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Le Japon intime/11

La bibliothèque libre.
Fernand Aubier, Éditions Montaigne (p. 125-139).

XI
DE LA MORALE JAPONAISE

S’il est un dogme qui résiste à tous les assauts, c’est bien celui de la vertu japonaise. Se permet-on des critiques sur la politique ou l’économie nippone :

— C’est possible, répond la voix publique, mais les Japonais sont si moraux ! C’est au Japon que survivent encore toutes les vertus traditionnelles qui firent la force des anciennes sociétés. Le seul pays demeuré de bronze contre les éléments de dissolution qui, partout, amènent la décomposition du monde. Le seul pur et même puritain !…

Sur ce thème existent d’infinies variations.

Il faudrait pourtant s’entendre. Si l’on comprend vertu au sens antique de vaillance, de courageuse ténacité, de dévouement, le Japonais est, en effet, infiniment vertueux. Il adore son pays, il vénère le Mikado, descendant direct des dieux, incarnation du pays, il leur est corps et âme dévoué, prêt à leur offrir sa vie à tout instant. Il n’éprouve pour la mort aucune crainte. Il obéit strictement au bushido, ce code de l’honneur militaire nippon, qui s’étend d’ailleurs aux civils. Toute l’histoire du Japon est tissée des sacrifices les plus sublimes, sacrifices du samouraï à son daïmio, du daïmio à son souverain et depuis l’ère de Meiji, sacrifice de toutes les classes à la gloire et à l’intérêt du pays. D’accord.

Après vingt-quatre heures passées au Japon, aucun étranger ne peut ignorer l’histoire des quarante-sept ronins. Elle est classique et même banale. On sait comment ces fidèles vassaux déposèrent galamment sur la tombe de leur suzerain la tête de l’impertinent, qui l’avait insulté ; puis, sur l’ordre du Mikado, ils s’en retournèrent chacun chez soi et, à la même heure, s’ouvrirent le ventre, avec leur grand sabre courbe. On réunit tous leurs corps sanglants et on les inhuma autour de leur seigneur.

C’est à Tokio, dans un coin de parc, à l’ombre bleue des cryptomérias géants, que se dressent les quarante-sept pierres verdies, aux caractères presque effacés. Et tout le jour, devant elles, défilent de pieux pèlerins, des ouvriers, des paysans, d’humbles femmes des campagnes, tirant leurs enfants par la main. Ils se prosternent avec respect, touchent les dalles de leurs fronts, allument devant elles des baguettes d’encens, y déposent des offrandes de fleurs et de fruits. Un des coins les plus touchants de Tokio et qui, mieux que bien des discours, révèle cet amour profond de l’héroïsme et du sacrifice, même superflu, surtout superflu.

J’ai déjà conté, ailleurs, l’histoire du commandant Kuga qui, blessé et inconscient, fut capturé par les Chinois pendant les derniers combats de Changhaï. Aussitôt guéri et libéré, il retourna sur les lieux où avait péri son général et où lui-même avait été fait prisonnier, et se brûla la cervelle. Car un officier japonais ne doit jamais tomber entre les mains de l’ennemi. J’étais à Tokio au moment de ce suicide, qui fut approuvé à la fois par le général Araki, ministre de la Guerre et par l’opinion tout entière.

Au même moment, deux théâtres et plusieurs cinémas glorifiaient le sacrifice des « trois héros de Changhaï » : trois soldats qui, dans les derniers jours de la guerre, coururent lancer une bombe dans les ouvrages défensifs de l’ennemi et se firent sauter avec eux. Leurs familles furent couvertes de gloire, d’honneurs et d’argent. Ces trois hommes ne sont-ils pas les précurseurs de ces « torpilles vivantes » pour lesquelles les autorités navales japonaises demandaient récemment des volontaires ? Le marin, lancé vers le navire ennemi pour enfoncer dans son flanc le terrible engin, sera sacrifié, et il le sait. C’est donc avec orgueil que l’état-major nippon, enregistra pour la prochaine guerre, l’offre de milliers de volontaires empressés à donner leur vie.

Le bushido, avec cet esprit de dévouement total à la dynastie et à la patrie, son désintéressement, son mépris de la richesse et des biens terrestres, a certainement sa noblesse et sa grandeur. Tout au plus, peut-on, doit-on regretter son caractère belliqueux et un peu barbare. Mais il se détache vigoureusement sur le fond de la veulerie universelle.

Les Japonais possèdent une autre vertu : la piété filiale ; assez négligée en Occident, où les parents ont plus de devoirs que de droits, celle-ci fut longtemps la vertu par excellence de l’Extrême-Orient. Elle constituait la base même de sa moralité. On devait respect, obéissance, dévouement entier aux parents, même injustes, même cruels et, par extension, aux beaux-parents. Dans l’histoire traditionnelle des Vingt-quatre parangons, modèles de piété filiale, histoire qui, paraît-il, vient de Chine mais qu’on fait encore apprendre aux enfants nippons, on trouve de cette vertu des exemples héroï-comiques, et certains plus comiques qu’héroïques. Un de ces parangons, par exemple, avait une méchante marâtre qui témoignait d’un amour immodéré pour le poisson. Un jour d’hiver, il s’étendit, tout nu, sur la surface glacée d’un étang et quand la chaleur de son corps fondit la glace, il saisit deux carpes qui étaient venues respirer à la surface, et courut les offrir à l’affreuse mégère. Un autre parangon, très misérable, résolut d’enterrer son enfant tout vif afin d’avoir plus de nourriture à offrir à sa vieille mère aveugle. Un troisième, qui n’avait que cinq ans, couchait à même le sol gelé et refusait couvertures et matelas pour les laisser à ses parents. Mais le plus drôle est, à coup sûr, cet excellent et vénérable fils qui, parvenu à l’âge de soixante-dix ans, s’habillait en bébé et faisait mille gambades et gentillesses sur le plancher pour persuader à ses parents, âgés de près de cent ans, et sans doute un peu affaiblis, qu’ils étaient encore jeunes et avaient de longues années à vivre !

Inutile de dire qu’avec l’intrusion des idées européennes, l’amour filial n’atteint plus à ces hauteurs. Le respect, comme l’obéissance, ont beaucoup décru, surtout parmi les jeunes gens qui ont fréquenté les universités étrangères. Un de ceux-ci me confiait qu’il ne partageait pas les idées de son père, ce qui, au temps jadis, eut paru d’une inconcevable audace, et qu’il avait osé se marier à son goût, sans intermédiaire ! Il ne me cachait pas d’ailleurs que sa conduite avait paru sacrilège à une partie de sa famille et que si son père, d’esprit libéral, lui avait pardonné, la plupart de ses oncles et tantes ne le recevaient plus. Enfin, il ajouta que sa femme et lui vivaient seuls et que le nombre de jeunes ménages qui n’habitaient plus, comme autrefois, la maison familiale, s’accroissait chaque jour.

On commence à citer le cas de vieux parents qui ne sont plus secourus par leurs enfants.

Et le chef de famille ne s’encombre point désormais de ceux de ses membres qui n’ont pas réussi et demeurent sans ressources : oncles vieillis et sans enfants, cousines âgées, veuves ou divorcées. Le système patriarcal a vécu. Mais aucune assistance sociale n’est venue le remplacer. Si bien que les vieillards et les malades n’ont plus qu’à disparaître…

Quant aux devoirs des parents envers les enfants, ils sont très particuliers. Et sur ce point, la morale japonaise n’est pas tout à fait la nôtre. Voici, par exemple, un fait divers que je lus, dans les feuilles nippones, le jour de mon arrivée : un digne villageois était venu à la ville pour vendre sa fille, âgée de douze ans, à une maison où elle apprendrait des arts variés, destinés à l’agrément des hommes. Après avoir dûment empoché le prix de cette bonne affaire, notre campagnard alla se détendre dans divers établissements, analogues à celui où il avait si heureusement casé sa chère enfant. Or, ce qui arrive sous tous les ciels, arriva : on lui vola sa bourse. Et les journaux de plaindre cet excellent père de famille, injustement frustré d’un gain si légitime.

Ce petit trait de mœurs m’impressionna. J’appris qu’il était courant. Car il ne s’agit pas uniquement ici de la profonde misère qui oblige certains paysans à vendre leurs enfants, comme les malheureux parents annamites qui préfèrent voir leurs petits vivre chez les autres que mourir de faim dans leurs bras. Non ; un mari, un père ont-ils des embarras d’argent ? Désirent-ils pousser leurs rejetons mâles vers d’honorables carrières ? Les femmes de leur famille leur offrent le facile moyen d’y parvenir. Et non pas honteusement, comme il arrive chez nous, mais ouvertement, ingénument. Les jeunes personnes en question, ne possèdent-elles pas de charmes suffisants pour qu’on puisse en battre monnaie ? Qu’à cela ne tienne : c’est à l’usine que le pater familias s’adressera. Il aliénera pour plusieurs années la liberté de la petite esclave et se fera payer d’avance le prix du travail de celle-ci, sans que personne songe à s’en offusquer.

Faits divers également fréquents, et dont je citais plus haut un exemple célèbre : une geisha, ou une pensionnaire de machaia, de maison de rendez-vous, s’est enfuie. Les policiers la recherchent, la retrouvent, d’ordinaire cachée chez son amant, étudiant ou officier trop pauvre pour la racheter. Elle est rappelée au respect du contrat signé par ses parents, arrachée aux bras qui voudraient la retenir, ramenée à une vie qui lui fait horreur. Et le tout finit souvent par un double suicide.

Car la liberté sexuelle, ou plutôt la licence, est profondément ancrée dans les mœurs du Japon. Côté des hommes, cela va sans dire. Le shintoïsme, comme beaucoup de religions primitives, a toujours admis le culte des emblèmes phalliques, qui est encore assidûment pratiqué. Le temple d’Honkakuji, non loin de Tokio, possède une pierre sacrée en forme indiscutable de lingam, entourée d’ex-votos non moins éloquents. Elle a ses fidèles, ceux qui veulent voir durer ou se renouveler leur jeunesse, ceux qui redoutent des maladies spéciales ou souhaitent leur guérison. Depuis la révolution de Meiji, et sous l’influence de certains pasteurs anglo-saxons et de certains convertis nippons, quelques images trop parlantes furent saisies et détruites. Mais Honkakuji n’en garde pas moins sa pierre et sa vogue.

Kyoto, l’ancienne et magnifique capitale, célèbre chaque année avec pompe une fête religieuse où, parées comme des idoles de leurs plus riches atours, leurs hautes coiffures constellées de pierres précieuses, défilent solennellement dans des palanquins dorés les plus belles oirans de la ville. Elles sont entourées comme d’une garde d’honneur, du personnel de la maison dont elles font la prospérité, servantes, pages, tenancier. Et la foule admire, juge, compare.

À Tokio même, dans quelques quartiers, des processions accompagnent, à certaines dates, une châsse contenant des emblèmes phalliques.

Un ami me dit :

— Je côtoie tous les jours, dans le tram, dans la rue, un de mes voisins, bureaucrate ponctuel, poli, tiré à quatre épingles dans le costume européen le plus correct. Jugez de ma stupéfaction le jour où je le reconnus en vêtements blancs, nu-tête, nu-pieds, le visage enflammé, les yeux hors de la tête, bondissant, tournant comme un derviche, vociférant, hurlant autour de la châsse aux emblèmes ! Il semblait que quelque diable lubrique se fût soudain emparé de lui. C’était tout simplement le vieil esprit de Yamato, barbare et licencieux, qui faisait irruption sous le déguisement du civilisé…

Faut-il s’en étonner, quand le Japon, qui nous reproche nos mœurs dissolues, possède des collections incomparables d’estampes pornographiques que les anciennes familles se lèguent comme des trésors, que les femmes, les enfants eux-mêmes, feuillettent ? Sans compter tout un folklore de chansons et de poèmes d’une savante obscénité, et des œuvres qui servent de Bible à certains ménages des plus respectables, le Livre de l’oreiller, par exemple…

Cette licence s’étalait naguère impudemment, innocemment. Maintenant, sous l’influence du puritanisme anglo-saxon, on la dissimule sous quelques voiles. Les épouses japonaises, chargées de perpétuer la famille, sont évidemment fidèles. Tout juste un vieux proverbe nippon pourrait-il en faire douter : « Ce qui vaut mieux, affirme-t-il, c’est la femme du voisin, ensuite la courtisane, puis la servante, enfin sa propre épouse. » Mais enfermée dans le gynécée, celle-ci aurait-elle l’occasion de donner un coup de canif dans le sévère contrat qui la lie ?

Quant aux maris, du moins dans les classes supérieures, ils sont régulièrement, légitimement infidèles. Le nombre de leurs concubines varie avec leurs revenus, mais la plupart en entretiennent. Il y a quelques années, paraît-il, la presse japonaise, avec son indiscrétion et son amour des statistiques, avaient dressé la liste et le curriculum vitæ, si je puis dire, des concubines de quelques centaines des hommes les plus célèbres de la capitale. Vous voyez d’ici la cascade de scandales et de divorces pour une publication analogue à Londres ou à Paris ? Mais les épouses japonaises savent de reste à quoi s’en tenir. Et Tokio ne fut pas ému.

On y trouve, dans chacun des quartiers, une petite cité « réservée ». La plus célèbre, la plus ancienne est le Yoshiwara. Il a son histoire. Dans le bon vieux temps, les courtisanes erraient sans surveillance à travers la ville, portant sur leur dos un matelas, insigne de leur profession. Un puritain nippon de haut rang en fut choqué. On les parqua dans une enceinte spéciale du quartier Nihonn-bashi qui reçut le nom de Yoshiwara et que fermait un immense portail. Sa renommée s’étendit bientôt dans tout l’empire.

Daïmios, samouraï, ministres, riches marchands s’y rencontraient, y festoyaient, s’y massacraient sur le rond-point central qui devint le lieu d’élection de terribles combats singuliers. De nombreuses pièces du théâtre classique s’y déroulent : « Passez ce grand Portail, clame avec emphase l’un des héros, et la gloire soudaine du Paradis vous accueillera. » Les divinités de ce paradis terrestre furent exaltées dans d’innombrables poèmes qui perpétuent leur nom. N’est-il pas étrange, notons-le, que l’amour au Japon ne s’adresse guère qu’aux courtisanes, de plus ou moins haut vol ? La Grèce et Rome en firent, il est vrai, à peu près autant.

Les femmes du Yoshiwara étaient, il y a quelques années encore, exposées dans des devantures grillées pareilles à des cages. Immobiles et éclatantes, elles s’offraient à l’admiration et au choix des passants.

Aujourd’hui, la cité s’est banalisée. On l’a reconstruite après le tremblement de terre qui l’avait entièrement anéantie, elle et ses infortunées pensionnaires. C’est maintenant une large voie bordée d’opulentes villas comme on en trouve au Vésinet et à Chatou. Devant chaque porte faiblement éclairée s’élève une sorte de reposoir, avec des vases rituels et des fleurs, entourant des cadres tournants où s’étalent les photographies des déesses du lieu. Elles se ressemblent étrangement : même sourire insipide, même attitude maniérée. Seul, l’habillement les distingue. La plupart sont en kimonos pareillement somptueux et décents, diversement fleuris ; d’autres portent des robes européennes chastement décolletées ; et il s’en trouve toujours quelques-unes en costume de sport, une canne de golf à la main, ce qui, à Tokio, nous le savons, est le comble du chic et du modernisme. Une affiche indique avec une brutale précision les prix, à l’heure et à la nuit. Cela va de deux à six yen. Devant ce comptoir, des petits messieurs nippons, qui ont l’air d’employés de ministères, font poliment l’article. La rue est vide, silencieuse. Parfois un taxi furtif dépose un client. Où sont les soirs bruyants et violents du vieux Yeddo ? Tout cela est calme, ennuyeux, infiniment bourgeois.

Il y a plus tragique. C’est, par exemple, un enclos dans le quartier populaire du Kameido. Il est composé d’une agglomération de misérables baraques, guère plus grandes que des cabines de bains que coupent géométriquement d’étroites voies boueuses. Dans chaque façade de bois, une lucarne, dont la moitié est en verre dépoli, révèle un œil peint et retroussé, un coin de joue enfantine, un sourire fardé de rouge. Il fait noir. Des ombres aux épaules relevées, équivoques, passent dans le claquement des gettas ; un chat rôde ; parfois un rire, un léger cri. Mais le plus souvent un silence épais, gluant, dans une effroyable odeur d’ammoniaque et de poisson pourri. Une porte s’entr’ouvre et un enfant sort, un tout petit qui sanglote et se sauve dans l’ombre. C’est à pleurer, à se sauver aussi… Nulle part la prostitution pauvre n’apparaît aussi brutale et aussi lamentable.

Quatre pas hors de ce bagne et nous voici soudain dans un jardin où tout est frais, paisible et si pur. Un temple est là. Le clair de lune coule aux pentes de son toit vêtu de glycines en fleurs, brille sur le petit lac, illumine doucement la pelouse. Et dans l’ombre, un bouddha de bronze sourit un peu tristement, avec une indulgente douceur…

Puisqu’il s’agit de morale, il faut bien parler du reproche qu’adressent aux Japonais les hommes d’affaires d’Europe et d’Amérique. Est-ce parce que, durant des siècles, la classe marchande fut considérée comme la dernière et qu’il y a peu de temps encore l’élite nippone aurait cru déchoir en s’occupant de commerce ou d’industrie ? Quoi qu’il en soit, si pointilleux sur l’honneur militaire, les Japonais semblent ignorer la probité commerciale.

— Ils cherchent partout et toujours à vous « rouler », me confiait, après d’autres, le représentant d’une grande firme américaine. On disait autrefois que la parole d’un Chinois valait, en affaires, tous les contrats signés par un Japonais. Les Chinois, il faut l’avouer, se sont gâtés à cet égard depuis une trentaine d’années, mais les Japonais ne se sont point améliorés. Impossible de leur faire confiance. Ils promettent et ne tiennent pas leurs engagements. Ils mentent, et si vous leur mettez le nez dans leur mensonge, ils se contentent d’en rire. Ils sont les rois de la contrefaçon, pillent les brevets, imitent cyniquement les marques, les étiquettes, les boîtes, l’emballage. Il vous faut une loupe pour découvrir, sur une bouteille ou une boîte de marques universellement appréciées, la toute petite inscription qui révèle leur origine nippone, et la fraude. Faites-leur des procès : ils se glissent comme couleuvres entre les lois et, sans vergogne, récidivent au premier jour. Demandez plutôt aux Anglais. Ils en ont lourd sur le cœur à ce sujet !

Faut-il voir dans cette diatribe un peu du mécontentement qu’excite le dumping japonais ? On sait que le défaut de législation sociale, les longues heures de travail (de dix à quatorze heures, suivant les industries sans repos, même hebdomadaire), et le taux des salaires, infiniment plus faibles qu’en aucun pays civilisé, permettent au Japon d’inonder le monde de ses produits. Dumping social plus encore que commercial…

— Pure jalousie ! rétorquent les Nippons. C’est à notre perfection technique, aux incomparables qualités de travail et de frugalité de notre peuple que nous devons notre supériorité industrielle…

Il il faut reconnaître ici que l’outillage tout neuf, les méthodes modernes et le haut degré d’organisation des industries japonaises sont un des principaux facteurs de leurs succès. Surtout si on les oppose à l’esprit de routine qui paralyse en Europe, et même en Amérique, les mêmes industries.

N’oublions pas pourtant la condition des ouvriers japonais, misérablement nourris et vêtus, celle des paysans affamés et nus dans leurs cahutes de terre battue. L’humanité n’est point une vertu nippone.

Somme toute, il semble y avoir deux morales au Japon : celle des militaires et celle des marchands. Le moins qu’on puisse dire de la seconde, c’est qu’en affaires avec les Nippons, mieux vaut s’abstenir ou tout au moins se garder.