grand Hyarcas
philosopher de la nature et du mouuement des astres :
et comme insatiable de sçauoir, apres auoir couru
toutes les Prouinces où il pensa apprendre quelque
chose d’excellent, pour se rendre plus diuin parmy les
hommes ; de tous ses grands trauaux ne laissa rien de
memorable qu’vn chetif liure, contenant les dogmes
des Pytagori- 2|| ciens, fagoté, poly, doré, qu’il feignoit
auoir appris dans l’Antre trophonine, qui fut receu
auec tant d’applaudissement des Anciates, que pour
eternizer sa memoire ils le consacrerent au plus haut
faite de leur plus magnifique Temple.
Ce grand homme, qui auoit acquis par ses voyages tant de suffisance et d’experience, que les Princes, et entr’autres l’Empereur Vespasien, estimoient son amitié de telle sorte, que, soit que, ou par vanité, ou à bon escient, qu’il désira se seruir de luy en la conduite de son grand Empire, il le conuia de s’en venir à Rome auec ses attrayantes paroles, qu’il luy feroit part de tout ce qu’il possedoit, sans en exclure l’Empire, pour monstrer l’estime qu’il faisoit de ce grand personnage ; neantmoins il croyoit n’auoir rien remarqué digne de tant de trauail, puis qu’il n’auoit pu rencontrer vne egalité de iustice (à son aduis) en l’economie du monde, puis que par tout il auoit trouué le fol commander au sage, le superbe à l’humble, le querelleux au pacifique, l’impie au deuot. Et ce qui luy touchoit le plus le cœur, c’est qu’il n’auoit point trouué l’immortalité en terre.
3|| Pour moy, qui ne fus iamais d’vne si enragée enuie d’apprendre en voyageant, puis que nourry en l’escole du Fils de Dieu, sous la discipline reguliere de l’Ordre Seraphique sainct François, où l’on apprend la science solide des Saincts, et hors celle-là tout ce qu’on peut apprendre n’est qu’vn vain amusement d’vn esprit curieux, i’ay voulu faire part au public de ce que i’auois veu en vn voyage de la Nouuelle France, que l’obeyssance de mes Superieurs m’auoit fait entreprendre, pour secourir nos Peres qui y estoient desia, pour tascher à y porter le flambeau de la cognoissance du Fils de Dieu, et en chasser les ténèbres de la barbarie et infidelité, suyuant le commandement que nostre Dieu nous auoit faict en la personne de ses Apostres, afin que, comme nos Peres de nostre Seraphique Ordre de sainct François, auoient les premiers porté l’Euangile dans les Indes Orientales et Occidentales, et arboré l’estendart de nostre redemption és peuples qui n’en auoient iamais ouy parler, ny eu cognoissance, à leur imitation nous y portassions nostre zele et deuotion, afin de faire la mesme conqueste, et eriger les mesmes trophées 4|| de nostre salut, où le Diable auoit demeuré paisible iusqu’à present.
Ce ne sera pas à l’imitation d’Appollonius, pour y polir mon esprit, et en deuenir plus sage, que ie visiteray ces larges prouinces, où la barbarie et la brutalité y ont pris tels aduantages, que la suite de ce discours vous donnera en l’ame quelque compassion de la misere et aueuglement de ces pauures peuples, où ie vous feray voir quelles obligations nous auons à nostre bon Iesvs, de nous auoir deliurez de telles tenebres et brutalité, et poli nostre esprit iusqu’à le pouuoir cognoistre et aymer, et esperer l’adoption de ses enfans. Vous verrez comme en vn tableau de relief et en riche taille douce, la misere de la nature humaine, vitiée en son origine, priuée de la culture de la foy, destituée des bonnes mœurs, et en proye à la plus funeste barbarie que l’esloignement de la lumière celeste peut grotesquement conceuoir. Le recit vous en sera d’autant plus agreable par la diuersité des choses que ie vous raconteray auoir remarquées, pendant enuiron deux ans que i’y ay demeuré, que ie me promets que la compassion que vous prendrez de la misere de ceux 5|| qui participent auec vous de la nature humaine, tireront de vos cœurs des vœux, des larmes et des souspirs, pour coniurer le Ciel à lancer sur ces cœurs des lumieres celestes, qui seules les peuuent affranchir de la captiuité du Diable, embellir leurs raisons de discours salutaires, et polir leur rude barbarie de la politesse des bonnes mœurs, afin qu’ayans cogneu qu’ils sont hommes, ils puissent deuenir Chrestiens et participer auec vous de cette foy qui nous honore du riche titre d’enfans de Dieu, coheritiers auec nostre doux Iesvs, de l’heritage qu’il nous a acquis au prix de son sang, où se trouuera cette immortalité veritable, que la vanité d’Appollonius apres tant de voyages, n’auoit pu trouuer en terre, où aussi elle n’a garde de se pouuoir trouuer.
6|| De nostre commencement, et suite de nostre voyage.
Chapitre II.
ostre Congregation s’estant tenuë à Paris,
i’eus commandement d’accompagner le
Pere Nicolas, vieil Predicateur, pour aller
secourir nos Peres, qui auoient la mission
de la conuersion des peuples de la Nouuelle
France. Nous partismes de Paris auec la benediction
de nostre R. Pere Prouincial, le dix-huictiesme
de Mars mil six cens vingt-quatre, à l’Apostolique, à
pied, et auec l’equipage ordinaire des pauures Peres
Recollets Mineurs de nostre glorieux Pere S. François.
Nous arriuasmes à Dieppe en bonne santé, où le
nauire fretté et prest, n’attendoit que le vent propre
pour faire voile et commencer nostre heureux voyage :
de sorte qu’à grand peine pusmes-nous prendre quelque
repos, qu’il 7|| nous fallut embarquer le mesme
iour de nostre arriuée, de sorte que nous partismes
dés la my nuict auec vn vent assez bon ; mais qui par
sa faueur inconstante nous laissa bien-tost, et fusmes
surpris d’vn vent contraire, ioignant la coste d’Angleterre,
qui causa vn mal de mer fort fascheux à mon
compagnon, qui l’incommoda fort, et le contraignit
de rendre le tribut à la mer, qui est l’vnique remède de la guerison de ces indispositions maritimes. Graces
à nostre Seigneur, nous auions desia sillonné enuiron
cent lieues de mer, auant que ie fusse contrainct à ces
fascheuses maladies ; mais i’en ressentis bien depuis,
et peux dire auec verité, que ie ne me fusse iamais
imaginé que le mal de mer fust si fascheux et ennuyeux
comme ie l’experimentay, me semblant n’auoir
iamais tant souffert corporellement au reste de ma vie,
comme ie souffris pendant trois mois six iours de nauigation,
qu’il nous fallut (à cause des vents contraires),
pour trauerser ce grand et espouuentable Ocean, et
arriuer à Kebec, demeure de nos Peres.
Or, pour ce que le Capitaine de nostre vaisseau auoit commission d’aller charger 8|| du sel en Broûage, il nous y fallut aller et passer deuant la Rochelle, à la rade de laquelle nous nous arrestasmes deux iours, pendant que nos gens allerent negotier à la ville pour leurs affaires particulieres. Il y auoit là vn grand nombre de nauires Hollandois, tant de guerre que marchands, qui alloient charger du sel en Broüage, et à la riuiere de Suedre, proche Mareine : nous en auions desia trouué en chemin enuiron quatre-vingts ou cent en diuerses flottes, et aucun n’auoit couru sur nous, en tant que nostre pauillon nous faisoit cognoistre ; il y eut seulement vn pirate Hollandois qui nous voulut attaquer et rendre combat, ayant desia à ce dessein ouuert ses sabords, et fait boire et armer ses gens ; mais pour n’estre assez forts, nous gaignasmes le deuant à petit bruit, ce miserable traisnoit desia quant-et-soy vn autre nauire chargé de sucre et autres marchandises, qu’il auoit volé sur des pauures François et Espagnols qui venoient d’Espagne.
De la Rochelle, on prend d’ordinaire vn pilote de louage, pour conduire les nauires qui vont à la riuiere de Suedre, à cause de plusieurs lieux dangereux où il 9|| conuient passer, et est nécessaire que ce soit vn pilote du pays qui conduise en ces endroicts, pour ce qu’vn autre ne s’y oserait hazarder, il arriua neantmoins que ce pilote de la Rochelle pensa nous perdre ; car n’ayant voulu ietter l’anchre par vn temps de bruine, comme on luy conseilloit, se fiant à sa sonde, il nous eschoûa sur les quatre heures du soir, ce fut alors pitié, car on pensoit n’en eschapper iamais : et de faict, si Dieu n’eust calmé le temps, et retenu nostre nauire de se coucher du tout, c’estoit faict du nauire et de tout ce qui estoit dedans. On demeura ainsi iusques enuiron les six ou sept heures du lendemain matin, que la marée nous mit sur pied ; en cet endroict nous n’estions pas à plus d’vn bon quart de lieuë de terre, et nous ne pensions pas estre si proches, autrement on y eust conduit la pluspart de l’équipage auec la chaloupe pendant ce danger, pour descharger d’autant le nauire, et se sauuer tous, au cas qu’il se fust encore tant-soit-peu couché ; car il l’estoit desia tellement, que l’on ne pouuoit plus marcher debout, ains se traisnant et appuyant des mains. Tous estoient fort affligez, et aucun n’eut le courage de boire ny 10|| manger, encore que le souper fust prest et seruy, et les bidons et gamelles des matelots remplis : pour moy i’estois fort debile et eusse volontiers pris quelque chose ; mais la crainte de mal edifier m’empescha et me fit ieusner comme les autres, et demeurer en priere toute la nuict auec mon compagnon, attendant la misericorde et assistance du bon Dieu : nos gens parloient desia de ietter en mer le pilote qui nous auoit eschoüez. Vne partie vouloient gaigner l’esquif pour tascher à se sauuer, et le Capitaine menaçoit d’vn coup de pistolet le premier qui s’y aduanceroit, car sa raison estoit : sauuer tout, ou tout perdre, et nostre Seigneur ayant pitié de ma foiblesse me fit la grâce d’estre fort peu esmeu et estonné pour le danger present et eminent, ny pour tous autres que nous eusmes pendant nostre voyage, car il ne me vint iamais en la pensée (me confiant en la diuine bonté, aux merites de la Vierge et de tous les Saincts) que deussions perir, autrement il y auoit grandement suiet de craindre pour moy, puis que les plus experimentez pilotes et mariniers n’estoient pas sans crainte, ce qui estonnoit tout plein de personnes, vn des-I I || quels, comme fasché de me voir sans appréhension, pendant vne furieuse tourmente de huict iours, me dit par reproche, qu’il auoit dans la pensée que ie n’estois pas Chrestien, de n’apprehender pas en des perils si eminens, ie luy dis que nous estions entre les mains de Dieu, et qu’il ne nous aduiendroit que selon sa saincte volonté, et que ie m’estois embarqué en intention d’aller gaigner des ames à nostre Seigneur au pays des Sauuages, et d’y endurer le martyre, si telle estoit sa saincte volonté : que si sa diuine misericorde vouloit que ie perisse en chemin, que ie ne deuois pas moins que d’en estre content, et que d’auoir tant d’apprehension n’estoit pas bon signe ; mais que chacun deuoit plustost tascher de bien mettre son âme auec Dieu, et apres faire ce qu’on pourrait pour se deliurer du danger et naufrage, puis laisser le reste du soin à Dieu, et que bien que ie fusse vn grand pecheur, que ie ne perdrois pas pourtant l’esperance et la confiance que ie deuois auoir à mon Seigneur et à ses Saincts, qui estaient tesmoins de nostre disgrace et danger, duquel ils pouuoient nous deliurer, auec le bon plaisir de sa diuine Majesté, quand il leur plairoit.I 2
Apres estre deliurés du peril de la mort, et de la perte du nauire, qu’on croyoit ineuitable, nous mismes la voile au vent, et arriuasmes d’assez bonne heure à la riuiere de Suedre, où l’on deuoit charger du sel des marais de Mareine. Nous nous desembarquasmes, et n’estans qu’à deux bonnes lieuës de Broüage, nous y allasmes nous rafraischir, auec nos Freres de la prouince de la Conception, qui y ont vn assez beau Couuent, lesquels nous y receurent et accommoderent auec beaucoup de charité. Nostre nauire estant chargé, et prest à se remettre à la voile, nous retournasmes nous y rembarquer, auec vn nouueau pilote de Mareine, pour nous reconduire iusqu’à la Rochelle, lequel pensa encore nous eschoüer, ce qu’indubitablement nous aurions esté, s’il eust faict tant soit peu obscur, cela luy osta la presomption et vanité insupportable de laquelle enflé, il s’estimoit le plus habile pilote de cette mer, aussi estoit-il de la pretenduë Religion, et des plus opiniastres, ainsi qu’estoit le premier qui nous auoit eschoüez, quoy que plus retenu et modeste.
I 3|| Vers la Rochelle il y a vne grande quantité de marsouins, mais nos matelots ne se mirent point en peine d’en harponner aucun, mais ils pescherent quantité de seiches, qui font grandement bonnes fricassées, et semblent des blancs d’œufs durs fricassez : ils prindrent aussi des grondins auec des lignes et hameçons qu’ils laissoient traisner apres le nauire ; ce sont poissons vn peu plus gros que des rougets, et desquels on faisoit du potage qui estoit assez bon, et le poisson aussi : pendant que ie me trouuois mal cela me fortifia vn peu ; mais ie me desplaisois grandement que le Chirurgien qui auoit soin des malades estoit Huguenot, et peu affectionné enuers les Religieux, c’est pourquoy i’aymois mieux patir que de le prier, aussi n’estoit-il gueres courtois à personne. Passant deuant l’Isle de Ré, on remplit nos bariques d’eau douce pour nostre voyage, on mit les voiles au vent, et le cap à la route de Canada, puis nous cinglasmes par la Manche en haute mer, à la garde du bon Dieu, et à la mercy des vents.
À deux ou trois cens lieues de mer, vn pirate ou forban nous vint recognoistre, et par mocquerie et menace nous dit qu’il I 4|| parleroit à nous apres souper, il ne luy fut rien respondu, mais parti d’aupres de nous on tendit le pont de corde, et chacun se tint sur ses armes pour rendre combat, au cas qu’il fust reuenu, comme il auoit dict : mais il ne retourna point à nous, ayant bien opinion qu’il n’y auoit que des coups à gaigner, et non aucune marchandise : toutesfois il fut encore trois ou quatre iours à voltiger et rôder à nostre veuë, cherchant à faire quelque prise et piraterie.
Il arriua vn accident dans nostre nauire, le premier iour du mois de May, qui nous affligea fort. C’est la coustume en ce mesme iour, que tous les matelots s’arment au matin, et en ordre font vne salue d’escoupeterie au Capitaine du vaisseau : vn bon garçon, peu vsité aux armes, par mesgard et imprudence, donna vne double ou triple charge à vn meschant mousquet qu’il auoit, et pensant le tirer il se creua, et tua le matelot qui estoit à son costé, et en blessa vn autre legerement à la main. Ie n’ay iamais rien veu de si resolu comme ce pauure homme blessé à la mort : car ayant toutes les parties naturelles couppées et emportées, et quelques peaux des I 6 || cuisses et du ventre qui luy pendoient : après qu’il fut reuenu de pasmoison, à laquelle il estoit tombé du coup, luy-mesme appela le Chirurgien, et l’enhardit de coudre sa playe, et d’y appliquer ses remedes, et iusqu’à la mort parla auec vn esprit aussi sain et arresté, et d’vne patience si admirable, que l’on ne l’eust pas iugé malade à sa parole. Le bon Pere Nicolas le confessa, et peu de temps après il mourut : après il fut enueloppé dans sa paillasse, et mis le lendemain matin sur le tillac : nous dismes l’Office des morts, et toutes les prieres accoustumées, puis le corps ayant esté mis sur vne planche, fut faict glisser dans la mer, puis vn tison de feu allumé, et vn coup de canon tiré, qui est la pompe funebre qu’on rend d’ordinaire à ceux qui meurent sur mer.
Depuis, nous fusmes agitez d’vne tourmente si furieuse, par l’espace de sept ou huict iours continuels, qu’il sembloit que la mer se deust ioindre au Ciel, de sorte que l’on auoit de l’apprehension qu’il se vint à rompre quelque membre du nauire, pour les grands coups de mer qu’il souffrait à tout moment, ou que les vagues furieuses, qui donnoient iusques par dessus I 7|| la dunette, abysmassent nostre nauire : car elles auoient desia rompu et emporté les galleries, auec tout ce qui estoit dedans : c’est pourquoy on fut contrainct de mettre bas toutes les voiles, et demeurer les bras croisez, portez à la mercy des flots, et ballottez d’vne estrange façon pendant ces furies. Que s’il y auoit quelque coffre mal amarré, on l’entendoit rouler, et quelsquefois la marmite estoit renuersée, et en disnant ou soupant si nous ne tenions bien nos plats, ils voloient d’vn bout de la table à l’autre, et les falloit tenir aussi bien que la tasse à boire, selon le mouuement du nauire, que nous laissions aller à la garde du bon Dieu, puis qu’il ne gouuernoit plus.
Pendant ce temps-là, les plus deuots prioyent Dieu ; mais pour les matelots, ie vous asseure que c’est alors qu’ils sont moins deuots, et qu’ils taschent de dissimuler l’apprehension qu’ils ont du naufrage, de peur que venans à en eschapper ils ne soient gaussez les vns des autres, pour la crainte et la peur qu’ils auroient temoignées par leurs deuotions, ce qui est vne vraye inuention du diable, pour faire perdre les personnes en mauuais estat. Il est I 8|| tres-bon de ne se point troubler, voire tres-necessaire pour chose qui arriue, à cause qu’on en est moins apte de se tirer du danger ; mais il ne s’en faut pas monstrer plus insolent, ains se recommander à Dieu, et trauailler à ce à quoy on pense estre expedient et necessaire à son salut et deliurance. Or, ces tempestes bien souuent nous estoient presagées par les Marsouins, qui enuironnoient nostre vaisseau par milliers, se ioüans d’vne façon fort plaisante, dont les vns ont le museau mousse et gros, et les autres pointu.
Au temps de cette tourmente ie me trouuay vne fois seul auec mon compagnon, dans la chambre du Capitaine, où le lisois pour mon contentement spirituel, les Meditations de S. Bonauenture, le dict Pere n’ayant pas encore acheué son Office, le disoit à genoüils, proche la fenestre qui regarde sur la gallerie, qu’à mesme temps vn coup de mer rompit vn aiz du siege de la chambre, entre dedans, sousleue vn peu en l’air ledit Pere, et m’enueloppe une partie du corps, ce qui m’esbloüit toute la veuë : neantmoins, sans autrement m’estonner, ie me leue diligemment d’où i’estois assis, à tastons, i’ouure I 9|| la porte pour donner cours à l’eau, me ressouuenant auoir ouy dire qu’vn Capitaine auec son fils, se trouuerent vn iour noyez par vn coup de mer qui entra dans leur chambre. Nous eusmes aussi par fois des ressaques iusqu’au grand mast, qui sont des coups tres-dangereux pour enfoncer vn nauire dans l’abysme des eauës. Quand, la tempeste nous prit nous estions bien auant au delà des Isles Açores, qui sont au Roy d’Espagne, desquelles nous n’approchasmes pas plus prés que d’vne iournée.
Ordinairement, apres vne grande tempeste vient vn grand calme, comme en effet nous en auions quelquesfois de bien importuns, qui nous empeschoient d’aduancer chemin, durant lesquels les Matelots ioüoient et dansoient sur le tillac ; puis quand on voyoit sortir de dessous l’horizon vn nuage espais, c’estoit lors qu’il falloit quitter ces exercices, et se prendre garde d’vn grain de vent qui estoit enueloppé là dedans, lequel se desserrant, grondant et sifflant, estoit capable de renuerser nostre vaisseau sens dessus-dessous, s’il n’y eust eu des gens prests à executer ce que le maistre du nauire leur com20mandoit. Or, le calme qui nous arriua apres cette grande tempeste nous seruit fort à propos, pour tirer de la mer vn grand tonneau de tres-bonne huile d’oliue, que nous apperceusmes assez proche de nous, flottant sur les eauës, nous en apperceusmes encore vn autre deux ou trois iours apres : mais la mer qui commençoit fort à s’enfler, nous osta le moyen de l’auoir : ces tonneaux, comme il est à coniecturer, pouuoient estre de quelque nauire brizé en mer par ces furieuses tourmentes et tempestes que nous auions souffertes peu de temps auparauant.
Quelques iours après nous rencontrasmes vn petit nauire Anglois, qui disoit venir de la Virginie, et de quelqu’autre contrée, car il auoit quantité de palmes, du petun, de la cochenille et des cuirs, il estoit tout desmaté des coups de vent qu’il auoit souffert, et pour pouuoir s’en retourner au pays d’Angleterre et d’Escosse, d’où la pluspart de son equipage estoit, ils auoient accommodé leur mast de misaine qui seul leur estoit resté, à la place du grand mast qui s’estoit rompu, et les autres aussi. Il pensoit s’esquiuer et fuire ; mais nous allasmes à luy et l’ar- 21|| restasmes, luy demandant, selon la coustume de la mer, à celuy qui est, ou pense estre le plus fort : d’où est le nauire, il respondit d’Angleterre, on luy répliqua : amenez, c’est à dire, abaissez vos voiles, sortez vostre chalouppe, et venez nous faire voir vostre congé, pour en faire l’examen, que si on est trouué sans le congé de qui il appartient, on le faict passer par la loy et commission de celuy qui le prend : mais il est vray qu’en cela, comme en toute autre chose, il se commet souuent de très-grands abus, pour ce que tel feint estre marchand, et auoir bonne commission, qui luy mesme est pirate et marchand tout ensemble, se seruant des deux qualitez selon les occasions et rencontres, et ainsi nos matelots desiroient ils la rencontre de quelque petit nauire Espagnol, où il se trouue ordinairement de riches marchandises, pour en faire curée, et contenter leur conuoitise : c’est pourquoy il ne faut s’approcher d’aucun nauire en mer qu’à bonnes enseignes, de peur qu’vn forban ne soit pris par vn autre pirate. Que si demandant d’où est le nauire on respond, de la mer, c’est à dire, escumeur de mer, c’est qu’il faut venir à bord, et rendre com- 22|| bat, si on n’ayme mieux se rendre à leur mercy et discretion du plus fort.
C’est aussi la coustume en mer, que quand quelque nauire particulier rencontre vn nauire Royal, de se mettre au dessous du vent, et se presenter non point coste-à coste ; mais en biaisant, mesme d’abattre son enseigne (il n’est pas neantmoins de besoin d’en auoir en si grand voyage sinon quand on approche de terre, ou quand il se faut battre).
Pour reuenir à nos Anglois, ils vindrent enfin à nous, sçauoir leur maistre de nauire, et quelques autres des principaux, non toutefois sans vne grande crainte et contradiction, car ils pensoient qu’on les traiteroit de la mesme sorte qu’ils ont accoustumé de traiter les François quand ils en ont le dessus : c’est pourquoy ce Maistre de nauire offrit en particulier à nostre Capitaine, moy present, tout ce qu’ils auoient de marchandise en leur nauire, moyennant la vie sauue, et qu’ainsi despoüillez de tout, fors d’vn peu de viures, on les laissast aller ; mais on ne leur fit aucun tort, et refusa-t-on leur offre, seulement on accepta un baril de patates (ce sont certaines racines 23des Indes, en forme de gros || naueaux ; mais d’vn goust beaucoup plus excellent) et vn autre de petun, qu’ils offrirent volontairement au Capitaine, et à moy vn cadran solaire que ie ne voulois accepter de peur de leur en incommoder : car mon naturel ne sçauroit affliger l’affligé, bien qu’il ne merite compassion.
Le Capitaine de nostre vaisseau, comme sage, ne voulut rien determiner en ce faict de soy-mesme, sans l’auoir premierement communiqué aux principaux de son bord, et nous pria d’en dire nostre aduis, qui estoit celuy que principalement il desiroit suiure, pour ne rien faire contre sa conscience, ou qui fust digne de reprehension. Pendant que nous estions en ce conseil, on auoit enuoyé quantité de nos hommes dans ce nauire Anglois pour y estre les plus forts, et en ramener les principaux des leurs dans le nostre, excepté leur Capitaine lequel estoit malade, de laquelle maladie il mourut la nuict mesme. Apres auoir veu tous les papiers de ces pauures gens, et trouué prés d’vn boisseau de lettres qui s’adressoient à des particuliers d’Angleterre, on conclud qu’ils ne pouuoient estre forbans, bien que leur congé ne fust que trop vieux obtenu, attendu 24|| qu’outre qu’ils estoient peu de monde, et encore fort foiblement armez, ils auoient quelques charte-parties, puis toutes ces lettres les mettoient hors de soupçon, et ainsi on les renuoya en leur nauire, après nous auoir accompagnez trois iours, et pleurant d’ayse d’estre deliurez de l’esclauage ou de la mort qu’ils attendoient : ils nous firent mille remerciemens d’auoir parlé pour eux, et se prosternoient iusqu’en terre, contre leur coustume, en nous disant adieu.
Ie me recreois par fois, selon que ie me trouuois disposé, à voir ietter l’esuent aux Baleines, et ioüer les petits Balenots, et en ay veu vne infinité, particulierement à Gaspé, où elles nous empeschoient nostre repos par leurs soufflemens et les diuerses courses des Gibars et Baleines. Gibar est vne espèce de Baleine, ainsi appellée, à cause d’vne bosse qu’il semble auoir, ayant le dos fort esleué, où il porte vne nageoire. Il n’est pas moins grand que les Baleines, mais non pas si espais ny si gros, et a le museau plus long et plus aigu, et vn tuyau sur le front, par où il iette l’eau de grande violence, quelques-vns à cette cause, l’appellent souffleur. Toutes les fe-25||melles Baleines portent et font leurs petits tous vifs, les allaitent, couurent et contre-gardent de leurs nageoires. Les Gibars et autres Baleines dorment tenans leurs testes esleuées vn peu hors, tellement que ce tuyau est à descouuert et à fleur d’eau. Les Baleines se voyent et descouurent de loin par leur queue qu’elles monstrent souuent s’enfonçans dans la mer, et aussi par l’eau qu’elles iettent par les esuans, qui est plus d’vn poinçon à la fois, et de la hauteur de deux lances, et de cette eau que la Baleine iette, on peut iuger ce qu’elle peut rendre d’huile. Il y en a telle d’où l’on en peut tirer iusqu’à plus de quatre cens barriques, d’autres six-vingts poinçons, et d’autres moins, et de la langue on en tire ordinairement cinq et six barriques : et Pline rapporte, qu’il s’est trouué des Baleines de six cens pieds de long, et trois cens soixante de large. Il y en a desquelles on en pourroit tirer dauantage.
À mon retour ie vis tres-peu de Baleines à Gaspé, en comparaison de l’année precedente, et ne peux en conceuoir la cause ny le pourquoy, sinon que ce soit en partie la grande abondance de sang que 26|| rendit la playe d’vne grande Baleine, que par plaisir vn de nos Commis luy auoit faite d’vn coup d’arquebuse à croc, chargée d’une double charge : ce n’est neantmoins ny la façon, ny la manière de les auoir : car il y faut bien d’autre inuention, et des artifices desquels les Basques se sçauent bien seruir, c’est pourquoy ie n’en fais point de mention, et me contente que d’autres Autheurs en ayent escrit.
La première Baleine que nous vismes en pleine mer estoit endormie, et passant tout auprés on détourna vn peu le nauire, craignant qu’à son resueil elle ne nous causast quelque accident. I’en vis vne entre les autres espouuentablement grosse, et telle que le Capitaine, et ceux qui la virent, dirent asseurement n’en auoir iamais veu de plus grosse. Ce qui fit mieux recognoistre sa grosseur et grandeur est, que se demenant et soustenant contre la mer, elle faisait voir une partie de son grand corps. Ie m’estonnay fort d’vn Gibar, lequel auec sa nageoire ou de sa queuë, car ie ne pouuois pas bien discerner ou recognoistre duquel c’estoit, frappoit si furieusement fort sur l’eau, qu’on le pouvoit entendre de fort loin, et me dit-on que c’estoit pour 27|| estonner et amasser le poisson, pour apres s’en gorger. Ie vis vn iour vn poisson de quelque dix ou douze pieds de longueur, et gros à proportion, passer tout ioignant nostre nauire : on me dit que c’estoit un Requiem, poisson fort friand de chair humaine, c’est pourquoy qu’il ne fait pas bon se baigner où il y en a, pource qu’il ne manque pas d’engloutir les personnes qu’il peut attraper, ou du moins quelque membre du corps, qu’il coupe aysement auec ses deux ou trois rangées de dents qu’il a en sa gueule, et n’estoit qu’il luy convient tourner le ventre en haut ou de costé pour prendre sa proye, à cause que comme vn Esturgeon, il a sa gueule sous vn long museau, il devoreroit tout : mais il luy faut du temps à se tourner, et par ainsi il ne faict pas tout le mal qu’il feroit, s’il auoit sa gueule autrement.
Assez proche du Grand-Banc, vn de nos matelots herponna vne Dorade, c’est, à mon aduis, le plus beau poisson de toute la mer ; car il semble que la Nature se soit delectée et ait pris plaisir à l’embellir de ses diuerses et viues couleurs : de sorte mesme qu’il esblouit presque la veue 28|| des regardans, en se diuersifiant et changeant comme le Cameleon, et selon qu’il approche de sa mort il se diuersifie et se change en ses viues couleurs. Il n’auoit pas plus de trois pieds de longueur, et sa nageoire qu’il auoit dessus le dos luy prenoit depuis la teste iusqu’à la queuë, toute dorée et couuerte comme d’vn or tres-fin : comme aussi la queue, ses aislerons ou nageoires, sinon que parfois il paroissoit de petites taches de la couleur d’vn tres-fin azur, et d’autres de vermillon, puis comme d’vn argenté ; le reste du corps est tout doré, argenté, azuré, vermillonné, et de diuerses autres couleurs, il n’est pas gueres large sur le dos, ains estroict, et le ventre aussi ; mais il est haut et bien proportionné à sa grandeur : nous le mangeasmes, et trouuasmes tres-bon, sinon qu’il estoit un peu sec, quand il fut pris il suyuoit et se iouoit à nostre vaisseau, car le naturel de ce poisson suit volontiers les nauires : mais on en voit peu ailleurs qu’aux Molucques. Nous tirasmes aussi de la mer vn poisson mort, de mesme façon qu’vne grosse perche, qui auoit la moitié du corps entierement rouge ; mais aucun de nos gens ne peut iamais dire ny iuger quel poisson 29|| c’estoit. I’ay aussi quelquesfois veu voler hors de l’eau des petits poissons, enuiron de la longueur de quatre ou cinq pieds, fuyans de plus gros poissons qui les poursuyuoient. Nos matelots herponnerent vn gros Marsoin femelle, qui en auoit vn petit dans le ventre, lequel fut lardé et rosty en guise d’vn leuraut, puis mangé, et la femelle aussi, laquelle nous seruit plusieurs iours : ce qui nous fut vne grande regale pour estre las de Salines, qui est la viande ordinaire de la mer.
Assez prés du Grand-Banc il se voit vn grand nombre d’oyseaux de mer de diuerses especes, dont les plus frequents sont des Godets, Happe-foyes et autres, que nous appelons Fouquets, ressemblans aucunement au pigeon, sinon qu’ils sont encor vne fois plus gros, ont les pattes d’oyes, et se repaissent de poisson. Ces oyseaux seruent de signal aux mariniers de l’approche dudict Grand-Banc, et de certitude de leur droicte route : mais ie m’esmerueille, auec plusieurs autres, où ils peuuent faire leurs nids, et esclore leurs petits, estans si esloignez de terre. Il y en a qui asseurent, apres Pline, que sept iours auant, et sept iours après le Solstice d’hy-30||uer la mer se tient calme, et que pendant ce temps-là les Alcyons font leurs nids, leurs œufs, et escloient leurs petits, et que la nauigation en est beaucoup plus asseurée : mais d’autres ne l’asseurent neantmoins que de la mer de Sicile, c’est pourquoy ie laisse la chose à decider à de plus sages que moy. Nous prismes à Gaspé vn de ces Fouquets auec vne longue ligne, à l’ain de laquelle y auoit des entrailles de moluës fraisches qui est l’inuention dont on se sert pour les prendre. Nous en prismes encor vn autre de cette façon, vn de ces Fouquets grandement affamé, voltigeoit à l’entour de nostre nauire cherchant quelque proye : l’vn de nos matelots aduisé, luy présente vn hareng qu’il tenoit en sa main, et l’oyseau affamé y descend, et le garçon habile le prit par la patte, et fut pour nous. Nous le nourrismes et conseruasmes vn assez long temps dans un seau couuert, où il ne se demenoit aucunement ; mais il sçauoit fort bien pincer du bec quand on s’en vouloit approcher. Plusieurs appellent communement cet oyseau Happe-foyes, à cause de leur auidité à recueillir et se gorger des foyes des moluës que l’on iette en mer après3 I || qu’on leur a ouuert le ventre, desquels ils sont si frians, qu’ils se hazardent d’approcher du vaisseau et nauire, pour en attrapper à quelque prix que ce soit.
Le Grand-Banc, duquel nous auons desja parlé, et au trauers duquel il nous conuenoit passer : ce sont hautes montagnes, assises en la profonde racine des abysmes des eaux, lesquelles s’esleuent iusqu’à trente, quarante et soixante brasses de la surface de la mer. On le tient de six-vingts lieuës de long, d’autres disent de deux cens, et soixante de large, passé lequel on ne trouue plus de fond, non plus que par-deçà, iusqu’à ce qu’on aborde la terre. Nous y eusmes le plaisir de la pesche des moluës : car c’est le lieu où plus particulierement on y en pesche grande quantité, et sont des meilleures de Terre Neuue : en passant nous y en peschasmes vn grand nombre, et quelques Flettans fort gros, qui est vn fort bon poisson ; mais il faict grandement la guerre aux moluës, qu’il mange en quantité, bien que sa gueule soit petite, à proportion de son corps, qui est presque faict en la forme d’vn turbot ou barbue, mais dix fois plus grand : ils sont fort bons à manger grillés et 32|| bouillis par tranches. Cela est admirable, combien les moluës sont aspres à aualler ce qu’elles rencontrent et leur vient au deuant, soit l’amorce, fer, pierre, ou toute autre chose qui tombe dans la mer, que l’on retrouue par-fois dans leur ventre, quand elles ne le peuuent reuomir, c’est la cause pourquoy l’on en prend si grand quantité : car à mesme temps qu’elles apperçoiuent l’amorce, elles l’engloutissent ; mais il faut estre soigneux de tirer promptement la ligne, autrement elles reuomissent l’ain, et s’eschappent souuent.
Je ne sçay d’où en peut procéder la cause, mais il fait continuellement vn broüillas humide, froid et pluuieux sur ce Grand-Banc, aussi bien en plein Esté comme en Automne, et hors dudict Banc il n’y a rien de tout cela, c’est pourquoy il y feroit grandement ennuyeux et triste, n’estoit le divertissement et la recreation de la pesche. Vne chose, entr’autres, me donnoit bien de la peine lors que ie me portois mal : vne grande enuie de boire vn peu d’eau douce, et nous n’en auions point, par ce que la nostre estoit deuenue puante, à cause du long-temps que nous estions sur mer, et si le cidre ne me sembloit 33|| point bon pendant ces indispositions, et encore moins pouvois-ie vser d’eau de vie, ny sentir le petun ou merluche, et beaucoup d’autres choses, sans me trouuer mal du cœur, qui m’estoit comme empoisonné, et souuent bondissant contre les meilleures viandes et rafraischissemens : estre couché ou appuyé me donnoit quelque allegement, lors principalement que la mer n’estoit point trop haute ; mais lors qu’elle estoit fort enflée, i’estois bercé d’vne merueilleuse façon, tantost couché de costé, tantost les pieds esleuez en haut, puis la teste, et tousiours auec incommodité à l’ordinaire, que si on se portoit bien tout cela ne seroit rien neantmoins, et s’y accoustumeroit-on aussi gayement que les matelots : mais en toutes choses les commencemens sont tousjours difficiles, qui durent quelquesfois fort long-temps sur mer, selon la complexion des personnes, et la force de leurs estomachs.
Quelque temps après auoir passé le Grand-Banc, nous passasmes le Banc-à-Vers, ainsi nommé, à cause qu’aux moluës qu’on y pesche, il s’y trouue des petits boyaux comme vers, qui remuent : et si elles ne sont si bonnes ny si blanches à 34|| mon aduis. Nous passasmes apres tout ioignant le Cap Breton (qui est estimé par la hauteur de 45. degrez 3. quarts de latitude, et 14. degrez 50. minutes de declinaison de l’Aimant) entre ledict Cap Breton et l’Isle Sainct Paul, laquelle Isle est inhabitée, et en partie pleine de rochers, et semble n’auoir pas plus d’vne lieuë de longueur ou enuiron ; mais ledit Cap Breton que nous auions à main gauche, est vne grande Isle en forme triangulaire, qui a 80. ou ioo. lieues de circuit, et est vne terre eslevée, et me sembloit voir l’Angleterre selon qu’elle se presenta à mon obiet, pendant les quatre iours que pour cause des vents contraires nous conuiasmes contre la coste : cette terre du Cap Breton est vne terre sterile, neantmoins agreable en quelques endroicts, bien qu’on y voye peu souuent des Sauuages, à ce qu’on nous dist. À la poincte du Cap, qui regarde et est vis-à-vis de l’Isle Sainct Paul, il y a vn Tertre esleué en forme quarrée, et plate au-dessus, ayant la mer de trois costez, et vn fossé naturel qui le separe de la terre ferme : ce lieu semble auoir esté faict par industrie humaine, pour y bastir vne forteresse au dessus 35|| qui seroit imprenable, mais l’ingratitude de la terre ne merite pas vne si grande despence, ny qu’on pense à s’habituer en lieu si miserable et sterile.
Estans entrez dans le Golfe, ou grande baye St. Laurent, par où on va à Gaspé et Isle Percée, etc., nous trouuasmes dés le lendemain l’Isle aux Oyseaux, tant renommée pour le nombre infiny d’oyseaux qui l’habitent : elle est esloignée enuiron quinze ou seize lieues de la Grand’Terre, de sorte que de là on ne la peut aucunement descouvrir. Cette Isle est estimée en l’esleuation du Pole de 49. degrez 40. minutes. Ce rocher ou Isle, à mon aduis, plat un peu en talus, et a enuiron vne petite lieuë de circuit, et est presque en oualle, et d’assez difficile accez : nous auions proposé d’y monter s’il eust faict calme, mais la mer vn peu trop agitée nous en empescha. Quand il y faict vent, les oyseaux s’esleuent facilement de terre, autrement il y en a de certaines espèces qui ne peuuent presque voler, et qu’on peut aysement assommer à coups de bastons, comme auoient faict les matelots d’vn autre nauire, qui auant nous en auoient emply leur chalouppe, et plusieurs tonneaux des œufs 36 qu’ils trouuèrent aux nids ; mais ils y penserent tomber de foiblesse, pour la puanteur extrême des ordures desdicts oyseaux. Ces oyseaux pour la pluspart, ne viuent que de poisson, et bien qu’ils soient de diuerses especes, les vns plus gros, les autres plus petits, ils ne font point pour l’ordinaire, plusieurs trouppes ; ains comme vne nuée espaisse volent ensemblement au dessus de l’Isle, et aux enuirons, et ne s’escartent que pour se’gayer, eslever et se plonger dans la mer : il y auoit plaisir à les voir librement approcher et roder à l’entour de nostre vaisseau, et puis se plonger pour un long temps dans l’eau, cherchant leur proye. Leurs nids sont tellement arrangez dans l’Isle selon leurs especes, qu’il n’y a aucune confusion, mais un bel ordre. Les grands oyseaux sont arrangez plus proches de leurs semblables, et les moins gros ou d’autres especes, auec ceux qui leur conuiennent, et de tous en si grande quantité, qu’à peine le pourroit-on iamais persuader à qui ne l’auroit veu. I’en mangeay d’vn, que les Matelots appellent Guillaume, et ceux du pays Apponath, de plumage blanc et noir, et gros comme vne poule, auec vne 37|| courte queuë et de petites aisles, qui ne cedoit en bonté à aucun gibier que nous ayons. Il y en a d’vne autre espece, plus petits que les autres, et sont appellez Godets. Il y en a aussi d’vne autre sorte, mais plus grands, et blancs, separez des autres en vn canton de l’Isle, et sont tres-difficiles à prendre, pource qu’ils mordent comme chiens, et les appelloient Margaux.
Proche de la mesme Isle il y en a vne autre plus petite, et presque de la mesme forme, sur laquelle quelques-vns de nos Matelots estoient montez en vn autre voyage precedent, lesquels me dirent et asseurerent y auoir trouué sur le bord de la mer, des poissons gros comme vn bœuf et qu’ils en tuerent vn, en luy donnant plusieurs coups de leurs armes par dessous le ventre, ayans auparauant frappé en vain vne infinité de coups, et endommagé leurs armes sur les autres parties de son corps, sans le pouuoir blesser, pour la grand’dureté de sa peau, bien que d’ailleurs il soit quasi sans deffence et fort massif.
Ce poisson est appellé par les Espagnols Maniti, et par d’autres Hippotame, c’est à dire, cheual de riuiere, et pour moy ie le 38|| prends pour l’Elephant de mer : car outre qu’il ressemble à vne grosse peau enflée, il a encore deux pieds qui sont ronds, avec quatre ongles faicts comme ceux d’vn Elephant, à ses pieds il a aussi des aillerons ou nageoires, auec lesquelles il nage, et les nageoires qu’il a sur les espaules s’estendent par le milieu iusques à la queue.
Il est de poil tel que le loup marin, sçauoir gris, brun, et vn peu rougeastres. Il a la teste petite comme celle d’vn bœuf, mais plus descharnée, et le poil plus gros et rude, ayant deux rangs de dents de chacun costé, entre lesquelles y en a deux en chacune part, pendant de la mâchoire supérieure en bas, de la forme de ceux d’un jeune Elephant, desquelles cet animal s’ayde pour grimper sur les rochers (à cause de ces dents, nos Mariniers l’appellent la beste à la grand’-dent). Il a les yeux petits, et les aureilles courtes, il est long de vingt pieds, et gros de dix, et est si lourd qu’il n’est possible de plus. La femelle rend ses petits comme la vache, sur la terre, aussi a-elle deux mammelles pour les allaicter : en le mangeant il semble plustost chair que poisson, quand il est fraiz vous diriez 39|| que ce seroit veau : et d’autant qu’il est des poissons cetases, et portans beaucoup de lard, nos Basques et autres Mariniers en tirent des huiles fort-bonnes, comme de la Baleine, et ne rancit point, ny ne sent iamais le vieil. Il a certaines pierres en la teste, desquelles on se sert contre les douleurs de la pierre, et contre le mal de costé. On le tuë quand il paist de l’herbe à la riue des riuieres ou de la mer, on le prend aussi auec les rets quand il est petit ; mais pour la difficulté qu’il y a à l’auoir, et le peu de profit que cela apporte, outre les hazards et dangers où il se faut mettre, cela faict qu’on ne se met pas beaucoup en peine d’en chercher et chasser. Nostre Pere Ioseph me dit auoir veu les dents de celuy qui fut pris, et qu’elles estoient fort grosses, et longues à proportion.
Le lendemain nous eusmes la veuë de la montagne, que les Matelots ont surnommée Table de Roland, à cause de sa hauteur, et les diverses entre coupures qui sont au coupeau, puis peu à peu nous approchasmes des terres iusques à Gaspé, qui est estimé sous la hauteur de 40. degrés deux tiers de latitude, où nous posasmes l’anchre pour quelques iours. Cela nous 40|| fut vne grande consolation : car outre le desir et la necessité que nous auions de nous approcher du feu, à cause des humiditez de la mer, l’air de la terre nous sembloit grandement soüef : toute cette Baye estoit tellement pleine de Baleines, qu’à la fin elles nous estoient fort importunes, et empeschoient nostre repos par leur continuel tracas, et le bruit de leurs esuents. Nos Matelots y pescherent grande quantité de Homars, Truites et autres diuerses especes de poissons ; entre lesquels y en auoit de fort laids, et qui ressembloient aux crapeaux.
Toute cette contrée de terre est fort montagneuse et haute presque par tout, ingrate et sterile, n’y ayant rien que des Sapiniers, Bouleaux, et peu d’autres bois. Deuant la rade, en vn lieu vn peu esleué, on a fait vn petit jardin, que les Matelots cultiuent quand ils sont arrinez là, ils y sèment de l’ozeille et autres petites herbes, lesquelles seruent à faire du potage : ce qu’il y a de plus commode et consolatif, apres la pesche et la chasse qui est médiocrement bonne, est un beau ruisseau d’eau douce très-bonne à boire, qui descend au port dans la mer, de dessus les 41|| hautes montagnes qui sont à l’opposite, sur le coupeau desquelles me promenant par-fois, pour contempler l’emboucheure du grand fleuue Sainct Laurent, par lequel nous devions passer pour aller à Tadoussac : apres auoir doublé cette langue de terre et Cap de Gaspé, i’y vis quelques leuraux et perdrix, comme celles que i’ay veuës du depuis dans le pays de nos Hurons : et comme ie désirois m’employer tousiours à quelque chose de pieux, et qui me fournit d’vn renouuellement de ferueur à la poursuite de mon dessein, ie grauois auec la poincte d’vn cousteau dans l’escorce des plus grands arbres, des Croix et des noms de Iesvs, pour signifier à Satan et à ses supposts, que nous prenions possession de cette terre pour le Royaume de Iesus-Christ, et que doresnauant il n’y auroit plus de pouuoir, et que le seul et vray Dieu y seroit recogneu et adoré.
Ayant laissé notre grand vaisseau au port, et donné ordre pour la pesche de la Moluë, nous nous embarquasmes dans une pinace nommée la Magdeleine, pour aller à Tadoussac, la voile au vent, et le cap estant doublé seulement au troisiesme 42|| iour, à cause des vents et marées contraires, nous passasmes tousiours costoyans à main gauche, la terre qui est fort haute, et ensuite les Monts nostre Dame, pour lors encore en partie couuerts de neige, bien qu’il n’y en eust plus partout ailleurs. Or les matelots qui ordinairement ne demandent qu’à rire et se recreer, pour adoucir et mettre dans l’oubli les maux passez, font icy des ceremonies ridicules à l’endroict des nouveaux venus, (qui n’ont encore pu estre empeschées par les Religieux) vn d’entr’eux contrefait le Prestre, qui feint de les confesser, en marmottant quelques mots entre ses dents, puis auec vne gamelle ou grand plat de bois, luy verse quantité d’eau sur la teste, auec des ceremonies dignes des Matelots ; mais pour en estre bien-tost quittes, et n’encourir une plus grande rigueur, il se faut racheter de quelque bouteille de vin, ou d’eau de vie, ou bien il se faut attendre d’estre bien mouillé. Que si on pense faire le mauuais ou le retif, l’on a la teste plongée iusques par sous les espaules, dans vn grand bacquet d’eau qui est là disposé tout exprez, comme je vis faire à vn grand garçon qui pensoit résister en la 43|| presence du Capitaine, et de tous ceux qui assistoient à cette cérémonie ; mais comme le tout se faict selon leur coustume ancienne, par recreation : aussi ne veulent-ils point que l’on se desdaigne de passer par la loy, ains gayement et de bonne volonté s’y sousmettre, i’entends les personnes seculieres, et de mediocre condition, ausquelles seules on fait obseruer cette loy.
L’Isle d’Anticosty, où l’on tient qu’il y a des Ours blancs monstrueusement grands, et qui deuorent les hommes comme en Noruegue, longue d’enuiron 30. ou 40. lieues, nous estoit à main droicte, et en suite des terres plattes couvertes de Sapiniers, et autres petits bois, iusqu’à la rade de Tadoussac. Cette Isle, auec le Cap de Gaspé, opposite, font l’emboucheure de ce fleuue, que nous appelons de Sainct Laurent, admirable, en ce qu’il est vn des plus beaux fleuues du monde, comme m’ont aduoué dans le pays des personnes mesmes qui auoient faict le voyage des Molucques et Antipodes. Il a son entrée selon qu’on peut presumer et iuger, prés de 20. ou 25. lieuës de large, plus de 200. brasses de profondeur, et plus de 800. lieues de cognoissance ; et au bout de 44|| 400. lieuës elle est encore aussi large que les plus grands fleuues que nous ayons remarquez, remplie par endroicts d’Isles et de rochers innumerables ; et pour moy ie peux asseurer que l’endroict le plus estroict que i’ay veu, passe la largeur de 3. et 4. fois la riuiere de Seine, et ne pense point me tromper, et ce qui est plus admirable, quelques-vns tiennent que cette riuiere prend son origine de l’un des lacs qui se rencontrent au fil de son cours, si bien (la chose estant ainsi) qu’il faut qu’il y ait deux cours, l’vn en Orient vers la France, l’autre en Occident, vers la mer du Su, et me semble que le lac des Shequaneronons a de mesme deux descharges opposites, produisant une grande riuiere, qui se va rendre dans le grands lac des Hurons, et vne autre petite toute à l’opposite qui descend et prend son cours du costé de Kebec, et se perd dans un lac qu’elle rencontre à 7. ou 8. lieuës de sa source : ce fut le chemin par où mes Sauuages me ramenerent des Hurons, pour retrouuer nostre grand fleuue Sainct Laurent, qui conduit à Kebec.
Continuant nostre route, et voguant sur nostre beau fleuve, à quelques iours de là 45|| nous arrivasmes à la rade de Tadoussac, qui est à une lieuë du port, et cent lieues de l’emboucheure de la riuiere, qui n’a en cet endroict plus que sept ou huict lieuës de large : le lendemain nous doublasmes la pointe aux Vaches, et entrasmes au port, qui est iusques où peuuent aller les grands vaisseaux : c’est pourquoy on tient là des barques et chaloupes exprez, pour descharger les nauires, et porter ce qui est necessaire à Kebec, y ayant encor enuiron 50. lieuës de chemin par la riuiere : car de penser y aller par terre, c’est ce qui ne se peut esperer, ou du moins semble-il impossible pour les hautes montagnes, rochers et precipices où il se conuiendroit exposer et passer : ce lieu de Tadoussac est comme vne anse à l’entrée de la riuiere de Saguenay, où il y a vne marée fort estrange pour sa vistesse, où quelques fois il vient des vents impetueux, qui ameinent de grandes froidures : c’est pourquoy il y fait plus froid qu’en plusieurs autres lieux plus esloignez du Soleil de quelques degrés.
Ce port est petit, et n’y pourroient s’abriter qu’enuiron 20. ou 25. vaisseaux au plus. Il y a de l’eau assez, et est à l’abry de la riuiere du 46|| Saguenay, et d’vne petite Isle de rochers, qui est presque coupée de la mer, le reste sont montagnes hautes esleuées, où il y a peu de terre, mais force rochers et sables remplis de bois, comme Sapins et Bouleaux, puis vne petite prairie et forest auprès, tout ioignant la petite Isle de rochers, à main droicte tirant à Kebec, est la belle riuiere du Saguenay, bordée des deux costez de hautes et stériles montagnes, elle est d’vne profondeur incroyable, comme de 150. ou 200. brasses, elle contient de large demie-lieuë en des endroicts, et vn quart en son entrée, où il y a vn courant si grand, qu’il est trois quarts de marée couru dedans la riuiere qu’elle porte encore dehors, c’est pourquoy on apprehende grandement, ou que son courant ne reiette et empesche d’entrer au port, ou que la forte marée n’entraisne dans la riuiere, comme il est vne fois arriué à Monsieur de Pontgraué, lequel s’y pensa perdre, à ce qu’il nous dit, pour ce qu’il n’y peut prendre fonds, ny ne scauoit comment en sortir, ses anchres ne lui seruans de rien, ny toutes les industries humaines, sans l’assistance particuliere de Dieu, qui seul le sauua, et 47|| empescha de briser son infortuné nauire.
À la rade de Tadoussac, au lieu appelé la Poincte aux Vaches, estoit dressé au haut du mont, vn village de Canadiens, fortifié à la façon simple et ordinaire des Hurons, pour crainte de leurs ennemis. Le nauire y ayant ietté l’anchre, attendant le vent et la marée propre pour entrer au port ie descendis à terre, fus visiter le village, et entray dans les cabannes des Sauuages, lesquels ie trouuay assez courtois, m’asseant par fois auprés d’eux, ie prenois plaisir à leurs petites façons de faire, et à voir trauailler les femmes, les vnes à matachier et peinturer leurs robes, et les autres à coudre leurs escuelles d’escorces, et faire plusieurs autres petites ioliuetez auec des poinctes de porc-espics, teintes en rouge cramoisi. À la vérité ie trouuai leur manger maussade et fort à contre-cœur, comme n’estant accoustumé à ces mets sauuages, quoy que leur courtoisie et ciuilité non sauuage m’en offrit, comme aussi d’vn peu d’eau de riuiere à boire, qui estoit là dans vn chaudron fort mal net, de quoy ie les remerciay humblement. Apres, ie m’en allay au port par le chemin de la forest, auec quelques Fran-48||çois que i’auois de compagnie : mais à peine y fusmes-nous arriuez, et entrez dans nostre barque, qu’il pensa nous y arriuer quelque disgrace. Ce fut que le principal Capitaine des Sauuages, que nous nommons la Forière, estant venu nous voir dans nostre barque, et n’estant pas content du petit present de figues que nostre Capitaine luy auoit faict au sortir du vaisseau, il les ietta dans la riuiere par despit, et aduisa ses Sauuages d’entrer tous fil-à-fil dans nostre barque, et d’y prendre et emporter toutes les marchandises qui leur faisoient besoin, et d’en donner si peu de pelleteries qu’ils voudroient, puis qu’on ne l’auoit pas contenté. Ils y entrerent donc tous auec tant d’insolence et de brauade, qu’ayans eux-mesmes ouuert l’escoutille, et tiré hors de dessous les tillacs ce qu’ils voulurent, ils n’en donnerent pour lors de pelleterie qu’à leur volonté, sans que personne les en peust empescher ou resister. Le mal pour nous fut d’y en auoir trop laissé entrer à la fois, veu le peu de gens que nous estions, car nous n’y estions lors que six ou sept, le reste de l’equipage ayant esté enuoyé ailleurs : c’est ce qui fit 49|| filer doux à nos gens, et les laisser ainsi faire, de peur d’estre assommez ou iettez dans la riuière, comme ils en cherchoient l’occasion, ou quelque couuerture honneste pour le pouuoir librement faire sans en estre blasmez.
Le soir, tout nostre equipage estant de retour, les Sauuages ayant crainte, ou marris du tort qu’ils auoient faict aux François, tindrent conseil entr’eux, et aduiserent en quoy et de combien ils les pouuoient auoir trompez, et s’estans cotisez apporterent autant de pelleteries, et plus que ne valloit le tort qu’ils auoient faict, ce que l’on receut, auec promesse d’oublier tout le passé, et de continuer tousjours dans l’amitié ancienne, et pour asseurance et confirmation de paix, on tira deux coups de canon, et les fit-on boire vn peu de vin, ce qui les contenta fort, et nous encor plus : car à dire vray, on craint plus de mescontenter les Sauuages, qu’ils n’ont d’offenser les Marchands.
Ce Capitaine Sauvage m’importuna fort de luy donner nostre Croix et nostre Chapelet, qu’il appeloit Iesus (du nom mesme qu’ils appellent le Soleil) pour pendre à son col ; mais ie ne pus lui accor-50||der, pour estre en lieu où ie n’en pouuois recouurer un autre. Pendant ce peu de iours que nous fusmes là, on pescha grande quantité de Harengs et des petits Oursins, que nous amassions sur le bord de l’eau, et les mangions en guise d’Huitres Quelques-vns croyent en France que le Hareng frais meurt à mesme temps qu’il sort de son element, i’en ay veu neantmoins sauter vifs sur le tillac vn bien peu de temps, puis mouroient ; les Loups marins se gorgeoient aussi par-fois en nos filets des Harengs que nous y prenions, sans les en pouuoir empescher, et estoient si fins et si rusez, qu’ils sortoient par-fois leurs testes hors de l’eau, pour se donner garde d’estre surpris, et voir de quel costé estoient les pescheurs, puis rentraient dans l’eau, et pendant la nuict nous oyons souuent leurs voix, qui ressembloient presqu’à celles des Chats huans (chose contraire à l’opinion de ceux qui ont dict et escrit que les poissons n’auoient point de voix).
Proche de là, sur le chemin de Kebec, et l’Isle aux Allouettes, ainsi nommée, pour le nombre infiny qui s’y trouue par-fois. I’en ay eu quelques-vnes en vie, 51|| elles ont leur petit capuce en teste comme les nostres, mais elles sont vn peu plus petites, et de plumage vn peu plus gris et moins obscur, mais le goust de la chair en est de mesme. Cette isle presque couuerte, pour la pluspart, que de sable, qui faict que l’on en tue vn grand nombre d’vn seul coup d’arquebuse : car donnant à fleur de terre, le sable en tue plus que ne faict la poudre de plomb, tesmoin celuy qui en tua trois cens et plus d’vn seul coup.
Sur ce mesme chemin de Kebec, nous trouuasmes aussi en diuers endroicts plusieurs grandes troupes de Marsouins, entierement et parfaictement blancs comme neige par tout le corps, lesquels proche les vns des autres, se ioüoyent, et se sousleuant monstroient ensemblement vne partie de leurs grands corps hors de l’eau, qui est, à peu prés, gros comme celuy d’vne vache, et long à proportion, et à cause de cette pesanteur, et que ce poisson ne peut seruir que pour en tirer de l’huile : l’on ne s’amuse pas à cette pesche, partout ailleurs nous n’en auons point veu de blancs ny de si gros : car ceux de la mer sont noirs, bons à manger, et beau-52||coup plus petits. Il y a aussi en chemin des Echos admirables, qui repetent et sonnent tellement les paroles, et si distinctement, qu’ils n’en obmettent vne seule syllabe, et diriez proprement que ce soient personnes qui contrefont ou repetent ce que vous dites et chantez.
Nous passasmes apres, ioignans l’Isle aux Coudres, laquelle peut contenir enuiron vne lieuë et demie de long, elle est quelque peu vnie, venant en diminuant par les deux bouts, assez agreable, à cause des bois qui l’enuironnent, distante de la terre du Nord d’enuiron demye lieuë. De l’Isle aux Coudres, costoyans la terre, nous fusmes au Cap de Tourmente, distant de Kebec sept ou huict lieuës : Il est ainsi nommé, d’autant que pour peu qu’il fasse de vent la mer s’y esleue comme si elle estoit pleine, en ce lieu l’eau commence à estre douce, et les Hyuernaux de Kebec y vont prendre et amasser le foin en ces grandes prairies (en la saison) pour le bestail de l’habitation. De là nous fusmes à l’Isle d’Orleans, où il y a deux lieuës, en laquelle du costé du Su, y a nombre d’Isles qui sont basses, couuertes d’arbres, et fort agreables, remplies 53|| de grandes prairies et force gibier, contenans les vnes enuiron deux lieuës, et les autres vn peu plus ou moins. Autour d’icelles y a force rochers et basses, fort dangereuses à passer, qui sont esloignées enuiron de deux lieuës de la grand’terre du Su. Ce lieu est le commencement du beau et bon pays de la grande riuiere. Au bout de l’Isle il y a vn saut ou torrent d’eau, appellé de Montmorency, du costé du Nord, qui tombe dans la grand’riuiere, auec grand bruit et impetuosité. Il vient d’vn lac qui est quelques dix ou douze lieues dans les terres, et descend de dessus vne coste qui a prés de 25. toises de haut, au dessus de laquelle la terre est vnie et plaisante à voir, bien que dans le pays on voye des hautes montagnes qui paroissent, mais esloignées de plusieurs lieuës.
Chapitre III.
e l’Isle d’Orleans nous voyons à plein Kebec
deuant nous, basty sur le bord d’vn
destroit, de la grande riuiere Sainct Laurent,
qui n’a en cet endroict qu’enuiron
vn bon quart de lieuë de largeur, au pied d’vne montagne,
au sommet de laquelle est le petit fort de bois,
basty pour la deffence du pays, pour Kebec, ou maison
des Marchands : il est à present vn assez beau logis,
enuironné d’vne muraille en quarré, auec deux
petites tourelles aux coins que l’on y a faictes depuis
peu pour la seureté du lieu. Il y a vn autre logis au
dessus de la terre haute, en lieu fort commode, où
l’on nourrit quantité de bestail qu’on y a mené de
France, on y seme aussi tous les ans force bled d’Inde
et des pois que l’on traicte par apres aux Sauuages
pour des pelleteries : Ie vis en ce desert vn ieune 55||
pommier, qui y auoit esté apporté de Normandie, chargé
de fort belles pommes, et des ieunes plantes de vignes
qui y estoient bien belles, et tout plein d’autres
petites choses qui tesmoignoient la bonté de la terre. Nostre
petit couuent est à demye lieuë de là, en vn tres-bel
endroict, et autant agreable qu’il s’en puisse trouuer,
proche vne petite riuiere, que nous appelions de
Sainct Charles, qui a flux et reflux, là où les Sauuages
peschent vne infinité d’anguilles en Automne, et les
François tuent le gibier qui y vient à foison : les petites
prairies qui la bordent sont esmaillées en Esté de
plusieurs petites fleurs, particulierement de celles que
nous appelions Cardinales et des Mattagons, qui portent
quantité de fleurs en vne tige, qui a prés de six,
sept et huict pieds de haut, et les Sauuages en mangent
l’oignon cuit sous la cendre qui est assez bon.
Nous en auions apporté en France, auec des plantes
de Cardinales, comme fleurs rares, mais elles n’y ont
point profité, ny paruenu à la perfection, comme
elles sont dans leur propre climat et terre natale.
Nostre jardin et verger est aussi tres-56||beau, et d’vn bon fond de terre ; car toutes nos herbes et racines y viennent tres-bien, et mieux qu’en beaucoup de jardins que nous auons en France, et n’estoit le nombre infiny de Mousquites et Cousins qui s’y retrouuent, comme en tout autre endroict de Canada pendant l’Esté, ie ne sçay si on pourroit rencontrer vne plus agreable demeure : car outre la beauté et bonté de la contrée auec le bon air, nostre logis est fort commode pour ce qu’il contient, ressemblant neantmoins plustost à vne petite maison de Noblesse des champs, que non pas à vn Monastère de Frères Mineurs, ayans esté contraincts de le bastir ainsi, tant à cause de nostre pauureté, que pour se fortifier en tout cas contre les Sauuages, s’ils vouloient nous en dechasser. Le corps de logis est au milieu de la court, comme vn donjon, puis les courtines et rempars faicts de bois, auec quatre petits bastions faicts de mesme aux quatre coins, esleuez enuiron de douze à quinze pieds du raiz de terre, sur lequel on a dressé et accommodé des petits iardins, puis la grand’porte auec vne tour quarrée au dessus faicte de pierre, laquelle nous sert de Chapelle, et vn beau fossé 57|| naturel, qui circuit tout l’alentour de la maison et du iardin qui est ioignant, avec le reste de l’enclos, qui contient quelques six ou sept arpens de terre, ou plus à mon aduis. Les Framboisiers qui sont là és enuirons, y attirent tant de Tourterelles (en la saison) que c’est vn plaisir d’y en voir des arbres tous couuerts, aussi les François de l’habitation y vont souuent tirer, comme au meilleur endroict et moins penible. Que si nos Religieux veulent aller à Kebec, ou ceux de Kebec venir chez nous, il y a à choisir de chemin, par terre ou par eau, selon le temps et la saison, qui n’est pas vne petite commodité de laquelle les Sauuages se seruent aussi pour nous venir voir, et s’instruire auec nous du chemin du Ciel, et de la cognoissance d’vn Dieu faict homme, qu’ils ont ignoré iusques à present. On tient que ce lieu de Kebec est par les 46. degrez et demy plus sud que Paris, de prés de deux degrez, et neantmoins l’Hyver y est plus long et le pays plus froid, tant à cause d’vn vent de Nor-ouest qui y ameine ces furieuses froidures quand il donne, que pour n’estre pas le pays encore gueres habité et deserté, et ce par la 58|| negligence et peu d’affection des Marchans qui se sont contentez iusques à present d’en tirer les pelleteries et le profit, sans y auoir voulu employer aucune despense, pour la culture, peuplade ou aduance du pays, c’est pourquoy ils n’y sont gueres plus avancez que le premier iour, par crainte, disent-ils, que les Espagnols ne les en missent dehors, s’ils y auoient faict valoir la contrée. Mais c’est une excuse bien foible, et qui n’est nullement receuable entre gens d’esprit et d’experience qui sauent tres-bien qu’on s’y peut tellement accommoder et fortifier, si on y vouloit faire la despense necessaire, qu’on n’en pourroit estre chassé par aucun ennemy ; mais si on n’y veut rien faire davantage que du passé, la France Antarctique aura tousiours vn nom en l’air, et nous vne possession imaginaire en la main d’autruy, et si la conuersion des Sauuages sera tousiours imparfaicte, qui ne se peut faire que par l’assistance de quelques colonnes de bons et vertueux Chrestiens, auec la doctrine et l’exemple des bons Religieux.
Apres nous estre rafraischis deux ou trois iours auec nos Frères dans nostre pe-59||tit Couuent, nous montasmes auec les barques par la mesme riuiere Sainct Laurent, iusques au Cap de Victoire, que les Hurons appellent Onthrandéen, pour y faire la traicte : car là s’estoient cabanez grand nombre de Sauuages de diuerses Nations ; mais auant que d’y arriuer nous passasmes par le lieu appelé de Saincte Croix, puis par les Trois Riuieres, qui est vn pays tres-beau, et remply de quantité de beaux arbres, et toute la route vnie et fort plaisante, iusques à l’entrée du Saut Sainct Louis, où il y a de Kebec plus de 60. ou 70. lieues de chemin. Des Trois Riuieres nous passasmes par le lac Sainct Pierre, qui contient quelques huict lieuës de longueur, et quatre de large, duquel l’eau y est presque dormante, et fort poissonneuse ; puis, nous arriuasmes au Cap de Victoire le iour de la Saincte Magdeleine.
60 || Du Cap de Victoire aux Hurons, et comme les Sauuages se gouuernent allans en voyage et par pays.
Chapitre IIII.
e lieu du Cap de Victoire ou de Massacre,
est à douze ou quinze lieuës au deçà de la
Riuiere des Prairies, ainsi nommée, pour
la quantité d’Isles plates et prairies agreables
que cette riuiere, et vn beau et grand lac y contiennent ;
la riuiere des Yroquois y aboutit à main
gauche, comme celle des Ignierhonons, qui est encore
vne Nation d’Yroquois, aboutit à celle du Cap
de Victoire : toutes ces contrées sont tres-agreables,
et propres à y bastir des villes, les terres y sont plates
et vnies, mais vn peu sablonneuses, les riuieres y sont
poissonneuses, et la chasse et l’air fort bons, ioint
que pour la grandeur et profondeur de la riuiere, les
barques y peuuent aller à la voile quand les 61|| vents
sont bons, et à faute de bon vent on se peut seruir
d’auirons.
Pour reuenir donc au Cap de Victoire, la riuiere en cet endroict, n’a enuiron que demye lieuë de large, et dés l’entrée se voyent tout d’vn rang 6. ou 7. Isles fort agreables et couuertes de beaux bois ; les Hurons y ayans faict leur traite, et agreé pour quelques petits presens de nous conduire en leur pays le Pere Ioseph, le Pere Nicolas et moy, nous partismes en mesme temps auec eux, après auoir premierement inuoqué l’assistance de nostre Seigneur, à ce qu’il nous conduisist et donnast vn bon et heureux succez à nostre voyage, le tout à sa gloire, à nostre salut, et au bien et conuersion de ces pauures peuples.
Mais pour ce que les Hurons ne s’associent que cinq à cinq, ou six à six pour chacun canot, ces petits vaisseaux n’en pouuans pour le plus, contenir qu’vn dauantage auec leurs marchandises : il nous fallut necessairement separer, et nous accommoder à part, chacun auec vne de ces societez ou petit canot, qui nous conduisirent iusques dans leur pays, sans nous plus reuoir en chemin que les deux premiers 62|| iours que nous logeasmes auec le Pere Ioseph, et puis plus, iusques à plusieurs sepmaines apres nostre arriuée au pays des Hurons ; mais pour le Pere Nicolas, ie le trouuay pour la premiere fois, enuiron deux cens lieuës de Kebec, en vne Nation que nous appelions Epicerinys ou Sorciers, et en Huron Squekaneronons.
Nostre premier giste fut à la riuiere des Prairies, qui est à cinq lieuës au dessous du Saut Saint Louis, où nous trouuasmes desia d’autres Sauuages cabanez, qui faisoient festin d’vn grand Ours, qu’ils auoient pris et poursuiuy dans la riuiere, pensant se sauuer aux Isles voysines, mais la vitesse des Canots l’ataignit, et fut tué à coups de flesches et de massuë. Ces Sauuages en leur festin, et caressans la chaudiere, chantoient tous ensemblement, puis alternatiuement d’vn chant si doux et agreable, que i’en demeuray tout estonné, et rauy d’admiration : de sorte que depuis ie n’ay rien ouy de plus admirable entr’eux ; car leur chant ordinaire est assez mal-gracieux.
Nous cabanasmes assez proche d’eux, et fismes chaudiere à la Huronne, mais ie ne pu encore manger de leur Sagamité 63||pour ce coup, pour n’y estre pas accoustumé, et me fallut ainsi coucher sans souper, car ils auoient aussi mangé en chemin vn petit sac de biscuit de mer que i’auois pris aux barques, pensant qu’il me deust durer iusques aux Hurons, mais ils n’y laisserent rien de reste pour le lendemain, tant ils le trouuerent bon. Nostre lict fut la terre nuë, auec vne pierre pour mon cheuet, plus que n’auoient nos gens, qui n’ont accoustumé d’auoir la teste plus haute que les pieds ; nostre maison estoit deux escorces de Bouleau, posées contre quatre petites perches fichées en terre, et accommodées, en panchans, au dessus de nous. Mais pour ce que leur façon de faire, et leur manière de s’accommoder allans en voyage, est presque tousiours de mesme, ie diray succinctement cy-aprés comme ils s’y gouuernent.
C’est, que pour pratiquer la patience à bon escient, et patir au delà des forces humaines, il ne faut qu’entreprendre des voyages auec les Sauuages, et specialement long-temps, comme nous fismes : car il se faut resoudre d’y endurer et patir, outre le danger de perir en chemin, plus que l’on ne sçauroit penser, tant de la faim,64||que de la puanteur que ces salles maussades rendent presque continuellement dans leurs Canots, ce qui seroit capable de se desgouter du tout de si desagreables compagnies, que pour coucher tousiours sur la terre nuë par les champs, marcher auec grand trauail dans les eaux et lieux fangeux, et en quelques endroicts par des rochers et bois obscurs et touffus, souffrir les pluyes sur le dos, toutes les iniures des saisons et du temps, et la morsure d’vne infinie multitude de Mousquites et Cousins, auec la difficulté de la langue pour pouuoir s’expliquer suffisamment, et manifester ses necessitez, et n’auoir aucun Chrestien auec soy pour se communiquer et consoler au milieu de ses trauaux, bien que d’ailleurs les Sauuages soient toutesfois assez humains (au moins l’estoient les miens) voire plus que ne sont beaucoup de personnes plus polies et moins sauuages ; car me voyant passer plusieurs iours sans pouuoir presque manger de leur Sagamité, ainsi sallement et pauurement accommodée, ils auoient quelque compassion de moy, et m’encourageoient et assistoient au mieux qu’il leur estoit possible, et ce qu’ils pouuoient estoit peu de chose : 65|| cela alloit bien pour moy, qui m’estois resous de bonne heure à endurer de bon cœur tout ce qu’il plairoit à Dieu m’enuoyer ; ou la mort, ou la vie : c’est pourquoy ie me maintenois assez ioyeux, nonobstant ma grande debilité, et chantois souuent des Hymnes pour ma consolation spirituelle, et le contentement de mes Sauuages, qui m’en prioient par-fois, car ils n’ayment point à voir les personnes tristes et chagrines, ny impatientes, pour estre eux-mesmes beaucoup plus patiens que ne sont communement nos François, ainsi l’ay-ie veu en vne infinité d’occasions : ce qui me faisoit grandement rentrer en moy mesme, et admirer leur constance, et le pouuoir qu’ils ont sur leurs propres passions, et comme ils sçauent bien se supporter les vns les autres, et s’entresecourir et assister au besoin ; et peux dire auec verité, que i’ay trouué plus de bien en eux, que le ne m’estois imaginé, et que l’exemple de leur patience estoit cause que ie m’esforçois dauantage à supporter ioyeusement et constamment tout ce qui m’arrinoit de fascheux, pour l’amour de mon Dieu, et l’édification de mon prochain.
66|| Estans donc par les champs, l’heure de se cabaner venue, ils cherchoient à se mettre en quelque endroict commode sur le bord de la riuiere, ou autre part, où se pust aysement trouuer du bois sec à faire du feu, puis vn auoit soin d’en chercher et amasser, vn autre de dresser la Cabane, et le bois à pendre la chaudiere au feu, vn autre de chercher deux pierres plates pour concasser le bled d’Inde sur vne peau estendue contre terre, et apres le verser et faire bouillir dans la chaudiere ; estant cuit fort clair, on dressoit le tout dans les escuelles d’escorces, que pour cet effect nous portions quant-et-nous auec des grandes cueilliers, comme petits plats, desquelles on se sert à manger cette Menestre et Sagamité soir et matin, qui sont les deux fois seulement que l’on fait chaudière par iour, sçauoir quand on est cabané au soir, et au matin auant que partir, et encore quelquesfois ne le faisions-nous point, de haste que nous auions de partir, et par-fois la faisions-nous auant iour : que si nous nous rencontrions deux mesnages en vne mesme Cabane, chacun faisoit sa chaudiere à part, puis tous ensemblement les mangions l’vne apres l’autre, sans au 67|| cun debat ny contention, et chacun participoit et à l’vne et à l’autre : mais pour moy ie me contentois, pour l’ordinaire, de la Sagamité des deux qui m’agreoit dauantage, bien qu’à l’vne et à l’autre il y eust tousiours des salletez et ordures, à cause, en partie, qu’on se seruoit tous les iours de nouuelles pierres, et assez mal-nettes, pour concasser le bled, ioint que les escuelles ne pouuoient sentir gueres bon : car ayans necessité de faire de l’eau en leur Canot, ils s’en seruoient ordinairement en cette action : mais sur terre ils s’accroupissoient en quelque lieu à l’escart auec de l’honnesteté et de la modestie qui n’auait rien de sauuage.
Ils faisoient par-fois chaudiere de bled d’Inde non concassé, et bien qu’il fust tousiours fort dur, pour la difficulté qu’il y a à le faire cuire, il m’agreoit dauantage au commencement, pour ce que ie le prenois grain à grain, et par ainsi ie le mangeois nettement et à loisir en marchant, et dans nostre Canot. Aux endroits de la riuiere et des lacs où ils pensoient auoir du poisson, ils y laissoient traisner apres eux vne ligne, à l’ain de laquelle ils auoient accommodé et lié de la peau 68|| de quelque grenouille qu’ils auoient escorchée, et par-fois ils y prenoient du poisson, qui seruoit à donner goust à la chaudiere : mais quand le temps ne les pressoit point, comme lors qu’ils descendoient pour la traicte, le soir ayans cabané, vne partie d’eux alloient tendre leurs rets dans la riuiere, en laquelle ils prenoient souuent de bons poissons, comme Brochets, Esturgeons et des Carpes, qui ne sont neantmoins telles, ny si bonnes, ny si grosses que les nostres, puis plusieurs autres especes de poissons que nous n’auons pas par deçà.
Le bled d’Inde que nous mangions en chemin, ils l’alloient chercher de deux en deux iours en de certains lieux escartez, où ils l’auoient caché en descendans, dans de petits sacs d’escorces de Bouleau : car autrement ce leur seroit trop de peine de porter tousiours quant-et-eux tout le bled qui leur est necessaire en leur voyage, et m’estonnois grandement comme ils pouuoient si bien remarquer tous les endroicts où ils l’auoient caché, sans se mesprendre aucunement, bien qu’il fust par-fois fort esloigné du chemin, et bien auant dans les bois, ou enterré dans le sable.
69|| La maniere et l’inuention qu’ils auoient à tirer du feu, et laquelle est pratiquée par tous les peuples Sauuages, est telle. Ils prenoient deux bastons de bois de saulx, tillet, ou d’autre espece, secs et legers, puis en accommodoient vn d’enuiron la longueur d’vne coudée, ou peu moins, et espaiz d’vn doigt ou d’enuiron, et ayans sur le bord de sa largeur vn peu caué de la poincte d’vn cousteau, ou de la dent d’vn Castor, vne petite fossette auec vn petit cran à costé, pour faire tomber à bas sur quelque bout de meiche, ou chose propre à prendre feu, la poudre reduite en feu, qui deuoit tomber du trou : ils mettoient la poincte d’vn autre baston du mesme bois, gros comme le petit doigt, ou peu moins, dans ce trou ainsi commencé, et estans contre terre le genoüil sur le bout du baston large, ils tournoient l’autre entre les mains si soudainement et si longtemps, que les deux bois estans bien eschauffez, la poudre qui en sortoit à cause de cette continuelle agitation, se conuertissoit en feu, duquel ils allumoient vn bout de leur corde seiche, qui conserue le feu comme meiche d’arquebuze : puis apres auec vn peu de menu bois sec ils faisoient 70|| du feu pour faire chaudiere. Mais il faut noter que tout bois n’est propre à en tirer du feu, ains de particulier que les Sauuages sçauent choisir. Or, quand ils auoient de la difficulté d’en tirer, ils deminçoient dans ce trou vn peu de charbon, ou vn peu de bois sec en poudre qu’ils prenoient à quelque souche : s’ils n’auoient vn baston large, comme i’ay dict, ils en prenoient deux ronds, et les lioient ensemble par les deux bouts, et estans couchez le genoüil dessus pour les tenir, mettoient entre-deux la poincte d’vn autre baston de ce bois, faict de la façon d’vne nauette de tissier, et le tournoient par l’autre bout entre les mains, comme i’ay dict.
Pour reuenir donc à nostre voyage, nous ne faisions chaudiere que deux fois le iour, et n’en pouuant gueres manger à la fois, pour n’y estre encore accoustumé, il ne faut pas demander si ie patissois grandement de necessité plus que mes Sauuages, qui estoient accoustumez à cette maniere de viure, ioint que petunant assez souuent durant le iour, cela leur amortissoit la faim.
L’humanité de mon hoste estoit remarquable, en ce que n’ayant pour toute cou-71||uerture qu’vne peau d’Ours à se couurir, encore m’en faisoit-il part quand il pleuuoit la nuict, sans que ie l’en priasse, et mesme me disposoit la place le soir, où ie deuois reposer la nuict, y accommodant quelques petits rameaux, et vne petite natte de jonc qu’ils ont accoustumé de porter quant-et-eux en de longs voyages, et compatissant à ma peine et foiblesse, il m’exemptoit de nager et de tenir l’auiron, qui n’estoit pas me descharger d’vne petite peine, outre le seruice qu’il me faisoit de porter mes hardes et mon pacquet aux Saults, bien qu’il fust desia assez chargé de sa marchandise, et du Canot qu’il portoit sur son espaule parmy de si fascheux et penibles chemins.
Vn iour ayant pris le deuant, comme ie faisois ordinairement, pendant que mes Sauuages deschargeoient le Canot, pource qu’ils alloient (bien que chargez) d’vn pas beaucoup plus viste que moy, et m’approchant d’vn lac, ie sentis la terre bransler sous moy, comme vne Isle flottante sur les eauës ; et de faict, ie m’en retiray bien doucement, et allay attendre mes gens sur vn grand Rocher là auprés, de peur que quelque inconuenient ne m’arri-72||uast : il nous falloit aussi par-fois passer par de fascheux bourbiers, desquels à toute peine pouuions-nous retirer, et particulierement en vn certain marais ioignant vn lac, où l’on pourroit facilement enfoncer iusques par-dessus la teste, comme il arriua à vn François qui s’enfonça tellement, que s’il n’eust eu les jambes escarquillées au large, il eust esté en grand danger, encore enfonça-il iusques aux reins. On a aussi quelques-fois bien de la peine à se faire passage auec la teste et les mains parmy les bois touffus, où il s’y en rencontre aussi grand nombre de pourris et tombez les vns sur les autres, qu’il faut enjamber, puis des rochers, pierres, et autres incommoditez qui augmentent le trauail du chemin, outre le nombre infiny de Mousquites qui nous faisoient incessamment vne tres-cruelle et fascheuse guerre, et n’eust esté le soin que ie portois à me conseruer les yeux, par le moyen d’vne estamine que i’auois sur la face, ces meschants animaux m’auroient rendu aueugle beaucoup de fois, comme on m’auoit aduerty, et ainsi en estoit-il arriué à d’autres, qui en perdirent la veuë par plusiurs iours, tant leur picqueure et morsure est 73|| venimeuse à l’endroict de ceux qui n’ont encore pris l’air du pays. Neantmoins pour toute diligence que ie pus apporter à m’en deffendre, ie ne laissay pas d’en auoir, le visage, les mains et les iambes offencés. Aux Hurons, à cause que le pays est descouuert et habité, il n’y en a pas si grand nombre, sinon aux forests et lieux où les vents ne donnent point pendant les grandes chaleurs de l’Esté.
Nous passasmes par plusieurs Nations Sauuages ; mais nous n’arrestions qu’vne nuict à chacune, pour tousiours aduancer chemin, excepté aux Épicerinys et Sorciers, où nous seiournasmes deux iours, tant pour nous reposer de la fatigue du chemin, que pour traicter quelque chose auec cette Nation. Ce fut là où ie trouuay le Pere Nicolas proche le lac, où il m’attendoit. Cette heureuse rencontre et entre-veuë nous resiouyt grandement, et nous nous consolasmes auec quelques François, pendant le peu de seiour que nos gens firent là. Nostre festin fut d’vn peu de poisson que nous auions, et des Citroüilles cuittes dans l’eau, que ie trouuay meilleures que viande que i’aye iamais mangée, tant i’estois abbatu et extenué de necessité, 74|| et puis fallut partir chacun separement à l’ordinaire auec ses gens. Ce peuple Épicerinyen est ainsi surnommé Sorcier, pour le grand nombre qu’il y en a entr’eux, et des Magiciens, qui font profession de parler au Diable en des petites tours rondes et separées à l’escart, qu’ils font à dessein, pour y receuoir les Oracles, et predire ou apprendre quelque chose de leur Maistre. Ils sont aussi coustumiers à donner des sorts et de certaines maladies, qui ne se guérissent que par autre sort et remede extraordinaire, dont il y en a, du corps desque’s sortent des serpents et des longs boyaux, et quelquefois seulement à demy, puis rentrent, qui sont toutes choses diaboliques, et inventées par ces malheureux Sorciers : et hors ces sorts magiques, et la communication qu’ils ont auec les Demons, ie les trouuois fort humains et courtois.
Ce fut en ce village, ou par mesgard, le perdis, à mon tres-grand regret, tous les memoires que i’avois faits, des pays, chemins, rencontres et choses remarquables que nous auions veuës depuis Dieppe en Normandie, iusques-là, et ne m’en apperceuz qu’à la rencontre de deux Canots 75|| de Sauuages, de la Nation du Bois : cette Nation est fort esloignée et dependante des Cheueux Releuez, qui ne couurent point du tout leur honte et nudité, sinon pour cause de grand froid et de longs voyages, qui les obligent à se seruir d’vne couuerture de peau. Ils auoient à leur col de petites fraises de plumes, et leurs cheueux accommodez de mesme parure. Leur visage estoit peint de diuerses couleurs en huile, fort ioliuement, les vns estoient d’vn costé tout vert, et de l’autre rouge : autres sembloient auoir tout le visage couuert de passements naturels, et autres tout autrement. Ils ont aussi accoustumé de se peindre et matachier, particulierement quand ils doivent arriver, ou passer par quelqu’autre Nation, comme auoient faict mes Sauvages arriuans aux Squekaneronons : c’est pour ce suiect qu’ils portent de ces peintures et de l’huile auec eux en voyageans, et aussi à cause des festins, dances, ou autres assemblées, afin de sembler plus beaux, et attirer les yeux des regardans sur eux.
Vne iournée, apres auoir trouué ces Sauuages, nous nous arrestames quelque temps en vn village d’Algoumequins, et 76|| y entendant vn grand bruit, ie fus curieux de regarder par la fente d’vne Cabane, pour sçauoir que c’estoit, là où ie vis au dedans (ainsi que i’ay veu du depuis par plusieurs fois aux Hurons, pour semblables occasions) vne quantité d’hommes, my-partis en deux bandes, assis contre terre, et arrangez des deux costez de la Cabane, chaque bande auoit deuant soy vne longue perche plate, large de trois ou quatre doigts, et tous les hommes ayans chacun vn baston en main, en frappoient continuellement ces perches plates, à la cadence du son des Tortuëes, et de plusieurs chansons qu’ils chantaient de toute la force de leur voix. Le Loki ou Medecin, qui estoit au haut bout auec sa grande Tortuë en main, commençoit, et les autres à pleine teste poursuyuoient, et sembloit vn sabbat et vne vraye confusion et harmonie de Demons. Deux femmes cependant tenoient l’enfant tout nud, le ventre en haut proche d’eux, vis à vis du Loki, à quelque temps de là le Loki à quatre pattes, s’approchoit de l’enfant, auec des cris et hurlemens comme d’vn furieux Taureau, puis le souffloit enuiron les parties naturelles, et après recommençoient 77|| leur tintamarre et leur ceremonie, qui finit par vn festin qui se disposait au bout de la Cabane : de sçauoir que deuint l’enfant, et s’il fut guery ou non, ou si on y adiousta encore quelqu’autre cérémonie, ie n’en ay rien sceu depuis, pour ce qu’il nous fallut partir incontinent, apres auoir repeu, et vn peu reposé.
De cette Nation nous allasmes cabaner en vn village d’Andatahouats, que nous disons Cheueux ou Poil leué, qui s’estoient venus poser proche la mer douce, à dessein de traicter avec les Hurons et autres qui retournoient de la traicte de Kebec, et fusmes deux iours à traicter et negotier auec eux. Ces Sauuages, sont vne certaine Nation qui portent leurs cheueux releuez sur le front, plus droicts que les perruques des Dames, et les font tenir ainsi droicts par le moyen d’vn fer, ou d’vne hache chaude, ce qui n’est point autrement de mauuaise grace ; ouy bien de ce que les hommes ne couurent point du tout leurs parties naturelles, qu’ils tiennent à descouuert, auec tout le reste du corps, sans honte ny vergongne ; mais pour les femmes, elles ont vn petit cuir à peu près grand comme vne seruiette, ceint à l’entour 78|| des reins, et descend iusques sur le milieu des cuisses, à la façon des Huronnes. Il y a vn grand peuple en cette Nation, et la pluspart des hommes sont grands guerriers, chasseurs et pescheurs. Je vis là beaucoup de femmes et filles qui faisoient des nattes de ioncs, grandement bien tissuës, et embellies de diuerses couleurs, qu’elles traictaient par apres pour d’autres marchandises, des Sauuages de diuerses contrées, qui abordoient en leur village. Ils sont errans, sinon que quelques villages d’entr’eux sement des bleds d’Inde, et font la guerre à vne autre Nation, nommée Assitagueronon, qui veut dire gens de feu : car en langue Huronne Assista, signifie du feu, et Eronon, signifie Nation. Ils sont esloignez d’eux d’enuiron deux cens lieues et plus ; ils vont par troupes en plusieurs regions et contrées, esloignées de plus de quatre cens lieues (à ce qu’ils m’ont dit) où ils trafiquent de leurs marchandises, et eschangent pour des pelleteries, peintures, pourceleines, et autres fatras.
Les femmes viuent fort bien auec leurs marys, et ont cette coustume auec toutes les autres femmes des peuples errans, que 79|| lors qu’elles ont leurs mois ; elles se retirent d’auec leurs marys, et la fille d’auec ses pere et mere, et autres parents, et s’en vont en de certaines Cabanes escartées et esloignées de leur village, où elles sejournent et demeurent tout le temps de ces incommoditez, sans auoir aucune compagnie d’hommes, lesquels leur portent des viures et ce qui leur est necessaire, iusqu’à leur retour, si elles-mesmes n’emportent suffisamment pour leur prouision, comme elles font ordinairement. Entre les Hurons, et autres peuples sedentaires, les femmes ny les filles ne sortent point de leur maison ou village, pour semblables incommoditez : mais elles font leur manger en de petits pots à part pendant ce temps-là, et ne permettent à personne de manger de leurs viandes et menestres : de sorte qu’elles semblent imiter les Iuisues, lesquelles s’estimoient immondes pendant le temps de leurs fleurs. Ie n’ay peu apprendre d’où leur estoit arriué cette coustume de se separer ainsi, quoy que ie l’estime pleine d’honnesteté.
Chapitre V.
vis, qu’auec la grace du bon Dieu, nous
sommes arriuez iusques-là, que d’auoisiner
le pays de nos Hurons, il est maintenant
temps que ie commence à en traicter plus
amplement, et de la façon de faire de ses habitans,
non à la maniere de certaines personnes, lesquelles
descriuans leurs Histoires, ne disent ordinairement
que les choses principales, et les enrichissent encore
tellement, quand on en vient à l’experience, on n’y
voit plus la face de l’Autheur : car i’escris non-seulement
les choses principales, comme elles sont, mais
aussi les moindres et plus petites, auec la mesme
naïfueté et simplicité que i’ay accoustumé.
81|| C’est pourquoy ie prie le Lecteur d’auoir pour agreable ma maniere de proceder, et d’excuser si pour mieux faire comprendre l’humeur de nos Sauuages, i’ay esté contrainct inserer icy plusieurs choses inciuiles et extrauagantes, d’autant que l’on ne peut pas donner vne entiere cognoissance d’vn pays estranger, ny ce qui est de son gouuernement, qu’en faisant voir auec le bien, le mal et l’imperfection qui s’y retrouue : autrement il ne m’eust fallu descrire les mœurs des Sauuages, s’il ne s’y trouuoit rien de sauuage, mais des mœurs polies et ciuiles, comme les peuples qui sont cultiués par la religion et pieté, ou par des Magistrats et Sages, qui par leurs bonnes lois eussent donné quelque forme aux mœurs si difformes de ces peuples barbares, dans lesquels on void bien peu reluire la lumiere de la raison, et la pureté d’vne nature espurée.
Deux iours auant nostre arriuée aux Hurons, nous trouuasmes la mer douce, sur laquelle ayans trauersé d’Isle en Isle, et pris terre au pays tant désiré, par vn iour de Dimanche, feste sainct Bernard, enuiron midy, que le Soleil donnoit à plomb, mes Sauuages ayans serré leur Canot en 82|| un bois là auprés me chargerent de mes hardes et pacquets, qu’ils auaient auparauant tousiours portez par le chemin : la cause fut la grande distance qu’il y auait de là au Bourg, et qu’ils estoient desia plus que suffisamment chargés de leurs marchandises. Ie portay donc mon pacquet auec vne très-grande peine, tant pour sa pesanteur, et de l’excessiue chaleur qu’il faisoit, que pour une foiblesse et debilité grande que ie ressentois en tous mes membres depuis vn long temps, ioinct que pour m’auoir fait prendre le deuant, comme ils auoient accoustumé (à cause que ie ne pouuois les suyure qu’à toute peine) ie me perdis du droict chemin, et me trouuay long temps seul, sans sçauoir où i’allois. À la fin, apres auoir bien marché et trauersé pays, ie trouuay deux femmes Huronnes proche d’vn chemin croizé, et leur demanday par où il falloit aller au Bourg où ie me deuois rendre, ie n’en sçauois pas le nom, et moins lequel le deuois prendre des deux chemins : ces pauures femmes se peinoient assez pour se faire entendre, mais il n’y auoit encore moyen. Enfin, inspiré de Dieu, ie pris le bon chemin, et au bout de quelque temps ie 83|| trouuay mes Sauuages assis à l’ombre sous vn arbre en vne belle grande prairie, où ils m’attendoient, bien en peine que i’estois deuenu ; ils me firent seoir auprés d’eux, et me donnerent des cannes de bled d’Inde à succer qu’ils auoient cueillies en vn champ tout proche de là. Ie pris garde comme ils en vsoient, et les trouuay d’vn assez bon suc : apres, passant par vn autre champ plein de Fezolles i’en cueillis vn plein plat, que ie fis par apres cuire dans nostre Cabane auec de l’eau, quoyque l’escorce en fust desia assez dure : cela nous seruit pour vn second festin après nostre arriuée.
À mesme temps que ie fus apperceu de nostre ville de Quieuindahian, autrement nommée Téqueunonkiayé, lieu assez bien fortifié à leur mode, et qui pouuoit contenir deux ou trois cens mesnages, en trente ou quarante Cabanes qu’il y auoit, il s’esleua vn si grand bruit par toute la ville, que tous sortirent presque de leurs Cabanes pour me venir voir, et fus ainsi conduit auec grande acclamation iusque dans la Cabane de mon Sauuage, et pour ce que la presse y estoit fort grande, ie fus contrainct de gaigner le 84|| haut de l’establie, et me desrober de leur presse. Les pere et mere de mon Sauuage me firent vn fort bon accueil à leur mode, et par des caresses extraordinaires, me tesmoignoient l’ayse et le contentement qu’ils avoient de ma venuë, ils me traiterent aussi doucement que leur propre enfant, et me donnerent tout suiect de loüer Dieu, voyant l’humanité et fidelité de ces pauvres gens, priuez de sa cognoissance. Ils prirent soin que rien ne se perdist de mes petites hardes, et m’aduertirent de me donner garde des larrons et des trompeurs, particulierement des Quieunontateronons qui me venoient souuent voir, pour tirer quelque chose de moy : car entre les Nations Sauuages celle-cy est l’vne des plus subtiles de toutes, en faict de tromperie et de vol.
Mon Saunage, qui me tenoit en qualité de frere, me donna aduis d’appeller sa mere Sendoué, c’est à dire, ma mere, puis luy et ses freres Ataquen, mon frere, et le reste de ses parents en suite, selon les degrez de consanguinité, et eux de mesme m’appeloient leur parent. La bonne femme disoit Ayein, mon fils, et les autres Ataquon, mon frere, Earassé, mon cousin, Hiu85||oittan, mon nepveu, Houatinoron, mon oncle, Aystan, mon pere : selon l’aage des personnes i’estois ainsi appellé oncle ou nepueu, etc., et des autres qui ne me tenoient en qualité de parent, Yatoro, mon compagnon, mon camarade, et de ceux qui m’estimoient dauantage, Garihouanne, grand Capitaine. Voylà comme ce peuple n’est pas tant dans la rudesse et la rusticité qu’on l’estime.
Le festin qui nous fut faict à nostre arriuée, fut de bled d’Inde pilé, qu’ils appellent Ottet, auec vn petit morceau de poisson boucané à chacun, cuit en l’eau, car c’est toute la saulce du pays, et mes Fezolles me servirent pour le lendemain : dés lors ie trouuay bonne la Sagamité qui estoit faicte dans nostre Cabane, pour estre assez nettement accommodée, ie n’en pouuois seulement manger lorsqu’il y auoit du poisson puant demincé parmy, ou d’autres petits, qu’ils appellent Auhaitsique, ni aussi de Leindohy, qui est vn bled qu’ils font pourrir dans les fanges et eauës croupies et marescageuses, trois ou quatre mois durant, duquel ils font neantmoins grand estat : nous mangions par-fois de Citroüilles du pays, cuites 86|| dans l’eau, ou bien sous la cendre chaude, que ie trouuois fort bonnes, comme semblablement des espics de bled d’Inde que nous faisions rostir deuant le feu, et d’autre esgrené, grillé comme pois dans les cendres : pour des Meures champestres nostre Sauuagesse m’en apportait souuent au matin pour mon desieuner, ou bien des Cannes d’Honneha à succer, et autre chose qu’elle pouuoit, et auoit ce soin de faire dresser ma Sagamité la premiere, dans l’escuelle de bois ou d’escorce la plus nette large comme vn plat-bassin, et la cueillier auec laquelle ie mangeois, grande comme vn petit plat ou sauciere. Pour mon departement et quartier, ils me donnerent à moy seul, autant de place qu’en pouuoit occuper un petit mesnage, qu’ils firent sortir à mon occasion, dés le lendemain de mon arriuée : en quoy ie remarquay particulierement leur bonne affection, et comme ils desiroient de me contenter, et m’assister et seruir auec toute l’honnesteté et respect deus à vn grand Capitaine et chef de guerre, tel qu’ils me tenoient. Et pour ce qu’ils n’ont point accoustumé de se servir de cheuet, ie me seruois la nuict d’vn billot de bois, ou d’v-87||ne pierre, que ie mettois sous ma teste, et au reste couché simplement sur la natte comme eux, sans couuerture ny forme de couche, et en lieu tellement dur, que le matin me leuant, ie me trouuois tout rompu et brisé de la teste et du corps.
Le matin, après estre esueillé, et prié vn peu Dieu, ie desieunois de ce peu que nostre Sauuagesse m’auoit apporté, puis ayant pris mon Cadran solaire, ie sortois de la ville en quelque lieu escarté, pour pouuoir dire mon seruice en paix, et faire mes prieres et meditations ordinaires : estant enuiron midy ou vne heure, ie retournois à nostre Cabane pour disner d’vn peu de Sagamité, ou de quelque Citroüille cuite ; apres disner ie lisois dans quel que petit liure que i’auois apporté, ou bien i’escrinois, et obseruant soigneusement les mots de la langue, que i’apprenois, i’en dressois des memoires que i’estudiois, et repetois deuant mes Sauuages, lesquels y prenoient plaisir, et m’aydoient à m’y perfectionner auec vne assez bonne methode, m’y disant souuent, Auiel, au lieu de Gabriel, qu’ils ne pouuoient prononcer, à cause de la lettre B, qui ne se trouue point en toute leur langue, non 88|| plus que les autres lettres labiales, Asséhoua, Agnonra, et Séatonqua : Gabriel, prends ta plume et escris, puis ils m’expliquoient au mieux qu’ils pouuoient ce que ie desirois sçauoir d’eux.
Et comme ils ne pouuoient par-fois me faire entendre leurs conceptions, ils me les demonstroient par figures, similitudes et demonstrations exterieures, par-fois par discours, et quelquesfois auec vn baston, traçant la chose sur la terre, au mieux qu’ils pouuoient, ou par le mouuement du corps, n’estans pas honteux d’en faire de bien indecents, pour se pouuoir mieux donner à entendre par ces comparaisons, plustost que par longs discours et raisons qu’ils eussent pu alleguer, pour estre leur langue assez pauure et disetteuze de mots en plusieurs choses, et particulièrement en ce qui est des mysteres de nostre saincte Religion, lesquels nous ne leur pouuions expliquer, ny mesme le Pater noster, sinon que par periphrase, c’est à dire que pour vn de nos mots, il en falloit vser de plusieurs des leurs : car entr’eux ils ne scauent que c’est de Sanctification, de Regne celeste, du tres-sainct Sacrement, ny d’induire en tentation. Les 89|| mots de Gloire, Trinité, Sainct Esprit, Anges, Resurrection, Paradis, Enfer, Église, Foy, Esperance et Charité, et autres infinis, ne sont pas en vsage chez eux. De sorte qu’il n’y a pas besoin de gens bien sçauants pour le commencement ; mais bien de personnes craignans Dieu, patiens, et pleins de charité : et voilà en quoy il faut principalement exceller pour conuertir ce pauure peuple, et le tirer hors du peché et de son aueuglement.
Ie sortois aussi fort souuent par le Bourg, et les visitois en leurs Cabanes et mesnages, ce qu’ils trouuoient tres-bon, et m’en aymoient dauantage, voyans que ie traictois doucement et affablement auec eux, autrement ils ne m’eussent point veu de bon œil, et m’eussent creu superbe et desdaigneux, ce qui n’eust pas esté le moyen de rien gaigner sur-eux ; mais plustost d’acquerir la disgrace d’vn chacun, et se faire hayr de tous : car à mesme temps qu’vn Estranger a donné à l’vn d’eux quelque petit suiect ou ombrage de mescontentement ou fascherie, il est aussi-tost sceu par toute la ville de l’vn à l’autre : et comme le mal est plustost creu que le bien, ils vous estiment tel pour vn temps, que le 90|| mescontent vous a dépeint.
Nostre bourg estoit de ce costé-là le plus proche voisin des Yroquois, leurs ennemys mortels, c’est pourquoy on m’aduertissoit souuent de me tenir sur mes gardes, de peur de quelque surprise pendant que i’allois au bois pour prier Dieu, ou aux champs cueillir des Meures champestres : mais ie n’y rencontray iamais aucun danger ny hazard (Dieu mercy) il y eut seulement vn Huron qui banda son arc contre moy, pensant que ie fusse ennemy : mais ayant parlé il se rasseura, et me salua à la mode du pays, Quoye, puis il passa outre son chemin, et moi le mien.
Ie visitois aussi par-fois leur Cimetiere, qu’ils appellent Agosayé, admirant le soin que ces pauures gens ont des corps morts de leurs parens et amis deffuncts, et trouuois qu’en cela ils surpassoient la pieté des Chrestiens, puis qu’ils n’espargnent rien pour le soulagement de leurs ames, qu’ils croyent immortelles, et auoir besoin du secours des viuans. Que si par-fois i’auois quelque petit ennuy, ie me recreois et consolois en Dieu par la priere, ou en 91 chantant des Hymnes et Cantiques spirituels à la louange de sa diuine Majesté, lesquels les Sauuages escoutoient auec attention et contentement, et me prioyent de chanter souuent, principalement après que ie leur eus dict, que ces chants et Cantiques spirituels estoient des prieres que ie faisois et adressois à Dieu nostre Seigneur, pour leur salut et conuersion.
Pendant la nuict i’entendois aussi par-fois la mere de mon Sauuage pleurer, et s’affliger grandement, à cause des illusions du Diable. I’interrogeay mon Sauuage pour en sçauoir le suiect, il me fit response que c’estoit le Diable qui la trauailloit et affligeoit, par des songes et representations fascheuses de la mort de ses parens, et autres imaginations. Cela est particulierement commun aux femmes plustost qu’aux hommes, à qui cela arriue plus rarement, bien qu’il s’y en trouue par-fois quelques-vns qui en deuiennent fols et furieux, selon leur forte imagination, et la foiblesse de leur esprit, qui leur fait adiouster foy a ces resueries diaboliques.
Il se passa vn assez long temps apres mon arriuée, auant que i’eusse aucune co-92||gnoissance ny nouuelle du lieu où estoient arrinez mes Confreres, iusques à vn certain iour que le Pere Nicolas, accompagné d’vn Sauuage, me vint trouuer de son village, qui n’estoit qu’à cinq lieues du nostre. Ie fus fort resiouy de le voir en bonne santé et disposition, nonobstant les penibles trauaux et disettes qu’il auait souffertes depuis nostre departement de la traicte ; mes Sauuages le receurent aussi volontiers à coucher en nostre Cabane, et luy firent festin de ce qu’ils purent, à cause qu’il estoit mon Frere, et à nos autres François, pour estre nos bons amys. Apres donc nous estre congratulez de nostre heureuse arriuée, et vn peu discouru de ce qui nous estoit arriué pendant vn si long et pénible chemin, nous aduisasmes d’aller trouuer le Pere Ioseph, qui estoit demeurant en vn autre village, à quatre ou cinq lieues de nous ; car ainsi Dieu nous avoit-il faict la grace, que sans l’auoir premedité, nous nous mismes à la conduite de personnes qui demeurassent si proches les vnes des autres : mais pource que i’estois fort aymé de Oonchiarey mon Sauuage, et de la pluspart de ses parens, ie ne sçauois comment l’aduertir 93|| de nostre dessein, sans le mescontenter grandement. Nous trouuasmes enfin moyen de luy persuader que i’auois quelque affaire à communiquer à nostre Frere Ioseph, et qu’allant vers luy il falloit necessairement que i’y portasse tout ce que i’auois, qui estoit autant à luy comme à moy, afin de prendre chacun ce qui luy appartenoit, ce qu’ayant dict, ie pris congé d’eux, leur donnant esperance de reuenir en bref, ainsi ie partis auec le bon Pere Nicolas, et fusmes trouuer le Pere Ioseph, qui demeuroit à Quieunonascaran, où ie ne vous sçaurois expliquer la ioye et le contentement que nous eusmes de nous reuoir tous trois ensemble, qui ne fut pas sans en rendre graces à Dieu, le priant de benir nostre entreprise pour sa gloire, et conuersion de ces pauures Infideles : en suite nous fismes bastir vne Cabane pour nous loger, où à grand’peine eusmes-nous le loisir de nous entre-caresser, que ie vis mes Sauuages (ennuyez de mon absence) nous venir visiter, ce qu’ils reitererent plusieurs fois, et nous nous estudions à les receuoir et traicter si humainement et civilement, que nous les gaignasmes, en sorte, qu’ils sembloient de 94|| battre de courtoisie à receuoir les François en leur Cabane, lorsque la nécessité de leurs affaires les iettoit à la mercy de ces Sauuages, que nous experimentasmes auoir esté vtiles à ceux qui doinent traicter auec eux, espérant par ce moyen de nous insinuer au principal dessein de leur conuersion, seul motif d’vn si long et fascheux voyage.
Or nous voyans parmy eux nous nous resolusmes
d’y bastir un logement, pour prendre possession, au
nom de Iesus Christ, de ce pays, afin d’y faire les
fonctions, et exercer les ministeres de nostre Mission :
ce qui fut cause que nous priasmes le Chef,
qu’ils nomment Garihoüa Andionxra, c’est à dire, Capitaine et Chef de la police, de nous le permettre, ce
qu’il fit, apres auoir assemblé le Conseil des plus notables,
et ouy leur aduis : et apres qu’ils se furent
efforcez de nous dissuader ce dessein, nous persuadans
de prendre plustost logement en leurs Cabanes
pour y estre mieux traitez. Nous obtinsmes ce que
nous desirions, leur ayans faict entendre qu’il estoit
ainsi necessaire pour leur bien ; car estans venus de
si loing pays pour leur faire entendre ce qui concernoit
le salut de leurs 95|| ames, et le bien de la felicité
eternelle, auec la cognoissance d’vn vray Dieu, par
la predication de l’Euangile, il n’estoit pas possible
d’estre assez illuminez du Ciel, pour les instruire
parmy le tracas de la mesnagerie de leurs Cabanes,
ioint que desirans leur conserver l’amitié des François
qui traictoient auec eux, nous aurions plus de
credit à les conseruer ainsi à part, que non pas quand
nous serions cabanez parmy eux. De sorte que s’estans
laissez persuader par ces discours et autres semblables,
ils nous dirent que nous fissions cesser les
pluyes (qui pour lors estoient fort grandes et importunes)
en priant ce grand Dieu, que nous appelions
Pere, et nous disions ses seruiteurs, afin qu’il les
fist cesser, pour pouuoir nous accommoder la Cabane
que nous desirions : si bien que Dieu fauorisant nos
prieres (apres auoir passé la nuict suyvante à le solliciter
de ses promesses) il nous exauça, et les fit cesser
si parfaictement, que nous eusmes vn temps fort serain ;
dequoy ils furent si estonnez et rauis, qu’ils le
publierent pour miracle, dont nous rendismes graces
à Dieu. Et ce qui les confirma dauantage, ce fut
qu’apres auoir 96|| employé quelques iours à ce pieux trauail, et après l’auoir mis à sa perfection, les pluyes
recommencerent : de sorte qu’ils publierent par tout
la grandeur de nostre Dieu.
Ie ne puis obmettre vn gentil debat qui arriua entr’eux, à raison de nostre bastiment, d’vn ieune garçon lequel n’y travaillant pas de bonne volonté, se plaignoit aux autres de la peine et du soin qu’ils se donnoient, de bastir vne Cabane à des gens qui ne leur estoient point parens, et eust volontiers desiré qu’on eust delaissé la chose imparfaite, et nous en peine de loger auec eux dans leurs Cabanes, ou d’estre exposez à l’iniure de l’air, et incommodité du temps : mais les autres Sauuages portez de meilleure volonté, ne luy voulurent point acquiescer, et le reprirent de sa paresse, et du peu d’amitié qu’il tesmoignoit à des personnes si recommandables, qu’ils deuoient cherir comme parents et amys, bien qu’estrangers, puis qu’ils n’estoient venus que pour leur propre bien et profit.
Ces bons Sauuages ont cette louable coustume entr’eux, que quand quelques-vns de leurs Concitoyens n’ont point de 97 || Cabane à se loger, tous vnanimement prestent la main, et luy en font vne, et ne l’abandonnent point que la chose ne soit mise en la perfection, ou du moins que celuy ou ceux pour qui elle est destinée, ne la puissent aysement paracheuer : et pour obliger vn chacun à vn si pieux et charitable office, quand il est question d’y trauailler, la chose se decide tousiours en plein conseil, puis le cry s’en faict tous les iours par le Bourg, afin qu’vn chacun s’y trouue à l’heure ordonnée, ce qui est vn tres-bel ordre, et fort admirable pour des personnes sauuages que nous croyons, et sont en effect, moins policées que nous. Mais pour nous, qui leur estions estrangers, et arriuez de nouueau, c’estoit beaucoup, de se monstrer si humains que de nous en bastir auec vne si commune et vniuerselle affection, veu qu’ils ne donnent ordinairement rien pour rien aux estrangers, si ce n’est à des personnes qui le meritent, ou qui les ayent bien obligez, quoy qu’ils demandent tousiours, particulierement aux François, qu’ils appellent Agnonha, c’est à dire gens de fer, en leur langue, et les Canadiens et Montagnais nous sur-nomment Mistigoche, qui 98|| signifie en leur langue Canot ou Basteau de bois : ils nous appellent ainsi, à cause que nos Nauires et Basteaux sont faicts de bois, et non d’escorces comme les leurs : mais pour le nom que nous donnent les Hurons, il vient de ce qu’auparauant nous, il ne sçauoient que c’estoit de fer, et n’en auoient aucun vsage, non plus que de tout autre metal ou minerai.
Pour reuenir au paracheuement de nostre Cabane, ils la dresserent enuiron à deux portées de flesche loin du Bourg, en vn lieu que nous-mesmes auions choisi pour le plus commode, sur le costeau d’vn fond, où passoit vn beau et agreable ruisseau, de l’eau duquel nous nous seruions à boire, et à faire nostre Sagamité, excepté pendant les grandes neiges de l’hyuer, que pour cause du fascheux chemin, nous prenions de la neige proche de nous pour faire nostre manger, et ne nous en trouuasmes point mal, Dieu mercy. Il est vray qu’on passe d’ordinaire les sepmaines et les mois entiers sans boire : car ne mangeant iamais rien de salé ny espicé, et son manger quotidien n’estant que de ce bled d’Inde boüilly en eau, cela sert de boisson et de mangeaille, et nous 99|| nous trouuions fort-bien de ne point manger de sel, aussi estions-nous pres de trois cens lieuës loin de toute eau salée, de laquelle eussions pu esperer du sel. Et à mon retour en Canada, ie me trouuois mal au commencement d’en manger, pour l’avoir discontinué trop long temps ; ce qui me faict croire que le sel n’est pas necessaire à la conseruation de la vie, ny a la santé de l’homme.
Nostre pauure Cabane pouuoit auoir enuiron vingt pieds de longueur, et dix ou douze de large, faicte en forme d’vn berceau de jardin, couuerte d’escorce par tout, excepté au faiste, où on auoit laissé vne fente et ouuerture exprez pour sortir la fumée : estant ainsi acheuée de nous-mesmes au mieux qu’il nous fut possible, et auec quelques haches que nous auions apportées, nous fismes vne cloison de pieces de bois, separant nostre Cabane en deux : du costé de la porte estoit le lieu où nous faisions nostre mesnage, et prenions nostre repos, et la chambre interieure nous seruoit de Chapelle, car nous y auions dressé vn Autel pour dire la saincte Messe, et y serrions encore nos ornemens et autres petites commoditez, et 100|| de peur de la main larronnesse des Sauuages nous tenions la petite porte d’escorce, qui estoit à la cloison, fermée et attachée auec vne cordelette. À l’entour de nostre petit logis nous accommodasmes vn petit jardin, fermé d’vne petite palissade, pour en oster le libre accez aux petits enfants Sauuages, qui ne cherchent qu’à mal faire pour la plus-part : les pois, herbes, et autres petites choses que nous auions semées en ce petit jardin, y profiterent assez bien, encore que la terre en fust fort maigre, comme l’vn
les pires et moindres endroicts du pays.Mais, pour auoir faict nostre Cabane hors de saison, elle fut couuerte de tres-mauuaise escorce, qui se decreua et fendit toute, de sorte qu’elle nous garantissoit peu ou point des pluyes qui nous tomboient par tout, et ne nous en pouuions deffendre ny le iour ny la nuict, non plus que des neiges pendant l’hyuer, de laquelle nous nous trouuions par-fois couuerts le matin en nous leuant. Si la pluye estoit aspre, elle esteignoit nostre feu, nous priuoit du disner, et nous causoit tant d’autres incommoditez, que ie puis dire auec verité, que iusqu’à ce que nous 101|| y eussions vn peu remedié, qu’il n’y auoit pas vn seul petit coin en nostre Cabane, où il ne pleust comme dehors, ce qui nous contraignait d’y passer les nuicts entieres sans dormir, cherchans à nous tenir et ranger debout ou assis en quelque petit coin pendant ces orages.
La terre nuë ou nos genoüils, nous seruoient de table à prendre nostre repas, ainsi comme les Sauuages, et n’auions non plus de nappes ny seruiettes à essuyer nos doigts, ny de cousteau à couper nostre pain ou nos viandes : car le pain nous estoit interdict, et la viande nous estoit si rare, que nous auons passé des 6 sepmaines, et deux ou trois mois entiers sans en manger, encore n’estoi-ce quelque petit morceau de Chien, d’Ours ou de Renard, qu’on nous donnoit en festin, excepté vers Pasques et en l’Automne, que quelques François nous firent part de leur chasse et gibier. La chandelle de quoy nous nous seruions la nuict, n’estoit que de petits cornets d’escorce de Bouleau, qui estoient de peu de durée, et la clairté du feu nous seruoit pour lire, escrire, et faire autres petites choses pendant de longues nuicts de l’hyuer, ce
qui n’estoit vne petite incommodité.102|| Nostre vie et nourriture ordinaire estoit des mesmes mets et viandes que celles que les Sauuages vsent ordinairement, sinon que celles de nos Sagamités estoient vn peu plus nettement accommodées, et que nous y meslions encore par-fois de petites herbes, comme de la Marjolaine sauuage, et autres, pour luy donner goust et saveur, au lieu de sel et d’espice ; mais les Sauuages s’apperceuants qu’il y en auoit, ils n’en vouloient nullement gouster, disant que cela sentoit mauuais, et par ainsi ils nous la laissaient manger en paix, sans nous en demander, comme ils auoient accoustumé de faire lors qu’il n’y en auoit point, et nous leur en donnions volontiers, aussi ne nous en refusoient-ils point en leurs Cabanes quand nous leur en demandions, et eux-mesmes nous en offroient souuent.
Au temps que les bois estoient en seue, nous faisions par-fois vne fente dans l’escorce de quelque gros Bouleau, et tenans au-dessous une escuelle, nous en receuions le ius et la liqueur qui en distilloit, laquelle nous seruoit pour nous fortifier le cœur lorsque nous nous en sentions incommodez : mais c’est neantmoins vn reme-103||de bien simple et de peu d’effect, et qui affadist plustost qu’il ne fortifie, et si nous nous en seruions, c’estoit faute d’autre chose plus propre et meilleure.
Auant que de partir pour aller à la mer douce, le vin des Messes, que nous auions porté en un petit baril de deux pots, estant failly, nous en fismes d’autre auec des raisins du pays, qui estoit tres-bon, et boüillit en nostre petit baril, et en deux autres bouteilles que nous auions, demesme qu’il eust pû faire en des plus grands vaisseaux, et si nous en eussions encore eu d’autres, il y auoit moyen d’en faire une assez bonne prouision, pour la grande quantité de vignes et de rasins qui sont en ce pays-là. Les Sauvages en mangent bien le raisin, mais ils ne les cultiuent ny n’en font aucun vin, pour n’en auoir l’inuention, ny les instruments propres : Nostre mortier de bois, et vne seruiette de nostre Chapelle nous seruirent de pressoir, et vn Anderoqua, ou sceau d’escorce, nous seruit de cuue : mais nos petits vaisseaux n’estans capables de contenir tout nostre vin nouueau, nous fusmes contraincts, pour ne point perdre le reste, d’en faire du raisiné, qui fut aussi 104 || bon que celui que l’on faict en France, lequel nous seruit aux iours de recreation et bonne feste de l’année, à en prendre vn petit
sur la poincte d’vn cousteau.Pendant les neiges nous estions contraincts de nous attacher des raquettes sous les pieds, aussi bien que les Sauuages, pour aller querir du bois pour nous chauffer, qui est une tres-bonne inuention : car auec icelles on n’enfonce point dans les neiges, et si on faict bien du chemin en peu de temps. Ces raquettes, que nos Sauuages Hurons appellent Agnonra, sont deux ou trois fois grandes comme les nostres. Les Montagnais, Canadiens et Algoumequins, hommes, femmes, filles et enfans auec icelles suiuent la piste des animaux, et la beste estant trouuée, et abattue à coups de flesches et espées emmanchées au bout d’vne demye picque, qu’ils savent dextrement darder : ils se cabanent, et là se consolent, et iouïssent du fruict de leur trauail, et sans ces raquettes ils ne pourroient courir l’Eslan ny le Cerf, et par consequent il faudrait qu’ils mourussent de faim en temps d’hyuer.
Pendant le iour nous estions continuellement visitez d’vn bon nombre de Sau105||uages, et à diuerses intentions ; car les vns y venoient pour l’amitié qu’ils nous portoient, et pour s’instruire et entretenir de discours auec nous : d’autres pour voir s’ils nous pourroient rien desrober, ce qui arriuoit assez souuent, iusqu’à prendre de nos cousteaux, cueilliers, escuelles d’escorce ou de bois, et autres choses qui nous faisoient besoin : et d’autres plus charitables nous apportoient de petis presens, comme du bled d’Inde, des Citrouilles, des Fezolles, et quelquesfois des petits Poissons boucanez, et en recompense nous leur donnions aussi d’autres petits presens, comme quelques aleines, fer à flesches, ou vn peu de rassade à pendre à leur col, ou à leurs oreilles ; et comme ils sont pauures en meubles, empruntants quelqu’vn de nos chaudrons, ils nous le rendoient tousiours auec quelque reste de Sagamité dedans, et quand il arrivoit de faire festin pour un deffunct, plusieurs de ceux qui nous aymoient nous en enuoyoient, comme ils faisoient au reste de leurs parens et amys, selon leur coustume. Ils nous venoient aussi souuent prier de festin ; mais nous n’y allions que le plus rarement qu’il nous estoit possible, 106|| pour ne nous obliger à leur en rendre, et pour plusieurs
autres bonnes raisons.Quand quelque particulier Sauuage de nos amys venoit nous visiter, entrant chez-nous, la salutation estoit ho, ho, ho, qui est vne salutation de ioye, et la seule voix ho, ho, ne se peut faire que ce ne soit quasi en riant, tesmoignans par là la ioye et le contentement qu’ils auoient de nous voir ; car leur autre salutation Quoye, qui est comme si on disoit : Qu’est-ce, que dites-vous ? se peut prendre en divers sens, aussi est-elle commune enuers les amys, comme enuers les ennemys, qui respondent en la mesme maniere Quoye, ou bien plus gracieusement Yatoro, qui est à dire, mon amy, mon compagnon, mon camarade, ou disent Attaquen, mon frere, et aux filles Eadsé, ma bonne amie, ma compagne, et quelquesfois aux vieillards Yaistan, mon pere, Honratinoron, oncle, mon oncle, etc.
Ils nous demandoient aussi à petuner, et plus souuent pour espargner le petun qu’ils auoient dans leur sac ; car ils n’en sont iamais desgarnis : mais comme la foule y estoit souuent si grande, qu’à peine auions-nous place en nostre Cabane, nous 107|| ne pouuions pas leur en fournir à tous, et nous en excusions, en ce qu’eux-mesmes nous traictoient ce peu que nous en auions et cette raison les rendoit contens.
Vne grande invention du Diable, qui fait du singe par tout est que comme entre nous on saluë de quelque devote priere celui ou celle qui esternuë, eux au contraire, poussez de Satan, et d’vn esprit de vengeance, entendans esternuer quelqu’vn, leur salut ordinaire n’est que des imprecations, des iniures et la mort mesme qu’ils souhaitent et désirent aux Yroquois, et à tous leurs ennemys, dequoy nous les reprenions, mais il n’estoit pas encore entré en leur esprit que ce fust mal faict, d’autant que la vengeance leur est tellement coustumiere et ordinaire, qu’ils la tiennent comme vertu à l’endroict de l’ennemy estranger, et non toutefois enuers ceux de la propre Nation, desquels ils sçauent assez bien dissimuler, et supporter vn tort ou iniure quand il faut. Et à ce propos de la vengeance ie diray que comme le General de la flotte assisté des autres Capitaines de nauires, eussent par certaine ceremonie, ieté vne espée dans la rivière Sainct Laurens au temps de la 108|| traicte, en la presence de tous les Sauuages, pour asseurance aux meurtriers Canadiens qui auoient tué deux François, que leur faute leur estoit entierement pardonnée, et enseuelie dans l’oubly, en la mesme sorte que cette espée estoit perduë et enseuelie au fonds des eauës. Nos Hurons, qui sauent bien dissimuler, et qui tiennent bonne mine en cette action, estans de retour dans leur pays tournerent toute cette ceremonie en risée, et s’en mocquerent, disans que toute la colere des François auoit esté noyée en cette espée, et que pour tuer un François on en seroit dores nauant quitte pour vne douzaine de castors.
Pendant l’hyuer, que les Epicerinys se vindrent cabaner au pays de nos Hurons, à trois lieuë de nous, ils venoient souuent nous visiter en nostre Cabane pour nous voir, et pour s’entretenir de discours auec nous : car comme i’ay dict ailleurs, ils sont assez bonnes gens, et sçauent les deux langues, la Huronne et la leur, ce que n’ont pas les Hurons, lesquels ne sçauent ny n’apprennent autre langue que la leur, soit par negligence, ou pour ce qu’ils ont moins affaire de leurs voysins, que leurs 109|| voysins n’ont affaire d’eux. Ils nous parlerent par plusieurs fois d’vne certaine Nation à laquelle ils vont tous les ans vne fois à la traite, n’en estans esloignez qu’enuiron vne Lune et demye, qui est vn mois ou six sepmaines de chemin tant par terre que par eau et riuiere. A laquelle vient aussi trafiquer vn certain peuple qui y aborde par mer, auec des grands basteaux ou nauires de bois, chargez de diuerses marchandises, comme haches, faictes en queuë de perdrix, des bas de chausses, auec les souliers attachez ensemble, souples neantmoins comme vn gand, et plusieurs autres choses qu’ils eschangent pour des pelleteries. Ils nous dirent aussi que ces personnes-là ne portoient point de poil, ny à la barbe ny a la teste, (et pour ce par nous sur-nommez Testes pelées) et nous asseurerent que ce peuple leur auoit dict qu’il seroit fort ayse de nous voir, pour la façon de laquelle on nous avoit dépeinct en son endroict, ce qui nous fit coniecturer que ce pouuoit estre quelque peuple et nation policée et habituée vers la mer de la Chine, qui borne ce pays vers l’Occident, comme il est aussi borné de la mer Océane, enuiron les 40. degrez vers l’Orient, 110|| et esperions y faire vn voyage à la premiere commodité auec ces Epicerinys, comme ils nous en donnoient quelque esperance, moyennant quelque petit present, si l’obedience ne m’eust rappellé trop tost en France : car bien que ces Epicerinys ne veulent pas mener de François seculiers en leur voyage, non plus que les Montagnais et Hurons n’en veulent point mener au Saguenay, de peur de descouurir leur bonne et meilleure traicte, et le pays où ils vont amasser quantité de pelleteries : ils ne sont pas si resserrez en nostre endroict, sçachans desia par experience, que nous ne nous meslons d’aucun autre trafic que de celui des âmes, que nous nous efforçons de gaigner à Iesus-Christ.
Quand nous allions voir et visiter nos Sauuages en leurs Cabanes, ils en estoient pour la pluspart bien ayses, et le tenoient à honneur et faueur, se plaignans de ne nous y voir pas assez souuent, et nous faisoient par-fois comme font ordinairement les Merciers et Marchands du Palais de Paris, nous appelans chacun à son foyer, et peut-estre sous esperance de quelque aleine, ou d’vn petit bout de ras-111||sade, de laquelle ils sont fort curieux à se parer. Ils nous faisoient aussi bonne place sur la natte auprès d’eux au plus bel endroict, puis nous offroient à manger de leur Sagamité, y en ayant souuent quelque reste dans leur pot : mais pour mon particulier i’en prenois fort rarement, tant à cause qu’il sentoit pour l’ordinaire trop le poisson puant, que pour ce que les chiens y mettoient souuent leur nez, et les enfants leur reste. Nous auions aussi fort à dégoust et à contre-cœur de voir les Sauuagesses manger les pouls d’elles et de leurs enfants ; car elles les mangent comme si c’estoit chose fort excellente et de bon goust. Puis comme par-deçà que l’on boit l’vn à l’autre, en présentant le verre à celuy à qui on a beu, ainsi les Sauuages qui n’ont que de l’eau à boire, pour toute boisson, voulans festoyer quelqu’vn, et luy monstrer signe d’amitié, apres auoir petuné luy presentent le petunoir tout allumé, et nous tenans en cette qualité d’amis et de parens, ils nous en offroient et presentoient de fort bonne grace : Mais, comme ie ne me suis iamais voulu habituer au petun, ie les en remerciois, et n’en prenois nullement, dequoy ils estoient au com-112||mencement tous estonnez, pour n’y auoir personne en tous ces pays-là, qui n’en prenne et vse, pour à faute de vin et d’espices eschauffer cet estomach, et aucunement corrompre tant de cruditez prouenantes de leur mauuaise nourriture.
Lorsque, pour quelque necessité ou affaire, il nous falloit aller d’vn village à vn autre, nous allions librement loger et manger en leurs Cabanes, ausquelles ils nous recevoient et traictoient fort humainement, bien qu’ils ne nous eussent aucune obligation : car ils ont cela de propre d’assister les passans, et receuoir courtoisement entr’eux toute personne qui ne leur est point ennemie : et à plus forte raison, ceux de leur propre Nation, qui se rendent l’hospitalité réciproque, et assistent tellement l’vn l’autre, qu’ils pouruoyent à la nécessité d’vn chacun, sans qu’il y ait aucun pauure mendiant parmy leurs villes et villages, et trouuoient fort mauuais entendans dire qu’il y auait en France grand nombre de ces necessiteux et mendians, et pensoient que cela fust faute de charité qui fust en nous, et nous en blasmoient grandement.
Chapitre VI.
ais, pour parler en general du pays des
Hurons, de sa situation, des mœurs de
ses habitants, et de leurs principales ceremonies
et façons de faire, disons premierement,
qu’il est situé sous la hauteur de quarante-quatre
degrez et demy de latitude, et deux
cens trente lieues de longitude à l’Occident, et dix
de latitude ; pays fort deserté, beau et agreable, et
trauersé de ruisseaux qui se desgorgent dedans le
grand lac. On n’y voit point vne face hydeuse de
grands rochers et montagnes steriles, comme on voit
en beaucoup d’autres endroicts és contrées Canadiennes
et Algoumequines.
Le pays est plein de belles collines, campagnes, et de tres-belles et grandes prairies, qui portent quantité de bon foin, ||114 qui ne sert qu’à y mettre le feu par plaisir, quand il est sec : et en plusieurs endroicts il y a quantité de froment sauuage, qui a l’espic comme seigle, et le grain comme de l’auoine : i’y fust trompé, pensant au commencement que i’en vis, que ce fussent champs qui eussent esté ensemencez de bon grain : ie fus de mesme trompé aux pois sauuages, où il y en a en diuers endroicts aussi espais, comme s’ils y auoient esté semez et cultiuez : et pour monstrer la bonté de la terre, vn Sauuage de Toënchen ayant planté vn peu de pois qu’il auoit apportez de la traicte, rendirent leurs fruicts deux fois plus gros qu’à l’ordinaire, dequoy ie m’estonnay, n’en ayant point veu de si gros, ny en France, ny en Canada.
Il y a de belles forests, peuplées de gros Chesnes, Fouteaux, Herables, Cedres, Sapins, Ifs et autres sortes de bois beaucoup plus beaux, sans comparaison, qu’aux autres prouinces de Canada que nous ayons veues : aussi le pays est-il plus chaud et plus beau, et plus grasses et meilleures sont les terres, que plus on aduance tirant au Sud : car du costé du Nord les terres y sont plus pierreuses et sablonneuses, ainsi ||115 que ie vis allant sur la mer douce, pour la pesche du grand poisson.
Il y a plusieurs contrées ou prouinces au pays de nos Hurons qui portent diuers noms, aussi bien que les diuerses prouinces de France : car celle où commandoit le grand Capitaine Atironta, s’appelle Enarhonon, celle d’Entauaque s’appelle Atigagnongueha, et la Nation des Ours, qui est celle où nous demeurions, sous le grand Capitaine Auoindaon, s’appelle Atingyahointan, et en cette estendue de pays, il y a enuiron vingt-cinq tant villes que villages, dont une partie ne sont point clos ny fermez, et les autres sont fortifiez de fortes palissades de bois à triple rang, entrelassez les vns dans les autres, et redoublez par dedans de grandes et grosses escorces, à la hauteur de huict à neuf pieds, et par dessous il y a de grands arbres posez de leur long, sur des fortes et courtes fourchettes des troncs des arbres : puis au dessus de ces palissades il y a des galeries ou guerites, qu’ils appellent Ondaqua, qu’ils garnissent de pierres en temps de guerre, pour ruer sur l’ennemy, et d’eau pour esteindre le feu qu’on pourrait appliquer contre leurs palissades ; nos Hurons ||116 y montent par vne eschelle assez mal façonnée et difficile, et deffendent leurs rempars auec beaucoup de courage et d’industrie.
Ces vingt-cinq villes et villages peuuent estre peuplez de deux ou trois mille hommes de guerre, au plus, sans y comprendre le commun, qui peut faire en nombre enuiron trente ou quarante mille âmes en tout. La principale ville auoit autre fois deux cens grandes Cabanes, pleines chacune de quantité de mesnages ; mais, depuis peu, à raison que les bois leur manquoient, et que les terres commençoient à s’amaigrir, elle est diminuée de grandeur, séparée en deux, et bastie en vn autre lieu plus commode.
Leurs villes frontieres et plus proches des ennemis, sont tousiours les mieux fortifiées, tant en leurs enceintes et murailles, hautes de deux lances ou enuiron, et les portes et entrées qui ferment à barres, par lesquelles on est contrainct de passer de costé, et non de plein saut, qu’en l’assiette des lieux qu’ils sçauent assez bien choisir, et aduiser que ce soit ioignant quelque bon ruisseau, en lieu vn peu esleué, et enuironné d’vn fossé naturel, s’il se ||117 peut, et que l’enceinte et les murailles soient basties en rond, et la ville bien ramassée, laissans neantmoins vne grande espace vuide entre les Cabanes et les murailles, pour pouuoir mieux combattre et se deffendre contre les ennemis qui les attaqueraient sans laisser de faire des sorties aux occasions.
Il y a de certaines contrées où ils changent leurs villes et villages, de dix, quinze ou trente ans, plus ou moins, et le font seulement lorsqu’ils se trouuent trop esloignez des bois ; qu’il faut qu’ils portent sur leur dos, attaché et lié auec vn collier, qui prend et tient sur le front ; mais en hyuer ils ont accoustumé de faire de certaines traisnées qu’ils appellent Arocha, faictes de longues planchettes de bois de Cedre blanc, sur lesquelles ils mettent leur charge, et ayans des raquettes attachées sous leurs pieds, traisnent leur fardeau par-dessus les neiges, sans aucune difficulté, ils changent leur ville ou village, lors que par succession de temps les terres sont tellement fatiguées, qu’elles ne peuuent plus porter leur bled avec la perfection ordinaire, faute de fumier, et pour ne sçauoir cultiuer la terre, ny semer dans ||118 d’autres lieux, que dans les trous ordinaires.
Leurs Cabanes, qu’ils appellent Ganonchia, sont faictes, comme i’ay dict, en façon de tonnelles ou berceaux de jardins, couuertes d’escorces d’arbres, de la longueur de 25. à 30. toises, plus ou moins (car elles ne sont pas toutes egales en longueur), et six de large, laissans par le milieu vne allée de 10. à 12. pieds de large, qui va d’vn bout à l’autre ; aux deux costez il y a vne manière d’establie de la hauteur de quatre ou cinq pieds ; qui prend d’vn bout de la Cabane à l’autre, où ils couchent en esté, pour euiter l’importunité des puces, dont ils ont grande quantité, tant à cause de leurs chiens qui leur en fournissent à bon escient, que pour l’eau que les enfants y font, et en hyuer ils couchent en bas sur des nattes proches du feu, pour estre plus chaudement, et sont arrangez les vns proches des autres, les enfans au lieu plus chaud et eminent, pour l’ordinaire, et les pere et mere apres, et n’y a point d’entre-deux ou de separation, ny de pied, ny de cheuet, non plus en haut qu’en bas, et ne font autre chose pour dormir, que de se coucher en la mesme place où ils sont ||119 assis, et s’affubler la teste auec leur robe, sans autre couuerture ny lict.
Ils emplissent de bois sec, pour brusler en hyuer, tout le dessous de ces establies, qu’ils appellent Garihagueu et Eindichaguet : mais pour les gros troncs ou tisons appellez Aneincuny, qui seruent à entretenir le feu, esleuez vn peu en haut par vn des bouts, ils en font des piles deuant leurs Cabanes, ou les serrent au dedans des porches, qu’ils appellent Aque. Toutes les femmes s’aydent à faire cette prouision de bois, qui se fait dès le mois de Mars, et d’Auril, et auec cet ordre en peu de iours chaque mesnage est fourny de ce qui luy est nécessaire.
Ils ne se seruent que de tres-bon bois, aymant mieux l’aller chercher bien loin, que d’en prendre de vert, ou qui fasse fumée ; c’est pourquoy ils entretiennent tousiours vn feu clair auec peu de bois : que s’ils ne rencontrent point d’arbres bien secs, ils en abattent de ceux qui ont les branches seiches, lesquelles ils mettent par esclats, et couppent d’vne égale longueur, comme les cotrays de Paris. Ils ne se seruent point du fagotage, non plus que du tronc des plus gros arbres ||120 qu’ils abattent ; car ils les laissent là pourrir sur la terre, pource qu’ils n’ont point de scie pour les scier, ny l’industrie de les mettre en pieces qu’ils ne soient secs et pourris. Pour nous qui n’y prenions pas garde de si prés, nous nous contentions de celuy qui estoit plus proche de nostre Cabane, pour n’employer tout nostre temps à cette occupation.
En vne Cabane il y a plusieurs feux, et à chaque feu il y a deux mesnages, l’vn d’vn costé, l’autre de l’autre, et telle Cabane aura iusqu’à huict, dix ou douze feux, qui font 24. mesnages, et les autres moins, selon qu’elles sont longues ou petites, et où il fume à bon escient, qui faict que plusieurs en reçoiuent de tres-grandes incommoditez aux yeux, n’y ayant fenestre ny ouuerture, que celle qui est au dessus de leur Cabane, par où la fumée sort. Aux deux bouts il y a à chacun vn porche, et ces porches leur seruent principalement à mettre leurs grandes cuues ou tonnes d’escorce, dans quoy ils serrent leur bled d’Inde, apres qu’il est bien sec et esgrené. Au milieu de leur logement il y a deux grosses perches suspendues qu’ils appellent Ouaronta, où ils pen-121||dent leur cramaliere, et mettent leurs habits, viures et autres choses, depeur des souris, et pour tenir les choses seichement : Mais pour le poisson duquel ils font prouision pour leur hiuer, apres qu’il est boucané, ils le serrent en des tonneaux d’escorce, qu’ils appellent Acha, excepté Leinchataon, qui est vn poisson qu’ils n’esuentrent point, et lequel ils pendent au haut de leur Cabane auec des cordelettes, pource qu’enfermé en quelque tonneau il sentiroit trop mauuais, et se pourriroit incontinent.
Crainte du feu, auquel ils sont assez suiets, ils serrent souuent en des tonneaux ce qu’ils ont de plus precieux, et les enterrent en des fosses profondes qu’ils font dans leurs Cabanes, puis les couurent de la mesme terre, et cela les conserue non seulement du feu, mais aussi de la main des larrons, pour n’auoir autre coffre ny armoire en tout leur mesnage, que ces petits tonneaux. Il est vray qu’ils se font peu souuent du tort les vns aux autres ; mais encore s’y en trouue-t-il par-fois de meschans, qui leur font du desplaisir quand ils ne pensent estre descouuerts, et que ce soit principalement quelque chose à manger.
Chapitre VII.
e bon Legislateur des Atheniens, Solon,
fit une Loy, dont Amasis, Roi d’Egypte,
auait esté jadis Autheur : Que chacun
monstre tous les ans d’où il vit, par deuant
le Magistrat, autrement à faute de ce faire qu’il
soit puny de mort. L’occupation de nos Sauuages est
la pesche, la chasse et la guerre ; aller à la traicte,
faire des Cabanes et des Canots, ou les outils propres
à cela. Le reste du temps ils le passent en oisiueté, à
jouer, dormir, chanter, dancer, petuner, ou aller en
festins, et ne veulent s’entremettre d’aucun autre ouvrage
qui soit du deuoir de la femme, sans grande
necessité.
L’exercice du jeu est tellement frequent et coustumier entr’eux, qu’ils y employent beaucoup de temps, et par-fois tant les hommes que les femmes ioüent tout ce qu’elles ont, et perdent aussi gayement, et 123|| patiemment, quand la chance ne leur en dict point, que s’ils n’auoient rien perdu, et en ay veu s’en retourner en leur viilage tous nuds, et chantans, apres auoir tout laissé aux nostres, et est arriué vne fois entre les autres, qu’vn Canadien perdit et sa femme et ses enfants au jeu contre un François, qui lui furent neantmoins rendus apres volontairement.
Les hommes ne s’addonnent pas seulement au jeu de paille, nommé Aescara, qui sont trois ou quatre cens de petits joncs blancs egalement couppez, de la grandeur d’vn pied ou enuiron ; mais aussi à plusieurs autres sortes de jeu ; comme de prendre vne grande escuelle de bois, et dans icelle auoir cinq ou six noyaux ou petites boulettes un peu plattes, de la grosseur du bout du petit doigt, et peintes de noir d’vn costé, et blanches et jaunes de l’autre : et estans tous assis à terre en rond, à leur accoustumée, prennent tour à tour, selon qu’il eschet, cette escuelle, auec les deux mains, qu’ils esleuent vn peu de terre, et à mesme temps l’y reposent, et frappent un peu rudement, de sorte que ces boulettes sont contraintes de se remuer et sauter, et voyent comme au jeu 124|| de dez, de quel costé elles se reposent, et si elles font pour eux, pendant que celuy qui tient l’escuelle la frappe, et regarde à son jeu, il dit continuellement et sans intermission, Tet, tet, tet, tet, pensant que cela excite et faict bon jeu pour luy. Mais le jeu des femmes et filles, auquel s’entretiennent aussi par-fois des hommes et garçons auec elles, est particulierement auec cinq ou six noyaux, comme ceux de nos abricots, noirs d’vn costé, lesquels elles prennent auec la main, comme on faict les dez, puis les iettent vn peu en haut, et estans tombez sur vn cuir, ou peau estenduë contre terre exprez, elles voyent ce qui faict pour elles, et continuent à qui gaignera les colliers, oreillettes, ou autres bagatelles qu’elles ont, et non iamais aucune monnoye ; car ils n’en ont nulle cognoissance ny vsage ; ains mettent, donnent et eschangent vne chose pour vne autre, en tout le pays de nos Sauuages.
Ie ne puis obmettre aussi qu’ils pratiquent en quelques-vns de leurs villages, ce que nous appelons en France porter les momons : car ils deffient et inuitent les autres villes et villages de les venir voir, joüer auec eux, et gaigner leurs ||125 vstensilles s’il eschet et cependant les festins ne manquent point : car pour la moindre occasion la chaudiere est tousiours preste, et particulierement en hyuer, qui est le temps auquel principalement ils se festinent les vns les autres. Ils aiment la peinture et y reüsissent assez industrieusement, pour des personnes qui n’y ont point d’art ny d’instrumens propres, et font neantmoins des representations d’hommes, d’animaux, d’oyseaux et autres grotesques, tant en relief de pierres, bois et autres semblables matieres, qu’en platte peinture sur leurs corps, qu’ils font non pour idolatrer ; mais pour se contenter la veuë, embellir leurs Calumets et Petunoirs, et pour orner le deuant de leurs Cabanes.
Pendant l’hyuer, du filet que les femmes et filles ont filé, ils font les rets et filets à pescher et prendre le poisson en esté, et mesme en hyuer sous la glace à la ligne, ou à la seine, par le moyen des trous qu’ils y font en plusieurs endroicts. Ils font aussi des flesches auec le cousteau, fort droictes et longues, et n’ayans point de cousteaux, ils se seruent de pierres trenchantes, et les empennent de plumes ||126 de queues et d’aisles d’Aigles, parce qu’elles sont fermes et se portent bien en l’air ; la poincte auec vne colle forte de poisson, ils y accommodent vne pierre acerée, ou vn os, ou des fers, que les François leur traictent. Ils font aussi des masses de bois pour la guerre, et des pauois qui couurent presque tout le corps, et auec des boyaux ils font des cordes d’arcs et des raquettes, pour aller sur la neige, au bois et à la chasse.
Ils font aussi des voyages par terre, aussi bien que par mer, et les riuieres, et entreprendront (chose incroyable) d’aller dix, vingt, trente et quarante lieuës par les bois, sans rencontrer ny sentiers ny Cabanes, et sans porter aucuns viures sinon du petun et vn fuzil, auec l’arc au poing, et le carquois sur le dos. S’ils sont pressez de la soif, et qu’ils n’ayent point d’eau, ils ont l’industrie de succer les arbres, particulièrement les Fouteaux, d’où distile vne douce et fort agreable liqueur, comme nous faisions aussi, au temps que les arbres estoient en seue. Mais lors qu’ils entreprennent des voyages en pays loingtain, ils ne les font point pour l’ordinaire inconsiderément, et sans en auoir eu la ||127 permission des Chefs, lesquels en vn conseil particulier ont accoustumé d’ordonner tous les ans, la quantité des hommes qui doinent partir de chaque ville ou village, pour ne les laisser desgarnis de gens de guerre, et quiconque voudroit partir autrement, le pourroit faire à toute rigueur ; mais il seroit blasmé, et estimé fol et imprudent.
I’ay veu plusieurs Sauuages des villages circonuoysins, venir à Quieunonascaran, demander congé à Onorotandi, frere du grand Capitaine Auoindaon, pour auoir la permission d’aller au Saguenay : car il se disoit Maistre et Superieur des chemins et riuieres qui y conduisent, s’entend iusques hors le pays des Hurons. De mesme il falloit auoir la permission d’Auoindaon pour aller à Kebec, et comme chacun entend d’estre maistre en son pays, aussi ne laissent-ils passer aucun d’vne autre Nation Sauuage par leur pays, pour aller à la traicte, sans estre recogneus et gratinez de quelque present : ce qui se faict sans difficulté, autrement on leur pourrait donner de l’empeschement, et faire du desplaisir.
Sur l’hyuer, lors que le poisson se retire ||128 sentant le froid, les Sauuages errans, comme sont les Canadiens, Algoumequins et autres, quittent les riues de la mer et des riuieres, et se cabanent dans les bois, là ou ils sçauent qu’il y a de la proye. Pour nos Hurons, Honqueronons et peuples Sedentaires, ils ne quittent point leurs Cabanes, et ne transportent point leurs villes et villages (que pour les raisons et causes que i’ay deduites cy-dessus au Chapitre sixiesme.)
Lors qu’ils ont faim, ils consultent l’Oracle, et apres ils s’en vont l’arc en main, et le carquois sur le dos, la part que leur Oki leur a indiqué, ou ailleurs où ils pensent ne point perdre leur temps. Ils ont des chiens qui les suyuent, et nonobstant qu’ils ne jappent point, toutesfois ils sauent fort bien descouurir le giste de la beste qu’ils cherchent, laquelle estant trouuée ils la poursuyuent courageusement, et ne l’abandonnent iamais qu’ils ne l’ayent terrassée : et enfin l’ayant naurée à mort ils la font tant harceler par leurs chiens, qu’il faut qu’elle tombe. Lors ils luy ouurent le ventre, baillent la curée aux chiens, festinent, et emportent le reste. Que si la beste, pressée de trop prés, ||129 rencontre vne riniere, la mer ou vn lac, elle s’eslance librement dedans : mais nos Sauuages agiles et dispos sont aussi tost apres auec leurs Canots, s’il s’y en trouue, et puis lui donnent le coup de la mort.
Leurs Canots sont de 8. à 9. pas de long, et enuiron vn pas, ou pas et demy de large par le milieu, et vont en diminuant par les deux bouts, comme la nauette d’vn Tessier, et ceux-là sont des plus grands qu’ils fassent ; car ils en ont encore d’autres plus petits, desquels ils se seruent selon l’occasion et la difficulté des voyages qu’ils ont à faire. Ils sont fort suiets à tourner, si on ne les sçait bien gouuerner, comme estans faits d’escorce de Bouleau, renforcés par le dedans de petits cercles de Cedre blanc, bien proprement arrangez, et sont si legers qu’vn homme en porte aysement vn sur sa teste, ou sur son espaule, chacun peut porter la pesanteur d’une pipe, et plus ou moins, selon qu’il est grand. On faict aussi d’ordinaire par chacun iour, quand l’on est pressé, 25. ou 30. lieuës dans lesdits Canots, pourueu qu’il n’y ait point de saut à passer, et qu’on aille au gré du vent et de l’eau : car ils vont d’vne vitesse et lege-130||reté si grande, que ie m’en estonnois, et ne pense pas que la poste peust aller plus viste, quand ils sont conduits par de bons Nageurs.
De mesme que les hommes ont leur exercice particulier, et sçauent ce qui est du deuoir de l’homme, les femmes et les filles aussi se maintiennent dans leur condition, et font paisiblement leurs petits ouurages, et les œuures seruiles : elles trauaillent ordinairement plus que les hommes, encore qu’elles n’y soient point forcées ny contraintes. Elles ont le soin de la cuisine et du mesnage, de semer et cueillir les bleds, faire les farines, accommoder le chanure et les escorces, et de faire la prouision de bois necessaire. Et pource qu’il leur reste encore beaucoup de temps à perdre, elle l’employent à ioüer, aller aux dances et festins, à deuiser et passer le temps, et faire tout ainsi comme il leur plaist du temps qu’elles ont de bon, qui n’est pas petit, puis que tout leur mesnage consiste à peu, veu mesmes qu’elles ne sont admises en plusieurs de leurs festins, ny en aucun de leurs conseils, ny a faire leurs Cabanes et Canots, entre nos Hurons.
Elles ont l’inuention de filer le chanvre ||131sur leur cuisse, n’ayans pas l’vsage de la quenouille et du fuseau, et de ce filet les hommes en lassent leurs rets et filets, comme i’ay dit. Elles pilent aussi le bled pour la cuisine, et en font rostir dans les cendres chaudes, puis en tirent la farine pour leurs marys, qui vont l’esté trafiquer en d’autres Nations esloignées. Elles font de la poterie, particulièrement des pots tous ronds, sans ances et sans pieds, dans quoy elles font cuire leurs viandes, chair ou poisson. Quand l’hyuer vient, elles font des nattes de joncs, dont elles garnissent les portes de leurs Cabannes, et en font d’autres pour s’asseoir dessus, le tout fort proprement. Les femmes des Cheueux Releuez mesmes, baillent des couleurs aux joncs, et font des compartimens d’ouurages auec telle mesure qu’il n’y a que redire. Elles couroyent et adoucissent les peaux des Castors et d’Eslans, et autres, aussi bien que nous sçaurions faire icy, dequoy elles font leurs manteaux ou couuertures, et y peignent des passements et bigarures, qui ont fort bonne grâce.
Elles font semblablement des paniers de jonc, et d’autres auec des escorces de ||132 Bouleaux pour mettre des fezoles, du bled et des pois, qu’ils appellent Acointa, de la chair, du poisson et autres petites prouisions : elles font aussi comme vne espece de gibesiere de cuir, ou sac à petun, sur lesquels elles font des ouurages dignes d’admiration, auec du poil de porc espic, coloré de rouge, noir, blanc et bleu, qui sont les couleurs qu’elles font si viues, que les nostres ne semblent point en approcher. Elles s’exercent aussi à faire des escuelles d’escorce pour boire et manger, et mettre leurs viandes et menestres. De plus, les escharpes, carquans et brasselets qu’elles et les hommes portent, sont de leurs ouurages : et nonobstant qu’elles ayent beaucoup plus d’occupation que les hommes, lesquels tranchent du Gentilhomme entr’eux, et ne pensent qu’à la chasse, à la pesche, ou à la guerre, encore ayment-elles communément leurs marys plus que ne font pas celles de deçà : et s’ils estoient Chrestiens ce seroient des familles auec lesquelles Dieu se plairoit et demeureroit.
Chapitre VIII.
evr coustume est, que chaque mesnage
vit de ce qu’il pesche, chasse et seme,
ayans autant de terre comme il leur est
necessaire : car toutes les forests, prairies
et terres non defrischées sont en commun, et est permis
à vn chacun d’en defrischer et ensemencer autant
qu’il veut, qu’il peut, et qu’il luy est necessaire ;
et cette terre ainsi defrichée demeure à la personne
autant d’années qu’il continue de la cultiuer
et s’en seruir, et estant entierement abandonnée du
maistre, s’en sert par apres qui veut, et non autrement.
Ils les défrichent auec grand peine, pour n’auoir
des instrumens propres : ils coupent les arbres
à la hauteur de deux ou trois pieds de terre, puis ils es-134||mondent toutes les branches, qu’ils font brusler
au pied d’iceux arbres pour les faire mourir, et par
succession de temps en ostent les racines ; puis les
femmes nettoyent bien la terre entre les arbres, et
beschent de pas en pas vne place ou fossé en rond,
où ils sement à chacune 9. ou 10. grains de Maiz,
qu’ils ont premierement choisy, trié et fait tremper
quelques iours en l’eau, et continuent ainsi, iusques à
ce qu’ils en ayent pour deux ou trois ans de prouision ;
soit pour la crainte qu’il ne leur succede quelque mauuaise année, ou bien pour l’aller traicter
en d’autres Nations pour des pelleteries ou autres
choses qui leur font besoin, et tous les ans sement
ainsi leur bled aux mesmes places et endroits, qu’ils
rafraischissent auec leur petite pelle de bois, faicte en
la forme d’vne oreille, qui a vn manche au bout ; le
reste de la terre n’est point labouré, ains seulement
nettoyé des meschantes herbes : de sorte qu’il semble
que ce soient tous chemins, tant ils sont soigneux de
tenir tout net, ce qui estoit cause qu’allant par-fois
seul de village à autre, ie m’esgarois ordinairement
dans ces champs de bled, plustost que dans les prairies
et forests.
135|| Le bled estant donc ainsi semé, à la façon que nous faisons les febues, d’vn grain sort seulement vn tuyau ou canne, et la canne rapporte deux ou trois espics, et chaque espic rend cent, deux cents, quelquefois 400 grains, et y en a tel qui en rend plus. La canne croist à la hauteur de l’homme, et plus, et est fort grosse, (il ne vient pas si bien et si haut, ny l’espic si gros, et le grain si bon en Canada ny en France que là.) Le grain meurit en quatre mois, et en de certains lieux en trois : apres ils le cueillent, et le lient par les fueilles retroussées en haut, et l’accommodent par pacquets, qu’ils pendent tous arrangez le long des Cabanes, de haut-en-bas, en des perches qu’ils y accommodent en forme de rattelier, descendant iusqu’au bord deuant l’establie, et tout cela est si proprement aiancé, qu’il semble que ce soient tapisseries tendues le long des Cabanes, et le grain estant bien sec et bon à serrer, les femmes et filles l’esgrenent, nettoyent et mettent dans leurs grandes cuues ou tonnes à ce destinées, et posées en leur porche, ou en quelque coin de leurs Cabanes.
Pour le manger en pain, ils font pre-136||mierement vn peu bouillir le grain en l’eau, puis l’essuyent, et le font vn peu seicher : en apres ils le broyent, le pestrissent auec de l’eau tiede, et le font cuire sous la cendre chaude, enueloppé de fueilles de bled, et à faute de fueilles le lauent apres qu’il est cuit : s’ils ont des Fezoles ils en font cuire dans vn petit pot, et en meslent parmy la paste sans les escacher, ou bien des fraizes, des bluës[1] ; framboises, meures champestres, et autres petits fruicts secs et verts, pour lui donner du goust et le rendre meilleur ; car il est fort fade de soy, si on n’y mesle de ces petits ragousts. Ce pain, et toute autre sorte de biscuit que nous vsons, il l’appellent Andataroni, excepté le pain mis et accommodé comme deux balles iointes ensemble, enueloppé entre des fueilles de bled d’Inde, puis boüilly et cuit en l’eau, et non sous la cendre, lequel ils appellent d’vn nom particulier Coinkia. Ils font encore du pain d’vne autre sorte, c’est qu’ils cueillent vne quantité d’espics de bled, auant qu’il soit du tout sec et meur, puis les femmes, filles et enfans auec les dents en destachent les grains, qu’ils reiettent par apres auec la bouche dans de grandes escuelles ||137 qu’elles tiennent auprés d’elles, et puis on l’acheue de piler dans le grand Mortier : et pour ce que cette paste est fort molasse, il faut necessairement l’enuelopper dans des fueilles pour la faire cuire sous les cendres à l’accoustumée ; ce pain masché est le plus estimé entr’eux, mais pour moy ie n’en mangeois que par necessité et à contre cœur, à cause que le bled auoit esté ainsi à demy masché, pilé et pestry auec les dents des femmes, filles et petits enfans.
Le pain de Maiz, et la Sagamité qui en est faicte, est de fort bonne substance, et m’estonnois de ce qu’elle nourrit si bien qu’elle faict : car pour ne boire que de l’eau en ce pays-là, et ne manger que fort peu souuent de ce pain, et encore plus rarement de la viande, n’vsans presque que des seuls Sagamités, auec vn bien peu de poisson, on ne laisse pas de se bien porter, et estre en bon poinct, pourueu qu’on en ait suffisamment, comme on n’en manque point dans le pays ; mais seulement en de longs voyages, où l’on souffre souuent de grandes necessitez.
Ils diuersifient et accommodent en plusieurs façons leur bled pour le manger ; ||138 car comme nous sommes curieux de diuerses saulces pour contenter nostre appetit, aussi sont-ils soigneux de faire leur Menestre de diuerses manieres, pour la trouuer meilleure, et celle qui me sembloit la plus agreable, estoit la Neintahouy ; puis l’Eschionque. La Neintahouy se faict en cette façon ; les femmes font rostir quantité d’espics de bled, auant qu’il soit entierement meur, les tenans appuyez contre vn baston couché sur deux pierres deuant le feu, et les retournent de costé et d’autre, iusqu’à ce qu’ils soient suffisamment rostis, ou pour auoir plustost faict, elles les mettent et retirent de dedans vn monceau de sable, premierement bien eschauffé d’vn bon feu qui aura esté faict dessus, puis en destachent les grains, et les font encore seicher au Soleil, espandus sur des escorces, après qu’il est assez sec ils le serrent dans vn tonneau, auec le tiers ou le quart de leur Fezole, appellee Ogaressa, qu’ils meslent parmy ; et quand ils en veulent manger ils le font bouillir ainsi entier en leur pot ou chaudiere, qu’ils appellent Anoo, auec vn peu de viande ou de poisson, fraiz ou sec, s’ils en ont.
||139 Pour faire de l’Eschionque, ils font griller dans les cendres de leur foyer, meslées de sable, quantité de bled sec, comme si c’estoient pois, puis ils pilent ce Maiz fort menu, et après auec vn petit vent d’escorce ils en tirent la fine fleur, et cela est l’Eschionque : cette farine se mange aussi bien seiche que cuite en vn pot, ou bien destrempée en eau, tiede ou froide. Quand on la veut faire cuire on la met dans le bouillon, où l’on aura premierement fait cuire quelque viande ou poisson qui y sera demincé, auec quantité de citroüilles, si on veut, sinon dans le bouillon tout clair, et en telle quantité que la Sagamité en soit suffisamment espaisse, laquelle on remuë continuellement auec vne Espatule, par eux appellée Estoqua, de peur qu’elle ne se tienne par morceaux ; et incontinent après qu’elle a vn peu boüilly on la dresse dans les escuelles, auec vn peu d’huile ou de graisse fonduë par-dessus, si l’on en a, et cette Sagamité est fort bonne, et rassasie grandement. Pour le gros de cette farine, qu’ils appellent Acointa, c’est à dire pois (car ils lui donnent le mesme nom qu’à nos pois) ils le font bouillir à part dans l’eau, auec du poisson, s’il y en a, puis le ||140 mangent. Ils font de mesme du bled qui n’est point pilé ; mais il est fort dur à cuire.
Pour la Sagamité ordinaire, qu’ils appellent Ottet, c’est du Maiz cru, mis en farine, sans en séparer ny la fleur ny les pois, qu’ils font boüillir assez clair, auec vn peu de viande ou poisson, s’ils en ont, et y meslent aussi par-fois des citroüilles decoupées par morceaux, s’il en est la saison, et assez souuent rien du tout : de peur que la farine ne se tienne au fond du pot, ils la remuent souuent auec l’Estoqua, puis la mangent ; c’est le potage, la viande et le mets quotidien, et n’y a plus rien à attendre pour le repas ; car lors mesmes qu’ils ont quelque peu de viande ou poisson à départir entr’eux (ce qui arriue rarement, excepté au temps de la chasse ou de la pesche) il est partagé, et mangé le premier, auparauant le potage ou Sagamité.
Pour Leindohy ou bled puant, ce sont grande quantité d’espics de bled, non encore du tout sec et meur, pour estre plus susceptible, à prendre odeur, que les femmes mettent en quelque mare ou eau puante, par l’espace de deux ou trois mois, au bout desquels elles les en retirent, et ||141 cela sert à faire des festins de grande importance, cuit comme la Neintahouy, et aussi en mangent de grillé sous les cendres chaudes, lechans leurs doigts au maniement de ces espics puants, de mesme que si c’estoient cannes de sucre, quoy que le goust et l’odeur en soit tres-puante, et infecte plus que ne font les esgouts mesmes, et ce bled ainsi pourry n’estoit point ma viande, quelque estime qu’ils en fissent, ny ne le maniois pas volontiers des doigts ny de la main, pour la mauuaise odeur qu’il y imprimoit et laissoit par plusieurs iours : aussi ne m’en presenterent-ils plus lors qu’ils eurent recogneu le degoust que i’en auois. Ils font aussi pitance de glands, qu’ils font bouillir en plusieurs eauës pour en oster l’amertume, et les trouuois assez bons : ils mangent aussi d’aucunes fois d’vne certaine escorce de bois cruë, semblable au saulx, de laquelle i’ay mangé à l’imitation des Sauuages ; mais pour des herbes ils n’en mangent point du tout, ny cuites ny cruës, sinon de certaines racines qu’ils appellent Sondhratatte, et autres semblables.
Auparauant l’arriuée des François au pays des Canadiens, et des autres peu-142||ples errans, tout leur meuble n’estoit que de bois, d’escorces ou de pierres ; de ces pierres ils en faisoient des haches et cousteaux, et du bois et de l’escorce ils en fabriquoient toutes les autres vstensiles et pieces de mesnage, et mesme les chaudieres, bacs ou auges à faire cuire leur viande, laquelle ils faisoient cuire, ou plustost mortifier en cette maniere.
Ils faisoient chauffer et rougir quantité de graiz et cailloux dans vn bon feu, puis les iettoient dans la chaudiere pleine d’eau, en laquelle estoit la viande ou le poisson à cuire, et à mesme temps les en retiraient et en remettoient d’autres en leur place, et à succession de temps l’eauë s’eschauffoit, et cuisoit ainsi aucunement la viande. Mais pour nos Hurons, et autres peuples et nations Sedentaires, ils auoient (comme ils ont encore) l’vsage et l’industrie de faire des pots de terre, qu’ils cuisent en leur foyer, et sont forts bons, et ne se cassent point au feu, encore qu’il n’y ait point d’eau dedans ; mais ils ne peuuent aussi souffrir long-temps d’humidité et l’eau froide, qu’ils ne s’attendrissent et cassent au moindre heurt qu’on leur donne, autrement ils durent fort ||143 long-temps. Les Sauuagesses les font, prenant de la terre propre, laquelle ils nettoyent et pestrissent tres-bien, y meslans parmi un peu de graiz, puis la masse estant reduite comme une boule, elles y font un trou auec le poing, qu’ils agrandissent tousiours, en frappant par dedans auec une petite palette de bois, tant et si long temps qu’il est necessaire pour les parfaire : ces pots sont faits sans pieds et sans ances, et tous ronds comme vne boule, excepté la gueule qui sort vn peu en dehors.
Chapitre IX.
e grand Philosophe Platon cognoissant le
dommage que le vin apporte à l’homme,
disoit qu’en partie les dieux l’auoient enuoyé
çà-bas pour faire punition des hommes,
et prendre vengeance de leurs offences, les faisans
(après qu’ils sont yures) tuer et occire l’vn
l’autre.
||144 Quand quelqu’vn de nos Hurons veut faire festin à ses amys, il les enuoye inuiter de bonne heure, comme l’on faict icy ; mais personne ne s’excuse entr’eux, et tel sort d’vn festin, qui du mesme pas s’en va à vn autre ; car ils tiendroient à affront d’estre esconduits, s’il n’y auoit excuse vrayement legitime. Le monde estant inuité, on met la chaudiere sur le feu, grande ou petite, selon le nombre des personnes qu’on doit auoir : tout estant cuit et prest à dresser, on va diligemment aduertir ses gens de venir, leur disans à leur mode, Saconcheta, Saconcheta, c’est à dire, venez au festin, venez au festin (qui est vn mot qui ne deriue point pourtant du mot de festin, car Agochin, entr’eux, veut dire festin) lesquels s’y en vont à mesme temps, et y portent grauement chacun deuant soy en leurs deux mains, leur escuelle et la cueillier dedans : que si c’estoient Algoumequins qui fissent le festin, les Hurons y porteroient chacun vn peu de farine dans leurs escuelles, à raison que ces Aquanaques en sont pauures et disetteux. Entrans dans la Cabane, chacun s’assied sur les Nattes de costé et d’autre de la Cabane, les hommes au haut bout, et les femmes et enfans ||145 plus bas tout de suite. Estans tous entrez on dit les mots, apres lesquels il n’est loisible à personne d’y plus entrer, fust-il vn des conuiez ou non, ayans opinion que cela apporteroit mal-heur, ou empescheroit l’effect du festin, lequel est tousiours faict à quelque intention, bonne ou mauuaise.
Les mots du festin sont, Nequarré, la chaudiere est cuite (prononcez hautement et distinctement par le Maistre du festin, ou par vn autre deputé par luy), tout le monde respond, Ho, et frappent du poing contre terre, Gagnenon Youry, il y a vn chien de cuit : si c’est du cerf, ils disent, Sconoton Youry, et ainsi des autres viandes, nommant l’espece ou les choses qui sont dans la chaudiere les vnes apres les autres, et tous respondent Ho à chaque chose, puis frappent et donnent du poing contre terre, comme demonstrans et approuuans la valeur d’vn tel festin : cela estant dict, ceux qui doiuent seruir, vont de rang en rang prendre les escuelles d’vn chacun, et les emplissent du broüet avec leurs grandes cueilliers, et recommencent et continuent tousiours à remplir, tant que la chaudiere soit vuide, il faut ||146 aussi que chacun mange ce qu’on luy donne, et s’il ne le peut, pour estre trop saoul, il faut qu’il se rachete de quelque petit present enuers le Maistre du festin, et auec cela il faut qu’il fasse acheuer de vuider son escuelle par vn autre, tellement qu’il s’y en trouue qui ont le ventre si plein, qu’ils ne peuuent presque respirer.
Apres que tout est faict, chacun se retire sans boire ; car on n’en presente iamais si on n’en demande particulierement, ce qui arriue fort rarement ; aussi ne mangent-ils rien de trop salé ou espicé, qui les peust prouoquer à boire de l’eau, qu’ils ont pour toute boisson, ce qui est vn grand bien, pour euiter les dissolutions, noises et querelles que le vin, ou autre boisson enyvrante leur pourroit causer, comme à beaucoup de nos beuueurs et yurongnes : car ils ont cela par-dessus eux, qu’ils sont plus retenus et graues, auec vn peu de superbe pourtant, vont aux festins d’vn pas modeste, et representans des Magistrats, s’y comportent auec la mesme modestie et silence ; et s’en retournent en leurs maisons et cabanes avec la mesme sagesse : de maniere que vous diriez voir en ces Messieurs-là, les vieillards ||147 de l’ancienne Lacedemone, allans à leur broüet.
Ils font quelquesfois des festins où l’on ne prend rien que du petun, auec leur pipe ou calumet, qu’ils appellent Anondahoin : et en d’autres où l’on ne mange rien que du pain ou foùasse pour tout mets, et pour l’ordinaire ce sont festins de songeries, ou qui ont esté ordonnez par le Medecin ; les songes resueries et ordonnances duquel sont tellement bien obseruées, qu’ils n’en obmettroient pas vn seul iota, qu’ils n’y fassent toutes les façons, pour l’opinion et croyance qu’ils y ont. Aucunesfois il faut que tous ceux qui sont au festin soient à plusieurs pas l’vn de l’autre, sans s’entre-toucher. Autresfois quand les festinez sortent, l’adieu et remerciement qu’ils doiuent faire, est vne laide grimace au Maistre du festin, ou au malade, à l’intention duquel le festin aura esté faict. À d’autres il ne leur est permis de lascher du vent 24. heures, dans lequel temps s’ils faisoient au contraire, ils se persuaderoient qu’ils mourroient, tant ils sont ridicules et superstitieux à leurs songes, quoy qu’ils mangent de l’Andataroni, c’est à dire fouasse ou galette, qui sont choses fort venteu-148||ses. Quelquefois il faut qu’apres qu’ils sont bien saouls, et ont le ventre bien plein, qu’ils rendent gorge, et reuomissent aupres d’eux tout ce qu’ils ont mangé, ce qu’ils font facilement. Ils en font de tant d’autres sortes, et de si impertinents, que cela seroit ennuyeux à lire, et trop long à escrire ; c’est pourquoy ie m’en deporte, et me contente de ce que i’en ay escrit, pour contenter aucunement les plus curieux des ceremonies estrangeres.
De quelque animal que se fasse le festin, la teste entiere est tousiours donnée et presentée au principal Capitaine, ou à vn autre des plus vaillans de la trouppe, à la volonté du Maistre du festin, pour tesmoigner que la vaillance et la vertu sont en estime ; comme nous remarquons chez Homere aux festins des Heros, qu’on leur enuoyait quelque piece de bœuf pour honorer leur vertu, ce qui semble estre un temoignage tiré de la Nature, puisque ce que nous trouuons auoir esté pratiqué és festins solennels des Grecs, peuples polis, se rencontre en ces Sauuages, par l’inclination de la Nature, sans cette politesse.
Pour les autres conuiez, qui sont de ||149 moindre consideration, si la beste est grosse, comme d’vn Ours, d’vn Eslan, d’vn Esturgeon, ou bien de quelque homme de leurs ennemis, chacun a vn morceau du corps, et le reste est demincé dans le broüet pour le rendre meilleur. C’est aussi la coustume que celuy qui faict le festin ne mange point pendant iceluy ; ains petune, chante, ou entretient la compagnie de quelques discours : l’y en ay veu quelques-vns manger, contre leur coustume, mais peu souuent.
Et pour dresser la ieunesse à l’exercice des armes, et à les rendre recommandables par le courage et la prouesse qu’ils estiment grandement, ils ont accoustumé de faire des festins de guerre, et de resiouyssance, ausquels les vieillards mesmes, et les ieunes hommes à leur exemple, les vns apres les autres, ayans une hache en main, ou quelqu’autre instrument de guerre, font des merueilles de s’escrimer et combattre d’un bout à l’autre de la place où se faict le festin, comme si en effect ils estoient aux prises auec l’ennemy : et pour s’exciter et esmouuoir encore dauantage à cet exercice, et faire voir que dans l’occasion ils ne manqueraient pas de courage ; ||150 ils chantent d’vn ton menaçant et furieux, des iniures, imprecations et menaces contre leurs ennemis, et se promettent vne entiere victoire sur eux. Si c’est vn festin de victoire et de resiouyssance, ils chantent d’vn ton plus doux et agreable, les louanges de leurs braues Capitaines qui ont bien tué de leurs ennemis, puis se rassoient, et vn autre prend la place, iusqu’à la fin du festin.
Chapitre X.
os Sauuages, et generalement tous les
peuples des Indes Occidentales, ont de
tout temps l’vsage des dances ; mais ils
l’ont à quatre fins : ou pour agreer à leurs
Demons, qu’ils pensent leur faire du bien, ou pour
faire feste à quelqu’vn, ou pour se resiouyr de quelque
signalée victoire, ou pour preuenir et guerir les maladies
et infirmitez qui leur arriuent.
151|| Lorsqu’il se doit faire quelques dances, nuds, ou couuerts de leurs brayers, selon qu’aura songé le malade, ou ordonné le Medecin, ou les Capitaines du lieu, le cry se faict par toutes les rues de la ville ou du village, aduertissant et inuitant les ieunes gens de s’y porter au iour et heure ordonnez, le mieux matachié et paré qu’il leur sera possible, ou en la maniere qu’il aura esté ordonné, et qu’ils prennent courage, que c’est pour vne telle intention, nommant le suiet de la dance : ceux des villages circonuoysins ont le mesme aduertissement, et sont aussi priez de s’y trouuer, comme ils font, à la volonté d’vn chacun : car l’on n’y contraint personne.
Cependant on dispose vne des plus grandes Cabanes du lieu, et là estans tous arriuez, ceux qui ne sont là que pour estre spectateurs, comme les vieillards, les vieilles femmes et les enfans se tiennent assis sur les nattes contre les establies, et les autres au dessus, du long de la Cabane, puis deux Capitaines estant debout, chacun vne Tortuë en la main (de celles qui seruent à chanter et souffler les malades) chantent ainsi au milieu de la dance, vne chanson, à laquelle ils accordent le son ||152 de leur Tortuë ; puis estant finie ils font tous vne grande acclamation disans, Héééé, puis en recommencent vne autre, ou repetent la mesme iusques au nombre des reprises qui auront esté ordonnées, et n’y a que ces deux Capitaines qui chantent, tout le reste dit seulement, Het, het, het, comme quelqu’un qui aspire avec vehemence : et puis tousiours à la fin de chaque chanson vne haute et longue acclamation, disans Héééé.
Toutes ces dances se font en rond, du moins en oualle, selon la longueur et largeur des Cabanes ; mais les danceurs ne se tiennent point par la main comme par deçà, ains ils ont tous les poings fermez ; les filles les tiennent l’vn sur l’autre, esloignez de leur estomach, et les hommes les tiennent aussi fermez, esleuez en l’air, et de toute autre façon, en la maniere d’vn homme qui menace, auec mouuement et du corps et des pieds, leuans l’vn et puis l’autre, desquels ils frappent contre terre à la cadence des chansons, et s’esleuans comme en demy-sauts, et les filles branslans tous le corps, et les pieds de mesme se retournent au bout de quatre ou cinq petits pas, vers celuy ou celle qui les suit, ||153 pour lui faire la reverence d’vn hochement de teste. Et ceux ou celles qui se demeinent le mieux, et font plus à propos toutes les petites chimagrées, sont estimez entr’eux les meilleurs danceurs, c’est pourquoy ils ne s’y espargnent pas.
Ces dances durent ordinairement vne, deux et trois apres-disnées, et pour n’y receuoir d’empeschement à y bien faire leur deuoir, quoy que ce soit au plus fort de l’hyuer, ils n’y portent iamais autres vestemens ou couuertures que leurs brayers, pour couurir leur nudité, si ainsi il est permis, comme il l’est ordinairement, sinon que pour quelqu’autre suiet il soit ordonné de les mettre bas, n’oublians neantmoins iamais leurs colliers, oreillettes et brasselets, et de se peinturer par-fois ; comme au cas pareil les hommes se parent de colliers, plumes, peintures et autres fatras, dont i’en ai veu estre accommodez en Mascarades ou Caresme-prenans, ayans vne peau d’Ours qui leur couuroit tout le corps, les oreilles dressées au haut de la teste, et la face couuerte, excepté les yeux, et ceux-cy ne seruoient que de portiers ou bouffons, et ne se mesloient dans la dance que par interualle, à cause qu’ils ||154 estoient destinez à autre chose. Ie vis vn iour vn de ces bouffons entrer processionnellement dans la Cabane où se deuoit faire la dance, auec tous ceux qui estoient de la feste, lequel portant sur ses espaules vn grand chien lié et garotté par les pattes et le museau, le prit par les deux jambes de derriere au milieu de la Cabane, et le rua contre terre par plusieurs fois, iusqu’à ce qu’estant mort il le fist prendre par vn autre, qui l’alla apprester dans vne autre Cabane pour le festin à l’issuë de la dance.
Si la dance est ordonnée pour vne malade, à la troisiesme ou derniere apres-disnée, s’il est trouué expedient, ou ordonné par Loki, elle y est portée, et en l’vne des reprises ou tour de chanson on la porte, en la seconde on la faict vn peu marcher et dancer, la soustenant par sous les bras : et à la troisiesme, si la force lui peut permettre, ils la font vn peu dancer d’elle-mesme, sans ayde de personne, luy criant cependant tousiours à pleine teste, Etsagon outsahonne, achieteq anatetsence, c’est à dire : prend courage femme, et tu seras demain guerie, et après les dances finies ceux qui sont destinés pour le festin y ||155 vont, et les autres s’en retournent en leurs maisons.
Il se fit vn iour vne dance de tous les ieunes hommes, femmes et fille toutes nues en la presence d’vne malade, à laquelle il fallut (traict que je ne scay commen excuser, ou passer sous silence) qu’vn de ces ieunes hommes luy pissast dans la bouche, et qu’elle auallast et beust cette eau, ce qu’elle fit avec un grand courage, esperant en receuoir guerîson : car elle-mesme desira que le tout se fit de la sorte, pour accomplir et ne rien obmettre du songe qu’elle en avoit eu : que si pendant leur songe ou resuerie il leur vient encore en la pensée qu’il faut qu’on leur fasse present d’vn chien noir ou blanc, ou d’vn grand poisson pour festiner, ou bien de quelque chose à autre vsage, à mesme temps le cry en est faict par toute la ville, afin que si quelqu’vn a vne telle chose qu’on specifie, qu’il en fasse present à vn tel malade, pour le recouurement de sa santé : ils sont si secourables qu’ils ne manquent point de la trouuer, bien que la chose soit de valeur ou d’importance entr’eux ; aymans mieux souffrir et auoir disette des choses, que de manquer au besoin à vn malade ; ||156 et pour exemple, le Père Ioseph auoit donné vn chat à vn grand Capitaine, comme vn present tres-rare (car ils n’ont point de ces animaux). Il arriua qu’vne malade songea que si on lui auoit donné ce chat qu’elle seroit bien-tost guerie. Ce Capitaine en fut aduerty, qui aussi tost luy enuoye son chat bien qu’il l’aymast grandement, et sa fille encore plus, laquelle se voyant priuée de cet animal, qu’elle aymoit passionnement, en tombe malade, et meurt de regret, ne pouuant vaincre et surmonter son affection, bien qu’elle ne voulust manquer au secours et ayde de son prochain. Trouuons beaucoup de Chrestiens qui vueillent ainsi s’incommoder pour le seruice des autres, et nous en louerons Dieu.
Pour recouurer nostre dé à coudre, qui nous auoit esté desrobé par vn ieune garçon, qui depuis le donna à vne fille, ie fus au lieu où se faisoient les dances, et ne manquay point de l’y remarquer, et le r’auoir de la fille qui l’auoit pendu à sa ceinture, auec ses autres matachias, et en attendant l’issuë de la dance, le me fis repeter par un Sauuage vne des chansons qui s’y disoient, dont en voicy vne partie que i’ay icy escrite.
157|| Ongyata éuhaha ho ho ho ho ho,
Eguyotonuhaton on on on on on
Eyontara éientet onnet onnet onnet
Eyontara éientet à à à onnet, onnet, onnet, ho ho ho.
Ayant escrit ce petit eschantillon d’vne chanson Huronne, i’ay creu qu’il ne seroit pas mal à propos de descrire encore icy vne partie de quelque chanson, qui se disoit un iour en la Cabane du grand Sagamo des Souriquois, à la loüange du Diable qui leur auoit indiqué de la chasse, ainsi que nous apprist vn François qui s’en dist tesmoin auriculaire, et commence ainsi.
Haloet ho ho hé hé ha ha haloet ho ho h,
ce qu’ils chantent par plusieurs fois : le chant est sur ces notes,
Re fa sol sol re sol sol fa fa re re sol sol fa fa.
Vne chanson finie, ils font tous vne grande exclamation, disans hé. Puis recommencent vne autre chanson, disans,
Egrigna hau, egrigna hé hé hu hu ho ho ho, égrigna hau hau hau.
Le chant de cette-cy estoit : Fa fa fa, sol sol, fa fa, re re, sol sol, fa fa fa, re, fa fa, sol sol, fa. Ayans faict l’exclamation accoustumée, ils en commencerent vne autre qui chan-158||toit : Tameia alleluia, tameia à dou veni, hau hau, hé hé. Le chant en estoit : Sol sol sol, fa fa, re re re, fa fa, sol sol sol, fa fa, re re.
Les Brasiliens en leurs Sabats, font aussi de bons accords, comme : hé hé hé hé hé hé hé hé hé hé, auec cette note, fa fa sol fa fa sol sol sol sol sol. Et cela faict s’escrioyent d’vne façon et hurlement espouuentable l’espace d’vn quart d’heure, et sautoient en l’air auec violence, iusqu’à en escumer par la bouche, puis recommencerent la musique, disans ; Heu heùraùre heùra heùraùre heùra heùra ouek. La note est : Fa mi re sol sol sol fa mi re mi re mi ut re.
Dans le pays de nos Huron, il se faict aussi des assemblées de toutes les filles d’vn bourg auprés d’vne malade, tant à sa priere, suyuant la resuerie ou le songe qu’elle en aura euë, que par l’ordonnance de Loki, pour sa santé et guerison. Les filles ainsi assemblées, on leur demande à toutes, les vnes apres les autres, celuy qu’elles veulent des ieunes hommes du bourg pour dormir auec elles la nuict prochaine : elles en nomment chacune vn, qui sont aussi tost aduertis par les Maistres de ceremonie, lesquels viennent tous au soir en la presence de la malade, ||159 dormir auec celle qui l’a choysi, d’vn bout à l’autre de la Cabane, et passent ainsi toute la nuict pendant que deux Capitaines aux deux bouts du logis chantent et sonnent de leur Tortuë du soir au lendemain matin, que la ceremonie cesse. Dieu vueille abolir vne si damnable et mal-heureuse ceremonie, auec toutes celles qui sont de mesme aloy, et que les François qui les fomentent par leurs mauuois exemples, ouurent les yeux de leur esprit pour voir le compte tres-estroict qu’ils en rendront un iour deuant Dieu.
Chapitre XI.
ovs lisons, que Cesar loüait grandement
les Allemans, d’auoir eu en leur ancienne
vie sauuage telle continence, qu’ils reputoient
chose tres-vilaine à vn ieune homme,
d’auoir la compagnie d’vne femme ou fille auant
l’aage de vingt ans. Au contraire des garçons et ieunes
hommes de ||160 Canada, et particulierement du pays
de nos Hurons, lesquels ont licence de s’adonner au
mal si tost qu’ils peuuent, et les ieunes filles de se prostituer
si tost qu’elles en sont capables, voir mesme
les peres et meres sont souuent maquereaux de leurs
propres filles : bien que ie puisse dire auec verité,
n’y auoir iamais veu donner un seul baiser, ou faire
aucun geste ou regard impudique : et pour cette raison
i’ose affirmer qu’ils sont moins suiets à ce vice
que par deçà, dont on peut attribuer la cause, partie
à leur nudité, et principalement de la teste, partie
au defaut des espiceries, du vin, et partie à l’vsage
ordinaire qu’ils ont du petun, la fumée duquel estourdit
les sens, et monte au cerueau.
Plusieurs ieunes hommes au lieu de se marier, tiennent et ont souuent des filles à pot et à feu, qu’ils appellent non femmes Aténonha, par ce que la ceremonie du mariage n’en a point esté faicte ; ains Asqua, c’est à dire compagne, ou plustost concubine, et viuent ensemble pour autant longtemps qu’il leur plaist, sans que cela empesche le ieune homme ou la fille, d’aller uoir par-fois leurs autres amis ou amies 161|| librement, et sans crainte de reproche ny blasme, telle estant la coustume du pays.
Mais leur premiere ceremonie du mariage est ; Que quand vn ieune homme veut auoir vne fille en mariage, il faut qu’il la demande à ses pere et mere, sans le consentement desquels la fille n’est point à luy (bien que le plus souuent la fille ne prend point leur consentement et aduis, sinon les plus sages et mieux aduisées). Cet amoureux voulant faire l’amour à sa maistresse, et acquerir ses bonnes graces, se peinturera le visage, et s’accommodera des plus beaux Matachias qu’il pourra auoir, pour sembler plus beau, puis presentera à la fille quelque collier, brasselet ou oreillette de Pourcelaine : si la fille a ce seruiteur agreable, elle reçoit ce present, cela faict, cet amoureux viendra coucher auec elle trois ou quatre nuicts, et iusques là il n’y a encore point de mariage parfait, ny de promesse donnée, pource qu’apres ce dormir il arriue assez souuent que l’amitié ne continue point, et que la fille, qui pour obeyr à son pere, a souffert ce passe-droit, n’affectionne pas pour cela ce seruiteur, et faut par apres qu’il se retire sans passer ou-162||tre, comme il arriua de nostre temps à vn Sauuage, enuers la seconde fille du grand Capitaine de Quieunonascaran, comme le pere de la fille mesme s’en plaignoit à nous, voyant l’obstination de sa fille à ne vouloir passer outre à la derniere ceremonie du mariage, pour n’auoir ce seruiteur agreable.
Les parties estans d’accord, et le consentement des pere et mere estant donné, on procede à la seconde ceremonie du mariage en cette maniere. On dresse vn festin de chien, d’ours, d’eslan, de poisson ou d’autres viandes qui leur sont accommodées, auquel tous les parens et amis des accordez sont inuitez. Tout le monde estant assemblé, et chacun en son rang assis sur son seant, tout à l’entour de la Cabane ; Le pere de la fille, ou le maistre de la ceremonie, à ce deputé, dict et prononce hautement et intelligiblement deuant toute l’assemblee, comme tels et tels se marient ensemble, et qu’à cette occasion a esté faicte cette assemblée et ce festin d’ours, de chien, de poisson, etc., pour la resiouyssance d’vn chacun, et la perfection d’vn si digne ouurage. Le tout estant approuué, et la chaudiere nette, chacun se ||163 retire, puis toutes les femmes et filles portent à la nouuelle mariée, chacune vn fardeau de bois pour sa prouision, si elle est en saison qu’elle ne le peust faire commodement elle-mesme.
Or, il faut remarquer qu’ils gardent trois degrez de consanguinité, dans lesquels il n’ont point accoustumé de faire mariage : sçauoir est, du fils auec sa mere, du pere auec sa fille, du frere auec sa sœur, et du cousin auec sa cousine ; comme le recogneus appertement vn iour, que ie monstray vne fille à vn Sauuage, et luy demanday si c’estoit là sa femme ou sa concubine, il me respondit que non, et qu’elle estoit sa cousine, et qu’ils n’auoient pas accoustumé de dormir auec leurs cousines ; hors cela toutes choses sont permises. De douaire il ne s’en parle point, aussi quand il arriue quelque diuorce, le mary n’est tenu de rien.
Pour la vertu et les richesses principales que les pere et mere desirent de celui qui recherche leur fille en mariage, est, non seulement qu’il ait vn bel entre gent, et soit bien matachié et enjoliué ; mais il faut outre cela, qu’il se monstre vaillant à la chasse, à la guerre et à la pesche, et qu’il ||164 sçache faire quelque chose, comme l’exemple suyuant le monstre.
Vn Sauuage faisoit l’amour à vne fille, laquelle ne pouuant auoir du gré et consentement du pere, il la rauit, et la prit pour femme. Là dessus grande querelle, et enfin la fille luy est enleuée, et retourne auec son pere : et la raison pourquoy le pere ne vouloit que ce Sauuage eust sa fille, estoit, qu’il ne la vouloit point bailler à vn homme qui n’eust quelque industrie pour la nourrir, et les enfans qui prouiendroient de ce mariage. Que quant à luy il ne voyoit point qu’il sceust rien faire, qu’il s’amusoit à la cuisine des François, et ne s’exerçoit point à chasser : le garçon pour donner preuue de ce qu’il sçauoit par effect, ne pouuant autrement r’auoir la fille, va à la chasse (du poisson) et en prend quantité, et apres cette vaillantise, la fille luy est rendue, et la reconduit en sa Cabane, et firent bon mesnage par ensemble, comme ils auoient faict par le passé.
Que si par succession de temps il leur prend enuie de se separer pour quelque suiet que ce soit, ou qu’ils n’ayent point d’enfans, ils se quittent librement, le mary ||165 se contentant de dire à ses parens et à elle, qu’elle ne vaut rien, et qu’elle se pouruoye ailleurs, et dés lors elle vit en commun auec les autres, iusqu’à ce que quelqu’autre la recherche ; et non seulement les hommes procurent ce diuorce, quand les femmes leur en ont donné quelque suiet ; mais aussi les femmes quittent facilement leurs marys, quand ils ne leur agreent point : d’où il arriue souuent que telle passe ainsi sa ieunesse, qui aura eu plus de douze ou quinze marys, tous lesquels ne sont pas neantmoins seuls en la iouyssance de la femme, quelques mariez qu’ils soient : car la nuict venue les ieunes femmes et filles courent d’vne Cabane à autre, comme font, en cas pareil, les ieunes hommes de leur costé, qui en prennent par où bon leur semble, sans aucune violence toutefois, remettant le tout à la volonté de la femme. Le mary fera le semblable à sa voysine, et la femme à son voysin, aucune jalousie ne se mesle entr’eux pour cela, et n’en reçoiuent aucune honte, infamie ou des-honneur.
Mais lorsqu’ils ont des enfans procreez de leur mariage, ils se separent et quittent rarement, et que ce ne soit pour vn grand ||166 suiet, et lors que cela arriue, ils ne laissent pas de se remarier à d’autres, nonobstant leurs enfans, desquels ils font accord à qui les aura, et demeurent d’ordinaire au pere, comme i’ay veu à quelques-vns, excepté à vne ieune femme, à laquelle le mary laissa vn petit fils au maillot, et ne sçay s’il ne l’eust point encore retiré à soy, apres estre sevré, si leur mariage ne se fust r’accommodé, duquel nous fusmes les intercesseurs pour les remettre ensemble et apaiser leur debat, et firent à la fin ce que nous leur conseillasmes, qui estoit de se pardonner l’vn l’autre, et de continuer à faire bon mesnage à l’aduenir, ce qu’ils firent.
Vne des grandes et plus fascheuses importunitez qu’ils nous donnoient au commencement de nostre arriuée en leur pays, estoit leur continuelle poursuite et prieres de nous marier, ou du moins de nous allier auec eux, et ne pouuoient comprendre nostre maniere de vie Religieuse : à la fin ils trouuerent nos raisons bonnes, et ne nous en importunerent plus, approuuans que ne fissions rien contre la volonté de nostre bon Pere Iesvs ; et en ces poursuites les femmes et filles estaient, ||167 sans comparaison, pires et plus importunes que les hommes mesmes, qui venoient nous prier pour elles.
ont enuers leurs enfans.
Chapitre XII.
onobstant que les femmes se donnent
carriere auec d’autres qu’auec leurs marys,
et les marys auec d’autres qu’auec leurs
femmes, si est-ce qu’ils ayment tous grandement
leurs enfans, gardans cette Loy que la Nature
a entée és cœurs de tous les animaux, d’en auoir le
soin. Or ce qui faict qu’ils ayment leurs enfans plus
qu’on ne faict par deçà (quoy que vitieux et sans
respect) c’est qu’ils sont le support des peres en leur
vieillesse, soit pour les ayder à viure, ou bien pour
les deffendre de leurs ennemis, et la Nature conserue
en eux son droict ||168 tout entier pour ce regard : à
quoy ce qu’ils souhaitent le plus, c’est d’auoir nombre
d’enfans, pour estre tant plus forts, et asseurez de
support au temps de la vieillesse, et neantmoins les
femmes n’y sont pas si fecondes que par-deçà : peut-estre
tant à cause de leur lubricité que du choix de
tant d’hommes.
La femme estant accouchée, suyuant la coustume du pays, elle perce les oreilles de son enfant auec vne aleine, ou vn os de poisson, puis y met vn tuyau de plume, ou autre chose, pour entretenir le trou, et y pendre par apres des patinotres de Pourceleine, ou autre bagatelle, et pareillement à son col, quelque petit qu’il soit. Il y en a aussi qui leur font encore aualler de la graisse ou de l’huile, si tost qu’ils sont sortis du ventre de leur mère ; ie ne sçay à quel dessein ny pourquoy, sinon que le Diable (singe des œuures de Dieu) leur ait voulu donner cette inuention, pour contre-faire en quelque chose le sainct Baptesme, ou quelqu’autre Sacrement de l’Eglise.
Pour l’imposition des noms, ils les donnent par tradition, c’est à dire, qu’ils ont ||169 des noms en grande quantité, lesquels ils choisissent et imposent à leurs enfans : aucuns noms sont sans significations, et les autres auec signification, comme Yocoisse, le vent, Ongyata, signifie la gorge, Tochingo, gruë, Sondaqua, aigle, Scouta, la teste, Tonra, le ventre, Taïhy, vn arbre, etc. l’en ay veu vn qui s’appeloit Ioseph ; mais ie n’ay pu sçauoir qui luy auoit imposé ce nom-là, et peut-estre que parmy vn si grand nombre de noms qu’ils ont, il s’y en peut trouuer quelques-vns approchans des nostres.
Les anciennes femmes d’Allemaigne sont loüées par Tacite, d’autant que chacune nourrissoit ses enfans de ses propres mamelles, et n’eussent voulu qu’vne autre qu’elles les eust allaictez. Nos Sauuagesses, auec leurs propres mamelles, allaictent et nourrissent aussi les leurs, et n’ayant point l’vsage ny la commodité de la boüillie, elles leur baillent encore des mesmes viandes desquelles elles vsent, apres les auoir bien maschées, et ainsi peu à peu les esleuent. Que si la mere vient à mourir auant que l’enfant soit sevré, le pere prend de l’eau, dans laquelle aura tres-bien boüilly du bled d’Inde, et en emplit sa ||170 bouche, et ioignant celle de l’enfant contre la sienne, luy faict receuoir et aualer cette eauë, et c’est pour suppleer au deffaut de la mamelle et de la boüillie, ainsi que i’ay vue pratiquer au mary de nostre Sauuagesse baptizée. De la mesme inuention se seruent aussi les Sauuagesses, pour nourrir les petits chiens, que les chiennes leur donnent, ce que ie trouuois fort maussade et vilain, de ioindre ainsi à leur bouche le museau des petits chiens, qui ne sont pas souuent trop nets.
Durant le iour ils emmaillottent leurs enfans sur vne petite planchette de bois, où il y a à quelquesvnes vn arrest ou petit aiz plié en demy rond au dessous des pieds, et la dressent debout contre le plancher de la Cabane, s’ils ne les portent promener auec cette planchette derrière leur dos, attachée auec vn collier qui leur prend sur leur front, ou que hors du maillot ils ne les portent enfermez dans leur robe ceinte deuant eux, ou derriere le dos presque tous droits, la teste de l’enfant dehors, qui regarde d’vn costé et d’autre par dessus les espaules de celle qui le porte.
L’enfant estant emmaillotté sur cette ||171 planchette, ordinairement enjoliuée de petits Matachias et Chapelets de Pourceleine, ils luy laissent vne ouuerture deuant la nature, par où il faict son eau, et si c’est vne fille, ils y adioustent vne feuille de bled d’Inde renuersée, qui sert à porter l’eau dehors, sans que l’enfant soit gasté de ses eauës, et au lieu de lange (car ils n’en ont point) ils mettent sous-eux du duuet fort doux de certains roseaux, sur lesquels ils sont couchez fort mollement, et les nettoyent du mesme duuet ; et la nuict ils les couchent souuent tous nuds entre le pere et la mere, sans qu’il en arriue, que tres-rarement, d’accident. I’ay veu en d’autres Nations, que pour bercer et faire dormir l’enfant, ils le mettent tout emmaillotté dans vne peau, qui est suspenduë en l’air par les quatre coins, aux bois et perches de la Cabane, à la façon que sont les licts de reseau des Matelots sous le Tillac des nauires, et voulans bercer l’enfant ils n’ont que fois à autre à donner vn bransle à cette peau ainsi suspendue.
Les Cimbres mettoient leurs enfans nouueaux naiz parmy les neiges, pour les endurcir au mal, et nos Sauuages n’en ||172 font pas moins ; car ils les laissent non seulement nuds parmy les Cabanes ; mais mesmes grandelets ils se veautrent, courent et se ioüent dans les neiges, et parmy les plus grandes ardeurs de l’esté, sans en receuoir aucune incommodité, comme i’ay veu en plusieurs, admirant que ces petits corps tendrelets puissent supporter (sans en estre malades) tant de froid et tant de chaud, selon le temps et la saison. Et de là vient qu’ils s’endurcissent tellement au mal et à la peine, qu’estans deuenus grands, vieils et chenus, ils restent tousiours forts et robustes, et ne ressentent presque aucune incommodité ny indisposition, et mesmes les femmes enceintes sont tellement fortes, qu’elles s’accouchent d’elles-mesmes, et n’en gardent point la chambre pour la pluspart. I’en ay veu arriuer de la forest, chargées d’vn gros faisseau de bois, qui accouchoient aussi-tost qu’elles estoient arriuées, puis au mesme instant sus pieds, à leur ordinaire exercice.
Et pour ce que les enfans d’vn tel mariage ne se peuuent asseurer legitimes, ils ont cette coustume entr’eux, aussi bien qu’en plusieurs autres endroicts des Indes ||173 Occidentales, que les enfans ne succedent pas aux biens de leur pere ; ains ils font successeurs et heritiers les enfans de leurs propres sœurs, et desquels ils sont asseurez estre de leur sang et parentage, et neantmoins encore les ayment-ils grandement, nonobstant le doute qu’ils soient à eux, et que ce soient de tres-mauuais enfans pour la pluspart, et qu’ils leur portent fort peu de respect, et gueres plus d’obeyssance : car le mal-heur est en ces pays là, qu’il n’y a point de respect des ieunes aux vieils, ny d’obeissance des enfans enuers les peres et meres, aussi n’y a-il point de chastiment pour faute aucune ; c’est pourquoy tout le monde y vit en liberté, et chacun faict comme il l’entend, et les peres et meres, faute de chastier leurs enfans, sont souvent contraincts souffrir d’estre iniuriez d’eux, et par-fois battus et esuentez au nez. Chose trop indigne et qui ne sent rien moins que la beste brute ; le mauuais exemple, et la mauuaise nourriture, sans chastiment et correction, est cause de tout ce desordre.
Chapitre XIII.
’exercice ordinaire et journalier des jeunes
garçons, n’est autre qu’à tirer de l’arc, à
darder la flesche, qu’ils font bondir et
glisser droict quelque peu par-dessus le
paué : joüer auec des bastons courbez, qu’ils font
couler par-dessus la neige, et crosser vne balle de
bois leger, comme l’on faict en nos quartiers, apprendre
à ietter la fourchette auec quoy ils harponnent
le poisson, et s’addonnent à autres petits
jeus et exercices, puis se trouuer à la Cabane aux
heures des repas, ou bien quand ils ont faim. Que si
vne mere prie son fils d’aller à l’eau, au bois, ou de
faire quelqu’autre semblable seruice de mesnage, il
lui respond que c’est vn ouurage de fille, et n’en faict
rien : que si par-fois nous obtenions d’eux semblables
seruices, c’estoit à condition qu’ils auraient
tousiours entrée en nostre Cabane, ou pour quelque
espingle, plu-175||me, ou autre petite chose à se parer,
dequoy ils estoient fort-contens, et nous aussi, pour
ces petits et menus seruices que nous en receuions.
Il y en auait pourtant de malicieux, qui se donnoient le plaisir de couper la corde où suspendoit nostre porte en l’air, à la mode du pays, pour la faire tomber quand on l’ouuriroit, et puis apres le nioyent absolument, ou prenoient la fuite, aussi n’auoüent-ils iamais leurs fautes et malices (pour estre grands menteurs) qu’en lieu où ils n’en craignent aucun blasme ou reproche : car bien qu’ils soient Sauuages et incorrigibles, si sont-ils fort superbes et cupides d’honneur et ne veulent pas estre estimez malicieux ou meschans, quoy qu’ils le soient.
Nous auions commencé à leur apprendre et enseigner les lettres, mais comme ils sont libertins, et ne demandent qu’à ioüer et se donner du bon temps, comme i’ay dict, ils oublioient en trois iours, ce que nous leur auions appris en quatre, faute de continuer, et nous venir retrouuer aux heures que nous leur auions ordonnées, et pour nous dire qu’ils auoient esté empeschez à ioüer, ils en estoient ||176 quittes ; aussi n’estoit-il pas encore à propos de les rudoyer ny reprendre autrement que doucement, et par vne maniere affable les admonester de bien apprendre une science qui leur deuoit tant profiter et apporter du contentement le temps à venir.
De mesme que les petits garçons ont leur exercice particulier, et apprennent à tirer de l’arc les vns auec les autres, si tost qu’ils commencent à marcher, on met aussi vn petit baston entre les mains des petites fillettes, en mesme temps qu’elles commencent de mettre vn pied deuant l’autre, pour les stiler et apprendre de bonne heure à piler le bled, et estans grandelettes elles ioüent aussi à diuers petits ieus auec leurs compagnes, et parmy ces petits esbats on les dresse encore doucement à de petits et menus seruices du mesnage, et aussi quelquefois au mal qu’elles voyent deuant leurs yeux, qui faict qu’estans grandes elles ne valent rien, pour la pluspart, et sont pires (peu exceptées) que les garçons mesmes, se vantans souent du mal qui les deuroit faire rougir ; et c’est à qui fera plus d’amoureux, et si la mere n’en trouue pour soy, elle offre ||177 librement sa fille, et sa fille s’offre d’elle-mesme, et le mary offre aussi aucunes fois sa femme, si elle veut, pour quelque petit present et bagatelle, et y a des Maquereaux et meschans dans les bourgs et villages, qui ne s’addonnent à autre exercice qu’à presenter et conduire de ces bestes aux hommes qui en veulent. Ie louë nostre Seigneur de ce qu’elles prenoient d’assez bonne part nos reprimandes, et qu’à la fin elles commençoient à auoir de la retenuë, et quelque honte de leur dissolution, n’osans plus, que fort rarement, vser de leurs impertinentes paroles en nostre presence, et admiroient, en approuuant l’honnesteté que leur disions estre aux filles de France, ce qui nous donnoit esperance d’vn grand amendement, et changement de leur vie dans peu de temps : si les François qui estaient montez auec nous (pour la pluspart) ne leur eussent dit le contraire, pour pouuoir tousiours iouyr à cœur saoul, comme bestes brutes, de leurs charnelles voluptez, ausquelles ils se veautroient, iusques à auoir en plusieurs lieux des haras de garces, tellement que ceux qui nous deuaient seconder à l’instruction et bon exemple de ce peuple, ||178 estoient ceux-là mesme qui alloient destruisans et empeschans le bien que nous establissions au salut de ces peuples, et à l’aduancement de la gloire de Dieu. Il y en auoit neantmoins quelques-vns de bons, honnestes et bien viuans, desquels nous estions fort contens et bien edifiez ; comme au contraire nous estions scandalisez de ces autres brutaux, athées et charnels, qui empeschoient la conuersion et amendement de ce pauure peuple.
L’vn de nos François ayant esté à la traicte en vne Nation du costé du Nord, tirant à la mine de Cuiure, enuiron cent lieues de nous : il nous dit à son retour y auoir veu plusieurs filles, ausquelles on auoit couppé le bout du nés, selon la coustume de leur pays (bien opposite et contraire à celle de nos Hurons) pour auoir fait bresche à leur honneur, et nous asseura aussi qu’il auoit veu ces Sauuages faire quelque forme de priere, auant que prendre leur repas : ce qui donna au Pere Nicolas et à moy vne grande enuie d’y aller, si la necessité ne nous eust contraincts de retourner en la Prouince de Canada, et de là en France.
portent point de barbe.
Chapitre XIV.
ovtes les Nations et les peuples Americains
que nous auons veus en nostre voyage,
sont tous de couleur bazanée (excepté les
dents qu’ils ont merueilleusement blanches)
non qu’ils naissent tels : car ils sont de mesme nature
que nous ; mais c’est à cause de la nudité, de l’ardeur
du soleil qui leur donne à nud sur le dos, et
qu’ils s’engraissent et oignent assez souuent le corps
d’huile ou de graisse, auec des peintures de diuerses
couleurs qu’ils y appliquent et meslent, pour sembler
plus beaux.
Ils sont tous generalement bien formez et proportionnez de leur corps, et sans difformité aucune, et peux dire auec verité, y auoir veu d’aussi beaux enfans 180|| qu’il y en sçauroit auoir en France. Il n’y a pas mesme de ces gros ventrus, pleins d’humeurs et de graisses, que nous auons par-deçà ; car ils ne sont ny trop gras, ny trop maigres, et c’est ce qui les maintient en santé, et exempts de beaucoup de maladies ausquelles nous sommes suiets : car au dire d’Aristote, il n’y a rien qui conserue mieux la santé de l’homme que la sobrieté, et entre tant de Nations et de monde que i’y ay rencontré, ie n’y ay iamais veu ny aperceu qu’vn borgne, qui estoit des Honqueronons, et vn bon vieillard Huron, qui pour estre tombé du haut d’vne Cabane en bas, s’estoit faict boiteux.
Il ne s’y voit non plus aucun rousseau, ny blond de cheuueux, mais les ont tous noirs (excepté quelques-vns qui les ont chastaignez) qu’ils nourrissent et souffrent seulement à la teste, et non en aucune autre partie du corps, et en ostent mesme tous la cause productiue, ayans la barbe tellement en horreur, que pensans parfois nous faire iniure, nous appelloient Sascoinronte, qui est à dire barbu, tu es vn barbu : aussi croyent-ils qu’elle rend les personnes plus laides, et amoindrit leur ||181 esprit. Et, à ce propos, ie diray qu’vn iour vn Sauuage voyant vn François auec sa barbe, se retournant vers ses compagnons leur dict, comme par admiration et estonnement : O que voylà vn homme laid ! est-il possible qu’aucune femme voulust regarder de bon œil vn tel homme, et luy-mesme estoit vn des plus laids Sauuages de son pays ; c’est pourquoy il auoit fort bonne grace de mespriser ce barbu !
Que si ces peuples ne portent point de barbe, il n’y a de quoy s’esmerueiller, puisque les anciens Romains mesmes, estimans que cela leur seruoit d’empeschement, n’en ont point porté iusques à l’Empereur Adrien, qui premier a commencé à porter barbe. Ce qu’ils reputoient tellement à honneur, qu’vn homme accusé de quelque crime n’auoit point ce priuilege de faire raser son poil, comme se peut recueillir par le tesmoignage d’Aulus Gellius, parlant de Scipion, fils de Paul, et par les anciennes Medailles des Romains et Gaulois, que nous voyons encore à present.
Nos François auoient donné à entendre aux Sauuagesses, que les femmes de ||182 France auoient de la barbe au menton, et leur auoient encore persuadé tout plein d’autres choses, que par honnesteté ie n’escris point icy, de sorte qu’elles estoient fort desireuses d’en voir ; mais nos Hurons ayans veu Madamoiselle Champlain en Canada, ils furent detrompez, et recogneurent qu’en effet on leur en auoit donné à garder. De ces particularitez on peut inferer que nos Sauuages ne sont point velus, comme quelques-vns pourraient penser. Cela appartient aux habitans des Isles Gorgades, d’où le Capitaine Hanno Carthaginois, rapporta deux peaux de femmes toutes velues, lesquelles il mit au Temple de Iuno par grande singularité, et me semble encor’ auoir oüy dire à vne personne digne de foy, d’en auoir veu vne à Paris toute semblable, qu’on y auoit apportée par grande rareté : et de là vient la croyance que plusieurs ont, que tous les Sauuages sont velus, bien qu’il ne soit pas ainsi, et que tres-rarement en trouue-t-on qui le soient.
Il arriua au Truchement des Epicerinys, qu’apres auoir passé deux ans parmy eux, et que pensans le congratuler ils luy dirent : Et bien, maintenant que tu com-183||mences à bien parler nostre langue, si tu n’auois point de barbe, tu aurois desia presque autant d’esprit qu’vne telle Nation, luy en nommant vne qu’ils estimoient auoir beaucoup moins d’esprit qu’eux, et les François auoir encor’ moins d’esprit que cette Nation-là, tellement que ces bonnes gens-là nous estiment de fort petit esprit, en comparaison d’eux : aussi à tout bout de champ, et pour la moindre chose ils vous disent, Téondion, ou Tescaondion, c’est à dire, tu n’as point d’esprit ; Atache, mal-basty. A nous autres Religieux ils nous en disoient autant au commencement ; mais à la fin ils nous eurent en meilleure estime, et nous disoient au contraire : Cachia otindion, vous auez grandement d’esprit : Hoùandate danstan téhondion, et les Hurons n’en ont point ; Arondinhanne, ou Ahondiuoy issa, vous estes gens qui cognoissez les choses d’en-haut et surnaturelles, et n’auoient cette opinion ny croyance des autres François, en comparaison desquels ils estimoient leurs enfans plus sages et de meilleur esprit, tant ils ont bonne opinion d’eux-mesmes, et peu d’estime d’autruy.
Chapitre XV.
ntre toutes ces Nations il n’y en a aucune
qui ne differe en quelque chose, soit
pour la façon de se gouuerner et entretenir, ou pour se vestir et accommoder de
leurs parures, chacune Nation se croyant la plus
sage et mieux aduisée de toutes (car la voye du fol
est tousiours droicte deuant ses yeux dict le Sage).
Et pour dire ce qu’il me semble de quelques-vns, et
lesquels sont les plus heureux ou miserables, ie tiens
les Hurons, et autres peuples Sedentaires, comme la
Noblesse : les Nations Algoumequines pour les
Bourgeois, et les autres Sauuages de deçà comme
Montagnets et Canadiens, les villageois et pauures
du pays : et de faict, ils sont les plus pauures et necessiteux
de tous, car encore ||185 que tous les Sauuages
soient miserables, en tant qu’ils sont priuez de la
cognoissance de Dieu, si ne sont-ils pas tousiours
egalement miserables en la iouyssance des biens de
cette vie, et en l’entretien et embellissement de ce
corps miserable, pour lequel seul ils trauaillent et se
peinent, et nullement pour l’ame, ny pour le salut.
Tous les Sauuages en general, on l’esprit et l’entendement assez bon, et ne sont point si grossiers et si lourdauds que nous nous imaginons en France. Ils sont d’vne humeur assez ioyeuse et contente, toutes-fois ils sont vn peu saturniens, ils parlent fort posément, comme se voulans bien faire entendre, et s’arrestent aussi-tost en songeans vn grande espace de temps, puis reprennent leur parole, et cette modestie est cause qu’ils appellent nos François femmes, lors que trop precipitez et boüillans en leurs actions, ils parlent tous à la fois, et s’interrompent l’vn l’autre. Ils craignent le des-honneur et le reproche, et sont excitez à bien faire par l’honneur ; d’autant qu’entr’eux celuy est tousiours honoré, et s’acquiert du renom, qui a faict quelque bel exploict.
186||Pour la libéralité, nos Sauuages sont loüables en l’exercice de cette vertu, selon leur pauureté : car quand ils se visitent les vns les autres, ils se font des presents mutuels : et pour monstrer leur galantise, ils ne marchandent point volontiers, et se contentent de ce qu’on leur baille honnestement et raisonnablement, mesprisans et blasmans les façons de faire de nos Marchands qui barguignent vne heure pour marchander vne peau de Castor : ils ont aussi la mansuetude et clemence en la victoire enuers les femmes et petits enfans de leurs ennemis, ausquels ils sauuent la vie, bien qu’ils demeurent leurs prisonniers pour seruir.
Ce n’est pas à dire pourtant qu’ils n’ayent de l’imperfection : car tout homme y est suiet, et à plus forte raison celuy qui est priué de la cognoissance d’vn Dieu et de la lumiere de la foy, comme sont nos Sauuages : car si on uient à parler de l’honnesteté et de la ciuilité, il n’y a de quoy les louer, puis qu’ils n’en pratiquent aucun traict, que ce que la simple Nature leur dicte et enseigne. Ils n’vsent d’aucun compliment parmy-eux, et sont fort-mal propres et mal nets en l’apprest de leurs ||187 viandes. S’ils ont les mains sales il les essuyent à leurs cheuueux, ou aux poils de leurs chiens, et ne les lauent iamais, si elles ne sont extremement sales : et ce qui est encore plus impertinent, ils ne font aucune difficulté de pousser dehors les mauuais vents de l’estomach parmy les repas, et en presence de tous. Ils sont aussi grandement addonnez à la vengeance et au mensonge, ils promettent aussi assez, mais ils tiennent peu : car pour auoir quelque chose de vous, ils sçauent bien flatter et promettre, et desrobent encore mieux, si ce sont Hurons, ou autres peuples Sedentaires, enuers les estrangers, c’est pourquoy il s’en faut donner de garde, et ne s’y fier qu’à bonnes enseignes, si on n’y veut estre trompé.
Mais si vn Huron a esté luy-mesme desrobé, et desire recouurer ce qu’il a perdu, il a recours à Loki ou Magicien, pour par le moyen de son sort auoir cognoissance de la chose perduë. On le faict donc venir à la Cabane, là où apres auoir ordonné des festins, il faict et pratique ses magies, pour descouurir et sçauoir qui a esté le voleur et larron, ce qu’il faict indubitablement, à ce qu’ils disent, si celuy qui a 188 || faict le larcin est alors present dans la mesme Cabane, et non s’il est absent. C’est pourquoy le François qui auoit pris des Rassades au bourg de To nchain, s’enfuit en haste en nostre Cabane, quand il vit arriuer Loki dans son logis, pour le suiet de son larcin, sans que nous ayons sceu, que quelques iours apres, qu’il s’estoit ainsi venu refugier chez-nous pour vn si mauuais acte que celui-là.
Pour ce qui est des Canadiens et Montagnets, ils ne sont point larrons (au moins ne l’auons-nous pas encore apperceu en nostre endroict) et les filles y sont pudiques et sages, tant en leurs paroles qu’en leurs actions, bien qu’il s’y en pourrait peut-estre trouuer entr’elles qui le seraient moins. Mais les Sauuages les plus honnestes et mieux appris que i’aye recogneu en vne si grande estenduë de pays, sont, à mon aduis, ceux de la Baye et contrée de Miskou, parlant en general ; car, en toute Nation, il y en a de particuliers qui surpassent en bonté et honnesteté, et les autres qui excedent en malice. I’y vis le Sauuage du bon Pere Sebastien Recollet, Aquitanois, qui mourut de faim, auec plusieurs Sauua-189||ges, vers sainct Iean, et la Baye de Miscou, pendant vn hyuer que nous demeurions aux Hurons, enuiron quatre cens lieuës esloignez de luy : mais il ne sentoit nullement son Sauuage en ses mœurs et façons de faire ; ains son homme sage, graue, doux et bien appris, n’approuuant nullement la legereté et inconstance qu’il voyoit en plusieurs de nos hommes, lesquels il reprenoit doucement en son silence et en sa retenue, aussi estoit-il vn des principaux Capitaines et chefs du pays.
Chapitre XVI.
es Canadiens et Montagnets, tant hommes
que femmes, portent tous longue cheuelure, qui leur tombe et bat sur les espaules,
et à costé de la face, sans estre noüez
ni attachez, et n’en couppent qu’vn bien peu du deuant,
à cause que cela leur empescheroit de voir en
courant. Les fem-190||mes et filles Algoumequines mypartissent
leur longue cheuelure en trois : les deux
parts leur pendent de costé et d’autre sur les oreilles
et à costé des iouës ; et l’autre partie est accommodée
par derrière en tresse, en la forme d’vn marteau
pendant, couché sur le dos. Mais les Huronnes et
Petuneuses ne font qu’vne tresse de tous leurs cheueux,
qui leur bat de mesme sur le dos, liez et accommodez
auec des lanieres de peaux fort sales. Pour
les hommes, ils portent deux grandes moustaches sur
les oreilles, et quelques-vns n’en portent qu’vne,
qu’ils tressent et cordelent assez souuent auec des
plumes et autres bagatelles, le reste des cheueux est
couppé court, ou bien par compartimens, couronnes
clericales, et en toute autre maniere qu’il leur plaist :
i’ai veu de certains vieillards, qui auoient desia, par
maniere de dire, vn pied dans la fosse, estre autant
ou plus curieux de ses petites parures, et d’y accommoder
du duuet de plumes, et autres ornemens, que
les plus ieunes d’entr’eux. Pour les Cheueux releuez,
ils portent et entretiennent leur cheueux sur le front,
fort droicts et releuez, plus que ne sont ceux de nos
Dames ||191 de par-deçà, couppez de mesure, allans tousiours
en diminuant de dessus le front au derriere
de la teste.
Generallement tous les Sauuages, et particulierement les femmes et filles, sont grandement curieuses d’huiler leurs cheueux, et les hommes de peindre leur face et le reste du corps, lorsqu’ils doiuent assister à quelque festin, ou à des assemblées publiques : que s’ils ont des Matachias et Pourceleines ils ne les oublient point, non plus que les Rassades, Patinotres et autres bagatelles que les François leur traitent. Leurs Pourceleines sont diuersement enfilées, les vnes en coliers, larges de trois ou quatre doigts, faicts comme une sangle de cheual qui en auroit ses fisseles toutes couuertes et enfilées, et ces coliers ont enuiron trois pieds et demy de tour, ou plus qu’elles mettent en quantité à leur col, selon leur moyen et richesse, puis d’autres enfilées comme nos Patinotres, attachées et penduës à leurs oreilles, et des chaisnes de grains gros comme noix, de la mesme Pourceleine qu’elles attachent sur les deux hanches, et viennent par deuant arrangées de haut en bas, par dessus les cuisses ou brayers qu’elles portent : et 192|| en ay veu d’autres qui en portaient encore des brasselets aux bras, et de grandes plaques par deuant leur estomach, et d’autres par derriere, accommodez en rond, et comme vne carde à carder la laine, attachez à leurs tresses de cheueux : quelqu’vnes d’entr’elles ont aussi des ceintures et autres parures, faictes de poil de porc-espic, teincts en rouge cramoisy, et fort proprement tissuës, puis les plumes et les peintures ne manquent point, et sont à la deuotion d’vn chacun.
Pour les ieunes hommes, ils sont aussi curieux de s’accommoder et farder comme les filles : ils huilent leurs cheueux, y appliquent des plumes, et d’autres se font de petites fraises de duuet de plumes à l’entour du col : quelques-vns ont des fronteaux de peaux de serpens qui leur pendent par derriere, de la longueur de deux aulnes de France. Ils se peindent le corps et la face de diuerses couleurs ; de noir, vert, rouge, violet, et en plusieurs autres façons ; d’autres ont le corps et la face grauée en compartiments, auec des figures de serpens, lezards, escureux et autres animaux, et principalement ceux de la Nation du Petun, qui ont tous, pres-193||que, les corps ainsi figurez, ce qui les rend effroyables et hydeux à ceux qui n’y sont pas accoustumez : cela est picqué et faict de mesme, que sont faictes et grauuées dans la superficie de la chair, les Croix qu’ont au bras ceux qui reuiennent de Ierusalem, et c’est pour vn iamais ; mais on les accommode à diuerses reprises, pour ce que ces piqueures leur causent de grandes douleurs et en tombent souuent malades, jusques à en auoir la fievre, et perdre l’appetit, et pour tout cela ils ne desistent point, et font continuer iusqu’à ce que tout soit acheué, et comme ils le desirent, sans tesmoigner aucune impatience ou depit, dans l’excez de la douleur : et ce qui m’a plus faict admirer en cela, à esté de voir quelques femmes, mais peu, accommodées de la mesme façon. I’ai aussi veu des Sauuages d’vne autre Nation, qui auoient tous le milieu des narines percées, ausquelles pendoit vne assez grosse Patinotre bleuë, qui leur tombait sur la levre d’en haut.
Nos Sauuages croyaient au commencement que nous portions nos Chappelets à la ceinture pour parade, comme ils font leurs Pourceleines, mais sans comparai-194||son ils faisoient fort-peu d’estat de nos Chappelets, disans qu’ils n’estoient que de bois, et que leur Pourceleine, qu’ils appellent Onocoirota estoit de plus grande valeur.
Ces Pourceleines sont des os de ces grandes coquilles de mer, qu’on appelle Vignols, semblables à des limaçons, lesquels ils decoupent en mille pièces puis les polissent sur un graiz, les percent, et en font des coliers et brasselets, auec grand’peine et trauail pour la dureté de ces os, qui sont toute autre chose que nostre yuoire, lequel ils n’estiment pas aussi à beaucoup prés de leur Pourceleine, qui est plus belle et blanche. Les Brasiliens en vsent aussi à se parer et attiffer comme eux.
I’auois à mon Chappelet vne petite teste de mort en buys, de la grosseur d’vne noix, assez bien faicte, beaucoup d’entr’eux la croyaient auoir esté d’vn enfant viuans, non que le leur persuadasse : mais leur simplicité leur faisoit croire ainsi, comme aux femmes de me demander à emprunter mon capuce et manteau en temps de pluye, ou pour aller à quelque festin : mais elles me prioyent en vain, ||195 comme il est aysé à croire. Pour nos Socquets ou Sandales, les Sauuages et Sauuagesses les ont presque tous voulu esprouuer et chausser, tant ils les admiraient et trouuoient commodes, me disant apres, Auiel, Saracogna, Gabriel, fais-moy des souliers ; mais il n’y auoit point d’apparence, et estoit hors de mon pouuoir de leur satisfaire en cela, n’ayant le temps, l’industrie, ny les outils propres : et de plus, si i’eusse vne fois commencé de leur en faire, ils ne m’eussent donné aucun relasche, ny temps de prier Dieu, et de croire qu’ils se fussent donné la peine d’apprendre, ils sont trop faineants et paresseux : car ils ne font rien du tout, que par la force de la necessité, et voudroient qu’on leur donnast les choses toutes faictes, sans auoir la peine d’y aider seulement du bout du doigt ; comme nos Canadiens, qui ayment mieux se laisser mourir de faim, que de se donner la peine de cultiuer la terre, pour auoir du pain au temps de la necessité.
Chapitre XVII.
line, en vne Epistre qu’il escrit à Fabate,
dict que Pyrrhe, Roy des Epirotes, demanda
à vn Philosophe qu’il mesnoit auec
luy, quelle estoit la meilleure Cité du
monde. Le Philosophe respondit, la meilleure Cité
du monde, c’est Maserde, vn lieu de deux cens feux
en Achaye, pour ce que tous les murs sont de pierres
noires, et tous ceux qui la gouuernent ont les testes
blanches. Ce Philosophe n’a rien dit (en cela) de
luy-mesme : car tous les anciens, apres le Sage Salomon,
ont dit qu’aux vieillards se trouuoit la sagesse :
et en effect, on voit souuent la ieunesse d’ans,
estre accompagnée de celle de l’esprit.
Les Capitaines entre nos Sauuages, sont ordinairement plustost vieux que ieunes, et viennent par succession, ainsi que la Royauté par deçà, ce qui s’entend, si le ||197 fils d’vn Capitaine ensuit la vertu du pere ; car autrement ils font comme aux vieux siecles, lors que premierement ces peuples esleurent des Roys : mais ce Capitaine n’a point entr’eux authorité absoluë, bien qu’on luy ait quelque respect, et conduisent le peuple plustost par prieres, exhortations, et par exemple, que par commandement.
Le gouuernement qui est entr’eux est tel, que les anciens et principaux de la ville ou du bourg s’assemblent en vn conseil auec le Capitaine, où ils decident et proposent tout ce qui est des affaires de leur Republique, non par vn commandement absolu, comme i’ay dict ; ains par supplications et remonstrances, et par la pluralité des voix qu’ils colligent, auec de petits fetus de joncs. Il y auoit à Quieunonascaran le grand Capitaine et chef de la Prouince des Ours, qu’ils appelloient Garihoùa andionxra, pour le distinguer des ordinaires de guerre, qu’ils appellent Garihoùa doutaguéta. Iceluy grand Capitaine de Prouince auoit encore d’autres Capitaines sous luy, tant de guerre que de police, par tous les autres bourgs et villages de sa Iurisdiction, lesquels en chose de 198 || conséquence le mandoient et aduertissoient pour le bien du public, ou de la Prouince : et en nostre bourg, qui estoit le lieu de sa residence ordinaire, il y auoit encore trois autres Capitaines, qui assistoient tousiours aux conseils auec les anciens du lieu, outre son Assesseur et Lieutenant, qui en son absence, ou quand il n’y pouuoit vacquer, faisoit les cris et publications par la ville des choses necessaires et ordonnées. Et ce Garihoùa andionxra n’auoit pas si petite estime de luy-mesme, qu’il ne se voulust dire frere et cousin du Roy, et de mesme egalité, comme les deux doigts demonstratifs des mains qu’il nous monstroit ioints ensemble, en nous faisant cette ridicule et inepte comparaison.
Or quand ils veulent tenir conseil, c’est ordinairement dans la Cabane du Capitaine, chef et principal du lieu, sinon que pour quelque raison particuliere il soit trouué autrement expedient. Le cry et la publication du conseil ayant esté faicts, on dispose dans la Cabane, ou au lieu ordonné, vn grand feu, à l’entour duquel s’assizent sur les nattes tous les Conseillers, en suite du grand Capitaine qui tient le premier rang, assis en tel endroict, que 199 || de sa place il peut voir tous ses Conseillers et assistans en face. Les femmes, filles et ieunes hommes n’y assistent point, si ce n’est en vn conseil general, où les ieunes hommes de vingt-cinq à trente ans peuuent assister, ce qu’ils cognoissent par vn cry particulier qui en est faict. Que si c’est vn conseil secret, ou pour machiner quelque trahison ou surprise en guerre, ils le tiennent seulement la nuict entre les principaux Conseillers, et n’en descouurent rien que la chose proiettée ne soit mise en effect, s’ils peuuent.
Estans donc tous assemblez, et la Cabane fermée, ils font tous vne longue pose auant que de parler, pour ne se precipiter point, tenans cependant tousiours leur Calumet en bouche, puis le Capitaine commence à haranguer en terme et parole hauts et intelligibles vn assez longtemps, sur la matiere qu’ils ont à traiter en ce conseil : ayant finy son discours, ceux qui ont à dire quelque chose, les vns apres les autres sans s’interrompre et en peu de mots, opinent et disent leurs raisons et aduis, qui sont par apres colligez auec des pailles ou petits ioncs, et là dessus est conclud ce qui est iugé expedient.
200|| Plus, ils font des assemblées generales, sçauoir des regions loingtaines, d’où il vient chacun an vn Ambassadeur de chaque Prouince, au lieu destiné pour l’assemblée, où il se faict de grands festins et dances, et des presens mutuels qu’ils se font les vns les autres, et parmy toutes ces caresses, ces resiouyssances et ces accolades ils contractent amitié de nouueau, et aduisent entr’eux du moyen de leur conseruation, et par quelle maniere ils pourront perdre et ruyner tous leurs ennemis communs : tout estant faict, et les conclusions prises, ils prennent congé, et chacun se retire en son quartier auec tout son train et equipage, qui est à la Lacedemonienne, vn à vn, deux à deux, trois à trois, ou gueres d’auantage.
Quant aux guerres qu’ils entreprennent, ou pour aller dans le pays des ennemis, ce seront deux ou trois des anciens, ou vaillans Capitaines, qui entreprendront cette conduite pour cette fois, et vont de village en village faire entendre leur volonté, donnant des presens à ceux desdits villages, pour les induire et tirer d’eux de l’ayde et du secours en leurs guerres, et par ainsi sont comme Généraux d’armées. 201|| Il en vint vn en nostre bourg, qui estoit vn grand vieillard, fort dispos, qui incitoit et encourageoit les ieunes hommes et les Capitaines de s’armer, et d’entreprendre la guerre contre la Nation des Attinoïndarons ; mais nous l’en blasmasmes fort, et dissuadasmes le peuple d’y entendre, pour le desastre et mal-heur ineuitable que cette guerre eust peu apporter en nos quartiers, et à l’aduancement de la gloire de Dieu.
Ces Capitaines ou Généraux d’armées ont le pouuoir, non seulement de designer les lieux, de donner quartier, et de ranger les bataillons ; mais aussi de disposer des prisonniers en guerre, et de toute autre chose de plus grande consequence : il est vray qu’ils ne sont pas tousiours bien obeys de leurs soldats, en tant qu’eux-mesmes manquent souuent dans la bonne conduite, et celuy qui conduit mal, est souuent mal suiuy. Car la fidele obeyssance des suiects depend de la suffisance de bien commander, du bon Prince, disoit Theopompus Roy de Sparte.
Pendant que nous estions là, le temps d’aller en guerre arriuant, vn ieune homme de nostre bourg, desireux d’honneur, 202|| voulut luy seul, faire le festin de guerre, et deffrayer tous ses compagnons au iour de l’assemblée generale, ce qui luy fut de grand coust et despence, aussi en fut-il grandement loüé et estimé : car le festin estoit de six grandes chaudieres, auec quantité de grands poissons boucanez, sans les farines et les huiles pour les graisser.
On les mit sur le feu auant iour, en l’vne des plus grandes Cabanes du lieu, puis le conseil estant acheué, et les resolutions de guerre prises, ils entrerent tous au festin, commencerent à festiner, et firent les mesmes exercices militaires, les vns après les autres, comme ils ont accoustumé, pendant le festin, et apres auoir vuidé les chaudieres, et les complimens et remerciemens rendus, ils partirent, et s’en allerent au rendez-vous sur la frontiere, pour entrer és terres ennemies, sur lesquelles ils prindrent enuiron soixante de leurs ennemis, la pluspart desquels furent tuez sur les lieux, et les autre amenez en vie, et faits mourir aux Hurons, puis mangez en festin.
Leurs guerres ne sont proprement que des surprises et deceptions ; car tous les 203|| ans au renouueau, et pendant tout l’esté, cinq ou six cens ieunes hommes Hurons, ou plus, s’en vont s’espandre dans vne contrée des Yroquois, se departent cinq ou six en vn endroict, cinq ou six en vn autre et autant en vn autre, et se couchent sur le ventre par les champs et forests, et à costé des grands chemins et sentiers, et la nuict venue ils rodent par tout, et entrent iusques dans les bourgs et villages, pour tascher d’atraper quelqu’vn, soit homme, femme ou enfant, et s’ils en prennent en vie, les emmenent en leur pays pour les faire mourir à petit feu, sinon après leur auoir donné vn coup de massuë, ou tué à coups de flesches, ils en emportent la teste ; que s’ils en estoient trop chargez, ils se contentent d’en emporter la peau auec sa cheuelure, qu’ils appellent Onontsira, les passent et les serrent pour en faire des trophées, et mettre en temps de guerre sur les pallissades ou murailles de leur ville, attachées au bout d’vne longue perche.
Quand ils vont ainsi en guerre et en pays d’ennemis, pour leur viure ordinaire ils portent quant eteux, chacun derriere son dos, vn sac plein de farine de bled 204|| rosty et grillé dans les cendres, qu’ils mangent crue, et sans estre trempée, ou bien destrempée auec vn peu d’eau chaude ou froide, et n’ont par ce moyen à faire de feu pour apprester leur manger, quoy qu’ils en fassent par-fois la nuict au fond des bois pour n’estre apperceus, et font durer cette farine iusqu’à leur retour, qui est enuiron de six semaines ou deux mois de temps : car après ils viennent se rafraischir au pays, finissent la guerre pour ce coup, ou s’y en retournent encore auec d’autres prouisions. Que si les Chrestiens vsoient de telle sobrieté, ils pourraient entretenir de tres-puissantes armées auec peu de fraiz, et faire la guerre aux ennemis de l’Eglise, et du nom Chrestien, sans la foule du peuple, ny la ruyne du pays, et Dieu n’y seroit point tant offencé, comme il est grandement, par la pluspart de nos soldats, qui semblent plustost (chez le bon homme) gens sans Dieu, que Chrestiens naiz pour le Ciel. Ces pauures Sauuages (à nostre confusion) se comportent ainsi modestement en guerre, sans incommoder personne, et s’entretiennent de leur propre et particulier moyen, sans autre gage ou esperance de recompense, que 205|| de l’honneur et louange qu’ils estiment plus que tout l’or du monde. Il seroit aussi bien à desirer que l’on semast de ce bled d’Inde par toutes les Prouinces de la France, pour l’entretien et nourriture des pauures qui y sont en abondance : car auec vn peu de ce bled ils se pourroient aussi facilement nourrir et entretenir que les Sauuages, qui sont de mesme nature que nous, et par ainsi ils ne souffriraient de disette, et ne seroient non plus contrains de courir mendians par les villes, bourgs et villages, comme ils font iournellement pource qu’outre que ce bled nourrist et rassasie grandement, il porte presque toute sa sauce quant-et-soy, sans qu’il y soit besoin de viande, poisson, beurre, sel ou espice, si on ne veut.
Pour leurs armes, ils ont la Massue et l’Arc, auec la Flesche empennée de plumes d’Aigles, comme les meilleures de toutes, et à faute d’icelles ils en prennent d’autres. Ils y appliquent aussi fort proprement des pierres trenchantes collées au bois, auec vne colle de poisson tres-forte, et de ces Flesches ils en emplissent leur Carquois, qui est faict d’vne peau de chien passée, qu’ils portent en escharpe. Ils por-206||tent aussi de certaines armures et cuirasses, qu’ils appelent Aquientor, sur leur dos, et contre les jambes, et autres parties du corps, pour se pouuoir defendre des coups de Flesches : car elles sont faictes à l’espreuue de ces pierres aiguës ; et non toutefois de nos fers de Kebec, quand la Flesche qui en est accommodée sort d’vn bras roide et puissant, comme est celuy d’vn Sauuage : ces cuirasses sont faictes auec des baguettes blanches, coupées de mesure, et serrées l’vne contre l’autre, tissues et entrelassées de cordelettes, fort durement et proprement, puis la rondache ou pauois, et l’enseigne ou drappeau, qui est (pour le moins ceux que i’ay veus) vn morceau d’escorce rond, sur lequel les armoiries de leur ville ou prouince sont depeintes et attachées au bout d’une longue baguette, comme vne Cornette de caualerie. Nostre Chasuble à dire la saincte Messe, leur agreoit fort, et l’eussent bien desiré traiter de nous, pour le porter en guerre en guise d’enseigne, ou pour mettre au haut de leurs murailles, attachée à vne longue perche, afin d’espouuenter leurs ennemis, disoient-ils.
Les Sauuages de l’Isle l’eussent encore 207|| bien voulu traiter au Cap de Massacre, ayans desia à cet effect, amassé sur le commun, enuiron quatre-vingts Castors : car ils le trouuoient non seulement tres-beau, pour estre d’vn excellent Damas incarnat, enrichy d’vn passement d’or (digne present de la Reyne), mais aussi pour la croyance qu’ils auoient qu’il leur causeroit du bon-heur et de la prosperité en toutes leurs entreprises et machines de guerre.
Comme l’on a de coustume sur mer, pour signe de guerre, ou de chastiment, mettre dehors en euidence le Pauillon rouge : Aussi nos Sauuages, non seulement és iours solennels et de resiouyssance, mais principalement quand ils vont à la guerre, ils portent pour la plus-part à l’entour de la teste de certains pennaches en couronnes, et d’autres en moustaches, faicts de longs poils d’Eslan, peints en rouge comme escarlatte, et collez, ou autrement attachez à vne bande de cuir large de trois doigts. Depuis que nos François ont porté des lames d’espées en Canada, les Montagnets et Canadiens s’en seruent, tant à la chasse de l’Eslan, qu’aux guerres contre leurs ennemis, qu’ils sça-208||uent droictement et roidement darder, emmanchées en de longs bois, comme demyes-picques.
Quand la guerre est declarée en vn pays on destruit tous les bourgs, hameaux, villes et villages frontieres, incapables d’arrester l’ennemy, sinon on les fortifie, et chacun se range dans les villes et lieux fortifiez de sa Iurisdiction, où ils bastissent de nouuelles Cabanes pour leur demeure, à ce aydés par les habitans du lieu. Les Capitaines assistés de leurs Conseillers, trauaillent continuellement à ce qui est de leur conseruation, regardent s’il y a rien à adiouster à leurs fortifications pour s’y employer, font balayer et nettoyer les suyes et araignées de toutes les Cabanes, depeur du feu que l’ennemy y pourroit ietter par certains artifices qu’ils ont appris de ie ne sçay quelle autre Nation que l’on m’a autresfois nommée. Ils font porter sur les guerites des pierres et de l’eau pour s’en seruir dans l’occasion. Plusieurs font des trous, dans lesquels ils enferment ce qu’ils ont de meilleur, et peur de surprise les Capitaines enuoyent des soldats pour descouurir l’ennemy, pendant qu’ils encouragent les autres de faire des armes, 209 || de se tenir prests, et d’enfler leur courage, pour vaillamment et genereusement combattre, resister et se deffendre, si l’ennemy vient à paroistre. Le mesme ordre s’obserue en toutes les autres villes et bourgs, iusqu’à ce qu’ils voyent l’ennemy s’estre attaché à quelques-vns, et alors la nuict à petit bruit vne quantité de soldats de toutes les villes voysines, s’il n’y a necessité d’vne plus grande armée, vont au secours, et s’enferment au dedans de celle qui est assiegée, la deffendent, font des sorties, dressent des embusches, s’attachent aux escarmouches, et combattent de toute leur puissance, pour le salut de la patrie, surmonter l’ennemy, et le deffaire du tout s’ils peuuent.
Pendant que nous estions à Quieunonascaran, nous vismes faire toutes les diligences susdites, tant en la fortification des places, apprests des armes, assemblées des gens de guerre, prouision de viures, qu’en toute autre chose necessaire pour soustenir vne grande guerre qui leur alloit tomber sur les bras de la part des Neutres, si le bon Dieu n’eust diuerty cet orage, et empesché ce mal-heur qui alloit menaçant nostre bourg d’vn premier 210 || choc, et peut n’y estre pas pris des premiers, toutes les nuicts nous barricadions nostre porte auec des grosses busches de bois de trauers, arrestées les vnes sur les autres, par le moyen de deux paux fichez en terre.
Or pour ce qu’vne telle guerre pouuoit grandement nuyre et empescher la conuersion et le salut de ce pauure peuple, et que les Neutres sont plus forts et en plus grand nombre que nos Hurons, qui ne peuuent faire qu’enuiron deux mille hommes de guerre, ou quelque peu d’auantage, et les autres cinq à six mille combattans, nous fismes nostre possible, et contribuasmes tout ce qui estoit de nostre pouuoir pour les mettre d’accord, et empescher que nos gens, desia tous prests de se mettre en campagne, n’entreprissent (trop legerement) vne guerre à l’encontre d’une nation plus puissante que la leur. À la fin, assistés de la grace de nostre Seigneur, nous gaignasmes quelque chose sur leur esprit : car approuuans nos raisons ils nous dirent qu’ils se tiendroient en paix, et que ce en quoy ils auoient auparauant fondé l’esperance de leur salut, estoit en nostre grand esprit, et au secours que 211 || quelques François (mal aduisez) leur auoient promis : Outre vne tres-bonne inuention qu’ils auoient conceuë en leur esprit, par le moyen de laquelle ils esperoient tirer un grand secours de la Nation de Feu, ennemis iurez des Neutres. L’inuention estoit telle ; qu’au plustost ils s’efforceroient de prendre quelqu’vn de leurs ennemis, et que du sang de cet ennemy, ils en barboüilleroient la face et tout le corps de trois ou quatre d’entr’eux, lesquels ainsi ensanglantez seroient par apres enuoyez en Ambassade à cette Nation de Feu, pour obtenir d’eux quelque secours et assistance à l’encontre de si puissans ennemis, et que pour plus facilement les esmouuoir à leur donner ce secours, ils leur montreroient leur face, et tout leur corps desia teinct et ensanglanté du sang propre de leurs ennemis communs.
Puis que nous auons parlé de la Nation Neutre, contre lesquels nos Hurons ont pensé entrer en guerre, ie vous diray aussi vn petit mot de leur pays. Il est à quatre ou cinq journées de nos Hurons tirant au Sud, au delà de la Nation des Quieunontateronons. Cette Prouince contient prez de cent lieues d’estenduë, où il se fait grande 212 || quantité de très-bon petun, qu’ils traitent à leurs voysins. Ils assistent les Cheueux Releuez contre la Nation de Feu, desquels ils sont ennemis mortels : mais entre les Yroquois et les nostres, auant cette esmeute, ils auoient paix, et demeuroient neutres entre les deux, et chacune des deux Nations y estoit la bien venuë, et n’osoient s’entre-dire ny faire aucun desplaisir, et mesmes y mangoient souuent ensemble, comme s’ils eussent esté amis ; mais hors du pays s’ils se rencontroient, il n’y auoit plus d’amitié, et s’entre-faisoient cruellement la guerre, et la continuent à toute outrance : l’on n’a sceu encor trouuer moyen de les reconcilier et mettre en paix, leur inimitié estant de trop longue main enracinée, et fomentée entre les ieunes hommes de l’vne et l’autre Nation, qui ne demandent autre exercice que celuy des armes et de le guerre.
Quand nos Hurons ont pris en guerre quelqu’vn de leurs ennemis, ils luy font une harangue des cruautez que luy et les siens exercent à leur endroict, et qu’au semblable il deuoit se resoudre d’en endurer autant, et luy commandent (s’il a du 213|| courage assez) de chanter tout le long du chemin, ce qu’il faict ; mais souvent avec un chant fort triste et lugubre, et ainsi l’emmenent en leur pays pour le faire mourir, et en attendant l’heure de sa mort, ils luy font continuellement festin de ce qu’ils peuuent pour l’engraisser, et le rendre plus fort et robuste à supporter de plus griefs et longs tourmens, et non par charité et compassion, excepté aux femmes, filles et enfans, lesquels ils font rarement mourir ; ains les conseruent et retiennent pour eux, ou pour en faire des presens à d’autres, qui en auroient auparavant perdu des leurs en guerre, et font estat de ces subrogez, autant que s’ils estoient de leurs propres enfans, lesquels estans paruenus en aage, vont aussi courageusement en guerre contre leurs propres parens, et ceux de leur Nation, que s’ils estoient naiz ennemis de leur propre patrie, ce qui tesmoigne le peu d’amour des enfans enuers leurs parens, et qu’ils ne font estat que des bien-faicts presens, et non des passez, qui est vn signe de mauuais naturel : et de cecy i’en ay veu l’experience en plusieurs. Que s’ils ne peuuent emmener les femmes et enfans qu’ils 214|| prennent sur les ennemis, ils les assomment, et font mourir sur les lieux mesmes, et en emportent les testes ou la peau, auec la cheuelure, et encore s’est-il veu (mais peu souuent) qu’ayans amené de ces femmes et filles dans leur pays, ils en ont faict mourir quelques-vnes par les tourments, sans que les larmes de ce pauvre sexe, qu’il a pour toute deffence, les ayent pû esmouuoir à compassion : car elles seules pleurent, et non les hommes, pour aucun tourment qu’on leur fasse endurer, de peur d’estre estimez effeminez, et de peu de courage, bien qu’ils soient souvent contraincts de ietter de hauts cris, que la force des tourments arrache du profond de leur estomach.
Il est quelques-fois arrivé qu’aucuns de leurs ennemis estans poursuyuis de prés, se sont neantmoins eschappez : car pour amuser celuy qui les poursuit, et se donner du temps pour fuyr et le deuancer, ils iettent leurs colliers de Pourceleines bien loin arriere d’eux, afin que si l’avarice commande à ses poursuyvans de les aller ramasser, ils peussent tousiours gaigner le deuant, et se mettre en sauueté, ce qui a reussi à plusieurs : ie me persuade et crois 215|| que c’est en partie pourquoy ils portent ordinairement tous leurs plus beaux colliers et matachias en guerre.
Lorsqu’ils ioignent vn ennemy, et qu’ils n’ont qu’à mettre la main dessus, comme nous disons entre-nous : Rends-toy, eux disent Sakien, c’est-à-dire, assied-toy, ce qu’il faict, s’il n’ayme mieux se faire assommer sur la place, ou se deffendre iusqu’à la mort, ce qu’ils ne font pas souuent en ces extremitez, sous esperance de se sauuer, et d’eschapper avec le temps par quelque ruze. Or comme il y a de l’ambition à qui aura des prisonniers, cette mesme ambition ou l’enuie est aussi cause quelques-fois que ces prisonniers se mettent en liberté et se sauuent, comme l’exemple suyuant le monstre.
Deux ou trois Hurons se voulans attribuer chacun un prisonnier Yroquois, et ne se pouuans accorder, ils en firent iuge leur propre prisonnier, lequel bien aduisé se seruit de l’occasion et dit : Vn tel m’a pris, et suis son prisonnier, ce qu’il disoit contre la verité et exprez, pour donner un iuste mescontentement à celuy de qui il estoit vray prisonnier : et de faict indigné qu’vn autre auroit iniustement l’honneur 216|| qui luy estoit deu, parla en secret la nuict suyuante au prisonnier, et luy dit : Tu t’es donné et adiugé à vn autre qu’à moy, qui t’auois pris, c’est pourquoy i’ayme mieux te donner liberté, qu’il aye l’honneur qui m’est deu, et ainsi le deslians le fit euader et fuyr secrettement.
Arriuez que sont les prisonniers en leur ville ou village, ils leur font endurer plusieurs et diuers tourmens, aux vns plus, et aux autres moins, selon qu’il leur plaist : et tous ces genres de tourments et de morts sont si cruels, qu’il ne se trouue rien de plus inhumain : car premierement ils leur arrachent les ongles, et leur coupent les trois principaux doigts, qui servent à tirer de l’arc, et puis leur leuent toute la peau de la teste avec la cheuelure, et apres y mettent du feu et des cendres chaudes, ou y font degoutter d’une certaine gomme fondue, ou bien se contentent de les faire marcher tous nuds de corps et des pieds, au trauers d’vn grand nombre de feux faicts exprez, d’vn bout à l’autre d’vne grande Cabane, où tout le monde qui y est bordé des deux costez, tenans en main chacun vn tison allumé, luy en donnent dessus le corps en passant, 217|| puis apres auec des fers chauds luy donnent encore de jartieres à l’entour des jambes, et auec des haches rouges ils luy frottent les cuisses du haut-en-bas, et ainsi peu à peu bruslent ce pauure miserable : et pour luy augmenter ses tres-cuisantes douleurs, luy mettent par-fois de l’eau sur le dos, et luy mettent du feu sur les extremitez des doigts, et de sa partie naturelle, puis leur percent les bras prés des poignets, et auec des bastons en tirent les nerfs, et les arrachent à force, et ne les pouuans auoir les couppent, ce qu’ils endurent auec vne constance incroyable, chantans cependant auec vn chant neantmoins fort triste et lugubre, comme i’ay dict, mille menaces contre ces Bourreaux et contre toute cette Nation, et estant prest de rendre l’ame, ils le menent hors de la Cabane finir sa vie, sur un eschauffaut dressé exprez, là où on lui couppe la teste, puis on luy ouure le ventre, et là tous les enfans se trouuent pour auoir quelque petit bout de boyau qu’ils pendent au bout d’vne baguette, et le portent ainsi en triomphe par toute la ville ou village en signe de victoire. Le corps ainsi esuentré et accommodé, on le faict 218|| cuire dans une grande chaudière, puis on le mange en festin, auec liesse et resiouyssance, comme i’ay dict cy-deuant.
Quand les Yroquois, ou autres ennemis, peuuent attrapper de nos gens, ils leur en font de mesme, et c’est à qui fera du pis à son ennemy : et tel va pour prendre, qui est souuent pris luy-mesme. Les Yroquois ne viennent pas pour l’ordinaire guerroyer nos Hurons, que les fueilles ne couurent les arbres, pour pouuoir plus facilement se cacher, et n’estre descouverts quand ils veulent prendre quelqu’vn au despourueu : ce qu’ils font aysement, en tant qu’il y a quantité de bois dans le pays, et proche la pluspart des villages : que s’ils nous eussent pris nous autres Religieux, les mesmes tourments nous eussent esté appliquez sinon que de plus ils nous eussent arraché la barbe la premiere, comme ils firent à Bruslé, le Truchement qu’ils pensoient faire mourir, et lequel fut miraculeusement deliuré par la vertu de l’Agnus Dei, qu’il portoit pendu à son col : car comme ils luy pensoient arracher, le tonnerre commença adonner auec tant de furies, d’esclairs et de bruits, qu’ils en creurent estre à leur derniere iournée, et 219|| tous espouuentez le laisserent aller, craignans eux-mesmes de perir, pour auoir voulu faire mourir ce Chrestien, et luy oster son Reliquaire.
Il arriue aussi que ces prisonniers s’eschappent aucunes-fois, spécialement la nuict, au temps qu’on les faict promener par-dessus les feux ; car en courans sur ces cuisans et tres-rigoureux brasiers, de leurs pieds ils escartent et iettent les tisons, cendres et charbons par la Cabane, qui rendent apres une telle obscurité de poudre et de fumée, qu’on ne s’entre-cognoist point : de sorte que tous sont contraincts de gaigner la porte, et de sortir dehors, et luy aussi parmy la foule, et de là il prend l’essor, et s’en va : et s’il ne peut encore pour lors, il se cache en quelque coin à l’escart, attendant l’occasion et l’opportunité de s’enfuyr, et de gaigner pays. I’en ay veu plusieurs ainsi échappez des mains de leurs ennemis, qui pour preuue nous faisoient voir les trois doigts principaux de la main droicte couppez.
Il n’y a presque aucune Nation qui n’ait guerre et debat auec quelqu’autre, non en intention d’en posseder les terres et conquerir leur pays, ains seulement pour les 220|| exterminer s’ils pouuoient, et pour se venger de quelque petit tort ou desplaisir, qui n’est pas souuent grand chose ; mais leur mauvais ordre, et le peu de police qui souffre les mauuais Concitoyens impunis, est cause de tout ce mal : car si l’vn d’entr’eux a offencé, tué ou blessé un autre de leur mesme Nation, il en est quitte pour vn present, et n’y a point de chastiment corporel (pour ce qu’ils ne les ont point en vsage enuers ceux de leur Nation) si les parens du blessé ou decedé n’en prennent eux-mesmes la vengeance, ce qui arrine peu souuent : car ils ne se font, que fort rarement tort les vns aux autres. Mais si l’offensé est d’vne autre Nation, alors il y a indubitablement guerre declarée entre les deux Nations, si celle de l’homme coulpable ne se rachete par de grands presens, qu’elle tire et exige du peuple pour la partie offencée : et ainsi il arriue le plus souuent que par la faute d’vn seul, deux peuples entiers se font vne tres cruelle guerre, et qu’ils sont tousiours dans vne continuelle crainte d’estre surpris l’vn de l’autre, particulierement sur les frontieres, où les femmes mesmes ne peuuent cultiner les terres et faire les 221|| bleds qu’elles n’ayent tousiours auec elles vn homme ayant les armes au poing, pour les conseruer et deffendre de quelque mauuaise aduenuë.
À ce propos des offences et querelles, et auant finir ce discours, pour monstrer qu’ils sçauent assez bien proceder en conseil, et vser de quelque maniere de satisfaction enuers la partie plaignante et lezée, ie diray ce qui nous arriua vn iour sur ce suiet. Beaucoup de Sauuages nous estans venus voir en nostre Cabane (selon leur coustume iournaliere) vn d’entr’eux, sans aucun suiet, voulut donner d’vn gros baston au Pere Ioseph. Ie fus m’en plaindre au grand Capitaine, et luy remonstray, afin que la chose n’allast plus auant, qu’il falloit necessairement assembler vn conseil general, et remonstrer à ses gens, et particulierement à tous les ieunes hommes, que nous ne leur faisions aucun tort ny desplaisir, et qu’ils ne deuoient pas aussi nous en faire, puisque nous n’estions dans leur pays que pour leur propre bien et salut, et non pour aucune enuie de leurs Castors et Pelleteries, comme ils ne pouuoient ignorer. Il fit donc assembler vn conseil general auquel tous assisterent 222|| excepté celuy qui auoit voulu donner le coup : i’y fus aussi appelé, auec le Pere Nicolas, pendant que le Père Ioseph gardoit nostre Cabane.
Le grand Capitaine nous fist seoir aupres de luy, puis ayant imposé silence, il s’addressa à nous, et nous dit, en sorte que toute l’assemblée le pouuoit entendre : Mes Nepueux, à vostre priere et requeste i’ay faict assembler ce conseil general, afin de vous estre faict droict sur les plaintes que vous m’auez proposées ; mais d’autant que ces gens-cy sont ignorans du fait, proposez vous mesme, et declarez hautement en leur presence ce qui est de vos griefs, et en quoy et comment vous auez esté offencés, et sur ce ie feray et bastiray ma harangue, et puis nous vous ferons iustice. Nous ne fusmes pas peu estonnés dés le commencement, de la prudence et sagesse de ce Capitaine, et comme il proceda en tout sagement, iusqu’à la fin de sa conclusion, qui fust fort à nostre contentement et edification.
Nous proposasmes donc nos plaintes, et comme nous auionc quitté vn tres-bon pays, et trauersé tant de mers et de terres, auec infinis dangers et mes-aises, pour 223|| leur venir enseigner le chemin du Paradis, et retirer leurs âmes de la domination de Sathan, qui les entraisnoit tous apres leur mort dans vne abysme de feu sousterrain, puis pour les rendre amis et comme parens des François, et neantmoins qu’il y en auoit plusieurs d’entr’eux qui nous traictoient mal, et particulierement vn tel (que ie nommay) qui a voulu tuer nostre frere Ioseph. Ayant finy, le Capitaine harangua vn long temps sur ces plaintes, leur remonstrans le tort qu’on auroit de nous offencer, puis que nous ne leur rendions aucun desplaisir, et qu’au contraire nous leur procurions et desirions du bien, non seulement pour cette vie ; mais aussi pour l’aduenir. Nous fusmes priez à la fin d’excuser la faute d’vn particulier, lequel nous deuions tenir seul auec eux, pour vn chien, à la faute duquel les autres ne trempoient point, et nous dirent pour exemple, que desia depuis peu, vn des leurs auoit griefuement blessé vn Algoumequin, en ioüant auec luy, et qu’ils s’estoient accordez sans guerre, par le moyen de quelque present, et celuy-là seul tenu pour chien et meschant qui auoit faict le mal, et non les autres, 224|| qui sont bien marris de cet inconuenient.
Ils nous firent aussi present de quelques sacs de bled, que nous acceptasmes et fusmes au reste festoyez de toute la compagnie, auec mille prieres d’oublier tous le passé, et demeurer bons amys comme auparauant ; et nous coniurerent encore fort instamment d’assister tous les iours à leurs festins et banquets, ausquels ils nous feraient manger de bonnes Sagamités diuersement preparées, et que par ce moyen nous nous entretiendrions mieux par ensemble dans une bonne intelligence de bons parens et bons amys, et que de verité ils nous trouuoient assez pauurement accommodez et nourris dans nostre Cabane, de laquelle ils eusent bien desiré nous retirer pour nous mettre mieux auec eux dans leur ville, où nous n’aurions autre soucy que de prier Dieu, les instruire, et nous resiouyr honnestement par ensemble ; et apres les auoir remerciés, chacun prit congé, et se retira.
Chapitre XVIII.
iceron a dict, parlant de la nature des
Dieux, qu’il n’y a gent si sauuage, si brutale
ny si barbare, qui ne soit imbuë de
quelque opinion d’iceux. Or comme il y a
diuerses Nations et Prouinces barbares, aussi y a-il
diuersité d’opinions et de croyance, pour ce que chacune
se forge vn Dieu à sa poste. Ceux qui habitent
vers Miskou et le port Royal, croyent en vn certain
esprit, qu’ils appellent Cudoùagni, et disent qu’il parle
souuent à eux, et leur dict le temps qu’il doit faire.
Ils disent que quand il se courrouce contr’eux, il leur
iette de la terre aux yeux. Ils croyent aussi quand ils
trespassent, qu’ils vont és Estoilles, puis vont en de
beaux champs verts, pleins 226|| de beaux arbres, fleurs
et fruicts tres-somptueux.
Les Souriquois (à ce que i’ay appris) croyent veritablement qu’il y a vn Dieu qui a tout creé, et disent qu’apres qu’il eut faict toutes choses, qu’il prit quantité de flesches, et les mit en terre, d’où sortirent hommes et femmes, qui ont muliplié au monde jusqu’à present. En suitte de quoy, vn François demanda à vn Sagamo, s’il ne croyoit point qu’il y eust vn autre qu’vn seul Dieu : il respondit, que leur croyance estoit, qu’il y auoit vn seul Dieu, vn Fils, vne Mere, et le Soleil, qui estoient quatre ; neantmoins que Dieu estoit par dessus tous : mais que le Fils estoit bon, et le Soleil, à cause du bien qu’ils en receuoient : mais la Mere ne valoit rien, et les mangeoit, et que le Pere n’estoit pas trop bon.
Puis dict : Anciennement, il y eut cinq hommes qui s’en allerent vers le Soleil couchant, lesquels rencontrerent Dieu, qui leur demanda : Où allez-vous ? Ils respondirent : Nous allons chercher nostre vie. Dieu leur dit : Vous la trouuerez ici. Ils passerent plus outre, sans faire estat de ce que Dieu leur auoit dit, lequel prit vne pier-227||re et en toucha deux, qui furent transmuez en pierre. Et il demanda derechef aux trois autres : Où allez-vous ? et ils respondirent comme à la premiere fois ; et Dieu leur dit derechef : Ne passez plus outre, vous la trouuerez icy ; et voyans qu’il ne leur venoit rien, ils passerent outre, et Dieu prit deux bastons, et il en toucha les deux premiers, qui furent transmuez en bastons, et le cinquiesme s’arresta, ne voulant passer plus outre. Et Dieu luy demanda derechef : Où vas-tu ? Ie vay chercher ma vie. Demeure, et tu la trouueras. Il s’arresta, sans passer plus outre, et Dieu luy donna de la viande, et en mangea. Apres auoir faict bonne chere, il retourna auec les autres Sauuages, et leur raconta tout ce que dessus.
Ce Sagamo dit et raconta encore à ce François cet autre plaisant discours. Qu’vne autre-fois il y auoit vn homme qui auoit quantité de Tabac, et que Dieu dist à cet homme, et luy demanda où estoit son petunoir, l’homme le prit, et le donna à Dieu, qui petuna beaucoup, et après auoir bien petuné, il le rompit en plusieurs pieces ; et l’homme luy demanda : Pourquoy as-tu rompu mon petunoir, tu 228|| vois bien que ie n’en ay point d’autre ? Et Dieu en prit vn qu’il auoit et le luy donna, luy disant : En voilà vn que ie te donne, porte-le à ton grand Sagamo, qu’il le garde, et s’il le garde bien, il ne manquera point de chose quelconque, ny tous ses compagnons. Cet homme prit le petunoir qu’il donna à son grand Sagamo, et durant tout le temps qu’il l’eut, les Sauuages ne manquerent de rien du monde : mais que du depuis ledit Sagamo auoit perdu ce petunoir, qui est l’occasion de la grande famine qu’ils ont quelques-fois parmy-eux. Voylà pourquoy ils disent que Dieu n’est pas trop bon, et ils ont raison, puisque ce Demon qui leur apparoist en guise d’vn Dieu, est vn esprit de malice, qui ne s’estudie qu’à leur ruyne et perdition.
La croyance en general de nos Hurons (bien que très mal entendue par eux-mesmes, et en parlent fort diuersement ;) c’est que le Createur qui a faict tout ce monde, s’appelle Yoscaha, et en Canadien Ataouacan, lequel a encore sa Mere-grand’, nommée Ataensiq : leur dire qu’il n’y a point d’apparence qu’vn Dieu aye vne Mere grand’, et que cela se contrarie, ils demeurent sans replique, comme 229|| à tout le reste. Ils disent qu’ils demeurent fort loin, n’en ayans neantmoins autre marque ou preuue, que le recit qu’ils alleguent leur en auoir esté fait par vn Attiuoindaron, qui leur a faict croire l’auoir veu, et la marque de ses pieds imprimée sur vne roche au bord d’vne riuiere, et que sa maison ou cabane est faicte comme les leurs, y ayant abondance de bled, et de toute autre chose necessaire à l’entretien de la vie humaine. Qu’il seme du bled, trauaille, boit, mange et dort comme les autres. Que tous les animaux de la terre sont à luy et comme ses domestiques. Que de sa nature il est tres-bon, et donne accroissement à tout, et que tout ce qu’il faict est bien faict, et nous donne le beau temps, et toute autre chose bonne et prospere. Mais à l’opposite, que sa Mere-grand’est meschante, et qu’elle gaste souuent tout ce que son petit Fils a faict de bien. Que quand Yoscaha est vieil, qu’il rajeunit tout à vn instant, et deuient comme vn ieune homme de vingt-cinq à trente ans, et par ainsi qu’il ne meurt iamais, et demeure immortel, bien qu’il soit vn peu suiect aux necessitez corporelles, comme nous autres.
230|| Or il faut noter, que quand on vient à leur contredire ou contester là-dessus, les vns s’excusent d’ignorance, et les autres s’enfuyent de honte, et d’autres qui pensent tenir bon s’embroüillent incontinent, et n’y a aucun accord ny apparence à ce qu’ils en disent, comme nous auons souuent veu et sceu par experience, qui faict cognoistre en effect qu’ils ne recognoissent et n’adorent vrayement aucune Dininité ny Dieu, duquel ils puissent rendre quelque raison, et que nous puissions sçauoir : car encore que plusieurs parlent en la louange de leur Yoscaha, nous en auons oüy d’autres en parler auec mespris et irreuerence.
Ils ont bien quelque respect à ces esprits, qu’ils appellent Oki ; mais ce mot Oki signifie aussi bien vn grand Diable, comme vn grand Ange, vn esprit furieux et demoniacle, comme vn grand esprit, sage, sçauant ou inuentif, qui faict ou sçait quelque chose par-dessus le commun ; ainsi nous y appelloient-ils souuent, pour ce que nous sçauions et leur enseignions des choses qui surpassoient leur esprit, à ce qu’ils disoient. Ils appellent aussi Oki leurs Medecins et Magiciens, voire mesmes 231|| leurs fols, furieux et endiablez. Nos Canadiens et Montagnets appellent aussi les leurs Pirotois et Manitous, qui signifie la mesme chose que Oki en Huron.
Ils croyent aussi qu’il y a de certains esprits qui dominent en vn lieu, et d’autres en vn autre : les vns aux riuieres, les autres aux voyages, aux traites, aux guerres, aux festins et maladies, et en plusieurs autres choses, ausquels ils offrent du petun, et font quelques sortes de prieres et ceremonies, pour obtenir d’eux ce qu’ils desirent. Ils m’ont aussi monstré plusieurs puissans rochers sur le chemin de Kebec, ausquels ils croyoient resider et presider vn esprit, et entre les autres ils m’en monstrerent vn à quelque cent cinquante lieues de là, qui auoit comme vne teste, et les deux bras esleuez en l’air, et au ventre ou milieu de ce puissant rocher, il y auoit vne profonde cauerne de tres-difficile accez. Ils me vouloient persuader et faire croire à toute force, auec eux, que ce rocher auoit esté vn homme mortel comme nous, et qu’esleuant les bras et les mains en haut, il s’estoit metamorphosé en cette pierre, et deuenu à succession de temps, vn si puissant rocher, lequel ils ont en veneration, 232|| et luy offrent du petun en passant par deuant auec leurs Canots, non toutes les fois, mais quand ils doutent que leur voyage doiue réussir, et luy offrant ce petun, qu’ils iettent dans l’eau contre la roche mesme, ils luy disent : Tiens, prends courage, et fay que nous fassions bon voyage, auec quelqu’autre parole que ie n’entends point : et le Truchement, duquel nous auons parlé au chapitre precedent, nous a asseuré d’auoir fait vne fois vne pareille offrande auec eux (dequoy nous le tançasmes fort) et que son voyage luy fut plus profitable qu’aucun autre qu’il ait iamais faict en ces pays-là. C’est ainsi que le Diable les amuse, les maintient et conserue dans ses filets, et en des superstitions estranges, en leur prestans ayde et faueur, selon la croyance qu’ils luy ont en cecy, comme aux autres ceremonies et sorceleries que leur Oki obserue, et leur faict obseruer, pour la guerison de leurs maladies, et autres necessitez, n’offrans neantmoins aucune priere ny offrande à leur Yoscaha (au moins que nous ayons sceu), ains seulement à ces esprits particuliers, que ie viens de dire, selon les occasions.
Ils croyent les ames immortelles : et 233|| partans de ce corps, qu’elles s’en vont aussi-tost dancer et se resiouyr en la presence d’Yoscaha, et de sa Mere-grand’ Ataensiq, tenans la route et le chemin des Estoilles, qu’ils appellent Atiskein andahatey, le chemin des ames, que nous appelons la voye lactée, ou l’escharpe estoilée, et les simples gens le chemin de sainct Iacques. Ils disent que les ames des chiens y vont aussi, tenans la route de certaines estoilles, qui sont proches voysines du chemin des ames, qu’ils appellent Gagnenon andahatey, c’est à dire, le chemin des chiens, et nous disoient que ces ames, bien qu’immortelles, ont encore en l’autre vie les mesmes necessitez du boire et du manger, de se vestir et labourer les terres, qu’elles auoient lors qu’elles estoient encore reuestuës de ce corps mortel. C’est pourquoy ils enterrent ou enferment auec les corps des deffuncts, de la galette, de l’huile, des peaux, haches, chaudieres et autres outils ; pour à celle fin que les ames de leurs perents, à faute de tels instrumens, ne demeurent pauures et necessiteuses en l’autre vie : car ils s’imaginent et croyent que les ames de ces chaudieres, haches, cousteaux, et tout ce qu’ils leur de-234||dient, particulierement à la grande feste des Morts, s’en vont en l’autre vie seruir les ames des deffuncts, bien que le corps de ces peaux, haches, chaudieres, et de toutes les autres choses dediées et offertes, demeurent et restent dans les fosses et les bieres, auec les os des trespassez, c’estoit leur ordinaire response, lors que nous leur disions que les souris mangeoient l’huile et la galette, et la roüille et pourriture les peaux, haches et autres instruments qu’ils enseuelissoient et mettoient auec les corps de leurs parens et amis dans le tombeau.
Entre les choses que nos Hurons ont le plus admiré, en les instruisant, estoit qu’il y eust vn Paradis au dessus de nous, où fussent tous les bien-heureux auec Dieu, et vn Enfer sousterrain, où estoient tourmentées auec les Diables en vn abysme de feu, toutes les ames des meschants, et celles de leurs parens et amis deffuncts, ensemblement auec celles de leurs ennemis, pour n’auoir cogneu ny adoré Dieu nostre Createur, et pour auoir meiné vne vie si mauuaise et vescu auec tant de dissolution et de vices. Ils admiroient aussi grandement l’Escriture, par laquelle, ab-235||sent, on se faict entendre où l’on veut ; et tenans volontiers nos liures, apres les auoir bien contemplez, et admiré les images et les lettres, ils s’amusoient à en compter les fueillets.
Ces pauures gens ayans par plusieurs fois experimenté le secours et l’assistance que nous leur promettions de la part de Dieu, lors qu’il viuroient en gens de bien, et dans les termes que leur prescriuions : Ils auoient souuent recours à nos prieres, soit, ou pour les malades, ou pour les iniures du temps, et aduoüoient franchement qu’elles auoient plus d’efficace que leurs ceremonies, coniurations et tous les tintamarres de leurs Medecins, et se resiouyssoient de nous oüir chanter des Hymnes et Pseaumes à leur intention, pendant lesquels (s’ils s’y trouuoient presens) ils gardoient estroictement le silence, et se rendoient attentifs, pour le moins au son et à la voix, qui les contentoit fort. S’ils se presentoient à la porte de nostre Cabane, nos prieres commencées, ils auoient patience, ou s’en retournoient en paix, sçachans desia que nous ne deuions pas estre diuertis d’vne si bonne action, et que d’entrer par importunité estoit chose estimée 236|| inciuile, mesme entr’eux, et vn obstacle aux bons effects de la priere, tellement qu’ils nous donnoient du temps pour prier Dieu, et pour vacquer en paix à nos offices diuins. Nous aydant en cela la coustume qu’ils ont de n’admettre aucun dans leurs Cabanes lors qu’ils chantent les malades, ou que les mots d’vn festin ont été prononcez.
Auoindaon, grand Capitaine de Quieunonascaran, auoit tant d’affection pour nous, qu’il nous seruoit comme de Pere Syndiq dans le pays, et nous voyoit aussi souuent qu’il croyoit ne nous estre point importun, et nous trouuans par-fois à genoüils prians Dieu, sans dire mot, il s’agenoüilloit auprès de nous, ioignoit les mains, et ne pouuant d’auantage, il taschoit serieusement de contrefaire nos gestes et postures, remuant les leures, et esleuant les mains et les yeux au Ciel, et y perseueroit iusques à la fin de nos Offices, qui estoient assez longues, et luy aagé d’enuiron soixante et quinze ans. O mon Dieu, que cet exemple deuroit confondre de Chrestiens ! et que nous dira ce bon vieillard Sauuage, non encore baptisé, au iour du jugement, de nous 237|| voir plus negligens d’aymer et seruir vn Dieu, que nous cognoissons, et duquel nous receuons tant de grâces tous les iours, que luy, qui n’auoit iamais esté instruit que dans l’escole de la Gentilité, et ne le cognoissoit encore qu’au trauers les espaisses tenebres de son ignorance ? Mon Dieu, resueillez nos tiedeurs, et nous eschauffez de vostre diuin amour. Ce bon vieillard, plein d’amitié et de bonne volonté, s’offrit encore de venir coucher auec moy dans nostre Cabane, lors qu’en l’absence de mes Confreres i’y restois seul la nuict. Ie luy demandois la raison, et s’il croyoit m’obliger en cela, il me disoit qu’il apprehendoit quelque accident pour moy, particulierement en ce temps que les Yroquoîs estoient entrez dans leurs pays, et qu’ils me pourroient aysement prendre, ou me tuer dans nostre Cabane, sans pouuoir estre secouru de personne, et que de plus les esprits malins qui les inquietoient me pourroient aussi donner de la frayeur, s’ils venoient à s’apparoistre à moy, ou à me faire entendre de leurs voix. Ie le remerciois de sa bonne volonté, et l’asseurois que le n’auois aucune apprehension, ny des Yroquois, ny des es-238||prits malins, et que ie voulois demeurer seul la nuict dans nostre Cabane, en silence, prieres et oraisons. Il me repliquoit : Mon Nepueu, ie ne parleray point, et prieray Iesvs auec toy, laisse-moy seulement en ta compagnie pour cette nuict, car tu nous es cher, et crains qu’il ne t’arriue du mal, ou en effect, ou d’apprehension. Ie le remerciois derechef, et le renuoyois au bourg, et moy ie demeurois seul en paix et tranquillité.
Nous baptizasmes vne femme malade en nostre bourg, qui ressentit et tesmoigna sensiblement de grands effects du sainct Baptesme : il y auoit plusieurs iours qu’elle n’auoit mangé, estant baptizée aussi tost l’appétit luy reuint, comme en pleine santé, par l’espace de plusieurs iours, apres lesquels elle rendit son ame à Dieu, comme pieusement nous pouuons croire ; elle repetoit souuent à son mary, que lors qu’on la baptisoit, qu’elle ressentoit en son ame vne si douce et suaue consolation, qu’elle ne pouuoit s’empescher d’auoir continuellement les yeux esleuez au Ciel, et eust bien voulu qu’on eust peu lui reiterer encore vne autre fois le sainct Baptesme, pour pouuoir ressentir derechef cette 239 || consolation interieure, et la grande grace et faueur que ce Sacrement luy auoit communiquée. Son mary, nommé Ongyata, tres-content et ioyeux, nous en a tousiours esté du depuis fort affectionné, et desiroit encore estre faict Chrestien, auec beaucoup d’autres ; mais il falloit encore vn peu temporiser, et attendre qu’ils fussent mieux fondez en la cognoissance et croyance d’vn Iesus-Christ crucifié pour nous, et à vne vraye resignation, renonciation, abandonnement et mespris de toutes leurs folles ceremonies, et en la hayne de tous leurs vices et mauuaises habitudes : pource que ce n’est pas assez d’estre baptizé pour aller en Paradis ; mais il faut de plus viure Chrestiennement, et dans les termes et les loix que Dieu et son Eglise nous ont prescrites : autrement il n’y a qu’vn Enfer pour les mauuais, et non point vn Paradis. Et puis ie diray auec verité, que si on n’establit des Colonies de bons et vertueux Catholiques dans tous ces pays Sauuages, que iamais le Christianisme n’y sera bien affermy, encore que des Religieux s’y donnassent toutes les peines du monde : car autre chose est d’auoir affaire à des peu-||240ples policez, et autre chose est de traiter auec des peuples Sauuages, qui ont plus besoin d’exemple d’vne bonne vie, pour s’y mirer, que de grand’ Theologie pour s’instruire, quoy que l’vn et l’autre soit necessaire. Et par ainsi nos Peres ont faict beaucoup d’en auoir baptizé plusieurs, et d’en auoir disposé vn grand nombre à la foy et au Christianisme.
Et puis que nous sommes sur le suiet du sainct Baptesme, ie ne passeray sous silence, qu’entre plusieurs Sauuages Canadiens, que nos Peres y ont baptisez, soit de ceux qu’ils ont fait conduire en France, ou d’autres qu’ils ont baptisez et retenus sur les lieux, les deux derniers meritent de vous en dire quelque chose. Le Pere Ioseph le Caron, Superieur de nostre Conuent de sainct Charles, nourrissoit et esleuoit, pour Dieu, deux petits Sauuages Canadiens, l’vn desquels, fils du Canadien que nous sur-nommons le Cadet, apres avoir esté bien instruit en la foy et doctrine Chrestienne, se resolut de viure à l’aduenir, suyuant la loi que nos Peres lui auoient enseignée, et auec instance demanda le sainct Baptesme ; mais à mesme 241 temps qu’il eut consenty et résolu de se 241|| faire baptizer, le Diable commença de le tourmenter, et s’apparoistre à luy en diuerses rencontres : de sorte qu’il le pensa vne fois estouffer, si par prieres à Dieu, Reliquaires, et par eau beniste on ne luy eust bridé son pouuoir : et comme on luy iettoit de cet’ eau, ce pauure petit garçon voyoit ce malin esprit s’enfuyr d’vn autre costé et monstroit à nos Peres l’endroict et le lieu où il estoit, et disoit asseurement que ce malin auoit bien peur de cet’ eau : tant y a, que depuis le iour de Pasques, que le Diable l’assaillit pour la premiere fois, iusques à la Pentecoste qu’il fut baptizé, ce pauure petit Sauuage fut en continuelle peine et apprehension, et auec larmes supplioit tousiours nos Peres de le vouloir baptizer, et le faire quitte de ce meschant ennemy, duquel il receuoit tant d’ennuys et d’effrois.
Le iour de son Baptesme, nos Religieux firent vn festin à tous les parens du petit garçon de quantité de pois, de prunes, et de quelqu’autre menestre, boüillies et cuites ensemble dans vne grande chaudière. Et comme le Pere Joseph leur eut faict vne harangue sur la cérémonie, vertu et necessité du sainct Baptesme, il 242|| arriva à quelques iours de là, qu’vn d’eux venant à tomber malade, il eut si peur de mourir sans estre baptizé, qu’il le demanda maintes-fois, et auec tres-grande instance : si que se voyant pressé du mal, il disoit que s’il n’estoit baptizé, qu’il en imputeroit la faute à ceux qui luy refusoient, tellement qu’vn de nos Religieux, nommé Frère Geruais, auec l’aduis de tous les François qui se trouuerent là presens, luy confera le sainct Baptesme, et le mit en repos. Il s’est monstré du depuis si feruent obseruateur de ce qui luy a esté enseigné, qu’il s’est librement faict quitte de toutes les bagatelles et superstitions dont le Diable les amuse, et mesme n’a permis qu’aucun de leurs Pirotois fist plus aucune diablerie autour de luy comme ils auoient accoustumé.
Enuiron les mois d’Auril et de May, les pluyes furent tres-grandes, et presque continuelles (au contraire de la France, qui fut fort seiche cette année-là) de sorte que les Sauuages croyoient asseurement que tous leurs bleds deussent estre perdus et pourris, et dans cette affliction ne sçauoient plus à qui auoir recours, sinon à nous : car desia toutes leurs ceremonies et 243|| superstitions auoient esté faictes et obseruées sans aucun profit. Ils tindrent donc conseil entre tous les plus anciens, pour aduiser à vn dernier et salutaire remede, qui n’estoit pas vrayement sauuage ; mais digne d’vn tres-grand esprit, et esclairé d’vne nouuelle lumiere du Ciel, qui estoit de faire apporter vn tonneau d’escorce de mediocre grandeur, au milieu de la Cabane du grand Capitaine où se tenoit le conseil, et d’arrester entr’eux que tous ceux du bourg, qui auoient vn champ de bled ensemencé, en apporteroient là une escuellée de leur Cabane, et ceux qui auroient deux champs, en apporteroient deux escuellées, et ainsi des autres, puis l’offriroient et dedieroient à l’vn de nous trois, pour l’obliger auec les deux autres Confreres, de prier Dieu pour eux. Cela estant faict, ils me choisissent, et m’envoyent prier par un nommé Grenole, d’aller au conseil, pour me communiquer quelque affaire d’importance, et aussi pour recevoir vn tonneau de bled qu’ils m’auoient dedié. Auec l’aduis de mes Confreres ie m’y en allay, et m’assis au conseil auprés du grand Capitaine, lequel me dit : Mon Nepueu, nous t’auons en-244||uoyé querir, pour t’aduiser que si les pluyes ne cessent bien-tost, nos bleds seront tous perdus, et toy et tes Confreres avec nous, mourrons tous de faim ; mais comme vous estes gens de grand esprit, nous auons eu recours à vous, et esperons que vous obtiendrez de vostre Pere qui est au Ciel, quelque remede et assistance à la necessité qui nous menace. Vous nous auez tousiours annoncé qu’il estoit tres-bon, et qu’il estoit le Createur, et auoit tout pouuoir au Ciel et en la terre ; si ainsi est qu’il soit tout-puissant et tres-bon, et qu’il peut ce qu’il veut, il peut donc nous retirer de nos miseres, et nous donner vn temps propre et bon : prie-le donc, auec tes deux autres Confreres, de faire cesser les pluyes, et le mauuais temps, qui nous conduit infailliblement dans la famine, s’il continue encore quelque temps, et nous ne te serons pas ingrats : car voylà desia vn tonneau de bled que nous t’auons dedié, en attendant mieux. Son discours finy, et ses raisons deduites, ie luy remonstray que tout ce que nous leur auions dit et enseigné estoit tres-veritable, mais qu’il estoit à la liberté d’vn pere d’exaucer ou reietter les prieres de son enfant, 245|| et que pour chastier, ou faire grace et misericorde, il estoit tousiours la mesme bonté, y ayant autant d’amour au refus qu’à l’octroy ; et luy dis pour exemple : Voilà deux de tes petits enfans, Andaracouy et Aroussen, quelques fois tu leur donnes ce qu’ils te demandent, et d’autres fois non ; que si tu les refuses et les laisses contristez, ce n’est pas pour hayne que tu leur portes, ny pour mal que tu leur vueilles ; ains pour ce que tu iuges mieux qu’eux que cela ne leur est pas propre, ou que ce chastiment leur est necessaire. Ainsi en vse Dieu nostre Pere tres-sage, enuers nous ses petits enfans et seruiteurs. Ce Capitaine vn peu grossier, en matiere spirituelle, me répliqua, et dist : Mon Nepueu, il n’y a point de comparaison de vous à ces petits enfans : car n’ayans point d’esprit, ils font souuent de folles demandes, et moi qui suis pere sage, et de beaucoup d’esprit, ie les exauce ou refuse avec raison. Mais pour vous, qui estes grandement sages, et ne demandez rien inconsiderement, et qui ne soit tres-bon et equitable, vostre Pere qui est au Ciel, n’a garde de vous esconduire : que s’il ne vous exauce, et que nos bleds viennent à pourrir, 246|| nous croyrons que vous n’estes pas veritables, et que Iesus n’est point si bon ny si puissant que vous dites. Ie luy repliquay tout ce qui estoit necessaire là-dessus, et luy remis en memoire que desia en plusieurs occasions ils auoient experimenté le secours d’vn Dieu et d’vn Créateur, si bon et pitoyable, et qu’il les assisteroit encore à cette presente et pressante necessité, et leur donnerait du bled plus que suffisamment, pourueu qu’ils nous voulussent croire, et quittassent leurs vices, et que si Dieu les chastioit par-fois, c’estoit parce qu’ils estoient tousiours vicieux, et ne sortoient point de leurs mauuaises habitudes, et que s’ils se corrigeoient, ils luy seroient agreables, et les traiterait apres comme ses enfants.
Ce bon homme prenant goust à tout ce que ie luy disois, me dist : O mon Nepueu ! ie veux donc estre enfant de Dieu, comme toy. Ie luy respondis, tu n’en es point encore capable. O mon Oncle ! il faut encore vn peu attendre que tu te sois corrigé : car Dieu ne veut point d’enfant s’il ne renonce aux superstitions, et qu’il ne se contente de sa propre femme sans aller aux autres, et si tu le fais nous 247|| te baptizerons, et apres ta mort ton ame s’en ira bien-heureuse auec luy. Le conseil acheué, le bled fut porté en nostre Cabane, et m’y en retournay, où i’aduertis mes Confreres de tout ce qui s’estoit passé, et qu’il falloit serieusement et instamment prier Dieu pour ce pauure peuple, à ce qu’il daignast les regarder de son œil de misericorde, et leur donnast un temps propre et necessaire à leurs bleds, pour de là les faire admirer ses merueilles. Mais à peine eusmes-nous commencé nos petites prieres, et esté processionnellement à l’entour de nostre petite Cabane, en disans les Litanies, et autres prieres et deuotions, que nostre Seigneur tres-bon et misericordieux fist à mesme temps cesser les pluyes : tellement que le Ciel, qui auparauant estoit par tout couuert de nuées obscures, se fist serain, et toutes ces nuées se ramasserent comme vn globe au dessus de la ville, et puis tout à coup cela se fondit derriere les bois, sans qu’on en aperceust iamais tomber vne seule goutte d’eau ; et ce beau temps dura enuiron trois sepmaines, au grand contentement, et estonnement et admiration des Sauuages, qui satisfaits d’vne telle faueur celeste, nous 248|| en restèrent fort affectionnez, auec deliberation de faire passer en conseil, que de là en auant, ils nous appelleroient leurs Peres spirituels, qui estoit beaucoup gaigné sur eux, et suiet à nous de rendre infinies graces à Dieu, qui daigne faire voir ses merueilles quand il luy plaist, et est expedient à sa gloire.
Du depuis les Sauuages nous eurent vne telle croyance, et auoient tant d’opinions de nous, que cela nous estoit à peine, pour ce qu’ils inferoient de là et s’imaginoient que Dieu ne nous esconduiroit iamais d’aucune chose que luy demandassions, et que nous pouuions tourner le Ciel et la terre à nostre volonté (par maniere de dire ;) c’est pourquoy qu’il leur en falloit faire rabattre de beaucoup, et les aduiser que Dieu ne fait pas tousiours miracle, et que nous n’estions pas dignes d’estre tousiours exaucez.
Il m’arriua un iour qu’estant allé visiter vn Sauuage de nos meilleurs amis, grandement bon homme, et d’vn naturel qui sentoit plustost son bon Chrestien, que non pas son Sauvage : Comme ie discourois auec luy, et pensois monstrer nostre cachet, pour luy en faire admirer l’Image, 249|| qui estoit de la saincte Vierge, vne fille subtilement s’en saisit, et le ietta de costé dans les cendres, pensant par après le ramasser pour elle. I’estois marry que ce cachet m’auoit esté ainsi pris et desrobé, et dis à cette fille que ie soupçonnois : Tu te ris et te mocques à present de mon cachet que tu as desrobé ; mais sçache, que s’il ne m’est rendu, que tu pleureras demain, et mourras bien-tost : car Dieu n’ayme point les larrons, et les chastie ; ce que ie disois simplement, et pour l’intimider et faire rendre son larrecin, comme elle fist à la fin, l’ayant moy-mesme ramassé du lieu où elle l’auoit ietté. Le lendemain à heure de dix heures, estant retourné voir mon Sauuage, ie trouuay cette fille toute esplorée et malade, auec de grands vomissemens qui la tourmentaient : estonné et marry de la voir en cet estat, ie m’informay de la cause de son mal, et de ses pleurs, l’on me dist que c’estoit le mal que ie luy auois predit, et qu’elle estoit sur le poinct de se faire reconduire à la Nation du Petun, d’où elle estoit, pour ne point mourir hors de son pays : ie la consolay alors, et luy dis qu’elle n’eust plus de peur, et qu’elle ne mourroit point pour ce coup, 250|| ny n’en seroit pas d’auantage malade, puis que ce cachet auoit esté retrouué ; mais qu’elle aduisast vne autre fois de n’estre plus meschante, et de ne plus desrober, puis que cela desplaisoit au bon Iesvs ; et alors elle me demanda derechef si elle n’en mourroit point, et apres que ie l’en eus asseurée, elle resta entierement guerie et consolée, et ne parla plus de s’en retourner en son pays, comme elle faisoit auparauant, et vescut plus sagement à l’aduenir.
Comme ils estimoient que les plus grands Capitaines de France estoient doüez d’vn plus grand esprit, et qu’ayans vn si grand esprit, eux seuls pouuoient faire les choses les plus difficiles : comme haches, cousteaux, chaudieres, etc., ils inferoient de là, que le Roy (comme le plus grand Capitaine et le chef de tous) faisoit les plus grandes chaudieres, et nous tenans en cette qualité de Capitaines, ils nous en presentoient quelques-fois à r’accommoder, et nous supplioient aussi de faire pencher en bas les oreilles droictes de leurs chiens, et de les rendre comme celles de ceux de France qu’ils auoient veus à Kebec : mais ils se mesprenoient, et 251|| nous supplioient en vain, comme de nous estre importuns d’aller tuer le Tonnerre, qu’ils pensoient estre vn oyseau, nous demandans si les François en mangeoient, et s’il auoit bien de la graisse, et pourquoy il faisoit tant de bruit : mais le leur donnay à entendre (selon ma petite capacité) comme et en quoy ils se trompoient, et qu’ils ne deuoient penser si bassement des choses ; dequoy ils resterent fort contents et aduoüoient auec vn peu de honte leur trop grande simplicité et ignorance.
Les Sauuages, non plus que beaucoup de simples gens, ne s’estoient iamais imaginé que la terre fust ronde et suspendue, et que l’on voyageast à l’entour du monde, et qu’il y eust des Nations au dessous de nous, ny mesme que le Soleil fist son cours à l’entour : mais pensoient que la terre fust percée, et que le Soleil entroit par ce trou quand il se couchoit, et y demeuroit caché iusqu’au lendemain matin qu’il sortoit par l’autre extremité, et neantmoins ils comprenoient bien qu’il estoit plustost nuict en quelques pays, et plustost iour en d’autres : car vn Huron venant d’vn long voyage, nous dist en nostre Cabane, qu’il estoit desia nuict en la con-252||trée d’où il venoit, et neantmoins il estoit plein Esté aux Hurons, et pour lors enuiron les quatre ou cinq heures après midy seulement.
Chapitre XIX.
esireux de voir les ceremonies et façons
ridicules qu’ils obseruent à la pesche du
grand poisson, qu’ils appellent Assihendo,
qui est vn poisson gros comme les plus
grandes moluës, mais beaucoup meilleur, je partis de
Quieunonascaran, auec le Capitaine Auoindaon, au mois
d’Octobre, et nous embarquasmes sur la mer douce
dans vn petit Canot, moy cinquiesme, et prismes la
route du costé du Nord, où, apres auoir long temps
nauigé et aduancé dans la mer, nous nous arrestables
et prismes terre dans vne Isle commode pour
la pesche, et y cabanasmes proche de plusieurs mesnages
qui s’y estoient desia accommodez pour le
mes-253||me suiet de la pesche. Dés le soir de nostre
arriuée, on fist festin de deux grands poissons, qui
nous auoient esté donnez par vn des amis de nostre
Sauuage, en passant deuant l’Isle où il peschoit : car
la coustume est entr’eux, que les amis se visitans les
vns les autres au temps de la pesche, de se faire des
presens mutuels de quelques poissons. Nostre Cabane
estant dressée à l’Algoumequine, chacun y
choisit sa place, aux quatre coins estoient les quatre
principaux, et les autres en suite, arrangez, les vns
ioignans les autres, assez pressez. On m’auoit donné
vn coin dés le commencement ; mais au mois de Nouembre,
qu’il commence à faire vn peu de froid, ie me mis plus au milieu, pour pouuoir participer à la
chaleur des deux feux que nous auions, et ceday mon
coin à vn autre. Tous les soirs on portoit les rets enuiron
demye-lieuë, ou vne lieuë auant dans le Lac,
et le matin à la poincte du iour on les alloit leuer, et
rapportoit-on tousiours quantité de bons gros poissons ;
comme Assihendos, Truites, Esturgeons, et
autres qu’ils esuentroient, et leur ouuroient le
ventre comme l’on faict aux Moluës, puis les estendoient
sur des rat-254||teliers de perches dressez exprez,
pour les faire seicher au Soleil : que si le temps incommode,
et les pluyes empeschent et nuysent à la
seicheresse de la viande ou du poisson, on les faict
boucaner à la fumée sur des clayes ou sur des perches,
puis on serre le tout dans des tonneaux, de
peur des chiens et des souris, et cela leur sert pour
festiner, et pour donner goust a leur potage, principalement
en temps d’hyuer.
Quelques fois on reseruoit des plus gros et gras Assihendos, qu’ils faisoient fort bouillir et consommer en de grandes chaudieres pour en tirer l’huile, qu’ils amassoient auec vne cueillier par-dessus le boüillon, et la serroient en des bouteilles qui ressembloient à nos calbasses : cette huile est aussi douce et agréable que beurre fraiz, aussi est-elle tirée d’vn tres-bon poisson, qui est incogneu aux Canadiens, et encore plus icy. Quand la pesche est bonne, et qu’il y a nombre de Cabanes, on ne voit que festins et banquets mutuels et réciproques, qu’ils se font les vns aux autres, et se resioüissent de fort-bonne grace par ensemble, sans dissolution. Les festins qui se font dans les villages et les bourgs sont par-fois bons ; mais ceux qui255||se font à la pesche et à la chasse sont les meilleurs de tous.
Ils prennent sur tout garde de ne ietter aucune arreste de poisson dans le feu, et y en ayant ietté ils m’en tancerent fort, et les en retirerent promptement, disans que ie ne faisois pas bien, et que ie serois cause qu’ils ne prendroient plus rien ; pour ce qu’il y auoit de certains esprits, ou les esprits des poissons mesmes, desquels on brusloit les os, qui aduertiroient les autres poissons de ne se pas laisser prendre, puis qu’on brusloit leurs os. Ils ont la mesme superstition à la chasse du Cerf, de l’Eslan, et des autres animaux, croyans que s’il en tomboit de la graisse dans le feu, ou que quelques os y fussent iettez, qu’ils n’en pourraient plus prendre. Les Canadiens ont aussi cette coustume de tuer tous les Eslans qu’ils peuuent attraper à la chasse, craignans qu’en en espargnant ou en hissant aller quelqu’vn, il n’allast aduertir les autres de fuyr et se cacher au loin, et ainsi en laissent par-fois pourrir et gaster sur la terre, quand ils en ont desia assez pour leur prouision, qui leur feroient bon besoin en autre temps, pour les grandes disettes qu’ils souffrent souuent, particu-256||lierement quand les neiges sont basses auquel temps ils ne peuuent, que tres-difficilement, attraper la beste, et encore en danger d’en estre enfoncé.
Vn iour, comme ie pensois brusler au feu le poil d’vn Escureux, qu’vn Sauuage m’auoit donné, ils ne le voulurent point souffrir, et me l’enuoyerent brusler dehors, à cause des rets qui estoient pour lors dans la Cabane : disans qu’autrement elles le diroient aux poissons. Ie leur dis que les rets ne voyoient goutte ; ils me respondirent que si, et mesme qu’elles entendoient et mangeoient. Donne-leur donc de ta Sagamité, leur dis-je. Vn autre me répliqua : Ce sont les poissons qui leur donnent à manger, et non point nous. Ie tançay vne fois les enfans de la Cabane, pour quelques vilains et impertinents discours qu’ils tenoient : il arrina que le lendemain matin ils prindrent fort peu de poisson, ils l’attribuerent à cette reprimande qui auoit esté rapportée par les rets aux poissons.
Vn soir, que nous discourions des animaux du pays, voulans leur faire entendre que nous auions en France des lapins et levraux, qu’ils appellent Quieutonmalisia, 257|| ie leur en fis voir la figure par le moyen de mes doigts, en la clairté du feu qui en faisoit donner l’ombrage contre la Cabane : d’auenture et par hazard on prit le lendemain matin, du poisson beaucoup plus qu’à l’ordinaire, ils creurent que ces figures en auoient esté la cause, tant ils sont simples, me priant au reste de prendre courage, et d’en faire tous les soirs de mesme, et de leur apprendre, ce que ie ne voulus point faire, pour n’estre cause de cette superstition, et pour n’adherer à leur folie.
En chacune des Cabanes de la Pesche, il y a ordinairement vn Prédicateur de poisson, qui a accoustumé de faire vn sermon aux poissons, s’ils sont habiles gens ils sont fort recherchez, pource qu’ils croyent que les exhortations d’vn habile homme ont vn grand pouuoir d’attirer les poissons dans leurs rets. Celuy que nous auions s’estimoit vn des premiers, aussi le faisoit-il beau voir se demener, et de la langue et des mains quand il preschoit, comme il faisoit tous les iours après souper, après auoir imposé silence, et faict ranger vn chacun en sa place, couché de leur long sur le dos, et le ventre 258|| en haut comme luy. Son Theme estoit : Que les Hurons ne bruslent point les os des poissons, puis il poursuyuoit en suite auec des affections non-pareilles, exhortoit les poissons, les coniuroit, les inuitoit et les supplioit de venir, de se laisser prendre, et d’auoir bon courage, et de ne rien craindre, puis que c’estoit pour seruir à de leurs amis, qui les honorent, et ne bruslent point leurs os. Il en fit aussi vn particulier à mon intention, par le commandement du Capitaine, lequel me disoit apres. Hé bien ! mon Nepueu, voylà-il pas qui est bien ? Ouy, mon Oncle, à ce que tu dis, luy respondis-ie ; mais toy, et tous vous autres Hurons, auez bien peu de iugement, de penser que les poissons entendent et ont l’intelligence de vos sermons et de vos discours.
Pour auoir bonne pesche ils bruslent aussi parfois du petun, en prononçans de certains mots que ie n’entends pas. Ils en iettent aussi à mesme intention dans l’eau à de certains esprits qu’ils croyent y présider, ou plustost à l’ame de l’eau (car ils croyent que toute chose materielle et insensible a vne ame qui entend) et la prient à leur maniere accoustumée, d’auoir bon courage, et 259|| faire en sorte qu’ils prennent bien du poisson.
Nous trouuasmes dans le ventre de plusieurs poissons, des ains faits d’vn morceau de bois, accommodez auec vn os qui seruoit de crochet, lié fort proprement auec de leur chanvre ; mais la corde trop foible pour tirer à bord de si gros poissons, auoit faict perdre et la peine et les ains de ceux qui les auoient iettez en mer : car veritablement il y a dans cette mer douce des Esturgeons, Assihendos, Truites et Brochets si monstrueusement grands, qu’il ne s’en voit point ailleurs de plus gros, non plus que de plusieurs autres especes de poissons qui nous sont icy incogneus. Et cela ne nous doit estre tiré en doute, puis que ce grand Lac, ou mer douce des Hurons, est estimé auoir trois ou quatre cens lieues de longueur, de l’Orient à l’Occident, et enuiron cinquante de large, contenant vne infinité d’Isles, ausquelles les Sauuages cabanent quand ils vont à la pesche, ou en voyage aux autres Nations qui bordent cette mer douce. Nous iettasmes la sonde vers nostre bourg, assez proche de terre en vn cul-de-sac, et trouuasmes quarante-huict 260|| brasses d’eau ; mais il n’est pas d’vne egale profondeur par tout : car il l’est plus en quelque lieu, et moins de beaucoup en d’autre.
Lors qu’il faisoit grand vent, nos Sauuages ne portoient point leurs rets en l’eau, par ce qu’elle s’esleuoit et s’enfloit alors trop puissamment, et en temps d’vn vent mediocre, ils estoient encore tellement agitez, que c’estoit assez pour me faire admirer, et grandement louer Dieu que ces pauures gens ne perissoient point, et sortoient auec de si petits Canots du milieu de tant d’ondes et de vagues furieuses, que ie contemplois à dessein du haut d’vn rocher, où ie me retirois seul tous les iours, ou dans l’espaisseur de la forest pour dire mon Office, et faire mes prieres en paix.
Cette Isle estoit assez abondante en gibier, Outardes, Canards, et autres oyseaux de riuiere : pour des Escureux il y en auoit telle quantité, de Suisses, et autres communs, qu’ils endommageoient grandement la seicherie du poisson, bien qu’on taschast de les en chasser par la voix, le bruit des mains, et à coups de flesches, et estans saouls ils ne faisoient que ioüer et 261|| courir les vns apres les autres, soir et matin. Il y auoit aussi des Perdrix, vne desquelles s’en vint vn iour tout contre moy en vn coin où ie disois mon Office, et m’ayant regardé en face s’en retourna à petit pas comme elle estoit venue, faisant la roue comme vn petit coq d’Inde, et tournant continuellement la teste en arrière, me regardoit et contemploit doucement sans crainte, aussi ne voulus-ie point l’espouuenter ny mettre la main dessus, comme ie pouuois faire, et la laissay aller.
Vn mois et plus s’estant escoulé, et le grand poisson changeant de contrée, il fut question de trousser bagage, et retourner chacun en son village : vn matin que l’on pensoit partir, la mer se trouua fort haute, et les Sauuages timides n’osans se hazarder dessus, me vindrent trouuer, et me supplierent de sortir de la Cabane pour voir la mer, et leur dire ce qu’il m’en sembloit, et ce qu’il estoit question de faire ; pour ce que tous les Sauuages ensemble s’estoient resolus de faire en cela tout ce que ie leur dirois et conseillerois. I’auois desia veu la mer ; mais pour les contenter il me fallut derechef sortir dehors, pour considerer s’il y auoit peril de s’embarquer 262|| ou non. O bonté infinie de nostre Seigneur, il me semble que i’auois la foy au double que ie n’en ay pas icy ! Ie leur dis : Il est vray qu’il y a à present grand danger sur mer ; mais que personne pourtant ne laisse de fretter ses Canots et s’embarquer : car en peu de temps les vents cesseront, et la mer calmera : aussi-tost dit, aussi-tost faict, ma voix se porte par toutes les Cabanes de l’Isle, qu’il falloit s’embarquer, et que ie les auois asseurez de la bonace prochaine. Ce qui les fist tellement diligenter, qu’ils nous deuancerent tous, et fusmes les derniers à desmarer. À peine les Canots furent-ils en mer, que les vents cesserent, et la mer calma comme vn plancher, iusques à nostre desembarquement et arriuée à nostre ville de Quieunonascaran.
Le soir que nous arriuasmes au port de cette ville, il estoit pres de trois quarts d’heure de nuict, et faisoit fort obscur, c’est pourquoy mes Sauuages y cabanerent : mais pour moy i’aimay mieux m’en aller seul au trauers des champs et des bois en nostre Cabane, qui en estoit à demye lieuë loin, pour y voir promptement mes Confreres, de la santé desquels 263||les Sauuages m’auoient faict fort douter : mais ie les trouuay en très-bonne disposition, Dieu mercy, de quoy ie fus fort consolé, et eux au reciproque furent fort ayses de mon retour et de ma santé, et me firent festin de trois petites Citrouilles cuittes sous la cendre chaude, et d’vne bonne Sagamité, que ie mangeay d’vn grand appetit, pour n’auoir pris de toute la iournée qu’vn bien peu de bouillon fort clair, le matin auant partir.
et de leurs Medecins.
Chapitre XX.
es anciens Egyptiens auoient accoustumé
d’vser de vomitifs pour guerir les maladies
du corps, et de sobriété pour se conseruer
en santé : car ils tenoient pour maxime
indubitable, que les maladies corporelles ne procedoient
que d’vne trop grande abondance et superfluité
d’humeurs, et par consequent qu’il n’y auoit aucun
re-264||mede meilleur que le vomissement et la sobriété.
Nos Sauuages ont bien la dance et la sobriété, auec les vomitifs, qui leur sont vtiles à la conseruation de la santé ; mais ils ont encore d’autres preseruatifs desquels ils vsent souuent : c’est à sçauoir, les estuues et sueries, par lesquelles ils s’allègent, et preuiennent les maladies : mais ce qui ayde encore grandement à leur santé, est la concorde qu’ils ont entr’eux, qu’ils n’ont point de procez, et le peu de soin qu’ils prennent pour acquerir les commoditez de cette vie, pour lesquelles nous nous tourmentons tant nous autres Chrestiens, qui sommes iustement et à bon droict repris de nostre trop grande cupidité et insatiabilité d’en auoir, par leur vie douce, et la tranquilité de leur esprit.
Il n’y a neantmoins corps si bien composé, ny naturel si bien morigené, qu’il ne vienne à la fin à se debiliter ou succomber par des diuers accidens ausquels l’homme est suiet. C’est pourquoy nos pauures Sauuages, pour remedier aux maladies ou blesseures qui leur peuuent arriuer, ont des Medecins et maistres des ceremonies, qu’ils appellent Oki, ausquels ils croyent 265|| fort, pour autant qu’ils sont grands Magiciens, grands Deuins et Inuocateurs de Diables : Ils leur seruent de Medecins et Chirurgiens, et portent tousiours auec eux vn plein sac d’herbes et de drogues pour medeciner les malades : ils ont aussi vn Apothicaire à la douzaine, qui les suit en queuë auec ses drogues, et la Tortuë qui sert à la chanterie, et ne sont point si simples qu’ils n’en sçachent bien faire accroire au menu peuple par leurs impostures, pour se mettre en credit, et auoir meilleure part aux festins et aux presents.
S’il y a quelque malade dans vn village, on l’enuoye aussi tost querir. Il faict des inuocations à son Demon, il souffle la partie dolente, il y faict des incisions, en succe le mauuais sang, et faict tout le reste de ses inuentions, n’oubliant iamais, s’il le peut honnestement, d’ordonner tousiours des festins et recreations pour premier appareil, afin de participer luy-mesme à la feste, puis s’en retourne auec ses presens. S’il est question d’auoir nouuelle des choses absentes, apres auoir interrogé son Demon, il rend des oracles ; mais ordinairement douteux, et bien souuent faux, 266 || mais aussi quelques-fois veritables : car le Diable parmy ses mensonges, leur dict quelque verité.
Vn honneste Gentil-homme de nos amis, nommé le sieur du Vernet, qui a demeuré auec nous au pays des Hurons, nous dist vn iour, que comme il estoit dans la Cabane d’vne Sauuagesse vers le Bresil, qu’vn Demon vint frapper trois grands coups sur la couuerture de la Cabane, et que la Sauuagesse qui cogneut que c’estoit son Demon, entra aussi-tost dans sa petite tour d’escorce, où elle auoit accoustumé de receuoir ses oracles, et entendre les discours de ce malin esprit. Ce bon Gentil-homme preste l’oreille, et escoute le Colloque, et entendit le Diable qui se plaignoit grandement à elle, qu’il estoit fort las et fatigué, et qu’il venoit de fort loin guerir des malades, et que l’amitié particuliere qu’il auoit pour elle, l’auoit obligé de la venir voir ainsi lassé, puis pour l’aduertir qu’il y auoit trois Nauires François en mer qui arriueroient bien-tost, ce qui fut trouué veritable : car à trois ou quatre iours de là, les Nauires arriuerent, et après que la Sauuagesse l’eut remercié, et faict ses demandes, le Demon s’en retourna.
267|| Vn de nos François estant tombé malade en la Nation du Petun, ses compagnons qui s’en alloient à la Nation Neutre, le laissèrent là, en la garde d’vn Sauuage, auquel ils dirent : Si cettuy nostre compagnon meurt, tu n’as qu’à le despoûiller de sa robbe, faire vne fosse, et l’enterrer dedans. Ce bon Sauuage demeura tellement scandalisé du peu d’estat que ces François faisoient de leur compatriote, qu’il s’en plaignit par tout, disant qu’ils estoient des chiens, de laisser et abandoner ainsi leur compagnon malade, et de conseiller encore qu’on l’enterrast nud, s’il venoit à mourir. Ie ne feray iamais cette iniure à vn corps mort, bien qu’estranger, disoit-il ; et me despoûillerois plustost de ma robbe pour le couurir, que de luy oster la sienne.
L’hoste de ce pauure garçon sçachant sa maladie, part aussitost de Quieuindohain, d’où il estoit, pour l’aller querir, et assisté de ce Sauuage qui l’auoit en garde, l’apporterent sur leur dos iusques dans sa Cabane, où enfin il mourut, apres auoir esté confessé par le Pere loseph, et fut enterré en vn lieu particulier le plus honorablement, et auec le plus de ceremonies268||Ecclesiastiques qu’il nous fut possible, dequoy les Sauuages resterent fort edifiez, et assisterent eux mesmes au conuoy avec nos François, qui s’y estoient trouués auec leurs armes. Les femmes et filles ne manquerent pas non plus en leurs pleurs accoustumez, suyuant l’ordonnance du Capitaine, et du Medecin ou Magicien des malades, lequel neantmoins on ne souffrit point approcher de ce pauure garçon pour faire ses inuentions et follies ordinaires : bien n’eust-on pas refusé quelque bon remede naturel, s’il en eust eu de propre à la maladie.
Je me suis informé d’eux, des principales plantes et racines desquelles ils se seruent pour guerir leurs maladies ; mais entre toutes les autres ils font estat de celle appelée Oscar, qui faict merueille contre toutes sortes de playes, vlceres, et autres incommoditez. Ils en ont aussi d’autres très-venimeuses, qu’ils appellent Ondachiera, c’est pourquoy qu’il s’en faut donner garde, et ne se point hazarder d’y manger d’aucune sorte de racine, que l’on ne les cognoisse, et qu’on ne sçache leurs effects et leurs vertus, de peur des accidents inopinez.
269||Nous eusmes vn iour vne grande apprehension d’vn François, qui pour en auoir mangé d’vne, deuint tout en vn instant grandement malade, et pasle comme la mort, il fut neantmoins guery par des vomitifs que les Sauuages luy firent aualler. Il nous arriua encore une autre seconde apprehension, qui se tourna par apres en risée : ce fut que certains petits Sauuages ayans des racines nommées Ooxrat, qui ressemblent à vn petit naueau, ou à vne chastaigne pelée, qu’ils venoient d’arracher pour porter en leurs Cabanes : vn ieune garçon François qui demeuroit auec nous, leur en ayant demandé, et mangé vne ou deux, et trouué au commencement d’vn goust assez agreable, il sentit peu après tant de douleur dans la bouche, comme d’vn feu tres-cuisant et picquant, auec grande quantité d’humeurs et de phlegmes qui luy distilloient continuellement de la bouche, qu’il en pensoit estre à mourir : et en effect, nous n’en sçauions que penser, ignorans la cause de cet accident, et craignions qu’il eust mangé de quelque racine venimeuse : mais en ayant communiqué, et demandé l’aduis des Sauuages, ils se firent apporter le reste des racines pour270||voir que c’estoit, et les ayans veües et recogneües, ils se prirent à rire, disans qu’il n’y auoit aucun danger ny crainte de mal ; mais plustost du bien, n’estoient ces poignantes et par trop cuisantes douleurs de la bouche. Ils se seruent de ces racines pour purger les phlegmes et humiditez du cerueau des vieilles gens, et pour esclaircir la face : mais pour euiter ce cuisant mal, ils les font premierement cuire sous les cendres chaudes, puis les mangent, sans en ressentir après aucune douleur, et cela leur faict tous les biens du monde, et suis marry de n’en auoir apporté par-deçà, pour l’estat que ie croy qu’on en eust faict. On diet aussi que nos Montagnais et Canadiens ont un arbre appelé Annedda, d’vne admirable vertu ; ils pillent l’escorce et les feuilles de cet arbre, puis font bouillir le tout en eauë, et la boiuent de deus iours l’vn, et mettent le marc sur les jambes enflées et malades, et s’en trouuent bien tost gueris, comme de toutes autres sortes de maladies intérieures et exterieures.
Pour se rendre plus souples et dispos à la course, et pour purger les mauuaises humeurs des parties enflées, nos Hurons271||s’incisent et decouppent le gras des iambes, auec de petites pierres trenchantes, desquelles ils tirent encore du sang de leurs bras, pour reioindre et coler leurs pippes ou petunoirs de terre rompus, qui est vne très-bonne inuention, et vn secret d’autant plus admirable, que les pieces recolées de ce sang sont après plus fortes qu’elles n’estoient auparavant. I’admirois aussi de les voir eux-mesmes brusler par plaisir de la moëlle de sureau sur leurs bras nuds, et l’y laissoient consommer et esteindre : de sorte que les playes, marques et cicatrices y demeuroient imprimées pour tousiours.
Quand quelqu’vn veut faire suerie, qui est le remede le plus propre et le plus commun qu’ils ayent, pour se conseruer en santé, preuenir les maladies, et leur coupper chemin, il appelle plusieurs de ses amis pour suer avec luy : car luy seul ne le pourroit pas aysement faire. Il font donc rougir quantité de cailloux dans vn grand feu, puis les en retirent et mettent en vn monceau au milieu de la Cabane, ou la part qu’ils désirent dresser leur suerie, (car estans par les champs en voyage, ils en vsent quelques-fois) puis dressent tout à272||l’entour des bastons fichez en terre, à la hauteur de la ceinture, et plus, repliez, par dessus, en façon d’vne table ronde, laissans entre les pierres et les bastons une espace suffisante pour contenir les hommes nuds qui doivent suer, les vns ioignans les autres, bien serrez et pressez tout à l’entour du monceau de pierres assis contre terre, et les genoüils esleuez au deuant de leur estomach : y estans on couure toute la suerie par dessus et à l’entour, auec de leurs grandes escorces, et des peaux en quantité : de sorte qu’il ne peut sortir aucune chaleur ny air de l’estuue ; et pour s’eschauffer encore d’auantage, et s’exciter à suer, l’vn d’eux chante, et les autres disent et repetent continuellement avec force et vehemence (comme en leurs dances,) Het, het, het, et n’en pouuans plus de chaleur, ils se font donner vn peu d’air, en ostant quelque peau de dessus, et par-fois ils boiuent encore de grandes potées d’eau froide, et puis se font recouurir, et ayans sué suffisamment, ils sortent, et se vont ieter à l’eau, s’ils sont proches de quelque riuiere ; sinon, ils se lauent d’eau froide, et puis festinent : car pendant qu’ils suent, la chaudiere est sur le feu, et pour273||auoir bonne suerie, ils y bruslent par-fois du petun, comme en sacrifice et offrande ; i’ay veu quelques-vns de nos François en de ces sueries auec les Sauuages, et m’estonnois comme ils la vouloient et pouuoient supporter, et que l’honnesteté ne gaignoit sur eux de s’en abstenir.
Il arriue aucunes-fois que le Medecin ordonne à quelqu’vn de leurs malades de sortir du bourg, et de s’aller cabaner dans les bois, ou en quelqu’autre lieu escarté, pour luy obseruer là, pendant la nuict, ses diaboliques inuentions, et ne sçay pour quel autre suiet il le feroit, puis que pour l’ordinaire cela ne se practique point que pour ceux qui sont entachez de maladie sale ou dangereuse, lesquels on contrainct seuls, et non les autres, de se separer du commun iusques à entiere guerison, qui est vne coustume et ordonnance louable et tres-bonne, et qui mesme deuroit estre obseruée en tout pays.
À ce propos et pour confirmation, ie diray, que comme ie me promenois vn iour seul, dans les bois de la petite Nation des Quieunontateronons, i’apperceu vn peu de fumée, et desireux de voir que c’estoit, i’aduançay, et tiray celle part, où 274|| ie trouuay vne Cabane ronde, faicte en façon d’vne Tourelle ou Pyramide haute esleuée, ayant au faiste vn trou ou souspiral par où sortoit la fumée : non content, i’ouuris doucement la petite porte de la Cabane pour sçauoir ce qui estoit dedans, et trouuay vn homme seul estendu de son long aupres d’vn petit feu : ie m’informay de luy pourquoy il estoit ainsi sequestré du village, et de la cause qu’il se deüilloit ; il me respondît, moitié en Huron et moitié en Algoumequin, que c’estoit pour vn mal qu’il avoit aux parties naturelles, qui le tourmentoit fort, et duquel il n’esperoit que la mort, et que pour de semblables maladies ils auoient accoustumé entr’eux, de separer et esloigner du commun ceux qui en estoient attaincts, de peur de gaster les autres par la frequentation, et neantmoins qu’on luy apportoit ses petites necessitez et partie de ce qui luy faisoit besoin, ses parens et amis ne pouuans pas d’auantage pour lors, à cause de leur pauureté. I’avois beaucoup de compassion pour luy ; mais cela ne luy seruoit que d’vn peu de diuertissement et de consolation en ce petit espace de temps que ie fus aupres de luy : car de luy donner quel275||que nourriture ou rafraischissement, il estoit hors de mon pouuoir, puis que i’estois moy-mesme dans vne grande necessite.
Le Truchement des Honqueronons me dist vn iour, que comme ils furent vn long temps pendant l’hyuer, sans auoir de quoy manger autre chose que du petun, et quelque escorce d’arbre, qu’il en deuint tellement foible et debile, qu’il en pensa estre au mourir, et que ses Sauuages le voyans en cet estat, touchez et esmeus de compassion, luy demanderent s’il vouloit qu’on l’acheuast, pour le deliurer des peines et langueurs qu’il souffroit, puis qu’aussi bien faudrait-il qu’il mourust miserablement par les champs, ne pouuant plus suyure les troupes : mais il fut d’aduis qu’il valoit mieux languir et esperer en nostre Seigneur, que de se precipiter à la mort, aussi auoit il raison : car à quelques iours de là Dieu permist qu’ils prindrent trois Ours qui les remirent tous sus pieds, et en leurs premieres forces, apres auoir esté quatorze ou quinze iours en ieusnes continuels.
Il ne faut pas s’estonner ou trouuer estrange qu’ils ayent (touchez et esmeus276||de compassion) presenté et offert de si bonne grace la mort à ce Truchement ? puis qu’ils ont cette coustume entr’eux (i’entends les Nations errantes, et non Sedentaires) de tuer et faire mourir leurs peres et meres, et plus proches parens desia trop vieux, et qui ne peuuent plus suyure les autres, pensans en cela leur rendre de bons seruices.
I’ay quelques-fois esté curieux d’entrer au lieu où l’on chantoit et souffloit les malades, pour en voir toutes les ceremonies ; mais les Sauuages n’en estoient pas contens, et m’y souffraient auec peine, pour ce qu’ils ne veulent point estre veus en semblables actions : et pour cet effect, à mon aduis, ou pour autre suiet à moy incogneu, ils rendent aussi le lieu où cela se faict, le plus obscur et tenebreux qu’ils peuuent, et bouchent toutes les ouuertures qui peuuent donner quelque lumière d’en haut, et ne laissent entrer là dedans que ceux qui y sont necessaires et appeliez. Pendant qu’on chante il y a des pierres qui rougissent au feu, lesquelles le Medecin empoigne et manie auec ses mains, puis masche des charbons ardans, faict du Diable deschaisné, et de ses mains ainsi277||eschauffées, frotte et souffle les parties malades du patient, ou crache sur le mal de son charbon masché.
Ils ont aussi entr’eux des obsedez ou malades de maladies de furies, ausquels il prendra bien enuie de faire dancer les femmes et filles toutes ensemble, auec l’ordonnance de Loki ; mais ce n’est pas tout : car luy et le Medecin, accompagnez de quelqu’autre, feront des singeries et des coniurations, et se tourneront tant qu’ils demeureront le plus souuent hors d’eux-mesmes : puis il paroist tout furieux, les yeux estincelans et effroyables, quelques-fois debout, et quelques-fois assis, ainsi que la fantasie luy en prend : aussi-tost vne quinte luy reprendra, et fera tout du pis qu’il pourra, puis il se couche, où il s’endort quelque espace de temps, et se resueillant en sur-saut r’entre dans ses premieres furies, renuerse, brise et iette tout ce qu’il rencontre en son chemin, auec du bruit, du dommage et des insolences non-pareilles : cette furie se passe par le sommeil qui luy reprend. Apres il faict suerie auec quelqu’vn de ses amis qu’il y appelle, d’où il arriue que quelques-vns de ces malades se trouuent gueris, et c’est ce qui les en-278||tretient dans l’estime de ces diaboliques ceremonies. Car il est bien croyable que ces malades ne sont pas tellement endiablez qu’ils ne voyent bien le mal qu’ils font ; mais c’est vne opinion qu’ils ont qu’il faut faire du démoniacle pour guerir les fantasies ou troubles de l’esprit, et par vne iuste permission diuine, il arriue le plus souuent qu’au lieu de guerir, ils tombent de fievre en chaud mal, comme on dict, et que ce qui n’estoit auparauant qu’vne fantasie d’esprit, causée d’vne humeur hypocondre, ou d’vne operation de l’esprit malin, se conuertit en vne maladie corporelle auec celle de l’esprit, et c’est ce qui estoit en partie cause que nous estions souuent suppliez de la part des Maistres de la ceremonie, et de Messieurs du Conseil, de prier Dieu pour eux, et de leur enseigner quelque bon remede pour ses maladies, confessans ingenuëment que toutes leurs ceremonies, dances, chansons, festins et autres singeries, n’y seruoient du tout rien.
Il y a aussi des femmes qui entrent en ces furies, mais elles ne sont si insolentes que les hommes, qui sont d’ordinaire plus tempestatifs : elles marchent à quatre279||pieds comme bestes, et font mille grimasses et gestes de personnes insensées : ce que voyant le Magicien, il commence à chanter, puis auec quelque mine la soufflera, luy ordonnant de certaines eauës à boire, et qu’aussi tost elle fasse vn festin, soit de chair ou de poisson qu’il faut trouuer, encore qu’il soit rare pour lors, neantmoins il est aussi tost faict.
Le cry faict, et le banquet finy, chacun s’en retourne en sa maison, iusques à vne autre fois qu’il la reuiendra voir, la soufflera, et chantera derechef, auec plusieurs autres à ce appellez, et luy ordonnera encore de plus trois ou quatre festins tout de suite, et s’il luy vient en fantasie commandera des Mascarades, et qu’ainsi accommodez ils aillent chanter prés du lict de la malade, puis aillent courir par toute la ville pendant que le festin se prepare ; et apres leurs courses ils reuiennent pour le festin ; mais souuent bien las et affamez.
Lors que tous les remèdes et inuentions ordinaires n’ont de rien seruy, et qu’il y a quantité de malades en vn bourg ou village, ou du moins que quelqu’vn des principaux d’entr’eux est detenu d’vne griesue maladie, ils tiennent conseil,280||et ordonnent, Lonouoyroya qui est l’inuention principale, et le moyen plus propre (à ce qu’ils disent) pour chasser les Diables et malins esprits de leur ville ou village, qui leur causent, procurent et apportent toutes les maladies et infirmitez qu’ils endurent et souffrent au corps et en l’esprit. Le soir donc, les hommes commencent à casser, renuerser et bouluerser tout ce qu’ils rencontrent par les Cabanes, comme gens forcenez, iettent le feu et les tisons allumez par les rues : crient, hurlent, chantent et courent toute la nuict par les rues, et à l’entour des murailles ou palissades du bourg, sans se donner aucun relasche : apres ils songent en leur esprit quelque chose qui leur vient premier en la fantasie (i’entends tous ceux et celles qui veulent estre de la feste), puis le matin venu ils vont de Cabane en Cabane, de feu en feu, et s’arrestent à chacun vn petit espace de temps, chantans doucement (ces mots :) Vn tel m’a donné cecy, vn tel m’a donné cela, et telles et semblables paroles en la louange de ceux qui leur ont donné, et en beaucoup de mesnages on leur offre librement : qui vn cousteau, qui vn petunoir, qui vn chien, qui vne peau, vn canot, ou281||autre chose, qu’ils prennent sans en faire autre semblant, iusques à ce qu’on vient à leur donner la chose qu’ils auoient songée, et celuy qui la reçoit fait alors vn cry en signe de joye, et s’encourt en grand’ haste de la Cabane, et tous ceux du logis en luy congratulant, font vn long frappement de mains contre terre, auec cette exclamation ordinaire, hé é é é é, et ce present est pour luy : mais pour les autres choses qu’il a euës, et qui ne sont point de songe, il les doit rendre apres la feste, à ceux qui les luy ont baillées. Mais s’ils voyent qu’on ne leur donne rien ils se faschent, et prendra tel humeur à l’vn d’eux, qu’il sortira hors la porte, prendra vne pierre, et la mettra auprès de celuy ou celle qui ne luy aura rien donné, et sans dire mot s’en retournera chantant, qui est vne marque d’iniure, reproche et de mauuaise volonté.
Cette feste dure ordinairement trois iours entiers, et ceux qui pendant ce temps-là n’ont peu trouuer ce qu’ils auoient songé, s’en affligent, s’en estiment miserables, et croyent qu’ils mourront bien-tost. Il y a mesme des pauures malades qui s’y font porter, sous espérance d’y rencontrer282||leur songe, et par consequent leur santé et guerison.
Chapitre XXI.
mesme
temps que quelqu’vn est decedé,
l’on enueloppe son corps vn peu retressi,
dans sa plus belle robe, puis on le pose
sur la natte où il est mort, tousiours accompagné
de quelqu’vn, iusques à l’heure qu’il est
porté aux chasses. Cependant tous ses parens et amis,
tant du lieu que des autres bourgs et villages, sont
aduertis de cette mort, et priez de se trouuer au conuoy.
Le Capitaine de la Police de son costé, faict ce
qui est de sa charge : car incontinent qu’il est aduerty
de ce trespas, luy, ou son Assesseur pour luy,
en faict le cry par tout le bourg, et prie vn chacun
disant : Prenez tous courage, Etsagon, Etsagon, et faictes
tous festin au mieux qu’il vous sera possible, pour vn283||tel ou vne telle qui est decedée. Alors chacun en
particulier s’employe à faire vn festin le plus excellent
qu’il peut, et de ce qu’ils peuuent, puis ils le departent
et l’enuoyent à tous leurs parens et amis, sans
en rien reseruer pour eux, et ce festin est appellé
Agochin atiskein, le festin des âmes. Il y a des Nations
lesquelles faisans de ces festins, font aussi vne part
au deffunct, qu’ils iettent dans le feu ; mais ie ne me
suis point informé de nos Hurons s’ils en font aussi
vne au mort, et ce qu’elle deuient, d’autant que cela
est de peu d’importance : nous pouuons assez bien
cognoistre et coniecturer, par ce que ie viens de dire, la facilité qu’il y a de leur persuader les prieres,
aumosnes et bonnes œuures pour les ames des deffuncts.
Les Essedons, Scythes d’Asie, celebroient les funerailles de leur pere et mere auec chants de ioye. Les Thraciens enseuelissoient leurs morts en se resiouyssans, d’autant (comme ils disoient) qu’ils estaient partis du mal, et arriuez à la beatitude : mais nos Hurons enseuelissent les leurs en pleurs et tristesses, neantmoins tellement moderées et réglées au niueau de la raison, qu’il semble que ce pauure peuple284||aye vn absolu pouuoir sur ses larmes et sur ses sentimens ; de maniere qu’ils ne leur donnent cours que dans l’obeyssance, et ne les arrestent que par la mesme obeyssance.
Auant que le corps du deffunct sorte de la Cabane, toutes les femmes et filles là presentes, y font les pleurs et lamentations ordinaires, lesquelles ne les commencent ny ne finissent iamais (comme ie viens de dire) que par le commandement du Capitaine ou Maistre des ceremonies. Le commandement et l’aduertissement donné, toutes vnanimement commencent à pleurer, et se lamentent à bon escient, et femmes et filles, petites et grandes (et non iamais les hommes, qui demonstrent seulement vne mine et contenance morne et triste, la teste panchante sur leurs genoüils) et pour plus facilement s’esmouuoir et s’y exciter, elles repetent tous leurs parens et amis deffuncts, disans. Et mon pere est mort, et ma mere est morte, et mon cousin est mort, et ainsi des autres, et toutes fondent en larmes ; sinon les petites filles qui en font plus de semblant qu’elles n’en ont d’enuie, pour n’estre encore capables de ces senti-285||mens. Ayans suffisamment pleuré, le Capitaine leur crie, c’est assez, cessez de pleurer, et toutes cessent.
Or pour monstrer combien il leur est facile de pleurer, par ces ressouuenirs et repetitions de leurs parens et amis decedez, les Hurons et Huronnes souffrent assez patiemment toutes sortes d’iniures : mais quand on vient à toucher cette corde, et qu’on leur reproche que quelqu’vn de leurs parens est mort, ils sortent alors aysement hors des gonds et perdent patience de cholere et fascherie, que leur apporte et cause ce ressouuenir, et feroient enfin un mauuais party à qui leur reprocheroit : et c’est en cela, et non en autre chose, que ie leur ay veu quelques-fois perdre patience.
Au iour et à l’heure assignée pour l’enterrement, chacun se range dedans et dehors la Cabane pour y assister : on met le corps sur vn brancart ou ciuiere couuert d’vne peau, puis tous les parens et amis, auec vn grand concours de peuple, accompagnent ce corps iusques au Cimetiere, qui est ordinairement à vne portée d’arquebuze loin du bourg, où estans tous arriuez, chacun se tient en silence, les vns de-286||bout, les autres assis, selon qu’il leur plaist ; pendant qu’on esleue le corps en haut, et qu’on l’accommode dans sa chasse, faicte et disposée exprez pour luy : car chacun corps est mis dans vne chasse à part. Elle est faicte de grosse escorce, esleuée sur quatre gros piliers de bois vn peu peinturez, de la hauteur de neuf ou dix pieds ou enuiron : ce que ie coniecture, en ce qu’esleuant ma main, ie ne pouuois toucher aux chasses qu’à plus d’vn pied ou deux prez. Le corps y estant posé, auec la galette, l’huile, haches et autre chose qu’on y veut mettre, on la referme, puis de dessus on iette deux bastons ronds, chacun de la longueur d’vn pied, et gros vn peu moins que le bras ; l’vn d’vn costé pour les ieunes hommes, et l’autre de l’autre, pour les filles : (Ie n’ay point veu faire cette ceremonie de ietter les deux bastons en tous les enterremens ; mais à quelques vns,) et ils se mettent après comme lyons, à qui les aura, et les pourra esleuer en l’air de la main, pour gaigner vn certain prix, et m’estonnois grandement que la violence qu’ils apportoient pour arracher ce baston de la main des vns et des autres, se veautrans et culbutans contre terre, ne les287||estouffoit, tant les filles de leur costé, que les garçons du leur.
Or pendant que toutes ces ceremonies s’obseruent, il y a d’vn autre costé vn Officier monté sur vn tronc d’arbre, qui reçoit des presens que plusieurs personnes font, pour essuyer les larmes de la vefue, ou plus proche parente du deffunct : à chaque chose qu’il reçoit, il l’esleve en l’air, pour estre veuë de tous, et dict : Voilà vne telle chose qu’vn tel ou vne telle a donnée pour essuyer les larmes d’vne telle, puis il se baisse, et luy met entre les mains : tout estant acheué chacun s’en retourne d’où il est venu, auec la mesme modestie et le silence. I’ay veu en quelque lieu d’autres corps mis en terre (mais fort peu) sur lesquels il y auoit vne Cabane ou Chasse d’escorce dressée, et à l’entour vne haye en rond, faicte auec des pieus fichez en terre, de peur des chiens ou bestes sauuages, ou par honneur, et pour la reuerence des deffuncts.
Les Canadiens, Montagnais, Algoumequins et autres peuples errans, font quelqu’autre particuliere ceremonie enuers les corps des deffuncts : car ils n’ont desia point de Cimetiere commun et ar-288||resté ; ains enseuelissent et enterrent ordinairemen les corps de leurs parens deffuncts parmy les bois, proche de quelque gros arbre, ou autre marque, pour en recognoistre le lieu, et auec ces corps enterrent aussi leurs meubles, peaux, chaudieres, escuelles, cueilliers et autres choses du deffunct, auec son arc et ses flesches, si c’est vn homme, puis mettent des escorces et des grosses busches par-dessus, et de la terre après, pour en oster la cognoissance aux Estrangers. Et faut noter qu’on ne sçauroit en rien tant les offencer, qu’à fouiller et desrober dans les sepulchres de leurs parens, et que si on y estoit trouué, on n’en pourroit pas moins attendre qu’vne mort tres-cruelle et rigoureuse, et pour tesmoigner encore l’affection et reuerence qu’ils ont aux os de leurs parens : si le feu se prenoit en leur village et en leur cimetière, ils courroient premierement esteindre celuy du cimetière, et puis celuy du village.
Entre quelque Nation de nos Sauuages, ils ont accoustumé de se peindre le visage de noir à la mort de leurs parens et amis, qui est vn signe de deuil : ils peindent aussi le visage du deffunct, et l’enjo-289||liuent de matachias, plumes et autres bagatelles, et s’il est mort en guerre, le Capitaine faict vne Harangue en maniere d’Oraison funebre, en la presence du corps, incitant et exhortant l’assemblée, sur la mort du deffunct, de prendre vengeance d’vne telle meschanceté, et de faire la guerre à ses ennemis, le plus promptement que faire se pourra, afin qu’vn si grand mal ne demeure point impuny, et qu’vne autre fois on n’aye point la hardiesse de leur courir sus.
Les Attiuoindarons font des Resurrections des morts, principalement des personnes qui ont bien merité de la patrie par leurs signalez seruices, à ce que la memoire des hommes illustres et valeureux reuiue en quelque façon en autrüy. Ils font donc des assemblées à cet effect, et tiennent des conseils, ausquels ils en eslisent vn d’entr’eux, qui aye les mesmes vertus et qualitez (s’il se peut) de celuy qu’ils veulent ressusciter, ou du moins qu’il soit d’vne vie irreprochable parmy vn peuple Sauuage.
Voulans donc proceder à la Resurrection, ils se leuent tous debout, excepté celuy qui doit ressusciter, auquel ils im-290||posent le nom du deffunct, et baissans tous la main iusques bien bas, feignent le relever de terre : voulans dire par là qu’ils tirent du tombeau ce grand personnage deffunct, et le remettent en vie en la personne de cet autre qui se leue debout, et (apres les grandes acclamations du peuple) il reçoit les presens que les assistans luy offrent, lesquels le congratulent encore de plusieurs festins, et le tiennent desormais pour le deffunct qu’il represente ; et par ainsi iamais la memoire des gens de bien et des bons et valeureux Capitaines ne meurt point entr’eux.
Chapitre XXII.
e
dix en dix ans, ou enuiron, nos Sauuages,
et autres peuples Sedentaires, font
la grande feste ou ceremonie des Morts, en
l’vne de leurs villes ou villages, comme il
aura esté conclu et ordonné par vn conseil general de
tous ceux du pays (car les os des deffuncts ne sont
enseuelis291||en particulier que pour vn temps) et la
font encore annoncer aux autres Nations circonuoysines,
afin que ceux qui y ont esleu la sepulture des
os de leurs parens les y portent, et les autres qui y
veulent venir par deuotion, y honorent la feste de
leur presence ; car tous y sont les bien venus et festinez
pendant quelques iours que dure la ceremonie,
où l’on ne voit que chaudieres sur le feu, festins et
dances continuelles, qui faict qu’il s’y trouue vne infinité
de monde qui y aborde de toutes parts.
Les femmes qui ont à y apporter les os de leurs parens, les prennent aux cimetieres : que si les chairs ne sont pas du tout consommées, elles les nettoyent et en tirent les os qu’elles lauent, et enueloppent de beaux Castors neufs, et de Rassades et Colliers de Pourceleines, que les parens et amis contribuent et donnent, disans : Tiens, voilà ce que ie donne pour les os de mon pere, de ma mere, de mon oncle, cousin ou autre parent ; et les ayans mis dans vn sac neuf, ils les portent sur leur dos, et ornent encore le dessus du sac de quantité de petites parures, de colliers, brasselets et autres enjoliuemens. Puis les292||pelleteiies, haches, chaudieres et autres choses qu’ils estiment de valeur, auec quantité de viures se portent aussi au lieu destiné, et là estans tous assemblez, ils mettent les viures en vn lieu, pour estre employez aux festins, qui sont de fort grands fraiz entr’eux, puis pendent proprement par les Cabanes de leurs hostes, tous leurs sacs et leurs pelleteries, en attendant le iour auquel tout doit estre enseuely dans la terre.
La fosse se fait hors de la ville, fort grande et profonde, capable de contenir tous les os, meubles et pelleteries dediées pour les deffuncts. On y dresse vn eschaffaut haut esleué sur le bord, auquel on porte tous les sacs d’os, puis on tend la fosse par tout, au fond et aux costez, de peaux et robes de Castors neufves, puis y font vn lict de haches, en apres de chaudieres, rassades, colliers et brasselets de Pourceleine, et autres choses qui ont esté données par les parens et amis. Cela faict, du haut de l’eschafFaut les Capitaines vuident et versent tous les os des sacs dans la fosse parmy la marchandise, lesquels ils couurent encore d’autres peaux neuves, puis d’escorces, et après reiettent la terre par293||dessus, et des grosses pieces de bois ; et par honneur ils fichent en terre des piliers de bois tout à l’entour de la fosse, et font vne couuerture par dessus qui dure autant qu’elle peut, puis festinent derechef, et prennent congé l’vn de l’autre, et s’en retournent d’où ils sont venus, bien ioyeux et contens que les âmes de leurs parens et amis auront bien de quoy butiner, et se faire riches ce iour-là en l’autre vie.
Chrestiens, r’entrons vn peu en nous-mesmes, et voyons si nos ferueurs sont aussi grandes enuers les ames de nos parens detenuës dans les prisons de Dieu, que celles des pauures Sauuages enuers les âmes de leurs semblables deffuncts, et nous trouuerons que leurs ferueurs surpassent les nostres, et qu’ils ont plus d’amour l’vn pour l’autre, et en la vie et apres la mort, que nous, qui nous disons plus sages, et le sommes moins en effect, parlant de la fidelité et de l’amitié simplement : car s’il est question de donner l’aumosne, ou faire quelqu’autre œuure pieuse pour les viuans ou deffuncts, c’est souuent auec tant de peine et de repugnance, qu’il semble à plusieurs qu’on leur arrache les entrailles du ventre, tant ils294||ont de difficulté à bien faire, au contraire de nos Hurons et autres peuples Sauuages, lesquels font leurs presents, et donnent leurs aumosnes pour les viuans et pour les morts, auec tant de gayeté et si librement, que vous diriez à les voir qu’ils n’ont rien plus en recommandation, que de faire du bien, et assister ceux qui sont en necessité, et particulierement aux ames de leurs parens et amis deffuncts, ausquels ils donnent le plus beau et meilleur qu’ils ont, et s’en incommodent quelques-fois grandement, et y a telle personne qui donne presque tout ce qu’il a pour les os de celuy ou celle qu’il a aymée et cherie en cette vie, et ayme encore apres la mort : tesmoin Ongyata, qui pour auoir donné et enfermé auec le corps de sa deffuncte femme (sans nostre sceu) presque tout ce qu’il auoit, en demeura tres-pauure et incommodé, et s’en resiouyssoit encore, sous l’esperance que sa deffuncte femme en seroit mieux accommodée en l’autre vie.
Or par le moyen de ces ceremonies et assemblées, ils contractent vne nouuelle amitié et vnion entr’eux, disans : Que tout ainsi que les os de leurs parens et295||y amis deffuncts sont assemblez et vnis en vn mesme lieu, de mesme aussi qu’ils deuoient durant leur vie, viure tous ensemblement en vne mesme vnité et concorde, comme bons parens et amis, sans s’en pouuoir à iamais separer ou distraire, pour aucun desseruice ou disgrace, comme en effect ils font.

de ceux qui ont à voyager dans le pays, et n’ont
l’intelligence d’icelle langue.

||SECONDE PARTIE
Chapitre I.
remierement, ie commencemy par l’Oyseau le plus beau, le plus rare et plus petit qui
soit, peut-estre, au monde, qui est le Vicilin,
ou Oy-297||seau-mousche, que les Indiens
appellent en leur langue Ressuscité. Cet oyseau, en
corps, n’est pas plus gros qu’vn grillon, il a le bec
long et tres-delié, de la grosseur de la poincte d’vne
aiguille, et ses cuisses et ses pieds aussi menus que
la ligne d’vne escriture : l’on a autrefois pezé son nid
auec les oyseaux, et trouué qu’il ne peze d’auantage
de vingt-quatre grains ; il se nourrist de la rosée et de
l’odeur des fleurs sans se poser sur icelles ; mais seulement
en voltigeant par dessus. Sa plume est aussi
deliée que duuet, et est tres-plaisante et belle à voir
pour la diuersité de ses couleurs. Cet oyseau (à ce
qu’on dit) se meurt, ou pour mieux dire s’endort, au
mois d’Octobre, demeurant attaché à quelque petite
branchette d’arbre par les pieds, et se reueille au
mois d’Auril, que les fleurs sont en abondance, et
quelques-fois plus tard, et pour cette cause est appellé
en langue Mexicaine, Ressuscité. Il en vient
quantité en nostre iardin de Kebec, lors que les fleurs
et les poids y sont fleuris, et prenois plaisir de les y
voir : mais ils vont si viste, que n’estoit qu’on en peut
par-fois approcher de fort prez, à peine les prendroit-on
pour oyseaux ; ains pour papillons : mais298||y prenant
garde de prez, on les discerne et recognoist-on à
leur bec, à leurs aisles, plumes, et à tout le reste de
leur petit corps bien formé. Ils sont fort difficiles à
prendre, à cause de leur petitesse, et pour n’auoir
aucun repos : mais quand on les veut auoir, il se faut
approcher des fleurs et se tenir coy, auec vne longue
poignée de verges, de laquelle il les faut frapper, si
on peut, et c’est l’inuention et la manière la plus aysée
pour les prendre. Nos Religieux en auoient vn
en vie enfermé dans vn coffre ; mais il ne faisoit que
bourdonner là dedans , et quelques iours après il
mourut, n’y ayant moyen aucun d’en pouuoir nourrir
ny conseruer long-temps en vie.
Il venoit aussi quantité de Chardonnerets manger les semences et graines de nostre iardin, leur chant me sembloit plus doux et agreable que de ceux d’icy, et mesme leur plumage plus beau et beaucoup mieux doré, ce qui me donnoit la curiosité de les contempler souuent, et louer Dieu en leur beauté et doux ramage. Il y a vne autre espece d’oyseau vn peu plus gros qu’vn Moyneau, qui a le plumage entierement blanc, et le chant duquel299||n’est point à mespriser, il se nourrist aussi en cage comme le Chardonneret. Les Gays que nous auons veus aux Hurons, qu’ils appellent Tintian, sont plus petits presque de la moitié, que ceux que nous auons par deçà, et d’vn plumage aussi beaucoup plus beau.
Ils ont aussi des oyseaux de plumage entierement rouge ou incarnat, qu’ils appellent Stinondoa, et d’autres qui n’ont que le col et la teste rouge et incarnat, et tout le reste d’vn tres beau blanc et noir : ils sont de la grosseur d’vn Merle, et se nomment Oiiaiera : vn Sauuage m’en donna vn en vie vn peu auant que partir, mais il n’y a eu moyen de l’apporter icy, non plus que quatre autres d’vne autre espèce, et vn peu plus grossets, lesquels auoient par tout sous le ventre, sous la gorge et sous les aisles, des Soleils bien faits de diuerses couleurs, et le reste du corps estoit d’vn jaune, meslé de gris : i’eusse bien désiré d’en pouuoir apporter en vie par deçà, pour la beauté et rareté que i’y trouuois ; mais il n’y auoit aucun moyen, pour le tres-penible et long chemin qu’il y a des Hurons en Canada, et de Canada en France. I’y vis aussi plusieurs autres espèces d’oyseaux300||qu’il me semble n’auoir point veus ailleurs : mais comme ie ne me suis point informé des noms, et que la chose en soy est d’assez petite consequence, ie me contente d’admirer et louer Dieu, qu’en toute contrée il y a quelque chose de particulier qui ne se trouue point en d’autres.
Il y a encore quantité d’Aigles, qu’ils appellent en leur langue Sondaqua ; elles font leurs nids ordinairement sur le bord des eauës, ou de quelque precipice, tout au coupeau des plus hauts arbres ou rochers : desorte qu’elles sont fort difficiles à auoir et à desnicher : nous en desnichasmes neantmoins plusieurs nids, mais nous n’y trouvasmes en aucun plus d’vn ou deux Aiglons : i’en pensois nourrir quelques-vns lors que nous estions sur le chemin des Hurons à Kebec : mais tant pour estre trop lourds à porter, que pour ne pouuoir fournir au poisson qu’il leur falloit (n’ayant autre chose à leur donner) nous en fismes chaudiere, et les trouuasmes tres-bons : car ils estoient encores ieunes et tendres. Mes Sauuages me vouloient aussi desnicher des oyseaux de proye, qu’ils appellent Ahoüatantaque, d’vn nid qui estoit sur vn grand arbre assez proche301||de la riuiere, desquels ils faisoient grand estat, mais ie les en remerciay, et ne voulus point qu’ils en prissent la peine ; neantmoins ie m’en suis repenty du depuis, car il pouuoit estre que ce fussent Vautours. En quelque contrée, et particulierement du costé des Petuneux, il y a des Coqs et poulles d’Inde, qu’ils appellent Ondettontaque, elles ne sont point domestiques, ains errantes et champestres. Le gendre du grand Capitaine de nostre bourg en poursuyuit vne fort long temps proche de nostre Cabane, mais il ne la peut attraper : car bien que ces poulles d’Inde soient lourdes et massiues, elles volent et se sauuent neantmoins bien d’arbre en arbre, et par ce moyen euitent la flesche. Si les Sauuages se vouloient donner la peine d’en nourrir de ieunes ils les rendroient domestiques aussi bien qu’icy, comme aussi des Outardes ou Oyes sauuages, qu’ils appellent Ahonque, car il y en a quantité dans le pays : mais ils ne veulent nourrir que des Chiens, et par-fois des ieunes Ours, desquels ils font des festins d’importance, car la chair en est fort bonne, et pour en cheuir les engraissent sans incommodité et danger d’auoir de leurs dents ou de leurs302||pattes, ils les enferment au milieu de leurs Cabanes, dans vne petite tour ronde, faite auec des paux fichez en terre, et là leur donnent à manger des restes des Sagamitez.
En la saison les champs sont tous couuerts de Gruës ou Tochingo, qui viennent manger leurs bleds quand ils les sement, et quand ils sont prests à moissonner : de mesme en font les Outardes et les Corbeaux, qu’ils appellent Oraquan, ils nous en faisoient par-fois de grandes plaintes, et nous demandoient le moyen d’y remedier : mais c’estoit vne chose bien difficile à faire : ils tuent de ces Grues et Outardes auec leurs flesches, mais ils rencontrent peu souuent, pource que si ces gros oyseaux n’ont les aisles rompues, ou ne sont frappez à la mort, ils emportent aysement la flesche dans la playe, et guerissent auec le temps, ainsi que nos Religieux de Canada l’ont veu par experience d’vne Grüe prise à Kebec, qui auait esté frappée d’vne flesche Huronne trois cens lieues au delà, et trouuerent sur sa croupe la playe guerie, et le bout de la flesche auec sa pierre, enfermée dedans Ils en prennent aussi quelque-fois auec des collets ; mais pour303||des Corbeaux s’ils en tuent, ils n’en mangent point la chair, bien que si i’eusse peu en attraper moy-mesme, ie n’eusse faict aucune difficulté d’en manger.
Ils ont des Perdrix blanches et grises, nommées Acoissan, et vne infinité de Tourterelles, qu’ils appellent Orittey, qui se nourrissent en partie de glands, qu’elles auallent facilement entiers, et en partie d’autre chose. Il y a aussi quantité de canards, appelés Taron, et de toutes autres sortes et especes de gibiers, que l’on a en Canada : mais pour des Cignes, qu’ils appellent Horhey, il y en a principalement vers les Epicerinys. Les Mousquites et Maringuins, que nous appelions icy cousins, et nos Hurons Yachiey, à cause que leur païs est découuert, et pour la pluspart deserté, il y en a peu par la campagne : mais par les forests, principalement dans les Sapiniers, il y en a en Esté presqu’autant qu’en la Prouince de Canada, engendrez de la pourriture et poussière des bois tombez dés long temps.
Nos Sauuages ont aussi assez souuent dans leur pays des oyseaux de proye, Aigles, Ducs, Faucons, Tiercelets, Espreuiers et autres : mais ils n’ont l’vsage ny304||l’industrie de les dresser, et par ainsi perdent beaucoup de bon gibier, n’ayans autre moyen de l’auoir qu’auec l’arc ou la flesche. Mais la plus grande abondance se retrouue en de certaines Isles dans la mer douce, où il y en a telle quantité : sçauoir, de Canards, Margaux, Roquettes, Outardes, Mauues, Cormorans, et autres, que c’est chose merueilleuse.
Chapitre II.
enons aux Animaux terrestres, et disons
que la terre et le pays de nos Hurons n’en
manque non plus que l’air et les riuieres
d’oyseaux et de poissons. Ils ont trois
sortes de Renards, tous differens en poil et en couleur,
et non en finesse et cautelle : car ils ont la
mesme nature, malice et finesse que les nostres de
deçà : car comme on dict communement, pour passer
la mer on change bien de pays, mais non pas d’humeur.
305||L’espece la plus rare et la plus prisée des trois, sont ceux qu’ils appellent Hahyuha, lesquels ont tous le poil noir comme gey, et pour cette cause grandement estimés, iusqu’à valoir plusieurs centaines d’escus la pièce. La seconde espece la plus estimée apres, sont ceux qu’ils appellent Tsinantontoncq, lesquels ont vne barre ou lisiere de poil noir, qui leur prend le long du dos, et passe par dessous le ventre, large de quatre doigts ou enuiron, le reste est aucunement roux. La troisiesme espece sont les communs, appelez Andasatey, ceux-cy sont presque de la grosseur et du poil des nostres, sinon que la peau semble mieux fournie, et le poil vn peu moins roux.
Ils ont aussi trois sortes et especes d’Escureux differends, et tous trois plus beaux et plus petits que les nostres. Les plus estimez sont les Escureux volans, nommez Sahoûesquanta, qui ont la couleur cendrée, la teste vn peu grosse, et sont munis d’vne panne qui leur prend des deux costez d’vne patte de derriere à celle de deuant, lesquelles ils estendent quand ils veulent voler ; car ils volent aysement sur les arbres, et de lieu en lieu assez loin, c’est pourquoy ils sont appelés Escureux volans. 306||Les Hurons nous en firent present d’vne nichée de trois qui estoient tres-beaux et dignes d’estre presentez à quelque personne de merite, si nous eussions esté en lieu : mais nous en estions trop esloignez. La seconde espece qu’ils appellent Ohihoin, et nous Suisses, à cause de la beauté et diuersité de leur poil, sont ceux qui sont rayez et barrez depuis le deuant iusques au derriere, d’vne barre ou raye blanche, puis d’vne rousse, grise et noirastre tout à l’entour du corps, ce qui les rend tres-beaux : mais ils mordent comme perdus, s’ils ne sont appriuoysez, ou que l’on ne s’en donne de garde. La troisiesme espece, sont ceux qui sont presque du poil et de la couleur des nostres, qu’ils appellent Aroussen, et n’y a presque autre difference, sinon qu’ils sont plus petits.
Lorsque i’estois cabane auec mes Sauuages dans vne Isle de la mer douce pour la pesche, j’y vis grand nombre de ces meschans animaux guerroyer la nuict et le iour la seicherie du poisson : j’en eus plusieurs de ceux que mes Sauuages tuerent auec la flesche, et en pris vn Suisse dans vn tronc d’arbre tombé, qui s’y estoit caché. Ils ont en plusieurs endroicts des La307||pins et Levraux, qu’ils appellent Queutonmalisia, ils en prennent aucunes-fois auec des collets, mais rarement, pource que les cordelettes n’estant ny bonnes ny assez fortes, ils les rompent et coupent aysement quand ils s’y trouuent attrapez.
Les Loups ceruiers, nommez Toutsitsoute, en quelque nation sont assez frequents : mais les Loups communs, qu’ils appellent Anarisqua, sont assez rares, aussi en estiment-ils grandement la peau, comme aussi celle d’vne espece de Leopard, ou Chat sauuage, qu’ils appellent Tiron (il y a vn pays en cette grande estenduë de Prouinces, que nous surnommons la nation de Chat, i’ay opinion que ce nom leur a esté donné à cause de ces Chats sauuages, petits Loups ou Leopards qui se retrouuent dans leurs pays) desquelles ils font des robes ou couuertures, qu’ils parsement et embellissent de quantité de queues d’animaux, cousues tout à l’entour des bords, et par dessus le dos. Ces Chats sauuages ne sont gueres plus grands qu’vn grand Renard ; mais ils ont le poil du tout semblable à celuy d’vn grand Loup : de sorte qu’vn morceau de cette peau, auec vn autre morceau de celle d’vn Loup,308||sont presque sans distinction, et y fus trompé au choix.
Ils ont vne autre espece d’animaux nommez Otay, grands comme petits Lapins, d’vn poil tres-noir, et si doux, poly et beau, qu’il semble de la panne. Ils font grand estat de ces peaux, desquelles ils font des robes, et à l’entour ils arrangent toutes les testes et les queues. Les enfants du Diable, que les Hurons appellent Scangaresse, et les Canadiens Babougi manitou, sont enuiron de la grandeur d’vn renard, la teste moins aiguë, et la peau couuerte d’un gros poil de Loup, rude et enfumé : ils sont tres-malicieux, d’vn laid regard, et de fort mauuaise odeur. Ils iettent aussi (à ce qu’on dit) parmi les excrements, des petits serpents longs et déliez, lesquels ne viuent neantmoins gueres longtemps.
Les Eslans ou Orignaux sont frequens en la Prouince de Canada, et fort rares à celle des Hurons, d’autant que ces animaux se tiennent et retirent ordinairement dans les pays plus froids et remplis de montagnes aussi bien que les Ours blancs, qu’on dict habiter l’Isle d’Anticosti, proche l’embouchure de la grand’ri-309||uiere sainct Laurens ; les Hurons appellent ces Eslans Sondareinta, et les Caribous, Ausquoy, desquels les Sauuages nous donnerent vn pied, qui est creux et si leger de la corne, et faict de telle façon, qu’on peut aysement croire ce qu’on dict de cet animal, qu’il marche sur les neiges sans enfoncer.
Pour l’Eslan, c’est l’animal le plus haut qui soit, après le Chameau : car il est plus haut que le Cheual. L’on en nourrissoit vn ieune dans le fort de Kebec, à dessein de l’amener en France ; mais on ne peut le guerir de la blesseure des chiens, et mourut quelque temps apres. Il a le poil ordinairement grison, et quelques-fois fauve, long quasi comme les doigts de la main. Sa teste est fort longue, et porte son bois double comme le Cerf, mais large, et fait comme celuy d’vn Dain, et long de trois pieds. Le pied en est fourchu comme celui d’un Cerf, mais beaucoup plus plantureux : la chair en est courte et fort delicate, il paist aux prairies, et vit aussi des tendres pointes des arbres. C’est la plus abondante Manne des Canadiens, après le poisson, de laquelle ils nous faisoient quelques-fois part.
310||Les Ours et les Martres sont assez communs par le pays : mais les Cerfs, qu’ils appellent Sconoton, sont en plus grande abondance dans la Prouince des Attiuoindarons qu’en aucune autre ; mais ils sont vn peu plus petits que les nostres de deçà, et en quelques contrées il se trouue des Dains, Buffles (car quelques-vns de nos Religieux y en ont veu des peaux) et plusieurs autres especes d’animaux que nous auons icy, et d’autres qui nous sont incogneus.
Les Chiens du pays hurlent plustost qu’ils n’abboyent, et ont tous les oreilles droictes comme Renards ; mais au reste, tous semblables aux mâtins de mediocre grandeur de nos villageois. Ils seruent en guise de Moutons, pour estre mangez en festin, ils arrestent l’Eslan, et descouurent le giste de la beste, et sont de fort petite despence à leur maistre : mais ils donnent fort la chasse aux volailles de Kebec quand les Sauuages y arriuent ; c’est pourquoy on s’en donne de garde. Ie me suis trouué diuerses fois à des festins de Chiens, i’aduouë veritablement que du commencement cela me faisoit horreur ; mais ie n’en eus pas mangé deux fois que i’en trouuay311||la chair bonne, et de goust vn peu approchant à celle du porc, aussi ne vinent-ils pour le plus ordinaire, que des saletez qu’ils trouuent par les rues et par les chemins : ils mettent aussi fort souuent leur museau aigu dans le pot et la Sagamité des Sauuages ; mais ils ne l’en estiment pas moins nette, non plus que pour y mettre le reste du potage des enfans : ce qui est neantmoins fort desgoûtant à ceux qui ne sont accoustumez à ces saletez.
Nostre Pere Ioseph le Caron m’a raconté dans le pays, qu’hyuernant auec les Montagnais, ils trouuerent dans le creux d’vn tres-gros arbre, un Ours auec ses deux petits, couchez sur quatre ou cinq petites branches de Cedre, enuironnez de tous costez de tres-hautes neiges, sans auoir rien à manger, et sans aucune apparence qu’ils fussent sortis de là pour aller chercher de la prouision, depuis trois mois et plus, que la terre estoit par tout couuerte de ces hautes neiges : cela m’a fait croire auec luy, ou que la prouision de ces animaux estoit faillie depuis peu, ou que Dieu, qui a soin et nourrit les Corbeaux delaissez, n’abandonne point de sa diuine prouidence, ces pauures animaux312||dans la necessité : ils les tuerent sans difficulté, comme ne pouuant s’eschaper, et en firent festin, et pareillement de plusieurs Porcs-espics qu’ils prindrent, en cherchant l’Eslan et le Cerf : pour l’Eslan il est assez commun, comme i’ay dit ; mais le Cerf y est vn peu plus rare, et difficile à prendre, pour la legereté de ses pieds : neantmoins les Neutres auec leurs petites Raquettes attachées sous leurs pieds, courent sur les neiges auec la mesme vistesse des Cerfs, et en prennent en quantité, lesquels ils font boucaner entiers, apres estre esuentrez, et n’en vuident aucunement la fumée des entrailles, lesquelles ils mangent boucanées et cuites, auec le reste de la chair : ce qui faisoit vn peu estonner nos François, qui n’estoient pas encore accoustumez à ces inciuiletez ; mais il fallait s’accoustumer à manger de tout, ou bien mourir de faim.
Il y a au pays de nos Hurons vne espece de grosses Souris, qu’ils appellent Tachro, vne fois plus grosses que les Souris communes, et moins grosses que les Rats. Ie n’en ay point veu ailleurs de pareilles, ils les mangent sans horreur ; mais ie n’en voulus point manger du tout, bien que313||i’en visse manger à mes Confreres de celles que nous prenions la nuict sous des pieges dans nostre Cabane, nous ne les pouuions neantmoins autrement discerner d’auec les communes qu’à la grosseur : nous en prenions peu souuent, mais iamais des Rats, c’est pourquoi ie ne sçay s’ils en ont, ouy bien des Souris communes à milliers.
S’ils ont des Souris sans nombre, ie peux dire qu’ils ont des Puces à l’infiny, qu’ils appellent Touhauc, et particulierement pendant l’Esté, desquelles ils sont fort tourmentez : car outre que l’urine qu’ils tombent en leurs Cabanes en engendre, ils ont vne quantité de Chiens qui leur en fournissent à bon escient, et n’y a autre remede que la patience et les armes ordinaires. Pour les pouls, qu’ils nomment Tsiuoy, tant ceux qu’ils ont en leurs fourrures ou habits, que ceux que les enfants ont à leurs testes , les femmes les mangent et croquent entre leurs dents comme perles, elles ont l’inuention d’auoir ceux qui sont dans leurs peaux et fourrures en cette sorte. Elles fichent en terre deux bastons de costé et d’autre deuant le feu, puis y estendent leurs peaux : le costé qui n’a314||point de poil est deuant le feu, et l’autre en dehors. La vermine sentant le chaux sort du fond du poil, et se tient à l’extremité d’iceluy, fuyant la chaleur, et alors les Sauuagesses les prennent sans peine, et puis les mangent, mais ils en ont fort peu en comparaison des puces ; aussi n’en peuuent-ils gueres auoir, puisqu’ils ont si peu d’habits, et le corps et les cheveux si souuent peints et huilez d’huile et de graisse.
Chapitre III.
iev, qui a peuplé la terre de diuerses especes
d’Animaux, tant pour le seruice de
l’homme, que pour la decoration et embellissement
de cet Vniuers, a aussi peuplé
la mer et les riuieres d’autant ou plus de diuersité
de poissons, qui tous subsistent dans leurs propres
especes ; bien que tous les iours l’homme en tire vne
partie de sa nourriture, et les poissons gloutons qui
font la guerre aux autres dans le profond des abysmes,
en engloutissent et315||mangent à l’infiny ; ce sont les
merueilles de Dieu.
On sçait par experience, que les poissons marins se delectent aux eaux douces, aussi bien qu’en la mer, puis que par-fois on en pesche dans nos riuieres. Mais ce qui est admirable en tout poisson, soit marin, ou d’eau douce, est qu’ils cognoissent le temps et les lieux qui leur sont commodes : et ainsi nos pescheurs de Moluës iugerent à trois iours près, le temps qu’elles deuoient arriuer, et ne furent point trompez, et en suite les Maquereaux qui vont en corps d’armée, serrez les vns contre les autres, le petit bout du museau à fleur d’eau, pour descouurir les embusches des pescheurs. Cela est admirable, mais bien plus encore de ce qu’ils viuent et se resiouyssent dans la mer salée, et neantmoins s’y nourrissent d’eau douce, qui y est entre-meslée, que par une maniere admirable ils scauent discerner et succer auec la bouche parmy la salée, comme dit Albert le Grand : voire estans morts, si l’on les cuit auec l’eau salée, ils demeurent neantmoins doux. Mais quant aux poissons qui sont engendrez dans l’eau douce, et qui s’en nourrissent, ils prennent facilement le goust du316||sel, lors qu’ils sont cuits dans l’eau salée. Or de mesme que nos pescheurs ont la cognoissance de la nature de nos poissons, et comme ils sçauent choisir les saisons et le temps pour se porter dans les contrées qui leur sont commodes, aussi nos Sauuages, aydez de la raison et de l’experience, sçauent aussi fort bien choisir le temps de la pesche, quel poisson vient en Automne, ou en Esté, ou en l’vne, ou en l’autre saison.
Pour ce qui est des poissons qui se retrouuent dans les riuieres et lacs au pays de nos Hurons, et particulierement à la mer douce, les principaux sont l’Assihendo, duquel nous auons parlé ailleurs, et des Truites, qu’ils appellent Ahouyocbe, lesquelles sont de desmesurée grandeur pour la pluspart, et n’y en ay veu aucune qui ne soit plus grosse que les plus grandes que nous ayons par-deçà : leur chair est communement rouge, sinon à quelques-vnes qu’elle se voit jaune ou orangée. Les Brochets, appelez Soruissan, qu’ils y peschent aussi, auec les Esturgeons, nommez Hixrahon, estonnent les personnes, tant il s’y en voit de merueilleusement grands.
Quelques sepmaines après la pesche des317||grands poissons, ils vont à celle de l’Einchataon, qui est vn poisson quelque peu approchant aux Barbeaux de par-deçà, longs d’enuiron vn pied et demy, ou peu moins : ce poisson leur sert pour donner goust à leur Sagamité pendant l’hyuer, c’est pourquoi ils en font grand estat, aussi bien que du grand poisson, et afin qu’il fasse mieux sentir leur potage, ils ne l’esuentrent point, et le conseruent pendu par monceaux aux perches de leurs Cabanes ; mais ie vous asseure qu’au temps de Caresme, et quand il commence à faire chaud, qu’il put et sent si furieusement mauuais, que cela nous faisoit bondir le cœur, et à eux ce leur estoit musc et ciuette.
En autre saison ils y peschent à la ceine vne certaine espece de poisson, qui semble estre de nos Harengs, mais des plus petits, lesquels ils mangent fraiz et boucanez. Et comme ils sont tres-sçauans, aussi bien que nos pescheurs de Moluës, à cognoistre vn ou deux iours pres, le temps que viennent les poissons de chacune espece, ils ne manquent point quand il faut d’aller au petit poisson, qu’ils appellent Auhaitsiq, et en peschent vne infinité auec leur ceine, et cette pesche du petit poisson318||se faict en commun, puis le partagent par grandes escuellées, duquel nous auions nostre part, comme bourgeois et habitans du lieu. Ils peschent et prennent aussi de plusieurs autres especes de poissons, mais comme ils nous sont incogneus et qu’il ne s’en trouue point de pareils en nos riuieres, ie n’en fais point aussi de mention.
Estant arriué au lieu nommé par les Hurons Onthrandéen, et par nous le Cap de Victoire ou de Massacre, au temps de la traite où diuerses Nations de Sauuages s’estoient assemblez, ie vis en la Cabane d’vn Montagnais vn certain poisson qu’ils appellent Chaousarou, gros comme vn grand Brochet, il n’estoit qu’vn des petits ; car il s’en voit de beaucoup plus grands. Il auoit vn fort long bec, comme celuy d’vne Becasse, et auoit deux rangs de dents fort aiguës et dangereuses, d’abord ne voyant que ce long bec qui passoit au travers vne fente de la Cabane en dehors, ie croyois que ce fust de quelque oyseau rare, ce qui me donna la curiosité de le voir de plus pres, mais ie trouuay que c’estoit d’vn poisson qui auoit toute la forme du corps tirant au Brochet, mais armé319||de tres-fortes et dures escailles, de couleur gris argenté. Il faict la guerre à tous les autres poissons qui sont dans les lacs et riuieres. Les Sauuages font grand estat de la teste, et se saignent auec les dents de ce poisson à l’endroit de la douleur, qui se passe soudainement, à ce qu’ils disent.
Les Castors de Canada, appeliez par les Montagnais Amiscou, et par nos Hurons Tsoutayé, ont esté la cause principale que plusieurs Marchands de France ont trauersé ce grand Occean pour s’enrichir de leurs despoüilles, et se reuestir de leurs superfluitez, ils en apportent en telle quantité toutes les années, que ie ne sçay comme on n’en voit la fin.
Le Castor est vn animal, à peu pres, de la grosseur d’vn Mouton tondu, ou vn peu moins, la couleur de son poil est chastaignée, et y en a peu de bien noirs. Il a les pieds courts, ceux de deuant faicts à ongles, et ceux de derriere en nageoires, comme les Oyes, la queue est comme escaillée, de la forme presque d’vne Sole, toutesfois l’escaille ne se leue point. Quant à la teste, elle est courte, et presque ronde, ayant au deuant quatre grandes dents trenchantes, l’vne aupres de l’autre, deux en320||haut, et deux en bas. De ces dents il coupe des petits arbres, et des perches en plusieurs pieces, dont il bastit sa maison, et même par succession de temps il en coupe par-fois de bien gros, quand il s’y en trouue qui l’empeschent de dresser son petit bastiment, lequel est faict de sorte (chose admirable) qu’il n’y entre nul vent, d’autant que tout est ouuert ou fermé, sinon vn trou qui conduit dessous l’eau, et par là se va pourmener où il veut ; puis vne autre sortie en vne autre part, hors la riuiere ou le lac où il va à terre et trompe le chasseur. Et en cela, comme en toute autre chose, se voit apertement reluire la diuine prouidence, qui donne iusqu’aux moindres animaux de la terre l’instinct naturel et moyen de leur conseruation.
Or, ces animaux voulant bastir leurs petites cauernes, ils s’assemblent par troupes dans les forests sombres et espaisses : s’estant assemblez ils s’en vont couper des rameaux d’arbres à belles dents, qui leur seruent à cet effet de coignée, et les traisnent iusqu’au lieu où ils bastissent, et continuent de le faire, iusqu’à ce qu’ils en ont assez pour acheuer leur ouurage. Quel-321||ques-vns tiennent que ces petits animaux ont vne inuention admirable à charier le bois, et disent qu’ils choisissent celuy de leur troupe qui est le plus faineant ou accablé de vieillesse, et le faisant coucher sur son dos vous disposent fort bien des rameaux entre ses jambes, puis le traisnent comme vn chariot iusqu’au lieu destiné, et continuent le mesme exercice tant qu’il y en ait à suffisance, l’ay veu quelques-vnes de ces Cabanes sur le bord de la grand’ riuiere, au pays des Algoumequins ; mais elles me sembloient admirables, et telles que la main de l’homme n’y pourroit rien adiouster : le dessus sembloit vn couuercle à lexiue, et le dedans estoit departy en deux ou trois estages, au plus haut desquels les Castors se tiennent ordinairement, entant qu’ils craignent l’inondation et la pluye.
La chasse du Castor se faict ordinairement en hyuer, pour ce principalement qu’il se tient dans sa Cabane, et que son poil tient en cette saison là, et vaut fort peu en esté. Les Sauuages voulans donc prendre le Castor, ils occupent premierement tous les passages par où il se peut eschaper, puis percent la glace du lac gelé, à322||l’endroict de sa Cabane, puis l’vn d’eux met le bras dans le trou, attendant sa venuë, tandis qu’vn autre va par-dessus cette glace frappant avec vn baston sur icelle, pour l’estonner et faire retourner à son giste ; lors il faut estre habile à le prendre au collet ; car si on le happe par quelque endroict où il puisse mordre, il fera vne mauuaîse blesseure. Ils le prennent aussi en esté, en tendant des filets auec des pieux fichez dans l’eau, dans lesquels, sortans de leurs Cabanes, ils sont pris et tuez, puis mangez fraiz ou boucanez, à la volonté des Sauuages. La chair ou poisson, comme on voudra l’appeller, m’en sembloit tres-bonne, particulierement la queue, de laquelle les Sauuages font estat comme d’vn manger tres-excellent, comme de faict elle l’est, et les pattes aussi. Pour la peau ils la passent assez bien, comme toutes autres, qu’ils traitent par apres aux François, ou s’en seruent à se couurir ; et des quatre grandes dents ils en polissent leurs escuelles, qu’ils font auec des nœuds de bois.
Ils ont aussi des Rats musquez, appelez Ondathra, desquels ils mangent la chair, et conseruent les peaux et roignons mus-323||quez : ils ont le poil court et doux comme vne taupe, et les yeux fort petits, ils mangent auec leurs deux pattes de deuant, debout comme Escureux, ils paissent l’herbe sur terre, et le blanc des joncs au fond des lacs et riuieres. Il y a plaisir à les voir manger et faire leurs petits tours pendant qu’ils sont ieunes : car quand ils sont à leur entiere et parfaicte grandeur, qui approche à celle d’vn grand Lapin, ils ont une longue queue comme le Singe, qui ne les rend point agreables. I’en auois un tres-joly, de la grandeur des nostres, que i’apportoie de la petite Nation en Canada, ie le nourrissois du blanc des joncs, et d’vne certaine herbe ressemblant au chien-dent, que ie cueillois sur les chemins, et faisois de ce petit animal tout ce que ie voulois, sans qu’il me mordist aucunement, aussi n’y sont-ils pas suiets ; mais il estoit si coquin qu’il vouloit tousjours coucher la nuict dans l’vne des manches de mon habit, et cela fut la cause de sa mort : car ayant vn iour cabane dans vne Sapinière, et porté la nuict loin de moy ce petit animal, pour la crainte que i’auois de l’estouffer, car nous estions couchez sur vn costeau fort penchant, où à peine nous324||pouuions nous tenir, (le mauvais temps nous ayant contraincts de cabaner en si fascheux lieu), cette bestiole, apres auoir mangé ce que ie lui avois donné, me vint retrouuer à mon premier sommeil, et ne pouvant trouuer mes manches il se mit dans les replis de mon habit, où ie le trouuay mort le lendemain matin, et seruit pour le commencement du desieuner de nostre Aigle.
En plusieurs riuieres et lacs, il y a grande quantité de Tortues, qu’ils appellent Angyahouiche, ils en mangent la chair après qu’elles ont esté cuittes viues, les pattes contre-mont, sous la cendre chaude, ou bouillies en eauë. Elles sortent ordinairement de l’eau quand il faict soleil, et se tiennent arrangées sur quelque longue piece de bois tombée, mais à mesme temps qu’on pense s’en approcher, elles sautent et s’eslancent dans l’eau comme grenouilles : ie pensois au commencement m’en approcher de pres, mais ie trouuay bien que ie n’estois pas assez habile, et ne sçauois l’inuention.
Ils ont de fort grandes Couleuures, et de diverses sortes, qu’ils appellent Tioointsiq, desquelles ils prennent les plus lon-325||gues peaux, et en font des fronteaux de parade qui leur pendent par derriere vne bonne aulne de longueur, et plus, de chacun costé.
Outre les Grenoüilles que nous auons par deçà, qu’ils appellent Kiotoutsiche, ils en ont encore d’vne autre espece, qu’ils appellent Oüraon, quelques-vns les appellent Crapaux, bien qu’ils n’ayent aucun venin ; mais ie ne les tiens point en cette qualité, quoy que ie n’aye veu en tous ces païs des Hurons aucune espece de nos Crapaux, ny oüy dire qu’il y en ait, sinon en Canada. Il est vray qu’vne personne, pour exacte qu’elle soit, ne peut entierement sçauoir ny obseruer tout ce qui est d’vn païs, ny voir et oüyr tout ce qui s’y passe, et c’est la raison pourquoy les Historiens et Voyageurs ne se trouuent pas tousiours d’accord en plusieurs choses.
Ces Oüraons ou grosses Grenouilles sont verdes, et deux ou trois fois grosses comme les communes ; mais elles ont vne voix si grosse et si puissante, qu’on les entend de plus d’vn quart de lieuë loin le soir, en temps serain, sur le bord des lacs et riuieres, et sembleroit (à qui n’en auroit encore point veu) que ce fust d’ani-326||maux vingt fois plus gros : pour moy ie confesse ingenuëment que ie ne sçauois que penser au commencement, entendant de ces grosses voix, et m’imaginois que c’estoit de quelque Dragon, ou bien de quelqu’autre gros animal à nous incogneu. I’ay oüy dire à nos Religieux dans le pays, qu’ils ne feroient aucune difficulté d’en manger, en guise de Grenoüilles : mais pour moy ie doute si ie l’aurois voulu faire, n’estant pas encore bien asseuré de leur netteté.
Chapitre IIII.
n beaucoup d’endroicts, contrées, isles et
pays, le long des riuieres et dans les bois,
il y a si grande quantité de Bluës, que les
Hurons appellent Ohentaqué, et autres petits
fruicts, qu’ils appellent d’un nom general Hahique,
que les Sau-327||uages en font seicherie pour l’hyuer,
comme nous faisons des prunes seichées au soleil, et
cela leur sert de confitures pour les malades, et pour
donner goust à leur Sagamité, et aussi pour mettre
dans les petits pains qu’ils font cuire sous les cendres.
Nous en mangeasmes en quantité sur les
chemins, comme aussi des fraizes, qu’ils nomment Tichionte,
auec de certaines graines rougeastres, et grosses
comme gros pois, que ie trouvois tres-bonnes ; mais
ie n’en ay point veu en Canada ny en France de pareilles,
non plus que plusieurs autres sortes de petits
fruicts et graines incogneuës par deçà, desquelles
nous mangions comme mets delicieux quand nous
en pouuions trouuer. Il y en a de rouges qui semblent
presque du Corail, et qui viennent quasi contre
terre par petits bouquets, avec deux ou trois fueilles,
ressemblans au Laurier, qui luy donnent bonne
grace, et semblent de tres-beaux bouquets, et seruiroient
pour tels s’il y en auoit ici. Il y a de ces autres
grains plus gros encore vne fois, comme i’ay tantost
dict, de couleur noirastre, et qui viennent en des
tiges, hautes d’vne coudée. Il y a aussi des arbres qui
semblent de l’Espine328||blanche, qui portent de petites
pommes dures, et grosses comme auelines, mais non
pas gueres bonnes. Il y a aussi d’autres graines
rouges, nommées Toca, ressemblans à nos Cornioles ;
mais elles n’ont ny noyaux ny pépins ; les Hurons
les mangent crues et en mettent aussi dans leurs petits
pains.
Ils ont aussi des Noyers en plusieurs endroicts, qui portent des noix vn peu differentes aux nostres, i’en ay veu qui font comme en triangle, et l’escorce verte exterieure sent un goust comme Terebinte, et ne s’arrache que difficilement de la coque dure. Ils ont aussi en quelque contrée des Chastagniers, qui portent de petites Chastaignes ; mais pour des Noisettes et des Guynes, qui ne sont qu’vn peu plus grosses que Grozeilles de tremis, à faute d’estre cultiuées et antées, il y en a en beaucoup de lieux, et par les bois et par les champs, desquelles neantmoins on faict assez peu d’estat : mais pour les Prunes, nommées Tonestes, qui se trouuent au pays de nos Hurons, elles ressemblent à nos Damas violets ou rouges, sinon qu’elles ne sont pas si bonnes de beaucoup ; car la couleur trompe, et sont aspres et rudes au329||goust, si elles n’ont senty de la gelée : c’est pourquoy les Sauuagesses, après les auoir soigneusement amassées, les enfoüyent en terre quelques sepmaines pour les adoucir, puis les en retirent, les essuyent et les mangent. Mais ie croy que si ces Prunes estoient antées, qu’elles perdroient cette acrimonie et rudesse, qui les rend des-agreables au goust, auparauant la gelée.
Il se trouue des Poires, ainsi appellees Poires, certains petits fruicts vn peu plus gros que des pois, de couleur noirastre et mols, tres-bons à manger à la cueillier comme Bluës, qui viennent sur des petits arbres, qui ont les feuilles semblables aux poiriers sauuages de deçà, mais leur fruict en est du tout different. Pour des Framboises, Meures champestres, Grozelles et autres semblables fruicts que nous cognoissons, il s’en trouue assez en des endroicts, comme semblablement des Vignes et Raisins, desquels on pourrait faire du fort bon vin au pays des Hurons, s’ils auoient l’inuention de les cultiuer et façonner ; mais faute de plus grande science, ils se contentent d’en manger le raisin et les fruicts.
330||Les racines que nous appelons Canadiennes, ou pommes de Canada, qu’eux appellent Orasquanita. sont assez peu communes dans le pays ; ils les mangent aussi tost crues que cuites, comme semblablement d’vne autre sorte de racine, ressemblant aux Panays, qu’ils appellent Sondhratates, lesquelles sont à la verité meilleures de beaucoup : mais on nous en donnoit peu souuent, et lors seulement que les Sauuages auoient receu de nous quelque present, ou que nous les visitions dans leurs Cabanes.
Ils ont aussi de petits Oignons nommés Anonqne, qui portent seulement deux fueilles semblables à celles du Muguet, ils sentent autant l’Ail que l’Oignon ; nous nous en seruions à mettre dans nostre Sagamité pour luy donner goust, comme d’vne certaine petite herbe, qui a le goust et la façon approchante de la Marjoleine sauuage, qu’ils appellent Ongnehon : mais lorsque nous auions mangé de ces Oignons et Ails crus, comme nous faisions auec vn peu de pourpier sans pain, lorsque nous n’auions autre chose, ils ne vouloient nullement nous approcher, ny sentir nostre haleine, disans que cela sentoit trop331||mauuais, et crachoient contre terre par horreur. Ils en mangent neantmoins de cuits sous la cendre, lorsqu’il sont en leur vraye maturité et grosseur, et non iamais dans leur Menestre, non plus que toute autre sorte d’herbes, desquelles ils font tres-peu d’estat, bien que le pourpier ou pourceleine leur soit fort commun, et que naturellement il croisse dans leurs champs de bled et de citrouilles.
Dans les forests, il se voit quantité de Cedres, nommez Asquata, de très-beaux et gros Chesnes, des Fouteaux, Herables, Merisiers ou Guyniers, et vn grand nombre d’autres bois de mesme espece des nostres, et d’autres qui nous sont incogneus : entre lesquels ils ont vn certain arbre nommé Atti, duquel ils reçoiuent et tirent des commoditez nompareilles.
Premierement, ils en tirent de grandes lanieres d’escorces, qu’ils appellent Ouhara : ils les font bouillir, et les rendent enfin comme chanvre, de laquelle ils font leurs cordes et leurs sacs, et sans estre bouillie ny accommodée, elle leur sert encore à coudre leurs robbes, et toute autre chose, à faute de nerfs d’Eslan ; puis leurs plats et escuelles d’escorce de Bouleau, et aussi332||pour lier et attacher les bois et perches de leurs Cabanes, et à enuelopper leurs playes et blesseures, et cette ligature est tellement bonne et forte qu’on n’en sçauroit désirer vne meilleure et de moindre coust.
Aux lieux marescageux et humides, il y croist vne plante nommée Ononhasquara, qui porte vn tres-bon chanvre ; les Sauuagesses la cueillent et arrachent en saison, et l’accommodent comme nous faisons le nostre, sans que i’aye peu sçauoir qui leur en a donné l’inuention autre que la necessité, mere des inuentions. Apres qu’il est accommodé, elles le filent sur leur cuisse, comme i’ay dict, puis les hommes en font des lassis et filets à pescher. Ils s’en servent aussi en diuerses autres choses, et non à faire de la toile : car ils n’ent ont l’vsage ny la cognoissance.
Le Muguet qu’ils ont en leur pays a bien la fueille du tout semblable au nostre, mais la fleur en est toute austre : car outre qu’elle est de couleur tirant sur le violet, elle est faicte en façon d’Estoille grande et large comme petit Narcis : mais la plus belle plante que i’aye veuë aux Hurons (a mon aduis) est celle qu’ils appel-333||lent Angyahouiche Orichya, c’est à dire, Chausse de Tortuë : car sa fueille est comme le gros de la cuisse d’vn Houmard, ou Escreuice de mer, et est ferme et creuse au dedans comme vn gobelet, duquel on se pourroit servir à vn besoin pour en boire la rosée qu’on y trouue tous les matins en Esté, sa fleur en est aussi assez belle.
I’ai veu en quelque endroict sur le chemin des Hurons de beaux Lys incarnats, qui ne portent sur la tige qu’vne ou deux fleurs, et comme ie n’ay point veu en tout le pays Huron aucuns Martagons ou Lys orangez comme ceux de Canada, ny de Cardinales, aussi n’ay ie point veu en tout le Canada aucuns Lys incarnats, ny Chausses de Tortuës, ny plusieurs autres especes de plantes que i’ay veuës aux Hurons (il y en pourroit neantmoins bien auoir sans que ie le sceusse). Pour les Roses, qu’ils appellent Eindauhatayon, nos Hurons en ont de simples, mais ils n’en font aucun estat, non plus que d’aucunes autres fleurs qu’ils ayent dans le pays : car tout leur deduict est d’auoir des parures et affiquets qui soient de durée.
De passer outre à descrire des autres plantes qui nous ont esté monstrées et ensei-334||gnées par les Sauuages, ce seroit chose superflue, et non necessaire, comme de parler de la richesse et profit qui prouenoit des cendres qui se faisoient dans le pays, et se menoient en France, puisqu’elles ont esté delaissées, comme de peu de rapport, en comparaison des fraiz qu’il y conuenoit faire, bien qu’elles fussent meilleures et plus fortes de beaucoup, que celles qui se font en nos foyers.
La misere de l’homme est telle, et particulierement de ceux qui n’ont pas la gloire de Dieu pour but et regle de leurs actions, qu’ils n’aspirent tousiours qu’aux choses de la terre qui peuuent seulement donner quelque assouuissement au corps, et non en l’esprit, que Dieu seul peut contenter.
Au retour de mon voyage, lors que ie m’efforçois de faire entendre la necessité que nos pauures Sauuages auoient d’vn secours puissant, qui fauorizast leur conuersion, et qu’il y auoit cent mille ames à gaigner à Iesus-Crist, plusieurs mal-deuots me demandoient s’il y avoit cent mille escus à gaigner aupres : voulans dire par là que la conuersion et le salut des ames ne leur estoit de rien, et qu’il n’y auoit335||que le seul temporel qui les peust esmouuoir à l’ayde et secours dudict pays. Voicy donc, ô mal-deuots, les thresors et richesses ausquelles seules vous aspirez avec tant d’inquietudes. Elles consistent principalement en quantité de Pelleteries, de diuerses especes d’Animaux terrestres et amphibies. Il y a encore des mines de Cuivre qui ne deuroient pas estre mesprisées, et desquelles on pourroit tirer du profit, s’il y avoit du monde et des ouuriers qui y voulussent trauailler fidellement, ce qui se pourroit faire, si on auoit estably des Colonies : car enuiron quatre-vingts ou cent lieuës des Hurons, il y a vne mine de Cuivre rouge, de laquelle le Truchement me monstra vn lingot au retour d’vn voyage qu’il fit dans le pays.
On tient qu’il y en a encore vers le Saguenay, et mesme qu’on y trouuoit de l’or, des rubis et autres richesses. De plus quelques-vns asseurent qu’au pays Souriquois il y a non seulement des mines de Cuivre rouge, mais aussi de l’Acier, parmy les rochers, lequel estant fondu on en pourrait faire de tres-bons trenchans. Puis de certaines pierres bleues transparentes, lesquelles ne vallent moins que336||les Turquoises. Parmy ces rochers de Cuyvre se trouuent aussi quelques fois des petits rochers couuerts de Diamans y attachez : et peux dire en auoir amassé et recueilly moy-mesme vers nostre Convent de Canada, qui sembloient sortir de la main du Lapidaire, tant ils estaient beaux, luisans et bien taillez. Ie ne veux asseurer qu’ils soient fins, mais ils sont agreables, et escriuent sur le verre.
Chapitre V.
n an s’estant escoulé, et beaucoup de petites
choses qui nous faisoient besoin nous
manquans, il fut question de retourner en
nostre Conuent de Canada, pour en receuoir
et rapporter les choses necessaires. Nous consultasmes
donc par ensemble, et aduisasmes qu’il
falloit se seruir de la com-337||pagnie et conduite de
nos Hurons, qui deuoient en ce mesme temps descendre
à la traicte, et aller en Canada, pour en rapporter
nos petites necessitez. Car de leur donner et
confier à eux seuls cette commission, il n’y avoit
aucune apparence, non plus que de certitude qu’ils
deussent descendre iusques là. Ie parlay donc à vn
Capitaine de guerre, nommé Angoiraste, et à deux autres
Sauuages de sa bande : l’vn nommé Andatayon,
et l’autre Conchionet, qui me promirent place dans
leur Canot : le conseil s’assemble là-dessus, non en
vne Cabane, ains dehors sur l’herbe verte, où ie fus
mandé, et supplié par ces Messieurs de leur estre fauorable
enuers les Capitaines de la traicte, et de faire
en sorte qu’ils peussent avoir d’eux les marchandises
nécessaires à prix raisonnable, et que de leur costé ils
leur rendroient de tres-bonnes pelleteries en eschange.
De plus, qu’ils desiroient fort se conseruer l’amitié
des François, et qu’ils esperoient de moy vn honneste
recit du charitable accueil et bon traictement
que nous auions receu d’eux. Ie leur promis là-dessus
tout ce que ie deuois et pouuois, et ne manquay
point de les contenter et assister en338||tout ce qu’il
me fut possible (aussi le deuois-je faire) : car de vray,
nous auious trouué et experimenté en aucun d’eux
autant de courtoisie et d’humanité que nous eussions
peu esperer de quelques bons Chrestiens, et peut-estre
le faisoient-ils neantmoins sous esperance de
quelque petit present, ou pour nous obliger de ne les
point abandonner : car la bonne opinion qu’ils auoient
conceuë de nous leur faisoit croire que nostre presence,
nos prieres et nos conseils leur estoient vtils
et necessaires.
Faisant mes adieux par le bourg, plusieurs se doutans que ie ne retournerois point de ce voyage, en tesmoignoient estre mal contens, et me disoient d’vne voix assez triste : Gabriel, serons-nous encore en vie, et nos petits enfans, quand tu reuiendras vers nous ; tu sçais comme nous t’auons tousiours aymé et chery, et que tu nous es precieux plus qu’aucune autre chose que nous ayons en ce monde ; ne nous abandonne donc point, et prend courage de nous instruire et enseigner le chemin du Ciel, à ce que ne perissions point, et que le Diable ne nous entraisne apres la mort dans sa maison de feu, il est339||meschant, et nous faict bien du mal ; prie donc Iesvs pour nous, et nous fais ses enfans, à ce que nous puissions aller auec toi dans son Paradis : puis d’autres adioustoient mille demandes apres leurs lamentations, disans : Gabriel, si enfin tu es contrainct de partir d’icy pour aller aux François, et que ton dessein soit de revenir (comme nous t’en supplions), rapporte-nous quelque chose de ton pays, des rassades, des prunes, des aleines, ou ce que tu voudras ; car nous sommes pauures et necessiteux en meubles et autres choses (comme tu sçais) ; et si de plus tu pouuois, disoient quelques-vns, nous faire present de tes socquets et sandales, nous t’en aurions de l’obligation et te donnerions quelque chose en eschange : et il les falloit contenter tous de parole ou autrement, et les laisser auec cette esperance que ie les reuerrois en bref, et leur apporterais quelque chose (comme c’estoit bien mon intention, si Dieu n’en eust autrement disposé).
Ayant pris congé du bon Pere Nicolas avec promesse de le reuoir au plustost (si Dieu et l’obeys-ance de mes Superieurs ne m’en empeschoit), ie party de nostre340||Cabane vn soir assez tard, et m’en allay coucher auec des Sauuages sur le bord de l’eau, d’où
0. nous partismes le lendemain moy sixiesme, dans vn Canot tellement vieil et rompu, qua peine eusmes-nous aduancé deux ou trois heures de chemin dans le Lac, qu’il nous fallut prendre terre et nous cabaner en vn cul-de-sac (auec d’autres Sauuages qui alloient au Saguenay) pour en renuoyer querir vn autre par deux de nos hommes, lesquels firent telle diligence qu’ils nous en ramenerent vn autre vn peu meilleur le lendemain matin, et en attendant leur retour, apres auoir servy Dieu, i’employay le reste du temps à voir et visiter tous ces pauures voyageurs, desquels i’appris la sobrieté, la paix et la patience qu’il faut auoir en voyageant. Leurs Canots estoient fort petits et aysez à tourner, aux plus grands il y pouuoit trois hommes, et aux plus petits deux, auec leurs viures et marchandises. Ie leur demanday la raison pourquoy ils se seruoient de si petits vaisseaux ; mais ils me firent entendre qu’ils auoient tant de si fascheux chemins à faire, et des destroicts parmy les rochers si difficiles à passer, auec des sauts de sept à huict lieuës341||où il falloit tout porter, qu’ils n’y porroient nullement passer auec de plus grands Canots. Ie loüe Dieu en ses creatures et admire la diuine Prouidence, que si bien il nous donne les choses necessaires pour la vie du corps, il doüe aussi ces pauures gens d’vne patience au dessus de nous, qui suplée au deffaut des petites commoditez qui leur manquent.
Nous partismes de là des que le Canot qui nous avait esté amené fut prest, et fismes telle diligence, qu’enuiron le midy nous trouuasmes Estienne Bruslé auec cinq ou six Canots, du village de Toenchain, et tous ensemble fusmes loger en vn village d’Algoumequins, auquels visitans les Cabanes du lieu, selon ma coustume, ie fus prié de festin d’vn grand Esturgeon, qui bouillait dans une grande chaudiere sur le feu. Le maistre du festin qui m’inuita estoit seul, assis aupres de cette chaudiere, et chantoit sans intermission, pour le bon-heur et les louanges de son festin : ie luy promis de m’y trouuer à l’heure ordonnée, et de là ie m’en retournay en nostre Cabane, où estant à peine arrivé, se trouua celuy qui auoit charge de faire les semonces du festin, qui donna à tous ceux342||qu’il inuitoit à chacun vne petite buchette de la longueur et grosseur du petit doigt, pour marque et signe qu’on estoit du nombre des invitez, et non les autres qui n’en pouuoient monstrer autant. Il se trouva pres de cinquante hommes à ce festin, lesquels furent tous rassasiez plus que suffisamment de ce grand poisson, et des farines qui furent accommodées dans le bouillon. Les Algoumequins les vns apres les autres, pendant qu’on vuidoit la chaudiere, firent voir à nos Hurons qu’ils sçauoient chanter et escrimer aussi bien qu’eux, et que s’ils auoient des ennemis, qu’ils auoient aussi du courage et de la force assez pour les surmonter tous ; et à la fin ie leur parlay vn peu de leur salut, puis nous nous retirasmes.
Le lendemain matin, après avoir desieuné, nous nous rembarquasmes et fusmes loger sur un grand rocher, où ie m’accommoday dans vn lieu caué, en forme de cercueil, le lict et le cheuet en estoient bien durs ; mais i’y estois desia tout accoustumé, et m’en souciois assez peu, mon plus grand martyre estoit principalement la piqueure des Mousquites et Cousins qui estoient en nombre infiny dans ces lieux deserts et343||champestres : enuiron l’heure de midy apparut l’Arc-en-Ciel à l’entour du Soleil, auec de si viues et diuerses couleurs, que cela attira longtemps mes yeux pour le contempler et admirer. Passans outre nostre chemin d’Isle en Isle, vn de nos Sauuages, nommé Andatayon, tua d’vn coup de flesche vn petit animal, ressemblant à vne Fouyne, elle auoit ses petites mamelles pleines de laict, qui me faict croire qu’elle auoit ses petits là auprez : et cet amour que la Nature luy auoit donnée pour sa vie et pour ses petits, luy donna aussi le courage de trauerser les eauës, et d’emporter la flesche qu’elle auoit au trauers du corps, qui luy sortoit egallement des deux costez : de sorte que sans la diligence de nos Sauuages qui luy couperent chemin, elle estoit perdue pour nous : ils l’escorcherent, ietterent la chair et se contenterent de la peau, puis nous allasmes à l’entrée de la riuiere qui vient du Lac des Epicerinys se descharger dans la mer douce.
Le iour ensuyuant, après auoir passé vn petit saut, nous trouuasrnes deux Cabanes d’Algoumequins dressées sur le bord de la riuiere, desquels nous traittasmes344||vne grande escorce, et vn morceau de poisson fraiz pour du bled d’Inde. De là, pensans suyure nostre route, nous nous trouuasrnes esgarez aussi bien que le iour precedent, dans des chemins destournez. Il nous fallut donc charger nos hardes et nostre Canot sur nos espaules, et trauerser les bois et vne assez fascheuse montagne, pour aller retrouuer nostre droict chemin, dans lequel nous fusmes à peine remis, qu’il nous fallut tout porter à six sauts, puis encore en vn autre assez grand, au bout duquel nous trouuasmes quatre Cabanes d’Algoumequins qui s’en alloient en voyage en des contrées fort esloignées. Nous nous rafraischismes vn peu aupres d’eux, puis nous allasmes cabaner sur vne montagnette proche le Lac des Epicerinys, où nous fusmes visitez de plusieurs Sauuages passans. Dés le lendemain matin, que le Soleil nous eut faict voir sa lumiere, nous nous embarquasmes sur ce Lac Epicerinyen, et le trauersasmes assez fauorablement par le milieu, qui sont douze lieuës de traiect, il a neantmoins vn peu plus en sa longueur, à cause de sa forme sur-ouale. Ce Lac est très-beau et tres-agreable à voir, et fort pois-345||sonneux. Et ce qui est plus admirable, est (si ie ne me trompe) qu’il se descharge par les deux extremitez opposites : car du costé des Hurons il vomist cette grande riuiere qui se va rendre dans la mer douce ; et du costé de Kebec il se descharge par vn canal de sept ou huict toises de large, mais tellement embarrassé de bois, que les vents y ont faict tomber, qu’on n’y peut passer qu’auec bien de la peine, et en destournant continuellement les bois de la main, ou des auirons.
Ayans trauersé le Lac, nous cabanasmes sur le bord ioignant ce canal, où desia s’estoient cabanez, vn peu à costé d’vn village d’Epicerinys, quantité de Hurons qui alloient à la Prouince du Saguenay : nous traittasmes des Epicerinys vn morceau d’Esturgeon, pour vn petit cousteau fermant que ie leur donnay : car leur ayant voulu donner de la rassade rouge en eschange, ils n’en firent aucun estat, au contraire de toutes les autres Nations, qui font plus d’estat des rouges que des autres.
Le matin venu, nous nauigeasmes par le canal enuiron un petit quart de lieuë, puis nous prismes terre, et marchasmes346||par des chemins tres-fascheux et difficiles pres de quatre bonnes lieuës, excepté deux de nos hommes, qui pour se soulager conduirent quelque peu de temps le Canot par vn ruisseau, auquel neantmoins ils se trouuerent souuent embarrassez et fort en peine : soit pour le peu d’eau qu’il y auoit par endroicts, ou pour le bois tombé dedans qui les empeschoit de passer : à la fin ils furent contraincts de quitter ce ruisseau, et d’aller par terre comme nous. Ie portois les avirons du Canot pour ma part du bagage, auec quelqu’autre petit pacquet, auec quoy ie pensay tomber dans vn profond ruisseau en le pensant passer par sus des longues pieces de bois mal asseurées : mais nostre Seigneur m’en garantit : et pour ce que ie ne pouuois suyure mes gens que de loin, à cause qu’ils auoient le pied plus leger que moy, ie m’esgarois souuent seul dans les espaisses forests et par les montagnes et vallées, à faute de sentiers battus : mais à leurs cris et appel ie me remettois à la route, et les allois retrouuer : ce long chemin faict, nous nous rembarquasmes sur un Lac d’enuiron vne lieuë de longueur, puis ayans porté à vn sault assez petit,347||nous trouuasmes vne riuiere qui descendoit du costé de Kebec, et nous y embarquasmes : depuis les Hurons, sortans de la mer douce, nous auions tousiours monté à mont l’eau, iusques au Lac des Epicerinys, et depuis nous eusmes tousiours des riuieres et ruisseaux, la faueur du courant de l’eau iusques à Kebec, bien que mes Sauuages s’en servissent assez peu, pour aymer mieux prendre des chemins destournez par les terres et par les lacs, qui sont fort frequents dans le pays, que de suyure la droite route.
Le neufuiesme ou dixiesme iour de nostre sortie des Hurons, nostre Canot se trouua tellement brisé et rompu, que faisant force eau, mes Sauuages furent contraincts de prendre terre, et cabaner proche deux ou trois Cabanes d’Algoumequins, et d’aller chercher des escorces pour en faire un autre, qu’ils sceurent accommoder et parfaire en fort peu de temps : ie demeuray en attendant mes hommes, auec ces Algoumequins, lesquels avoient auec eux deux ieunes Ours privez, gros comme Moutons, qui continuellement luitoient, couroient et se ioüoient par ensemble, puis c’estoit à qui348||auroit plustost grimpé au haut d’vn arbre : mais l’heure du repas venue, ces meschants animaux estoient tousiours apres nous pour nous arracher nos escuelles de Sagamité auec leurs pattes et leurs dents : mes Sauuages rapporterent auec leurs escorces vne Tortue pleine d’œufs, qu’ils firent cuire viue les pattes en haut sous les cendres chaudes, et m’en firent manger les œufs gros et jaunes comme le moyeu d’vn œuf de poulle.
Ce lieu estoit fort plaisant et agreable, et accommodé d’vn tres-beau bois de gros Pins fort hauts, droicts et presque d’vne egale grosseur et hauteur, et tous Pins, sans meslange d’autre bois, net et vuide de broussailles et halliers, de sorte qu’il sembloit estre l’œuure et le travail d’un excellent jardinier.
Auant que partir de là, mes Sauuages y afficherent les Armoiries de nostre bourg de Quieunonascaran ; car chacun bourg ou village des Hurons a ses Armoiries particulieres, qu’ils dressent sur les chemins faisans voyages, lors qu’ils veulent qu’on sçache qu’ils ont passé celle part. Ces Armoiries de nostre bourg furent depeinctes sur vn morceau d’escorce de Bou-349||leau de la grandeur d’vne fueille de papier : il y auoit vn Canot grossierement crayonné, auec autant de traicts noirs tirez dedans, comme ils estoient d’hommes, et pour marque que i’estois en leur compagnie, ils auoient grossierement depeinct un homme au dessus des traicts du milieu, et me dirent qu’ils faisoient ce personnage aussi haut esleué par-dessus les autres, pour demonstrer et faire entendre aux passans qu’ils auoient auec eux vn Capitaine François (car ainsi m’appelloient-ils), et au bas de l’escorce pendoit vn morceau de bois sec, d’enuiron demy-pied de longueur, et gros comme trois doigts, attaché d’vn brin d’escorce, puis ils pendirent cette Armoirie au bout d’vne perche fichée en terre, vn peu penchante en bas. Toute cette ceremonie estant acheuée, nous partismes auec nostre nouueau Canot, et portasmes encore ce iour-là, à six ou sept sauts : mais sur l’heure du midy en nageant, nous donnasmes si rudement contre vn rocher, que nostre Canot en fut fort endommagé, et y fallut recoudre une piece.
Ie ne fay point icy mention de tous les hazards et dangers que nous courusmes350||en chemin, ny de tous les sauts où il nous fallut porter tous nos pacquets par de tres-longs et fascheux chemins, ny comme beaucoup de fois nous courusmes risque de nostre vie, et d’estre submergez dans des chutes et abysmes d’eau, comme a esté du depuis le bon Pere Nicolas et vn ieune garçon François nostre disciple, qui le suyuoit de pres dans vn autre Canot, pour ce que ces dangers et perils sont tellement frequents et journaliers, qu’en les descriuans tous, ils sembleroient des redites par trop rebatuës ; c’est pourquoi ie me contente d’en, rapporter icy quelques-vns, et lors seulement que le suject m’y oblige, et cela suffira.
Le soir, après vn long trauail, nous cabanasmes à l’entrée d’un saut, d’où ie fus long-temps en doute que vouloit dire un grand bruit, auec vne grande et obscure fumée que i’apperceuois enuiron vne lieuë de nous. Ie disois, ou qu’il y auoit là vn village, ou que le feu estoit dans la forest ; mais ie me trompois en toutes les deux sortes : car ce grand bruit et cette fumée procedoit d’vne cheute d’eau de vingt-cinq ou trente pieds de haut entre des rochers que nous trouuasmes le len-351||demain matin. Apres ce saut, enuiron la portée d’vne arquebuzade, nous trouuasmes sur le bord de l’eau ce puissant rocher, duquel i’ay faict mention au chapitre 18. que mes Sauuages croyoient auoir esté homme mortel comme nous, et puis deuenu et metamorphosé en cette pierre, par la permission et le vouloir de Dieu : à vn quart de lieuë de là, nous trouuasmes encore une terre fort haute, entre-meslée de rochers, plate et unie au dessus, et qui seruoit comme de borne et de muraille à la riuiere.
Ce fut icy où mes gens, pour ne me pouuoir persuader que cette montagne eust vn esprit mortel au dedans de soy qui la gouuernast et regist, me monstrerent vne mine vn peu refroignée et mescontente, contre leur ordinaire. Apres, nous portasmes encore à trois ou quatre sauts tout nostre equipage, au dernier desquels nous nous arrestasmes vn peu à couuert sous des arbres, pendant vn grand orage, qui m’auoit desia percé de toutes parts ; puis apres auoir encore passé vn grand saut, où le Canot fut en partie porté, et en partie traisné, fusmes cabaner sur vne pointe de terre haute, en-352||tre la riuiere qui vient du Saguenay, et va à Kebec, et celle qui se rendoit dedans tout de trauers ; les Hurons descendent iusqu’icy pour aller au Saguenay, et vont contre-mont l’eau, et neantmoins la riuiere du Saguenay, qui entre dans la grande riuiere de sainct Laurent à Tadoussac, a son fil et courant tout contraire, tellement qu’il faut necessairement que ce soient deux riuieres distinctes, et non une seule, puis que toutes se rendent et se perdent dans la mesme riuiere sainct Laurent, encore qu’il y ait de la distance d’vn lieu à l’autre enuiron deux cens lieuës : ie n’asseure neantmoins absolument de rien, puis que nous changeasmes si souuent de chemin allans et retournans des Hurons à Kebec, que cela m’a faict perdre l’entiere certitude, et la vraye cognoissance du droict chemin.
Continuons nostre voyage, et prenons le chemin à main droicte ; car celuy qui est à gauche conduist en la Prouince du Saguenay, et disons que l’entrée de la riuiere que nous venons de quitter dans ceste autre y causoit tant d’effect, que nous fismes plus de six ou sept lieuës de chemin, que ie ne pouuois encore sortir de353||l’opinion (ce qui ne pouuoit estre) que nous allassions contre-mont l’eau, et ce qui me mist en ceste erreur fut la grande difficulté que nous eusmes à doubler la poincte, et que le long de la riuiere iusques au saut, l’eau se sousleuoit, s’enfloit, tournoyoit et boüillonnoit par tout comme sur vn feu, puis des rapports et traisnées d’eau qui nous venoient à la rencontre vn fort long espace de temps et auec tant de vitesse, que si nous n’eussions esté habiles de nous en destourner auec la mesme promptitude, nous estions pour nous y perdre et submerger. Ie demanday à mes Sauuages d’où cela pouuoit procéder ; ils me respondirent que c’estoit vn œuure du Diable, ou le Diable mesme.
Approchans du saut, en vn tres-mauuais et dangereux endroict, nous receusmes dans nostre Canot des grands coups de vagues, et encor en danger de pis, si les Sauuages n’eussent esté stilez et habiles à la conduite et gouuernement d’iceluy : pour leur particulier ils se soucioient assez peu d’estre mouillez (car ils n’auoient point d’habit sur le dos qui les empeschast de dormir à sec) : mais pour moy cela m’estoit vn peu plus incommode, et crai-354||gnois fort pour nos liures particulierement.
Nous nous trouuasmes vn iour bien empeschez dans des grands bourbiers, et des profondes fanges et marests, ioignant vn petit lac, où il nous fallut marcher auec des peines nompareilles, et si subtilement et legerement, que nous pensions à toute heure enfoncer par dessus la teste au profond du lac, qui portoit en partie cette grande estenduë de terre noire et fangeuse : car en effet tout trembloit sous nous. De là nous allasmes prendre nostre giste en vne ance de terre, où desia s’estoient cabanez depuis quatre iours vn bon vieillard Huron, auec deux ieunes garçons, qui estoient là attendant compagnie, pour passer par le pays des Honqueronons iusques à la traicte : car ce peuple des Honqueronons est malicieux, iusques là que de ne laisser passer par leurs terres au temps de la traicte, vn seul ou deux Canots à la fois ; mais veulent qu’ils s’attendent l’vn l’autre, et passent tous en flotte, pour auoir meilleur marché de leurs bleds et farines, qu’ils leur contraignent de traicter pour des pelleteries. Le lendemain matin arriuerent encor deux autres Ca-355||nots Hurons qui cabanerent auec nous ; mais pour cela personne n’osoit encore se hazarder de passer de peur d’vn affront. À la fin mes hommes s’aduiserent de me declarer Maistre et Capitaine de tous les deux Canots, et de la marchandise qui estoit dedans, pour pouuoir librement passer sans crainte, euiter l’insolence de ce peuple, et sans recevoir de detriment : ie leur promis, ie le fis, et ils s’en trouuerent bien : car, sans iactance, ie peux dire, que si ce n’eust esté moy qui mis le hola, ils eussent esté aussi mal-traictez que deux autres Canots que ie vis arriuer, qui n’estoient point de nostre bande.
Nous partismes donc de cette anse de terre, mais ayans vn peu aduancé chemin, nous apperceusmes deux cabanes de cette Nation, dressées en vn cul-desac en lieu eminent, d’où on pouuoit descouurir et voir de loin ceux qui passoient dans leurs terres. Mes Sauuages les voyans eurent opinion que c’estoient sentinelles posées, pour leur empescher le passage : ils tirerent celle part, et me prierent instamment de me coucher de mon long dans le Canot, pour n’estre apperceu de ces sentinelles, afin que ie peusse estre tes-355||moin oculaire et auriculaire du mauuais traictement qu’ils pourroient recevoir, et que par apres ie me ferois voir.
Nous approchasmes donc de ces cabanes, et leur parlasmes ; mais ces pauures gens ne nous dirent aucune chose qui nous peust desplaire : car ils ne songeoient simplement qu’à leur pesche et à leur chasse, et par ainsi nous reprismes promptement nostre route, et allasmes passer par vn lac, et de là par la riuiere qui conduit au village, laissant à main gauche le droit chemin de Kebec. Ie loue mon Dieu en toutes choses, et le prie que ma peine et mon trauail soit agreable à sa diuine Majesté : mais il est vray que nous pensasmes perir ce iour-là par deux fois, auant qu’arriuer à ce village, en deux endroicts fort perilleux, assez pres du saut du lac qui tombe dans la riuiere, et puis nous descendismes dans vn certain endroict tout couuert de fraizes, desquelles nous fismes nostre meilleur repas, et reprismes nouuelles forces d’acheuer nostre iournée, iusques à nos gens de l’Isle, où nous arriuasmes ce iour-là mesme, apres avoir faict vingt lieuës et plus de chemin.
Ô pauure peuple, combien tu es digne357||de compassion ! i’aduoüe que tu es le plus superbe et reuesche de tous ceux que i’ay point veu. Vien maintenant au deuant de nous, et dispose tes troupes pour nous attendre de pied coy au port où nous deuons descendre, ne pouuans euiter ta veuë et tes insolences, bornées et arrestées pourtant à la seule voix d’vn pauure Religieux Recollet de sainct François, que tu crois estre Capitaine, et n’est qu’vn pauure et simple soldat et indigne seruiteur d’vn Iesus-Christ crucifié, et mort pour nous en Croix.
Après auoir pris langue de quelques Sauuages que nous trouuasmes cabanez à l’escart, nous arriuasmes au port où desia s’estoient portez presque tous les Sauuages du bourg, lesquels auec de grands bruits et huées nous y attendoient en intention de profiter de nos viures, bleds et farines : mais comme ils s’en voulurent saisir, et que desia ils estoient entrez dans nos Canots, ie fis le hola ! et les en fis sortir (car mes gens n’osoient dire mot) et fis tout porter au lieu où nous voulusmes cabaner, vn peu esloigné d’eux, pour euiter leurs trop frequentes visites.
Il ne faut point douter que ces Hon-358||queronons n’estoient pas si simples qu’ils ne vissent bien (comme ils nous en firent quelques reproches) que ie me disois maistre des bleds et farines, par vne inuention trouuée et inuentée par mes gens, pour s’exempter de leur violence et importunité ; mais il leur fallut auoir patience et mortifier leur contradiction : car ils n’osoient m’attaquer ou me faire du desplaisir, de peur du retour, à la traicte de Kebec, où ils vont tous les ans.
Ie dis veritablement, et le repete derechef, que c’est icy le peuple le plus reuesche, le plus superbe et le moins courtois de tous ceux que i’ay veus ; mais aussi est-il le mieux couuert, le mieux matachié et le plus ioly et paré de tous ; comme si à la brauerie estoit inseparablement attachée et coniointe la superbe, la vanité et l’orgueil, mere nourriciere de tout le reste des vices et pechez. Les ieunes femmes et filles semblent des Nymphes, tant elles sont bien accommodées, et des Biches, tant elles sont légères du pied. Nous passasmes le reste du iour à nous cabaner, et encor tout le suyuant pour la venue du Truchement Bruslé, qui nous prioit de l’attendre de compagnie : mais nous trou-359||uasmes si peu de courtoisie et de faueur dans ce village, qu’aucun ne nous y voulut pas traicter vn seul morceau de poisson qu’à prix deraisonnable, peut-estre par vn ressentiment qu’ils auoient de ne leur auoir laissé les bleds et farines en leur liberté, comme ils s’estoient promis. Ils ne laissoient pourtant de nous venir voir deuant nostre cabane ; neantmoins plustost pour nous controller et se mocquer de nous, que pour s’instruire de leur salut : car à l’heure du repas me voyant souffler ma Sagamité, pour estre trop chaude, ils s’en prenoient à rire, ne considerans point que ie n’auois pas la langue ny le palais ferré ny endurcy comme eux.
Au partir de ce village, nous allasmes cabaner en vn lieu tres-propre à la pesche, où nous prismes quantité de poissons de diuerses especes, que nous mangeasmes cuits en eauë et rostis : mais il y auoit cela d’incommode que mes gens n’escailloient point celuy qu’ils deminssoient dans la Sagamité, non plus que celuy qui se mangeoit en autre façon, telle estant leur coustume, de sorte qu’à chaque cueillerée de Sagamité qu’on prenoit, il falloit faire estat d’en cracher vne partie dehors, et360||lors qu’ils auoient quelque morceau de viande à deminsser, ils se seruoient de leur pied pour le tenir, et de la main pour la couper.
Les grands orages qu’il fit ce iour-là, et les pluyes continuelles qui durerent iusques au lendemain matin, furent cause que nous logeasmes fort incommodement dans vn lieu marescageux, où d’auenture nous trouuasmes vn chien esgaré, que mes Sauuages prirent et tuerent à coups de haches, et le firent cuire pour nostre souper. Comme au chef, ils me presenterent la teste, mais ie vous asseure qu’elle estoit si hideuse, et auoit vne grand’ gueule beante si desagreable, que ie n’eus pas le courage d’en manger, et me contentay d’vn morceau de la cuisse. Au souper du lendemain nous mangeasmes vn’ Aigle, que mes gens m’auoient desnichée, puis deux ou trois autres en autre temps, pour ce que ces oyseaux estoient si lourds à porter, auec les auirons que i’auois desia en ma charge, que ie ne pus les conseruer vn plus long temps, et fallut nous en desfaire.
Le iour suyuant, apres auoir tout porté à 5. ou 6. sauts, et passé par des lieux tres-pe-361||rilleux, nous prismes giste en vn petit hameau d’Algoumequins sur le bord de la riuiere, qui a en cet endroict plus d’vne bonne lieuë de large : le lendemain enuiron l’heure de midy, nous vismes deux Arcs-en-Ciel, fort visibles et apparens, qui tenoient deuant nous les deux bords de la riuiere comme deux arcades, sous lesquelles il sembloit que nous deussions passer. Le soir nos Sauuages mangerent vn’ Aigle, de laquelle ie ne voulus pas seulement prendre du bouillon pour l’amour de nostre Seigneur, et le respect du Vendredy (bien que ie fusse bien foible), de quoy mes gens resterent bien edifiez et satisfaits, que ie ne fisse rien contre la volonté de nostre bon Iesvs. Le matin nous nous mismes sur la riuiere, qui en cet endroict est tres-large, et semble vn lac, couuert par tout d’vn si grand nombre de Papillons morts, que i’eusse auparauant douté s’il y en auroit bien eu autant en tout le Canada : à quelques heures de là, vn François, nommé la Montagne, auec ses Sauuages, se penserent perdre, et tomber dans vn precipice et cheute d’eau, de laquelle ils ne fussent iamais sortis que morts et tous brisez, et leur faute estoit, en ce362||qu’ils n’auoient pas assez-tost pris terre.
Nous auons faict mention de plusieurs cheutes d’eau, et de quantité de sauts et de precipices dangereux : mais voicy le saut de la Chaudière que nous allons presentement trouuer, le plus admirable, le plus dangereux et le plus espouuentable de tous : car il est large de plus d’vn grand quart de lieuë et demy, il a au trauuers quantité de petites Isles qui ne sont que rochers aspres et difficiles, couuertes en partie de meschants petits bois, le tout entre-coupé de concauitez et precipices, que ces bouillons et cheutes d’eau de six ou sept brasses, ont faict à succession de temps, et particulierement à vn certain endroict, où l’eau tombe de telle impetuosité sur vn rocher au milieu de la riuiere, qu’il s’y est caué vn large et profond bassin : si bien que l’eau courant là dedans circulairement, y faict de tres-puissans bouillons, qui produisent des grandes fumées du poudrin de l’eau qui s’esleuent en l’air. (Il y a encor’ vn autre semblable bassin ou chaudiere plus à l’autre bord de la riuiere, qui est presque aussi impetueux et furieux que le premier, et rend de mesmes ses eauës en des grands precipices :)363||et c’est la raison pourquoy nos Montagnets et Canadiens ont donné à ce saut le nom Asticou, et les Hurons Anoò, qui veut dire chaudiere en l’vne et en l’autre langue. Cette cheute d’eau meine vn tel bruit dans ce bassin, que l’on l’entend de plus de deux lieues loin, puis sort et tombe dans vne autre profonde concauité ou grand bassin, enuironné d’vn grand rocher, où il ne se voit rien qu’vne tres-espaisse escume, qui couure et cache l’eau au dessous. Et comme ie m’amusois à contempler et considerer toutes ces cheutes d’eau entrer de si grande impetuosité dans ces chaudieres, et en ressortir avec la mesme impetuosité, ie me donnay garde que tous ces rochers d’alentour, où ie me tenois, sembloient tous couuerts de petits limas de pierre, et n’en peux donner autre raison, sinon, que c’est, ou de la nature de la pierre mesme, ou que le poudrin de l’eau tombant là dessus peut auoir causé tous ces effects : c’est aussi en cet endroict où ie trouuay premierement des plantes d’vn Lys incarnat, qui n’auoient que deux fleurs sur chacune tige.
Enuiron vn quart de lieuë apres le saut de la Chaudiere, nous passasmes à main364||droicte deuant vn autre saut ou cheute d’eau admirable, d’vne riuiere qui vient du costé du Su, laquelle tombe d’vne telle impetuosité de vingt ou vingt-cinq brasses de haut dans la grande riuiere, sur laquelle nous estions, qu’elle faict deux arcades, qui ont de largeur pres de trois cens pas. Les ieunes hommes Sauuages se donnent quelquefois le plaisir de passer auec leurs Canots par derriere la plus large, et ne se mouillent que du poudrin que faict l’eau ; mais il me semble qu’ils font en cela vne grande folie, pour le danger qu’il y a assez eminent : et puis, à quel propos s’exposer sans profit dans vn suiet qui nous peut causer vn repentir et tirer sur nous la risée et la mocquerie de tous les autres ? Les Yroquois venoient ordinairement iusques en ces contrées, pour surprendre nos Hurons au passage allans à la traicte ; mais depuis qu’ils ont sceu qu’ils commençoient de mener des François auec eux, ils ont comme desisté d’y plus aller, neantmoins nos gens, à tout euenement, se tindrent tousiours sur leur garde, de peur de quelque surprise, et s’allerent cabaner hors danger, et comme nous souffrismes les grandes ardeurs du Soleil pendant le365||iour, il nous fallut de mesme souffrir les orages, les grands bruits du tonnerre, et les pluyes continuelles pendant la nuict, iusques au lendemain matin, que nous nous remismes en chemin, encore tous mouillez, et affligez d’vn faux rapport qui nous auoit esté faict par vn Algoumequin, que la flotte de France estoit perie en mer, et que c’estoit perdre temps à mes gens de descendre iusques à Kebec : mais apres estre vn peu r’entré en moy mesme, et ruminé ce qui en pouuoit estre, ie me doutay incontinent du stratageme et de la finesse de l’Algoumequin, qui auoit controuué ce mensonge pour nous faire retourner en arriere, et en suitte persuader à tous les autres Hurons de n’aller point à la traicte. Ie fis donc entendre à mes Sauuages la malice de l’homme, et leur fis continuer nostre voyage, auec esperance de bon succez.
De là nous allasmes cabaner à la petite Nation, que nos Hurons appellent Quieunontatetonons, où nous n’eusmes pas à peine pris terre, et dressé nostre Cabane, que les deputez du village nous vindrent visiter, et supplier nos gens d’essuyer les larmes de vingt-cinq ou trente pauures366||vefues qui auoient perdu leurs maris l’hyuer passé ; les vns de la faim, et les autres de diuerses maladies naturelles. Ie les priay d’auoir patience en cette pressante necessité, et que le tout ne consistoit qu’à quelque petit present qu’il falloit faire à ces pauures vefues pour addoucir leur douleur, et essuyer leurs larmes. Ils en firent en effect leur petit deuoir, et donnerent vn present de bled d’Inde et de farine à ces pauures bonnes gens : ie les appelle bons, pour ce qu’en effect ie les trouuay tels, et d’vne humeur tellement accommodante, douce et pleine d’honnesteté, que ie m’en trouuay fort edifié et satisfaict.
Ce fut icy où ie trouuay dans les bois, enuiron vn petit quart de lieuë du village, ce pauure Sauuage malade, enfermé dans vne Cabane ronde, couché de son long aupres d’vn petit feu, duquel i’ai faict mention cy-deuant au chapitre des malades. Me promenant par le village, et visitant les Sauuages, vn ieune garçon me fit present d’vn petit Rat musqué, pour lequel ie luy donnay en eschange vn autre petit present, duquel il faisoit autant d’estat que ie faisois de ce petit animal. Le Truchement Bruslé, qui s’estoit là venu cabaner auec367||nous, traitta vn Chien, dequoy nous fismes festin le lendemain matin, en compagnie de plusieurs Sauuages de nos Canots, et puis nous troussasmes bagage, fismes nos apprests, et nous mismes en chemin, nonobstant les nouueaux aduis que les Algoumequins nous donnoient des Nauires de France qu’ils croyoient estre perdues et submergées en mer, ou pris par les Corsaires, et en effect il y auoit de l’apparence assez de le croire, en ce que le temps de leur arriuée ordinaire estoit desia de longtemps escoulé, et si on n’en receuoit aucune nouuelle.
Ce fut ce qui me mit pour lors dans les doutes, bien que ie fisse tousiours bonne mine à mes gens, de peur qu’ils ne s’en retournassent, comme ils en estoient sur le poinct.
Passant au saut sainct Louys, long d’vne bonne lieuë et tres-dangereux en plusieurs endroicts, nostre Seigneur me garantit et preserua d’vn precipice et cheute d’eau où ie m’en allois tomber infailliblement : car comme mes Sauuages en des eaux basses conduisoient le Canot à la main, estant moy seul dedans, pour ce que ie ne les pouuois suyure à pied, dans les eaux, ny sur la terre par trop montagneu-368||se et embarrassée de bois et de rochers, la violence de l’eau leur ayant faict eschapper des mains, ie me iettay fort à propos sur vne petite roche en passant, puis en mesme temps le Canot tombe par vne cheute d’eau dans vn precipice, parmy les bouillons et les rochers, d’où ils le retirerent à demy brysé auec la longue corde, que (preuoyant le danger) ils y auoient attachée, et apres ils le raccommoderent à terre auec des pieces d’escorce qu’ils portoient quant-et-eux : depuis nous souffrismes encore plusieurs coups de vagues dans nostre petit vaisseau et passasmes par de grandes, hautes et perilleuses esleuations d’eau, qui faisoient dancer, hausser et baisser nostre Canot d’vne merueilleuse façon, pendant que ie m’y tenois couché et raccourcy, pour ne point empescher mes Sauuages de bien gouuerner et voir de quel bord ils deuuaient prendre. De là nous allasmes cabaner dans vne Sapiniere assez incommodement, d’où nous partismes le lendemain matin, encore tous mouillez, et continuasmes nostre chemin par vn lac, et de là par la grande riuiere, iusques à deux lieuës pres du Cap de Victoire, où nous cabanasmes sous vn arbre vn peu à369||couuert des pluyes, qui continuerent du soir iusques au lendemain matin, que nous nous rendismes audict Cap de Victoire, où desia estoit arriué depuis deux iours le Truchement Bruslé, auee deux ou trois Canots Hurons.
Ie vous rends graces, ô mon Dieu, que vous nous auez conduicts iusques icy sans peril ; mais voicy ie ne suis pas plustost descendu à terre, pensant me rafraischir, que I’entends les plaintes du Truchement et de ses gens, qui sont empeschez par les Montagnais et Algoumequins de passer outre, et veulent qu’ils attendent là auec eux les barques de la traicte : ie ne trouuay point à propos de leur obeyr et dis que ie voulois descendre, et que pour eux qu’ils demeurassent là, s’ils vouloient, et me voyant dans cette resolution, et que difficilement me pouuoient-ils empescher, et encore moins osoient-ils me violenter, comme ils auoient faict le Truchement, ils trouuerent inuention d’intimider nos Hurons par vne fourbe qu’ils leur firent croire, pour à tout le moins tirer d’eux quelques presens. Ils firent donc courir vn bruit qu’ils auoient receu vingt colliers de Pourceleine des Ignierhonons (ennemis370||mortels des Hurons) à la charge de les enuoyer advertir de l’arriuée desdits Hurons, afin qu’ils peussent les venir tous mettre à mort, et qu’en peu de temps ils viendroient en tres-grand nombre. Nos gens, viuement espouuentez de cette mauuaise nouuelle, tindrent conseil là-dessus, vn peu à l’escart dans le bois, où ie fus appellé auec le Truchement, qui estoit d’aussi legere croyance qu’eux, et pour conclusion ils se cottiserent tous ; qui de rets, qui de petun, bled, farines et autres choses, qu’ils donnerent aux Capitaines et Chefs principaux des Montagnais et Algoumequins, afin de se les obliger. Il n’y eut que mes Sauuages qui ne donnerent rien : car ie me doutay incontinent du stratageme et mensonge auquel les Sauuages sont suiets, et se font aysement croire à ceux de leur sorte : car ils n’ont qu’à dire ie l’ay songé, s’ils ne veulent dire on me l’a dit, et cela suffît.
Mais puisque nous sommes à parler des presens des Sauuages, auant que passer outre nous en dirons les particularitez, et d’où ils tirent particulierement ceux qu’ils font en commun. En toutes les villes, bourgs et villages de nos Hurons,371||ils font vn certain amas de coliers de pourceleine, rassades, haches, cousteaux et generallement de tout ce qu’ils gaignent ou obtiennent pour le commun, soit à la guerre, traicté de paix, rachapt de prisonniers, peages des Nations qui passent sur leurs terres, et par toute autre voye et maniere qui se presente. Or est-il que toutes ces choses sont mises et deposées entre les mains et en la garde de l’vn des Capitaines du lieu, à ce destiné, comme Thresorier de la Republique : et lors qu’il est question de faire quelque present pour le bien et salut commun de tous, ou pour s’exempter de guerre, pour la paix, ou pour tout autre service du public, ils assemblent le conseil, auquel, après auoir deduit la necessité vrgente qui les oblige de puiser dans le thresor et arresté le nombre et la qualité des marchandises qui en doiuent estre tirées, on aduise le Thresorier de fouiller dans les coffres et d’en apporter tout ce qui a esté ordonné, et s’il se trouue espuisé de finances, pour lors chacun se cottise librement de ce qu’il peut, et sans violence aucune donne de ses moyens selon sa commodité et bonne volonté ; et iamais ils ne manquent de trouuer les choses ne-372||cessaires et accordées, tant ils ont le cœur genereux et assis en bon lieu, pour le salut commun.
Pour reuenir au dessein que j’auois de partir du Cap de Victoire, et d’aller iusqu’à Kebec, ie me résolus en fin (apres auoir vn peu contesté auec les Montagnais et Algoumequins) de faire mettre nostre Canot en l’eau, comme ie fis, dés la pointe du iour, que tous les Sauuages dormoient encore, et n’esueillay personne que le Truchement pour me suyure, s’il pouuoit, ce qu’il fist au mesme instant, et fismes telle diligence, fauorisez du courant de l’eau, et qu’il n’y auoit aucun saut à passer, que nous fismes vingt-quatre bonnes lieuës ce iour-là, nonobstant l’incommodité de la pluye, et cabanasmes au lieu qu’on dit estre le milieu du chemin de Kebec au Cap de Victoire, où nous trouuasmes vne barque à laquelle on nous donna la collation, puis des pois et des prunes pour faire chaudiere entre nos Sauuages, lesquels d’ayse, me dirent alors que i’estois vn vray Capitaine, et qu’ils ne s’estoient point trompez en la croyance qu’ils en auoient tousiours eue, veu la reverence et le respect que me portoient les373||François, et les presents qu’ils m’auoient faicts, qui estoient ces pois et ces pruneaux, desquels ils firent bonne expedition à l’heure du souper, ou plustost disner : car nous n’auions encore beu ny mangé de tout le iour.
Le lendemain dés le grand matin, nous partismes de là, et en peu d’heures trouuasmes vne autre barque, qui n’auoit encore leué l’anchre faute d’vn bon vent : et apres auoir salüé celuy qui y commandoit, auec le reste de l’équipage, et faict vn peu de collation, nous passasmes outre en diligence, pour pouuoir arriver à Kebec ce iour-là mesme, comme nous fismes auec la grace du bon Dieu. Sur l’heure de midy mes Sauuages cacherent sous du sable vn peu du bled d’Inde à l’accoustumée, et firent festin de farine cuite, arrousée de suif d’Eslan fondu ; mais i’en mangeay tres-peu pour lors (sous esperance de mieux le soir) : car comme ie ressentois desia l’air de Kebec, ces viandes insipides et de mauvais goust ne me sembloient pas si bonnes qu’auparauant, particulierement ce suif fondu, qui sembloit proprement. à celuy de nos chandelles, lequel seroit là mangé en guise d’huile, ou374||de beurre fraiz, et eussions esté trop heureux d’en auoir pour mettre dans nostre pauure Menestre au pays des Hurons.
À vne bonne lieuë ou deux de Kebec, nous passasmes assez proche d’un village de Montagnais, dressé sur le bord de la riuiere, dans vne Sapiniere, le Capitaine duquel, auec plusieurs autres de sa bande, nous vindrent à la rencontre dans un Canot, et vouloient à toute force contraindre mes Sauuages de leur donner vne partie de leur bled et farine, comme estant deu (disoient-ils) à leur Capitaine, pour le passage et entrée dans leurs terres : mais les François qui là auoient esté enuoyez expres dans une Chalouppe, pour empescher ces insolences, leur firent lascher prise, tellement que mes gens ne furent en rien foullez que du reste de notre Menestre du disner, qui estoit encore dans le pot, laquelle ces Montagnais mangerent à pleine main toute froide, sans autre ceremonie.
De là nous arrivasmes d’assez bonne heure à Kebec et eus le premier à ma rencontre le bon Pere Ioseph, qui y estoit arriue depuis huict iours, avec lequel (après m’estre vn peu rafraischy et receu la375||courtoisie de Messieurs de l’habitation, et veu cabaner mes Sauuages) ie fus appelé à nostre petit Conuent, scitué sur la riuiere sainct Charles, où ie trouuay tous nos Confreres en bonne santé, Dieu mercy : desquels (apres l’action de graces que nous rendismes premierement à Dieu et à ses Saincts) ie receus la charité et bon accueil que ma foiblesse, lassitude et debilité pouuoit esperer d’eux.
Quelques iours apres il fut question de faire mes petits apprests, pour retourner promptement aux Hurons auec mes Sauuages, qui auoient acheué leur traicte ; mais quand tout fut prest, et que ie pensay partir, il me fut deliuré des lettres auec vne obedience, de la part de nostre Reuerend Pere Prouincial, par lesquelles il me mandoit de m’embarquer au plus prochain voyage, pour retourner en France, demeurer de Communauté en nostre Conuent de Paris, où il desiroit se seruir de moy.
Il fallut donc changer de batterie et delaisser Dieu pour Dieu par l’obeyssance, puis que sa diuine Majesté en auoit ainsi ordonné. Car ie ne pu receuoir aucune raison pour bonne, de celles qu’on m’ai-376||leguoit de ne m’en point retourner, et d’enuoyer mes excuses par escrit à nostre Reuerend Pere Prouincial, pource qu’vne simple obeyssance estoit plus conforme à mon humeur, que tout le bien que i’eusse peu esperer par mon trauail au salut et conuersion de ce pauure peuple, sans icelle.
En delaissant la Nouvelle France, ie perdis aussi l’occasion d’vn voyage de deux ou trois cens lieuës au delà des Hurons, tirant au Su, que i’auois promis faire auec mes Sauuages, si tost que nous eussions esté de retour dans le pays, pendant que le Pere Nicolas eust esté descouvrir quelqu’autre Nation du costé du Nord. Mais Dieu, admirable en toutes choses, sans la permission duquel vne seule fueille d’arbre ne tombe point, a voulu que la chose soit arriuée autrement.
Prenant congé de mes pauures Sauuages affligez de mon depart, ie taschay de les consoler et leur donnay esperance de les reuoir au plustost qu’il me seroit possible, et que le voyage que ie deuois faire en France ne procedoit pas d’aucun mecontentement que i’eusse receu d’eux, ny pour envie qu’eusse de les abandonner ;377||ains pour quelqu’autre affaire particuliere qui m’obligeoit de m’absenter d’eux pour vn temps. Ils me prierent de me ressouvenir de mes promesses, et puis que ie ne pouuais estre diuerty de ce voyage, qu’au moins ie me rendisse à Kebec dans dix ou douze Lunes, et qu’ils ne manqueroient pas de m’y venir retrouuer, pour me reconduire en leur pays. Il est vray que ces pauures gens ne manquerent pas de m’y venir rechercher l’année d’apres, comme il me fut mandé par nos Religieux ; mais l’obedience de mes Superieurs, qui m’employoit à autre chose à Paris, ne me permist pas d’y retourner, comme i’eusse bien désiré.
Auant mon depart nous les conduismes dans nostre Conuent, leur fismes festin, et toute la courtoisie et tesmoignage d’amitié à nous possible, et leur donnasmes à tous quelque petit present, particulierement au Capitaine et Chef du Canot, auquel nous donnasmes vn Chat pour porter à son pays, comme chose rare et à eux incogneuë : ce present luy agrea infiniment et en fit grand estat ; mais voyant que ce Chat venoit à nous lors que nous l’appellions, il coniectura378||de là qu’il estoit plein de raison et qu’il entendoit tout ce que nous luy disions : c’est pourquoy, apres nous auoir humblement remercié d’vn present si rare, il nous pria de dire à ce Chat que quand il seroit en son pays qu’il ne fist point du mauuais, et qu’il ne s’en allast point courir par les autres Cabanes ny par les forests ; mais qu’il demeurast tousiours dans son logis pour manger les Souris, et qu’il l’aymeroit comme son fils, et ne luy laisseroit auoir faute de rien.
Ie vous laisse à penser et considerer la naïfueté et simplicité de ce bon homme, qui pensoit encore le mesme entendement et la mesme raison estre au reste des animaux de l’habitation, et s’il fut pas nécessaire le tirer de cette pensée et le mettre lui-mesme dans la raison, puis que desia il m’auoit faict auparauant la mesme question, touchant le flux et reflux de la mer, qu’il croyoit par cet effect estre animée, entendre et auoir vne volonté.
C’est à present, c’est à cette heure, qu’il faut que ie te quitte, ô pauure Canada, ô ma chere Prouince des Hurons, celle que i’auois choisie pour finir ma vie en trauaillant en ta conuersion ! Pense-tu que ce379||ne soit sans vn regret et vne extreme douleur, puis que ie te vois encore gisante dans l’espaisse tenebre de l’infidelité, si peu illuminée du Ciel, si peu esclairée de la raison, et si abrutie dans l’habitude de tes mauuaises coustumes ? Tu as mal mesnagé les graces que le Ciel t’a offertes, tu veux estre chrestienne, tu me l’as dit. Mais, hélas ! la croyance ne suffit pas, il faut le Baptesme : mais si tu ne quittes tout ce qui est de vicieux en toy, de quoy te serviront la croyance et le Baptesme, sinon d’vne plus grande condemnation ? I’espere en mon Dieu toutesfois que tu feras mieux, et que tu seras celle qui iugera et condemnera un iour deuant le grand Dieu viuant beaucoup de Chrestiens plus mal viuans et mieux instruits que toy, qui n’as encore veu de Religieux que de pauures Recollets du Seraphique sainct François, qui ont offert à Dieu et leur vie et leur sang pour ton salut.
Passons maintenant dans ces barques iusques à Tadoussac, où le grand vaisseau nous attend, puis que nous avons fait nos adieux à nos Frères, aux François, et à nos pauures Sauuages. Ce grand vaisseau nous conduira à Gaspé, où nous380||apprendrons que les Anglois nous attendent à la Manche auec deux grands Nauires de guerre pour nous prendre au passage ; mais Dieu en disposera autrement, s’il luy plaist.
Cet aduis donné par des pescheurs nous fit encore tarder quelques iours, pour auoir la compagnie des trois autres vaisseaux de la flotte qui se chargeoient de Moluës, auec lesquels nous fismes voiles, et courusmes en vain un Escumeur de mer Rochelois, qui nous estoit venu recognoistre enuiron trois cens lieuës au deçà du grand Banc : puis arriuez assez pres de la Manche, il s’esleua une brune si obscure et fauorable pour nous, qu’ayans, à cause d’icelle, perdu nostre route et donné iusque dans la terre d’Angleterre, en vne petite Baye, pres d’vne tour à demy ruynée, nous ne fusmes nullement apperceus de ces guetteurs qui nous pensoient surprendre en chemin, et arrivasmes (assistez de la grace de nostre bon Dieu) à la rade de Dieppe, et de là (de nostre pied) à nostre Conuent de Paris fort heureusement et pleins de santé, Dieu mercy, auquel soit honneur, gloire et louange à iamais. Ainsi soit-il.

à la Salamandre d’Argent.

de S. Denys.
Le peché des ambitieux Babyloniens, qui
penſoient s’esleuer iuſques au Ciel, par la
hauteſſe de leur incomparable tour, pour
s’exempter d’un ſecond deluge uniuerſel,
s’eſt communiqué par ſes effects à toutes
les autres Nations du monde ; de maniere
que nous voyons par experience, qu’à
peine ſe peut-il trouuer une ſeule Prouince
ou Nation, qui n’aye un langage particulier,
ou du moins qui ne differe d’accents
& de beaucoup de mots. Parmy nos Sauuages meſme il n’y a ſi petit peuple qui
ne ſoit diſſemblable de l’autre en leur maniere
de parler. Les Hurons ont leur langage
particulier, & les Algoumequins,
Montagnets & Canadiens en ont un autre
tout different, de ſorte qu’ils ne s’entr’entendent point, excepté les Skéquaneronons,
Honquerons & Anaſaquanans,
leſquels ont quelque correſpondance, &
s’entr’entendent en quelque choſe : mais
pour les Hurons ou Houandates, leur
langue eſt tellement particuliere & différente
de toutes les autres, qu’elle ne deriue
d’aucune. Par exemple, les Hurons appellent
un chien Gagnenon, les Epicerinys
Arionce, & les Canadiens ou Montagnets
Atimoy : tellement qu’on voit une grande
difference en ces trois mots, qui ne ſignifient
neantmoins qu’une meſme choſe
chacun en ſa langue. De plus, pour dire
mon pere en Huron, faut dire Ayſtan, &
en Canadien Necaoui : pour dire ma mere
en Huron, Anan, Ondouen, en Canadien
Necaoui : ma tante, en Huron Harba, & en
Canadien Netouſîſſe : du pain en Huron,
Andataroni, & en Canadien Pacouechigan,
& de la galette Caracona. Ie ne t’entends
point en Huron, Danſtan téaronca, & en Canadien faut dire Noma quiniſitotatin. Ie
pourrois encore adiouſter un grand nombre
de mots Canadiens & Hurons, pour
en faire mieux cognoiſtre la difference, &
qu’il n’y a point de rapport d’une langue
à l’autre ; mais ce peu que ie viens de mettre
icy doit ſuffire pour ſatisfaire & contenter
ceux qui en auroient peu douter.
Et bien que ie ſois tres-peu verſé en langue Huronne, & fort incapable de faire quelque choſe de bien, ſi eſt ce que ie feray volontiers part au public (puis qu’il eſt ainſi iugé à propos) de ce peu que i’en ſçay, par ce Dictionaire que i’ay groſſierement dreſſé, pour la commodité & utilité de ceux qui ont à voyager dans le païs, & n’ont l’intelligence de ladite langue : car ie ſçay combien vaut la peine d’auoir affaire à un peuple & ne l’entendre point. Ie veux bien neantmoins les aduertir que ce n’eſt point aſſez de ſçauoir lire, & dire les mots à noſtre mode, il faut de plus obſeruer la prononciation & les accents du pays, autrement on ne ſe pourra faire entendre que tres-difficillement ; & ſi outre cela, comme nous voyons en France beaucoup de differents accents & de mots, nous voyons la meſme choſe aux Prouinces, villes & villages où la langue Huronne eſt en uſage. C’eſt pourquoy il ne ſe faudra point eſtonner ſi en voyageant dans le pays, on trouue cette difficulté, & qu’une meſme choſe ſe diſe un peu differemment, ou tout autrement en un lieu qu’en un autre, dans un meſme village, & encore dans une meſme Cabane. Par exemple, pour dire des raiſins un prononcera Ochahenna, & un autre dira Ochahenda ; puis pour dire, voyla qui eſt bien, voyla qui eſt beau, un dira Onguianné, & l’autre dira Onguiendé : pour dire lemmeines* tu, l’emmeneras-tu, un prononcera Etcheignon, & un autre dira Etſeignon, & ceux-là ſont des moins differents : car il y en a beaucoup d’autres ſi peu approchans, & tellement diſſemblables, nonobſtant qu’ils ſoient d’une meſme langue, & ne ſignifient tous qu’une meſme choſe, que les confrontans ils ne ſe reſſemblent en rien qu’à la ſignification, comme ces deux mots Andahia & Hoüetnen le demonſtrent, leſquels ſignifient l’un & l’autre couſteau, neantmoins ſont tous differents.
Il y a encore une autre choſe à remarquer en cette langue ; c’eſt que pour affirmer ou s’informer d’un meſme ſuiet, ils n’uſent que d’un meſme mot ſans adionction. Par exemple, affirmer qu’une choſe eſt faicte, ou s’informer ſçauoir ſi elle eſt ſaicte, ils ne diſent que Achongna, ou Onnen achongna : & n’y a que la cadence ou façon de prononcer, qui donne à cognoiſtre ſi on interroge, ou ſi on aſſeure ; & afin de ne point repeter tant de fois une meſme choſe, & neantmoins faire ſçauoir & comprendre comme on peut uſer des mots, i’ay mis à la fin des periodes, aff. ou int. pour dire aff. qu’on s’en peut ſeruir pour affirmer la choſe, ou int. pour aduertir que ſans y rien changer cela ſert encore pour interroger.
Et pour ce que nos gens confondent encore ſouuent les temps preſens, paſſez ou à venir, les premieres, ſecondes ou troiſieſmes perſonnes, le plurier & le ſingulier, & les genres maſculin & feminin, ordinairement ſans aucun changement, diminution ou adionction des mots & ſyllabes, i’ay auſſi marqué aux endroits plus difficiles, des lettres neceſſaires & propres pour ſortir de toutes ces difficultez, & voir comme & en combien de ſortes on ſe peut ſeruir d’une periode & façon de parler, ſans eſtre obligé d’y rien changer, que la cadence & le ton. Pour le temps preſent i’ay mis un pnt, pour le preterit un pt. & pour le futur un fu. Pour les perſonnes, il y a pour la première un i. pour la feconde un 2. & pour la troifieſme un 3. & per. ſignifie perſonne, & le ſingulier & plurier par S. P. & les genres maſculin & feminin par M. & F.
Si ie n’euſſe craint de groſſir trop inutilement ce Dictionaire, que ie me ſuis propoſé d’abreger le plus que faire ſe pourra, i’aurois, pour la commodité des plus ſimples, eſcrit les choſes plus au long : car ie ſçay, par experience, que ſi ce Dictionaire n’enſeignoit & donnoit les choſes toutes digerées à ceux qui n’ont qu’à paſſer dans le pays, ou à traiter peu ſouuent auec les Hurons, qu’ils ne pourroient d’eux meſmes, (en ces commencemens), aſſembler, compoſer ny dreſſer ce qu’ils auroient à dire auec toutes les regles qu’on leur pourroit donner, & feroient ſouuent autant de fautes qu’ils diroient de mots, pour ce qu’il n’y a que la practique & le long uſage de la langue qui peut uſer des regles ; qui ſont autant confuſes & mal-aiſées à cognoiſtre, comme la langue eſt imparfaite.
Ils ont un grand nombre de mots, qui ſont autant de ſentences, & d’autres compoſez qui ſont tres-beaux, comme Aſſimenta, baille la leine : Taoxritan, donne-moy du poiſſon : mais ils en ont auſſi d’autres qu’il faut entendre en diuers ſens, ſelon les ſuiets & les rencontres qui ſe preſentent. Et comme par deçà on inuente des mots nouueaux, des mots du temps, & des mots à la mode, & d’un accent de Cour, qui a preſque enſeuely l’ancien Gaulois.
Nos Hurons, & generallement toutes les autres Nations, ont la meſme inhabilité de langage, & changent tellement leurs mots, qu’à ſucceſſion de temps l’ancien Huron eſt preſque tout autre que celuy du preſent, & change encore, ſelon que i’ay peu coniecturer & apprendre en leur parlant : car l’eſprit ſe ſubtiliſe, & vieilliſſant corrige les choſes, & les met dans leur perfection.
Quelqu’un me dira, que ie n’ay pas bien obſerué l’ordre Alphabetique en mon Dictionaire, imparfaict en beaucoup de choſes, & que ie deuois me donner du temps pour le polir & rendre dans ſa perfection, puis qu’il deuoit paroiſtre en public, & ſeruir en un ſiecle où les eſprits plus parfaicts peuuent à peine contenter les moins aduancez. Mais il faut premierement conſiderer qu’un ordre ſi exacte* n’eſtoit point autrement neceſſaire, & que pour obſeruer de tout poinct cette politeſſe & ordre Alphabetique, qu’il m’y euſt fallu employer un grand temps au delà de dix ou douze petits iours que i’y ay employez en fourniſſant la preſſe.
Secondement, qu’il eſt queſtion d’une langue ſauuage, preſque ſans règle, & tellement imparfaicte, qu’un plus habile que moy ſe trouueroit bien empeſché, (non pas de controller mes efcrits) mais de mieux faire : auſſi ne s’eſt-il encore trouué perſonne qui ſe ſoit mis en deuoir d’en dreſſer des Rudiments autre que celuy-cy, pour la grande difficulté qu’il y a : & cette difficulté me doit ſeruir d’excuſe, ſi par m’eſgard* il s’y eſt gliſſé quelques fautes, comme auſſi à l’Imprimeur, qui n’a pu obſeruer tous les poincts marquez, qui euſſent eſté neceſſaires ſur pluſieurs lettres capitales, & autres, qui ne ſont point en uſage chez-nous, & qu’il m’a fallu paſſer ſous ſilence.
Si peu de lumière que i’aye eu dans la langue Canadienne, ie n’y ay pas recogneu tant de difficulté qu’en celle-cy, (bien que plus graue & magiſtrale) car on en peut dreſſer des Declinaiſons & Coniugaiſons, & obſeruer aſſez bien les temps, les genres & les nombres ; mais pour la Huronne, tout y eſt tellement confondu & imparfait, comme i’ay deſia dict, qu’il n’y a que la pratique & le long uſage qui y peut perfectionner les negligens & peu ſtudieux : car pour les autres qui ont enuie d’y profiter, il n’y a que les commencemens de difficiles, & Dieu donne lumiere au reſte, auec le ſoin qu’on y apporte, fauoriſé du ſecours & de l’aſſiſtance des Sauuages qui eſt grandement utile, & duquel ie me ſeruois iournellement, pour me rendre leur langue familiere.
La principale choſe qui m’a obligé d’eſcrire ſur cette matiere, eſt un deſir particulier que i’ay d’ayder ceux qui entreprendront ce voyage, pour le ſalut & la conuerſion de ces pauures Sauuages Hurons : car le ſeul reſſouuenir de ces pauures gens me touche tellement en l’ame, que ie voudrois les pouuoir tous porter dans le Ciel apres une bonne conuerſion, que ie prie Dieu leur donner, banniſſant de leur cœur tout ce qui eſt de vicieux, & de leurs terres tous les Anglois, ennemis de la foy, pour y rentrer auſſi glorieuſement, comme ils nous en ont chaſſé iniuſtement, auec tout le reſte des Francois.


Aagé, plus aagé.
Lequel eft le plus grand & le plus aagé ? Sinan hoüen ?
Le plus aagé. Aroüanne.
Le plus aagé apres. Kieuſquenha tetſathré.
Le plus ieune, plus petit. Yaſquenya Ocquanré.
Ils viendront plus grands. Aroüanna.
Abbayer, hurler.
Le chien, un chien abbaye. Gagnenon hihangya.
Le chien, un chien hurle. Gagnenon auhahoq.
Aller, partir.
Où vas-tu ? 3. per. Naché ?
Où allez-vous ? Ananſeſquoy ?
Où vas-tu ? où iras-tu ? Naxret ?
Où va-il ? Onnen naxrhet ?
N. où eſt, où eſt allée la B ? N. naché B ?
T’en iras-tu ? Squoirota ?
Ne t’en iras-tu point d’icy ? Teſquandaratte ?
Iras-tu à N ? aff. Harhettétandet N. ?
Iras-tu aux Francois ? i. 2. 3. per. Agnonhac harhet ? Sachétanné atignonhac ?
Adieu, ie m’en vay. Onnen ſagué, Onnent ſauoy.
Ie parts, ie m’en vay. Onnen araſqua.
Ie m’en iray, partiray-je ? int. Agaraſqua ?
Ie m’en vay en voyage. Tiaeincha.
Ie m’en vay bien loin. Aquatontaran.
Ie partiray demain matin. Aſonrahouy achieteque araſqua.
Nous partirons dans deux Lunes. Teni ara andicha. Teni ara.
Ie ne m’en vay point, ie ne parts point. Danſtan téaraſqua.
Ie n’y vay point. Stan téeſſet.
Nous allons à N. Onſayon N.
Dy-leur que nous allons à N. Chihon onſayon N.
I’iray aux f. 3. per. Eni f. harhet, f. aheindet.
Nous irons tous à T. 3. per. T. auoiti ſoution.
I’iray auec mon frere. Aandet deyataquen.
I’iray auec N. à M. N. M. etſetandet.
I’iray, ie m’en iray auec toy. Etſandet.
Vien auec moy, allons enſemble. pl. Etſondenon.
Allons. Yo. Adſa, etquoy, yoetſitet, Yoſequoy, Noſéquoy.
Allons, partons. Yo agaraſqua.
Partons tout maintenant. Dyoüychien, onhoüa ſachiehondi.
Dans combien de iours partiras-tu ? To eoentaye ſaraſqua ?
Quand partiras-tu ? Nanhouey ſefquaraſqua ?
N’y va point, ne t’en va point. Ennon tſandet.
Ce B. icy va-il auec vous ? int. B. eſcoitandet.
Leſquels ſont ceux qui iront ? Sinan toéuhoi.
Celuy-cy ira-il point ? Ca non ſarhet.
N. n’yra point à K. Stan téhouénon K. N.
Ils n’yront pas, ils ne s’en iront pas. Stan téhouénon.
Ils ne partent pas encore. Aſſon naraſquonte.
Il eſt party ce matin. pl. Aſſonrauoinan araſqua. Ohonuhati araſqua aſſonrauoinan.
Il s’en eſt allé. Onné ahouenon.
I. eſt-il party ? aff. I. Sarhet ?
Il eſt allé auec N. N. éondénon Ahouénon.
Il eſt allé auec luy. Ahouénon Ondénon.
Elle s’en eſt allée, elle s’en eſt retournée. Onnet ſauoinon.
Et les autres auſſi. Onnenhoüa.
Les autres s’en ſont allez. Onnen houa andaraſqua.
Il ira paſſer, il paſſera l’hyuer qui vient à N. N. eſquatochron.
Animaux, nourrir animaux.
Oyſeaux.
Aigle. Sondaqua.
Oyſeau de proye. Ahoüatantaque.
Coq-d’Inde. Ondetontaque.
Gruë. Tochingo.
Outarde. Ahonque.
Canart. Taron.
Perdrix. Acoiſſan.
Cine. Horhey.
Tourterelle. Orittey, Hyo.
Corbeau. Oraquan.
Gay. Tintian.
Chat-huant. Ocoho, Ihi.
Oyſeau rouge. Stinondoa.
Autre qui n’a que la teſte & le col rouge. Oüaièra.
Autre de plumage gris meslé, & un colier rouge. Vhoiroq.
Il pinche, il braiche. Andatchahiee.
Grandes plumes à eſcrire. Ahonra ondachia.
Petites & menuës plumes. Sahoua.
Aisles. Gaya.
Oeufs. Ognonchia.
Couuent-ils ? Ocuira ?
Ils couuent. Ocuirahan.
Papillon. Ondéuacan.
Groſſes mouſches. Ondichaey, Ondichia.
Mouſquites, Tachiey, Teſchey.
Beſtes à quatre pieds.
Vn Cerf, Sconoton.
Originat, Eslan. Sondareinta.
Caribou. Auſquoy.
Ours. Agnouoin Arhatſi.
Loup. Anariſqua.
Chat ſauuage. Tiron.
Martre. Agointa.
Caſtor. Toutayé.
Loutre. Tſabouinecq.
Lapin. Queutonmaliſia.
Chien. Gagnenon.
Renard gris. Andaſatey.
Renard noir. Hahyuha.
Renard gris auec une raye de poil noir le long du dos. Tſinantontonque.
Eſcureux communs. Arouſen.
Les Eſcureux ſuiſſes. Ohihoin.
Les autres volans. Sahoüeſquanta.
Enfans du Diable. Scangareſſe.
Rat muſqué. Ondathra.
Souris. Tſongyatan.
Une eſpece de groſſe souris bonne à manger. Tachro.
Crotte de ſouris. Ondiſon.
Couleuures. Tioointſiq.
Crapaux vers. Oüaraon.
Grenoüilles communes. Riotoutſiche.
Araignes. Tichiacoin.
Fourmis. Stinonchoquey.
Pouls. Tſiuoy.
Puces. Touhauc.
Ver, un ver. Otſinohoiſſe.
Beſtes de la foreſt en general ayans quatre pieds, comme Cerfs, Ours, Loups, Renards, Caſtors, Lieures, Lapins, &c., s’appellent Ayot.
Les autres, comme Chiens, Eſcureux, &c., s’appellent d’un mot general, Nichiaſon.
Chair. Auoitſa.
Cornes. Ondaéra. Ondaexera.
Iambes. Anonta.
Ongles, griffes. Ohetta.
Os. Onna, Onda.
Pieds. Achita.
Poil. Oſcoinra.
Teſte, la teſte. Onontſiq.
Nourrir animaux.
Qu’eſt-ce que vous nourriſſez ? Tautein ſquandaſquan ?
Qu’eſt-ce que nourrirent, quels animaux ? les M. Totatin daſquaon ? M.
Y nourriſſent-ils point des beſtes ? aff. Danftan téotindaſquan ?
Ils y nourriſſent des Ours. Agnouhoin otindaſquan.
Ils nourriſſent des N. int. N. aendaſquan.
On les tient à la maiſon. Otindaſquan.
Y a-il long temps que tu les as ? que tu les tiens ? que tu les nourris ? Hoüati chiſandaſquan ?
À qui eſt ce chien ? Sine oſenan ?
Eſt-ce ton chien ? aff. Saſenan ?
Ce chien, cet animal, eſt à trois. Achinque ihennon teſquaſenan.
Années.
Une année. Eſcate outtichaye. Eſcate einhihiey.
L’année, année. Cheinhihiey.
Deux années. Téateindayé.
Il y a quatre ans. Dacéoinday.
Il y a dix ans. Aſſan ſéoeindaye.
Dix années. Aſſan einhihiey.
Appeller, s’appelle.
Comment t’appelle-tu ? Toutatſi iſſa ?
Comment s’appelle-il ? Tochiadſé, Totichiadſé ?
Comment s’appelle cela ? Totatſé nécha ?
Ie ne ſçay pas comme il s’appelle. Stan tochi adſé. Stan adſi.
Ie ne ſçay comme cela s’appelle. Stan téuoitſi. Téahoüanteré.
Les H. n’en ſçauent rien. Sauhanteré H.
Appelle-le. Etſeingyateinfe.
Comme s’appelle celuy qui vient ? qui arriue ? Totatſinatontarhé ?
À qui eſt cela ?
À qui eſt cela ? Siné néca ?
À qui eſt cela ? Qui eſt là ? Qui eſt celuy-là ? Sinan néca ?
Qu’eſt-ce que cela ? Qu’eſt-ce que c’eſt ? Tautein onday ? Totichionday ? Toutautein nécha ? Totecatéin, Neca toutautein.
Que veux-tu ? Toutautein.
Arracher la barbe, &c.
Les H. ont arraché, arracherent la barbe à E. N. Oſcoinronſe éaronſe E.
Ils luy arracherent la barbe. Oſcoironſe éaronſe.
Arrache la dent. Seſconchetauaque.
Ne la ſçaurois-tu point arracher ? aff. Teſconchetauache.
Armes.
Capitaine pour la guerre. Garihoüa doutaguéta.
Capitaine pour la police. Garihoüa andionxra.
La guerre. Outtagueté.
Ennemy. Yeſcohenſe.
Rondache, pauois. Oüahoira.
Leur cuiraſſe de corde. Aquientor.
Petits baſtons de leur cuiraſſe. Anta quiento yoto.
Maſſuë. Angoncha.
Lame d’eſpée. Sanetſi.
Arquebuſe. Horahointa.
Arc. Anda.
Fleſches. Seſtoron.
Fer à fleſches. Chointa.
Muraille, ou palliſſade & fort de ville. Atexran, atetxrogna.
Pont de bois. Onnatachon.
Aſtres, iournées, eſté, hyuer.
Ciel, le Ciel. Haronhiaye.
Le Soleil, la Lune. Andicha.
Eſtoilles. Tichion.
L’eſtoille du poinct du iour. Tanta ahonita.
Poſſonniere. N anichia.
Le chariot. Téandiharet.
L’eſcharpe eſtoillée, qu’ils appellent le chemin des âmes. Atiskeine andahatey.
La petite eſcharpe aupres : le chemin des chiens. Gagnenon andahatey.
L’arc-en-Ciel. Tondiein haqueygnon.
Pleine Lune. Soutenni chichiaye.
Le Croiſſant. On né iſcalle.
Le Decours. Outagataton.
Point de Lune. Tahataton.
Il n’y a point encore de Lune. Aſſon téeſcalle.
Le vent. Yoquoiſſe.
Vent d’Eſt. Andagon yocoiſſe.
Vent d’Œſt. Sanraqué yocoiſſe.
Vent de Nord. Tdfiché yocoiſſe.
Vent de Su. Adſanra yocoiſſe.
Le Tonnerre. Inon.
Eſclairs. Atſiſtocoy.
Nuées. Otſirey.
Pluyes. Yondot.
Neiges. Onienta.
Gresles. Ondéchia.
Roſée. Oayé.
Eau. Aoüen.
Glace. Ondeſcoye.
Chaud. Otarixaté.
Froid. Ottoret.
L’eſté. Hoüeinhet, Hoüeinhé.
L’automne. Anandaé.
L’hyuer, Oxhey, Oxha.
Le printemps. Honéraquey.
Iour, iournée. Ahoüeintey Eſquantate.
Le matin. Aſonrauoy.
À midy. Inkieke.
Le matin ſur les huict heures. Tygayatein.
Enuiron les trois heures après midy, ſur le ſoir. Héharaquiey.
Le Soleil eſt couché. Onan houraque.
Commencement de la nuict. Téteinret.
Pleine nuict. Aſontey.
À l’heure qu’on s’endort. Taeintauhati.
À l’heure qu’on s’eſueille. Tetſeſſe.
Le iour. Ourhenha.
Il eſt iour. Onan ourhenha.
Eſt-il iour ? Ono heiné ?
Y faict clair. Erhatey.
Y faict ſombre. Kiorhaté.
Auiourd’huy, à cette heure, maintenant, il n’y a gueres. Onhoüa Onhoüato.
Hier. Chetecque.
Hier au ſoir. Thétèret.
Auant-hier. Chéachétecque.
Auant-hier au ſoir. Chichettéret.
Demain. Achietecque.
Demain au ſoir. Achietecque houraque.
Apres demain, dans deux iours. Chiourhenha.
Apres l’hyuer qui vient. Eſcochrate.
Apres cette Lune. Scate andicha anheé.
Bien toſt, dans peu de temps. Sondianica.
Icy pres, gueres loin, il eſt proche, il n’en a gueres fallu, peu s’en fallut, dans fort peu. Kieuſcanha.
Attendre, patienter.
Attend que nous ſoyons à N. Sahoüen etſicahan N.
Attend à un autre iour. Sahouen déoueintey.
Attend que ie ſois de retour. Sahoüen tetquey.
Tu es bien prompt, tu as bien haſte. Sandarati.
Auoir, n’auoir quelque choſe.
As-tu point de viande ? aff. Tétiſquaein oxrité, Teſquatindaret.
As-tu du bled battu, pillé ? Tétitſaein otécha.
En as-tu point ? Téſaein, Teſcahoüan.
En as-tu point d’autre ? aff. Danſtan doüateéin.
N’auez-vous que celuylà ? Dahara.
As-tu tout uſé cela ? tu as tout conſommé, uſé, mangé, employé ? Onne fachiayé haquiey.
Qu’as-tu eu en ton endorea ? Touta Séhoindoréha.
Ton fils a des raquettes. Agnonrahan déſacoyton.
Ie n’ay point de raquettes. Danſtan téandaret téagnonra.
Ie n’ay point de graiſſe, 3. per. Noüytet danſtan téſaein.
Ie n’ay point de poiſſon, i. 2. 3. per. Danſtan teſquaein ni ahointa.
Ie n’en ay point, ie n’ay rien. i. 2. 3. per. Téhoüan, Stant éuhaein, Téauoia, Téandaret, Teſcandaret.
N. en a-il point ? en a-il ? N. Tétauha. Téhoüan, N.
Ie n’en ay qu’un, il n’en a qu’un. Eſcate ara.
Il n’y a point de N. N. téatindaret.
Il y en a, i’en ay, 1.2. 3. per. Attindaret, Andaret.
Il y en a là. Tochi andaret.
Il y a là une cueillier. Chaquaſaein.
Ce n’eſt pas à moy, ce n’a pas eſté moy. Danſtan éni téein.
Ce n’eſt pas le mien, ce n’eſt pas à moi, ie n’en ay plus. Taſtandi.
C’eſt au plus petit, au petit, le petit. Yaſkéya.
Cela eſtoit-il à toy ? Satanheindi.
L’habit de N. N. Ondi Voirohé.
Ayder, l’ayder, ſecourir.
Vien m’ayder. Adfa tanénitandiha, Tandiatandiha.
Preſte-moy la main. Néguieraha.
N. Vien porter auec moy. N. Nequoyuha.
Changeons, vien trauailler, porte à ma place. Scaronhouatan.
Va luy ayder. Aſſéni ſénétanicha.
N. Iras-tu au deuant de luy, les ayder ? Tauoindandétandiha N. ?
Aymer, affectionner quelqu’un.
I’ayme les H. Eindi éatonhouoyſe H.
Ie vous ayme. Ononhouoyſe.
Nous nous entr’aymons Ekia tanonhouoyſe.
Ie ne t’ayme point. Téhatonhouoyſe.
Tu aymes mon compagnon. Satonhoüoyſe ni atoro.
Tu aymes les F. Iſſa ononhouoyſe, F.
Tu aymes, tu l’aymes. int. Chiatonhouoyſe, Siatonuoiſſe.
Vous ne les aymez point. Danſtan téattonhouoyſe.
Tu n’aymes point les Fr. Danſtan téchionhouoyſe Fr. Danſtan teſtonuoiche.
Il ayme. Ononhouoyſe.
Il ayme les N. Conna onhouoyſe, N.
Toutes les âmes s’ayment, s’entr’ayment. Auoiti éontonhouoyſe, Onatonuoiſſe Atiskein.
Ayſe, eſtre content, rire.
Ie ſuis, i’en ſuis bien ayſe. Etoca.
Oüy, i’en fuis bien ayſe Ho étoka.
Tu es, tu en es bien ayſe, int. Chétoka.
Vous en ſerez bien ayſe, int. Chétoka »
Rire.
Ie ris. Aeſquandi. 3. per.
Tu ris, int. Saſquami.
Il rit. pl. Aeſquanni.
N. eſt un rieur, iouial. N. Harouyhouenne.
Barbe.
I’ay de la barbe, 3. per. Aſcoinrontem Oſcoinronte.
Tu as de la barbe. Saſcoinrontein.
Ils ont de la barbe 3 int. Otiſcoiron.
Ie n’ay point de barbe, 3. per. Téoſcoinronte.
Tu n’as point de barbe.
Baailler.
Ie baaille, 3. per. Eyonrixha.
Battre.
Ie te battray. Agontayo.
Ie te battray à bon eſcient. Ondera houanhoua.
Ie deſchireray & rompray tout en ta Cabane. Vhanonchieutauha.
Qui t’a battu ? Siné ſayot.
N. t’a battu. N. Etſathrio.
Ne le bat point, ne me bat point. Ennonégontayo.
Il ne faut point battre, il ne le faut point battre. Stan dèchrio.
Tu l’as battu. Achatrio.
N. a battu M. N. athrio M.
N. m’a battu. N. ario.
Il m’a battu. Ario eindi. Aheintette éni y athrio.
Ie ne l’ay point battu. Oqueyronha.
Tu as dit que tu le battrois, & tu ne l’as point battu. Iſſa ſaqueyronha.
N. bat ſa femme. N. aqueueha.
Tu bas ſa femme. Chiaqueueha.
Il le battra. Etthrio.
Il le faut battre, pl. Achrio.
N. le battroit. Yathrio N.
Frappe de la hache. Téoreſqua.
Beau, pretieux, de valeur.
Ie fuis beau. 3. per. Yaquaſté.
Tu es fort beau. Chiaquaſté.
Tu es entierement beau. Sandérauoiti.
N. eft grandement beau. Ondéxrauoiti N.
N. eſt beau, belle. N. Vhaſté.
Voila qui eſt beau. Auhaſti.
Cela eſt beau, voila qui eſt beau comme cela. Ondexrauha toïoti.
Voila qui me plaiſt, voila qui eſt beau. Anderanha.
Cecy, cela n’eſt point beau. Danſtan téchatiuhaſti.
Cela eſt, il eſt de valeur, de grand eſtime. Andoron, Anoroſqua, Orichichi.
Les haches y ſont de valeur, int. Atinoron quatouhein.
Elles, ils y ſont de valeur, int. Atinehoin.
Cela m’eſt pretieux. Yataracouy.
Cela t’eſt pretieux, int. Kyataracouy.
Tout cela luy eſt pretieux. Auoiti ſiataracouy.
Ie l’ayme, ie l’affectionne, i’en fais eſtat. Aenſeſſe.
Tu l’aymes, tu le priſes, tu l’eſtimes. Aſenſeſſe, yenſeſſe.
Bleſſer.
Ie ſuis bleſſé. Aſteraye.
Tu es bleſſé, int. Saſteraye.
Il eſt bleſſé, int. Oſteraye.
Tu me bleſſes, Tu m’as bleſſé, Tu me bleſſeras. Caſteraye.
Tu m’as bleſſé, Tu l’as bleſſé. Saſteray.
Ne me bleſſe point, 3. per. Enon ſaſtera.
Tu n’es point bleſſé, 3. per. Danſtan téeſteraye.
Ie me ſuis bleſſé d’une hache. Téanachonca.
N. la bleſſera. N. yaſtera.
Bois, au bois.
I’ay apporté du bois. Ondata éahouy.
I’ay apporté, I’ay eſté querir une charge de bois, 1. 2. 3. per. Areindauhahet.
Ie vay au bois. Ondata éuhoihet.
Vas-tu au bois ? 3 per. aff. Onata eſché.
Apporte du bois. Seindata, vhoiha, ou, oha, chéohet, Aſſehoua, data.
Quel bois eſt-ce là ? Toutéca touentoten.
N. a dit que D. vienne querir du bois. N. daeinhahon datahoha. D.
Il eſt allé querir du bois. Ondata ahouahet.
Il eſt allé au bois. Ondaea eſchon.
Il a eſté, il vient de querir du bois. Ondata vhahonnet. Ondato vhahon.
Elle porte une charge de bois. Reindahohet.
Il eſt allé chercher du bois. Ondata yacon.
Il eſt allé querir des perches, pl. Aeintauhahon.
Ils vont tous querir des perches. Auoiti aeintaohet.
C’eſt pour aller aux perches, querir des perches. Aeintaohet.
Cela ſert pour aller au bois. Ondata tierata.
Il n’en a pas encore d’autre de faict. Sondouhet.
Il eſt allé à la foreſt. Ontidetronhon.
N. eſt allé à la foreft, aux eſcorces. N. Otindetronhon.
N. fend du bois. N. Taetnaton.
Qui abat le bois, du bois, ce bois. Sinan yharoche.
Abattre du bois. Onata yharoche.
Fendre du bois. Tiſſénatouren.
L’arbre eſt abattu, il eſt à bas. Ennéhahenhoua. Ennéhoua.
Bon, auoir de la vertu.
Tu es bon. Onniané néſa.
Tu n’es point mefchant. Techiennhon.
Tu n’es point rude, difficile, faſcheux, 1. 2. 3. per. Téongaron.
Ie ne ſuis point meſchant, 3. per. Danſtan téaïennhon.
Ie ne ſuis point menteur, 3. per. Danſtan téandachoüenne.
Tu n’es point menteur. Danſtan téchendachoüenne.
Ie fuis liberal, 3. per. Ononuoiſſein.
Tu es liberal. Chonuoiſſein.
I’ay de l’eſprit. Ni ondion.
Tu as de l’eſprit. Saondion.
Tu as bien de l’eſprit. Cachia otindion.
Il a de l’eſprit, celuy-là. Nécaondion.
Boucher, couurir, fermer.
Ie l’ay bouché. Oneſtochon.
Ie l’ay desbouché. Onaſtochonhoüa.
Bouche-le. Saſconchon.
Ne les couures-tu point ? aff. Téuhaſtaein.
Referme le ſac. Satonnochon.
Ferme la main. Saſcoignongya.
Braire, crier.
Il braiche, il crie. Ataſenqua.
Ils braichent, ils crient, pl. Taſenqua.
Ne braiche point, ne crie point. Etnon tiachaſanquoy.
Il ne braiche pas, pl. Danſtan téatoſan couy.
Les ames crient, ſe lamentent. Eskein téontontarita.
Brusler, bruslure.
Ton habit brusle, l’habit brusle. Onhara téatte.
Le village brusle. Andata teatte.
Le village, un village eſt bruslé. Ondatateé.
Le feu eſt à une Cabane, int. Ganonchétey.
Retire-le, il brusle. Siratate oquoite.
Il eſt bruslé. Onoquoité.
Tu brusles tes pieds. Sachetaté, Sachietatey.
T’a-il brusle ? aff. Satatéate, Eatatiati.
Ie me bruslois. Yatatey.
Vien brusler les Y. Yaquatſiſtorhet.
Ie le brusle. Atiſtorhet, Etſiſtorhet.
Cabane.
Cabane. Ganonchia.
Porte, Andoton.
Huis, ventillon, petite porte. Einhoüa.
Le porche. Aque.
Dans la Cabane. Anoſcon.
Le premier bout. Taskein.
Le milieu. Achenon.
Le dernier bout. Quoitacouy.
Le terrier, le paué. Ondené.
Ma Cabane. Anondaon.
À ma Cabane. Niondaon.
Ta Cabane. Sachondaon.
À ta Cabane. Seindaon.
Ie vien de ma Cabane. Hoüato anoſcon.
Ie ne ſeray point demain au logis, 3. per. Stan téanditchon achieteq.
Es-tu à la Cabane ? 3. per. Yhentchon.
Es-tu ſeul à la Cabane ? Sonhoüa chithon.
À la Cabane. Quondaon.
À la Cabane, dans la Cabane. Anoſcon.
Il eſt à la Cabane. Anoſcon.
Ils ſont tous à la Cabane. Atiuoiti to iheintchon.
Il n’eſt point à la Cabane. Stan téeintchon.
Il a dit qu’il ne viendra plus à la Cabane de N. Tekétandé anhaon, N. Anondaon.
Vien t’en au pluſtoſt à la Cabane. Teſaronha.
La Cabane de N. N anondaon, N. ondaon.
Où eſt la Cabane de N. Anéondaon N.
En quel lieu ? Anienchon.
En quelle Cabane eſt-il ? Sinan y eintchon.
Qui eſt à la Cabane, qui demeure à la Cabane. Sinan déchithon, Sinan dékieinchon.
Il n’y a perſonne dans la Cabane. On noſeon.
Le mary de celle-là, ſon mary eſtoit hier icy. Chétecquen caeichontaque caathénonha.
À ceux qui eſtoient auiourd’huy, depuis n’agueres icy. Onhoüa caeinchontaque.
Combien y a-il de Cabanes ? To ïuoiſſan otinoſquey.
Il n’y a que ſix Cabanes. Hohaéa atindataye.
Caſſé, rompu, fendu.
Il eſt caſſé. Aſcoiraſſan.
Il eſt fendu, caſſé. Eraſſan.
Caſſe-le. Séchieraſſe.
Il le caſſera. Etchieraſſe.
Ne le caſſe pas. Enon ſeſquaraſſan.
Eſt-il rompu ? aff. Etſiraſſan.
Il n’eft pas rompu, caſſé. Stanſteſquaraſſan.
Cela, celuy-là.
Celuy qui eſt là. Nécakieinchon.
Et celuy-là. Coxenay chieinchon.
Celuy-là., cela, c’eft cela, eſt-ce là. Conxenay, Conda, Chonda, Chonday, Condeyd.
Ce n’eſt pas cela, ce n’eſt pas de meſme, il ne s’appelle pas ainſi, ie ne ſçay pas pourquoi c’eſt. Stan tochiautein.
Ce n’eſt pas cela. Stan catéein.
Changer, permuter.
Veux-tu changer d’habit ? Kiatatichron, Etſatatichron, Takiatatéronton. Takiatatérontonſan.
Veux-tu changer de ſouliers ? Kiatatatacon, Kiatatacon.
Ils ont changé, ils nous ont changé le chaudron. Kiatatéindatſan.
Chanter.
Chante. Satorontain.
Chante, tu chantes. Cichriuaque, Chriuaque.
Elles ne chantent pas. Stan atoronta.
N. chante, y chante, pl. N. Atorontaque.
Il chante, pl. Otoronte.
N. De qui eſt cette chanſon ? N. Sinan aſta.
C’eſt vne chanſon d’homme, int. Angyaon aſta.
C’eſt la chanſon de N. N. Atiaſta.
Chaſſer, deſnicher, voler, à la chaſſe.
Allons chaſſer de ce coſté là, par la foreſt. Comoté otiacon harhayon.
N’allez-vous point chercher des cerfs ? aff. Danſtan teſquahaquiey ſconoton.
En as-tu eſté chercher, chaſſer, aff. Etſondiacon.
N’y en a-il point, tout eſt-il pris, confommé ? Onnen tſondiacon.
Il eſt allé à la chaſſe. Onné oyacon.
Piſtes de cerfs. Skenona ſconoton.
Qui eſt celuy qui les a deſnichez, apportez ? Sinan vharauha.
Ils s’en ſont retournez, enuolez de loin. Déhérein agueronuhaha.
Il eſt dans le nid, il eſt à T. pi. T. Iheintchon.
Ils ſont poſez. Otirhentaha.
Ils s’en ſont enuolez. Ahontéoüa.
Ils volent. Otirhonquiey.
Cherche-le N. N. Saquieſſe.
Trapes à prendre des loups. Téarontoüeïn.
Trapes à prendre des beſtes. Andyaronte arénati.
C’eſt à prendre des renards, int. Andaſatev aeſquandirontandet.
Va par ce chemin-là. Yo comoté hahattey.
Il n’y a point de chemin. Stan tèhoüatey.
Vien par icy, par là. Comoti.
C’eſt par là où tu vins, où tu paſſas. Tétiquoy.
Tu vins deçà par là. Garo tétiquoy.
Tu y fus parlay pl. Eſſetnonnen.
Sont-ils point allez par là ? Téſondéti.
Ils ſont allez par là. Tonetſondéti.
Ils ſont allez de ce coſté de N. N. Etſondéti.
Du coſté de pardeçà. Garouhaté.
Il y a deux iournées de chemin. Téni téotoüen.
Bien loin hors de ce pays. Chiee angyatan.
Fort loin de ce coſté-là. Comoté chiee.
Il y a loin. Nèhérein.
Icy pres, gueres loin. Chiakioſquenha.
Par les terres. Antaye.
Chaud, chauffer.
Ie me chauffe, ie me chaufferay. Yatarixa, Atontet.
Ie chauffe mes mains, 3. per. Ongyatarixha, Eingyatarxha.
I’ay chaud, 3. per. Oatarixaté.
Chauffe-toy. Satontet, Squatontet.
Tu chauffes tes pieds. Erachitatarixhate.
As-tu chaud ? Otarxate.
Tu as chaud. Satarixa.
Il eſt chaud. Otarixhéin.
Chemin, voye, adreſſe.
Chemin. Háhattey.
Monſtre-moy le chemin. To hahattey.
Où eſt-ce ? auquel chemin eſt-ce ? Annon hoüattey.
Eſt-ce icy le chemin à N. Conuoittéhahattay N.
Chercher, chaſſer, negotier.
Ie te viens querir. Onhoüeyenonchie.
Me viens-tu querir ? Aſquenonchin.
Ie te viens chercher, ie viens chercher. Oüatichaquey.
En vas-tu chercher ? aff. Chiaéaquey.
Cherche-le. Satéchaquey.
Tu l’as cherché le N. N. Chatitaquiey.
Qu’eſt-ce que tu vas querir, chercher ? Toteſquaguiey.
Que viens-tu de chercher, chaſſer, querir ? Táutein, auhachonnet, ſauhahonnet.
Qu’eſt-ce que tu as eſté faire à N. Tautein ſauoinonnen N.
Que font-ils allés faire, querir à N. Tautein outtiuhahon N.
Qu’eſt-ce que vont querir tous les Fr. Totautein vhahey Fr.
Qu’eſt-ce qu’ils vont querir à D. Toutatein vhahey D.
Qu’eſt-ce qu’il y eſt allé chercher, chaſſer ? Tautein dauachon, Toutautein vhaühon.
Cimetiere.
Cimetiere. Agoſayé.
Cognoiſtre.
Ie le cognois bien. Oüachindateret.
Ie le cognois bien, ie le ſçay bien. Aintéret, Ainteha
Ie ne le cognois point. Teinteha.
Ne me cognois-tu point ? Teſquan ainteret.
Le cognois-tu point ? aff. Danſtan téchinteha.
Le cognoiſſez-vous point ? Teſqua chindateret.
Le cognois-tu pas ? aff. Chinteeha.
Tu la cognois bien. Onnen chieainteha.
Tu ne le ſçay point, tu ne le cognois point. Téchintereſt.
Ie ne ſçay, que ſçay-ie. Sieſque.
Ie ne ſçay point, ie ne ſçay que c’eſt, ie n’en ſçay rien, ie ne m’en ſouuiens point, il ne m’en ſouuient plus. Danſtîan teinteret.
Combien.
Combien eſtes-vous ? combien y en a-il ? To ihennon.
Combien y a-il de canuts ? To ihennon Gya.
Combien y a-il de ſortes de poiſſon ? Toagaxran ahointa.
Combien y en a-il de centaines ? Totyangyauoy.
Combien y en a-il de dixaines ? Toyuoiſſan, To aſſan.
Combien y a-il d’années ? To eſcochiaye.
Combien grand, de quelle grandeur, en donneras-tu ? To yontſi.
Combien en as-tu pris, apporté ? To ſeindahoüy.
Conſeil.
Nous allons tenir conſeil. Onné adchéhotet.
Venez au conſeil. Satchiotata.
Venez tous au conſeil. Satrihotet ondiqueuquandoret.
Allez-vous tenir conſeil ? aff. Garihoua ſechogna.
Il va, il eſt allé tenir conſeil. Atchiotatet.
Ils tiennent conſeil. Garihoua atichongna.
Tient conſeil. Chiuhatére.
Tenir confeil. Garïuhatére.
Compter.
Ie compte, ie les compteray. Aaxrate.
Ie les compteray. Yharati eindi.
Ie ne les ay pas comptez. Stan teharati.
Compte-le. Saxrate.
Commence. Sacontannet, Sacontanna, Sacontan.
Continuëe. Teconte.
Toy le premier, premier. Iſſaſeingyaret.
Le premier. Gyaret.
Coucher, ſe coucher.
Où couche-tu ? Naté caraſta.
Où eſt-ce que vous couchez ? Eſt-ce là que vous couchez ? Néchieſſe, ou Néſichéſquaratonqua.
Où, en quel lieu auez-vous couché, chez qui, en quelle Cabane ? Antſaqua.
T’en vas-tu coucher, dormir ? Etſaraton.
Couche-toy là, tu vas coucher, couche auec N. Etſaraton N.
Couche-toy. Saraton, Dyoſaquen.
Couchons enſemble. Quieraton.
Couche-tu auec vne fille, des filles ? Ondequien aſta.
Ta couche, ton lict eſt bien. Onnienné ſaraſta.
Qui eſt-ce qui couche là ? Tocharatonqua, Tochiaraſta, Sinan outtaha, Sinan araſtra.
I’en retire, i’en loge tous les iours. Ahouantahan ourati.
Ie n’y couche pas. Danſtan téchiaſta, Téaſta.
Ou couche N ? N. Chiaraſta.
Il eſt couché. Onne araton.
Pour ſe coucher. Eſcaronquate.
Coudre.
Ie recous, ie r’accommode ma robe. Dandiche.
Vas-tu r’accommoder ta robe ? Aſtochandi.
Ta robe eſt deſchirée. Eindhratſon.
Il la faut recoudre, il faut recoudre cela. Eindhidatſon.
Coudre. Tſindandi.
Couleur.
Blanc. Onienta, Onquata.
Noir. Sieinſta.
Vert. Odſinquaraé.
Rouge, des rouges. Otſichiayé.
Ils ſont rouges, des rouges, int. Hointtaéatouten.
Couper.
Coupe cela. Tayaſſe, Taeſtognan.
Coupe ce poiſſon, coupe-le. Titſiaykiaye.
Coupe les nœuds du bois. Datoſcaron.
Tu l’as coupé, f. g. Saſkiaſen.
Elle eſt coupée. Onskiaſen.
Couper le bord de la robe. Aixrein.
Il coupe bien. Ondotié.
Ils ne coupent point. Danſtan eſconchotié.
Il ne coupe point, il ne perce point. Danſtîan téondotié.
Il ne perce pas. Téoraſquon.
Couper la teſte. Onontſiskia.
Couper le doigt, doigt coupé. Aondia.
Coupe le doigt. Seindia.
Nés coupé. Acoindiaye.
Coupure, bleſſure. Oſteray.
On coupera, on a coupé la teſte de N. au village. Onontſiskiaye N. andata.
Courir, haſter, paſſer.
Cour. Saratate.
Sçais-tu bien courir auec les raquettes ? Chéainhouykiarataté agnonra.
Haſte-toy. Saſtoura.
Hafte-toy viſte. Saſqueyron.
Va t’en viſtement. Saſeyïo.
Tu ne vas gueres viſte, i. 3. per. Eſquiachan, Eſquaſan.
Prend courage. Signagon Etſagon, Etſahon.
Va t’en. Aſſéni.
Adieu, va à Dieu. Yoſaſé.
Oſte-toy de là. Tiſetta.
Leue-toy. Saccan.
Tourne de l’autre coſté. Scati.
Quand les N. ſe ſeront retirez, s’en ſeront allez. N. Siſetta.
Laiſſe-moy paſſer. Gyaeindi.
Ie paſſe, que ie paſſe. Aeindi.
Paſſe. Seindi.
Cracher.
I’ay craché là. Ta etchetotonti.
Crache derriere, en arriere. Oeſchetotonti.
Cracher, phlegmer. Ondéuhata.
Cracher, crachat, ſaliue. Ouchetouta.
Crainte, auoir peur.
Ie crains, i’ay peur. Eindi chiahouatanique.
Ie le crains ? nous les craignons. Ahoüattani.
Ie ne te crains point. Danſtan téhoüattani néſa.
Nous les craignons, nous en auons peur en Eſté. Aſquatanique hoüeinhet.
N’aye point de peur. Ennon chatanique néſa.
Tu ne crains point, tu n’as point peur des eſprits. Téyachatanique atiſkein, Danſtan teſquatanique, Téchatanique atiskein.
Elle a peur de toy. Satandique.
Il a peur du bonnet, du chapeau. Onouoirocha tandi.
Les N. ne craignent point, n’ont peur de A. Danſtan atanique, N. A.
Croire.
Ie croy, ie le croy, ils le croyent, 3. per. Oüaſti.
Ie ne te croy pas. Danſtan téahouyonſta.
Tu crois, tu croyois. Séouaſti.
Croyez-vous que ce fuſt mon pere. Séoüaſti ayſtan.
Les N. le croyent. N. Oüaſti.
Cuiſiner, faire cuire ſa viande.
Fais à manger, int. aff. Coéagnon.
le fais à manger, 3. per. Agahoùa.
I’ay fait chaudiere. Onna guéahan.
Tu fais à manger. Chéahoüa.
Tu as fait chaudiere, int. Onne ſquatſateignon, Onéſquaagnon.
Les fais-tu cuire ? Squaagnonq.
Fay cuire de la viande. Coéagnon oxriti.
Fay cuire ce poiſſon. Coéagnon cahoxriti.
Mets-le cuire, fay-le cuire. Soxri.
Tien, fay roſtir du poiſſon. Séhointaya.
Fay-le roſtir. Seſcontan.
Mets la chaudiere au feu. Datſendionten.
Mets la chaudiere à la cremaliere. Statſaniontan.
Ie dis_, il dict qu’il mette la chaudiere au feu. Datſendiontan yonton.
Approche le pot du feu. Serhá.
Mets le poiſſon dans la chaudiere. Soxri andatſan.
Mets dedans. Dyoſoſca.
Verſe-le dedans. Saſontraq.
C’eſt pour faire à manger. Auoiagnonq.
C’eſt pour faire du pain. Ondataron.
Qu’eſt-ce qui a de cuit ? Qu’il y a à cuire ? Toutautein toxriti, Squoxriti.
Ce ſont des pois qui cuiſent. Acointa agnon.
En voila pour deux fois. Téni totitiagnon.
Il faut qu’il ſoit bien cuit. Scanrixe yarixcato.
Mouue la chaudiere. Sangoya.
Ie mouue, ie mouueray, 3. per. Aaingoya.
Il mouue. Eindoüya.
Il bout. Oyhan.
Il ne bout pas. Téoyhan.
Elle s’enfuit par deſſus. Vhattéyuha.
Il eſt cuit. Youry.
Il y a longtemps qu’il eſt cuit. Houati oury.
Il n’eſt pas encore cuit. Aſſonyoûry.
Il ſe brusle, il eſt bruslé. Oquatey.
Que vous en ſemble ? Quoyoti.
Gouſte voir. Sandera, Chandéra.
Les François en gouſtent-ils ? Sanderati atignonhac.
Vous auez tous les iours quelque choſe de bon à cuire. Ahoüantahan eſchéagnon ahouygahoüy.
Dancer.
Allez-vous point dancer ? Eſquatindrauache.
Allons, nous irons dancer à T. Auoindhrahohet T.
N. Danceras-tu demain ? N. Etſindrauache achieteq.
Ne dances-tu point ? aff. Danſtan téſeindrauache.
N. Danceront, on dancera demain. N. Otindrauache achietecque.
Ie ne dance, ils ne dancent point. Danſtan téindrauaqua.
On a dancé_, on dança hier. Cheteque eindrauachequa.
La dance ne finit pas encore, n’eſt-elle pas encore finie ? Aſſon téandarionta, Aſſon tanérionté.
Ils l’ont laiſſé, delaiſſé à vne autre fois. Onnen vhacahon.
Comme font-ils, de quelle façon font-ils ? Totichi ſquoirha.
Le cry qu’on faict par la ville pour inuiter à la dance. Tonet qualairio aroſteta.
Venez viſte dancer. Enikioquandoratte.
Les âmes dancent, ſe reſiouyſſent, auec Ataenſigne. Ataénſique oüadhauhandique atiskein.
Demander, donner.
Donne-moy. Tanonte, Tauoinonte.
Donne-moy cela. Tanonte nécha.
Donne-le-moy. Eni onon, Tanonſan.
Donne-moy vne aleſne. Tayonchienton.
Donne-moy vn couſteau. Andagyaheunonhet, Andayaton.
Donne-moy de la corde. Taetchiron.
Donne-moy de la raſſade. Acoinonte, Tracoinon.
Donne-moy vn chaudron. Andatſon.
Donne-moy du pain. Andatarontan.
Donne-moy du poiſſon. Taoxritan.
Donne-moy vne bague. Taeygnon.
Donne-moy vne image. Teſtonhouoy.
Donne-moy d’autres cizeaux. Hoüatandayon.
Donne-moy ce calumet. Enondahoin eskéoronton.
Donne-moy des plumes. Eſquehouron, Taexron.
Donne-moy des iambes de Gruës. Taonieinton tochingo.
Donne-moy de l’eſtofe, linge. Tahonharon.
Donne-moy vn morceau de colier, d’vn cordeau. Ohachateat.
Donne-moy vne ceinture, ta ceinture. Tauhuychon, Sauhuychon.
Donne-moy quelque pièce à r’accommoder mes ſouliers. Eindiuhahoron.
Donne-moy vne cueillier, cette cueillier. Ataeſſongaera.
Donne-m’en vn. Tayaton.
Donne-moy l’autre. Hoüa onon.
Donnes-en_, donne-m’en. Tanontahaaſq.
Donne, baille mon eſcuelle qui eſt là. Chiquaſaein ſaeſſon.
Ie ne veux point de ce que tu me donnes. Danſtan eſquenonté.
Il a dit que tu me donnes, que tu me donneras. Eſquiononte aeinhahon.
Me le donnes-tu ? Sahononté.
Tu m’en donneras, tu luy en donneras, tu en donneras. Eſquanonté.
Tu ne m’as pas voulu donner N. N. Danſtan téſtontan.
Tu ne me le donnes point. Te onontet.
Tu ne me donnes, il ne me donne rien. Teſquanontan.
Tu ne nous donnes rien. Danſtan téonuoiſſein.
Tu n’en donnes point. Teskynontan.
Donne, apporte le couſteau. Toſéhoua andahya.
Donne-luy de la raſſade. Stonta ca acoinna, Séacoinon.
Baille l’aleſne. Aſſimenta.
Iette-moy le couſteau, iette le couſteau. Andahia ſati.
Donne-luy. Sionte.
Donne-luy du feu. Setſriſton.
Tu n’as point donné de bled. Danſtan anehon.
Tu ne luy en as point donné. Téuoinontan.
Tu les as donné au G. G. Eſtontan.
C’eſt celle que tu luy donneras. Conda eſtonti.
Qu’as-tu donné ? qu’en as-tu donné ? Tat aeſtonte.
Tu luy donneras demain, 3. per. Achieteq ahononte.
Que donneras-tu ? que donnera-il ? Tat eſtonte, Tat eſquenonte.
Ie ne le donne pas, pr. fu. i. 2. 3. per. Eindi danſtan téahononte.
Ie ne l’ay pas encore donné, fu. i.2.3. per. Eindi oſſon teahononte.
Tu me demandes touſiours. Ahouantahan ichiatontanonte.
Qui t’a donné du poiſſon ? Sinan ſoxritan.
Qui te l’a donné ? Sinan ononte.
N. Me l’a donné. N. Anonte.
Ie t’ay donné, on t’a donné du poiſſon. Soxritan.
Elle te donnera du poiſſon. Oxriti ſanonte.
Elle te le donne, donnera. Etſanonte.
Ie vous le donne. Onontato.
Ie le donne, p. 3. per. Eindiahononte, Anonte, Ononte.
Demeurer, ne bouger.
Ie demeure, demeureray-ie. Gychontaque.
Tu demeures, demeures-tu, demeureras-tu ? Chihoóntaque.
Il demeure, demeurera-il ? pl. Hainchontaque.
Nous demeurons, demeurerons-nous ? 3. per. Oüaguérontaque.
Vous demeurerez, demeurerez-vous ? Scaguérontaque.
Tu demeurois, tu y demeurois, tu y as demeuré. Onné chichontaque.
Ie n’y demeure pas. Stan téytchontaque.
Tu n’y demeures pas, tu n’y demeureras pas. Téchichontaque.
Ie ne bougeray d’icy. Kiatanchondara.
Tu ne bougeras d’icy. Cachondaraha.
Qui eſt celuy qui demeurera icy ? Sinan cayainchonta.
Les N. y viendront demain demeurer. Achiétecque N. oüatchexron.
Ils y viendront tous demeurer. Auoiti atihexrontaque.
Il demeurera à N., il ira demeurer à N. N. Iheinchontayé.
Il y a vn homme qui demeure là, qui eſt là. Onhoüoy hexron.
Nous auons eſté là, demeuré là long temps. Houati ſiquahexron.
Il y a long temps que nous ſerions à N. Hoüati ſauoiuonnan N.
Ils y demeureront, ſeiourneront quatre hyuers. Nac oxhey ettanditehon.
Ie n’y demeureray pas. Téochria.
Il n’y demeurera pas. Atéſochriaye, Téſochriay.
Le diable demeure à ſa maiſon, ſous la terre, dans la terre. Oki ondaon, ondechon.
Il y a loin où demeure Yoſcaha. Néhérein, yeintchon, Yoſcaha.
Deſrober.
Donne-moy N. que tu as deſrobé en noſtre Cabane. Tanonte N. iſſa ſquaquanraye chénon chianon.
On a deſrobé vn couſteau. Ondahyaqua.
On a deſrobé vn C., int. C. Equaquanraye.
N. eſt, ſont deſrobez. N. Oquoinraye.
N. ont deſrobé l’aleſne de D. Achomatacoin N. D.
Vn H., les H. l’ont-ils point deſrobé ? H. inoquoinraye.
Vn N. l’a-il deſrobé ? Hatontoüa.
Ie cognois bien celuy qui les a pris. Ainteha chihataton.
Le B. n’eſt point deſrobé. B. Téoquanraye.
Les François ne deſrobent point aux Cabanes des H. Danſtan téhataton agnonhaq H. ondaon.
Garde cela qu’on ne le deſrobe. Sacaratate énon kiaquanraye.
Deſſus, dedans, deſſous.
Le pot eſt là deſſus. To aquencha anoo.
Là deſſus, au deſſus, il eſt deſſus. Aguencha.
En haut, haut. Achahouy.
Il eſt dedans, dedans, au dedans. Annagon, Anonandagon, Andaon.
Dedans, au dedans, le dedans. Seinchahouiha.
Il eſt deſſous, ſous la terre. Ondechon.
Dormir, auoir ſommeil.
I’ay ſommeil. Aouytauache.
Tu as ſommeil, int. Sontauache.
Il a ſommeil. Aouytauache.
Ie m’en vay dormir. Eni outtahouy.
Ie dors. Outtahouy.
Tu dors, int. Souttahouy.
Il dort. Outtauache.
Ne m’eſueille point. Enon eskiechantouein.
Il ronfle. Téhayongyehey.
Dors-tu la nuict ? Sentauache aſſontey.
Tu viens de dormir. Chateintaahouy.
Il dort, il n’eſt point eſueillé. Outtahouy détégayëſe.
D’où viens-tu ? Natontaché, Totéca tontarhet.
D’où venez-vous, où auez vous eſté ? Néſénonnen.
De quel coſté as-tu eſté ? Comoté onnenſettinen.
Viens-tu d’icy ? aff. Ica tontandet, Nicha tonteſſet.
Y as-tu eſté ? Eſſet nonnen.
N., as-tu eſté aux Algoumequins ? N., Aquanaque eſſetnonnen, aſſ.
D’où vient-il ? pl. Atontarahet, Squatontarhet, Nichiedontarhey, Natinatonteſcoy.
D’où viennent ceux-là ? Anontaché.
Il ne dort pas. Téouttahouy.
Il eſt debout. Hettauoiy andéretſii.
Dreſſer le potage, partager, ſentir mauuais.
Ie dreffe. Daeſſoüa.
Tu dreſſes, int. Chaſoua, Chaeſſoua, Saſoua, Dyoſéahoua.
Elle dreſſe, elle a dreſſé. Onnetquáeuha.
N. Dreſſe, vien querir mon eſcuelle. N. Séſahoua.
Partage, fay les portions. Chiataraha.
Ie partage ; ie partageray, i’ay partagé, 3. per. Ataraha.
Cela eſt pour moy. Eninécha.
Cela eſt pour toy. Iſſa nécha.
Cela eſt pour luy. Conna nécha.
Celuy qui eſt là. Cakieinchon.
Que ſent-il icy ? Tauti vhaira.
Ie ſens, ie flaire, 3. per. Eouſquache décha.
Tu ſens, tu flaires, flaire. Séouſquache.
Il ſent. Satatſihoiein, Sitſaſihoiein.
Il puera demain. Achiéteque otſiquen.
Il put. Otſiquen.
N. Ne vaut rien, elle ne vaut rien du tout. Ocaute auhaton N.
L’œuf hoche, il cloque. Yhoſco.
Il n’eſt point bon. Danſtan téhouy gahouy.
Il eſt bon. Ahouy gahouy.
Voila qui eſt fort bon. Cachia ahouy gahouy, Caché vhandaxra.
Eau, aller querir de l’eau.
Eau. Aoüen.
I’ay eſté à l’eau. Eſcoirhon.
Va à l’eau. Setſanha.
Il ira à l’eau. Etſanha.
Donne, i’iray à l’eau. Statſanuha.
Ie vay, i’iray à l’eau. Aetſanha, Eetſanhet.
I’iray auec toy à l’eau. Aetiſanha.
Où allez-vous querir de l’eau ? Anaſquatſantaqua.
Qu’il aille à l’eau. Ahatſanha.
Qui a eſté à l’eau ? Sinan outſahonnet.
Il y a de l’eau au ſceau. Ondéquoha.
Il n’y a point d’eau au pot. Danſtan téuacheret.
Il n’y a point d’eau aſſez. Aſſon téuacherey.
Mets-y de l’eau. Senha.
Il y a beaucoup d’eau. Aoüeinhoüan.
Tu as renuerſé de l’eau dans le feu. Chaenroq.
Embarquer, nager.
Allons, embarquons-nous. Yo attitan.
Embarquons-nous, vogons, allons. Quonatitan.
Embarque-toy. Satitan, Etſatitan.
Ie m’embarqueray auec toy. Eni quoatitan néſa.
Ne t’embarque pas encore. Aſſon téontita.
Ils ne ſont pas encore embarquez, int. Aſſon téahita.
Desbarque-toy. Satitaqua.
Dans combien de iours s’embarquera-il ? Toéoeintaye etſatitan.
T’embarqueras-tu demain matin ? Aſſon rauoy ſattita néſa.
Ie partiray, ie m’embarqueray demain, s’il fait beau temps. Achietecque etquakeitein déondenon.
Qui eſt-ce qui te nage, qui t’embarque ? Sinan ſeahouy.
Qui eſt celuy qui t’embarquera ? 3. per. Sinan ſatitan, Etſatitan.
N. T’a embarqué, ameiné. N. Ouatitaquiey.
N. Qui t’a embarqué, ameiné ? N. Satitaquiey.
I’amenay, i’embarquay N. l’eſté paſſé. N. Tſondiahouy déoueinhet.
Nous menons, nous auons embarqué vn Capitaine. Garihoua ouatitaquiey.
N. s’eſt embarqué, eſt party. N. quoatitan.
Où s’eſt-il embarqué, qui l’a ameiné ? Ouattitaquiey.
N. l’a embarqué, ameiné. N. Ouatitaquiey.
Empeſché, occupé.
Ie ſuis empeſché, nous auons affaire, 2. 3. per. Ouanianétani.
Ne t’empeſche point, ne t’abuſe point. Enonſaniani.
N., trauaille, eſcry, employe-toy. N., Sanianitan.
Vous empeſchay-ie, vous fuis-ie à charge, vous ennuyay-ie ? Squoiſquoihan.
Enfler les ioùes. Enhochia.
Enſeigner.
Enſeigne-moy. Tayainſtan.
Ie l’enſeigne, il l’enſeigne. Ayainſtan.
Tu l’enfeignes. Chieinſtan.
Tu luy enſeignes. Tayntſandi.
Tu enſeignes, enſeigne Pierre. Ariota, Chéyainſtaniq, Eyainſtaniq.
Là tu enſeignes, aff. Iſſa etchieainſtan.
Me l’enſeigneras-tu ? Aſqueyainſtan.
Tu ne me veux point enſeigner, int. Teſquëainſtaniq eindi.
I’enſeigne, i’enſeigneray N., 3. per. Eyainſtaniq N.
Entrer.
Entreray-ie ? Yon.
Entreray-ie bientôſt ? Yon ſondianica.
Entre, Atſon, Atſion.
N’entre point, il ne faut point entrer. Ennon, Aſton
Eſcrire.
I’eſcri, i’eſcriray, 3. per. Ayaton.
Eſcris, marque-le. Séyaton, Séyatonqua, Chéyaton.
Eſcris-tu ? aff. Eyatonque.
Tu ne l’as pas eſcrit. Téchéyatonque.
Eſguyſer, &c.
I’eſguyſe vn couſteau. Hoüetnen doution.
Que ie l’eſguyfe, que ie luy donne le fil. Aettiranquiey.
Eſguyfer. Aranquiey.
Eſternuer. Atchonſta.
I’eſternue, 3. per. Atſonſta.
Tu eſternues. Satſonſta.
Eſtuue, ſuerie. Ondéon.
Eſtonner.
Ie m’eſtonne, ie m’en eſtonne. Teſcanyati.
Il y a long temps que ie m’en eſtonne. Toskéyati hoüati.
Ie m’eſtonne, ie m’en eſtonne grandement. Kiatonnetchontan teſcanyati.
Ie t’aſſeure, proteſte. Kiandi.
Exhorter.
Parle-luy, exhorte-le, admoneſte-le, pl. Sathrihohet.
Entend ſon admonition, entend, eſcoute ce que i’ay à te remonſtrer. Satchiotey, Satthriotey.
Penſe bien à ce qu’on dit, ſonges-y. Sondihonxray.
Ie t’entendray, i’y penſeray, i’y ſongeray. Eindi onxray.
Ie t’entends, ie t’entendray. Atchiotey.
Faim, auoir faim.
I’ay faim, as-tu faim ? i. 2. 3. per. Chatoronchéſta, Eatoron chéſta.
Ie n’ay pas faim, 3. per. Tenatoronchéſta.
Auez-vous point de neceſſité, de faim ? aff. Danſtan téorandiſe.
I’ay vn peu de néceſſité, de faim, 3. per. Okeyé oreindiſe.
Faire quelque choſe, fortereſſe.
Ie fais, ie refais des ſouliers, 3. per. Aracogna.
Ie les ay fais. Atiehogna, Ni vhachogna.
Ie feray bien cela. Yaguéchogna.
Ie ne fais rien, 3. per. Danjian téaquierha.
Ie n’en veux rien faire, on n’en fait rien. Stan téaſta.
Ie feray comme ie voudray. Yendionxtan.
Fay comme tu voudras. Chiennionxtan nécha.
Que fais-tu ? Totichi aqueirxha, Totiſſé aquierha, Toquierha, Toti hiherha, pl.
Qu’allez-vous faire ? Toticherxha.
Que fais-tu de cela ? 3. per. Totatiſquaſta, Tiaſta.
Pourquoy faire, que veux-tu faire de cela ? 3. per. Totichi eſta, Toti aſta.
Pourquoy eſt-ce faire ? Qu’en veux-tu faire ? Qu’en faites-vous ? Toutauteinchierxhet, Toutautein honday.
Que faites-vous des vieilles robes ? Totauticoiſta ondocha.
Auez-vous faict cela, ferez-vous bien cela ? aff. Iſſa ſquachondi.
As-tu fait ce bois-là ? Iſſa achiénon ondata.
Vous ne l’auez pas encore faict, acheué. Aſſon teſquachondi.
Les as-tu fais tout ſeul ? aff. Sonhoüa ſéchonqua.
Ne feras-tu point, ne me feras-tu point de ſouliers ? aff. Teſcacogney.
Fais-tu des ſouliers, fais-tu mes ſouliers ? aff. Saracogna.
C’eſt de quoy vous faites les Canots ? int. Eſquachongna, Gya.
Fois-tu vn Calumet ? aff. Sarontichiaye.
Tu as faict vn Calumet. Onnen ſarontichiaye.
Qui vous les a faits, Qui l’a fait. Sinan oquoychiayé, Totſichiaye ſinan, Siné vhachogna.
Veux-tu faire vne fortereſſe ? aff. Squatexrogyaq.
Va faire, va trauailler, fais la fortereſſe. Eſquataxrongya.
Fay, va faire vne belle fortereſſe. Iſſa fataxrongyandé.
Dreſſer le fort. Eontique atexran.
Fais vne cuiraſſe. Aquientongya.
Fois. Séchongna.
Que font-ils de cela ? Tiyaquierxa déca.
Pourquoy faire cela ? Toutatiché nécha.
Sont eſté les François qui l’on fait, qui en font. Atignonhaq atichondi, atichongya.
Les Hurons font de meſme. Toïoti néhoüandate.
N. l’a fait, les a faits pl. Orontichiaye.
Le petunoir n’eſt pas encore fait. Aſſon téſarotichiaye.
Ma compagne fait des raquettes. Eadſéignonrauhan.
On en faict des ſouliers. Araquoinqdanongue.
Il n’eſt pas encore faict. Aſſon téachongna, Aſſon ténetchondi.
Elle n’en ſçauroit encore faire. Aſſon teſquachongya.
Ie ne fçaurois faire het. Téhoüaton het.
C’eſt faict, tout eſt acheué. Onna eſchien.
Desfais le nœud. Saixneinſca.
Desfais l’autre. Achonuha.
Les N. le feront, en feront. N. téachongya.
Tu fais mal. Ocaho téſéchogna.
Il a fait hap. Chiacaha hap.
Il a fait, dit, put. Caiharxa put.
Il faiſoit comme cela. Condi harxa.
Comme cela. Kierha.
Fait, l’a fait. Ocondi, Ochondi.
Font-ils du bled ? Otiencouy onneha.
C’eſt ainſi, c’eſt comme cela. Chondion, Chondéahon.
C’eſt du meſme. Totodioti.
De cette façon-là. Condioti.
Comme cela, de mefme. Quioti, Toyoti, Totioti.
C’eſt ainſi. Chaya, kayuha.
C’eſt autre choſe. Ondé tontaque.
Faſché, eſtre en cholere.
Ie ſuis faſché, 2. 3. per. Ahoüitachinque, Aytachaſſené, Ouattauha.
Tu es faſché. Saouttauha.
Ie ſuis grandement faſché, 3. per. Ayatacha kiatonetchontan.
L’enfant eſt faſché. Ocoyton daohouyachién.
Qui eſt celuy qui eſt faſché ? Sinan achiſtauhaſe.
Ne te faſche point, ne te mets point en cholere. Enonſa ongaron.
Ne te trouble point, ne fais point du diable. Enon chieche ouki.
Fermer, ouurir la porte.
I’ay fermé la porte. Onné aenhoton.
Ie vay fermer la porte. Aenhotonda, aenhoton.
N., Ferme la porte, il y a quelqu’vn qui vient. N., Senhoton tahonhaquíey.
Ferme la porte. Senhoton.
Ferme la porte apres toy. Garoſenthouaeſt.
Il faut ſouſleuer la porte pour que tu la puiſſes fermer. Achahouy ſeinhoahouy.
Ne rompts point la porte. Teſquanyaſſan andoton.
Ne ferme point la porte. Ennon chenhoton.
N’ouure point la porte. Enon adfindotonaſſe.
Ouure la porte. Senhotonna.
La porte n’eſt point fermée. Té enhoton.
Tu as la bouche fermée. Saſcoye.
Tu ouures la bouche, tu as la bouche ouuerte. Tiſachetaanta.
Feſtins.
Feſtin. Agochin.
Feſtin de chanterie. Agochin otoronque, Toronque agochin.
Feſtins généraux de chanterie, & pour fuiet. Tothri, Sauoyuhoita.
Ie vay, i’iray au feſtin. Aconchetandet.
Vien au feſtin. Saconcheta.
Ils iront au feſtin. Aconchetonnet.
Ils iront tous au feſtin. Auoiti acochotondet.
Il eſt allé au feſtin, il vient de feſtin, il a eſté au feſtin. Aconchetandi.
Tu ne veux point aller aux feſtins, pl. Teſcoïraſſe ſaconcheta.
Tous ont fait pour les Morts. Onne auoiti atiſkein.
On fera la grand’feſte des Morts après l’hyuer qui vient. Eſcochrate annaonti.
Les mots du feſtin ſont dits. Onnet hoirihein.
Ce n’eſt pas feſtin. Danſtan téagochin.
Apporte vne eſcuelle au feſtin. Tauoiſaandiha.
N. Fait feſtin auant que de partir, fay feſtin auant que de partir. N. Chitſa tayon.
N., Fay feſtin. N., agochin.
Fay feſtin. Cahatichiaca, Sachienjla, Chieinfla.
Feu.
Feu, du feu. Aſſiſta, Attiſta.
La flamme. Oachote.
Charbon ardant. Aetſiſtoraſſe.
Petites pailles blanches qui ſont ſur les charbons amortis. Saronqna.
Cendre. Ohexra.
La fumée. Ouſſata.
Charbon eſteint. Tſieinſta.
Tiſon de feu. Outénatata.
Le gros tiſon. Aneineuny.
Le petit qui le fouſtient. Aonhinda.
Y a-il du feu ? Outeca.
Il y a du feu. Onne outeca.
Il y a bon feu. Oüatſiſcahouy.
Il y a beaucoup de feo, il y a trop de feu. Andérati outéatte.
Le feu eſt allumé. Atſiſta tſoutiacha.
Tu n’as point de feu. Yeſquatetenta.
Il n’y a gueres de feu. Atſiſtachen.
Tu as vn petit feu. Satſiſtachen.
Auez-vous du feu la nuiſt ? aff. Saſquaſſé aſſontey.
Vous n’auez pas de feu la nuictj 3. per. int. Téhoüaſquaſſé aſſontey.
Il n’y a point de feu. Téouteca.
Fay du feu. Sateatte.
Souffle le feu. Sarontat.
Attife le feu. Seſiſtaré, Seſiſtarhet.
Mets du bois au feu. Seindatonqua, Senatoncoy.
Mettray-ie vne buſche au feu ? aff. Yentoncoy.
Eſpand les charbons. Saaeintha.
Ie fais du feu, 3. per. Eatéaté.
I’eſtains le feu. Eaſquaté Eaſqua.
Ce bois faict tout bon charbon. Auoité dátaeſta.
Fort, eſtre fort, foible.
Foreſt. Harhayon.
Ie ſuis fort, 3 per. Akieronqua.
Tu es fort. Sakieronqua.
Ie ne fuis point fort, 3. per. int. Téakieronqua, Téonkieronque.
Tu n’es point fort. Téchakieronquá.
Qu’eſt-ce qui t’a affoibly, amaigry ? Tauté ſattonnen.
Il eſt foible, maigre, desfoit, 1. per. Ottonen.
G., Ie ſuis bien affoibly (au ieu, &c.). G., Onnen attonnen.
Froid, auoir froid.
I’ay froid aux mains. Tonitacon.
I’ay froid aux pieds. Achietacon.
I’ay froid. Yatandotſe.
I’ay fort grand froid. Andérati ottoret éni.
Tu as froid. Chiatandotſe, Satandotſe.
As-tu froid aux pieds ? aff. Sachietacon, Tiſſachitacon.
II eſt froid. Ondandoſti.
Il a froid aux pieds, pl. Tochietacon, Achitacon.
La Sagamité eſt froide. Sadandoſtein ottécha.
Fuyr, s’enfuyr.
Il s’enfuyt. Onné attenha.
Tu t’enfuys. Onné chattenha.
Les M. s’enfuyent, ils s’en ſont enfuys. M. ahonténha.
Fumée.
Il y a bien de la fumée. Ouſſatoüennon, Ouſſataoüen.
La fumée rentre. Ouſſatanaha.
La fumée m’a faiſt mal. Ouſſata ayot.
La fumée me faict mal aux yeux, 3. per. Etchomarareſſe, Etchomataret.
La fumée te faict mal aux yeux, int. Setchomataretſe.
Garder.
Ie garde, 3. per. Acarata.
Ie garderay ta Cabane, 3. per. Anonchanonnan.
Garde, tu garderas ma maiſon. Sanon chanonnan.
Ie ne l’y point gardé, ie ne l’ay point eu en garde. Stan acaratatan.
Garde-le, garde cela. Sacárata.
I’ay gaſté cela, i’ay mal fait, cela eſt vilain. Ondauoirhahan, Ariuoindéra.
Cela n’eſt pas bien. Téhoxrahoin.
Cela eſt-il bien ? aff. Diuoiſti, Etionque.
Graiſſe, Oſcoyton, Noüytet.
Grand mercy. Ho, ho, ho, atouguetti.
Grandement. Kiatonnetchontan.
Gratter.
Ie me gratte la teſte, 3. per. Aeinaette.
Ie me gratte le corps. Aakette.
Gratte-toy la teſte, aff. Seinaette, Saſeinaette.
Guerir, medicamenter.
Guery-le. Etchétſenſe.
Ie ne le ſçaurois guerir. Danſtan téayainhouy atetſan.
Il guerit, elle les guerit. Tatetſenſe.
De quoy eſt-ce que cela gueriſt ? Totatetſenſe.
De quel mal gueriſt cette gerbe, médecine, drogue ? Totatetſenſe enonquate.
La médecine, cette herbe, ne gueriſt de rien, ne les guerira point. Danſtan téuhatetſenſe énonquate.
Tu ſeras demain guery. Achietecque, anatétſenſe, Atetſenſe.
N. Regarde, prends garde, taſte-moy le pouls. N. Sacatan.
Donne vne ligature, vne bande, accommode, penſe-moy cela. Yuhannachon. Tayauhannachon.
Tu ſouffles les malades. Saſcoinronton éehonſe.
As-tu point encore accommodé, penſé, lié ton mal ? Aſſon téſouatachon.
Guerre, tuer, battre.
Nous aurons la guerre contre les N. Aquathrio N.
Nous allons combattre contre les N. Onnen ondathrio haquiey N.
Les H. croyoient-ils qu’il y auroit de la guerre ? H. Séoüaſti ondathrio.
Les N. viennent, l’armée vient. N. Tarenonquiey, Taheurenonquiey.
À la guerre. Oukihouanhaquiey.
Viens-tu de la guerre ? Oukihouan haquiey tontaché.
Nous n’aurons point la guerre. Danſtan téonthrio.
Les hommes ne s’entretueront point. Danſtan onhouy téquathrio.
Ils nous tueroient. Teuhathrio.
Ils s’entrebattent, ils s’entretuent. Ondathrio, Yathrio.
Iras-tu contre les N. ? Aſcannareta N.
Il y en a vn de tué. Eſcate ahouyo, Eſcate achrio.
Les N. ont tué, en ont tué deux. N. Téni onhouatio.
Il a tué beaucoup de S. Toronton S. ahoüyo.
Il a tué, il tua vne Outarde. Ahonque ahuyot.
Il a tué. Onaxhrio.
Il n’eſt point tué. Danſtan téhouyo.
Tue-le, va le tuer. Etchrio.
On a tué, ils ont tué, &c. Onhoüatichien.
Tu tueras des S., les S., int. S. Etſayo.
En tueras-tu point, en as-tu point tué ? Aeſquachien.
Tuer. Hario, Ononuoiacon.
Ils diſputent, querelent, i. 2. per. Ahacondihataa.
Les S. ſont ennemis S. Chieſcohenſe S. eſcohenſe.
Ils ne feront point la guerre. Tehoumatiche.
Ils ne ſont point ennemis. Danſtan téhoſcohein.
Ils s’entre-jouent. La paix, voſtre paix eſt faite. Andeſquacaon.
Guery, se porter bien.
Ma mere ſe porte bien. Danan outſonuharihen.
Elle n’eſt plus, elle n’eſt point malade. Danſtan téſotondi, Yétondi.
Il ſe porte bien, il eſt guery. Onaxrahoin, Honuhoirikein, Araſquahixhen, Onsfoahoirixon.
Il ne fait point mal, il n’a point de mal. Danſtan téochatoret.
Le N. eſt guery. N. atetſenſe.
Il eſt viuant, elle eſt viuante. Yhonhet.
Habiller, se deſabiller.
Ie chauffe mes ſouliers. Aracorhen.
Ie lie ma chauſſe. Aatſy.
Chauſſe-toy. Saracoindétan.
Chauſſe tes ſouliers. Saccon.
Chauſſe l’autre. Saconhouaan.
Il chauſſe ſes ſouliers. Aracoindoſteîn.
Chauſſer ſes Raquettes. Aſtéaquey.
Mets ton chapeau, ton bonnet, couure-toy. Sononuoiroret, Sononuoirory.
Tu ne chauſſes point tes ſouliers, ne chauffe point tes ſouliers. Téſaracoindétan.
Ne chauſſe point mes ſouliers, mes ſandales. Enonſquaquatontan.
Deſabille-toy. Toutarein.
Descouure-toy, oste ton bonnet, ton chapeau. Onouhoiroisca.
Despoüille ton habit. Sakiatarisca.
Deschausse-toy. Saracoindétasca.
Deschauffe tes bas. Sathrisca.
Ie me déuest. Atoutaret.
Ie deschausse mes bas, 3 per. Athrisca.
Ie deschausse mes souliers, 3. per. Oracoindettasca.
Ça, ie tireray ta chausse. Oruisca.
Habits, peaux.
Robe neuue. Enondi eindaset.
Elle est neuue, int. Eindasset.
Robe vieille. Endocha.
Robe noire. Ottày.
Robe matachiée. Acotchahouy.
Vne peau. Andéuha.
Peaux de cerfs. Sconoton andéuha.
Voila vne belle peau. Andéuha vhasté.
Bonnet, chapeau. Onouoirocha.
Manches. Outacha.
Manches de peaux d’Ours, Agnonoincha.
Gands, mitaines. Ingyoxa.
Ceinture. Ahouiche.
Brayer. Aruista.
Bas de chausses. Ariche.
Souliers. Arassiou.
Souliers à la Huronne. Aontſourein.
Souliers à la Canadienne. Ratonque.
Corde & filet. Chira.
Colier à porter fardeau. Acharo.
Sac. Ganehoin.
Tous habits, toilles, draps, & eſtoffes de deçà. Onhara.
Iardiner.
Que voulez-vous planter ? Taté achienqua.
Les femmes font, ſement les champs, iardins. Outſahonne daaeinqua.
Les filles le plantent, le ſement. Ondequien, atindaca.
Desfriche la terre, pl. Atſîanhiecq.
C’eſt ton champ, ton iardin, N. N. Saancouy.
On y plantera, ſemera beaucoup de choſes. Etſacato.
Font-ils du bled ? Otiencouy onneha.
Tous en font. Auoiti achinqua.
N. Faict & ſeme du bled. N. Onnehachinqua.
Il n’y aura point de bled, int. Neſquaſſein onneha.
Ne leue, ne germe-il pas promptement ? aff. Danſtan téotiſtoret.
Il pouſſe & germe promptement. Otiſtoret.
Le bled eſt-il pas encore leué ? aff. Aſſon téongyo téangyoſe.
Elles, ils n’ont pas encore leué, pouſſé. Aſſon téotoni.
Il eſt leué. Onnen yongyo.
Les pois ſont germez, leuez. Angyoq acointa.
Il n’y a pas encore de fueilles. Aſſon kerrot ourata.
Ietter, ruer.
Ie le iette, i’ay ietté, ie le ietteray. Hati.
Iette-le, tu iettes, tu le iettes. Sati.
Iette-le. Chiaſati, Chiahotti.
Iette-moy le couſteau, iette le couſteau. Andahiaſati.
L’auez-vous point ietté ? Anetquation.
L’auez-vous ietté ? Eſquakion.
Ne le iette point. Ennon chieſati.
Il ne le iettera point. Donſtanſati.
Iette, ruë des pierres, les pierres. Sauoixrontonti.
Ie iette, ie ruë, rueray, ietteray des pierres, 3. per. Auhoixrontonti.
Image, figure, pourtroit.
Image, figure, pourtroit. Eathra.
Eſt-ce ton pourtroit ? aff. Iſſa chiathra.
L’image qui eſt là, qui eſt icy. Onhouoy athra.
Ioüer.
Veux-tu ioüer ? Taetiaye.
Ioüe auec N. Titſiaye N.
Ils ioüent, int. Téyachi, Téyetche, Tétſietche.
Qui a gaigné ? Sinan conachien.
I’ay gaigné. Niſachien.
I’ay gaigné vne robe neuue. Andaqua.
Tu as gaigné. Iſſa chiein.
Il t’a gaigné vne robe neuue. Aſſondaqua.
N. a gaigné vne robe. N. aſauoïchien énondi.
N. a gaigné. N. aconachien.
I’ay tout perdu. Auoiti atomachien.
Il a tout perdu. Atomachien.
Il a perdu au ieu de paille. Atochién aeſéara.
Laisser, ne toucher.
Laiſſe cela, laiſſe-moy. Dyoaronſan.
Laiſſe cela, tu fais mal. Ennon chihoüandaraye.
Tu fais mal. Chihoüandaraye.
Ne branſle point cela. Eſcahongna.
Il ne faut pas. Einnon.
Ne brouille, ne gaſte, ne remue point cela, laiſſe cela. Etnonchatantouya.
Ne le touche point. Ennon achienda.
Tu ne ceſſes de le toucher. Ahouantahan aſſindan.
Lassé, fatigué.
Ie fuis las, ie n’en puis plus, 3. per. Atoriſcoiton.
Tu es las, fort fatigué, atténué, débile. Satoriſcoiton.
Hallener, ne pouuoir presque reſpirer. Chatoüyeſſe.
Lauer, nettoyer.
Laue-toy. Sakiatoharet.
Laue ton viſage, aff. Saconchoüaret.
Laue tes mains. Satſouarec.
Laue tes pieds, aff. Sarachitoret.
Laue-le_, laue cela. Setſouxret.
L’as-tu laué en eau ? aff. Aouen ſaratignon.
Nettoyé, laue le chaudron, i. 2. 3. per. Andatſouharet.
Nettoyé les ſouliers. Tſîtauoyê.
Ie laue mon viſage, 3. per. Aconchoüaret.
Ie laue mes mains, 3. per. Yatſouarec, Atſouarec.
Ie laue mes pieds, 3. per. Arachitoret.
Ie nettoye l’eſcuelle. Etéſauhye.
Ie le torcheray, laueray, nettoyeray. Sarauoy.
Ie laue mes bras, 3. per. Natachahouy, Atéachahouy.
Laue-toy tout le corps, aff. Sattahoin oüenguet.
Ie me laue tout le corps, 3. per. Attahoin oüenguet.
L’eau, Lac, esmeu.
Qu’il aille à l’eau. Ahatſanha.
Il n’y a pas aſſés d’eau au chaudron. Vhaſté aſtauha.
Il n’y a pas d’eau aſſés. Ahoüeraſcouy.
L’eau eſt profonde. Attouyaque.
L’eau n’eſt pas profonde, eau baſſe. Ahouyancouy.
Il y a de l’eau deſſous. Yuacheret ondeſon.
Il n’y a, il n’y entre point d’eau dedans, là dedans. Danſtan Teuhaquandaon.
Le lac eſt eſmeu. Toura einditoua.
Le lac eſt fort eſmeu. Antarouennen gontara.
Il n’y a point de ſauts. Stan, Stéocointiaté, Téquantiaye.
Trauerfer vne eau. Téontarya.
Proche le ruiſſeau. Ayonharaquiey.
Au bord de l’eau. Hanéchata.
Liberal, chiche, auare.
Tu es liberal. Chonuoiſſein.
Tu n’es point liberal, 3. per. Stan téonuoiſſein, Tetſonuoiſſan.
Tu es vn chiche, 3 per. Onuſtey.
Ie ne ſuis point chiche, 3. per. Danſtan téonuſtey.
Lier, attacher.
Ie l’ay ragraſſé, rattaché, relié. Aquendendi.
Ie desfois le nœud. Aixnonſca.
Ie deſlie les fueilles. Roüaſteincheca, Rüacchicheca.
Attache-le, attache cela. Taeindeondi.
Attache, eſtend l’eſcorce. Satſinachon anatſéqua.
Fay vn nœud. Axnein.
Nouë-le bien. Senhein.
Que veux-tu lier ? Tauteon chacoriſta.
Que veux-tu lier auec le colier ? Tautein chacoiriſta acharo.
Tu l’as relié. Iſſa Seindeindi.
Il eſt attaché, agraſſé. Téondeni.
Lier, ou noüer. Aquénhen.
Deſlier ou deſnoüer. Aquéneſca.
Lire.
Ie lis, ie liray. Aquaanton.
Lis. Saquaanne.
Lis, tu lis. Saquaanton.
Il lit. Onquaanton.
Il ne ſçait pas lire. Téayeinhouy ondaquaanton.
Longueur, largeur, grosseur, pesanteur, mesure, &c.
Il eſt long. Hettahouy.
Il n’eſt pas aſſés long. Aſſon hoüéron.
De cette longueur-là. Teérantetſî.
Combien long, combien grand en donneras-tu ? To yontſi.
Vne braſſe. Eſcate téatan.
Comme quoy en as-tu de gros, puiſſans, grands ? Tochiuhaſſe.
Comme quoy gros ? Yo yuhaſe.
Comme cela gros, grand ? To yuha.
Autant comme cela, de cette groſſeur-là. Condéyuha.
Groſſe, puiſſante, comme cela. Ca yotenraſſe, Yotenyaſſe.
Il eſt auſſi haut, haut comme cela. Ca andéretſi.
Il eſtoit auſſi haut & grand que cela. To chixrat.
Quand il ſera haut comme cela. Ca hixrat.
Les prunes font groſſes comme cela. Kionéſta.
N. eſt plus long, plus gros que les autres. N. yteſti.
Il eſt plus grand, plus grand. Ouen nécha.
Il eſt plus petit. Okeyé nécha.
Vn autre plus petit. Okeyé éhoua.
Il eſt égal, égal. To yuha.
Il eſt peſant. Youſtet.
Il n’eſt pas peſant. Danſtan téonſtey.
Il eſt eſpais. Atantſi.
Largeur, la largeur. Ahieyron.
Le premier bout. Taſkein.
Le milieu ou mitan. Achenon, Icoindi.
La fin, le dernier bout. Quoitacouy.
Vne ouale. Andoreſcha.
Vn quarré. Hoüarinda.
Vn rond. Octahoinda.
Vn triangle. Tahouiſcara.
Maistre, estre le maistre.
Ie fuis le maiſtre du lac, il eſt à moy. Ni auhoindiou gontara.
Ie n’en ſuis point le maiſtre. Danſtan auhoindiouté.
Tu es le maiſtre, tu en es le maiſtre. Chiuoindiou.
Tu n’en es point le maiſtre. Danſtan téchahoindioutéen.
N. Eſt le maiſtre de la riuiere, du chemin. N. Anhoindiou angoyon.
Malade, estre malade, mourir, morts.
Ie ſuis malade, 3. per. Ayeonſe.
Tu es malade, int. Cheéonſe.
Il eſt malade. Aonhéon.
Seray-ie malade ? Ayéhon.
N. Eſt malade, int. N. Einheyonſe, Ehéonſe.
Il a eſté malade, int. Eonſqua, Eonſquoydencha.
Il eſt, ils ſont retombez malades. Vhaqueéonſe.
Il y en a ſoixante de malades. Auoirhê auoiſſan.
Elle eſt bien malade & débile. Onnen tetſotondi.
Elle n’en peut plus. Atoriſcoiton.
Elle eſt proche de la mort. Quieuſcanhaé alienheé.
Le malade, vn malade eſt proche de la mort, entre à la mort, eſt aux abois. Onnen ayondayheonſe.
En deuient-on malade ? Ehéonſe.
Ne mourra-elle point ? aff. Danſtan auhoihéon.
Mourra-il, mourra-elle ? Tatſihoye.
Il mourra bien toſt. Onnen ſihoye quieuſcanha.
Eſt-il mort ? aff. Onenhé.
Mourra-il ? il mourra, il eſt mort. Ahenheé.
Tu mourras, il eſt mort. Tchihoye, Tchigoye.
Qui eſt-ce, qui eſt-ce qui a fait mourir N. Sinan oüenhaenhey, daheinheé N.
Le corps mort eſt-il mis haut ? aff. Onné achahouy auharindaren.
Manger.
Donne-moy à manger. Taetſenten, Sattaéſenten.
Ne m’en donne qu’vn peu. Oaſquato yoaſca okeyé tanonte.
Ie n’en mange pas beaucoup, 3. per. Otoronton téchéniquoy.
Ie n’en mange que deux fois le iour. Teindi tehendiche.
Ie n’en mange point, 3. per. Danſtan téache.
Ie ne ſçaurois tout manger. Téhouaton éniquoy auoiti.
I’ay aſſés mangé, ie fuis raſſaſié. Octanni, Onné otaha.
I’en mange beaucoup, 3. per. Otoronton dachéniquoy.
I’en mange bien. Youoiche.
Ie mange, ie le mangeray, int. Ni éniquoy.
Ie l’ay mangé. Dyauhaſe.
Que dis-tu qu’on mange ? Totiſſa ſega.
Tu ne nous donnes point à manger. Téſquatſenten, Téatſenten.
Me veux-tu manger ? K. Dyoutſenten.
Mange-tu point de N., aff. N. Trſcoiche, Tiſcoiche.
En manges-tu ? 3. per. aff. Ichiecky, Ichieche.
Tu n’en manges point. Iſſa danſtan téchéniquoy, Danſtan téeſcoiſſe, Stan téquieche.
Tu en manges bien, int. Siſcoiche.
Vien manger. Aché.
Mange. Sega, Séniquoy.
Vien manger, le pot eſt preſt. Achenha.
Voyla, tiens ton manger. Chiatſatan.
Mangez, faictes à voſtre ayſe, ſing. Eſquatarate.
Liche le chaudron. Sandatſaénes.
N. Liche l’eſcuelle. N. Eſtoret adſen.
Tu n’as pas tout acheué de manger. Danſtan voiti téſéxren.
N. renuerſe le reſte dans la chaudiere. N. Saſoque.
Tu es vn grand mangeur de bled grillé. Sandoyahouy.
Tu ne ceſſes de manger. Ahouantahan iſſaihache.
Tu as aſſés mangé, tu es aſſés remply, raſſaſié, int. Onné ſataha, Onné ſatanni.
Donne à manger à N., donne-luy à manger. Séſenten N.
Donne à mangera ton fils. Setſatéen chiennan.
Ie n’ay pas encor’ tout vſé, conſommé le N., 2. 3. per. Aſſon téochiayé haquiey.
Il eſt deſpité, il ne veut point manger. Teſkécay.
Il mangera demain des L. Achietecque L. Auhatiquoy.
C’eſt vn goulu, grand & prompt mangeur. Ongyataeſſe.
Les N. ne les mangent-elles point ? ne les ont-elles point mangées ? N. tiuhatiche.
Les corbeaux mangent le bled. Ouraqua atichiache, onneha.
N. le mange. N. Ihonmache.
P. les ont mangez. P. Ochiayé.
Il y en a cinq, il n’y en a que cinq qui mangeront. Houiche yhennon ſquandiquoy.
Celui-là en mange. Condihite.
Celuy-là n’en mange point. Conna téache.
Raiſins que les François mangent. Ochaenna, Agnonha juhatiche.
On les mange crues. Ocoche yuhatichi.
Les N. les mangent crues. Ocoche yuhatichi N.
Tout eſt-il mangé, conſommé, vfé ? Dachiayé.
Tout n’eſt pas encore mangé, tout n’eſt pas vſé. AJfon higot.
Tout eſt mangé, conſommé, vfé. Onné ochiayé.
Mariage.
Es-tu marié ? aff. Sangyayé.
N’es-tu point marié ? aff. Téjangyayé, Teſcangyayé.
Vas-tu point faire l’amour ? Techthrouandet.
T’en vas-tu, iras-tu te marier à N. Siſaenſi N.
Vas-tu te marier, t’en iras-tu te marier en France ? Siſaenſi ennaranoüeyche atignonhac.
As-tu point d’enfans en ton pays ? Téchiatonkion.
Es-tu enceinte ? aff. Sanderiq.
Ie ſuis marié, 3. per. int. Angyayé, Ongyayé.
Ie ne ſuis point marié. Stan téangyayé.
Il n’eſt point marié, int. Téongyayê.
La femme eſt enceinte. Outſahonne annérique.
Elle n’a pas encore accouché, elle n’a pas encore fait ſes petits. Aſſon téocoyton.
Elle, il en eſt bien prés. Kyoſkenha.
Il tette. Onontſirha.
I’ay mes mois. Aſtehaon.
Matachier, peindre, parer.
Picoter, & matachier ſon corps. Ononſan.
Huiler les cheueux. Arenonqua, Aſſerenonqua.
Il eſt peint. Ottocahouy.
Vous ne vous huilez, peinturez point. Stan techerenonquaſſe.
Cela eſt beau, de n’eſtre point peint ny huilé. Ongyandé ſtan téerenonquaſſe.
Ce bois-là, ce bois-cy n’eſt pas peint. Danſtan téaoſahy.
Eſt-ce point de la peinture ? Téaſauhaté.
Il s’efface, il s’effacera. Ataſoüache, Quathronheyſe.
Ne l’efface point. Ennon choüam.
Tu l’effaces, efface-le. Sauhathronha.
Ie l’efface, il l’efface, il s’efface. Auhathronha.
Il ne s’efface point. Stan teſquatrhonhey.
N. a-elle de la raſſade pendue au col ? i. per. N. éathrandi.
Tu as de la raſſade pendue au col. Sathrandi.
Tu as la plume ſur l’oreille. Chatahonthache.
Tu as les cheueux releuez, frizez. Sanehachien.
Maux, maladies, douleurs.
I’ay mal à la gorge, 3. per. Ongyatondet.
I’ay mal aux dents, 3. per. Angyheé.
I’ay mal au dedans de la iambe. Etnnotasque.
I’ay mal aux pieds, i’ay les pieds rompus. Oſcoſca achitasque.
Ie ſuis tout deſrompu. Ondéchaténi.
Il me faict mal, i. 2. 3. per. Chatouret, Chatorha.
La teſte te faict-elle mal ? aff. Sanontſicque.
As-tu mal à la gorge ? aff. Sangyatondet.
Te porte-tu point mal ? Tétſentes.
N. eſt tout defrompu, briſé, offencé. N. Ondéchaténi.
Il eſt enflé. Sanonchieſſe.
Goutte-crampe. Ahyégouiſe.
Petite vérole. Ondyoqua.
Veruës. Ondichoute, Eindiſhia.
Veſſies qui viennent aux mains pour cauſe du trauail. Satatéxren.
Branſlement de dents. Ondoquet.
Mener, Amener.
Mene-moy auec toy. Tatéquegnoney.
Mene-la à Kebec. Atontarégue ſatandi.
L’emmeneras-tu à N. ? Aetcheignon N.
L’emmèneras-tu ? Etcheignon, Etſeignon.
Auez-vous demandé d’amener des François auec vous ? aff. Eſquatitaquiey agnonha, ou, Eſquariuhantaque, Eſquagnongniey.
Ouy, nous en auons demandé, deſiré. Ho hoüarihouantaque.
N. amènera des porcs l’eſté. N. Tétécheignon ochey oeinhet.
Auez-vous tout amené (le bois ?) Chiechieronta.
Membres & parties du corps humain.
La teſte. Scouta.
Les cheueux. Arochia.
Vne perruque auec la peau. Onontſira.
Le deſſous, ou bas de Couronne. Oquenſenti.
Les mouſtaches. Onnoüaſſonte.
Poil deuant l’oreille. Otſiuoita.
La treſſe de cheueux des femmes. Angoiha. Autrement : Ongoyhonte.
Le viſage. Aonchia.
Le front. Ayeintſa.
Les oreilles. Ahontta.
Trous des oreilles. Ahentáharen.
Les temples. Oranonchia.
Les ſourcils. Aeinforet, Teoaeinſoret.
Les yeux. Acoina, Acoinda.
Les paupières. Oaretta.
Les iouës. Andara, Endara.
Le nez. Aongya.
Les narines. Oncoinſta.
Trous du nez. Ongyahorente.
Les lèvres. Ahta.
La bouche. Aſcaharente.
Les genciues. Anouacha.
Les dents. Aſconchia.
Le palais. Aonſara.
La langue. Dachia.
La gorge, le goſier. Ongyata.
Le menton. Onhoinha.
La barbe. Oſcoinra.
Le col. Ohonra.
Le derrière du col. Ongyaſa.
Les eſpaules. Etondreha, Ongaxera.
Sur l’eſpaule. Etneinchia.
Le dos. Etnonuhahey.
L’eſpine du dos. Aoanchia.
Les bras. Ahachia.
Les coudes. Ayochia.
Les mains. Ahonreſſa.
La paume de la main. Ondatota.
Les doigts. Eingya, Eteingya.
Les poulces. Otſignoneara.
Les ongles. Ohetta.
L'eſtomach. Oüachia.
Les mamelles pleines, enflées. Anontſa.
Les mamelles plates. Etnonrachia.
Le coſté. Tocha.
Le ventre. Tonra.
Le nombril. Ontara.
Les cuiſſes. Eindechia.
Les genoüils. Ochingoda.
Les iambes. Anonta.
Les cheuilles des pieds. Chogoute.
Les pieds. Achita.
Doigts des pieds. Yauhoixra.
La plante des pieds. Andacta.
La foſſette qui eſt ſur le coupeau de la teſte. Aeſcoutignon.
Tout le corps. Eéranguet.
L’ame. Eſkeine.
Les ames. Atiſkeine, Esquenontet.
La chair. Auoitſa.
Le ſang. Angon.
Les veines, Outſinoüiayta.
Les os. Onna, Onda.
Les entrailles. Oſcoinha.
L’haleine, le ſouffle. Orixha.
Le cœur. Auoiachia.
La ceruelle. Ouoicheinta.
Laict, du laict. Anonrachia.
Dans le ventre. Etſonra.
Saliue. Ouchetouta.
Phlegme. Ondeuhata.
Morue. Tſignoncoira.
Chauue. Téhocha, Téſacha.
Longs cheueux. Outſinanouen.
Sourd, vn ſourd. Téontauoiy.
Borgne. Cataquoy, Eſkeuyatacoy.
Aueugle. Téacoïy.
Camus. Oconckiaye.
Boiteux. Quieunontate.
Nez picquoté. Ongyarochon.
Menteurs.
Tu as menty, i. 3. per. Dachoenne, Carihonia, Andachoenne.
II a menty, c’eſt vn menteur. Dachouhanha.
Ne mens-tu point ? Sindachouanna.
Ie ne ſuis point menteur, 3. per. Danſtan téandachoenne.
Meschant, point d’esprit, vicieux.
Tu es meſchant. Saſcohat, Otiſcohat, Sagaron.
Tu es rude, faſcheux. Sagaron.
Vous eſtes tous meſchans Scoincuquoytet ſquoſcohate, Auoiti ſquoiſcohan.
Vous me faictes tort, ie ne ſuis pas vn ieune homme. Cherhon etnonmoyeinti éni.
Tu n’as point d’eſprit. Teſcaondion, Teſquanion.
Ne me trompe pas. Esqueunondéuatha, Ennon, chihogna.
Cela n’eſt pas bien. Voïcarihongya.
Tu es vn bel homme. Angoye.
Tu es vn conteur. Takiata.
Il eſt meſchant. Aſcohat.
Il eſt rude, faſcheux. Ongaron.
Il n’a point d’eſprit, 2. 3. per. Téhondion.
Tu es vn mal baſty. Haatachen.
Mal baſty. Atache.
Mal otru. Ognierochioguën.
Dents pourries, laides. Teſquachahouindij Téchouaſcahouiny.
Batteur, frappeur, querelleur. Hoüaonton.
Traiſtre, vn traiſtre. Nonquoireſſa.
Maquereau. Ourihouanahonyſe.
Mauuois, vilain, ſale, &c, i. 2. 3. per. Ocaho, Ocauté.
Ennemis. Yeſcohenſe.
Ton père eſt mort. Yaiſtan houanhouan.
Il mourra, tu mourras. Tſihigoye, Chigoye.
Meubles, mesnages, outils.
Aleſne. Chomata.
Auiron. Auoichia.
Ains, des ains. Anditſahouineq.
Bouteille. Aſſéta.
Bague, medaillej &c. Ohuiſta.
Ballet. Oſcoera.
Canot. Gya.
Calumet. Anondahoin.
Cadran ſolaire. Ontara.
Canons de verre. Anontatſé.
Canons de pourceleine. Einſta.
Canons grands & gros de pourceleine. Ondoſa.
Canons gros & quarrez que les filles mettent deuant elles. Scouta.
Chaudron, pot. Ganoo.
Grand chaudron. Noo oüen.
Chaudiere. Andatſaſcouy.
Grande chaudiere. Andatſoüennen.
Ciſeaux. Eindahein dehein.
Couſteau. Andahia, Hoüetnen.
La gaigne. Endicha, Endixa.
Cueillier à manger. Gaerat.
Cueillier à dreſſer. Egauhate.
Cordeau de rets. Sataſtaque.
Cremaliere. Ognonſara.
Claye, petite claye. Ataon.
Eſpatule. Eſtoqua.
Eſcuelle. Adſan.
Eſcuelle d’eſcorce. Andatſeinda.
Eſchelle. Ayoncha.
Fuzil. Agnienxa.
Hache. Atouhoin.
Ieu de paille. Aeſcara.
Mortier à batre. Andiata.
Marmite. Thonra.
Lanſſe. Aſſara.
Miroüer. Ouracoua.
Manche, vn manche. Andéraheinſa.
Nattes. Héna, Ayhéna.
Pannier. Atoncha.
Pelle. Rata.
Pelle à feu. Attiſtoya.
Pincettes à prendre feu. Aſſiſtarhaqua.
Peigne. Ayata.
Pilons à battre. Achiſa.
Perches ſuſpenduës au deſſus du feu. Oüaronta.
Planche dolée. Ahoinra.
Plat à vanner. Aon.
Pourceleine. Ononcoirota.
Raquettes. Agnonra.
Racloüer. Anguetſe.
Raſſade. Acoinna.
Ret, vne ret. Einſteche.
Seau. Anderoqua.
Seine, vne ſeine. Anguiey.
Taillant. Dotié.
Tranche, vne tranche. Andéhacha.
Teſte, la teſte. Orahointonte.
Treine, vne treineſſe à charier bois. Arocha.
Tonneau. Acha.
Moqueurs, se moquer.
Ie ne me moque point. Téantoüyata.
Tu te moques. Etchatantouya.
Te moques-tu de moy ? pl. aff. Quieſquatan, Eſuaquieſquatan.
Pourquoy te moques-tu de moy ? aff. Squiatantouya.
Ne te moque point de moy. Etnonſquétantouya, Etnonchatontouya.
Ne te moque point de luy. Senonaſcaiantouya.
Il ſe moque de toy, de moy. Ayatantouya.
Ce n’eſt point moquerie. Danſtan tantoüya.
Monstrer, faire voir.
Monſtre-le-moy. Todéha.
Monſtre-le, monſtre. Chéahouiſca.
Monſtre donc. Dyou ſoutaſca.
Monſtre le cadran. Soutaſca ontara.
Monſtre que ie voye. Yo acanſé.
G. Tu ne me le monſtres point. Téacanſé G.
Tu en monſtras hier. Chétecque chéahouiſca.
Monter, descendre.
Montagne. Quieunontoute.
Vallée. Quieunontoüoin.
Ie monte, il monte la montagne. Onontouret.
Ie monte en haut, 3 per. Aratan achahouy.
N. Sçois-tu bien monter ? Y monteras-tu bien ? N. Chieinhouy daaratan.
Les ames des Hurons ne ſçauroient monter. Téhouaton atiſkein déhouandate haraten.
Les A. des F. ne veulent pas deſcendre. Téharaſſe aſadeſtent A. F.
Il deſcend la montagne. Taoüatarxatandi.
Les F. font montez ſur des cheuaux. F. Aochatan ſondareinta.
I’eſtois monté ſur vn cheual, 3. per. Sondareinta aochatan.
Tu eſtois monté ſur vn cheual. Sondareinta ſagueuchatan.
Monter. Haratan.
Deſcendre. Saſadeſtent.
Mordre.
Ie mords, ie te mordray. Auhaſtauha, Aſtauha.
Tu mords, mord. Saſtauha.
Il mord, il mordra. Oſtauha.
Il me mordroit. Aſtauha.
Elle la veut mordre. Tauhachetauhan.
Il le mord, ils ſe mordent, ſe battent (chiens). Yathrio.
Mouillé, seiché.
I’ay mouillé les N. Houandéquaen N.
Ta robe eſt moüillée. Sandochahoüan.
La robe eſt moüillée. Endochahoüan.
Il, elle es moüillée. Ouranoüen.
Il eſt mouillé, ſeiche-le. Eacoinon aſtan.
Seiche-le. Seſtatete.
Il n’eſt pas encore ſec. Aſſon téoſtatein.
Il eſt ſec là, int. Ca oſtatein.
Il eſt ſec, ils ſont ſecs. Sta ten, Onaſtatein, Onoſtatatein.
Moucher.
Ie me mouche_, moucheray-ie. Atſignoncoyra.
Mouche-toy. Tſignoncoyra.
Morve. Tſignoncoyra.
Nager, baigner, plonger.
Baigne-toy. Sattahoüan.
Nage. Sattonteingyahouiſſa.
Plonge, plonge-toy. Sattoroque.
Nages-tu bien de l’auiron ? Echéauoy.
Nage de l’auiron. Séahouy, Chéauoy.
Nage, preſſe fort. Atchondi ſéahouy.
Ie nage. Eauoy.
Nations, de quelle nation.
Aux Francs. Atignonhaq.
Kebec. Atontarégué.
Montagnets. Chauoironon, Chauhaguéronon.
Canadiens. Anaſaquanan.
Algoumequins. Aquannaque.
Ceux de l’Iſle. Héhonqueronon.
Les Epicerinys. Skequaneronon.
Les Cheueux releuez. Andatahoüat.
Les trois autres Nations dépendantes. Chiſérhorion, Squierhonon, Hoindarhonon.
Les Petuneux. Quieunontatéronons.
Les Neutres. Attihouandaron.
La Nation de Feu. Atſiſtarhonon.
Les Yroquois. Sontouholronon, Aguierhonon, Onontagueronon.
Les Hurons. Hoüandate.
Nation des Ours. Atingyahointan.
Nation d’Entauaque. Atigagnongueha.
Nation. Datironta, Renarhonon.
Le Saguenay, Prouince du Saguenay. Kyokiayé.
De quelle Nation es-tu ? Anhenhéronon.
D’où es-tu ? Nétiſſénon.
Tu es d’icy. Iſtaria, Iſtaret.
De quelle Nation, de quel lieu, de quel village eſt-il ? Ananhexronon, Ànanxronon.
D’où eſt-il ? Etaouénon.
D’où eſt-ce qu’eſt N. Ennauoénon N.
Elle eſt de N. N. Kyaénon.
Il eſt de B. B. Etaouénon.
Nombre, le nombre.
i. Eſcate.
2. Téni.
3. Hachin.
4. Dac.
5. Ouyche.
6. Houhahéa.
7. Sotaret.
8. Atteret.
9. Néchon.
10. Aſſan
11. Aſſan eſcate eſcarhet.
12. Aſſan téni eſcarhet.
13. Aſſan hachin eſcarhet.
14. Aſſan dac eſcarhet.
15. Aſſan ouyche eſcarhet.
16. Aſſan houhahéa eſcarhet.
17. Aſſan ſotaret eſcarhet.
18. Aſſan atteret eſcarhet.
19. Aſſan néchon eſcarhet.
20. Téni quiuoiſſan.
21. Téni quiuoiſſan eſcate eſcarhet.
30. Hachin quiuoiſſan.
40. Dac quiuoiſſan.
50. Ouyche quiuoiſſan.
60. Houhahéa quiuoiſſan.
70. Sotaret quiuoiſſan.
80. Atteret quiuoiſſan.
90. Néchon quiuoiſſan.
100. Egyo tiuoiſſan.
200. Téni téuoignauoy.
1000. Aſſen atteuoignauoy.
2000. Téni tiuoiſſan attéuoignauoy.
Où est, où est-ce, où sont-ils allez ?
N. Où eſt allée la B. N. Naché B.
Où eſt ton pere ? Ané yaiſtan.
Où eſt ta mere ? où eſt-elle allée ? Annon oté ahoüenon ſendouo.
Où eſt-ce qu’eſt la P. Ané igan ennauoiuon P.
N. Où eſt-il allé ? N. Téahoinon.
Où eſt-il ? où eſt-il allé ? Anahouénon, Ahoùénon, Eondénon.
Où s’en eſt-il allé ? Où eſt-il allé ? Annan onſaraſqua.
Où ſont-ils ? Anatigueiron.
Où eſt-ce ? lequel eſt-ce ? Qu’eſt-ce que c’eſt ? Dyouoiron.
Où eſt-ce ? Où a-ce eſté ? Anan.
Ie ne ſçay où il eſt, où il eſt allé, pl. Danſtan teintereſt ahouénon.
Ne ſçois-tu point où il eſt allé ? pi. aff. Danſtan téchinteret ahouénon.
Où mettray-ie cela ? Anaikiein.
Où l’as-tu mis ? Ané igan.
Les N. ſont allez à B. N. B. ahouénon.
Oublier.
I’ay oublié. Onatérainq.
Tu as oublié. Satérainq.
Il a oublié. Oſtorendi.
Ie n’ay rien oublié. Nous n’oublierons rien. Stan onatérainq.
Ouyr.
Ie l’ay oüy. Garhoguein nécha.
Tu l’as oüy, int. Sarhoguein.
Il l’a oüy. Garhoguein.
Ie l’ay oüy dire dans la foreſt. Chaharhayon atakia.
Pareſſeux.
Ie fuis vn pareſſeux, laſche, coüard, i. 2. 3. per. Ahetque.
Elle eſt pareſſeuſe, elle ne veut rien faire. Ahouiaken.
Ie ne ſuis point pareſſeux. laſche, coüard, 3. per. Danſtan tehetque.
Tu n’es point pareſſeux. Téchietque.
Tu vas, tu dis trop viſte, trop promptement, trop précipitamment, i. 2. 3. per. Chiejloret, Achieſtoret.
Tu ne fais pas viſte, tu ne te deſpeches point. Andérati ſquanianni, Saniani.
Tu mets long temps. Gariuoitſi.
Nous finirons bien toſt, nous aurons incontinent faict. Kieusquenha aytaqua, Tſîtaqua.
Ne le trouues-tu pas bien, ne te ſemble-il pas à propos, en es-tu marry ? Sachieſſé.
Parler.
Ie dis. Eni hatton, Ayhon.
Tu dis. Sayhon.
Il dit. Yhatton, Yhatonque, Yhatonca.
Ie dis, ils diſoient. Yontouque, Yhontonque.
Tu dis, tu diſois. Etchihon.
Il diſoit. Ahirhon.
I’ay dit. Onnen ayhaton.
Tu as dit. Oſquatonca.
Il a dit. Aeinhaon.
Ie l’ay dit. Ondihaton.
Ie luy ay dit. Onnê hoüatandoton.
Ie dis que cela eſt ſale & mauuois, 3. per. Ocaute auhaton.
Qu’eſt-ce que i’ay dit, qu’il a dît ? Totahixon, Toté yxon.
Que diray-ie ? Toutautein ayhon, Tauté yhon.
Ie ne luy ay pas encor dit. Aſſon téhaton.
Ie le diray, ie luy diray. Yhon, Déyhon.
Ie le diray. Hoüatandoton.
Ie vous le diray. Hoüatonoton.
Ie ne luy diray point, ie ne le diray point. Stan yahon.
C’eſt ce que ie dis, c’eſt cela que i’ay dit. Condiatonque.
Dis-ie bien ? Ongyandé yatakia.
Ie ne dis mot, ie ne dis rien, 3. per. Stan téhaton.
Ie ne parle point. Eatakiaque.
Ie ne ſçay ce qu’il dict. Danſtan tochihaton, Danſtan toſſihaton.
Ie veux parler à ta mere. Hoüatonoton ſendouen.
I’ay donné ma voix, ma parole. Hariuoignyon.
Ie l’entends bien. Haronca ichine.
Ie ne l’entends point, 3. per. Danſtan téaronca.
Ie ne ſçay pas encore parler Huron. Aſſon téayeinhouy houandate atakia.
Ie n’entends point ce que cela veut dire. Stan tochiha, Tochi adſé.
Ie l’entend, ie le comprend, int. Tayeinton.
Ie le repeteray encore. Aytanda ichine.
Quand ie fçauray parler Huron, pl. Etgayeinhouy houante atakia.
Nous enſeignerons cela aux enfans. Hariuoihayeinſta échiaha.
Tu dis. Chiatonque.
Dis-tu pas. Ichihaton.
Dis, dis-le, dis-luy. Chihon ſatandoton.
Que dis-tu ? Toſſi haton.
Comme dis-tu ? Tautein ſeiſcoiſſe.
Parle. Satakia néſa.
Tu as dit, tu diſois que la M. eſt, eſtoit N. Oſquatonca M. N.
C’eſt toy qui l’as dict, qui le dit. Iſſa ondichiatonque, Chatandoton.
Tu l’as dict. Ondichiaton.
Tu luy as dit, tu leur as dit. Ichihon.
Tu as dit nenny. Ichihon danſtan.
Toy dis-le. Sachihon.
Dis-leur qu’il y a cinq iours qu’ils attendent, que nous attendons. Chihon houiche éuointayé hainchontaye.
Qui te l’a dit. Sinan diuhaton, Sinan atandot, Sinan atandoton, Sinan totéuhaton.
N. te l’a dit. N. Sachiaton.
Ceſt toy qui l’as dit. Iſſa ſatandoton.
Tu parles trop viſte. Chieſtoret atakia.
Dis-luy qu’il nous donne du poiſſon. Etſihon tahoxritan.
Tu ne dis rien, tu ne parles point. Teſatakia.
Ne parle point. Enon ſarakia, Esquenon ſatakia.
Ne le dis point. Ennon chaitandaton.
Ne parle plus à moy, c’eſt aſſés. Teſonatakia indi, onen.
Ne fay point de bruit. Esquenon ſakiein.
Ne le dis point, ne dis point. Etneſtandi.
Efforce-toy, haſte-toy de ſçauoir parler. Saſtoura ſatakia.
Tu ne ſçois pas encore parler Huron. Aſſon teſcéyainhouy H. atakia.
Taſche de ſçauoir parler Huron pour le renouueau. Adehondi H. atakia honéraquey.
Comment dites-vous, comment appeliez vne chaudiere ? Totichi atonque, andatſaſcouy.
Répète, redis-le encore. Chiennitanda ichine.
Dis-le encore, parle encore. Houato ſatonoton, Iſſa ſatakia onhoiiato.
Quand tu ſçauras parler H. Ayeinhouy H. atakia.
M’entends-tu bien ? aff. Chahéronca.
Tu n’entens point, tu ne m’entens point. Técharonca.
Tu n’entens pas tout, pl. Danſtan auoiti teſquaronqua.
Entendez-vous bien ce qu’il dit ? 3. per. Eſquaonaronqua.
Tu l’entens, tu le comprens, int. Tayeinton.
Tu entens tout, pl. Onnen auoiti ſquaſquaronca.
Que dit-il ? Totihaton.
Que diſent-ils ? Totihonton, Totihatoncoy.
Qu’a-il dict, que t’a-il dict ? Tautein aeinhaon.
Que diſent ces deux-là ? Téni hontonque.
Que diſent les François ? Toté yhon agnonhaque.
Que difent-ils ? Téchiauhaihere.
Que diſent-ils, qu’ont-ils dict ? Toti ahon.
Ils n’ont rien dit, ils ne diſent rien. Stan téaton.
Ils diſent. Yhontonque.
Ils diſent que M., int. Yuhaton M.
Ils l’ont dit. Atihontonque.
Il vous dit. Yhatoncoy.
Ie te diſois. Ayhéhon.
N. le dit. N. Satandaton.
C’eſt B. qui l’a dit. B. Chiatandoton.
C’eſt ce qu’il dit. Chontenay yhon.
Elle dit que ce ſoit maintenant. Yuhatonqueonhoüato.
Il ne veut pas qu’on diſe cela. Téharoota.
Il eſt à deux paroles. Téni aſatakia.
Il ne dit encore rien. Aſſon téatonoton.
Il ne parle pas encore. Aſſon téatakia.
Il ne parle pas encore Huron. Aſſon téhatongya, Houandate.
Ils n’entendent pas la langue. Danſtan téotandote.
N. parle. Echiauhahafe N.
Raquette, eſt-ce pas à dire, ieu de paille ? Agnonra eſquatonca, Aeſcara.
Ce n’eſt pas à dire. Téchatonca.
Il s’appelle en deux façons. Ténitéha adſî.
Cela s’appelle vne peau. Néchauhaſe, audéuha.
Les Hurons diſent comme cela. Vhanuhaſquaſſé H.
Comme diſent les François. Totiſquaſſé agnonhaque.
On n’a pas encore faict le cry., on n’a pas faict la publication, int. Aſſon tétatakia.
Vn cry qui ſe faict par la ville ou le village par le Crieur, pour aller à la foreſt querir du bois en commun : A la foreſt, à la foreſt, allons à la foreſt. Eſcoirhaykion, eſcoirhaykion.
Ne ſois point porteur de mauuaiſes nouuelles, ny ſemeur de zizanie. Ennon onhondionrachien.
Vas-tu ſemer des noiſes, des mauuois contes ? aff. Siondionrachien.
On a fait courre, il a cauſé des noiſes, & ſemé des mauuois diſcours. Yondionrachien.
Parentage & consanguinité.
Le Créateur. Yoſcaha.
Sa mere grand. Ataeintſic.
Vn homme. Honhouoy.
Enfans. Achia, Ocoyton.
Maſles. Angyahan.
Femmes., femelles. Outſahonne.
Des ieunes gens. Moyeinti.
Filles. Ondequien.
Vieillards (omnis generis), Agondachia.
Mon grand pere, ma grand mere. Achota.
Mon pere. Ayſtan, Aihtaha.
Ma mere. Anan, Ondoüen.
Mon frere, ma ſœur. Ataquen.
C’eſt mon frere, ma ſœur. Aixronha.
Mon fils, ma fille. Ayein.
Mon beau-pere. Yagueneſſe.
Mon gendre. Agueinheſſe.
Mon beau-fils. Ando.
Reiponds. Agon.
Mon beau-frere. Eyakin.
Ma belle-ſœur. Nidauoy.
Mon oncle. Hoüatinoron.
Ma tante. Harha.
Mon nepueu, ma niepce. Hiuoitan.
Mon couſin, ma couſine. Earaſſé.
C’eſt ma petite-fille, ie fuis ſa mere grand. Otthréa.
Ma niepce (manière de parler aux femmes & filles). Etchondray.
Mon petit-fils. Eſtoha.
O. eſt le nepueu de mon pere. O. Auhoinuhatan yaiſtan.
Ma femme, mon mary. Eatenonha.
La femme de N. N. Onda.
C’eſt ſa compagne^ ce n’eſt que ſa compagne. Aſqua.
Ton pere. Dé ayſtan.
Ta mere. Sanan, Sendoüen.
Ta femme, ton mary. Saténonha.
Ton enfant. Sacoiton, Sachiaha.
Ton oncle. Houatinoron.
Ta tante. Sarha, Sarhaq.
Ton couſin, ta couſine. Saraſſé.
Ton frere, ta ſœur. Sataquen.
Ton beau-frere. Saquyo.
Ta belle-ſœur. Sindauoy.
Ton nepueu. Chiuoitan.
Ta tante, Eſt-ce ta tante ? C’eſt ta tante. Sarhaq.
Tu es ſon petit-fils. Iſſa eſtoha.
Le fils de N. N. Ouhenha.
Son petit frere. Ohienha.
Fils, enfans, le petit. Ouhenha.
C’eſt le petit, l’enfant, le fils de A. A. Ichi houeinha.
Sa mere,, mere. Ondouen.
Il a ſa mere grand. Achotachien.
Homme veuf, femme vefue. Atonneſqua.
N. l’a engendré, l’a mis au monde. N. Ochondi.
C’eſt vn de nos gens, c’eſt vn des noſtres. Houatondi.
Ma compagne. Eadſé.
Mon compagnon, mon camarade. Yathoro.
Ie ſuis ton compagnon, ton amy. Yatoroiſſa, Eadſé.
Comme celuy-là t’eſt-il parent ? Toutautein eſteonq.
A qui eſt parent, de qui eſt parent celuy-là, celle-là ? Sinan déca onnehon.
Il t’eſt parent, ils te ſont parens, T’eſt-il parent, te ſont-ils parens ? Eſquanehon.
Ils ne te ſont point parens. Danſtan teſquanehon.
Il ne m’eſt point parent. Danſtan téuhanehon.
Mes parens ſont riches. Oukiouhoy onnehon.
II eſt parent, i. 2. 3. per. Onnehonq.
Ils ſont parens. Aetquanehon.
Ils ſont tous parens. Auoiti ſquatatéein, Atiſquatein.
Les François ſont parens des H. Fr. Aeſquanehon H.
Les François ne ſont point parens des Hurons. Atignonha danſtan teſquanehon houandate.
le fuis ſon parent, il eſt
mon parent. Onnehonque.
Les A. font parens de P. Onnehanq A. P.
II eſt parent de tous ceux de la terre, de tout le monde. Ondéchrauoiti onnehon.
Pauure, pauureté.
Ie ſuis pauure. Anacauta.
Nous ſommes pauures. Oſcorhati.
Tu es pauure. Sacauta, Saſcorhati, Saſcorhata.
Les Hurons ſont pauures. Téhhacota vhandate.
Ils ne ſont point pauures. Danſtan oſcorhati.
Penser, auoir dans la pensée.
Ie penſe. Auoirhet.
Tu penſes. Icherhet, Cherhet.
Il penſe. Auoirhet.
Ie penſe que tu ne dis point vray, que tu ments, Iherhet carionia.
Ie penſe que c’eſt cela que tu as ſongé, que tu auois ſongé. Naetchoirhé ſachaſqua.
Que penſe-tu ? à quoy as-tu penſé ? qu’en penſe-tu ? Tauti cherhet.
Tu penſois, tu le penſois. Ticherxhet.
Penſe-y, aduiſe-y. Sanionxrey.
Il penſoit que ce fuſſent raſſades. Yherhet acoinda.
Ils penſent tous, c’eſt qu’ils penſent tous que ce ſoit d’vn homme. Iuoirhet auoiti onhoüoy, Auoiti iſcoirhet onhoüoy.
Percé, cassé.
Il eſt percé ? rompu, caſſé. Oſcoſca.
Il eſt percé, ie l’ay percé. Nahixraye.
Eſt-il percé ? aff. Ouratſi.
Le chaudron eſt rapieceté, percé. Anoo ouratſi.
Il ne coule pas, int. Danſtan kitté.
Le tonneau eſt percé, desfoncé. Chourachoute.
Il n’eſt pas encore rompu, percé. Aſſon téocoſca.
Il n’eſt pas encore rompu, fendu. Téharonkiaye, Danſtan okiaye.
Perce-toy l’oreille. Titaontaeſt.
Ton oreille eſt percée. Sahonttaharein.
Perdre, perdu, esgaré.
I’ay perdu mon couſteau. Andahyaton.
I’ay perdu mon aleſne. Chomataton.
Pescher.
Ie vay chercher, peſcher du poiſſon, 2. per. Ahointa chéyaquey.
Ie m’en vay à l’Aſſiendo. Eni araſqua adſihendo.
Au petit poiſſon. Atſiq eaquey.
I’yray à la peſche. Onguiexronan, Earononan.
Tu iras à la peſche. Sanguiexronan.
Iras-tu à la peſche ? Sarononan.
N’as-tu rien peſché ? Sandéreindihaquiey.
As-tu pris, apporté du poiſſon ? Etſandahouy ahointa.
Il ira à la peſche. Onguiexronan.
Il ira bien toſt à la peſche. Kieusquenha ahoréhaquiey.
Il n’eſt pas encore allé peſcher, chaſer. Aſſon téohouyacon.
Il eſt à la peſche. Ochandi.
Elle s’en va à la peſche. Ochandi haquiey.
Petuner.
Donne-moy à petuner. Etaya.
Fay du petun. Etſenhos.
Donne-moy du petun. Tayehontiſſe.
Ie n’ay point de petun. Stan téuhayenuhan.
Ie vay, ie veux petuner. Yeihhoc.
Ie petune. Ayettaya, Tayeinhoſe, Agataya.
Petune. Satéya.
N. Petune. Ataya N.
Ie te donneray du petun. Eoxrontiſſe.
Tien du petun, petune. Tſeinhoque.
Tu ne manges point de petun, Téchéche hoüanhoûan.
Le petun que i’ay apporté eſt fort bon. Caché hoüanhoüan ahouy.
Voylà, voicy du fort petun. Ayentaque oühoirhiey.
Le petun eſt-il fort ? aff. Auoirhié hoüanhoüan.
Le fort enteſte. Auhoirhié okihoüanteni.
Le tout n’eſt pas encore vſé, conſommé. Aſſon higot.
Le Calumet eſt encore chaud. Orontatarihen.
La pippe eſt bouchée, eſtoupée. Oüaguesqueſan eſconhuy.
Petun. Teſténa, Tiſtenda, Ayentaque.
Morceau, ou bout de petun. Heinfa, Déheinfa.
Peu, beaucoup, quantité.
Ie vous aſſeure qu’il y en a beaucoup. Kiandikiatonetchontan.
Il y en a beaucoup. Toronton, Inſtoühanne.
Il y a beaucoup de ronces qui eſgratignent, picquent, bleſſent. Toronton énoddocha eſconchotié.
Il y a beaucoup de gens. Onhoüey hoüanne.
Ils ſont trois freres. Achinque etontaquen.
Il y en a trois, ils ſont trois, il eſtoient trois, ſeront trois, vous ſerez trois. Hachinque ihennon.
Il y en a de 5. ſortes. Houiche auhaſtaxran, Eſquaſtaxran.
Il y en a de trois ſortes. Achinque agaxran.
Les N. ſont plus. Ekioquanne N.
Ils ſont plus. Ekioquanne.
Les Hurons ſont moins. Quieiiquaſquoé dehouandate.
Non pas encor’ la plus grande partie. Ekioquanne aſſon.
Beaucoup de choſes, pluûeurs choſes. Etſacato.
Il n’y en a gueres. Andéato andaret.
Il n’y aura point de bled (aux champs). Neſquaſſein onneha.
Il n’y en a pas beaucoup. Danſtan téouen.
Il n’en a pas beaucoup. Stan téoataronton.
Il y en a vn peu. Andéato. Vn peu. Chyuha, Yuoiſquato, Yuoyayto.
Il n’y en a plus. Onné auoiti.
Beaucoup. Toronton, Oüen.
Grandement. Anderati kiatonetchontan.
Peut, ne peut, pouuoir.
Ie peux. Aeinhouy.
Tu peux, int. Chieinhouy.
Il peut. Aeinhouy.
Ie ne ſcaurois, 3. per. Téoton, Téhoüaton, Téaveinhouy.
Piquer, piqué.
Tu t’es piqué. Saſteraeſt.
Il s’eſt piqué, int. i. per. Anderéeſti.
Piquer. Andaraeſt.
Inciſer la chair. Atchenhon.
Piller, battre le bled.
Ie pile. Attéta, Ettéta.
Pile, bat du bled. Seintéta.
Vien, venez piler. Eſquatéta.
Pile, eſcache-le, auec les pierres. Taettontan.
Eſgruge le bled. Anehoüinha.
Ie vien battre, piler. Ettétandet.
Ie ne ſçaurois piler. Danſtan teusquetéta.
Ie vanne. Eaſéuëouha.
Elle va piler. Satéta andihet.
Elle en va piler d’autre. Hoüatétandet.
Il n’eſt pas encore pilé. Aſſon téuhatiteta.
Elle ne veut point piler. Téhatiraſſe atitéta.
Pisser.
Ie piſſe, il piſſe, il a piſſé. Okiayey.
Piſſe. Sakiayé.
Ie m’en vay piſſer. Ekiayeéchet.
Attend de piſſer. Sahouen ſakiaye.
On y a piſſé, ils y ont piſſé. Onkiayé.
Ie vay, ils vont à leurs neceſſitez. Ayeinxa.
Elle va faire ſes neceſſitez. Auoindiſondet.
Il a le cours de ventre. Tayauoitandique.
Il ne ſçauroit aller à ſes neceſſitez. Téhouaton aendiſon.
Il a pouſſé du vent. Heinditégna.
Il ne faut point pouſſer du vent, int. Tehonditégnache.
Ne pouſſe point de vent icy, va t’en pouſſer dehors. Enonméni tégna ica, yaſéni aſtey meni tégna.
Plantes, arbres, fruicts.
Arbre. Tarby, Yharhy.
Bois. Onata, Ondata.
Bois vert. Aſſé.
Bois ſec. Oſacque.
Bois pourry. Aheſſa.
Bois plein d’eau, humide. Ouranoon.
Buſche. Aeinta.
Gaule, perche. Aeinta.
Rameaux. Attaneinton.
Cèdre. Aſquata.
Cheſne. Exrohi.
Glands. Onguiera.
Fouteau. Ondéan.
Herable. Ouhatta.
Fueilles. Ourata.
Moufle. Einra.
Gomme, encens. Choüata.
Nœuds de bois. Chitſoura.
Bois de ſureau. Tondaonthraque.
Genievre. Aneinta.
Meriſier. Squanatſéquanan.
Racine rouge à peindre. Héhonque.
Eſcorce à lier. Oühara.
L'arbre d’icelle. Ati.
Chanvre. Ononhia.
La plante d’icelle. Ononhaſquara.
Roſes. Eindauhatayon.
Ronces. Endédocha.
Racine excellente & medicinale. Oſcar.
Naueau à purger le cerueau. Ooxrat.
Racine venimeuſe. Ondachiera.
Angelique. Tſirauté.
Canadiennes. Orasqueinta.
Oignons, Ails. Anonque.
Champignons. Endrachia.
Morilles. Endhroton.
Herbe, foin. Rota.
Chauffe de Tortuë. Angyahouyche orichya.
Marjoleine. Ongnehon.
Bled de toutes ſortes. Onneha.
La tige où il tient. Ondraeina.
Eſpics de bled. Andotſa.
Vn pacquet d’eſpics. Oronuoichia.
Prunes. Toneſtes.
Meriſes. Squanatſéquanan.
Petit fruict, comme ceriſes rouges, qui n’a point de noyau. Toca.
Petites pommes rouges. Yhohyo.
Fraizes. Tichionte.
Bluës. Ohentagué.
Meures. Sahieſſe.
Tous menus fruicts. Hahique.
Fezolles. Ogareſſa.
Pois. Acointa.
Citrouilles, Ognonchia.
Semences de Citrouilles. Oneſta.
La Citrouille eſt meure. Oneſtichiaye.
Raiſins. Ochaenna.
Il eſt meur N. N. Hiari, Chiari.
Le bled eſt meur. Onné ondoyaré.
Lors que les fraizes ſeront meures. Eſquayarique.
Lors que les framboiſes ſeront meures. Sanguathanen.
Pleurer.
Ie pleure, il pleure, il a pleuré, il pleuroit. Areinta.
Tu pleures, pleure. Sareinta.
Pleure-tu ? Sareintaha.
Tes yeux pleurent. Coindareinta.
Qui t’a fait pleurer ? Siné Chareinta.
Ne pleure point. Xchihay.
Tes larmes. Onttachiachanha.
Larmes. Oatſanta.
Poissons.
Anguile. Oſkeendi, Tyauoirongo.
Brochet. Soruiſſan.
Eſturgeon. Hixrahon.
Truites. Ahouyoche.
Leur gros poiſſon du Lac. Adſihendo.
Autre, comme barbeaux. Einchataon.
Petits poiſſons. Auhoitſiq.
Eſcreuices. Tſiéa.
Tortuës. Angyahouiche.
Arreſtes de poiſſon. Hoinchia.
Eſcailles. Ohuiſta.
Graiſſe. Oſcoyton.
Huile qu'on en tire. Gayé.
Laicte, la laicte. Oacayé.
Œufs. Andé.
Teſte de poiſſon. Ouſtehouanne.
Poiſſon. Ahointa.
Porter.
Porte cela. Saguétat nécha.
Porte-le, apporte. Saguétat.
Ils portent, ils les portent. Onguétat.
Ils portent, ils ont porté, ils portent des arbres. Sathringuétat chétarhi fétarhi.
I'apporte, i'ay apporté des eſpics. Andotſahouy.
I'apporte, l'ay apporté des N. N. Hohet, ohet.
Ie porte, porteray, apporteray. Aguétat.
I’apporte, i’ay apporté vn brayer, 3. per. Aruiſtahouy.
I’apporteray demain des eſpics. Achieteq andotſahouihet, Etondatſahouiha.
Ie n’apporte rien. Stan téàhouy.
Ie l’ay apporté. Aahouy.
Ie n’en ay point apporté. Déuhatey.
Ie porteray,, ie le porteray. Ayhéuha, Ayhéuoy.
Ie l’emporteray. Ni éuha.
I’emporte mes raquettes. Agaratécha.
Ie la porteray, l’emporteray, luy porteray. Euha.
Ie l’apporteray dans peu de temps. Sondianikéhoua.
Ie le rapporteray incontinent, auiourd’huy . Onhouatéqueuuha.
Ie le rapporteray, reporteray. Etqueuuha, Ettéqueuuha.
Ie rapporte le pot. Ganoo ſtatſonhahouy.
Ie rapporte, apporte le chaudron. Andatſahouihey.
I’en rapporteray, apporteray vn autre. Vhatéqueuuha.
Ie t’en apporteray d’autres. Vhaté gyanontanha.
I’en apporteray, i’en iray querir. Vhoiſtéuhoiha.
Ie les apporteray, rapporteray. Téconontanha, Quieunanteha.
Ie vous en apporteray demain. Achieteq etconontanha.
I’en ay pris, apporté. Auoindahouy.
I’en ay apporté, i’en prendray, apporteray. Eindahouy.
Ie n’en ay point pris, apporté, 2. 3. per. Stan téſatiahouy, Téeindahouy.
Qui porteray-ie, qu’eſt-ce que i’y porteray ? Tautéin euha.
Apporte-tu ? Anguieruha.
En apporteras-tu ? Ettauha.
Qu’eſt-ce que tu apportes ? Toutautein chéahouy.
Qu’apporteras-tu, quand tu reuiendras deçà ? 3. per. Tatichetret garoteſetta.
Ne me rapporteras-tu point des N. de A ? Téſéuha N. A.
Tu l’apporteras demain. Séhouahoa achieteq.
Apporte toufiours. Aſſehoüa ahoüantahan.
Apporte-moy la hache. Ataachahouyha.
Apporte du cuir, donne de la peau pour acheuer les ſouliers. Aſſéhoua charaqua. Charaqua ſéhoua.
As-tu point apporté des N. 3. per. aff. Danſtan téahouy N.
Eſt-ce toy qui l’a apporté ? Satiſateſahouy.
En as-tu point pris, apporté vn ſeul ? Eſcate téoſeindahouy.
En as-tu point pris, apporté ? N. aff. Téſeindahouy N.
Tu n’en as point apporté, int. Téchéahouy, Teſcaahouy.
Il dit que tu apportes des N. N. Yhaton ſehoiia.
Remporteras-tu l’arquebuze ? Horahointayotequenuha.
L’as-tu apporté de Kebec ? Atontarégue haon.
Qui vous l’a apporté ? Siné thaſahouy.
Qui vous a apporté la cueillier ? Sinan ſquaſauhandi gaera.
Ta tante t’a apporté des eſpics. Sandotſahouyhet ſarhac.
Il t’apportera demain du pain. Achi ondataroxha.
Ils vous apporteront du bled des champs. Aſſiſtancouyniha, Aſſiſtacouy.
Elle te portera le bled pilé. Sanontaha ottécha.
Ils t’en porteront, ils te porteront. Etconontanha.
Charge-toy. Saquétoret Sareingueytey.
N. leue-toy, on va porter au faut. N. Saquen ocointiaye.
Y a-il bien loin ? portez-vous bien loin ? Onontetſi.
N. ſe charge, prend ſon fardeau. N. aréingueytey.
On leur apportera, portera, il leur viendra du poiſſon ou viande. Soxritandiha.
Il apportera, rapportera le chaudron. Secondatſanhouihet.
Elle apportera de la pourceleine, elle en apportera. Ononcoirotaquoiha.
Elle apporte des raſſades, i. per. Acoinna ahouy.
N. luy a apporté le couſteau. N. andayahouy.
M. L’a emporté, int. M. Soahon.
Les ames prennent, emportent les robes. Ahonriſcon atiſkein énondi.
Ils ont apporté la bouteille. Aſſétaſatiahouy.
Il l’a apporté, il a apporté, il en a apporté, pl. Atiahouy.
Emportera-il l’auiron ? Toahon auoichia.
Elle n’apporte rien. Danſtan téhatiahouy.
Il n’en a point apporté, pi. Téatiahouy.
Ie le rapporteray, 2. per. Téſéuha.
Il rapporte. Audahan.
Il le rapporte. Onné otiuhahon.
Pousser quelqu’vn.
Tu me pouſſes. Tiſquate athechon.
Prester, emprunter.
Preſte-moy cela. Tanihatan nécha.
Preſte-le-moy. Squandihatan.
Preſte-moy tes cifeaux. Eindahiein dionte.
Preſte-luy. Sanihatan.
Tu en as preſté deux. Teni etſihandihatan.
Tu ne le veux point preſter, int. Teſandihatandi.
L’as-tu preſté ? aff. Séandihatandi, Onné andihachon, Eſcanihatan.
Apporte N. que ie t’ay preſté. Aſſehoua N. eſquanihatan.
Ie viens emprunter N. N. Andihaché.
le t’en preſteray. Auoindihatan.
Vous l’a-il preſté ? aff. Etchandihatan néſa.
Il me l’a preſté. Andihatandi.
Il ne me l’a point preſté. Stan téhendique.
Il ne le veut point preſter. Tehonihatandet.
Il eſt preſté. Onnéhondihatan, Ahonhihatan.
N. l’a emprunté. N. Handihatan.
Prisonniers.
I’ay vn B. priſonnier, vn priſonnier. B. ondeſquan.
Priſonniers, les priſonniers, des priſonniers. Otindaſquan.
Lier, garotter. Atonnechon.
Protester, asseurer.
Ie te proteſte, ie t’aſſeure. Kiandi.
Querir, Requerir, Emprunter.
Ie viens querir, demander quelque eſtoffe. Manitihaquiey.
Ie le vay querir. Etſéhohet.
Ie vay querir des robes. Enondi vhahon.
Nous en irons querir. Auhahon.
I’en vay encore querir. Nenéohet.
Vien querir du poiſſon. Ahointa oha.
Vien en querir. Saſinſéhoa.
Va, vien le querir. Séhoha, Sahohet, Sahohoha.
Va querir N. N. etitiakiey, N.féhoha.
Vien querir, va querir, tu vas querir vne M. Ehéoha M.
En iras-tu querir ? aff. Sauhatey, Sachéuhaha.
N. t’en ira querir. N. Sahaouhahet.
M. en ira querir. M. auhahet.
C. ira querir D. C. D. Vhahey, Auhahey.
Il l’ira querir. Eauoiha.
Il l’eſt allé querir. Onné auhahon.
Il en eſt allé querir. Echéuoiha.
Il eſt allé querir des raquettes. Angyora hohahon.
Qu’eſt-ce que tu viens, que tu y vas querir ? Toutautein chéouahet, Toutautein ſcohey.
Qu’eſt-ce que tu es venu faire, que tu y vas faire, querir ? Toutautein chéoüahet.
Ie viens emprunter. Aguenonhé.
Viens le querir auiourd’huy. Onhouay esqueüuha.
Ie viens requerir. Ni esqueüuha.
Ie viens requerir la hache. Oüachrauhahey.
Remercier.
Grand mercy, ie vous remercie. Ho, ho, ho, atouguetti.
Rencontrer.
I’ay rencontré. Ténhatchaa.
Ie l’ay rencontré., pl. int. Atiſquathraha.
Les Hurons ont rencontré les N. H. akiathaha N.
Dans trois iours nous r’atteindrons, nous rencontrerons le B. Achinq éuointaye athonthraa B.
Voicy du monde qui vient deuant nous, que nous allons rencontrer. Akiquatchaha.
En voicy d’autres qui viennent après. Aeſquaq ontarhet, ahenté.
Ie fuis bien ayſe que nous nous ſommes rencontrez. Ongyandé ettotſiquathraha, Etſiquathraha.
Repoſer.
Ie repoſe. Aatferixq.
Tu repoſes, repoſe, repoſe-toy. Satſérixq.
Il repoſe. Aatſerixq.
Le chaudron repoſe deſſus. Andatſarixq.
Arreſtons-nous icy. Ekakiein.
Retirer.
Retire tes pieds. Sakieriſca.
Retire-le plus loing. Chiacataret.
Retourner, rebrousser chemin.
Ie m’en retourneray demain. Achiétecque ſequaronhoha.
Ie m’en retourneray, ie rebrouſſeray chemin. Sauharonuhaha éni.
Reuien, retourne, rebrouſſe chemin, pl. Seronuhaha, Saquaronuhaha.
Vien ça, retourne. Satſiéaratan.
Retournons deçà par enſemble. Tetitet garotéſet.
Tu ne retourneras point, tu ne rebrouſſeras point chemin. Téquaronuhaha.
N. a rebrouſſé chemin & s’en eſt retourné à T. Tontaronuhaha N. T.
Les femmes ont rebrouſſé chemin. Etſatironuha, outſahonne.
Ils ont rebrouſſé chemin, ils s’en font retournez. Etſaronuhaha.
Tu la retournes. Scati.
Reuenir, ne reuenir.
Ie reuiendray. Vhatékion.
Ie reuiendray, i. 2. 3. per. Tetthret.
Ie reuiendray demain matin. Aſſonrauoy tetthret.
Ie reuiendray à midy, int. Inkieque auhathrey, Auoithan, Etara, Yara.
Ie reuiendray au ſoir, ie ſeray de retour ce ſoir. Tahouraque chon tayon, Sahouracqetſaon.
Ie reuiendray bientoſt, 2. per. int. Onhoua, Onhouato tequé, tetthret.
Ie coucheray encore demain icy, 3. per. Achieteque etſondatahouy.
Ie reuiendray deçà, 3. per. Garo tékey.
Ie feray deux nuicts dehors, 3. per. Tendi téouttouhoin.
Quand ie reuiendray. Ongaro téqué.
Que nous arriuerons aux H. Ethonque etquaon.
Nous ſerons reuenus dans dix iours. Aſſan téouantaye tékiandet.
Nous ne ſerons que deux nuicts dehors, que nous y ſerons, arriuerons. Téhi tetſîquantoua.
En combien de iours reuiendras-tu ? 3. per. To eoeintaye etſaon.
Tu y demeureras vne année. Tehonditahon eſcate, outtichiaye.
Tu reuiendras à midy, reuien à midy. Inkieke auhathan teſſey, inkieke teſſey.
Quand tu reuiendras, l’eſté. Tetiſquoy houeinhet.
Tu reuiendras deçà. int. Garo teſſey.
Il reuiendra. Etchet.
Il ſera demain icy, il reuiendra demain. Achiétecque condéaon, Achieteq etſaon.
N. Reuiendra-il deçà ? N. Garo téthretandet.
Reuiendra-il ? Tetché.
Il n’y dormira qu’vne nuict. Eſcate tarontahouy.
Apres l’hyuer les N. arriueront, retourneront. Teſquathrate téahon N.
Ie ne reuiendray pas. Eatanontakie.
Tu ne reuiendras pas. Satanontakie.
Il ne reuiendra pas. Atanontakie. Pl. idem.
Nous ne reuiendrons pas. Atagontakie.
Ie demeureray auec toy à Kebec. Atoutaréque ſéchithon.
Riche, estre riche.
Ie ſuis riche. Oukihoüen.
Tu es riche. Sakihoüen.
Il eſt riche. Oukihoüen.
Tu es puiſſant. Saki.
Les ames de N. ſont riches. Okihouey atiſken N.
Rire.
Ie ris. Aeſquandi.
Tu ris, int. Saſquani.
Il rit. pl. Aeſquanni.
N. eſt vn rieur, vn jouial, eſt jouiale. N. Haronyhouenne.
En es-tu, en ſeras-tu content ? Onuoiſſan.
Riuiere, Lac, & des accidens.
Riuiere, la riuiere. Eindauhaein.
Ruiſſeau. Entſeintaqua.
Mer, la mer. Gontarouenne.
Lac. Gontara.
Le Lac n’eſt pas gelé. Ouhaittoya.
Il n’eſt pas encore gelé, int. Aſſon téandeſcoiſſe.
Il eſt gelé, Ondeſcoye.
Il eſt gelé, dur, ferme, eſpais. Ondiri andisque, atantſi andisque.
N. eſt noyé. N. Hauſquoha.
Le Canot s’eſt renuerſé. Etuhoixhria gya.
Ton Canot eſt-il plein, eſtes-vous chargez ? i. 3. per. Yguenhiyguendi.
Qu’eſt-ce qu’il y a dedans, de quoy eſt-il remply ? Tautein yuhoite.
Il n’eſt pas plein, elle n’eſt pas pleine, il n’y a rien dedans. Stan yuhoite.
Rompre, Rompu.
Tu as rompu la porte. Onné haronkiayé andoton.
L’aleſne eſt rompue. Tachomatakiaye.
Il eſt rompu. Chonkiaye aquakia.
Ie le romps, ie le rompray. Aeinkiaye.
Il a rompu. Haronkiaye.
Romps-le. Seinkia.
Rompre. Taeinkia.
S’aſſeoir.
Aſſieds-toy. Sakieiu.
Tiens-toy là. Cato ſakiein.
Vien icy, vien t’aſſeoir icy. Adſa caſakiein.
Va t’aſſeoir de ce coſté-là, de ce coſté-cy. Comoté ſakiein, Como té ſakientaque.
Va t’aſſeoir en vn autre lieu. Hoüatſiſakienta.
Vien t’aſſeoir. Auoitſé ſakientaque.
Aſſieds-toy deçà, vien t’aſſeoir deçà. Garo ſakientaq, chakientaque.
Aſſieds-toy au milieu. Sakiatanon.
Aſſieds-toy aupres de moy, 3. per. Sadtchandien, Sathrahandihet.
Aſſieds-toy, retire-toy plus de là contre le bord. Sakiathraha.
Retire-toy plus delà. Sakietaxra.
Enfant, aſſieds-toy. Chiaſakien.
Tu viendras, viens-y t’y ſeoir. Tochiakiein.
Prenez tous place. Saqueixron auoiti.
Où veux-tu que ie me mette ? Annon motè akiein.
Me ſerray-ie là ? Totqyakiein.
Fois-moy place. Sakiesque.
Ie me mettray auprès de toy. Kiadtchanien.
Sçauoir au vray.
Ie ſçay cela, ie le ſçay au vray. Condinéxratoüoin, Eindi axratouoin.
Ie ne le ſçay pas, ie n’en ſçay rien au vray. Téounixratouhoin.
Tu le ſçois bien au vray, int. Sandinexratouoin.
Tu ne le ſçois point au vray, int. Danſtan teſcoinnixrattouhoin.
Ne dis point autrement que la vérité. Enonſanixratouhoin.
Saigne-moy. Stinonakiaffe.
Serrer, cacher, & à mettre.
I’ay ſerré la bague. Téhoüenforet ohuiſta.
Serre-le, cache-le. Ontaceti.
Il ne veut pas, il se cache. Téharasse atacéta.
Serre-le, cache-le. Ontacéti.
Le voilà, ie le remets, ie le remets là, le mettray-ie là. Caito, Cato.
Ie l’ay laissé là, 2. per. Ca aeinta.
Le laissez-vous là à N. C aeinta N.
Dans quoy le veux-tu mettre ? Kiotiuhatate, Totiuhatate.
Tu le serres là, serre-le là, c’est là, est-ce là où tu le serres ? Condasarhousti, Satirhousta, Sarhousta.
C’est pour serrer, pour mettre la hache. Atouhoin arèsta.
C’est pour serrer du petun. Ahoüanhouan terosta.
C’est pour mettre, serrer du bled. Atirhousta onneha.
Pour mettre, pour serrer des canons (se sont des longues patinotres à se parer). Anontatsé hoirhousta, Outérousta.
Pour serrer des gruës. Tochingo garhontaque.
C’est pour mettre, ils mettront la chaudiere dans la terre, sous la terre. Andidatsonthraque ondechon anoo.
Layette, ou coffret d’escorce à ferrer, à mettre, pour porter N. Ayaonsechien N. atirousta.
S’estonner.
Ie m’estonne, ie m’en estonne. Tescanyati.
Ie m’en eſtonne grandement. Kiatonnetchontan teſcanyati.
Il y a long temps que ie m’en eſtonne. Toſkéiatihouati.
Seul, eſtre seul.
Ie ſuis ſeul. Aonhoua.
Tu es ſeul, int. Sonhoüa.
Il eſt luy ſeul, luy ſeul, int. Aonhoüa.
Ç’a eſté toy ſeul, toy ſeul, int. Sonhoüa.
Et les autres. Ondoüa.
L’autre. Hoüa.
Encore. Hoüato.
Soif, auoir ſoif, boire.
I’ay ſoif. Ahixrat.
Tu as foifj int. Saixrat, Achixrat.
Il a ſoif, int. Chixrat.
Ie dis que i’ay ſoif. Ayonuoixhraſe.
Donne i’ay ſoif, 3. per. To ahixrat.
Il boit. Achixrat.
Tout eſt beu. Auoiti èy. Auoiti ahixrat.
Songer.
I’ay ſongé. Ouatchaſqua haquiey.
Tu a ſongé. Sachaſqua.
Il a ſongé qu’il luy falloit vne medecine, ou quelque drogue pour eſtre guery. Athraſqua, ou Aeſthraſqua atetſan énonquate.
Qu’as-tu ſongé, qu’auois-tu ſongé ? Tontautein ſathraſqua.
Sortir, faire ſortir dehors.
Sortez. Tſiaguenha.
Sorts dehors. Dyo aſtey.
Va t’en, ſorts, p. Aſſéni.
Dehors, enfans. Atſiſaenha.
Ne ſorts point, pl. Etnon tſiaguenha.
Qui eſt dehors. Tſiniſtey.
Temps, ſaisons, diuerſité de temps.
Le ſoleil luyt. Oracouo, Oracot, Andicha.
La lune eſclaire la nuict. Ouracot aſſontey.
Il ne fait pas encore de ſoleil, de lune. Aſſon ondiché ainhouy.
Il ne luit pas. Téhouracot.
Il fait chaud, il fera chaud. Otarixaté.
Il fait doux, il fait beau temps. Ondénon, Nan éandénon.
Le temps eſt beau. Haronhiaté.
Le temps n’eſt pas beau. Danſtantéharonhiaté.
Le ciel eſt couuert. Tſirattaé.
Il va plouuoir, ſu. Oſandote.
Plouuera-il ? Yondotte.
Il ne pleut pas encore. Aſſon téondot.
Il pleut. Onan yondot, Nan ondotte.
Pleut-il point icy ? aff. Teſcoiſancoignon, Teſuoiſanoncoignonque.
Il vente. Yocoiſſe.
Le vent vient de ce coſté-là. Comote yoquoiſſe.
Le temps eſt au froid, il fera bien toſt froid. Onhouatoraté.
Il fait froid. Nan eſquatorate, Ottoret, Ottoret nha.
Il fait vn fort grand froid. Ottoretokioton, Kiottoret.
Il ne fait pas froid. Danſtan téotoret.
Il neige. Eangoiha, Nan eſquangoiha, Ononſa angoiha.
La neige commence à couurir la terre. Deuoinchate.
La neige eſt ferme. Auoincha.
La neige voltige en pouſſiere. Tyaerxa omenta.
Il neige & vente. Agnouhointaſſé.
Le vent eſt tourné au contraire. Quieuquaſqua.
Tenir.
Tien bien cela. Tayeingoy.
N. Tien bien cela, empoigne cela. N. Noſquithran.
Terre, la terre, pierres, &c.
La terre, le monde. Ondéchra, Ondéchraté.
Toute la terre, tout le monde. Ondéchrauoiti.
Terre, de la terre. Ata.
Sable. Adecque.
Pierre. Ariota.
Caillou. Statſi, Tatſi.
Roche. Reinda.
Iſles. Ahoindo.
Montagne, montagnes. Quieunontoute.
Vallée, vallées. Quieunontouoin, Onontonoin.
Champs, iardins. Otiancouy, Hoüancouy.
Foreſt. Harhayon.
Chemin. Hahattey.
Tirer quelque chose, Tirer arquebuſe.
Tire, tire-le. Satirontan.
Tire, frappe, touche fort. Sacoichoton.
Tire-la dehors. Taaingyonrauha.
Ils, elles le tirent. Aquoichoton.
Ne tire pas, ne le tire pas. Enonſatirontan.
Vuyde-la_, tire-la dehors. Yoſettaqua.
Tire l’arquebuſe, tire la paille., &c. Chieſtoncouy.
N. tire, vien tirer. N. Chieſtoncouy.
Il te va, il te veut tirer. Téyandiyaton.
Elle eſt chargée, int. Hiuhoite.
Vas-tu tirer de l’arc ? Tetiaca.
Fort, fais fort. Tehondi, Sacoichoton.
Tomber, choir, lutter.
Ie ſuis tombé. Ayatarha, Aytarxa.
Tu es tombé. Saytarha.
Il eſt tombé. Aytarha.
Ie tomberois. Aytaraha.
Ie fuis presque tombé. Aytaraſca.
Il tombera. Setcoiſſanha.
Il tomba, il eſt tombé. Achitarha, Aintarha.
Il eſt bien employé. Chitahetque.
Vien, valuiter. Satakiendaon.
Touſſir.
Ie touſle. Aſaata.
Tu touſles. Saſaata.
Il touſſe. Aſaata.
Touſſir. Saatandi.
Traiter, eſchanger.
Que veux-tu traiter ? pl. Tautein ſquataninon.
Veux-tu traiter cela ? Quiataninon nécha.
Qu’auez-vous à traiter ? Toutatiſaein.
Monſtre ce que tu veux traiter. Aquataninon ſoutaſca.
Tu en voulois traiter auec N. N. Sataninonhon.
Qui vous a traité la cueillier ? Sinan ſquataninon dégaera.
Qu’as-tu traité ? 3. perſonne. Tautein ataninon.
Tu as traité cela, int. pl. Sataninon, Squataninon.
Ie le veux traiter. Taninonhet.
Ie veux traiter d’autre N. Houataninon N.
Ie ne veux point traiter auec toy. Hoüarito éni aténinon néſa.
Ie traiteray auec celuy-là. Conna ihenchon éni aténinon.
Ie l’ay traité. Ataninon, Anhatatinon.
Il ne les traita pas. Stan quenonontaiein.
Tout eſt traité. Aninonnen.
C’eſt bon marché. Yatanonnan.
Ouy certes, cela eſt bien, c’eſt bon marché. Aſſonchien yatanonnan.
Tout eſt finy, il n’y en a plus à traiter. Houatatontaſſe.
Tuer, faire mourir.
Il faut, il faudra mourir. Coiſſan.
Dans peu de temps on tuera, on fera mourir les N. N. Tſondianica ahonmachien.
On les tuera, fera bientoſt mourir. Tſondianica, rouatichiaye
On n’a pas encore fait mourir, exécuté, mis à mort les N. Aſſon téhouatichiaye N.
Il y a beaucoup de morts à N. Ahonſſein N.
Cela eſt bien que nous mourions, qu’il faut mourir. Onnienné coiſſan.
Nous mourrons, nous allons mourir. Nécoiſſein.
Nous ne mourrons point, int. Stan técoiſſein, Ennoüaſſen.
Vous ne mourrez point. Danſtan téeſcoiéonchey.
Donnez-moy deux coliers de preſent. Tauhaſtanquaſe téni acharo.
Veoir, regarder.
Ie voy, ie l’ay veu. Eeain, Yéein, Agayein.
Tu vois, tu l’as veu. Echéein, Acheain, Sachéain, Sachégayein.
Il l’a veu. Ahoguein.
Ouyie l’ay veu, Agyeain, Aguienxhey.
Ie le verray demain. Achietecque etgayet.
Ie voy, que ie voye. Acaquoy.
Ie voy bien M. Quieuxrati M.
Ie ne voy point, ie ne l’ay point veu. Téeain Danſtan téaein, Téayein.
Ie ne voy point. Téacoiche, Téaquoica, Téacoiſſa.
Ie n’y voy plus (il eſt nuict). Tauoinrata.
Ie ne ie verray point. Téonquieuxrati.
Ie verray bien toſt. Onhoüa eon, quieuxrati.
Ie l’iray voir. Acanſéhet, Acanſéha.
Ie vous vay voir. Acatanna, Acatandet.
Ie regarde là. Catééndha.
G. Me regarde. G. Titaendha.
L’as-tu veu ? aff. Etchéain, Etgayein.
Vien voir, regarde. Sacaquoy.
Va les voir, int. Chéacanſeha.
Venez le voir, le viendrez-vous voir ? Eſquacanſéha.
Vien, va, allez, venez voir que c’eſt là, vous les verrez. Aſcaquaqua, Eſcaqua.
Regarde (admiration). Sandé.
Regarde voir. Sanhéha.
Tu le verras demain. Achietecque achigayé.
Tu regardes M. M. Tichiendha, M. Chatéaendha.
Auez-vous pas encore veu des Y. Aſſon tehonhouatiein. Y
Y as-tu point encore regardé ? Aſſon teſcacaquoiche.
L’as-tu point veu ? Teſkéanki.
Tu ne me regardes point, tu ne le regardes point. Téchiendha, Teſquéndha.
Tu ne vois point, tu ne l’as point veu, int. Técheain, Téſaein, Téaein.
Tu ne regardes point, tu ne vois point. Téſacacoye.
Tu as mal aux yeux, tu ne vois pas, int. Séaquoica, Chéacoiſſa.
Il les eſt allé voir Acanſéhon.
Ils vont voir, ils y vont voir. Acatandet.
Les Ch. ne voyent pas encore. Aſſon téacacoiche Ch.
N. ne regarde point A., ne le regarde point. N. Téaendha A.
Vn N. l’a veu. N. Sauhaein, Onuhaein.
Les N. ont veu. Yoſcaha, Onuhaeinq yoſcaha.
Ils ont eſté voir. Yoſcaha, Onuhaeinq yoſcaha hixret.
Ie ne l’ay point veu. Téhoüachondatéret.
Vien, Viendra, Venu.
Ie vien de N., 3. per. N. Tontarhet.
Ie vien de loin, 3. per. Dehérein tontareht.
Tu viens de loin, int. Déherein chatontarey.
Il vient de N. N. Atontarahet.
N. vient. N. Niſket, N. Nichet.
Il vient, il reuient. Natontarhet.
Regardez, allez voir, voyez s’ils viennent. To ſaſſeindi.
Voicy N. qui vient, qui arriue. N. Chonontarhet.
Vn François vient d’arriuer. Agnonhaque vhahahon.
Les Algoumequins arriueront demain. Achietecque aation aquanaque.
Ne venez point icy. Etnon tſiquaon, Nétiſquaon.
Viendras-tu ? Tochiey.
Viendra-il deçà ? Garo tettandet.
Viendront-ils auiourd’huy ? Onhoüa teſtandet.
Viendront-ils, viennent-ils ? aff. Eſquatontarët.
Il viendra demain, pl. int. Achi etſaon, ahation.
N. Viendra demain. N. Achi etſahon.
Ie fuis venu. Onnen eſquoiein, Neſquayon.
Tu es venu, int. Neſiſahon, Netiſaon, Niſet
Il eſt venu, int. Niſaon.
Nous ſommes venus icy. Cahouttion, Ca ichenouttion.
Dis à N. que ie ſuis venu. Sihon N. onétiſahon.
Me voila, je ſuis venu. Onnen eſquoiein, Eſquoion.
Ie vins hier. Chetecque etquaon y Chetecque eſquaon Achietecque aſayon.
Ie fuis arriué auiourd’huy. Onhoüa hanon.
Quand es-tu venu ? Nanhouey ſahon.
Tu viens d’arriuer auiourd’huy, depuis peu, int. Onhoua ſachion, Onhoua ahon.
Tu es venu trop tard, il eſt ſoleil couché. Onanhourac tékiandet.
Tu n’es point venu. Danſtan teſquation.
Ta tante eſt venue. Itſohon déſarha.
N. eſt venu. N. Néchiſahon.
N. eſt venu auiourd’huy. N. ſahon onhoua.
M. n’eſt pas encore arriué, n’eſt pas encore de retour 3 pl. M. Onaſtatein, Aſſon téſaon, Téſoution, téhoution.
Il n’eſt point venu, arriué. Tehanon, Danſtan téſaon.
Les N. ne ſont pas venus de loin. Déhérein ſontaeindey N.
Il n’eſt pas encore venu de loin. Aſſon déhérein ſontarey.
Il n’eſt pas venu, arriué. Stan téhoon.
Il y a longtemps qu’ils ſont là. Hoüati aondénon.
N. demeure long temps. Outtiniany N.
Il eſt arriué, entré auiourd’huy. Onhoüayon.
Ils ſont, ils y ſont arriuez. Onnen tſiſaon.
Ils ſont tous venus, il y a long temps. Houati atihéron.
Vous ſoyez les bien venus. Outtougueinti eſquation.
Vous ſoyez le bien venu, mon frère. Ataquen attouquentiottiſaon, Totàterononcoignon.
Il y a long temps que ie ne ſuis venu icy. Hoüati tachietéquandataron.
Ie vous viens voir, ie vous iray voir en voſtre Cabane. Quaquieronnoſcon.
Vas-tu voir, viſiter quelqu’vn ? Eſtataret.
Ne nous reuien, ne les reuien plus voir. Tatiſquandatara.
Viande, mangeaille.
Chair. Auhoytſa.
Chair, ou poiſſon, viande, Oxrité.
Poiſſon. Ahointa.
Graiſſe. Oſcoyton, Noüytet.
Huyle. Gayé.
Pain. Andataroni.
Petits pains boüillis. Coinkia.
Bled pilé. Ottècha.
Sagamité. Ottet.
Bled roſty. Neintahouy.
Farine de bled grillé & ſa ſagamité. Eſchionque.
Le gros acointa deſchion que. Harota, Atoharota.
Le menu deſchionque . Ondea.
Les gros pois d’Ottecha. Acointa.
Nos pois communs. Arcointa.
Eſpics putréfiez. Andohé, Andohi.
Onguent, toutes choſes médicinales. Enonquate.
Cuit. Youri.
Crue. Ocoche.
Village, au village.
Ville, village. Onhiay, Carhata, Andata.
Où eſt ton village, ta demeure ? Anan eſquandaret.
Y en a-il beaucoup en ton village, de ton village ? Kequanne eſquantindaret.
Vas-tu au village ? Onhiayſachetannet, Chietandet, Ettandet.
As-tu eſté, viens-tu de voir par le village ? aff. Andataronnen,
Qu’eſt-ce que tu as eſté querir au village ? Toutautein ſahoüa onnen onhiay.
Tu ne viens point voir au village. Teſtataret onhiay.
Il eſt dans le fort, dans la ville. Andatagon.
Il eſt allé au village. Andaton axret.
Il eſt allé voir, viſiter au village. Andataron.
N. vient de voir au village. N. Ondataronhiay.
Il eſt à Toenchain P. Toenchain Niſiheinchon Yheinchon.
Viſiter, viſite.
Ie te vien voir, ie te vien viſiter. Andataret.
Ie t’iray voir. Eindi teindatara.
Atten, ie t’iray viſiter. Sahouen tétatara.
Ie te retourneray voir à midy. Inkieque auhathrey tétatara.
Ie te vay viſiter, vien-t’en. Andataran ſeindiha, ouſeindihet.
Il y a long temps que ie ne te ſuis venu voir, 3. per. pl. Hoüati tédatara.
Tu ne me viens point voir. Téſtatara.
Vien-moy voir. Statara, Eſtatara, Eſtataret ſeindihet.
Tu me viendras demain voir. Achietecque téſtatara.
Vouloir, ne vouloir.
Ie veux, ie veux bien, 3. per. Ourandi.
Tu veux, tu veux bien, int. Sarandi.
Ie ne veux, 3. per. Téourandi.
Il ne me plaiſt point, 3. per. Stan téaraſſe, Téharaſſe, Téhatiraſſe, Techatſé.
Ie ne veux point, ie n’en feray rien. Hoüarito.
Ne veux-tu point ? aff. Téſarandi.
Il ne te plaiſt point., tu ne veux point. Técoiraſſe.
Il ne vous plaiſt pas, 3. per. Teouhatiraſſe, Téſcoiraſſe, Téhatirachet.
Ne veux-tu point ce que ie te donne ? aff. Chicheingyaye.
Toy, ne le veux-tu point ? Iſſa chicheingyaye.
Ils veulent bien. Hatiraſſe.
Il ne veut pas. Danſtan téhoüattixra.
Yoſcaha.
Il eſt au Ciel. Haronhiayeyeintchon.
Il eſt là haut au Ciel. To iheintchon achauoy haronhiaye.
Il a ſa grand mere Ataenfique. Achotachien Ataenſique.
Les ames des defuncts n’endurent point. Téchatorha atiſkein ahenheé.
Les ames ne mangent point. Tezcoiche, Téhache atiſkein.
Le Diable en a peur, a peur de cela. Oki atandique.
Le Diable ne craint point les Hurons. Oki téatandique déhoüandate.
Les François ne craignent point le Diable. Tehoüatanique otignonhaque oki.
La demeure du Diable eſt ſous la terre, dans la terre. Oki ondaon ondechon.
La demeure d’Yoſcaha eſt loin d’icy. Néhérein yeintchon Yoſcaha.
Les Neutres ont veu Yoſcaha. Onuhaeinque Yoſcaha attiuoindaron.
Ils ont eſté voir Yoſcaha. Onuhaeinq Yoſcaha hixret.
Ie fuis ſon parent, il eſt mon parent. Onnehonque.
Il eſt parent de tous ceux de la terre, de tout le monde. Ondéchrauoiti onnehon.
Les ames ſont parentes de Ataenſique. Onnehonque atiſkein Athenſique.
Les ames de Ataenſique ſont riches. Okihoüeyatiſken Ataenſique.
Les ames dancent auec Ataenſique. Ataenſique oüadhauhandique atiſken.

TABLE
des
CHOSES LES PLVS REMARQUABLES
L’ORDRE ALPHABETIQUE.
La pagination de l’ancienne édition est en chiffres ordinaires ; celle de la nouvelle, en chiffres elzéviriens.
La première partie contient les pages 1-295. — 1-206.
La seconde partie contient les pages 296-380. — 207-268.
A
Aigles. 300. — 212.
Algoumequins. 342. — 241.
Ames (Des) apres le trespas, selon les Hurons. 232, 233, 234. — 162, 163.
Arbre appellé Ameda, d’vne admirable vertu. 270. — 188.
B
Baleines. 24, 25, 26, 40. — 17, 18, 28.
Banc à vers. 33. — 23.
Banc (Grand). 31. — 21.
Baptesme d’vne Huronne. 258, 259. — 180.
— de deux Canadiens. 240, 241, 242. — 167, 168.
Barbe odieuse aux Hurons, qui n’en portent. Les Romains n’en portoient point aussi. 180 et suyuans. — 125.
Bled, façon de le semer, recueillir et accommoder parmy les Sauuages. 134, 135. — 92, 93.
Bled (Diuerses façons d’accommoderle) pour le manger. Du Bled puant. 140, 141. — 97.
Bois, Peuple. 75. — 51.
C
Cabane des Peres Recollets au païs des Hurons. 95, 96, 99, 100. — 65, 66, 68.
Canadiens. 47, 195. — 33, 136.
Canots des Hurons 129. — 89.
Cap Breton. 34. — 23.
Cap de Tourmente. 52. — 36.
Cap de Victoire, ou Massacre, dit Onthrandéen. 59. — 40.
— Sa situation. 60, 61. — 41, 42.
Capitaines Sauuages. 196, 197. — 137, 138.
— Se disent freres du Roy. 198. — 138.
Capitaines ou Généraux d’armées. Voyez Guerre.
Cardinales, fleurs. 55. — 38.
Caribous. 309. — 218.
Castor. 319, 320, 321. — 225, 226.
Chasse du castor. 321, 322. — 226, 227.
Chair humaine mangée par les Sauuages. 217, 218. — 151, 152.
Chansons. 157, 158. — 109, 110.
Chant. Les Sauuages ayment le chant. 235, 236. — 164.
Chanterie de malade. 75, 76, 236. — 51, 52, 164.
Chanure. 332. — 234.
Chardonnerets. 298. — 210.
Chasse (De la) des Sauuages Hurons. 128. — 88.
Chat sauuage. 307. — 217.
Chaudière de bois. 142. — 98.
Chausse de Tortuë, plante. 335. — 236.
Cheueux-Releuez, peuple. 77, 78, 79. — 53, 34.
Chiens. 310. — 219.
Chiens (Des) de chasse. 128. — 88.
Cimetière des Canadiens. 287. — 200, 201.
Conseil des Sauuages, de la seance de leurs conseillers. 198, 199. — 138, 139.
Couuent des Peres Recollets, sa situation et édification. 55, 56. — 38.
Coqs d’Inde. 301. — 212.
Corbeaux. 303. — 214.
Couleuros. 324. — 228.
Croyance et foy des Sauuages, touchant Dieu le Createur. 225 et suyu. — 157.
Croyance des Hurons. 258 et suyu. — 159.
— touchant les ames apres le trespas, 225, 233, 234. — 157, 162, 163.
Croyance des Hurons touchant certains esprits qui dominent en diuers lieux. 231. — 161.
— d’vn rocher qu’ils ont en veneration. 231,232. — 161, 162.
— Opinions ridicules des Sauuages. 250, 251. — 174, 175.
— Où ils croyent que le Soleil se couche. 251. — 175.
Saincte-Croix. 59. — 40.
D
Danses à diuerses fins. 150. — 104.
Danses (Des dispositions et ceremonies des), et de la façon de danser. 151 et suyu. — 104.
Danses ordonnées pour la recreation et guerison des malades. 150, 151, 154. — 104, 107.
Diable. Qu’il dit quelques fois la verité. 266. — 185.
Dorade, poisson. 27, 28. — 19.
E
Eau, cheute d’eau admirable. 364. — 256.
— Trainées et boüillons d’eau. 353. — 249.
Échos admirables. 52. — 36.
Einchataon. 317. — 223.
Elephans de mer. 37, 38. — 25, 26.
Enfans, de l’amour des peres et meres Hurons enuers les enfans. 167, 168. — 116, 117.
— De leur nourriture. 168, 169. — 117.
Enfans. De leur endurcissement à la peine. 171, 172. — 119, 120.
— Ne succedent point aux biens du pere. 172. — 120.
— De l’exercice des ieunes garçons et des ieunes filles. 174 et suyu. — 121.
Enfans du Diable. 308. — 217.
Épicerinys ou Sorciers, peuple, dits Squekaneronons. 62, 73, 74, 108. — 42, 49, 50, 74.
Escureux en grande quantité. 260, 261. — 181, 182.
— de trois sortes. 305, 306. — 215, 216.
Eslans. 308. — 217.
Esprits particuliers en grand respect parmy les Sauuages. 225, 230, 231. — 157, 160, 161.
F
Femmes et filles ayans leurs flueurs et mois. 78, 79. — 54.
Festins et conuiues : comme les Sauuages y vont, mot du festin. 144 et suyu. — 99.
Festin de guerre. 149, 150. — 103, 104.
Festin des ames. 283. — 197.
Feu, inuention de tirer du feu auec des petits bastons. 69, 70. — 47, 48.
Filles Huronnes, de leur exercice. 176, 177. — 122, 123.
Filles qui ont le nez coupé. 178. — 124.
Flettans, poisson. 31. — 22.
Foy (De la) ou croyance des Hurons. Voyez Croyance.
Forest de Pins. 348. — 245.
Fouquet, ou Happefoye, poisson. 29, 30. — 20, 21.
François dissolus. 177, 178. — 123, 124.
Froment sauuage. 114. — 78.
Funérailles, ceremonies des Sauuages pour enseuelir les deffuncts. 282 et suyu. — 197.
F
Gabriel Sagard, Recollet, Auteur de cet œuure, son depart de Paris pour aller en Canada, son embarquement : et des accidents et rencontres qui luy arriuerent sur mer. 7 et suyu., 61 et suyu., 70, 71, 73, 82 et suyu., 92 et suyu. — 6, 41, 48, 49, 50, 56, 63.
— Son depart des Hurons pour descendre en Canada. 336 et suyu. — 237.
— Des peines, trauaux, afflictions et hazards qui luy arriuerent en son voyage. 339 et suyu. — 239.
— Déclaré Maistre et Capitaine des canots. 355. — 250.
— Son arriuée à Kebec. 374, 375. — 263, 264.
— Son depart de Canada pour reuenir en France. 375 et suyu. — 264.
Gays, oyseaux. 299. — 211.
Gaspé. 39, 40. — 27.
Gibar, espece de Baleine. 24 et suyu. — 16.
Godet, oyseau. 29, 37. — 20, 25.
Grand’ feste des morts. 290 et suyu. — 202.
Grenouilles. 325. — 229.
Gruës. 302. — 213.
Guerre : Capitaines ou generaux d’armées. 200, 201. — 139, 140.
— Festin de guerre. 202. — 141.
— Que les guerres des Sauuages ne sont que surprises et deceptions. 202, 203. — 141, 142.
— Viures qu’ils portent en guerre. 203, 204. — 142.
Guerre. Signal de guerre. 207. — 144.
— De leurs fortifications. 208, 209. — 145, 146.
— Inuention pour obtenir secours en guerre. 211. — 147.
— Des prisonniers de guerre, et de la cruauté que l’on exerce contr’eux. 212 et suyu. — 148.
— Des femmes et filles prisonnières de guerre. 213, 214. — 148, 149.
— Suiet de guerre. 219, 220. — 152, 153.
Guillaume, poisson. 36. — 25.
H
Happe-foye. Voyez Fouquet.
Harang. 50. — 34.
Honqueronons, nation. 354 et suyu. — 249.
Huile de poisson. 254. — 177.
Hurons , comment se gouuernent allans en voyage, et par pays. 61 et suyu. — 41.
— De leur coucher. 63, 86, 87. — 43, 59.
— Leur façon de viure. 85, 86. — 59, 60.
— De leur langue. 87, 88. — 59, 60.
— Ennemis des Yroquois. 90. — 61.
— Affligez, principalement les femmes, d’illusions et representations diaboliques. 91. — 62.
— Façon de se saluer. 106. — 72.
— De leur haine et vengeance. 107, 108. — 73, 74.
— Situation de leur pays. 113. — 78.
— Diuersité de Prouinces, et des Villes et Villages. 115. — 79.
— Nombre du peuple. 116. — 80.
— Des Villes frontières. Là mesme.
— Transport des Villages. 117. — 80.
Hurons. De leurs cabanes, de leur coucher ordinaire et chauffer. 118 et suyu. — 81.
— De leur exercice ordinaire, tant des hommes que des femmes. 122 et suyu., 130, 131, 132. — 84, 90, 91.
— De leurs voyages, et par mer et par terre. — 126, 127. — 87, 88.
— De l’hyuer, comment ils le passent. 128. — 88.
— Comme ils defrischent, sèment et cultiuent les terres, comme ils accommodent le bled et les farines : et de la façon d’apprester leur manger. 133 et suyu. — 92.
— De leur forme, couleur et stature, et comme ils ne portent point de barbe. 179 et suyu. — 125.
— De leurs conseils et guerres. Voyez Conseils et Guerres.
— Richesses du pays. 335, 336. — 236, 237.
— De leurs enfans. Voyez Enfans.
— De leur thresor. 370. — 261.
I
Ieu des Sauuages Hurons. 122 et suyu. — 84.
Ignierhonons. 60. — 41.
Ioseph (Le P.), Recollet. 61, 93 et suyu. — 41, 64.
Isle aux oyseaux. 35. — 24.
Isle (L’) d’Anticosty. 43. — 30.
Isle aux allouëttes. 50, 51. — 34, 35.
Isle d’Orléans. 52. — 36.
Isle tremblante. 71. — 49.
K
Kebec, maison des marchands en Canada. 54. — 37.
L
Labourage de la terre par les Hurons. 133 et suyu. — 92.
Lac Sainct-Pierre. 59. — 40.
Lac des Epicerinys. 344, 345. — 242, 243.
Lapins. 307. — 217.
Larrecin. Sauuagesse diuinement punie, pour auoir desrobé vn cachet. 248, 249. — 172, 173.
Laurens (Sainct-), fleuue. 43, 44. — 30, 31.
Lonouoyroya. 280, 281. — 195, 196.
Loup-marin. 50. — 34.
Loups communs et ceruiers. 307. — 217.
Lys incarnat. 335. — 236.
M
Malades, chanteries et ceremonies pour la guerison d’un malade. 75, 76. — 51, 52.
— Charité des Sauuages enuers les malades. 155, 156. — 107, 108.
— Danses pour leur consolation et guerison. 150, 151, 154. — 104, 106.
— Des assemblées de filles autour du malade. 158, 159. — 110.
Malades, de la cure et pensement d’iceux. 75, 76, 236, 264, 265 et suyu. — 51, 52, 164, 184, 185.
Malades de maladies sales, séparez du commun. 273, 274. — 190, 191.
Maladies de furies. 277 et suyu. — 193.
Maquereau, poisson. 315. — 222.
Margaux, oyseaux. 37. — 25.
Mariage (Du) et concubinage des Hurons, et des ceremonies de leurs mariages. Grande liberté des hommes auec les femmes, et des ieunes hommes auec les filles. 160 et suyu. — 111.
— Degrez de consanguinité gardez par eux. 163. — 113.
— Du diuorce et separation du mary et de la femme. 164 et suyu. — 114.
Marsoins blancs. 51. — 35.
Martagons, fleurs. 55. — 38.
Médecins des Sauuages. 75, 76, 236, 264, 265. — 51, 52, 164, 184, 185.
Médecins Magiciens. Là mesme.
— Ceremonies estranges pour la cure des Malades. 76. — 52.
Menestres de plusieurs sortes. 138, 139. — 95, 96.
Mer douce, de sa grandeur. 259. — 181.
Moineau-moucheron. 296, 297. — 209, 210.
Monts-Nostre-Dame, cérémonie des Matelots arriuans en ce lieu. 42. — 29.
Mousquites. 56, 64, 303. — 38, 44, 214.
— De leur importunité. 72. — 49.
Muguet. 332. — 234.
N
Neutres, nation. 209, 210, 211. — 146, 147.
— ennemis mortels des Yroquois et Hurons. 211. — 147.
Nicolas (Le P.), Recollet. 73, 92, 361 et suyu. — 50, 63, 254.
Noyers. 328. — 231.
O
Oygnons. 330, 331. — 232, 233.
Oyseau blanc. 298. — 210.
Oyseaux de diuerses especes parmy les Sauuages. 296 et suyu. — 209.
Oki, que signifie. 230, 231. — 160, 161.
Opinions ridicules. 250, 251. — 174, 175.
Ottay. 308. — 217.
Ours blancs. 43. — 30.
P
Pain, façon d’en faire parmy les Sauuages. 136, 137. — 94, 95.
Papillons en grand nombre. 361. — 254.
Parens tuez et faits mourir, quand ils sont trop vieux. 275, 276. — 192, 193.
Perdrix. 303. — 214.
Pesche (De la). 252 et suyu. — 176.
Pleurs pour les defuncts. 283, 284. — 197, 198.
Pluye cessée miraculeusement. 242 et suyu. — 169.
Poires. 329. — 232.
Pois sauuages. 114. — 78.
Poissons (Des) et bestes aquatiques. 314 et suyu. — 222.
— Ceremonies qu’obseruent les Sauuages quand ils vont à la pesche. 252. — 176.
— Superstition touchant les arretes du poisson. 255 et suyu. — 178.
Predicateur de poisson. 257, 258. — 179, 180.
Petits Poissons. 317. — 223.
Poisson armé. 318. — 224.
Pommes de Canada, ou Canadiennes. 330. — 232.
Pots de terre, et de la façon de les faire. 142, 143. — 98, 99.
Poulx. 313. — 221.
Pourceleines. 194. — 135.
Prières d’vn Sauuage qui prioit Dieu. 236. — 164.
Prisonniers de guerre cruellement traitez. Voyez Guerre.
Puces. 313. — 221.
Punition corporelle non vsitée entre les Sauuages. 220. — 153.
R
Racines de merueilleux effets. 268, 269, 270. — 187, 188.
Raquetes aux pieds pendant les neiges. 104. — 71.
Rats musquez. 322, 323. — 227, 228.
Recollets, Religieux, au pays des Hurons, de leur cabane, pauureté et nourriture ordinaire. 81, 82 et suyu., 95, 96, 99 et suyu. — 55, 56, 65, 66, 68.
Renards de trois sortes. 304, 305. — 215.
Requiem, poisson. 27. — 19.
Resurrection des morts. 289, 290. — 201, 202.
Riuiere Sainct-Charles. 59. — 40.
Riuiere Sainct-Laurens. 59. — 40.
Rocher en grande veneration parmy les Sauuages. 231, 232, 351. — 161, 162, 247.
Roses. 333. — 235.
S
Sagamité. 137 et suyu. — 95.
Sagesse (De la). 196. — 137.
Saguenay, riuiere. 45, 46. — 31, 32.
Santé, remedes pour la conseruer. 263, 264. — 184, 185.
Saut impetueux. 350. — 246.
Saut de la Chaudiere. 362, 363. — 255, 256.
Saut Sainct-Louys. 59, 367. — 40, 258.
Saut de Montmorency. 53. — 36.
Sauuages, de leur humanité. 64, 65, 83, 84. — 44, 45, 56, 57.
— De leur coucher. 63, 71. — 43, 48.
— Comment se cabanent et traitent en voyageant. 66, 67, — 45, 46.
Sauuages matachiés et peints au visage. 75. — 51.
— Suiets à mentir. 370. — 260.
— De leur naïfueté et simplicité. 378. — 266.
Sel, qu’il n’est pas necessaire à la conseruation de la vie. 98, 99. — 67, 68.
Sepulture et pompe funebre de ceux qui meurent sur mer. 16. — 11.
Sepulture des morts parmy les Sauuages. 282 et suyu. — 197.
Sepulture. Nettoyement des os des parens par les femmes, et de la fosse où ils les mettent. 291, 292. — 203, 204.
Soleil, opinion ridicule touchant son coucher. 251. — 175.
Squekaneronons. 62. — 42.
Stinondoa. 299. — 211.
T
Tadoussac, port de mer. 45. — 31.
Testes pelées, nation des Sauuages. 109. — 75.
Thresor des Hurons. 370, 371. — 260, 261.
V
Vignes. 329. — 232.
Y
Yroquois. 60. — 41.

I’ay soussigné, Ministre Prouincial des Freres Mineurs Recollets de la Prouince de S. Denys en France, veu la permission de sa Majesté et Approbation de trois Peres des plus qualifiez de nostredite Prouince, par nous nommez Censeurs, permets à Frere Gabriel Sagard de faire imprimer son Voyage ae Canada, auec vn Dictionaire de la langue des Sauuages, sous ce titre : Le grand Voyage, etc. Fait à Roüen ce 25. Iuillet 1632. sous nostre seing manuel, et seel de nostre Office.

- ↑ Le bluet ou bleuet du Canada (espèce du genre airelle), sorte d’arbrisseau qui produit une baie d’un bleu foncé, excellente à manger. (Note de l’éditeur.)