Le Livre d’or des Victimes du bombardement de l’Église Saint-Gervais

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Imprimerie P. Mersch, L. Seitz & Cie (p. 5-151).

AVANT-PROPOS



En réunissant dans ce livre d’or les noms des victimes qui ont trouvé la mort à Saint-Gervais, le Vendredi Saint 29 Mars 1918, je me suis proposé un double but.

D’abord perpétuer le souvenir d’un des crimes les plus épouvantables, par sa date elle-même, qui aient jamais été commis contre l’humanité.

Ensuite réunir dans une union de pensée et un souvenir commun toutes les familles qui ont été éprouvées. En lisant cette liste dans laquelle figurent tant de victimes dans la fleur de la jeunesse, chacun associera à la mémoire des êtres chers qu’il pleure, celle des victimes qu’il ne connaît pas, et, pour ceux qui prient, c’est dans une commune prière qu’ils les réuniront et LES INVOQUERONT.

À chaque famille ou à chaque victime sur laquelle j’ai pu réunir des renseignements est consacré le haut d’une page dont le restant et le verso demeurent vides pour que chacun puisse y inscrire ses souvenirs particuliers.

À la fin, j’ai réuni ensemble les noms des victimes sur lesquelles, malgré tous les efforts, il n’a pas été possible de recueillir de renseignements.

D’autres personnes ont pu succomber plus tard aux blessures reçues, mais nous n’avions aucun moyen de le savoir.

À ceux-là aussi, donnons un souvenir !

REQUIESCANT IN PACE

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SOUVENONS-NOUS !…



Le temps passe, les générations se suivent, les morts sont oubliés. Telle est la loi inéluctable, bienfaisante à coup sûr, car l’humanité ne pourrait vivre si chaque souvenir douloureux devait peser à jamais sur les âmes.

Il est cependant des souvenirs dont l’horreur peut s’estomper à mesure qu’ils descendent dans le passé, mais qui ne peuvent jamais s’effacer complètement dans la mémoire des hommes.

De ce nombre, avec tant d’autres actes également infâmes qui ont fait descendre l’Allemand au-dessous de l’humanité la plus bestiale, est le bombardement de l’église Saint-Gervais, le Vendredi Saint, 29 mars 1918.

Depuis le samedi précédent, le 23 au matin, les premiers obus étaient tombés sur la ville, et le premier de tous — chose à remarquer ! — tout près de Saint-Gervais, sur la paroisse même, rue François-Miron, 68.

C’est seulement vers le soir que le public commença à accepter l’idée qu’un canon pouvait bombarder Paris d’une distance invraisemblable de plus de 100 kilomètres.

Jusque-là, on cherchait comment un avion eut pu laisser tomber des bombes sans être même aperçu dans l’espace.

Une fois le fait reconnu, Paris l’accepta, comme il acceptait les bombardements de nuit, stoïquement, avec non seulement un courage tranquille, mais presque une fierté de prendre sa part des dangers de la guerre.

On partit, oui, mais on resta surtout, et non seulement ceux que des obligations impérieuses retenaient, mais d’autres très nombreux aussi, soit par dévouement aux blessés qu’ils secouraient, aux parents qu’ils gardaient, soit simplement pour donner l’exemple.

Et ce sentiment d’honneur et de danger partagé, avec quelle fierté de Français ne l’avons-nous pas retrouvé dans les lettres ou les paroles, recueillies par les familles, des nombreuses victimes de Saint-Gervais !

Dans les trop courtes notices qui suivent on retrouvera partout la trace de ces beaux sentiments.

Ce sont bien des Français et de bons Français qui sont tombés à Saint-Gervais. Mais il n’y eut pas que des Français et des Françaises. Il y eut des Américaines, des Anglaises, le Conseiller de la Légation Suisse à Paris et sa femme, et puis cette délicieuse petite Belge de quinze ans, fille du Consul général de Belgique, à la mémoire de laquelle l’admirable reine Élisabeth dans sa visite à Saint-Gervais le 6 décembre 1918, guidée par son père, vint donner un regret ému et un de ces divins sourires qui réconfortaient les soldats dans la tranchée et leur apportaient toute la Patrie !

Ce 29 mars 1918, jour du Vendredi Saint, le canon avait cessé depuis deux jours. Pour quelle raison, on l’ignore. Qu’il dût reprendre, on s’y attendait, mais que cette reprise put avoir lieu le Vendredi Saint, à l’heure même où, d’un bout du monde à l’autre bout, les chrétiens commémorent la mort du Christ, à cette date que les païens même et les incroyants tiennent à honneur de respecter, aucun être humain — en prenant le mot comme nous différenciant de la bête — n’aurait pu en avoir l’idée.

Viser une église, même à cette distance, était certes impossible, mais oublier que, dans chaque église, la foule composée surtout de femmes était réunie n’était pas possible non plus.

En profiter, c’était tout naturel pour les bourreaux de Miss Cavell et du Lusitania ; ne pas les croire capables de recommencer demain s’ils le pouvaient, ce serait ne pas les connaître !

Les chanteurs de Saint-Gervais sont célèbres dans le monde entier. Beaucoup des auditeurs qui étaient réunis à 4 heures dans l’église étaient des habitués qui venaient, chaque année, entendre les fameuses Ténèbres. Des étrangers y venaient pour la première fois et cette foule, arrivée à l’avance, attendait les chanteurs qui venaient de gagner leur tribune. Un quart d’heure, une demi-heure plus tôt, l’obus eût trouvé l’église vide.

Et quelle suite de fatalités on retrouve dans les récits de chaque famille ! C’est une mère échappée à la mort et pleurant sa fille, me faisant remarquer qu’à deux changements de métro, elles n’ont pas eu à attendre la minute qui eut sauvé la jeune fille. C’est une femme que sa famille, à cause de son âge, avait déterminée à partir et qui devait le faire deux jours plus tard. Ce sont des jeunes filles entraînées au dernier moment par des amies, parfois même à l’insu de leur famille, et courant gaiement à la mort. Volonté de Dieu pour les uns, destin aveugle pour les autres, hasard pour d’autres encore, matière en tous cas à réfléchir pour tous !

La cérémonie devait commencer à 4 heures et demie. Déjà les chanteurs avaient pris place dans la tribune du transept de gauche qui leur est réservée, lorsque le cataclysme se produisit.

Il est difficile, pour qui n’y a pas assisté, de se rendre compte de l’horrible catastrophe. Pour ceux qui en sont réchappés, il est aussi difficile de la décrire. Un éclatement, des fragments d’obus traversant la nef, et en même temps la voûte s’effondrant dans un amas de poussière et de fumée qui obscurcissait complètement le jour, c’est à peu tout ce que les survivants ont pu décrire. Une immense clameur subitement interrompue s’éleva. M. l’abbé Gauthier, curé de Saint-Gervais, qui se trouvait au chœur, entendit les appels inachevés : « au sec… » ! puis un silence impressionnant dans l’obscurité.

La voûte s’effondra par deux fois, et entre l’éclatement de l’obus et le premier effondrement de la voûte, il y eut un très court espace de temps, la perception plutôt, pour quelques-uns, de cet espace de temps. Une seconde ? Un quart de seconde ? Personne ne peut le dire. Parmi les survivants, il en est même qui affirment qu’il n’y eut aucun intervalle entre ces trois faits : l’éclatement de l’obus, le premier et le second effondrement de la voûte.

Pourtant des témoignages bien nets, celui de M. le Curé surtout qui n’était pas dans la zone du cataclysme établissent bien qu’il y eut un petit intervalle. Mais le fait que tous ne l’ont pas perçu permet d’affirmer qu’il fut tellement bref, qu’on peut espérer que celles des victimes — c’est-à-dire presque toutes — qui moururent sur le coup furent frappées sans éprouver d’appréhension.

D’autre part, par le témoignage d’une jeune fille dont la mère fut tuée, il paraît certain que la voûte s’effondra en deux fois distinctes, car elle affirme que sa mère se redressa une première fois, put articuler quelques mots et retomba sous le poids formidable d’une seconde avalanche de pierres.

Enfin, il faut noter qu’une jeune fille restée vivante avec les deux jambes coupées, Mlle P…, affirme que tout au premier moment, elle a vu passer comme une ombre venant de l’endroit frappé, qui lui parut produit par le passage d’un projectile. Un certain nombre de victimes ayant été tuées par des éclats d’obus lui-même, cela ne paraît pas impossible.

Quant aux pierres de la voûte qui tombèrent de trente mètres de haut, on peut se rendre compte de leur effet en pensant que la plus grosse fut pesée et accusa un poids de plus de 700 kilos.

À l’endroit central de la chute, sous la clef de voûte même, un trou fut creusé dans les pierres du sol, assez profondément pour que des ossements des anciennes sépultures de l’église fussent ramenés au jour.

Notons en passant que ces ossements ainsi que des débris de toutes sortes provenant des victimes furent incinérés et les cendres pieusement déposées dans la chapelle des Morts, la seconde à droite en entrant à l’église.

Un autre témoignage vient affirmer que le cataclysme fut accompli en deux temps distincts. C’est celui de M. Colliard, employé au bureau des décès de la mairie du ive arrondissement, dont la fenêtre donne en face de Saint-Gervais, et qui, avec un de ses camarades de la Mairie, M. Schaller, accourut parmi les premiers pour porter secours. Il note dans un récit, que nous regrettons de ne pouvoir insérer tout entier, qu’il entendit : « Une détonation formidable, suivie d’une autre plus sourde. » Il accourut sur la place, vers l’entrée principale de Saint-Gervais d’où il vit se précipiter dehors les survivants couverts de poussière et ensanglantés. Ne pouvant pénétrer, il fit en hâte le tour de l’église et cependant, lorsqu’il y entra par derrière, le nuage de poussière blanche était encore si épais qu’il ne pouvait distinguer les objets à plus de 3 mètres.

M. l’abbé Gauthier, curé de Saint-Gervais, était au chœur. Avec un sang-froid qu’en même temps que son courage célèbre la citation de sa croix de guerre, il se dressa criant : « Mes frères, ne vous affolez pas, le danger est maintenant passé. »

Il ne l’était pourtant qu’à moitié, car des morceaux de pierre tombaient encore, et la voûte menaçait les sauveteurs d’un nouvel effondrement. Les dévouements furent superbes, nombreux et pour la plupart sans doute ignorés.

Les morts furent en hâte rangés dans la chapelle des fonts baptismaux, d’où ils furent ensuite évacués sur la Morgue, le sinistre dépôt de la Cité qui mérite bien sa réputation.

Debout près de la porte, avec son clergé dont aucun membre ne fut tué — quoique un prêtre de Nancy, l’abbé Bernardin, eût été foudroyé dans une des stalles du chœur, — l’abbé Gauthier, au fur et à mesure que les victimes passaient devant lui, leur donnait à tout hasard l’absolution, et invoquait Celui qui dans l’assistance était adoré sous des religions différentes.

Les premiers porteurs de secours furent, dit-on, comme dans presque tous les bombardements de Paris, les ambulances américaines ; les pompiers, les agents, des soldats, un major, que M. Colliard vit au milieu de la nef, sans souci du danger, faire des piqûres à une pauvre femme agonisante, tous furent admirables. Dieu seul sait leurs noms à tous et les récompensera.

Peu nombreux furent les parents qui purent être prévenus. La plupart des autres ne surent le malheur que tard, et sans moyens de communication, la Morgue fermée, ne purent se mettre que le lendemain à la recherche des victimes.

Que ceux qui comme moi ont dû chercher un être cher dans la douloureuse et répugnante station à la Morgue, se penchant anxieux sur chaque cadavre, se rappellent cette horreur ! Les mots ne peuvent en donner une idée !

Tous ceux qui, même sans connaissance, ne paraissaient pas tout à fait morts furent portés à l’Hôtel-Dieu. Un grand nombre mourut en arrivant ou en route. Ceux-là furent déposés dans les sous-sols où une chapelle ardente fut organisée de suite et décorée de draps, de drapeaux et de plantes vertes, et ce fut pour ceux qui trouvaient là, au sortir de la hideuse Morgue, si décemment traités, les corps de leur bien-aimés, une mince mais réelle consolation. Il serait injuste d’ailleurs de ne pas adresser au personnel de l’Hôtel-Dieu un remerciement ému pour la délicatesse, les égards, la patience dont tous, infirmières, employés, agents firent preuve.

La victoire, à laquelle ceux qui ont foi en Dieu sont fondés à ne pas croire étrangères les prières de toutes les nobles et belles âmes qui sont montées vers lui en ce jour, est enfin venue couronner l’admirable vaillance de notre peuple et de ses Alliés.

Mais dans les siècles à venir le souvenir de la monstrueuse barbarie d’un peuple dont chaque membre est responsable — car pas une voix ne s’est élevée là-bas pour flétrir les pires abominations — vivra éternellement dans l’histoire. Pour nous, il faut seulement nous rappeler que ce peuple ne changera pas et que nous n’avons contre lui qu’une sauvegarde, la pointe de notre épée !

P. C.

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Paris, le 14 novembre 1919.

Cher Monsieur le Baron,

En vous remerciant de m’avoir communiqué les épreuves du Livre d’or des Victimes de Saint-Gervais, je viens vous demander si vous ne pourriez pas faire une place au récit suivant, capable de consoler ceux qui croient et espèrent.

« Après la catastrophe notre église fut fermée pendant six mois.

« Enfin rendue au culte le samedi 5 octobre, la vieille basilique devint un lieu de pèlerinage national. Quiconque traverse Paris vient visiter Saint-Gervais et prie en union avec les victimes de l’obus assassin.

« Sur la fin de ce même mois sévit une épidémie de grippe qui fit en peu de temps des ravages considérables parmi nous. Nous avions plus d’enterrements en une semaine que pendant les mois d’hiver les plus rudes.

« Le dimanche 27 octobre, les châsses des saints protecteurs de la paroisse furent exposées à la vénération des fidèles, le soir une grande supplication fut faite et la procession se déroula au milieu d’un peuple immense. Le clergé s’arrêta sur les dalles marquées du sang des victimes du Vendredi Saint et par trois fois on chanta ces invocations : Sancti et Sanctæ Dei, interdicite pro nobis. Saints et saintes de Dieu, intercédez pour nous.

« Durant cette cérémonie on amenait encore un cercueil, mais ce fut le dernier ; jusqu’au 10 novembre il n’y eut plus que trois décès sur une population de trente mille âmes environ.

« Saint-Gervais sera désormais le sanctuaire des victimes de la grande guerre et le lieu de pèlerinage pour ceux que la guerre a pu atteindre. »

Agréez, cher Monsieur le Baron, l’assurance de ma religieuse sympathie.

GAUTHIER.
Curé de Saint-Gervais.

Madame veuve ANDREOLI
née RATIVEAU
(70 ans)

Ayant vécu une partie de sa vie en Angleterre où son mari, homme de lettres, était correspondant de l’Indépendance belge, elle rejoignit ensuite ses fils, ingénieurs au Transwal. Elle n’attendait qu’un avis de départ d’une Compagnie de navigation pour s’embarquer lorsque la mort vint la surprendre à Saint-Gervais.

Après sa mort seulement, on apprit qu’elle appartenait comme tertiaire à l’Ordre de Saint-François.


Mademoiselle Marie-Antoinette AWENG
(36 ans)

Élevée chez les religieuses de la Visitation, elle était ainsi appréciée par elles :

« Elle avait un grand cœur, et elle savait vouloir. La vérité était sur ses lèvres, et la droiture régnait dans son cœur.

« Nous l’aimions comme tout ce qui est beau, tendre, pur et fort. »

Ses deux frères avaient été tués, l’un au fort de Vaux et l’autre à Maisons-de-Champagne.


Mademoiselle Jeanne BAHEIGNE
(20 ans)
Sténo-dactylographe.

Comme les années précédentes, elle était venue avec sa sœur vendre les programmes des chanteurs de Saint-Gervais, au profit de l’ambulance de la paroisse.

C’est pendant qu’elle exerçait ces fonctions qu’elle a été frappée ; elle est morte à l’hôpital Saint-Antoine.

« Elle est partie en plein bonheur, puisque quelques jours plus tard, le 4 avril, elle devait se marier. »


Madame BARRAL
née Marie-Anne VACHET
(52 ans)

« Restée très jeune au physique et au moral, son affabilité, son courage si chrétien en face des peines inévitables de la vie, et sa santé si résistante, nous ont rendu plus brutal le coup affreux qui nous a frappés. »

(Lettre de ses enfants.)

Mlle Élisabeth-Renée-Fanny BASTIN
(15 ans)

Fille de M. Eugène Bastin, Consul général de Belgique, Commandeur de la Légion d’honneur, à qui incomba l’honneur de guider sur le lieu de la catastrophe l’héroïque Reine Élisabeth, lors de sa visite à Saint-Gervais, le 6 décembre 1918.

Toute jeune, adorée des siens et de se compagnes, elle était « un rayon de soleil », disaient tous ceux qui la connaissaient.

Venue à Saint-Gervais avec ses amies et camarades de pension, Mlles Adrienne et Paule de Marigny et Mlle Christiane d’Esbeck, qui ont aussi trouvé la mort dans la catastrophe.


Monsieur Jean-Marie BEAUSSE
(78 ans)

D’une origine modeste, ayant amassé une belle fortune, mais ayant souffert dans ses jeunes années, il recherchait sans cesse les œuvres charitables les plus dignes d’intérêt. Le testament qu’il a laissé atteste cette sollicitude, et lui vaudra bien des remerciements et des prières. Il contenait un legs au profit du Cardinal Archevêque de Paris.


M. l’abbé Eugène-Charles BERNARDIN
(39 ans)
Curé de Mance et de Mancieulles (diocèse de Nancy).
Soldat brancardier divisionnaire au ier corps
de cavalerie. Secteur 4.

« Fait prisonnier à Longwy, il fut interné à Kœnigsbruck, à Rastadt, à Weilburg. Partout sa gaieté et son entrain avaient dominé la fatigue, l’ennui, les privations, et par son esprit de foi, sa piété communicative, sa douce résignation, son énergie et ses exemples, il faisait l’édification de ses confrères et l’admiration des officiers Russes et Français dont il était l’aumônier. »

(Semaine religieuse de Nancy.)

Occupant, le Vendredi Saint, la troisième stalle du chœur du côté de l’Épître, au milieu du clergé de Saint-Gervais, il fut frappé à la tête par un éclat d’obus et s’affaissa, selon toute vraisemblance, mort sur le coup.


Mademoiselle Gabrielle BIRAUD
(53 ans)
Professeur de piano à l’Institution Sainte-Geneviève,
à Neuilly (Seine).

Mademoiselle Maria-Conception SALGADO
(22 ans)
née en Espagne,
Professeur d’espagnol à la même Institution.

Mademoiselle Léonie-Désirée MICHAUT
(28 ans)
Professeur de sciences à la même Institution.

Venues ensemble et tombées ensemble à Saint-Gervais, elles ont laissé d’immenses regrets à l’Institution, où leur piété et leur esprit de devoir leur avaient conquis la sympathie de tous.

Mlle BIRAUD soutint longtemps sa mère, puis sa tante infirme.

Mlle SALGADO, depuis six mois seulement à l’Institution, aimait la France comme une seconde Patrie.

Mlle MICHAUT, entendant la reprise du bombardement, dit à ses voisines : « Restons ! Si nous devons mourir, nous sommes bien dans la maison de Dieu. »


Mlle Françoise-Renée-Andrée BOUSSUS
(19 ans)

« Habitant les Ardennes, pays de sa mère, elle était venue à Paris en 1914 avec ses parents, chassés par l’ennemi. Assidue aux conférences de l’Institut catholique, elle cultivait avec succès la peinture et s’essayait à la poésie.

« Sa grande douceur et sa modestie, plus grande encore, dissimulaient en elle un caractère tenace et un patriotisme passionné. »

(Lettre de sa mère.)

Monsieur Joseph BRACQ
(16 ans)

Originaire de Gravelines, Joseph Bracq était élève à l’Institution Sainte-Croix de Neuilly, où il a laissé les plus vivants souvenirs.

Venu à Saint-Gervais avec sa mère et son plus jeune frère, il fut frappé en même temps que ce dernier qui survécut.

« Un prêtre lui donna l’absolution et, quelques minutes après, ce fut la fin dans les bras de sa mère. »

« Elle put le ramener à Neuilly, toujours pressé contre elle, et devinant, à chaque secousse, l’horrible mutilation de son corps. Elle avait dû laisser à d’autres son second fils ensanglanté. Quel calvaire ! »

(Bulletin de Sainte-Croix, juin 1918.)

Monsieur Gaston CLAUS
(64 ans)
Agent de change près la Bourse de Paris.

Madame CLAUS
née Henriette-Eugénie BACHELET
(50 ans)

Mlle Juliette-Hortense-Andrée CLAUS
(20 ans)

Ces trois personnes accompagnées de Mlle Marie-Louise Claus, sœur cadette de Mlle Andrée, se trouvaient ensemble à Saint-Gervais. Toutes les quatre furent frappées. La plus jeune seule, très grièvement blessée à la tête, au bras et à la jambe, survécut après de longs et dévoués soins à la maison de santé du Dr Hartmann, à Neuilly.


Madame la Baronne de COUBERTIN
née Violette-Jeanne-Constance MACHIELS
(57 ans)

Infirmière à Buffon depuis le début de la guerre, elle s’était spécialement vouée aux soins à donner aux contagieux et avait apporté au docteur Letulle tout son concours dans son œuvre de salut pour les tuberculeux. Décorée de la médaille des épidémies.

Au mois de mai 1917, elle avait quitté Buffon pour accepter le poste de chef d’équipe des infirmières-visiteuses du xvie arrondissement et portait chez les pauvres de Passy sa charité inépuisable.

Son second fils avait été tué sur l’Yser en 1914.


Madame COULON
née Jeanne-Berthe MATHÉ
(49 ans)

Avant la cérémonie, elle était venue demander à M. le Curé de Saint-Gervais de bénir une médaille de saint-Christophe pour son fils, aviateur, qui l’accompagnait.

Ce fils a échappé à la mort qui a frappé sa mère à ses côtés, mais a eu les deux bras cassés et n’est pas encore guéri.

Sa plaque d’identité a été retrouvée parmi les décombres, mais hélas ! pas la médaille.


Mme la Vicomtesse Xavier de COURVILLE
née Renée-Valentine-Marcelle de BRAUER
(26 ans)

Appartenant à une vieille famille de soldats — il y a eu un moment trois généraux de Brauer en même temps dans l’armée — fille de colonel, petite-fille de général, sœur du lieutenant de Brauer, chevalier de la Légion d’honneur, ardente patriote, elle avait épousé, cinq mois seulement avant la guerre, un ami d’enfance qui l’adorait, et l’espoir d’être bientôt mère ajoutait à son bonheur.

Par sa grâce, sa jeune vaillance, elle avait conquis l’affection sans bornes de tous ceux qui l’approchaient, et jamais bonheur ne paraissait plus complet et plus assuré.


Mlle Yvonne-Marie CUNNINGHAM
(20 ans)

Mlle Marguerite CUNNINGHAM
(18 ans)

« Tuées toutes deux aux côtés de leur mère qui elle-même a été blessée. Au premier coup de canon, elles avaient insisté pour rester à l’office : « Maman, qu’avons-nous à craindre ? Nous sommes à l’église, nous sommes entre les mains de Dieu. »


Monsieur Xavier DELOUVRIER
Sous-lieutenant au 91e régiment d’infanterie,
chevalier de la Légion d’honneur.
(24 ans)

Amputé du bras gauche et d’un doigt de la main droite, avait mérité la citation suivante :

« Pendant deux jours et demi, a tenu sous un feu extrêmement meurtrier de bombes et de mitrailleuses, le secteur qui lui avait été confié et s’est défendu contre l’ennemi avec un véritable acharnement. »

Docteur en droit, Président de l’Association des Étudiants de l’Institut catholique et de l’Association des Mutilés Ardennais, il mérita les éloges que la voix éloquente de Mgr Baudrillart prononça sur sa tombe.

Quatre de ses frères servaient la France. Son père, habitant Charleville, avait été emmené comme otage, et sa mére et ses sœurs restèrent, pendant l’occupation, prisonnières des ennemis.


Monsieur Alfred-Marie DENIS
(71 ans)

Ancien chef de bureau dans une administration.

Avait contribué à la défense de Paris en 1870-71.


Mlle Louise-Émilie-Christiane d’ESBECK
(18 ans)

Fille du premier mariage de Mme Lethimonnier et amie de Mlles de Marigny et Bastin, avec lesquelles elle trouva la mort en même temps que sa mère et son frère.


Madame FORTIER-BEAULIEU
née Berthe LECLERC
(56 ans)

Mademoiselle Alice FORTIER-BEAULIEU
(25 ans)

Habitant Roanne, Mme Fortier-Beaulieu y était Présidente de l’Œuvre des Réfugiés, et connue pour son inépuisable charité, à laquelle s’associaient ses filles.

Emportée par le reflux de la foule, lors de la catastrophe, elle se retrouva saine et sauve près du porche, mais sans ses filles qui l’accompagnaient. Elle se précipita à leur recherche et au moment où elle retrouvait le corps de sa fille Alice, elle fut frappée et s’abattit sur elle.

Remarquable musicienne, Mlle Alice Fortier-Beaulieu dirigeait la Schola Cantorum de Roanne.


Monsieur Marie-Abel FOURNIER
(63 ans)

Sorti de l’École Polytechnique en 1874, lieutenant de vaisseau en retraite, il fut nommé capitaine de frégate en 1914, et attaché au contrôle télégraphique rue de Grenelle.

Rédacteur-traducteur à la Revue Maritime, collaborateur du Moniteur de la Flotte et du Génie civil.

Chevalier de la Légion d’honneur.


Monsieur le général FRANCFORT
Général de Brigade du cadre de réserve,
officier de la Légion d’honneur.
(70 ans)

Entré à l’École Polytechnique en 1866, le général Francfort fut affecté en 1870 à l’armée de Bourbaki, et au moment de l’internement de cette armée en Suisse, il réussit, quoique ayant un pied gelé, à s’évader et à venir reprendre du service en France. Il fut ensuite, comme capitaine, affecté à l’État-Major du 9e corps commandé par le général de Galiffet, puis commanda le 39e régiment d’artillerie, dans l’Est.

Chargé en 1914 de la défense éventuelle d’Épinal, il fit ensuite de nombreuses démarches pour être affecté à l’armée de Salonique. Mais, atteint par la limite d’âge, il lui fallut rentrer dans la vie civile. C’est là que les obus allemands, qui l’avaient si souvent menacé sans l’atteindre à Épinal, sont venus le frapper.


Mademoiselle Julie-Constance-Louise-
Germaine FRANCIÈRE
(23 ans)

Infirmière bénévole, diplômée de la Croix-Rouge, elle avait commencé par instruire quelques compagnes de bonne volonté, puis, avec sa sœur, tour à tour au Val-de-Grâce et au Grand-Palais, elle avait accepté les plus dures fonctions. En dernier lieu, elle était attachée à l’ambulance américaine de Neuilly, d’où elle partit avec ses camarades Mlles Paumier et Lang, tuées à ses côtés.

Très impressionnée par les bombardements, elle dominait courageusement sa crainte.

Son père, étant préfet des Basses-Pyrénées, avait été jadis frappé de mort subite.


Mademoiselle Marthe-Lucienne GAMONET
(11 ans)

Élève du lycée Jules-Ferry, elle était tendrement aimée de ses professeurs et de ses camarades.

Ardente patriote, d’une grande piété, elle travaillait comme une grande personne pour les blessés et les prisonniers.

Sa mère, frappée à ses côtés et évanouie, a pu être sauvée, mais sans avoir pu revoir sa fille.


Madame Lucien GROS
née Yvonne THORAILLER
(28 ans)

Extrait d’une de ses lettres :

« J’ai peur quand j’entends tomber des bombes, mais je prie et je remercie le bon Dieu de nous faire courir ces dangers. Ils nous rendent plus dignes de ceux qui nous défendent, et nous rapprochent de ceux que nous aimons et qui sont au front. »

Dans une lettre de novembre 1917, elle écrivait à son mari, en parlant de l’enterrement d’un enfant :

« J’ai prié Dieu de renvoyer sa petite âme sur terre et de me la donner. »

Souhait qui allait être exaucé puisqu’elle espérait être mère au mois d’août.


Madame veuve GUINARD
née Marie-Eugénie-Augustine SENAC
(57 ans)

Son mari, le docteur Guinard, avait été assassiné par un fou le 17 juin 1911, à l′Hôtel-Dieu où il était chef de service et, où sa femme devait venir mourir à son tour, deux heures après la catastrophe.

Épargnée par la première chute des pierres pendant que sa fille auprès d′elle avait les jambes prises sous les décombres, elle put se relever et essayer de rassurer ceux qui l′entouraient. Le déplacement d′air la rejeta violemment en arrière ; ce choc provoqua une hémorragie interne.


M. le Dr Jean-Xavier-Antoine HERR
(55 ans)

Né à Altkirch (Haut-Rhin) en 1862, il était médecin à Sceaux, où il était extrêmement aimé et apprécié.


Monsieur Jacques HOUDBINE
(19 ans)
Canonnier au 85e d’artillerie lourde.

Après de brillantes études au lycée Fontanes, il était entré dans l’industrie. Appelé avec sa classe, il mit son orgueil à se faire adroitement admettre au service armé, malgré un accident au genou qui devait l’en exclure. Son ardent patriotisme, son caractère franc et loyal le faisaient aimer de tous ceux qui l’approchaient et ses sentiments de grande piété faisaient l’édification de tous les siens.


Mademoiselle Gabrielle JOUANNELLE
(68 ans)
Couturière.

Elle vivait seule, n’ayant plus de parents. Pendant de longues années elle dirigea le chant dans une église de Clermont-Ferrand. Habitant ensuite Paris, elle était première dans la maison de la « Cour Batave ».

Opérée à l’Hôtel-Dieu d’une main et d’une jambe, elle y succomba d’une hémorragie consécutive à l’opération.


Mademoiselle Marthe JULLIAND
(28 ans)
Étudiante.

« Infirmière volontaire de septembre 1914 à décembre 1916.

« Quittant à cette époque sa ville natale de Marseille, elle vient à Paris, élève de la Schola Cantorum où elle gagne l’estime et l’admiration de ses condisciples et des ses maîtres par les progrès d’un talent simple mais remarquable.

« Le maître Vincent d’Indy déplore sa perte en ces mots : — Elle devenait une de celles qui nous font honneur.

« Bonne Française, fervente catholique, dévouée au grand art du chant, elle aimait le beau et pratiquait le bien. Elle écrivait à sa famille le dimanche des Rameaux qui fut le dernier avant sa mort :

« Nous devons chanter la messe en de Beethoven jeudi. Mourir en chantant le Gloria, voilà qui serait beau ; le bon Dieu nous ouvrirait toutes grandes les portes de son Paradis, et nous finirions de chanter ses louanges là-haut ! »

« Le canon boche a exaucé d’un tragique amen ce vœu extatique. »

(Lettre de sa mère.)

Mademoiselle Marguerite-Rosa KIRCH
(38 ans)
Secrétaire d’une administration.

« Elle personnifiait la bonté, le dévouement, l’abnégation, et réunissait aux qualités morales les plus belle qualités intellectuelles. »


Monsieur Pierre-Cyprien-Stanislas-
Léonard LABROUE
(59 ans)
Professeur de l’Université, Officier d’Académie.

Madame LABROUE
(42 ans)
Infirmière de la Croix-Rouge.
Masseuse diplômée des hôpitaux.

M. Labroue succomba immédiatement.

Mme Labroue, blessée à la tête et aux jambes, subit à l’Hôtel-Dieu l’opération du trépan qui malheureusement ne put la sauver.

Ils étaient allés prier pour leur fils aîné qui apprit son malheur au front par la voie des journaux, et qui fut depuis prisonnier en Allemagne.


Madame LANDON
née Mary GRINNELL
(59 ans)

Fille de Mr Grinnell, Consul d’Amérique à Saint-Étienne, et petite-fille de Mr Morton, ancien vice-président des États-Unis et ambassadeur à Paris, elle fut élevée en France.

Pressée par sa famille de quitter Paris à cause des bombardements, elle refusa toujours, s’occupant des convalescents et ne voulant pas les quitter. Sa vie abondait en actes de charité.



Madame SPEED
née Lucy LANDON
(34 ans)

Fille de la précédente victime, mariée en 1917 au capitaine Ralph Speed. Élevée en France, elle était, pendant la guerre, auxiliaire à l’ambulance américaine de Neuilly, puis à la fondation Thiers, où elle se dévouait admirablement à ses blessés.



Mademoiselle Ruth LANDON
(29 ans)

Fille et sœur des deux précédentes victimes. Après s’être occupée de secourir les pauvres de New-York, tout en continuant ses études de littérature et de musique, elle vint à Paris et passa trois ans, malgré une santé assez faible, comme auxiliaire à l’ambulance américaine de Neuilly.


Mademoiselle Marcelle-Germaine LANG
(25 ans)

Fille de M. Lang, Pasteur honoraire attaché à l’Église réformée Évangélique de Rouen. Infirmière de « l’Union des Femmes de France » dans l’Hôpital auxiliaire n° 101, depuis août 1914 jusqu’à sa mort, elle avait réussi son examen d’Infirmière-Major et demandé à aller servir dans une ambulance du front. Sa nomination était signée le jour où, de passage à Paris, elle fut conduite à Saint-Gervais par ses amies Mlles Alice Paumier et Germaine Francière. Toutes trois y trouvèrent la mort ensemble.


Mademoiselle Claire-Marie LAW
de LAURISTON-BOUBERS
(24 ans)

Infirmière de la Société de Secours aux Blessés militaires, elle se consacra à ses devoirs à l’hôpital de Loches depuis le premier jour de la guerre jusqu’à celui de la fermeture en 1917.

Elle catéchisait les enfants pauvres des quartiers déshérités.

Venue à Saint-Gervais avec sa sœur aînée et une de ses cousines, qui toutes deux furent épargnées, elle fut tuée par un éclat d’obus, et, grâce au sang-froid de sa sœur, put être ramenée de suite au logis familial au lieu d’être transportée avec les autres victimes.


Madame LECRIVAIN
née Marie-Louise CHIROL
(55 ans)

« Elle était bonne, douce, charitable, pieuse, et est morte en priant pour son fils qui, au même moment, combattait l’envahisseur. »


Madame veuve LEMAITRE
née Élisa GUÉRIN
(49 ans)

Artiste peintre, elle avait exposé plusieurs fois avec succès au Salon, et était membre de la Société des Artistes français.

Elle fut frappée par un éclat d’obus près d’une de ses amies qui fut épargnée.


Monsieur François-Jean LÉTARD
(16 ans)
Étudiant.

Fils de M. Létard, Vétérinaire-Major au 62e régiment d’artillerie.

Élève de première au lycée Charlemagne, après avoir passé par le lycée Carnot, il était travailleur et intelligent et avait su s’attirer les sympathies de ses camarades et de tous ceux qui l’ont connu.


Madame LETHIMONNIER
née Jeanne de BRIDIERS
veuve en premières noces du Baron d’ESBECK
(47 ans)

Monsieur Jacques LETHIMONNIER
(12 ans)
Élève à l’École Saint-Louis de Gonzague.

De la maison de Mme Lethimonnier et sous sa conduite, partirent le Vendredi Saint, dans tout l’éclat et la gaîté de leur jeunesse, sa fille d’un premier mariage, Mlle Christiane d’Esbeck, avec ses amies Mlles Élisabeth Bastin, Adrienne et Paule de Marigny, et son beau-fils Jacques Lethimonnier.

Aucune de ces six personnes si affectueusement unies ne fut épargnée.

Baptisé en cette même église de Saint-Gervais, où ses parents s’étaient mariés, Jacques Lethimonnier y est revenu mourir avec Mlle d’Esbeck et ses amies.


Madame veuve MAGNIN
née Augustine-Louise ROBERT
(69 ans)
Lingère.

Son caractère dominant était la bonté.


Mademoiselle Adrienne ROBILLARD
LE PEULTRE DE MARIGNY
(20 ans)

Mademoiselle Paule ROBILLARD
LE PEULTRE DE MARIGNY
(16 ans)

Adrienne, l’aînée, ayant passé son brevet au moment de la déclaration de guerre, s’employa de son mieux à un ouvroir américain et à l’œuvre des catéchismes d’Auteuil.

Paule, la seconde, préparait son brevet et son baccalauréat. Dans ses moments de liberté elle aidait sa sœur.

Élevées avec Mlles d’Esbeck et Bastin à l’Institut Merici, également gaies et charmantes, elles ont trouvé la mort toutes ensemble !


Mlle Madeleine-Eugénie MARSY-ROBIN
(14 ans)

« C’était une enfant bonne, dévouée pour ses parents, toujours cherchant à faire le bien. »


Madame veuve MARTIN
née Eugénie VIGOUROUX
(48 ans)

Avant la guerre, Mme Martin tenait en Belgique un commerce qui fut détruit. Elle a laissé une orpheline de vingt-quatre ans placée en Angleterre.


Mademoiselle Claudine MARTIN
(50 ans)
Couturière.

« Frappée en même temps que sa nièce, Mlle Zenzinoff, elle subit la trépanation à l’Hôtel-Dieu et ne mourut que le lendemain à midi, après de grandes souffrances.

« Elle était l’âme de la famille et sa perte est irréparable pour sa sœur et son neveu revenu de Salonique. »


Mademoiselle Jeanne MARTIN
(40 ans)

« À la bonté de son cœur, à une gaîté pleine de charme, elle alliait l’énergie et la droiture dans ses actes comme dans ses sentiments. »

(Lettre de sa mère.)

Monsieur le Comte Jean-Albert-Marie
de MAUSSION
(46 ans)
Maire de Medavy, près d’Argentan.

Fils du général de Maussion qui commandait en chef en 1870, et frère du colonel de Maussion commandant le 25e dragons, il était mobilisé comme téléphoniste au poste de T. S. F. de la tour Eiffel.

Son gendre, M. de Louvières, avait été tué à l’âge de vingt-cinq ans, le 22 août 1914, après dix mois de mariage.

M. de Maussion se trouvait seul à Paris le 29 mars.


Madame Irène MENDELSSOHN
née RUBINSTEIN
(41 ans)

Monsieur Jean-Victor MENDELSSOHN
(17 ans)
Étudiant.

Femme du docteur Mendelssohn, ancien professeur de l’Université de Petrograd, membre correspondant de l’Académie de médecine de Paris, officier de la Légion d’honneur, elle était mère de trois enfants dont le fils cadet fut tué à côté d’elle.

Femme de grande intelligence et de haute culture intellectuelle, elle s’était dévouée depuis la guerre aux œuvres de bienfaisance pour les blessés et les réfugiés.

Son fils Jean, un des meilleurs élèves du lycée Carnot, d’un caractère élevé, possédait à un haut degré le sentiment du devoir et promettait beaucoup.


Madame veuve Robert-André MICHEL
née Rose-Marie ORMOND
(24 ans)

Veuve de M. Robert-André Michel, archiviste aux Archives Nationales, ancien membre de l’École Française à Rome, tué au champ d’honneur, après un an à peine de mariage.

Belle-fille de M. André Michel, membre de l’Institut, Conservateur aux Musées Nationaux, elle s’était, depuis la mort de son mari, consacrée aux aveugles de Reuilly.

Extrait de ses lettres :

« Souffrons tout simplement, aimons tout simplement, donnons nos forces, notre aide, notre patience, nos moyens entiers, tout simplement, car ainsi sont mort nos aimés…

« N’oublions pas un jour de transformer notre douleur en sainteté. »


Mademoiselle Nicole MOLITOR
(19 ans)

Venue à Saint-Gervais avec sa mère, la Vicomtesse Molitor, sa sœur jumelle et sa tante Mme Dutreil, elle a été tuée sur le coup, tandis que sa sœur, placée par sa mère un peu plus loin, n’a pas même reçu une égratignure. Mme Molitor fut blessée à la tête et Mme Dutreil eut la cuisse broyée et ne dut de conserver la jambe qu’à des soins exceptionnellement dévoués et remarquables.

Mlle Molitor s’occupait avec dévouement d’une crèche d’enfants dans un quartier pauvre.


Madame la Comtesse MORAND
née Marguerite-Marie-Thérèse PASSANT
(49 ans)

Fille du Dr Passant, fondateur du service médical de nuit, et veuve de M. Morand, commandant d’infanterie, dont le père, général de brigade, avait été tué en 1870, et dont le grand-père fut le général Morand, pair de France.

Venue à Saint-Gervais avec sa plus jeune fille, qui ne fut pas touchée, elle eut l’épine dorsale brisée, mais put être ramenée chez elle où elle expira le jour de Pâques.

Son fils aîné avait été tué au front en 1916.


Mademoiselle Marie-Thérèse
BRISSET DE MORCOUR
(45 ans)

Habitant un château dans la Mayenne, Mlle de Morcour, après la mort de ses parents, y continuait les traditions de charité et d’assistance morale et matérielle aux pauvres.

Venue en passant à Paris, elle allait repartir quelques jours après pour retrouver un de ses frères mobilisé, attendu en permission.


Monsieur André MORISSEAU
(68 ans)

Ancien vigneron, retiré depuis huit ans chez ses enfants.

Malgré son âge, pour se rendre utile pendant la guerre, il avait été travailler aux tranchées où les obus l’avaient épargné.


Monsieur Léonce MOUCHET
(58 ans)

Madame MOUCHET
née Julia-Marie-Sophie LOMONE
(54 ans)

M. et Mme Mouchet étaient venus avec leurs deux filles, infirmières de la Croix-Rouge, qui furent blessées et soignées à l’Hôtel-Dieu.


Miss Emma MULLEN
(36 ans)
Américaine,
Secrétaire du Lyceum-Club.

Infirmière de la Croix-Rouge, habitant Paris depuis douze ans, elle s’était dévouée tout spécialement aux familles de réfugiés et s’était refusée à retourner en Amérique pour ne pas abandonner la France pendant le danger.




Mlle Madeleine-Joséphine-Marie FLOCH
(26 ans)

Secrétaire de Miss Mullen, tuée à ses côtés.


Monsieur Emmanuel-Étienne
PEALARDY de la NEUVILLE
(76 ans)

Ancien chef de bureau du contrôle des chemins de fer de la Compagnie de l’Est, membre de la fabrique de Champigny, où il avait pris sa retraite, il accompagnait à Saint-Gervais Mlle Reichenbach et fut tué avec elle.


Mlle Aline-Marie-Jenny PAUMIER
(23 ans)

Fille de M. Paumier, architecte.

Infirmière bénévole depuis trois ans, soit en province, soit à l’ambulance américaine de Neuilly, elle s’était fait remarquer par son ardeur au travail ; ses deux frères étant au front, elle avait voulu servir aussi de tout son cœur.

Mlle Paumier était venue à Saint-Gervais avec ses camarades et amies, Mlles Lang et Francière, tuées à ses côtés.

Peu de temps après, le 4 juin, son frère aîné, le capitaine Henry Paumier, commandant une escadrille, tombait pour la France, à l’âge de vingt-huit ans.


Monsieur Auguste PEIGNIER
(20 ans)

Cultivateur en Meurthe-et-Moselle, blessé et soigné à l’ambulance de la paroisse Saint-Gervais, il s’y était fait remarquer par son dévouement pour ses camarades.

Guéri, il allait sous peu de jours quitter l’ambulance.


Madame PICHARD
née Marie-Louise CLÉRY
(44 ans)

Très bonne musicienne.

Son fils, âgé de quinze ans, élève à l’École des Roches, arrivant pour les vacances la retrouver à Saint-Gervais, dut la chercher sous les décombres.


Madame veuve PIERRON
née Marie-Louise CLÉMENT
(47 ans)

Infirmière de la Croix-Rouge. Mère de M. le lieutenant Pierron, commandant une batterie d’artillerie.


Mademoiselle Fernande REICHENBACH
(24 ans)

Elle aidait son père dans ses travaux de photographie à Champigny et cultivait la musique avec passion ; violoniste et chanteuse exceptionnellement douée.

Venue à Saint-Gervais avec un ami de sa famille, M. Pealardy de la Neuville, elle y trouva la mort ainsi que son compagnon.

M. Albert Thomas, maire de Champigny, et M. Maitrot, premier adjoint, prononcèrent sur leurs tombes d’éloquents discours.


Madame SERVOISE
née Adolphine-Augustine MAGNIEZ
(53 ans)

Femme d’un garde républicain, décédée le 9 avril des suites de ses blessures.

Charitable et dévouée, elle n’a cessé pendant la guerre de s’occuper des soldats et des œuvres qui intéressaient l’armée.


Mademoiselle Hélène SONNECK
(28 ans)

Née à Alger, fille d’officier supérieur, elle poursuivait de sérieuses études musicales et littéraires.


Monsieur Henri-Paul-Octave STROEHLIN
(42 ans)
Conseiller à la légation de Suisse.

Madame STROEHLIN
née Hélène MONTANDON
(41 ans)

Avant d’occuper le poste de conseiller de la légation de Suisse à Paris, M. Stroehlin avait séjourné au Japon avec sa femme.

Partout il a laissé l’impression d’une rectitude de conscience qui faisait dire à M. Dunant, ministre de Suisse à Paris :

« Quand on avait confié une affaire à Stroehlin, on pouvait être tranquille : on savait qu’il la mènerait jusqu’au bout minutieusement sans défaillance. »

Mme Stroehlin s’était dévouée au soulagement des réfugiés, des orphelins, des internés, réconfortant autour d’elle les esprits en France et en Suisse.


Mademoiselle Madeleine-Juliette-
Eugénie TIERCELIN
(26 ans)
Employée de commerce.

« La douceur de son caractère et la sincérité de son affection la faisaient aimer de tous.

« Elle était pour sa mère, son frère et sa sœur, un grand soutien moral et un exemple vivant du devoir. »


Madame veuve VORIN
née Louise-Eugénie HURÉ
(75 ans)

Mariée en premières noces à M. Huet, elle devint veuve pendant la guerre de 1870.

Pressée par les siens de fuir le danger elle avait accepté de quitter Paris après Pâques.


Miss Édith WALLER
(28 ans)
Professeur d’anglais à l’École Maintenon,
à Saint-Cloud.

« Issue d’une très bonne famille anglaise, très dévouée à l’École Maintenon, et d’un grand désintéressement, elle s’était donnée de toute son âme à l’enseignement et y avait acquis de ferventes sympathies. Elle s’imposait surtout par sa grande distinction d’esprit et l’élévation de son âme. »

(Bulletin de la paroisse de Saint-Cloud.)

Mademoiselle Madeleine ZENZINOFF
(24 ans)
Institutrice à Creil.

« Très bonne institutrice malgré son jeune âge, aimée de ses collègues et de ses supérieures. »

Venue à Saint-Gervais avec sa tante, Mlle Claudine Martin, qui y trouva la mort également.

Sa mère retrouva son corps le lendemain sans aucune blessure apparente.


Mademoiselle Marie ESCHALIER
(37 ans)

Mlle Madeleine-Catherine HEBBERT
(Âge inconnu)

Née à Bengali (Indes Anglaises).

Madame veuve LE GOFF
née Marguerite LE BOURHIS
(73 ans)

Madame veuve MAÎTRE
née Albertine-Pétronille DRANSARD
(67 ans)

Mademoiselle Jeanne MOISSON
(30 ans)
Couturière.

Madame veuve PLOU
née PAUPERT
(56 ans)

Mademoiselle Andrée PLOU
(30 ans)

Madame Henri REYMOND
née Amalia-Candida-Joséfina CASTAÑON
(51 ans)

Madame veuve STREHLER
née Hélène ROUAR
(81 ans)

Mademoiselle Edma-Henriette THÉVENIN
(33 ans)
Employée de banque.