Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch27

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Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 215-218).



CHAPITRE XXVII


RÉCIT DE LA NAISSANCE SECRÈTE DE KARNA


Argument : Arrivée du cortège sur le bord de la Gangâ. Les femmes accomplissent la cérémonie de l'eau. Kountî dit à ses fils que Karna était leur frère. Désespoir des Pândouides à cette nouvelle. Youdhishthira reproche vivement à la mère de lui avoir caché cette circonstance.


800. Vaiçampâyana dit : Quand le cortège fut arrivé près de la pure Gangâ aux eaux limpides et sacrées, qui donne naissance à des lacs (nombreux), dont (le lit) est vaste, et qui coule avec une grande force,

801, 802. Après avoir été leurs parures, leurs vêtements de dessus et leurs diadèmes, les femmes des Kourouides accomplirent (les rites de) l’eau pour leurs pères, pour leurs frères, pour leurs petits-fils, pour leurs parents, leurs fils, leurs grands-pères et leurs époux.

803. Et ces femmes, au fait de leurs devoirs, accomplirent aussi les cérémonies de l’eau en faveur de leurs amis. Pendant que (les rites de) l’eau étaient remplis en faveur des héros, par leurs épouses,

804, 806. Le cours de la Gangâ devint facile (et moins rapide), et l’eau s’écoula plus abondamment, (pour faciliter leur tâche). Attristée (par les cérémonies funèbres), privée des fêtes (habituelles), couverte des épouses des héros, la rive de la Gangâ ressemblait à celle de l’Océan. Alors, ô grand roi, Kountî, tourmentée par le chagrin, dit tout d’un coup à ses fils, d’une voix douce et en pleurant : « Ce héros, qui était un grand archer, le conducteur des chefs (des troupes) de chars, qui,

807. Doué de tous les signes de l'héroisme, a été tué dans la bataille par Arjouna, que vous croyez, ô fils de Pândou, le fils du cocher et de Râdhâ (sa femme),

808. Qui brillait au milieu des armées comme le brillant astre du jour, qui, jadis, vous combattit tous, (quand vous étiez) à la tête de vos suivants,

809. Qui resplendissait en conduisant toute l’armée de Douryodhana, dont personne en ce monde n’égalait l’énergie,

810. Le héros qui, sur la terre, préféra toujours la gloire à la vie, le héros à la parole vraie, qui ne fuyait jamais dans les combats,

811. Était votre frère aine, engendré en moi par le Soleil. Accomplissez les rites de l’eau pour ce frère ferme dans ses œuvres.

812. Ce héros, (né) avec des boucles d’oreilles et une cuirasse, avait une splendeur égale à celle de l’astre du jour. » Tous les fils de Pândou, ayant entendu ces fâcheuses paroles de leur mère,

813-816. Pleurèrent Karna, et leur douleur s’en accrut encore. Alors ce tigre des hommes, le brave Youdhishthira, fils de Kountî, soufflant comme un serpent, dit à sa mère : « Comment ce (héros, pareil à un océan), ayant des flèches pour vagues et des étendards pour tourbillons, ayant pour monstres marins ses grands bras, pour mugissement le son (terrible du claquement) de ses mains, pour lac profond son grand char, dont nul autre que Dhanañjaya n’a pu affronter la chute des traits, dont, en toute occasion, l’énergie brûlante des bras nous a consumés, était-il ton enfant, et fils d’un dieu ?

817. Comment as-tu caché, comme quelqu’un qui couvrirait un feu de son vêtement, (la naissance de) cet (homme), dont la force des bras a toujours été louée par les Dhritarâshtrides,

818, 819. Comme celle du porteur de l’arc Gândiva est louée par nous ? Nul autre maitre de char que Karna, fils de Kountî, le premier des hommes énergiques, n’a affronté la force de tous les guerriers à chars, protecteurs de la terre. Cet (homme), le plus grand des guerriers, était notre frère !

820. Comment, jadis, engendras-tu ce (fils) à l’héroïsme merveilleux ? En différant de nous faire ce récit, tu nous as tous tués.

821. Nous et nos alliés, nous sommes tous désolés de la mort de Karna. La mort d’Abhimanyou et le meurtre des fils de Draupadî,

822. La destruction des Pâñcâlas et la ruine des Kourouides, me touchent cent fois (moins) que ce malheur.

823. Car, en pleurant Karna, je brûle (de douleur) comme (si j’étais) placé dans le feu. Certes, (sans ce désastre), rien n’eût été hors de notre portée, même dans le ciel,

824-828. Et ce massacre, qui a amené la fin des Kourouides, n’eût pas eu lieu. » Ô roi, après s’être ainsi longuement lamenté, le roi Youdhishthira Dharmarâja fit pour Karna les cérémonies de l’eau. Alors, les femmes qui, dans cette cérémonie de l’eau, se tenaient des deux côtés, se mirent de toutes parts à pousser des cris (lamentables). Le sage roi des Kourouides, Youdhish-Ihira, par affection pour son frère, fit amener les femmes de la maison de Karna. Aussitôt que cet homme vertueux eut, avec elles, accompli les cérémonies funèbres, il sortit, les sens troublés, de Teau de la Gangâ.



Fin du livre des Femmes