Le Japon (Gautier)/Les fêtes

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A. et C. Black (p. 38-40).

les fêtes

Les Japonais aiment à se réjouir, et tout prétexte leur est bon pour célébrer des fêtes. En première ligne viennent celles du nouvel an, où tout le peuple est confondu ; seigneurs et paysans, nobles dames et bourgeoises, pataugent à qui mieux mieux dans la neige fondue, en quête d’amusements. Elles se terminent, après un mois, par la Fête des Apprentis. On décorait les maisons de pins, de homards, symboles d’une longue vie, et d’oranges et l’on échangeait des présents. On faisait la veillée de la Saint Sylvestre tout comme chez nous, et le jour paru, au son des gongs et des cloches, on s’adressait des félicitations et des vœux de bonne année.

Il y avait encore en mars la Fête des Petites Filles, ou Fête des Poupées, et en mai la Fête des Garçons. Ce jour-là, chaque famille hissait sur le toit de sa maison, autant de poissons en papier qu’elle comptait de garçons. En juillet, on célébrait la Fête des Premières Chaleurs ; en octobre celle d’Ebisu, Dieu du Bonheur. Mais, sans contredit, les plus séduisantes sont les Fêtes de Nuit. Une des plus charmantes est la Fête des Lanternes.

De toutes parts, des lanternes multiformes et multicolores, décorent les maisons, jettent leurs lumières, et font briller les broderies, les riches étoffes des toilettes des promeneurs. Au sommet de longues tiges de bambous, alignées de chaque côté des rues, sont suspendues, tantôt de minces banderoles en soie, en papier doré, tantôt des houppes de crins, des plumets, des pompons ; ailleurs, des poissons en paille laquée, attachés par les ouïes, se balançaient au haut d’un mât. De longues bannières flottantes montrent et cachent tour à tour, selon le caprice du vent, des armoiries, des fleurs, des animaux fantastiques, brodés dans leurs plis, ou bien, immobiles, tendues sur des cadres de roseaux, laissent voir de gigantesques personnages : dieux, souverains, guerriers illustres ; ou encore, en caractères d’or, des sentences, des satires, des vers fameux. Les marchands d’objets d’art, de bronzes, d’émaux, mêlent à leur brillant étalage des armes rares, des casques, des armures toutes montées, qui prennent l’aspect étrange d’insectes géants.

À chaque moment, passent des bandes de jeunes garçons, portant sur leur épaule un grand sabre de bois laqué. De larges lames, semblables, en carton argenté, recourbées d’une façon bizarre, sont plantées de loin en loin, dans le sol, par les hampes auxquelles elles sont fixées. Ces glaives, que les enfants saluent en passant, figurent l’arme de Sioki, le héros chéri du peuple dont l’image se répète dans toutes sortes d’attitudes, sur des milliers de bannières.

Le bruit des pas nombreux, froissant le sol, forme un susurrement continu pareil à celui d’une cascade, et sur cette basse se détachent les rires, les chants, le gai tumulte de la foule.